Chapitre 27
Quand tout dérape.


Sirius referma violemment la porte de son appartement, lançant un regard rempli d'amertume au carton qu'il venait d'abandonner à côté de son paillasson. Il se trouvait trop bon. Il n'y avait pas mis le feu.

Le bruit résonna dans l'ensemble de l'immeuble. Il entendit son voisin du deuxième pousser un grognement tout sauf humain.

- Oh, toi, le demi-troll, ferme-la, grommela Sirius.

Il fit demi-tour, et son pied vint cogner le guéridon qui traînait.

- Putain…

Il fit bouger ses orteils dans sa chaussure, sentant la douleur sans s'en préoccuper. Il voulait simplement aller se jeter sur son canapé, et dormir.

Ou se saouler.

Il avança lentement dans cet appartement qui, tout à coup, ne lui semblait plus avoir la même chaleur que celle qu'il lui avait trouvée lorsqu'il l'avait visité. Il ne le trouvait plus aussi agréable, finalement, cet appartement. Il lui semblait même froid. Impersonnel. Traître.

Il valait mieux rester dans le noir, finalement. Il voyait moins les moqueries que semblaient lui adresser les murs de l'appartement, il était aveugle des portraits qui semblaient le prendre en pitié. Il ne voyait pas toute cette condescendance qu'il pensait dégouliner de chacun des centimètres de ce foutu appartement…

Se dirigeant, dans le noir, vers la cuisine, il rumina, se rappela de la conversation qu'il avait eue après avoir arraché des bras de Glen – et il exagérait à peine – Alicia. Celle qui, soi-disant, était sa petite amie. Soi-disant, parce qu'apparemment, ils n'avaient pas la même notion de la chose.

- Est-ce que je dois mettre sur le compte d'un alcool quelconque ce qui vient de se passer et qu'on m'a rapporté, ou bien je dois simplement réaliser que tu n'es qu'une manipulatrice ?

Pensant à de l'alcool, il se servit une bouteille dans son frigo. Merlin… pourquoi est-ce qu'il n'avait plus que la Biéraubeurre ? Peut-être qu'il restait du Whisky-Pur-Feu dans sa réserve…

- Ton air coupable parle pour toi… J'ai une question. À quel moment t'es-tu dit qu'il fallait que tu te rapproches de moi pour pouvoir entrer dans cette maison, et retrouver ton vrai caractère, celui d'une fille qui ne cherche qu'à passer une journée, ou plusieurs, dans un journal à scandales ?

- Après t'avoir connu.

- Je ne sais même pas si je dois te croire !

- Pour ça, au moins, tu peux me croire…

Il se laissa tomber mollement sur son canapé. Il aurait voulu hurler contre tout le monde, mais il n'en avait pas la force. Alors, il se contenta d'agir mollement.

- Tu t'es dit que tu pourrais… Non, je ne sais pas pourquoi j'essaie de comprendre. Qu'est-ce qui a bien pu se passer dans ton esprit tordu ?! Pourquoi est-ce que tu avais besoin de moi ?! Parce qu'on est d'accord au moins sur ce point. Tu avais besoin de moi pour ton plan tordu. Mais je n'arrive pas à comprendre ce que c'était, ton plan, en fait.

- Je… Je voulais…

- La gloire, la richesse, le pouvoir, le beau garçon, les journaux ? Tout ça à la fois ? Oh, Merlin… Tu voulais tout ça à la fois…

- Et pour toujours.

Il descendit sa Biéraubeurre plus rapidement qu'il ne l'avait jamais fait, et pourtant, il en avait fait, des concours d'alcool, à Poudlard, à l'époque.

- Je… je me suis dit que pour que tout ça dure, il fallait que je les côtoie. Je… Je savais que tu étais ami avec James Potter. Lorsque je suis tombée sur toi, dans ce bar, je me suis dit que tu pourrais peut-être me faire le rencontrer et, après, j'ai réalisé que j'aurais plus de chances pour cela si je sortais avec toi…

- Bordel. J'ai vécu dans la famille la plus manipulatrice qui puisse exister, et pourtant, je n'ai rien vu venir avec toi. C'est… étonnant. Et affolant, aussi…

- Ne te fâche pas !

- C'est un peu tard pour ça, maintenant. Et te tordre les mains n'y changera rien. Tu ne peux pas faire semblant de t'en vouloir. C'est fini. Tu es percée à jour, un point c'est tout.

Il ne savait même pas s'il pouvait aller voir Remus, ou James. Le premier ne paraissait pas dans son état normal, en ce moment. Le second avait l'air au contraire bien trop heureux, actuellement. Il n'avait pas envie de rouvrir de vieilles plaies, il n'avait pas envie de lui donner une nouvelle raison de ne pas s'ouvrir aux autres sous prétexte qu'ils finissent toujours par se servir de nous. Non, il ne voulait pas. Mais il sentait aussi qu'il avait besoin de se confier.

- Tu comprends, c'était… Sirius, je ne viens pas d'une famille très riche, et je ne serai jamais reconnue dans mon milieu tant que je n'aurai pas un nom connu et reconnu. On ne peut jamais partir de rien.

- Lily Evans, tu connais ?

- Pff. Cette fille ne vaut pas mieux que moi, si tu veux mon avis.

- C'est sûr que ton avis vaut son pesant d'or, actuellement !

- Pardon. Comprends que… Sirius, tu as certainement une vision utopique de ce que c'est, actuellement de monter dans les échelons et dans les rangs sociaux, lorsqu'on est sorciers. Tu ne peux pas le faire sans nom, sans argent ! Tu n'es qu'Auror !

- Je le suis parce que ça me plait !

- Et tu ne seras jamais à la tête du Département !

- Et tu crois que cela me déplaît ? Tu veux quoi ? Quelqu'un qui a de l'ambition, quelqu'un dont on se rappellera toujours ? Ah, c'est sûr que les joueurs de Quidditch, on s'en rappelle toujours. Par contre, je suis désolé de détruire tes illusions, mais il n'est pas dit qu'eux, en revanche, se soient rappelés de toi…

- Tu ne comprends pas. J'ai su te faire tomber amoureux de moi. Je ne le voulais pas, soit dit en passant.

- Trop aimable de ta part !

- Mais je sais ne pas me faire oublier. Réellement. J'aurais… j'aurais été connue, reconnue, et j'aurais pu grimper dans les échelons de la banque. Là, je stagne, je stagnerai toujours si je ne change pas de relations !

Il se renfrogna. Il avait tout fait pour qu'on l'oublie, et il tombait sur la seule fille – en exagérant un peu – qui ne souhaitait pas être dans l'ombre. C'était un comble, non ?

- Tu réalises que tu parles à un Black ? Tu réalises que j'aurais pu te donner tout ça ?

- Tu es renié ! Tu n'as plus rien. Plus de relations, plus de famille, plus d'argent !

- C'est beau de croire ça…

- Que… qu'est-ce que tu veux dire ?

- Tu veux savoir combien de fois j'ai dû aller à Sorcières Hebdo, depuis le début de notre relation, pour les empêcher de publier des photos de nous ? Ma famille ne veut plus me voir, mais sache que mon nom est toujours le même. Tu ne feras oublier à aucun sorcier que mon nom de famille est Black. Tu ne feras jamais oublier que je fais partie des hautes sphères du milieu. J'ai dû aller voir une très bonne amie, qui travaille dans ce magazine, et lui demander de me prévenir à chaque fois, pour pas que tu te retrouves dans une situation compliquée. J'ai dû faire taire les rumeurs des dizaines de fois, et uniquement pour que mes parents ne te fassent rien. Parce que, s'ils sont décidés à me laisser tranquille, ce n'est pas la même chose pour mes amis.

- Tu veux dire que…

- Que tu aurais pu être dans les journaux depuis tout ce temps ? Et oui, ma chérie. Mais tu vois, je suis un Black, et j'en ai décidé autrement.

- Je ne…

- Tu ne comprends pas ce que ça veut dire ? Je vais te le dire, miss Beckett. Tu peux sortir avec qui tu veux qui soit connu. Si cette personne ne veut pas que cela se sache, qu'importe ses raisons, ce ne sera jamais su. Tu penses peut-être que tu mènes cette danse ? Tu as tort. Tu souhaites évoluer dans une sphère bien trop complexe pour toi, ma petite. Tu ne gagneras jamais. Tu ne feras jamais les règles du jeu. Tout au mieux te demandera-t-on ton avis. Mais tu seras toujours perdante. Parce que lorsqu'on voudra te voir trainée dans la boue, il suffira d'un claquement de doigts. Et lorsqu'on voudra te faire oublier, il suffira d'un clin d'œil. Et lorsqu'on te croisera dans la rue, peu importe le temps qu'aura duré ta relation, on ne te reconnaîtra pas…

Il se détestait d'avoir dit ça, avant de tourner les talons. Il avait bien vu qu'il avait, dans un sens, effrayé Alicia. Il savait qu'il l'avait effrayée parce qu'elle se demandait ce qu'il était capable de faire, mais, surtout, il l'avait effrayée parce qu'elle réalisait qu'elle n'avait aucune emprise sur ce monde auquel elle rêvait d'accéder. Elle pourrait faire ce qu'elle voudrait, elle ne serait jamais membre à part entière de cette sphère qu'elle adulait tant, de cette reconnaissance qu'elle espérait tant.

Un claquement de doigts, et tout s'envolait en fumée… sauf quand vous étiez impliqué depuis la naissance dans le milieu. Peu importaient alors les subterfuges employés. Vous ne pourriez jamais en sortir. Il l'avait lui-même appris depuis des années.

Il haïssait ce milieu. Il s'en était libéré à Poudlard, il avait appris à faire avec ce monde grâce à ses amis. Mais malgré tous ses efforts, il n'avait jamais pu s'en débarrasser. La preuve première étant son obligation, de temps à autre, à faire taire les rumeurs le concernant, et à protéger le peu de vie privée qu'il lui restait en payant quelques-unes de ses connaissances des journaux. Il n'était pas le seul à vivre ainsi. Les parents de James, les Malefoy, les Fudge,… Tous devaient supporter cette sphère populaire qui les enfermait dans une cage dorée. Et Sirius, plus que les autres, avait lutté toute sa vie pour s'en échapper.

S'il lui manquait encore une raison pour haïr définitivement sa famille, on venait de la lui servir sur un plateau d'argent.

Deux coups hésitants furent frappés contre sa porte. Il hésita longuement avant d'ouvrir. Il n'avait pas envie de voir une quelconque personne ayant entendu l'histoire de la soirée, et voulant lui faire preuve d'empathie. Il n'avait aucune envie d'entendre cela, sincèrement. Il avait plutôt envie d'entendre quelqu'un qui pourrait pester avec lui du fond de malhonnêteté et de manipulation que possédait chaque être humain. Il ne voulait pas s'apitoyer sur son sort.

Les coups furent à nouveau frappés. C'était forcément quelqu'un qui le connaissait assez pour savoir qu'il fallait toujours un peu insister, si on voulait être sûr d'être invité à entrer.

- Sirius ? souffla une petite voix.

Ah. Lily ne connaissait pas encore tous les codes, et ne savait donc pas qu'il n'était pas nécessaire de l'appeler. Il se levait systématiquement au bout de trois coups frappés.

D'un pas lent et douloureux, il se leva, et se dirigea lentement vers la porte d'entrée, l'ouvrant doucement.

Lily se tenait sur le seuil, les mains se crispant et se décrispant autour de son manteau, le visage tordu de douleur ou de doute, Sirius n'en était pas sûr. Son visage était défait, ses cheveux dégoulinaient. Elle s'en rendit compte et, Sirius en était sûr, elle exécuta son premier geste sensé de la soirée en pointant sa baguette dessus pour les sécher. Seulement, le reste de ses gestes et de ses expressions était irrationnel. Elle n'avait aucune raison de resserrer son manteau, il faisait extrêmement chaud dans l'allée.

- Sirius, souffla-t-elle, j'ai fait une énorme bêtise.

Il haussa les épaules. Lui, les bêtises, il les connaissait par cœur. Il en avait fait tellement, dans sa jeunesse, que le compte menait à un résultat vertigineux.

Il jeta un rapide coup d'œil morne vers l'endroit où se trouvait, quelques instants plus tôt, le carton d'Alicia. Il n'était plus là, et son poing se crispa autour de la bouteille de Biéraubeurre, à s'en rendre les jointures blanches.

- Quel genre ? soupira Sirius d'un air ennuyé en clignant les yeux pour s'efforcer de rester calme.

- Du genre tomber amoureuse de James, murmura-t-elle comme si elle délivrait sa propre condamnation.

Sirius reporta son attention sur elle, lentement. Pas à cause de son hébétement, suite à sa conversation avec Alicia. Cette fois, c'était la surprise, et la peur d'avoir mal interprété ce qu'on venait de lui annoncer.

Il fallait être honnête, cette nouvelle était pour le moins surprenante.

- J'ai fait une grosse bêtise, moi aussi, lui dit Sirius en soupirant.

Surprise, elle jeta un coup d'œil au garçon qu'elle venait retrouver pour s'épancher. Lui non plus ne paraissait pas au meilleur de sa forme.

- Du genre ? lui demanda-t-elle de la même façon que lui quelques instants auparavant, le soupir en moins.

- Du genre tomber amoureux d'une fille qui ne sortait avec moi que pour s'approcher des personnes les plus populaires du Royaume-Uni.

Bouche bée, Lily ne sut quoi dire pendant un moment. D'un seul coup, elle se secoua, et sourit gauchement.

- Il parait qu'on peut lancer une malédiction sur la vie amoureuse des personnes haïes, avec une espèce de poupée à son effigie…

Sirius hésita un moment, avant de hausser les épaules.

- Au point où j'en suis…

Il lui laissa le passage pour qu'elle entre, ce qu'elle s'empressa de faire. Sirius relâcha lourdement la porte, qui cogna contre le chambranle dans un bruit sourd, résonnant dans l'allée. Le grognement de son voisin du deuxième s'éleva une fois encore.

- C'était quoi, ça ? s'enquit Lily, peu rassurée.

- Mon voisin à demi-troll, expliqua Sirius.

Il fit l'effort d'allumer les lumières pour qu'elle voie un peu plus clair.

- Tu étais en passe de faire une dépression, ce soir ? s'enquit-elle.

- C'était plus ou moins dans mes plans, ouais.

- On peut faire ça à deux ?

Il désigna la cuisine, de la main qui tenait la Biéraubeurre.

- Le frigo doit pouvoir te fournir quelques provisions propices à cela, lui assura l'homme en retournant s'installer sur le canapé.

Elle soupira en prenant une bouteille dans le frigo.

Elle n'était pas la plus à plaindre, et elle n'avait aucune intention d'être celle qui allait empêcher Sirius de maudire son ex petite amie. De toute façon, elle ne l'avait jamais appréciée, cette Alicia.

0o0o0o0

James Potter était maussade, et c'était étrange. Habituellement, ce sentiment était réservé à Remus, une vingtaine de jours par mois lorsqu'il était en forme. Il n'avait jamais compris pourquoi son meilleur ami décidait alors de partir marcher, quel que soit le temps, et tout seul, surtout. Il passait des heures dehors, sans plus donner aucune nouvelle, avant de revenir en ayant presque retrouvé son état normal. Presque.

Il s'était toujours demandé ce que faisait Remus, dans ces moments-là. Est-ce qu'il réfléchissait, est-ce qu'il se maudissait, ou maudissait le monde entier ? Est-ce qu'il tentait de se calmer, est-ce qu'il réfléchissait rationnellement ? Il avait beau réfléchir et chercher une réponse à ses questions, rien ne lui venait en tête.

Peut-être que cela changeait à chaque fois.

Lui, actuellement, se posait énormément de questions.

N'aurait-il pas dû parler plus tôt à quelqu'un ? Avec Sirius par exemple ? C'était Sirius, l'amoureux de la bande, en ce moment. Il aurait dû lui en parler, et lui expliquer pourquoi il ressentait tout ça. Sirius était toujours de bons conseils, pour ce genre de choses. Ou presque, mais il n'allait pas chipoter.

Aurait-il dû intervenir plus tôt ? Parce que là, maintenant, il savait bien que c'était trop tard. Dans un sens, il savait que rien n'était jamais trop tard, mais là, il n'allait pas aller courir après Lily Evans. Elle était certainement au bras de ce cher Craig Bacon, à l'heure actuelle, pour planifier son départ prochain en Nouvelle-Zélande. En plus de cela, il était persuadé qu'elle n'allait prévenir personne de son départ, parce qu'elle aurait trop peur des réactions de tout un chacun.

Est-ce qu'il n'aurait pas dû ne pas tenter de se rapprocher d'elle ? Il n'en serait pas là, à l'heure actuelle, c'était indéniable. Il y avait des situations bien plus enviables que la sienne, pour le moment. Plus enviable qu'être détrempé au milieu de Londres, et être incapable de dire les mots qui lui brûlaient les lèvres.

Est-ce qu'il ne devrait pas…

Il soupira, et lança le pied dans un caillou qui traînait par-là.

- Mille gargouilles ! s'exclama-t-il en sautant à pied joints.

Ce n'était pas un caillou, mais un pavé à moitié sorti du sol. N'accordant aucune attention à la femme qui s'était arrêtée en l'entendant jurer, il reprit sa route.

Le mieux à faire, s'il souhaitait réellement obtenir des réponses à ses questions, c'était d'aller voir celui qui le comprenait le mieux, celui qui savait avant l'heure ce qui lui arrivait, celui qui lisait dans ses pensées sans même avoir le don de Legilimancie.

Ses pieds prirent automatiquement le chemin menant à l'appartement de Sirius.

0o0o0o0

Sirius grommela une flopée de jurons en tentant tant bien que mal de faire tenir ensemble plusieurs chiffons informes et sales.

- Tu trouves que ça lui ressemble ? demanda-t-il avec espoir en montrant la poupée à Lily.

Le tas de chiffon ressemblait… à un tas de chiffon. C'est du moins ce que disait la grimace de Lily.

- Ouais, c'est bien ce qu'il me semblait, soupira Sirius en lançant la vague idée de poupée sur la table basse de son salon. Je laisse tomber. T'es sûre que ça aurait fonctionné, au moins ?

Elle rassembla ses jambes sous elle avant de lui répondre.

- En fait, je ne pense pas. Ce sont des croyances Moldues. À mon avis, les sorciers qui veulent faire des tours de magie aux Moldus utilisent ces poupées dans le but de leur faire croire qu'ils font plus qu'agiter une baguette, quand ils punissent la personne à qui l'on souhaite faire du mal…

- Y a des tordus, dans la vie, grommela Sirius.

Elle baissa légèrement la tête.

- Tu dis ça pour ces sorciers qui prennent les Moldus pour des imbéciles, ou pour ces sorcières qui veulent la gloire et la célébrité grâce à leur petit ami ?

- Pfft.

Lily hocha simplement la tête, compréhensive. À la place de Sirius, elle n'aurait même pas pris la peine de lui ouvrir. Elle aurait préféré être seule avec son chagrin et la saleté qui se serait emparée de son être en réalisant à quel point elle avait pu se tromper sur la personne dont elle était amoureuse. Sirius, lui, tentait de faire comme si ce n'était rien de très grave.

- Ne parlons plus d'Alicia, reprit Sirius sur un ton amer. Dis-moi plutôt ce qui s'est passé dans ton esprit pour que tu en viennes à réaliser que tu étais amoureuse de mon meilleur ami. Entre nous, ce n'est pas du tout un bon parti. Il sait faire la cuisine, mais il est bordélique…

- Il m'a parlé des Scrouts à Pétard qui « visitent » ton appartement pour le déranger, lui apprit-elle.

Sirius pesta.

- C'était censé être un secret ! s'affligea-t-il. Allez, soyons sérieux un instant. Dis-moi tout.

Lily lui lança un regard plein de reconnaissance. De reconnaissance pour ce qu'il était, tout simplement. Il avait motif à se plaindre pour les trois prochains mois au minimum, il devrait être en train de maudire la terre entière, et pourtant, il était là, prêt à l'écouter. Comme si c'était elle qui avait le plus gros problème de la soirée.

- Alicia va bientôt être mon passé, expliqua-t-il alors qu'elle continuait de le détailler. Toi, c'est de ton futur dont on parle. C'est maintenant que ça se joue, et c'est le moment d'en parler. Alors vas-y. Lance-toi.

Elle soupira, et hocha la tête, prête à parler.

- Craig est venu à la soirée de ce soir. Mon ex petit-ami.

- Quand l'ex débarque, c'est jamais bon. Il y a un problème qui va arriver, c'est certain.

- Tu parles en connaissances de cause ?

- Il se peut qu'une ex ait déjà débarqué à un moment où il aurait mieux fallu qu'elle soit en train de chasser le Kelpy, si c'est cela que tu insinues, plaisanta-t-il difficilement en lui adressant un clin d'œil.

Elle fit mine de frissonner de dégoût, avant de sourire légèrement.

- Bon. Donc, Craig débarque, l'encouragea Sirius.

- Voilà. Je vais le voir, surprise.

- Tu m'étonnes, ironisa Sirius.

- Et là, déclaration.

Sirius fronça les sourcils. Il avait l'impression d'avoir perdu le fil de la conversation. C'était certainement le cas, d'ailleurs.

- Je suis perdu. Déclaration ? De qui, à qui ? Ou à quoi ?

- De lui, l'éclaira Lily. À moi.

Sirius en resta bouche bée.

- Le type qui voulait vivre sa jeunesse a finalement décidé de revenir vers toi en rampant et en te faisant une déclaration digne des plus beaux films à l'eau de rose ?

- Il ne rampait pas à proprement parler…, le corrigea-t-elle. Et puis… Comment connais-tu la notion des films à l'eau de rose ?!

- Le meilleur moyen d'exaspérer mes parents entre l'âge de quatorze et quinze ans, lui assura Sirius. Continue.

- Bref. Il débarque, me fait cette déclaration digne des plus beaux films à l'eau de rose, me dit qu'il a la possibilité de me trouver un poste, qu'on pourrait faire notre vie en Nouvelle-Zélande, ensemble. Il me prend la main, tente de me prouver qu'il me connait bien… et c'est vrai, il me connaît !

- Attends, où est James dans l'histoire ? s'étonna Sirius.

- Ne mets pas l'hippogriffe avant la charrue, tu veux ?! s'énerva Lily.

Le brun leva les deux bras en signe de rédemption, et mima le geste de sceller sa bouche.

- Je préfère ça, grommela Lily. Donc, Craig me fait cette superbe déclaration, et ma raison me crie « Oui ! Accepte ! Ce type traverse la moitié de la terre pour t'annoncer ça ! ».

- Tu n'as donc pas écouté ta raison ! s'extasia Sirius. Pardon, s'excusa-t-il aussitôt que le regard noir de Lily attrapa ses yeux.

- Merci. Et là, alors que toute ma raison me criait de l'embrasser, ou de faire je ne sais quoi de complètement stupide, il y a une espèce de sonnette d'alarme qui s'est déclenchée en moi et qui m'a dit « Euh, il est où, James, là ? C'est lui qu'on veut ! C'est lui qui doit dire ça ! ». Et c'est à ce moment-là que j'ai réalisé que, depuis le début, je voyais James en face de moi. J'ai réalisé que je voulais que ce soit James qui me prenne la main, j'ai réalisé que je voulais que ce soit lui qui me dise toutes ces choses. Que ce soit lui qui me redonne confiance en moi, que je voulais que ce soit lui qui réalise qu'il m'aime. Que je voulais que ce soit James qui traverse la terre pour moi, qui me propose de régler tous mes problèmes. Que je voulais que ce soit lui, le garçon qui voulait faire sa vie avec moi. J'ai réalisé que si je me sentais mal à l'aise face à Craig, c'est parce qu'il n'avait plus sa place en face de moi, et que cette place avait été saisie. Je voulais James. Juste lui.

Elle se tut, ses joues prenant peu à peu une teinte rosée. Elle respirait plus fortement qu'à l'accoutumée, et elle n'osait plus regarder Sirius dans les yeux.

- C'est la première fois qu'une fille vient me parler de ses sentiments pour mon meilleur ami avant de sortir avec lui. Et c'est la première fois qu'elle est sincère, aussi. Mais je ne suis pas sûr de comprendre ce qu'il a pu faire pour ça, avoua Sirius.

Elle haussa les épaules, lasse.

- Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Il a été là, plus que n'importe qui d'autre. Il est adorable, il fait tout pour me rendre service, il… Je n'arrive même pas à me justifier, j'ai l'impression que c'est un tout. Et puis, c'est tellement nouveau que je ne peux pas t'expliquer en détails ce que je ressens. C'est juste une impression. L'impression que je ne veux que lui. Tu comprends ?

Sirius hocha sombrement la tête. Il voyait tout à fait. Lui-même ne s'était pas posé de questions, et si on lui en avait posé, il n'aurait pas été capable de répondre, en toute honnêteté.

- Maintenant que nous avons éclairci ce point, venons-en à la suite.

- Parce qu'il y a une suite ? s'étonna franchement Lily.

Sirius leva les yeux au ciel d'exaspération.

- On parle de James. Il a beau avoir des lunettes, il ne voit pas plus loin que le bout de son nez, alors il va falloir lui ouvrir un peu les yeux, au petit, pour qu'il puisse se passer quelque chose entre vous.

Aussitôt, elle se ferma un peu.

- Attends, Sirius, on n'en est pas encore là, loin de là. Je ne sais pas si tu es au courant, mais je suis en pleine proie à un tourment médiatique me faisant passer pour la pire gourgandine jamais connue. Oui, je suis passée devant Célestina Moldubec, dit-elle alors qu'il ouvrait la bouche.

Tiens, il n'aurait pas cru ça possible, sincèrement.

- Donc, pour moi, une quelconque relation est proscrite, encore plus si cette relation doit inclure une personnalité du monde magique, parce qu'elle me mettrait sur le devant de la scène.

Sirius leva un doigt pour prendre la parole, avant de se renfrogner.

- Un bon point pour toi, lui accorda-t-il à contrecœur. Mais je pense quand même qu'il faut que tu fasses comprendre à notre petit James que tu n'es pas contre un rapprochement avec lui, vois-tu.

- Tu me donnes vraiment des conseils pour me mettre en couple avec ton meilleur ami ? soupira Lily.

- Eh ! Je prévois « l'après audience », moi, se justifia Sirius. Ce qui serait bien, c'est que, le lendemain du procès, lui et toi soyez ensemble. Donc, tu fais plein d'allusions pour les prochaines semaines, et à la fin de l'audience, tu l'embrasses !

- Rien que ça ? plaisanta-t-elle. Tu es sûr que ce soit une bonne idée ?

- J'ai raté ma vocation. J'aurais dû être entremetteur.

Elle grimaça.

- Entre nous, ce n'est pas une bonne idée…

Il éclata de rire.

- Tu as raison, et j'arrête de me mêler de ce que tu ressens pour mon meilleur ami, sauf si tu me le demandes, juste après ce dernier conseil. N'attends pas qu'il soit trop tard, ou n'attends pas sous prétexte que tu es en pleine audience, Lily. James t'apprécie, réellement, et James n'apprécie pas les gens sans raison valable. Le fait que tu lui aies donné une raison valable pour t'apprécier prouve que tu vaux la peine qu'il te considère, et s'il fait toutes ces choses gentilles pour toi, ce n'est pas uniquement parce que tu es l'amie d'enfance de Dan, bien au contraire. Je pense plutôt qu'il t'aime beaucoup, et ce n'est pas rien, venant de James. Alors promets-moi de ne pas te renfermer dans ta bulle sous prétexte qu'il y a une audience, et que tu ne veux pas lui dire trop rapidement ce que tu ressens. Continue d'aller vers lui.

Lily hocha la tête, acceptant avec plaisir le conseil que lui donnait Sirius. Déjà, parce qu'il était le mieux placé pour lui parler de James et d'elle en même temps. Les personnes qui la connaissaient assez pour la conseiller détestaient James, ou bien elle-même, ou bien ne voyait en James qu'un garçon extrêmement célèbre. Et dans cette dernière catégorie n'entrait pas qu'Emily, elle le savait très bien.

- Tu sais que ton meilleur ami est extrêmement renfermé ?

Sirius hocha la tête.

- Et têtu, et stupide quand il le souhaite, et désagréable au possible. Il est aussi génial, le meilleur ami qu'on puisse avoir. Il a beau faire celui qui ne sait rien de l'affaire, je sais très bien qu'il a payé mes parents pour qu'ils me fichent la paix.

- Tu es au courant ? glapit Lily.

Elle qui était persuadée que James gardait mieux que cela les secrets…

- Toi aussi, plaisanta-t-il. Pourtant, à l'époque, on n'avait même pas conscience de ton existence.

Elle hocha la tête, d'accord avec lui.

- Je sais bien, mais il pense vraiment que tu ne le sais pas.

- Je l'ai su par hasard, en écoutant une conversation on ne peut plus banale dans les couloirs du Ministère.

- Une conversation banale ? releva Lily en se rappelant qu'on parlait tout de même d'importantes sommes d'argent.

- Ouais. Corruption, tout ça. C'est monnaie courante, dans les couloirs du Ministère…

- C'est pour cela que je suis contente de ne pas y travailler, soupira-t-elle en buvant une gorgée. Et, au fait… tu me promets de ne rien dire à James ?

Sirius haussa un sourcil amusé, les coins de ses lèvres se relevant de la même façon.

- Je ne sais pas… combien es-tu prête à payer ? Je travaille au Ministère, après tout…

Elle ne releva pas la plaisanterie.

- Je suis sérieuse, Sirius. Je suis venue t'en parler ce soir parce que je n'avais personne vers qui me tourner, et je savais que tu pouvais être une oreille attentive. Mais je ne veux pas que James l'apprenne par quelqu'un d'autre que moi, alors promets-moi que tu ne le lui diras jamais.

Sirius soupira, mais hocha lentement la tête.

- Comme tu veux…

Il voulut rajouter quelque chose, mais la porte d'entrée s'ouvrant l'en empêcha.

- C'est normal ? chuchota Lily.

Sirius acquiesça en souriant.

- Remus et James ont les clefs, mais seul ce dernier se permet toujours d'entrer sans frapper. Il sait bien que ça ne me dérange pas…

- Est-ce que tu es en train de me dire que James vient d'arriver ? chuchota furieusement Lily.

Fier de lui, Sirius hocha la tête. La rousse aurait voulu l'étrangler, pour qu'enfin disparaisse ce sourire insupportable de son visage.

- Sirius, t'es là ?

James savait que son meilleur ami n'oubliait jamais d'éteindre la lumière. Il était même du genre à la laisser éteinte même lorsqu'il était dans la pièce. Il était donc sûr que Sirius était là. Seulement, Sirius n'était pas non plus du genre à rentrer aussi tôt d'une soirée. Il n'était même pas minuit…

Il se dirigea vers le salon, d'où s'échappait la lumière. Sirius était assis sur le canapé, et lui fit un signe de la main. Et en face de Sirius, assise sur le canapé et tournant la tête pour lui adresser un sourire timide, se trouvait Lily.

James n'appréciait pas les situations qui l'empêchaient de se préparer. Il n'était pas prêt à se retrouver dans la même pièce que Lily, pas plus qu'il n'était prêt à lui dire quoi que ce soit. Il voulait simplement se plaindre à Sirius, que celui-ci le plaigne, et lui dise n'importe quoi, du moment que ce n'importe quoi lui permette de se changer les idées. Si Lily Evans était dans la même pièce, il ne pourrait pas faire tout ça.

- Tu n'es pas à la fête ? s'étonna Sirius.

- J'en avais marre, bougonna James. Et vous non plus, vous n'y êtes pas, leur fit-il remarquer sur le ton de l'accusation.

Sirius coula un regard vers Lily qui, surprise du retour inattendu du ton désagréable de James, ne répondait rien.

- Lily a eu une drôle de surprise.

- Super, dit James sur le ton de celui qui s'en fichait totalement. Et toi, alors ?

- Alicia et moi, c'est fini. Il semblerait qu'elle ait un penchant pour les garçons un peu plus populaires que moi. J'ai bien pensé à lui dire que si je n'étais dans aucun journal, c'est parce que je ne le voulais pas.

James hocha sèchement la tête.

- T'as bien fait.

Il laissa le silence s'installer, tandis que Lily et Sirius échangeaient un regard gêné, comme se demandant ce qu'il convenait de dire à présent. Si on avait demandé l'avis de James, il estimait que c'était le moment où il fallait être honnête, et Lily devrait être en train de lui annoncer qu'elle partait en Nouvelle-Zélande dès la fin de son procès.

- Hum, et… et toi, alors ? demanda Lily d'une petite voix.

Et elle osait rougir, en plus. À l'instant même, elle l'exaspérait. Elle se permettait d'être gênée de la situation, alors que c'était elle-même qui s'était plongée dedans. Elle devrait rougir de ne pas dire la vérité, de ne pas lui avouer qu'elle partait d'ici peu de temps. Elle devrait déjà lui avoir dit… sauf si elle ne l'estimait pas autant qu'il l'estimait. C'était apparemment le cas.

- Je me suis rendu compte que j'avais raison de ne pas faire confiance à grand monde, lâcha-t-il froidement.

Elle tressaillit, prenant la réflexion pour elle. Qu'est-ce qu'il voulait dire ?

- Il y a un problème ? s'enquit Sirius en se levant et en s'approchant de son meilleur ami.

James se dégagea prestement de la main posée sur son épaule.

- Laisse tomber. Je viendrai te voir lorsque tes relations seront un peu plus fréquentables…

Sirius se tourna vers Lily, ébahi, avant de revenir vers James, qui avait déjà franchi la moitié de la distance le séparant de la porte d'entrée.

- James ! s'exclama Sirius.

La porte d'entrée claqua, réveillant le voisin du deuxième.

- Oh, vous, le demi-troll, fermez-la ! s'exclama James.

Après cette dernière phrase prononcée par James, le silence retomba pour une dizaine de minutes dans l'appartement. Lorsque Sirius se retourna vers Lily, celle-ci avait le visage défait.

- Je te jure que je ne sais pas de quoi il parle, murmura-t-elle faiblement.

Sirius se laissa retomber sur le canapé, mâchoires serrées.

- Tu te rappelles, quand je te disais que James est quelqu'un de génial ?

Lily hocha la tête.

- Laisse tomber cet adjectif. Il n'est qu'un imbécile, en vrai.

Elle lui offrit un sourire brisé, contente malgré tout qu'il tente de la réconforter du mieux qu'il le pouvait.

0o0o0o0

Il était le type le plus stupide qui puisse exister sur la terre, il le savait. Il n'était pas capable de rester avec une fille, même si ce n'était pas entièrement de sa faute. Enfin, pour le caractère, si, c'était de sa faute. Mais il n'était en rien coupable de la condition qui l'accompagnait dans chacun de ses gestes, dans chacune de ses pensées, qui le hantait chaque nuit et l'empêchait d'être paisible, même lorsque toutes les conditions étaient réunies pour le lui permettre.

Remus ouvrit le placard de sa chambre, fit descendre d'un coup de baguette une boîte qu'il gardait honteusement cachée dans le coin le plus reculé de l'armoire, et ouvrit rapidement le couvercle.

Il était encore saoul, mais il se rappelait tout de même qu'ici se cachait une potion lui permettant de dégriser. Par contre, le mal de crâne était inévitable.

Le goût était amer, et la brûlure qu'il sentit dans sa gorge lui rappela amèrement ce pour quoi il avait bu, ce soir. Il remit la bouteille à sa place, réalisant à la légèreté de la fiole qu'il devrait bientôt en refaire, pour s'assurer de ne pas paraître dans un trop mauvais état la prochaine fois qu'il aurait besoin de se saouler pour oublier. Refermant la boîte qui cachait ce qu'il appelait, secrètement, ses « hontes loup-garesques », il la relança, d'un second coup de baguette, en haut du placard, cachée. Pour que personne ne soit jamais au courant de ce qui le rongeait au plus profond de lui-même.

Que personne ne soit jamais au courant de tout ce qu'il avait à se reprocher.

La porte d'entrée s'ouvrit. Il ferma les yeux, soupirant de soulagement. Un peu plus et l'un de ses amis le voyait dans cet état lamentable, saoul. Il ne voulait pas donner d'explications, il ne voulait pas se justifier de quoi que ce soit. L'unique chose qu'il souhaitait, c'était qu'on lui fiche la paix avec ses sentiments répréhensibles qui le martelaient de l'intérieur, et ne le laissaient jamais tranquille.

- James ? demanda-t-il par acquit de conscience.

Sait-on jamais, cela aurait pu être un inconnu ayant dérobé les clefs à l'un de ses amis. Ceci dit, si c'était un homme qui venait le tuer, il le méritait amplement.

- Ouais, c'est moi… Pourquoi est-ce que tu as encore cet air coupable ? l'accusa aussitôt James une fois entré dans la chambre de son meilleur ami.

Il fallait qu'il apprenne à cacher un peu mieux ses sentiments.

- J'ai oublié d'aller prévenir mon père que je n'irai pas le voir demain, inventa Remus.

- Tu devrais y aller tout de même, lui conseilla James.

Remus haussa simplement les épaules, grimaçant de douleur.

- Ta blessure de la dernière fois te fait encore mal ? s'étonna James.

Qu'il n'ait pas été avec ses amis lors de la précédente pleine lune ne l'empêchait pas d'être au courant de ce qui s'y était produit. Il savait qu'à un moment, Sirius avait dû empêcher Remus d'aller en direction d'une ville, et l'un comme l'autre étant parfois ingérables et, surtout, extrêmement têtus lors de sa transformation animale, ils avaient dû s'expliquer vigoureusement.

- C'est presque fini, lui assura Remus.

La vérité, c'est qu'il s'était cogné, la nuit précédente, sur la blessure même, et qu'il avait ainsi rouvert la plaie. Mais il lui restait assez de dignité pour cacher ce détail à son meilleur ami et, surtout, il n'avait pas envie qu'il l'oblige à soigner ceci.

- Bon… Si tu le dis, alors…

James n'était absolument pas convaincu. Remus était passé maître dans l'art de mentir et de dissimuler ce qu'il pensait à ses meilleurs amis, à tel point que ceux-ci tentaient autant que possible de le piéger pour l'obliger à parler. Ça ne fonctionnait d'ailleurs jamais, et ils étaient obligés de revenir à la méthode consistant à pousser Remus à bout de nerfs, jusqu'à ce qu'il craque et se mette à parler. À hurler serait plus juste.

- Qu'est-ce qui t'amène ? voulut savoir Remus en se jetant sur son lit.

James s'installa sur le fauteuil en fermant les yeux.

- Une fille…

- Oh. Tu vas devoir écrire une lettre incendiaire à Sorcières Hebdo dès demain, pour les informer que tu n'as pas la moindre idée de l'identité de cette fille qui dit sortir avec toi ?

James rit doucement.

- Non… Non, ça aurait été plus simple.

- Tu m'inquiètes presque, Cornedrue, avoua Remus. T'es pas du genre à te prendre la tête pour une fille. C'est Queudver qui fait ça.

James soupira.

- Ouais, je sais bien. Si tu veux tout savoir, je me trouve moi-même pathétique…

- Woh. Ça doit vraiment être grave, alors…, murmura Remus en fronçant les sourcils.

La seule fille qui n'ait jamais causé du souci à James était sa mère. « Qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui offrir pour Noël ?! »

- Je ne te le fais pas dire… Dis, toi qui vis toujours des histoires bizarres avec les filles…

- Trop aimable de remuer le couteau dans la plaie, murmura Remus sans que James ne l'entende.

- Qu'est-ce que tu ferais si tu réalisais que tu es amoureux d'une fille qui va certainement bientôt partir à l'autre bout de la terre avec son ex petit-ami, qui, soit dit en passant, a une bague de fiançailles dans la poche, ou presque ?

Remus se redressa d'un bond.

- Explique-moi tout depuis le début, exigea-t-il lentement.

James soupira. C'était parti…

0o0o0o0

- Je ne sais pas ce qui me perturbe le plus, avoua finalement Remus en se massant furieusement les tempes.

James ferma les yeux et attendit patiemment que son ami précise le fond de sa pensée.

- Est-ce que je suis étonné d'apprendre que tu es amoureux, est-ce que je suis étonné d'apprendre que ce soit d'une fille qui ait autant d'esprit que Lily, est-ce que je suis étonné que tu ne veuilles rien faire pour la retenir, est-ce que je suis étonné que tu aies décidé de te taire pour ne pas la mettre dans une situation délicate, ou bien est-ce que je suis étonné de voir à quel point tu peux être un imbécile en refusant d'aller le lui dire ?!

Il avait crié cette dernière phrase, faisant sursauter James par la même occasion.

- Eh, t'es pas le mieux placé pour me parler comme ça ! lui reprocha James. C'est toi le torturé qui refuse tout le temps d'aller vers une fille pour lui dire ce que tu ressens ! lui rappela le brun.

- Et c'est toi qui viens aussitôt me voir en me traitant de tous les noms ! répliqua Remus.

Ils s'affrontèrent du regard, avant d'éclater d'un même éclat de rire.

- Nous sommes des imbéciles.

- Je ne te le fais pas dire, reconnut James.

Remus soupira, et se prit la tête entre les mains, cherchant le meilleur moyen pour faire comprendre à James ce qu'il avait à lui dire.

- Écoute, Cornedrue, toi et moi, on n'est pas doués pour ce genre de trucs… En fait, en réfléchissant un peu plus à nos différentes histoires amoureuses, à nous quatre, il n'y a que Sirius qui ait fini par s'en sortir.

- Ah ouais, en parlant de ça… Alicia voulait simplement s'approcher de l'équipe nationale de Quidditch.

- Je disais donc, nous quatre, nous sommes les pires professeurs pour tout ce qui a trait aux relations amoureuses, reprit Remus en grimaçant. Mais je connais quelques petits trucs, quand même. Et je sais que tu crois qu'il vaut mieux que tu la laisses avec Craig, mais sincèrement, Cornedrue, je crois plutôt que c'est la pire chose à faire. Je pense que tu ferais mieux d'aller la voir, et d'aller lui dire tout ce que tu ressens, tout ce que tu penses d'elle, et que tu devrais le lui dire maintenant avant qu'il ne soit trop tard…

Remus arrêta de parler, affligé. James secouait obstinément la tête à chacune des paroles qu'il disait.

- Quoi, encore ?

- Elle ne voudra pas de moi. Jamais. Je crois que tu n'as pas bien compris le personnage qu'est Lily Evans. Elle déteste tout ce qui la relie à la presse, elle déteste tout ce qui est lié au sport. Ses convictions et sa haine viscérale pour la popularité l'empêcheront de toute façon de sortir avec moi. Rajoute à cela que je ne suis pas franchement le genre de type qu'elle apprécie. Je ne vais pas aller dire à ses meilleures amies que je compte la demander en mariage, pas plus que je ne serai expansif avec elle. Tu vois, c'est tout ça qui fait que je ne peux pas sortir avec elle, et qu'elle ne voudra pas sortir avec moi. On est trop différents, et il n'y a rien en moi qui puisse la pousser à me voir autrement que comme un ami. Tu comprends ? Le mieux à faire, c'est que je la laisse vivre la vie qu'elle mérite de vivre, avec le garçon qui est fait pour elle. Et le mieux, encore, c'est que je n'aie plus de contacts avec elle, parce que ce sera plus simple pour elle de n'avoir que peu d'amis qui pourraient la faire hésiter à partir. Si elle se trouve bien en Nouvelle-Zélande, avec ce Craig, je n'ai qu'à… m'écraser, dit-il en mimant le geste d'une main aplatissant une mouche.

Remus soupira à nouveau.

- Tu es venu pour quoi, au juste ? s'énerva-t-il à demi. Tu es venu pour me dire que tu étais amoureux, pour me demander des conseils, ou uniquement pour me dire que tu étais amoureux et que tu allais la laisser partir à l'autre bout de la terre ?! Que je sache, que je puisse arranger mon discours pour qu'il aille dans ton sens !

James lui envoya un regard noir, mais Remus n'était pas prêt de s'arrêter.

- Parce que là, Cornedrue, t'es certainement en train de faire la pire bêtise de ta vie ! Tu t'en voudras toute ta vie de la laisser partir, et tu t'en voudras encore plus de ne lui avoir rien dit ! En plus, elle ne mérite pas ton silence. Elle devrait savoir ! Tes raisons invoquées sont stupides, qui plus est. Tu dis qu'elle ne veut pas de ta célébrité ? Tu sais aussi bien que moi qu'on peut occulter ce genre d'informations, pour quelques semaines au moins ! Tu crois vraiment que tu fais le meilleur choix en la laissant avec ce type ? Je n'en suis pas si sûr…

James soupira.

- Qu'est-ce que tu veux que je te dise, par Merlin ?!

- Je ne sais pas. Je crois que je voudrais que tu me dises que j'ai raison de la laisser partir.

Remus se frotta vigoureusement le visage.

- T'es stupide, Cornedrue, c'est tout. C'est tout ce que tu es. Tu n'as certainement pas raison. T'es simplement la personne la plus imbécile que je connaisse, pour vouloir te faire haïr de la personne que tu aimes…

Et Remus se tut, se laissant retomber sur son lit. Qui était-il pour donner de tels conseils ? Il faisait exactement la même chose.

- Tu en as parlé à Patmol ? demanda-t-il en désespoir de cause.

- J'ai voulu, l'informa James. Mais elle était chez lui…

- Est-ce qu'au moins, tu es sûr qu'elle sort avec Craig ?

James haussa les épaules.

- Lunard, elle l'a vu en Nouvelle-Zélande, et ne l'a dit à personne. Tu ne caches pas ce genre d'informations si tu n'as rien à te reprocher…

James réfléchit un instant.

- Mais, dans le doute… Tu ne voudrais pas mener l'enquête, pour vérifier ? hasarda-t-il.

Remus lui lança un regard moqueur, avant de réaliser que James était sérieux. Remus soupira.

- Je me dis que si on était encore à Poudlard, tu aurais passé ton temps à lui courir après… et maintenant, tu développes tout à coup une timidité maladive à parler à une fille. C'est le monde à l'envers…

James soupira. Le monde était à l'envers depuis que Lily Evans était entrée dans sa vie, de toute façon.


Ma relecture est rapide, et je passe de toute façon en coup de vent, parce que, petit 1, mon ordi a planté et je dois tout réinstaller et donc j'ai pleiiin de trucs à faire dessus pour pouvoir retravailler dessus et que, petit 2, mes profs réalisent en même temps que moi que la fin du semestre approche. Sauf qu'eux, ils ont les pleins pouvoirs pour m'accabler de travail...

Bref. Merci à tous ceux qui ont laissé une review la semaine dernière, et vous étiez nombreux ! Apparemment, la fin sadique je vous ai laissée vous a offert de quoi cogiter ;) ! Et puis merci à DelfineNotPadfoot qui prend le temps de me corriger chaque semaine. Voilà ! Et pour les anonymes, comme toujours, un petit mot rapide par ici :

Sunshiine, ah, ah, comme tu le vois, Craig est effectivement reparti avec son cheval blanc en Nouvelle-Zélande. Du moins, pour le moment !

Myriam, voyons, pas la peine de s'énerver, la réaction de Lily est là enfin ! Et, pour le coup, oui, Frank a remarqué ce que ressent James pour Lily.

Marinette, voilà, tu es rassurée, Lily n'est pas partir avec Craig ! Ceci dit, je crois bien que c'est le seul truc qui n'est pas "effrayant" dans ce chapitre !

Nesrine BS, eh oui, je suis cruelle, mais ça, pour le coup, je m'en doutais depuis déjà un moment, ah ah ! Mais une semaine, enfin, ce n'est pas si long que ça. La preuve, voilà que tu as déjà terminé le chapitre !

rubandepluie, mais non, voyons, ce ne sont que des chiffres, pas la preuve qu'une semaine, c'est vraiment long. Et puis, pour le coup, moi, je ne l'ai pas vue passer cette semaine ! Et ne te rends pas chauve, ça serait dommage, pour une simple FF !

IWANTTOKILLYOU, la suite est là, voilààà ! (Et ton pseudo, pour le coup, est assez... hum. Surprenant.)

Capuche, une bagarre, carrément ? Non. Désolée, mais il n'y en aura pas. Et... bienvenue parmi nous !

Mwaara, est-ce que Julia va VRAIMENT pouvoir être avec Sirius ? Telle est la question... qui ne sera certainement pas résolue dès maintenant !

Merci à tous, une fois encore. Et mon sadisme vous motive, on dirait ; 25 reviews pour le chapitre de la semaine dernière, nouveau record !

Allez, passez tous une bonne semaine, et on se revoit très vite, c'est juré !