* Passe discretement la tete par l'entrebaillement de la porte, pousse un ou deux soupire d'appréhension, mais prend finalement son courage à deux mains, entre et fait tomber bruillamment un énorme tas de feuille sur la table*
Euh... Bonjours tous le monde!
Non vous ne révez pas les amis ce ci est bien un chapitre, un long chapitre que je traine comme un boulet depuis pres d'un an déjà. Pour etre totalement franche je n'en peux plus de ce chapitre! Mais les affaires reprennent et il était plus que temps.
Je ne vous cacherais pas que je trépigne d'impatience depuis que ma correctrice travaille dessus et je voulais m'excuser au pres d'elle pour l'avoir fait travailler si durement ces derniers jours. Merci mon Robinou, pour tout... Voyez vous j'ai une béta en or massif, elle juste absolument parfaite et sans elle je pense que cette histoire n'aurait jamais connu de fin. Je lui doit beaucoup, alors merci GDT pour etre si formidable et surtout pour ne pas avoir lacher l'affaire. C'est une coriace vous savez!
Je suis navée j'ai oublié les croissants, mais je crois que j'ai un petit quelque chose que vous pourriez bien vous mettre sous la dent...
Je vous laisse on se retrouve en bas,
Je vous adore les filles et c'est vraiment le pieds intégral de revenir faire un tour par ici, vous m'avez tellement manqué...
Marine,
20 Janvier, 07h34, NY, Aéroport de LaGuardia,
Je me penchai pour reprendre mon sac à l'instant même où Rose coupait le moteur de la voiture. Alors que j'ouvrais la portière, elle me retint par le bras.
- Ca ira?
- Oui, lui répondis-je simplement.
- T'as assez de fric pour un aller-retour?
- Rose... Ne t'inquiète pas pour ça.
Elle me lâcha des yeux pour regarder devant elle, j'en profitai pour sortir de la voiture.
Je passai les portes automatiques, sans même me retourner et pris la file du premier guichet, avant de chercher dans ma poche mon portefeuille. J'allais flinguer le peu de fric que j'avais en billets d'avion mais peu importe. Elle comptait plus que le reste. Et ce n'était pas comme si j'avais le choix.
Je me décalai légèrement en sentant quelqu'un se mettre à côté de moi, avant de relever la tête et me trouvai en face de Rose.
- Qu'est-ce que tu fais? lui demandai-je, sans comprendre ce qu'elle faisait là.
- Je viens avec toi.
Je souris à la fois étonné par son aplomb et par son air renfrogné, elle qui semblait presque compatissante il y a deux minutes.
- Rose... Je dois y aller seul, tu comprends? lui dis-je en prenant soin de ne pas l'envoyer bouler, même si j'en avais une envie folle.
- Je comprends tout ce que tu veux, mais là t'as pas le choix. T'y arriveras jamais tout seul! Je la connais, quand elle s'y met c'est une vraie tête de mule, elle ne rentrera pas si on ne l'y force pas, débita-t-elle, sans me regarder, les yeux rivés sur le tableau d'affichage numérique.
J'attrapai son coude pour la forcer à me faire face, récoltant une grimace menaçante au passage.
- J'y vais seul ok. Ce n'est pas discutable.
Je serrai un peu son bras pour me faire plus convainquant, elle pinça ses lèvres avant de se détourner encore une fois. Je relâchai finalement son bras et elle me tourna le dos, faisant claquer ses talons en s'éloignant, visiblement très contrariée. Mais je ne pouvais pas la laisser venir avec moi, c'était quelque chose que je devais faire seul. Me retrouver face à Bella serait déjà assez difficile à gérer, je n'avais nul besoin de spectateurs, surtout si c'était Rose. Tout le monde s'était suffisamment impliqué dans cette histoire qui ne concernait que Bella et moi. Jusqu'à maintenant j'avais été suffisamment foireux pour les laisser faire, mais c'était terminé. Je savais pertinemment que Rosalie saurait le comprendre même si elle en était froissée.
Je récupérai mon sac par terre, pour avancer dans la file. Après plusieurs minutes, ce fut enfin mon tour.
- Le prochain vol pour Seattle, s'il-vous-plaît, demandai-je à l'hôtesse devant moi.
- Avec Continental Airlines, l'embarquement est à 10h15.
- Parfait.
- Un aller-retour?
- Aller simple.
- Le billet est à 228$30.
Je lui tendis ma carte de crédit, sans même lui répondre. Elle me donna ensuite mon billet, avec un sourire commercial et me souhaita un agréable vol.
Il ne me restait plus qu'à attendre un peu plus de deux heures et je pourrais embarquer. J'allais m'assoir à un fauteuil dans la salle d'attente, près des portiques de sécurité. Heureusement je pus garder avec moi mon petit sac de voyage, qui ne contenait qu'un jean, un pull et quelques boxers de rechange.
Je regardais, par la grande fenêtre donnant sur le tarmac, un 737 décoller. Bientôt ce serait mon tour, et dans 9 heures je serais à l'autre bout du pays à courir derrière la femme que j'aimais. C'était à la fois désolant et palpitant. En sentant quelqu'un s'affaler sur le fauteuil voisin, je délaissai le décollage du Boeing pour jeter un regard mauvais à l'impoli qui venait polluer mon espace vital. Mais en voyant ma nouvelle voisine, je ne pus m'empêcher de sourire comme un crétin, allez savoir pourquoi?
Rose soupira devant le sourire que j'affichais. Elle me tendit une bouteille d'eau et un magazine.
- Tiens, me dit-elle simplement.
Elle croisa ses jambes et joignit ses mains sur son genou. Sans être un expert de la gente féminine, j'avais suffisamment vu ma mère faire ces gestes pour deviner qu'elle s'apprêtait à entamer une discussion sérieuse.
- Primo tu ne la préviens de ton arrivée sous aucun prétexte, tu ne l'appelles pas, pas un texto avant de lui avoir mis le grappin dessus. C'est bien compris? Il te faut l'effet de surprise. Sinon tu peux être sûr qu'elle prendra encore la poudre d'escampette. Quand tu atterris, tu m'appelles. Je me chargerai de dire aux autres que t'es parti, débita-t-elle sans même me regarder.
- Rose, je sais pertinemment ce que j'ai à faire, enchainai-je, un peu saoulé par son ton autoritaire. Elle m'avait fait perdre mon sourire abruti en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire. La flotte et le Times n'étaient qu'une diversion.
J'avais toujours eu un problème avec les ordres et je détestais qu'on me dicte ma conduite. Mais venant de Rosalie, il ne fallait pas que je m'attende à autre chose, je devais prendre mon mal en patience. La patience n'étant pas une de mes qualités premières.
- Je n'ai pas fini, Edward. Je veux un rapport détaillé tous les jours. T'as une semaine, ensuite je prendrai le premier avion. On est bien d'accord?
- C'est noté, lui lançai-je insolemment. Définitivement, elle me rappelait ma mère, et c'était exaspérant...
- Bon maintenant qu'est-ce que t'as l'intention de faire une fois là-bas? m'interrogea-t-elle, toujours aussi sérieuse.
- Louer une voiture, je suppose.
- Je veux savoir ce que tu comptes lui dire, abruti ! râla-t-elle.
- J'ai 9 heures pour y réfléchir, non?
- Très drôle! Ne me dis pas que tu n'as rien préparé? me répondit-elle d'un ton exaspéré.
- Préparé quoi Rose? Je sais même pas si-
- Tais-toi! me coupa-t-elle en mettant sa main à quelques millimètres de ma bouche. Tu ne m'as pas l'air très doué en communication, sans vouloir te vexer Surtout avec les femmes semble-t-il; alors laisse-moi t'apprendre deux ou trois trucs Cullen...
Je secouai la tête, en me forçant au calme, puis pris une gorgée d'eau, plus pour m'occuper et ainsi éviter de l'envoyer chier même poliment.
Malheureusement pour moi aucune échappatoire possible sans provoquer l'incident diplomatique. Et pour l'avoir déjà vu faire avec Emmett, il fallait à tout prix que j'évite un esclandre dans l'aéroport. Je commençais vraiment à regretter que Jazz ne m'ait pas répondu. Je ne pouvais m'en prendre qu'à moi, ce n'était pas les taxis qui manquaient, juste du bon sens.
- Bella n'est pas une fille comme les autres, ta belle gueule et ton sourire ne lui feront aucun effet, elle aura plutôt envie de te refaire le portrait, même si on s'en est déjà chargé. Si tu comptais te confondre en excuses minables et larmoyantes tu peux oublier aussi. Parce que là tu te prendras une bonne droite, c'est garanti, commença-t-elle en ignorant royalement mes soupirs exaspérés.
- Donc je ne m'excuse pas? m'étonnai-je avant de lever les yeux au ciel. Est-ce qu'elle se foutait de moi, là?
- Si tu me coupais pas toutes les 30 secondes, on pourrait avancer! râla-t-elle en me fixant de son regard le plus noir. Je disais donc pas d'excuses. Elle voudra savoir ce que tu fous là et tu ne lui diras surtout pas que t'es venu la chercher, surtout, surtout pas! Tu lui dis qu'elle te manquait et que tu ne pouvais pas rester loin d'elle. Ca devrait faire son petit effet.
Je me pinçai l'arête du nez et essayai de toutes mes forces de rester calme. Il m'était pour l'instant impossible de me projeter dans un quelconque avenir proche. Il y avait toujours la possibilité qu'elle ait quitté Forks et surtout il y avait Jacob. Rien que d'imaginer me retrouver en face de lui me faisait frémir de rage. Si bien que j'entendais à peine les mots de Rosalie. Je reportai mon attention sur elle quand elle posa sa main sur mon genou.
-Je sais ce que tu penses, mais crois-moi, ce que je te dis là pourrait t'être utile, Ed'. Elle a juste besoin de savoir que tu es capable de traverser la terre entière juste pour être avec elle, que tu l'aimes assez pour ça. Les explications peuvent venir plus tard.
Oui plus tard, mais plus tard c'était bientôt et j'avais un mal de chien à mettre de l'ordre dans mes idées. Ca n'allait pas aller en s'arrangeant bien au contraire.
- J'aimerais que ce soit si simple... lâchai-je désabusé.
- Tu l'aimes, elle t'aime, il n'y a rien de plus simple. C'est juste que vous êtes trop tordus pour faire les choses simplement. Ne me regarde pas comme ça tu sais pertinemment que j'ai raison. Vous jouez au chat et à la souris depuis tellement de temps que ça a fini par devenir votre seule façon d'agir ensemble.
- Tu as sans doute raison, lui concédai-je.
- J'ai foutrement raison tu veux dire! Toute cette merde prend des proportions hallucinantes, vous avez foutu un bon bordel c'est moi qui te le dis!
- Je sais tout ça Rose...
Elle détourna le regard furtivement, mais j'eus le temps de le voir se troubler. Son absence et son silence nous pesait tous. Je me trouvai bien égoïste tout à coup. Je me croyais le seul à souffrir, alors que par ma faute Lily et Rose se trouvaient privées de leur meilleure amie, Emmett de sa petite sœur...
- Ramène-la nous, c'est tout ce que je te demande Edward.
- Je te promets d'essayer.
Plusieurs minutes s'écoulèrent avant qu'elle ne bouge. Moi je me contentai de regarder les gens passer devant nous perdu dans mes pensées.
- Merci Rose, lui dis-je en la voyant se lever. Je me relevai aussi et la pris dans mes bras.
Je ne savais pas vraiment pourquoi j'avais fait ce geste, et pour être honnête je m'y étais pris comme un manche, c'était tellement maladroit que ça en devenait ridicule.
- Que ça ne devienne pas une habitude Edward, surtout en public! claqua-t-elle en se détachant de moi.
Je lui fis un sourire idiot, en repensant au nombre incalculable de fois où Emmett et elle se faisaient remarquer pour leur manque de tenue en public. Elle me claqua une bise sur la joue avant de passer sa main dans mes cheveux, pour y mettre de l'ordre soit disant. Merde, elle me maternait et c'était bizarrement agréable et rassurant. Mais qu'est-ce qui m'arrive! Mes couilles ne manquaient pas à l'appel pourtant!
- Arrête Rose, on est pas assez intimes pour ça, râlai-je en esquivant sa main.
- T'as raison! rit-elle en me collant une petite tape derrière la tête, petite et douloureuse, mais elle eut le mérite de remettre mes cheveux en bataille.
- J'attends ton appel Cullen ! Ne pense même pas y couper, c'est clair ?
- Bien Madame.
- Mademoiselle! rectifia-t-elle, avant de me faire un magnifique sourire.
J'étais à la fois soulagé et un peu paumé en la regardant quitter l'aéroport. Quand elle sortit de mon champ de vision je me sentis soudain seul. Je ne dirais pas que j'avais peur, non! Je suis un mec bordel! C'était plutôt l'incertitude qui me brouillait le bide, cette putain d'incertitude avec laquelle je devais composer.
Je n'avais pas le choix. Je devais tout faire pour la ramener et ça commençait par là, une porte d'embarquement, quelques heures encore... Rose comptait sur moi. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'elle me faisait confiance, mais elle me laissait faire et c'était déjà ça.
En deux jours on avait construit une amitié à part, enfin c'était l'impression que j'avais. Jusqu'à maintenant on était... Elle la petite amie casse bonbon, moi le meilleur ami.
Je ne m'étais jamais vraiment rendu compte que Rosalie pouvait être quelqu'un de spécial et de précieux. Elle était un peu comme la grande sœur que je n'avais jamais eue et dieu merci! C'était nouveau pour moi, et c'était juste étrange. Même si elle avait quelques tendances castratrices, je ne pouvais pas m'empêcher de la trouver adorable, alors que je jouais avec ma bouteille d'eau. Adorablement chiante en fait, et envahissante aussi...
- Tous les passagers du vol C6788 sont attendus porte D pour l'embarquement.
Je grimaçais légèrement, c'était maintenant que tout commençait. C'était maintenant. J'avais la trouille, mais je n'avais plus vraiment le choix. Faire machine arrière était juste inconcevable. Si je la voulais, c'était maintenant qu'il fallait agir...
21 Janvier, 11h37, Forks;
J'en avais connu des matins difficiles, des lendemains de cuite douloureux, nauséeux et foutrement désagréables. Je ne pensais pas pouvoir connaitre pire et pourtant, ce matin en me levant ça l'était. Pas vraiment plus que les autres, mais pire quand même.
A peine avais-je entrouvert les yeux, qu'une migraine fulgurante me vrilla le cerveau. Je refermai les yeux aussi vite que possible, assaillie par la lumière pâlotte de ce matin, qui était tout de même foutrement aveuglante pour ma pauvre condition de migraineuse-nauséeuse.
J'avais la désagréable impression que de la matière grise voulait sortir de ma boite crânienne, du moins ce qu'il en restait après une énième murge mémorable, pathétiquement mémorable.
Pourtant j'aurais dû m'y attendre bordel. J'avais tenté le diable en revenant ici et il était sorti de sa boite, me faisant sursauter malgré tout. Je m'étais simplement dit qu'avec un peu de bol je pourrais éviter de me retrouver en face de lui. Mais la chance me fuyait comme la peste et elle avait déserté ma piètre existence depuis pas mal de temps déjà, alors pourquoi fallait-il que je m'obstine à compter sur elle?
Qu'est-ce que j'avais fait de si horrible pour mériter toute cette merde? La théorie des chatons noyés dans une vie antérieure me paraissait de plus en plus bancale. J'avais dû être une meurtrière sanguinaire, Bella l'éventreuse, ou un truc dans le genre pour avoir un karma aussi pourri! Ou alors la justice divine n'existait pas dans ce bas monde? Mais la question était bien trop philosophique pour que je m'y attarde plus de 5 secondes. La capacité maximale de concentration dont je disposais avec ma migraine carabinée. Il était plus facile de pleurer sur ma petite personne, en hurlant mentalement, mais pas trop fort quand même; qu'est-ce que j'ai fait pour mériter tout ça, bordel?'
Si tu parles de ta migraine, j'ai une explication tout ce qu'il y a de plus rationnelle et le destin, le karma ou Dieu n'ont absolument rien à voir là-dedans... La vodka chérie, beaucoup, beaucoup de vodka et une bonne dose d'inconscience, de bêtise, pour ne pas dire de connerie aussi! Bien trop colossal pour une si petite personne, si tu veux mon avis!
Je m'étirai tant bien que mal, percluse de courbatures atrocement douloureuses, j'avais l'impression d'être en carton pâte. Je prenais soin de ne pas trop remuer quand même, à cause de mon mal de crâne, mais aussi parce que j'étais bien consciente qu'un rien me ferait dégobiller tripes et boyaux, tant la nausée et les gargouillis dans mon estomac étaient violents.
En tendant le bras je pus sentir quelque chose de dur et chaud tout près de moi. La sensation de malaise et de vertige se fit plus grande encore. J'ouvris un œil puis deux, luttant contre mon mal de crâne qui redoublait.
Une fois habituée à la luminosité, je pris une bonne minute pour faire le vide en fixant le plafond. Puis j'entrepris de mettre un peu d'ordre dans mes souvenirs de la veille. La balade avec Jacob sur la plage, mon père dans le salon de Billy, Jacob qui essayait de me retenir. On était ensuite partis se saouler dans un bar, la vodka qui brulait ma gorge, la musique trop forte et Jacob encore. Je revoyais des visages, celui de mon meilleur ami revenant souvent... Son odeur, la chaleur de son corps contre le mien quand on dansait... Le reste était plutôt flou, tout se bousculait et ma pauvre cervelle avait bien du mal à suivre la cadence.
Je soulevai la couverture qui me cachait à peine. Je pinçai les lèvres en découvrant que j'étais presque à poil. Je fronçai les sourcils, consternée. Je me sentais plutôt dégueulasse... Et bordel c'était foutrement horrible!
Horrible non, minable tout au plus... Un peu plus minable que la veille...
La nausée qui me prit n'avait rien à voir avec ma gueule de bois cette fois. Mon estomac se contracta violement me forçant à me redresser. Je m'assis au bord du petit lit dans lequel j'étais couchée à côté de Jack, une seconde avant. Je pris ma tête entre mes mains, jurant sur ma minable existence et ma bêtise pharamineuse. La nausée me reprit de plus belle, quand je vis un tas de vêtements par terre me renvoyant des flashes chaotiques. Mais je ne me souvenais pas avoir...
Je me relevai, manquant de me péter la gueule tant ma tête tournait. L'élancement dans mon crâne se fit plus fort, plus lancinant, plus insupportable encore. Le sang battait fort contre mes tempes quand je me penchai pour ramasser mes fringues. J'enfilai mon jean le plus vite possible compte tenu de ma piètre coordination. Qu'est-ce que disait la petite voix déjà? Plus minable que la veille... Bordel c'était affligeant de véracité.
Une fois habillée, je jetais un œil vers le lit où Jack ronflait toujours, puis j'observai une seconde la pièce dans laquelle j'étais plantée. Où est-ce qu'on était déjà? Ah oui, chez Sam et Emilie... Je fis une nouvelle fois le tour de la chambre pour voir si je n'avais rien oublié, puis je sortis de là en refermant la porte le plus doucement possible. Je me retrouvai dans un petit couloir. J'hésitai une seconde avant de retrouver mon chemin. Je ne me rappelais pas vraiment clairement mais j'étais presque sûre de ne pas être arrivée jusqu'ici debout...
Je descendis les escaliers à pas de loup et regagnai le rez-de-chaussée. Des ronflements y résonnaient aussi. Je jetai un œil vers le salon ouvert pour voir deux pieds émerger de sous un plaid, Quil sûrement, puisque Jared et Paul étaient en train de roupiller à même le sol. Je m'épatais toute seule pour réussir à me souvenir du prénom de chacun; Paul était monté dans ma voiture quand j'étais arrivée à La Push, Jared cheveux longs, Quil cheveux courts; fingers in the naz!
Je cherchai des yeux mes chaussures et mon manteau qui n'étaient pas dans la chambre. Je relevai le regard en entendant du bruit venant de la cuisine. J'avançai sans faire de bruit jusqu'à l'entrée de la maison, passant devant la table de la salle à manger qui croulait littéralement sous les canettes de bière et autres vestiges de la fin de soirée qu'on avait passée ici. L'odeur de tabac froid me retournait l'estomac, si bien que je crus vraiment que je n'allais pas pouvoir réussir à sortir de cette maison sans maculer le carrelage de vomi.
Je récupérai enfin ma veste posée en vrac sur le dos d'une chaise et sursautai, me figeant littéralement en entendant une voix derrière moi.
- Hey! Tu crois quand même pas que tu vas échapper à la corvée de ménage?
Je me retournai presque précautionneusement pour voir Emilie, un torchon de vaisselle à la main me fixer d'un œil d'abord sévère puis presque compatissant.
- Si tu voyais la tête que tu as! me lança-t-elle en plaisantant, enfin pas tant que ça. Je pouvais tout à fait imaginer la tête que j'avais, nul besoin de me le faire remarquer.
Elle s'approcha de moi doucement, le regard tendre, avec un beau sourire. Je la fixai incertaine. Je la connaissais à peine cette fille, juste une soirée, pendant laquelle j'avais dû être relativement sobre à peine une heure. Mais de ce que je pouvais me souvenir, elle avait été sympa avec moi. Elle posa sa main sur mon épaule.
- Viens prendre un café ensuite on va faire quelque chose pour arranger tes cheveux.
- Mes cheveux? lui demandai-je complément à côté de mes pompes. Tu es pieds nus Bella! Je passai une main dans mes cheveux... OH MERDE MES CHEVEUX! Je poussai un couinement horrifié en me rendant compte qu'ils n'avaient rien de mes cheveux d'avant. C'est pas faute de t'avoir rabâché que l'alcool ne te réussissait pas ma vieille!
- Putain de merde!
- Je te jure on a tous essayé de t'arrêter... me dit-elle avec une grimasse.
Mon cerveau ratatiné me renvoya quelques images de cette nuit apocalyptique. Moi jouant avec d'énormissimes ciseaux, puis saisissant une mèche de mes cheveux, et le drame; mes cheveux qui tombaient. Une chose m'échappait toutefois... Pourquoi, grand Dieu pourquoi avais-je fait une chose pareille?
Je restai complètement figée, anéantie par ma connerie incommensurable, je caressai ce qu'il restait de mes cheveux. Adieu les belles boucles brunes, ils me couvraient à peine la nuque, et rebiquaient dans tous les sens. Je me dirigeai fébrile vers le petit miroir de l'entrée. J'étouffai un gémissement en plaquant ma paume sur ma bouche.
- T'inquiète par je te promets d'arranger ça, mais j'ai besoin d'un café, histoire de ne pas empirer les choses...
Je grimaçai en me retournant vers elle.
- Allons-y pour le café alors, marmonnai-je la voix rauque et incertaine.
Je soupirai en m'installant devant ma tasse, Emilie en face de moi. Elle me fixait bizarrement, je n'osais pas la regarder dans les yeux. Je me contentai de regarder mon café, remuant la cuillère plus que de raison, cherchant à oublier mon mal de crâne, mon estomac rebelle et mes souvenirs de la nuit.
- Bella?
- Humm... murmurai-je sans relever le regard vers elle.
- Je crois que ton café est froid maintenant, me dit-elle gentiment.
Je me décidai enfin à la regarder, sa tasse vide en face d'elle et ce foutu air compatissant. Combien de temps j'étais restée comme ça, à faire mumuse avec ma cuillère? Je n'en avais pas la moindre idée et franchement je m'en tapais royalement. Je soupirai et descendis d'une traite mon café effectivement froid, glacial même et dégueulasse inévitablement.
- Viens avec moi je vais te montrer la salle de bain, me proposa-t-elle en se levant.
Je la suivis sans opposer de résistance. Une fois dans la pièce elle me laissa seule pour que je me douche. L'eau me fit du bien, comme si elle me lavait de tout. Sa chaleur me fit du bien, elle relâchait mes muscles petit à petit. Je poussai le robinet à fond, les jets brûlants martelant la peau de ma nuque et mes épaules. J'attrapai ensuite une bouteille de shampooing et fis disparaître sous un énorme paquet de mousse le reste de mes cheveux.
J'essayai de refouler toutes les questions qui affluaient dans ma tête par saccades. Qu'allais-je faire maintenant? Etait celle qui revenait plus que les autres. Et je ne trouvais pas le moyen d'y répondre. Est-ce que j'avais vraiment autant merdé hier? Et avec Jack? J'avais été capable de me couper les cheveux... Même si je savais que physiquement il ne s'était rien passé entre Jacob et moi... Je me rappelais parfaitement l'avoir embrassé.
Je n'avais pas la moindre idée de la façon dont j'allais pouvoir gérer tout ça. Les lendemains de cuite ont toujours eu pour moi quelque chose de douloureux et celui-là encore plus. Il y avait Jacob, il y avait mon père et tout ce qui m'avait amenée jusqu'ici... J'avais l'impression que dès que je sortais la tête de l'eau, la main du destin m'y replongeait avec une force ahurissante.
Au moment où je sortais, quelqu'un frappa à la porte. Je m'enroulai dans une serviette et grommelai un 'entrez' à peine audible, d'une voix si rauque que j'avais presque du mal à la reconnaître.
Emilie entra dans la pièce embuée avec une paire de ciseaux. Elle me fit assoir sur le rebord de la baignoire avant de s'occuper de ma tête. Je regardais quelques autres mèches sombres et humides tomber au sol, avec un détachement impressionnant.
Au bout de dix bonnes minutes, elle agita mes cheveux, comme le faisaient les coiffeurs pro pour admirer leur travail fini. Elle me fit mettre debout et tourna autour de moi pour apprécier le résultat. Avec un sourire encourageant, elle me poussa devant le miroir. J'inspirai un bon coup avant d'effacer la buée d'un revers de la main et enfin de jeter un œil à ma nouvelle tête.
Je soupirai de désolation, pas que j'étais déçue par ma nouvelle coupe non, dans le fond je trouvais ça pas mal, court mais sympa. Non ce qui me désolait c'était mes joues creuses et les cernes bleutés qui trônaient sous mes yeux vitreux. J'eus une pensée pour Lily qui aurait hurlé en me voyant avec une nouvelle tête, elle aurait même sans doute boudé pour avoir été évincée d'une sortie chez le coiffeur. Mon cœur se sera, Lily me manquait.
- Merci pour... euh... ça, marmonnai-je lamentablement en voyant le reflet d'Emilie derrière moi.
- Pas de quoi! J'ai fait ce que j'ai pu. Mais je trouve que ça te va bien, ça te donne un air rebelle, sourit-elle.
Je lui rendis son sourire presque malgré moi. Elle me tendit une chemise à carreaux bleus, un débardeur et une petite culotte blanche.
- Ca devrait t'aller, prends-les.
- Ne te dérange pas pour moi, je vais remettre mes fringues, je rentre de toute façon.
- Elles sont dans la machine, en fait. Sauf ton jean parce que j'avais rien à ta taille, me dit-elle avec un autre sourire d'excuse cette fois.
- C'était pas la peine Emilie, soupirai-je, légèrement contrariée qu'elle se montre aussi serviable. C'était beaucoup trop, juste trop, qui fait la lessive de quelqu'un qu'il ne connaît même pas?
- Oh t'en fais pas, tout sera sec avant que les mecs ne se réveillent.
Je réprimai un frisson de panique.
- Je crois que je vais partir avant.
- Tu n'attends pas Jacob?
- Il vaut mieux pas... éludai-je, en commençant à m'habiller par dessous ma serviette.
- Bella? m'appela-t-elle alors qu'elle me tournait le dos, près de la porte.
Je ne lui répondis pas, si elle avait quelque chose à me dire, j'étais persuadée qu'elle le ferait avec ou sans mon consentement. Je ne la connaissais pour ainsi dire pas, mais je savais qu'elle ne m'épargnerait pas sa franchise.
- Jacob pourra comprendre que t'as fait une erreur hier, mais tu sais... Il est amoureux de toi. Et je crois que tu lui dois au moins des explications.
Je me passai une main dans les cheveux avant de défaire ma serviette et d'enfiler le débardeur pour cacher ma poitrine. Je me retournai pour lui faire face.
- Jacob me connait, il sait qu'il ne doit rien attendre de moi.
- Mais il le fait quand même et il va souffrir, parce que tu ne partages pas ses sentiments.
- Je ne suis pas quelqu'un de bon ou d'assez bien pour lui, ce serait lui faire plus de mal si je restais.
- Je comprends, mais alors pourquoi t'es venue ici?
- Tu dois me trouver horrible n'est-ce pas ? Tu penses que je me suis servie de lui...
Ca aurait pu être une question, mais ça ne l'était pas. J'avais profité de Jack, de mon meilleur ami, de ses sentiments pour moi, j'étais venue me réfugier chez lui, parce que je savais qu'il prendrait soin de moi, qu'il ne me repousserait jamais. J'étais la pire des garces et je me maudissais d'avoir osé lui faire ça.
- Tu n'es pas horrible Bella, tu as fait ce que tu devais faire pour te remettre mais il y a toujours des dommages collatéraux. Les ignorer ne changera rien à la situation.
- Tu lui diras que je suis désolée.
Je nouai la chemise sur mon ventre, avant de relever le visage pour la voir quitter la pièce. Elle garda sa main sur la poignée.
- Tu devrais rester pour lui dire toi-même. Vraiment Bella, tu devrais faire ça pour lui.
C'était bien plus qu'un conseil, elle me suppliait presque de le faire. Je savais qu'elle avait raison. Mais j'avais d'abord besoin de mettre un peu d'ordre dans ma tête.
I'm not yours, Angus and Julia Stone,
Je sortis de la maison en lui disant que j'allais revenir. Je n'en avais pas vraiment l'intention, mais si je voulais faire les choses bien pour une fois, il me faudrait revenir et affronter Jacob. Ca me semblait presque insurmontable. J'avais peur qu'il espère qu'une histoire soit possible entre nous. Je savais pertinemment que j'en serais incapable. Je l'avais toujours été. Et pourtant je l'avais quand même laissé espérer. Même si nous n'avions pas couché ensemble, je savais avoir mal agi. Et c'était bien la première fois de mon existence que j'en éprouvais des remords.
J'avais l'impression de l'avoir trahi, d'avoir trahi notre amitié et de m'être trahie moi-même. Cette nuit j'étais paumée et je n'avais fait que rechercher de l'affection, pour être un peu moins seule. Mais quand ses mains touchaient ma peau, ce n'était pas lui que j'avais imaginé en face de moi, ce n'était pas son visage que je voulais voir, pas son odeur dont je voulais m'enivrer. J'aurais pu tout arrêter, mais je n'avais rien fait, c'est lui qui m'avait arrêtée. Je me dégoûtais...
Errant sans but, déambulant entre les arbres qui entouraient la maison, je pris un petit chemin dans les bois sans même savoir où j'allais. J'avais besoin de faire le point, ou de faire le vide je ne savais plus trop.
Qu'allais-je faire maintenant? Maintenant que j'avais tout gâché, encore une fois. J'avais bêtement cru que Jack pourrait être ma bouée de sauvetage, mais je n'avais réussi qu'à l'entrainer avec moi vers le fond.
Tout me semblait sans issue, tout du moins heureuse. Mais qu'est-ce que j'avais espéré au juste? Emilie avait raison, j'avais ignoré les dommages collatéraux, j'avais été si foutrement égoïste, que ça me dégoûtait. Les bras de Jack étaient rassurants et je m'y étais précipitée sans penser à lui. Quel genre d'amie faisait ça?
Les arbres se faisaient de plus en plus rares alors que j'avançais laborieusement sur le petit sentier. Je trébuchais sur les pierres et les racines qui me barraient la route. Je tombai plusieurs fois, m'écorchant les paumes en me rattrapant comme je le pouvais. Ca n'était pas douloureux, c'était comme si je n'en avais pas conscience, je ne sentais rien, ni le froid, ni la douleur. Je me relevais à chaque fois, essuyant les aiguilles de pin et les feuilles mortes qui s'accrochaient à mon jean d'un geste mécanique. Et j'avançais encore. Jusqu'à ce que le sentier disparaisse. En relevant la tête, j'admirai l'horizon nuageux devant moi. Je me trouvais au bord d'une falaise.
J'inspirai à fond remplissant mes poumons de l'air du large. L'océan s'écrasait sur les rochers en contre bas, faisant résonner dans mes oreilles le bruit de ses fracas. J'approchai du bord pour sentir le vertige s'emparer de moi. Il aurait été si facile de sauter, de plonger dans le vide. Trop facile sans doute. Mais quoi que je fasse ça m'attirait, le vide m'attirait.
De mon perchoir j'observais le ressac de la marrée, l'écume des vagues. C'était fascinant et je ne pouvais détacher mes yeux du spectacle.
Mais bien trop vite je fus rattrapée par les souvenirs de la veille, qui m'arrachèrent à ma contemplation de l'eau tumultueuse. Je fermai les yeux et reculai d'un pas.
J'aurais dû sauter, ça aurait été plus facile. Je n'aurais eu qu'à supporter la chute, fermer les yeux, subir le choc du froid, la morsure de l'eau glacée et couler à pique.
Mais je reculai encore, jusqu'à ce que je me prenne les pieds dans une pierre qui me fit perdre l'équilibre. J'atterris sur les fesses, les genoux au niveau du visage. Je les entourai de mes bras et serrai mes jambes contre mon buste avant de cacher mon visage entre mes jambes. La position hasardeuse que j'avais prise me permit au moins de me sentir moins barbouillée, moins nauséeuse. Mais le soulagement ne fut que de courte durée.
Sans que je puisse les refouler, les larmes envahirent mes yeux avant de couler sur mes joues. Derrière mes paupières les visages se superposaient, Jacob, mon père, Edward... Je ne savais plus lequel des hommes de ma vie aimer ou maudire, aimer ou haïr. Le visage de Charlie revenait sans cesse, et les picotements de mon cœur se faisaient de plus en plus douloureux et pénibles. Pourquoi avait-il fallu qu'il réapparaisse lui aussi? Plus que n'importe qui d'autres j'aurais voulu ne jamais le revoir. Mais mon passé semblait me poursuivre et plus je cherchais à fuir plus il revenait, comme un boumerang, chaque fois plus percutant. Venir ici était la pire idée que j'avais pue avoir, l'échec était cuisant. Je ne savais plus du tout comment gérer tout ce foutu merdier.
En entendant des pas précipités dans mon dos, je me repliai encore plus sur moi-même. Qu'est-ce que je disais, plus je fuis plus on me court après!
Les secondes s'égrainaient sans que je ne décide de sortir de ma bulle. Il y avait quelqu'un près de moi, mais je ne voulais pas le voir. Je savais bien qui c'était, ça ne pouvait pas être quelqu'un d'autre. Il était là tout près, pourtant je ne voulais pas de lui.
- Emilie m'a réveillé quand elle t'a vu prendre le chemin de la falaise, dit Jacob comme pour se justifier.
Je reniflai pour toute réponse. Il fallait qu'il comprenne que j'avais besoin d'être seule. Pourtant il ne bougea pas, je pouvais sentir son regard dans mon dos.
- Tu sais pour hier Bell's-
- Ne dis rien! Pas un mot de plus Jacob! le coupai-je brusquement en relevant le visage vers le vide à quelques pas de moi.
- Bell's écoute...
Il posa sa main sur mon épaule mais je me dégageai vivement.
- Non Jack, s'il-te-plaît! Laisse-moi...
Mais au lieu de me laisser, il me souleva du sol et m'emprisonna dans ses bras, écrasant mon dos contre son torse. Je me débattis, tentant de le repousser.
- Lâche-moi Jacob! m'énervai-je en remuant comme un diable.
- Calme-toi Bell's. Allez. Mais arrête! cria-t-il en me retournant violemment, emprisonnant mes épaules dans ses mains. Il se mit à me secouer, jusqu'à ce que j'arrête de me débattre.
Il me fixa durement et je fronçai les sourcils passablement énervée par son obstination.
- Lâche-moi Jacob, claquai-je glaciale.
- Sûrement pas, me répondit-il sur le même ton.
Nous restâmes quelques secondes encore à nous jauger du regard, mais sa prise sur moi ne faiblissait pas.
- Je sais que tu réagis comme ça à cause d'hier. Mais Bell's-
- Tais-toi!
- Bell's écoute moi bordel!
- Dis-moi pourquoi je t'écouterais? Tu vas me dire qu'hier c'était une erreur? Que tu n'as rien ressenti? Que ça ne représentait rien pour toi? Que tu n'en avais pas envie? Parce que pour moi c'est le cas Jacob! Ce n'était rien de plus qu'une putain d'erreur! J'étais saoule et je me suis jetée sur toi comme la dernière des salopes! Je me suis servie de toi! hurlai-je complètement hors de moi.
- Tu crois que je le sais pas tout ça putain! cria-il, le regard noir de rage.
Il me secoua encore plus fort, alors que ses paroles m'avaient complètement retournée. Mais qu'est-ce qu'il raconte bordel de merde? Puis ses yeux changèrent brusquement, il détourna le regard et relâcha la pression de ses mains sur mes épaules.
- Je savais très bien comment ça finirait si je restais avec toi, mais j'ai jamais voulu l'éviter. Lequel de nous deux s'est servi de l'autre, hein? rajouta-t-il après quelques secondes.
- Mais qu'est-ce que tu racontes putain? m'écriai-je complètement paniquée par ce qu'il était en train de dire.
- Je te connais Bella, je sais comment tu fonctionnes. Je savais que t'avais juste besoin de te saouler hier soir, pour oublier ton père et Cullen...
- Jacob je te parle de toi et moi!
- Je ne regrette rien, me dit-il d'une voix forte en me regardant droit dans les yeux.
- Mais moi si...
Il me relâcha brusquement, manquant de me faire perdre l'équilibre de nouveau. Je me passai plusieurs fois la main dans les cheveux, fuyant son regard que je savais rivé sur moi.
- Parce que ce n'était pas lui! hurla-t-il en balançant ses bras en l'air dans un geste rageur.
- Parce que c'était toi Jacob, tu es mon ami, juste mon ami... murmurai-je davantage pour moi que pour lui.
- Arrête de te foutre de moi, tu veux! Ca ne t'a jamais posé de problème avant!
- Avant c'était différent!
- Tu l'aimais déjà non?
- Ne parle pas de ce que tu ne sais pas Jack!
- Je vais te dire ce que je sais, moi! T'as l'impression de l'avoir trompé, alors qu'il ne s'est presque rien passé! Mais tu crois vraiment qu'il a autant de scrupules que toi? Qu'est-ce que tu crois qu'il fait avec sa nana à Londres?
J'expirai tout l'air que contenait mes poumons comme si je venais de prendre un coup, il aurait pu me frapper que ça ne m'aurait pas fait plus mal.
- Tu as déjà assez donné à ce fumier, tu ne lui dois rien, rien du tout t'entends! Bella il est parti bordel! Il est avec une autre!
- La ferme! hurlai-je en cachant mes oreilles avec mes paumes.
Il était en train de me démolir. De me foutre dans la gueule toutes ces choses que j'essayais de fuir plus que tout. J'étais incapable ne serait-ce que de penser à Edward et Tanya ensemble. Ca me laminait à un point inimaginable. Les imaginer ensemble, s'embrasser, faire l'amour; c'était foutrement atroce. J'avais l'impression de sentir mon cœur exploser.
- Moi je suis là...
J'essayais de calmer ma respiration, mais c'était impossible. Je finis par m'accroupir pour tenter d'amoindrir la douleur fulgurante qui me lacérait de l'intérieur.
Jacob vint se mettre en face de moi avant de me prendre dans ses bras et de m'écraser littéralement contre lui, me murmurant de me calmer d'une voix douce.
Il s'excusait. Mais pourquoi au juste? Il n'avait rien dit de mal, ce n'était pas sa faute si c'était insupportable pour moi de l'entendre. Je le repoussai vivement, pour l'éloigner de moi. Je n'avais pas besoin qu'il s'excuse, je ne voulais pas qu'il le fasse.
- Bell's on va laisser tout ça de côté, ça n'a pas la moindre importance. Je te jure, je voulais pas te faire de mal...
- Je sais...
- J'aurais jamais dû te dire ça. Je- je-
- Jack arrête...
- On oublie ok, j'ai merdé, t'as merdé, mais on s'en fout. On tire un trait sur tout ça, on l'oublie.
Je relevai le regard vers lui, pour voir ses yeux qui me suppliaient d'accepter. Je reniflai en me précipitant dans ses bras. J'avais bien trop besoin de lui pour ne pas le croire. J'avais trop besoin de lui pour lui en vouloir de me dire la stricte vérité.
- Je te demande pardon Jacob, marmonnai-je la voix entrecoupée de sanglots chaotiques.
- C'est rien ma belle, me répondit-il en me serrant contre lui.
On resta comme ça l'un contre l'autre plusieurs secondes avant qu'il ne se sépare de moi. Je relevai la tête et sentis quelques goutes de pluie me tomber sur le visage.
Il mit sa main sur mon épaule la pressant légèrement.
- Il commence à pleuvoir on devrait rentrer, me proposa-t-il.
- Ca ne me gêne pas, éludai-je en m'éloignant un peu plus de lui pour revenir vers le bord de la falaise.
J'inspirai un bon coup pour faire passer les sanglots qui me secouaient encore et tendis le dos à la pluie.
- On va finir trempés tu le sais ça. Pi' t'as l'air complètement gelée, me dit-il avec un sourire désolé en venant se mettre à côté de moi.
- Jack, j'ai pas envie de rentrer... marmonnai-je après quelques secondes de silence.
Il se contenta de rester là, sans rien dire, pendant plusieurs minutes. L'avoir là ne me dérangeait plus. Est-ce que c'était possible de juste tirer un trait, d'avouer avoir commis une erreur pour qu'elle s'efface. J'en doutais franchement.
Je me demandais comment Jacob pouvait accepter tout ça. Que j'envahisse son espace, que je prenne son amitié, sa tendresse et son amour aussi, sans même être capable de lui en rendre une miette...
- Tu peux repousser l'échéance autant que tu veux ma belle, mais il ne renoncera pas à toi, me dit-il en regardant vers le large, alors que la pluie commençait à forcir.
Je serrai les dents, piquée au vif par ses paroles. Il parlait de Charlie alors que j'aurais juste voulu l'oublier une seconde encore.
- C'est des conneries Jack, ferme-là, maugréai-je.
- Comme tu voudras mon ange, mais tu sais que j'ai raison. Si t'as bien un point commun avec ton paternel c'est d'être sacrément bornée. Je suis sûr qu'il a pas décampé de chez Billy depuis hier, me lança-t-il visiblement amusé.
- Si t'en as que des comme ça à sortir abstiens-toi, tu veux! Et ne m'appelle pas mon ange! râlai-je.
- Bornée et râleuse! s'exclama-t-il théâtralement, un foutu sourire fiché sur ses lèvres.
Comment faisait-il ça? Plaisanter comme si on n'avait jamais eu cette conversation. Comme si de rien n'était...
- Ce que tu peux être chiant c'est pas croyable! m'écriai-je en quittant le bord de la falaise pour retrouver le petit sentier dans les bois.
Bien malgré moi, j'avais laissé Jacob gagner. On allait rentrer et j'allais devoir faire face mon père. J'espérais que comme la veille, il serait tellement choqué de me voir là que ça lui couperait la chique.
Tu aimes vraiment te bercer d'illusions ma vieille! On se rassure comme on peut figure-toi! D'ailleurs tant que t'es là, rends-toi utile et trouve-moi un truc, n'importe quoi pour disparaitre de la surface de la terre par exemple! Te faire disparaitre, c'est pas vraiment dans mes cordes... C'est bien ce que je me disais, tu sers à rien! Si on considère le fait que je suis dans ta tête, que tu es moi et que je suis toi... J'ai aucune raison de m'en vexer. Très pertinente comme remarque! Et ma vieille je fais ce que je peux, avec ce que tu me donnes!
Je continuais à avancer un peu plus habilement qu'à l'aller. Je ne sais pas si c'était mon niveau de stress qui me permettait d'être si douée avec mes pieds subitement, mais toujours est-il que j'appréciais de ne plus me retrouver les quatre fers en l'air à chaque fois que j'avais le malheur de croiser un foutu caillou...
Quand j'arrivai devant la maison de Sam et Emilie, il n'y avait plus que la golf de Jack garée dans l'allée. Je m'engouffrai dans l'habitacle, trop heureuse d'échapper à cette maudite pluie qui me trempait jusqu'aux os. Jacob ne mit que quelques secondes à me rejoindre. Il alluma le contact et poussa le chauffage à fond, avant de se tourner vers moi.
- On est pas obligés d'y aller tout de suite... me dit-il en me regardant presque tendrement.
- Pourquoi tu ne m'en as jamais parlé? lui demandai-je sans me soucier de ce qu'il m'avait dit juste avant.
J'avais envie de savoir. Il connaissait mon père, je lui avais parlé de lui, du divorce. Pourtant lui m'avait caché qu'il le connaissait, qu'il le connaissait bien de surcroît, puisque d'après ce que j'avais compris Charlie était le meilleur ami de Billy.
- Je sais pas... Sans doute parce que ça t'aurait... éloignée de moi, hésita-t-il après plusieurs secondes.
Je fixai le pare-brise sur lequel les gouttes de pluie venaient s'écraser avec force.
- Est-ce que tu m'en veux? me demanda-t-il en attrapant ma main. Je tournai la tête vers lui, sans vraiment le voir.
- Non, répondis-je simplement. C'est juste bizarre...
- Bizarre?
- Ouais...
J'enliassai mes doigts aux siens et me penchai vers lui pour poser ma tête contre son bras. Sa chaleur me fit du bien, quelque part je me sentais rassurer de l'avoir près de moi. Pourtant je m'écartai rapidement de lui, pour retrouver ma place. Je savais qu'il ne voulait que mon bien. J'espérais seulement réussir à garder le contrôle de notre relation. Il était si facile de se laisser aller comme hier, mais ça ne devait plus se reproduire, jamais. Je n'étais pas là pour ça et je ne voulais surtout pas lui laisser de faux espoirs. Il me fallait du temps...
Et je n'allais pas en avoir beaucoup, pour me préparer à revoir mon père.
Je ne sais pas ce qui me faisait le plus peur dans le fait de revoir Charlie. Peut-être d'avoir à me confronter au fait que c'était bien le sale type dont je me souvenais, ou qu'au contraire il cherche à racheter ses fautes.
- Parle-moi de lui.
- Je crois pas être celui à qui tu dois poser tes questions Bell's.
- S'il-te-plaît Jack. J'ai l'impression de ne rien connaitre de cet homme et c'est frustrant quelque part. Je voudrais juste que tu me dises ce que tu sais de lui.
- Ce que je sais... Euh... Il habite toujours dans votre maison à Forks, qu'il est shérif depuis 10 ans au moins et que toi et Emmett vous lui avez toujours manqué terriblement.
Je ris une seconde à peine, de dédain sûrement, d'ironie et d'amertume aussi. On lui avait toujours beaucoup manqué, tu parles! Nous on avait toujours manqués d'un père. Après avoir quitté cet endroit et même avant.
- Ecoute Bella, je sais que tout ça c'est dur pour toi. Mais tu dois te dire que c'est l'occasion de régler vos comptes d'une certaine façon. Tout ça, ça ne concerne que votre famille. Je suis vraiment mal placé pour te parler de lui.
- Est-ce qu'il a refait sa vie? lui demandai-je en me détournant pour regarder ruisseler les gouttes de pluie sur le carreau.
Je savais que la réponse à cette question pouvait tout changer, ou tout du moins c'est comme ça que je le voyais. S'il avait eu d'autres enfants, s'il avait une femme, pour moi ça voulait dire qu'il était passé à autre chose, et qu'on ne lui manquait pas tant que ça. Mais ça pouvait expliquer pourquoi il n'était jamais revenu vers nous.
- Non je crois pas qu'il ait eu quelqu'un depuis ta mère, enfin personne d'important.
Je levai les yeux au ciel, avant de revenir aux gouttes d'eau, mais sans les voir vraiment cette fois.
- Il est différent de l'homme que tu as connu Bella, ça je peux te l'assurer, murmura Jacob en caressant mes cheveux.
- Je voudrais revoir la maison, murmurai-je le regard dans le vide.
Jack démarra après avoir soupiré en se réinstallant sur son siège.
Tout le trajet se fit dans un silence pesant. Enfin pour moi il l'était, pour Jacob il devait même être gênant. Et puis il arrêta la voiture sur le trottoir devant la maison. La pluie n'avait pas cessé, le ciel était gris comme tout dehors. Les arbres, la rue, la façade en bois clair, tout était gris. J'osais à peine la regarder, tant c'était étrange pour moi de me retrouver là.
Rien n'avait vraiment changé et pourtant je ne me sentais pas du tout l'aise. C'était comme si je n'avais pas connu cet endroit alors que j'y avais grandi, que j'y avais même passé la majeure partie de ma vie.
Il y avait une voiture de patrouille garée dans l'allée à côté de la maison, ça voulait donc dire que Charlie était là. Le plus étrange dans tout ça, c'était sans doute que ça ne me foutait pas la trouille, elle qui ne me quittait jamais d'habitude.
Non, je n'avais pas peur, j'étais juste incapable de dire ce que je ressentais. Et je ne savais pas non plus quoi faire.
Je me revoyais petite fille monter les marches du perron à toute vitesse, ouvrir la porte pour me précipiter dans les bras de ma mère. Manger mon goûter. Regarder mon père mettre une buche dans la cheminée le matin de Noël. Emmett se faire engueuler par le voisin pour avoir encore brisé une fenêtre de sa maison en jouant au baseball avec Toby Samson. Ma première paire de roller, qui m'avait valu aussi ma première fracture du poignet.
Mais tout ça, c'était le passé et il était bien trop loin derrière... Je n'étais pas là pour ressasser les bons souvenirs, ni même les mauvais. J'étais là pourquoi déjà? Ah oui Charlie!
Je soupirai avant d'ouvrir ma portière. Si je réfléchissais trop longtemps je n'allais jamais réussir à sortir de cette voiture. Me jeter tête bèche n'était pas vraiment dans mon habitude mais là je n'avais pas vraiment d'autres choix. Il voulait me voir, très bien. Alors il me verrait, et ce n'était pas la peine que je me torture avec ça plus longtemps. Ce n'était pas comme si j'allais lui pardonner tout d'un claquement de doigts. Je ne lui pardonnerais jamais son absence, ni d'avoir simplement cessé d'aimer sa famille suffisamment.
Jacob attrapa ma main alors que j'allais me redresser pour sortir de l'habitacle.
- Tu veux que je vienne avec toi?
- Ca va Jack, je peux le faire.
- Ok, je t'attends, je ne bouge pas d'ici.
Je tendis mon visage à la pluie après avoir claqué la portière. Ici elle faisait partie du décor, partie de mes souvenirs, elle était différente aussi. Elle avait une odeur différente de celle qui tombait sur New York et je me surpris à penser qu'elle m'avait manqué en quelque sorte, elle adoucissait l'hiver et faisait fondre la neige de ce coté du pays. Je remontai l'allée en fixant mes pieds.
Si on demandait à un pendu ce qu'il ressentait en montant vers l'échafaud, ça devait être quelque chose assez proche de ce que je ressentais en me plantant devant la porte de Charlie. J'avais presque autant envie de voir mon père que d'aller embrasser une potence. Peut-être qu'il fera une crise cardiaque en te voyant?
Pourtant ça ne m'empêcha pas de frapper. J'étais folle ça devait être ça. Il n'y avait aucune autre explication, il n'y avait rien de rationnel, rien de logique dans tout ça, le fait d'être devant cette foutue porte à me faire saucer.
Et la porte s'ouvrit soudain. Charlie était là, planté devant moi et semblait dans un état proche de la stupéfaction, ou de la stupeur plutôt. La crise cardiaque je te l'avais dit!
Je relevai les yeux vers lui et contemplai son visage vieilli, sa sempiternelle moustache, les rides au coin de ses yeux et sur son front. Il me fixait sans rien dire pendant ce qui me sembla une éternité, et moi j'essayais juste de faire mon possible pour éviter son regard. Renée m'avait toujours répété que j'avais les yeux de mon père et même si elle jurait que c'était pour ses yeux qu'elle l'avait épousé, je ne pouvais pas m'empêcher de me sentir mal de lui ressembler, et de lui rappeler chaque jour que son mariage avait échoué.
Je finis par baisser les yeux pour fixer mes pieds en triturant la couture de ma manche. Il bougea enfin en s'écartant du passage, comme pour m'inviter à entrer. Il ne dit pas un mot, sûrement n'en était-il pas capable? Enfin c'était ce que j'espérais. Je soupirai, avant de faire un pas vers lui, puis finis par entrer. Il referma la porte derrière moi, avec une lenteur hallucinante. J'aurais aimé pouvoir le secouer d'une certaine façon, mais j'avais la sensation de me voir moi, les mêmes gestes malhabiles et peu assurés, la même sorte de panique dans le regard, qui fuyait sans cesse, la même ride entre les sourcils. Quand Renée me disait que j'étais son portrait craché. Je l'avais toujours nié mordicus, mais force m'était de constater qu'elle avait entièrement raison. Ce que je ne m'expliquais toujours pas, et ça n'arriverais surement jamais maintenant, mais il n'y avait jamais eu de reproche dans sa voix quand elle me le disait.
- Tu veux t'assoir peut-être, ou boire quelque chose? me proposa-t-il en revenant se mettre devant moi. Il gratta sa nuque d'un geste nerveux.
- Un verre d'eau s'il-te-plaît, lui demandai-je. Je n'avais pas soif pourtant, mais ça me permettrait au moins d'avoir quelque chose à faire, quelque chose pour m'occuper les mains. Je me voyais mal rester là à éviter son regard sans point de fuite. Très courageuse ma cocotte! Je suis là c'est déjà pas si mal!
Je retirai mon manteau avant de le suivre jusqu'à la cuisine, en jetant un coup d'œil ça et là.
Tout était exactement comme dans mes souvenirs, les meubles étaient les mêmes, à la même place. C'était flippant, j'avais l'impression de faire un bon de 10 ans en arrière. Le plus étrange c'est que j'avais ce drôle de pincement au cœur, comme souvent au Etienne's, parce que j'avais la sensation que Renée allait arriver d'un instant à l'autre et que je me rappelais une seconde plus tard que ça n'arriverait jamais. Quelque chose me disait que je n'étais pas la seule à vivre avec un fantôme...
Il me servit un verre d'eau du robinet, exactement comme je lui avais demandé, puis il se tourna vers moi alors que je laissais mon regard vagabonder dans la pièce. Je commençais à trouver ça vraiment désagréable de me faire dévisager de la sorte.
Il posa le verre sur la table, comme pour m'inviter à m'assoir sans avoir à me le proposer. Au moins l'avantage avec Charlie c'est qu'il ne parlait jamais pour ne rien dire.
- Tu es devenue une jeune femme magnifique, me dit-il d'une voix mal assurée.
Je rectifiais : il pouvait parler pour ne rien dire. La flatterie ne te sauvera pas Charlie, pensai-je sans même lui jeter un coup d'œil.
- Tu ressembles à ta mère...
Il avait osé! Bordel, il l'avait fait! Je grimaçai, avant de serrer mes poings.
- Elle est morte, claquai-je.
Je ne savais pas si j'espérais lui faire mal en disant ça, peut-être bien que oui dans le fond, même si je savais pertinemment qu'il ne ressentait sûrement plus rien pour elle.
- Je sais, me répondit-il simplement, après s'être assis sur une des chaises autour de la table. Moi je préférais rester debout.
- Comment tu as su? lui demandai-je presque hargneuse devant son air faussement triste.
- Ta grand-mère m'a appelé quand...
- Et tu n'es même pas venu, finis-je pour lui.
J'aurais voulu rester détachée, mais c'était déjà peine perdue. Sujet trop sensible sûrement. Ou peut-être était-ce sa présence à lui qui malgré tous les efforts que j'y mettais me chavirait complètement.
Il soupira doucement en joignant ses mains devant lui sur la table.
- Pas à la messe non, mais j'étais là.
Je relevai brusquement le regard vers lui et sans que je ne puisse l'éviter il planta ses yeux dans les miens. Il ne mentait pas, j'en étais certaine. Mais ça ne changeait absolument rien. Il était peut-être là, mais il n'avait pas daigné se manifester. Il dut voir dans mes yeux que cette révélation faisait mouche. Qu'elle me fit mal aussi, malgré moi.
- Je sais ce que tu es en train de penser, tu te dis que je suis un monstre de ne pas être venu vers vous. Mais Bella je ne pouvais pas faire ça. Vous n'aviez... Je ne voulais pas faire de vagues dans un moment pareil.
J'aurais pu lui dire qu'il avait eu raison, puisque je consentais à lui accorder ça. Il aurait fait plus de mal que de bien en se pointant devant le cercueil de sa femme.
- Bella s'il-te-plaît viens t'asseoir, me demanda-t-il presque précautionneusement.
Je m'approchai de la table doucement, avant de tirer bruyamment une chaise et d'y poser mon cul. Il soupira en se frottant le front. J'évitai son regard au maximum. Je n'avais pas la moindre idée de la tournure qu'allait prendre la discussion, mais je commençais déjà à regretter d'être venue. Pourquoi est-ce que j'écoutais toujours ce satané peau rouge?
Il laissa les secondes filer, et je ne le regardais toujours pas, trouvant bien plus d'intérêts dans les motifs de la nappe en vinyle.
Visiblement il avait du mal à entamer la conversation. Loin de moi l'idée de lui faciliter la tache, mais plus vite on en finissait, plus vite je me sortirais de cette situation plus que bizarre.
- Jacob m'a dit que tu chercherais à me voir, alors j'ai pris les devants... commençai-je maladroitement en joignant moi aussi mes mains sur la table. Je n'osais toujours pas lever le regard vers lui.
- Je t'avouerais qu'après ta réaction d'hier, je n'aurais jamais cru t'avoir encore en face de moi.
- Hier tu m'as prise par surprise.
- Je suis désolé, mais si tu crois que je m'étais attendu une seule seconde à te voir chez Billy...
- Ouais et si tu crois que je m'étais préparée au fait de pouvoir te croiser là-bas... grinçai-je.
Je gardai pour moi le fond de ma pensée, à savoir que je n'aurais jamais mis un orteil chez Billy Black si j'avais su que je pourrais y voir mon paternel.
- Bella, je sais que tu m'en veux, mais-
- Le mot est faible, le coupai-je abruptement.
Il soupira avant de se lever. Je relevai les yeux vers lui pour voir sa mine peinée. Ce qui eut le don de m'énerver, pour qui se prenait-il franchement? Pour ton père peut-être? me suggéra la petite voix. Comme si ça changeait quoi que ce soit. Charlie appartenait à un passé très lointain, le genre qu'on cherche à oublier par n'importe quel moyen. Peut-être que tu pourrais juste essayer de faire avec? Et à ton avis qu'est-ce que je fais depuis 10 ans? Je n'ai plus de père depuis qu'il a brisé notre famille, depuis qu'il nous a oubliés Emmett et moi... Je n'ai jamais fait que vivre avec, ou plutôt sans.
Je tortillais mes mains devant moi, complètement absorbée par la grande conversation que j'avais avec moi-même. Je ne m'aperçus pas que Charlie avait quitté la pièce, c'était seulement quant il réapparut avec une boite en carton que je remarquai qu'il s'était absenté. Il déposa la boite juste devant moi. Il soupira, le dos vouté. Je réalisai alors qu'il avait vraiment pris un sacré coup de vieux et j'eus vraiment l'impression d'avoir mon père en face de moi, tout du moins celui de mes souvenirs de petite fille. On dit souvent que face à ses parents on restera toujours des enfants, fragiles et vulnérables. Et c'est exactement comme ça que je me sentais.
- Je voudrais que tu regardes dans cette boite, me dit-il simplement en s'éloignant de nouveau. Je serais dans le salon si tu veux... Enfin tu vois.
Je hochai simplement en détournant le regard une fois de plus. Je me retrouvai alors en tête-à-tête avec cette foutue boite. J'avoue qu'elle m'intriguait, mais je n'osais pas en soulever le couvercle. J'avais peur de ce que je pourrais y trouver. Qu'est-ce que Charlie pouvait bien vouloir me montrer? Mais si ça pouvait m'éviter d'avoir à faire la conversation, je prenais cette option.
J'inspirai un bon coup et m'attaquai au couvercle.
La première chose que j'y trouvai fut un album photo que je ne connaissais pas, pourtant j'étais persuadée que Renée les avait tous emmenés à New York.
Pages après pages, photos après photos, je me rendis compte que c'étaient toutes celles qui manquaient dans les albums que j'avais à l'appartement, sur chacune d'elle il y avait Charlie.
Je commençais à comprendre que ma mère avait pris soin de retirer chacune de nos photos de famille, et chacune sur lesquelles Charlie posait. Ca me laissait une drôle d'impression, comme si elle avait cherché délibérément à le faire disparaitre. Mais peut-être que je me trompais, ma mère n'aurait pas fait ça, elle avait dû juste partager les photos, c'est tout.
Mais il y avait autre chose de surprenant; pas une photo sans sourire, sans cette chose bizarre et presque dérangeante, on avait l'air simplement heureux. J'avais sans doute dû noircir le tableau au moment du divorce, mais j'étais surprise de voir jusqu'à quel point mes souvenirs à moi étaient différents.
Je refermai l'album en avalant difficilement ma salive, comme si la pilule était difficile à avaler. Mais qu'est-ce que j'avais à avaler après tout? Question purement rhétorique!
Je farfouillai un peu dans le carton et entre un vieux tee-shirt de basket d'Emmett et une paire de chaussons tricotés, je tombai sur un cadre photo. Si j'en croyais ma mémoire, la dernière fois que je l'avais vu celui-là c'était sur la cheminé du salon. Je ne pus m'empêcher de lever les yeux au ciel devant cette énième photo, mais au moins de celle-là je m'en souvenais. On était tous allés se faire tirer le portrait pour avoir quelque chose à envoyer aux grands-mères pour Noël. Autrement dit une vraie séance de torture, pour un rendu franchement douteux sur fond bleu ciel vieilli. Renée d'un côté, Charlie de l'autre, leur progéniture au milieu, Emmett avec un appareil dentaire et des bouclettes pleines de gel, et enfin moi, mais je vais passer les détails compromettants et légèrement douloureux.
La dernière chose que je sortis de ce foutu carton à souvenir, c'était un paquet de lettres. Elles ne portaient pas d'adresse, seulement nos noms à Emmett et à moi. Je défis la ficelle qui les tenait toutes ensemble. Il y en avait une bonne vingtaine sans compter les cartes d'anniversaire. J'en pris une au hasard et l'ouvris avec précaution.
Elle était datée du 27 aout 1999, l'été où on était partis pour New York.
Salut les enfants, c'est plutôt étrange de vous écrire une lettre, puisque je n'ai pas d'adresse à laquelle l'envoyer. Pas de numéro de téléphone non plus. J'espère que votre été s'est bien passé. Vous avez manqué à grand-mère, elle espérait vous voir pendant les vacances. J'avais espéré que votre mère vous emmènerait la voir comme c'était prévu mais ce n'est pas si grave, peut-être l'an prochain.
Je sais que toute cette histoire de divorce vous a causé du tord et de la peine, j'en suis vraiment désolé. C'est une histoire d'adultes et j'aurais voulu que vous n'ayez pas à en payer les conséquences. Mais les choses sont parfois bien compliquées.
J'espère pouvoir bientôt pouvoir venir vous voir, dès que maman m'aura donné des nouvelles.
Je suis vraiment désolé que les choses aient pris une telle tournure mais j'imagine que je dois payer pour mes erreurs.
Mais vous restez mes enfants et je vous aime de tout mon cœur. Et rien ne changera ça.
Je reposai la lettre sur la table un peu brusquement, avant d'en prendre une autre et de l'ouvrir en déchirant l'enveloppe.
Déjà 8 mois et toujours aucune trace. Vous me manquez les enfants. J'espère que vos vacances de Noël se sont bien passées. Grand-mère Swan vous embrasse. Vos cadeaux vous attendent à la maison.
J'ai contacté quelqu'un qui devrait m'aider à vous retrouver. Je voudrais juste qu'on puisse arranger les choses. C'est si difficile de ne pas savoir où vous êtes et si tout va bien pour vous.
Je relâchai le papier comme s'il m'avait brulée. Alors c'était ça l'histoire? L'absence de mon père... Il ne savait pas où nous trouver. J'avais l'impression de m'être fait percuter par un train, tellement le choc fut violent.
Moi qui l'avais si souvent maudit pour ne pas nous faire signe, n'avoir jamais été là pour nos anniversaires, pour Noël, ou pour notre remise de diplôme. Jamais de lettre, jamais de coup de fils.
La réalité était là devant moi, étalée.
Il n'avait pas choisi de disparaitre, on avait choisi pour lui. Et je m'en voulais d'avoir pu croire qu'il avait juste tiré un trait sur nous, si seulement j'avais demandé à le voir peut-être que... Mais je ne l'avais jamais fait, j'avais préféré croire qu'il ne nous aimait pas assez pour venir vers nous, alors que c'était nous qui ne l'aimions pas assez pour ça.
Un raclement de gorge me fit brusquement relever la tête. Charlie se tenait les mains dans les poches à l'entrée de la cuisine. Maintenant je comprenais son visage fatigué, inquiet et vieux, les rides qui barraient son front. Je baissai les yeux avant de frotter mes mains devenues moites sur mes cuisses.
Je ne savais plus quoi faire, je n'osais même plus le regarder en face. Je ne le détestais plus vraiment, mais je n'étais pas non plus prête à lui sauter au cou. J'avais presque envie de lui demander pardon.
- Je voulais juste que tu saches que j'aurais voulu faire partie de votre vie à tous les deux, soupira-t-il après un silence bien trop long et lourd de sens.
- Je comprends, lui répondis-je à voix basse.
Il s'approcha de moi doucement et commença à ranger les lettres et les photos dans le carton.
- Est-ce que tu lui en veux? lui demandai-je en me surprenant moi-même d'avoir osé lui poser la question.
- Au début beaucoup, énormément même. Je lui en ai voulu de me priver de vous, de me priver d'elle aussi. Et puis j'ai compris que je lui avais fait tellement mal qu'elle voulait m'oublier définitivement. Je lui en veux toujours d'une certaine façon, mais ça m'a fait changer, ça m'a rendu meilleur d'une certaine façon. Mais il n'y a pas un jour où je me sens bien, pas un jour où j'ai l'impression d'être juste heureux. Il m'a toujours manqué quelque chose... Et quand je t'ai vu hier...
Je le fixai droit dans les yeux et je me sentis obligée de reconnaitre que d'une certaine façon je ressentais la même chose. En le voyant hier, j'avais paniqué, mais finalement c'était comme si la pièce manquante de mon puzzle venait d'apparaitre sous mes yeux.
Il s'approcha encore de moi et attrapa mes mains d'un geste maladroit. Je le sentais ému et gêné au moins autant que moi. Il me força à me mettre debout et je me retrouvai à sa hauteur. Je le vis hésiter de nouveau avant qu'il ne passe ses mains dans mon dos pour me serrer contre lui. Ca ne dura que quelques secondes avant qu'il ne me relâche. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'on était aussi déstabilisés l'un que l'autre, mais je ne lui en voulais pas d'avoir eu ce geste d'affection.
Bien sûr ce n'était pas comme si tout était oublié, il y avait toujours cette espèce de rancœur qui restait comme un obstacle ultime entre nous, mais ce n'était déjà pas si mal. Plus que je n'en avais jamais espéré en fait...
Il recula d'un pas comme pour me laisser mon espace et j'appréciais son geste même s'il était involontaire.
- Je ferais mieux d'y aller maintenant, murmurai-je.
J'avais besoin de sortir de cette maison, de prendre l'air et de mettre de nouveau un peu plus de distance entre Charlie et moi. Tout ça remuait bien trop de choses en moi et je détestais le fait que ça me rende plus fragile encore.
Je quittai la cuisine sans me retourner vers mon père et une fois arrivée devant la porte d'entrée, je ne pus m'empêcher de jeter un dernier coup d'œil, tout en enfilant mon manteau encore trempé. Il m'avait suivie et se trouvait seulement à quelques mètres de moi. Il se passa la main dans les cheveux visiblement toujours aussi mal à l'aise, avant de se retourner en me disant d'attendre une seconde. Il revint avec sa boite et me la tendit.
- Je voudrais que tu la donnes à Emmett si tu veux bien.
J'hésitai avant de la prendre et de hocher simplement la tête. Il releva les yeux vers moi avant de me sourire faiblement.
- Tu peux pas savoir comme je suis heureux de t'avoir vu Bella.
Je lui souris à mon tour, avant de marmonner un merci. Je le remerciai, pour ses explications qui malgré moi me réconciliaient avec une partie de moi-même, cette partie qui était restée une petite fille, sa petite fille. Mais d'un autre côté qui ébranlait l'idée que je me faisais de Renée.
Il m'ouvrit la porte pour me laisser sortir. A peine eus-je le temps de descendre les marches du perron qu'il me rappela. Je me retournai une nouvelle fois vers lui.
- Tu... Tu viens quand tu veux hein... marmonna-t-il embarrassé.
- Ouais, lui répondis-je tout aussi incapable d'avoir une discussion normale comme la plupart des gens. Je me demandais si c'était encore un truc que j'avais hérité de lui. Imaginez deux débiles incapables de se dire plus de trois mots sans détourner le regard... Vraiment bizarre!
Je tachai de me convaincre que d'une certaine façon il m'avait demandé de ne pas sortir une nouvelle fois de sa vie. Juste de revenir de temps en temps. Je pouvais bien réussir à faire ça. J'avais fait le plus dur, non?
Je retournai vers la voiture de Jack. Celui-ci en sortit pour aller serrer la main de Charlie. Cette vision me parut pour le moins étrange, mais il valait mieux pour moi que je m'y habitue.
Un fois le carton chargé dans le coffre, les salutations d'usage, Jacob me rejoignit dans la voiture.
- Alors qu'est-ce que tu veux faire maintenant? me demanda-t-il, en tentant de se retenir de me poser des questions sur mon père.
Mais Jacob n'était pas vraiment doué pour cacher ses sentiments, le bluff c'était loin d'être son truc. Voila pourquoi je le plumais toujours au poker. Petit joueur!
- Qu'est-ce que tu penses d'une balade sur la plage? lui proposai-je.
- T'es sérieuse? Mais il pleut t'es au courant?
- Et alors? J'aime la pluie.
- Même si tu le voulais, tu ne pourrais pas nier venir d'ici, ricana-t-il en sortant de l'allée de la maison.
- Mais il pleut aussi beaucoup à New York, rétorquai-je.
- Jamais autant qu'ici! s'exclama-t-il.
- Je te l'accorde mec! Mais j'ai envie d'une balade.
- Alors va pour une balade! Mais si tu chopes une pneumonie faudra pas venir te plaindre! me lança-t-il en prenant en direction de la réserve.
- C'est toi qui chipotes pour quelques malheureuses gouttes!
- Swan sois gentille, ferme ton caquet! Tu me donnes mal au crâne... bougonna-t-il en posant sa main sur son front.
- Voyez-vous ça! Auriez-vous la gueule de bois Mr Black? le taquinai-je.
- Pas du tout, j'ai faim! réplica-t-il en me jetant un coup d'œil.
- Et ça te donne mal au crâne? lui demandai-je vraiment déroutée par sa logique plutôt scabreuse.
- Non ça c'est toi! s'écria-t-il avant d'exploser de rire.
Je lui mis une bonne baffe bien sentie derrière le crâne, en espérant qu'il cesserait de se marrer comme une baleine. Il enchaina sur ma force de mouche, et toutes ses métaphores animalières commencèrent à me donner mal à la tête à moi aussi.
Arrivés devant chez Billy, Jacob se précipita dans la maison avant même que j'aie le temps de me défaire de ma ceinture qui ne voulait pas se détacher. Il ressortit tout aussi vite. Mais bordel comment faisait-il pour être aussi rapide! Armé d'un énorme paquet de chips sûrement censé caler son petit creux.
- Petit dej'? me proposa-t-il en brandissant son paquet, la mine réjouie comme s'il s'agissait là du parfait petit dej'.
- Je préfère les céréales en général, les cookies ou les gaufres... Les chips ne m'étaient jamais venu à l'esprit, mais tu sais comme j'aime vivre dangereusement alors...
- Va pour les chips! s'exclama-t-il sans se défaire de son sourire.
Je remis ma capuche sur ma tête avant de suivre Jack jusqu'à la plage.
Je crus à tord que c'était parce qu'il mangeait qu'il la fermait enfin, mais je me trompais. Sa bonne humeur semblait avoir subitement laissée place aux soucis. Jack était rarement soucieux, et encore moins silencieux, même la bouche pleine et même si ça en foutait partout. Je le soupçonnais d'avoir envie de parler de choses sérieuses, comme aborder le sujet Charlie, mais il ne devait pas trouver le moyen d'entamer la conversation.
J'aimais cette façon qu'il avait de toujours essayer de me protéger de tout, même quand il savait que ce qu'il avait à me dire pourrait me faire du mal, un peu comme ce matin. Malheureusement pour lui, il ne savait pas comment me protéger de son honnêteté. C'est quelque chose que j'avais toujours adoré chez lui, sa franchise était le gage de notre amitié en quelque sorte, même si pour mon bien il l'enrobait souvent.
Son silence ne m'inquiétait donc pas outre mesure. Je me contentais de marcher à côté de lui. J'aimais ce silence, il me faisait le plus grand bien. Pour être tout à fait honnête, je n'avais pas envie qu'il le brise. Mais dès qu'il serait rassasié rien ne pourrait plus l'en empêcher.
Il choisit de s'installer sur un tronc d'arbre échoué et je pris place à côté de lui, respectant son mutisme religieusement. Il ouvrit les chips avant de me tendre le paquet. Visiblement notre cher Jack avait besoin d'une perche et je me décidai à la lui tendre après avoir grignoté quelques fameuses chips.
- Est-ce que la faim t'a coupé l'envie de parler? lui demandai-je pas très subtilement je l'avoue.
- Non, en fait j'attendais que tu te décides à ouvrir la bouche la première.
- Et bien je crois que c'est fait... Alors est-ce que tu as quelque chose à me dire?
- Comment ça s'est passé avec Charlie? me dit-il en détournant le regard vers la mer.
- Aussi bien que possible je suppose...
- Tu supposes toi maintenant? me répondit-il avec un petit sourire crispé.
- Je suppose aussi que c'est pas de mon père dont tu voudrais me faire parler...
- J'avais oublié à quel point tu pouvais être perspicace.
- Oh mon Dieu tu connais ce mot! Je suis épatée! plaisantai-je.
- C'est ça fous-toi de moi Swan!
Je sus à l'instant que malgré son sourire je l'avais un peu vexé. Je décidai de faire amende honorable.
- Allez vas-y balance, l'encourageai-je en lui volant les chips.
Il s'apprêtait à répliquer pour ce vol à l'arracher, mais je le défiai d'un haussement de sourcils qui suffit à lui faire lâcher prise.
- On a clos le sujet ce matin, je crois que c'est tabou maintenant, me dit-il l'air aussi grave que triste.
- Jacob si tu veux qu'on reparle d'hier je...
- Non, répliqua-t-il brusquement, me déstabilisant une seconde.
- Ecoute je t'ai dit que j'étais désolée, ajoutai-je tout de même.
- Mais tu es désolée pourquoi au juste? me demanda-t-il en fronçant les sourcils.
- Parce qu'on n'aurait pas dû... Parce que j'aurais pas dû-
- Flirter avec moi, finit-il à ma place, avec un sourire ironique.
- Profiter de tes sentiments, rectifiai-je, après une grimasse.
- C'est pas ça le problème, je t'ai déjà dit que je pouvais le comprendre ça.
- Alors c'est quoi le problème? l'interrogeai-je complètement larguée.
- Tes sentiments à toi! s'énerva-t-il tout à coup. Qu'est-ce que tu ressens pour moi?
- T'es le meilleur ami que j'ai jamais eu-
- Mais on ne couche pas avec son meilleur ami Bella! me coupa-t-il durement.
Je voulus rajouter, ça c'était avant, mais je décidai de m'abstenir.
- Qu'est-ce que tu me reproches exactement? Parce que franchement j'arrive pas à te suivre!
- Je veux savoir pourquoi tu es venue ici? Pourquoi c'est moi que tu as appelé?
- Parce que j'avais personne d'autres, putain! Parce que tu es le seul vers qui je puisse me tourner... soupirai-je après quelques secondes, puis détournai le regard à mon tour. Je commençais à avoir la sensation étrange que Jack était en train de me dire qu'il aurait préféré que je reste loin de lui, qu'il avait décidé de vivre ici et que les 3000 km qui le séparaient de New York l'auraient définitivement séparé de moi.
- Tu sais pertinemment que c'est faux. Tu aurais pu rester à New York... Ca aurait été plus simple.
Sa voix me fit sortir de mes pensées soudainement. Ca aurait été plus simple pour lui. Je me sentis obligée de me justifier.
- Je pouvais pas rester là-bas, je t'ai dit que-
- Que quoi? Son absence t'était tellement insupportable que t'as tout plaqué? Pour lui Bella! C'est pour lui que tu fais tout ça! Pas pour toi!
- Tu es injuste.
- Moi je suis injuste? Moi?... Vraiment! Je t'aime plus que tout Bella, je serais prêt à tout pour toi, mais tu ne veux pas de moi! Je suis une erreur pour toi!
- Mais j'ai pas voulu dire-
- Bien sûr que c'est ce que tu as dit! La nuit dernière était une erreur! Venir ici était une erreur! Je suis une erreur Bella!
- Comment tu peux dire un truc pareil? Tu sais bien que je t'-
- Non ne le dis surtout pas! Tu ne m'aimes pas Bella, et c'est ça le problème. J'ai toujours été ta solution de facilité et maintenant j'en ai marre. Moi je t'aime comme un fou, mais tu ne m'aimeras jamais comme tu l'aimes lui. Malgré tout le mal qu'il t'a fait. Tu l'aimes et c'est lui que tu fuis, parce que t'as juste peur de souffrir encore...
- J'aurais jamais pensé que tu pourrais me faire ça... soupirai-je après quelques secondes, alors que mes yeux se mouillaient de larmes.
- Je te mets en face de tes responsabilités, c'est tout ce que je fais. Tu me dois un minimum puisque je suis ton ami, pas vrai!
- Je crois que j'en ai assez entendu, claquai-je en me relevant.
Mais il attrapa mon bras pour me retenir avant de me retourner brusquement vers lui.
- Si je te disais qu'il n'est pas parti? Tu courrais le rejoindre?
- Tu sais très bien que c'est faux!
- C'est pas la réponse que j'attends! Est-ce que tu irais le rejoindre Bella?
- Jacob s'il-te-plaît...
- Tu vois c'était pas difficile de choisir... Comme toujours c'est lui. Je te conseille de prendre le premier vol pour New York.
- Il est parti tu entends! Je l'ai attendu des heures Jack! Il... Il...
Je le fixai droit dans les yeux, alors que je ne pouvais rajouter un seul mot. Edward était parti j'avais été certaine et je l'étais toujours.
Je n'arrivais pas à comprendre ce qui était en train de se passer. Si ce n'est que j'avais encore une fois tout gâcher. J'avais la sensation de perdre une des choses auxquelles je tenais le plus au monde et bordel ça faisait un mal de chien. Je ne savais plus comment empêcher le fiasco. Je ne voulais pas perdre Jacob, mais c'était peut-être déjà le cas...
Je savais qu'au fond il avait eu parfaitement raison et jamais on se serait trouvés dans une telle situation si j'avais pu le choisir lui.
- Je suis incapable de savoir pourquoi je l'aime, ni même pourquoi j'arrive pas à arrêter de l'aimer. Tout le monde arrive à faire ça, être avec quelqu'un et juste passer à autre chose ensuite, moi je peux pas c'est tout...
- A la minute où je l'ai vu, j'ai su que je ferais jamais le poids, parce qu'il t'aime aussi, de la même façon sûrement. Il n'a jamais renoncé à toi Bella.
- Je l'ai attendu et il n'est jamais revenu...
- Tu te plantes, Bella... Et tu le regrettes déjà.
Je finis par baisser le regard vers mes pieds, ne supportant plus la façon étrange dont me fixaient ses yeux noirs, et Jacob lâcha mon bras.
Sans un mot de plus, qui aurait somme toute été de trop, sans même un dernier regard; je l'entendis s'éloigner de moi. De quelques pas d'abord, puis il se détourna de moi.
J'aurais voulu le retenir encore un peu, mais je savais que je ne le devais pas. Je relevai simplement la tête pour le suivre du regard alors qu'il faisait le chemin inverse, suivant nos traces de pas dans le sable mouillé. Je croisai les bras contre ma poitrine pour me frotter les bras, j'avais froid sans que le vent en soit responsable, j'avais juste réussi à éloigner de moi la seule personne qui savait mettre un peu de chaleur dans mon cœur.
Comment étais-je censée pouvoir gérer tout ça moi? C'était définitivement trop pour moi...
Au bout de quelques minutes, la silhouette floue de mon meilleur ami avait fini par disparaitre de mon champ de vision. Je me décidai à retourner trôner sur le tronc d'arbre échoué pour simplement attendre que le temps passe. On dit que le temps peu guérir les blessures, mais depuis longtemps je sais que c'est faux. Aucune ne guérit jamais vraiment, le temps estompe seulement les douleurs que ces blessures infligent, l'amertume et le déni les infectent, la haine les rend purulentes. Il n'y a que l'acceptation qui cicatrise et elle est parfois bien difficile à trouver. Voire impossible, puisqu'accepter c'est parfois renoncer.
J'étais bien trop lasse et pourtant je ne renonçais pas, comme si j'étais incapable de lâcher prise. Sans doute parce que je n'avais fait que me mentir tout ce temps passé loin de New York. Moi qui étais venue chercher un peu de calme et de réconfort je n'avais fait que trainer mon boulet un peu plus loin, sans qu'il ne quitte jamais ma cheville.
Jack pensait que je me trompais sur Edward. Et je crois qu'en fait jusqu'ici je m'étais trompée sur tout et sur tout le monde. J'avais juste choisi de me tromper, par pur masochisme ou par pure bêtise... En tout cas j'avais une capacité hors norme à tout faire foirer. Mais si je voulais prendre les choses par le bon bout, il fallait que je commence à apprendre à faire face. Si j'étais à ce point douée pour me mettre moi même dans une merde noire, il me fallait maintenant réussir à m'en sortir.
Si avant aujourd'hui je m'étais déjà sentie paumée et complètement impuissante, ça prenait maintenant des proportions astronomiques. Je ne voyais pas la lumière au bout du tunnel. Mais y étais-je seulement? Au bout?
J'avais beau chercher, chercher encore la meilleure chose à faire, retourner le problème cent fois dans ma cervelle, tout ce foutu bordel restait dans un flou artistique. J'aurais pu partir encore mais je savais que cela ne servirait foutrement à rien, je pouvais rester aussi et arranger les choses avec Jacob, mais je pouvais tout aussi bien rentrer et faire face à tous ceux que j'avais laissé derrière moi; mes amis, ma famille, ma vie... Et Edward. Mais je n'arrivais pas à y croire, pour moi il était parti, sinon pourquoi m'avait-il laissée seule, pourquoi n'était-il pas rentré... Même s'il était toujours à New York, il y avait toujours la possibilité qu'elle y soit avec lui, c'était possible... Insupportable mais possible. Ils avaient passé des heures ensemble après tout, ils avaient pu se rapprocher et...
Je commençais à m'énerver, je triturais mes doigts et mordais ma lèvre en pestant encore et toujours contre la mélasse qu'était mon subconscient. Penser à Edward était définitivement trop dur pour moi, une vraie souffrance.
Alors je décidai juste de ne rien faire du tout. Rester assise sur ce bout de bois humide, regarder la mer jusqu'à ce que mort s'en suive.
J'avais attendu longtemps, sans vraiment réfléchir, sans vraiment penser. Même si l'entêtement faisait partie de mes qualités premières et indiscutables, au bout d'un moment le vent avait fini par avoir raison de ma résistance. Morte de froid et tremblante comme une feuille, j'avais fini par reprendre le chemin de la réserve. Je devais retrouver Jack et arranger les choses si c'était encore possible.
Je n'avais plus que mon amitié à lui offrir. Ce n'était peut-être pas assez pour lui, ce ne serait peut-être jamais suffisant, mais c'est tout ce que j'avais... Je l'avais lui et je ne voulais pas le perdre aussi.
Je sais ce que vous allez me dire, c'est pas vraiment ce que vous attendiez... Je sais, je sais je suis vraiment pas cool de vous faire mariner encore. MAIS, je peux vous promettre une chose, ce chapitre est la suite du précédent (oui merci ça on avait remarqué!), du genre 1 chapitre coupé en deux, ça n'était pas vraiment prévue comme ça à la base, mais un petit changement de programme ne fait pas de mal!
Le prochain chapitre sera donc le dernier, le vrai cette fois! J'ai deja bien avancé dans l'écriture mais je ne peux vous donner aucune date de publication, ce qui est presque sur en revanche c'est que je ne vous ferez pas attendre un an de plus! Mon bras droit est en vacances chez papy, ce qui va me laisser le temps de finir l'écriture, de relire, de trifouiller par ci par là, de rerelire, ect. Pas de vacances pour les braves! ^^
Je vous laisse maintenant, c'est tout moi ça, je jacasse... Mais c'est bon je la boucle!
Vous connaissez le principe, un clic sur la petite bulle.
J'ai hate de vous lire :D
Prenez soin de vous surtout,
A tres bientot
Marine
