C'est un miracle, je suis dans les temps ! Bonne lecture !


Réponse aux reviews :

Guest : Je suis un peu comme toi à ne laisser des avis que rarement, mais je suis bien placée pour savoir ce que ça représente pour la personne qui écrit alors merci beaucoup : ) Je vois ce que tu veux dire par « nouveau genre », le genre qui continue après le dernier tome de Twilight quoi… Je n'ai rien contre les all humans mais moi-même j'aimerais pouvoir lire plus de post-breaking dawn…

Guest (celle du 21) : Je te conseille de t'inventer un petit surnom pour que je te reconnaisse car tu n'es pas la seule « invitée » … Dans l'idéal évidemment j'aimerais bien poster un chapitre par semaine mais bon ça me prend trop de temps et je n'arriverai pas à tenir le rythme…

Lizzs : Je pense que quand tu verras le nombre de chapitres que Nate et Allie passeront ensembles (oups, spoiler) ton feu se transformera en feu de joie ^^ Cela dit je ne promets pas qu'ils vont bien s'entendre ! Madison va mourir et ne pas mourir (second spoiler, mais tu vas le lire dans ce chapitre alors…) et quant à Allie, elle a bien sûr utilisé son don dans la bataille mais il ne lui a pas été d'une grande aide surtout que les Enfants de la Lune contre qui elle s'est battue sont très très puissants ! On verra que la puissance de son pouvoir dépend beaucoup de son état psychologique ! Dans la vidéo de présentation même pour moi c'est un peu flou qui embrasse qui ^^ Tout ce qui se passe dedans est surtout symbolique (feu = pouvoir d'Allie etc), je n'ai pas vraiment réfléchi en la faisant à vrai dire…

aliCetwilightF.F : Je te dirais bien que de toute façon, à ce stade quoi qu'il arrive à Madison, Will va souffrir mais tu le constateras par toi-même hé hé…

Lyylla : Will risque de souffrir dans ce chapitre quoi qu'il arrive à Madison (les joies de l'imprégnation…). Nate fait partie du groupe qui essaye de libérer Hannah en parallèle donc on ne le verra pas dans ce chapitre…


Chapitre 26

17 décembre 08h 51,

PDV de Renesmée

-Nessie !

La voix de Carlisle retentit à travers le champ de bataille, me distrayant de mon combat contre l'Enfant de la Lune qui me secouait dans tous les sens. Un loup au pelage chocolat –Quil- me frôla et lui mordit la patte tout en pensant :

« Vas-y, je m'en occupe ! »

« Merci ! » lançai-je, rongée par l'inquiétude.

Carlisle était souvent synonyme de blessés à soigner. La peur pour mes enfants me tordit le ventre. Elliot et Allie se battaient contre des Enfants de la Lune plus expérimentés qu'eux, mes filles étaient enfermées dans une maison assiégée et Will se trouvait dieu sait où avec Madison. Je courus dans la direction d'où provenait la voix de mon grand-père.

Le spectacle qui m'attendait me terrassa. Un loup au pelage roux clair familier formait une cage protectrice autour d'un corps dont émanait une forte odeur de peur et de sang. Je reconnus Madison à ses cheveux auburn poisseux d'hémoglobine. Carlisle était agenouillé à côté d'elle et essayait manifestement de l'atteindre alors que Will lui montrait les dents. Il réclama mon aide d'un regard.

Je me précipitai vers mon fils et poussai son épaule massive pour le contraindre à se décaler.

« Laisse Carlisle la soigner, mon chéri » lui intimai-je avec un calme dont je ne me serais jamais crue capable.

Malgré le peu de place que Will consentit à lui accorder, Carlisle se pencha vers Madison. Un Enfant de la Lune nous bouscula soudain et je montrai les dents. L'instant d'après, Allie surgit de je ne sais où et lui sauta à la gorge.

-Comment elle va ? cria ma fille alors que je m'agenouillais près de Carlisle et Will pour former un maigre bouclier autour de Madison.

« Ne t'en occupe pas, empêche-les simplement de s'approcher de nous ! » ordonnai-je en essayant de ne pas mourir de terreur lorsque les crocs de l'Enfant de la Lune claquèrent à un centimètre du cou d'Allie.

Je caressai tendrement le pelage hérissé de Will pour l'apaiser.

-Alors ? demandai-je anxieusement à l'intention de Carlisle.

Ma propre question me sembla aussi stupide qu'inutile. La poitrine de Madison était pratiquement déchiquetée. Le sang qui s'en écoulait formait une flaque énorme qui trempait les pattes de Will et venait lécher mes chaussures.

Si mon grand-père ne répondit pas, Will arqua la nuque et, levant sa grosse tête vers le ciel, lâcha un hurlement sonore. Un cri de deuil.

« Elle est morte, je n'entends plus son cœur ! »

Carlisle me jeta un regard désolé, je réprimai un sanglot.

A ce moment-là, des bruits de grosses pattes martelant le sol retentirent. Jacob, Emmett, Jasper, mes parents, Seth, Leah et les loups les plus expérimentés de la meute surgirent sur la place du village. En quelques secondes, la situation se retourna : nous surpassions à présent les Enfants de la Lune en nombre. Les loups arrivés en renfort se jetèrent dans la mêlée.

Pourtant, je ne prêtais aucune attention à la tournure nouvelle que venais de prendre le combat. Au désespoir, Will venait d'agripper le tee-shirt de Madison avec ses crocs et la secouait de toutes ses forces. Tel un pantin désarticulé, son corps dodelinait de droite à gauche au rythme des mouvements de mon fils.

« Réveille-toi, réveille-toi ! » rugissait ce dernier.

« JACOB ! » appelai-je mentalement.

Une seconde plus tard, un loup plus roux et plus imposant que ne l'était Will se précipita à nos côtés. Il s'étrangla en voyant le cadavre de Madison, mais je ne lui laissai pas le temps de digérer la nouvelle.

Accrochée au flanc de Will qui continuait à secouer Madison dans tous les sens, je transperçai mon mari du regard :

« Jacob, on ne peut pas les laisser comme ça ! Madison est trop jeune pour mourir ! Will aussi ! C'est mon fils et je l'aime, je refuse de laisser ce genre de chose lui arriver ! »

Carlisle suivit notre échange muet et comprit immédiatement ce que je voulais dire.

-En es-tu certaine Renesmée ? demanda-t-il gravement. Je ne veux pas que tu sois aveuglée par ton amour pour…

« Fais-le ! » le coupai-je « J'en prends l'entière responsabilité mais fais-le, je t'en supplie ! »

Jacob aboya bruyamment, ce que j'interprétai comme un assentiment. Carlisle hocha la tête et se pencha vers Madison dont il mordit la gorge, puis les bras à plusieurs endroits.

-Elle vivra, annonça-t-il lorsqu'il eut finit et que le venin se répandit dans son corps.

Mais à quel prix ? Exister pour l'éternité dans le corps d'une adolescente assoiffée de sang ? Jake lécha l'épaule de notre fils. Ce dernier ne réagissait pas à la nouvelle.

« Je ne le sens plus… le lien » marmonna-t-il, une expression hébétée sur son visage animal.

-Il faut qu'on la déplace, annonça Carlisle en se levant d'un bond.

Autour de nous, les Enfants de la Lune s'enfuyaient, pourchassés par la meute de Jake. Je constatai que nous n'en avions tué ni blessé aucun. Et ils s'en allaient si rapidement que les contours de leurs silhouettes m'apparaissaient floues, fantomatiques. Je n'avais jamais affronté des ennemis comme eux. Leur seule victime semblait être Madison mais tout le monde arborait des blessures visibles et un air égaré.

Je jetai un regard circulaire pour vérifier l'état de santé des membres de notre famille. Inexplicablement, Lily ne s'était pas réfugiée dans la maison avec les humains : sonnée, elle était assise à même le sol. Elliot était couché devant elle et lui léchait le visage pendant que Rosalie, accroupie sur ses talons, vérifiait qu'aucun fugitif ne s'approchait de sa fille.

A quelques pas de là, Allie se frottait les bras pour éteindre le feu qui les habitait. Matthew tournait autour d'elle en grondant doucement, ce qui traduisait son incapacité à s'éloigner de ma fille.

Paul, Jared, Embry et Quil, qui n'avaient pas pu résister à la volonté de muter lors de l'attaque, semblaient se réapproprier difficilement leurs corps de loup. Becca, Harry et Ethan gravitaient autour de leurs pères respectifs d'une démarche mécanique qui traduisait leur inquiétude.

Mes parents et le reste des Cullen parlaient à voix basse avec les autres loups-garous, mon père servant de messager entre eux. L'angoisse de tout le monde était palpable. Angoisse concernant le devenir de Madison, la façon dont nous avions été attaqués, la sauvagerie et la force des Enfants de la Lune…

Alors que Carlisle soulevait Madison dans ses bras et que Will les scrutait avec anxiété, les humains commencèrent à sortirent de la maison de Brady, tous sains et saufs. Sarah et Liza coururent vers nous et s'accrochèrent à la fourrure de Jake tout en contemplant Madison avec inquiétude.

-Ne regardez pas, leur intimai-je doucement en espérant qu'elles n'assisteraient pas prochainement à des scènes bien pires.

Carlisle, Will, Jacob et les filles sur les talons, je me dirigeai vers ma voiture, abandonnée à une extrémité de la place. Elle devait avoir souffert des hostilités parce qu'il y avait des traces de sang sur la carrosserie et qu'une des portières était déformée.

Pendant que Carlisle installait précautionneusement Madison sur la banquette arrière, la tête de Jacob effleura ma main.

« Will ne pourra pas redevenir humain tout de suite » dit-il. « On va passer par les bois et nous vous rejoindrons à la villa quand il sera calmé »

« Il peut s'éloigner de Madison ? » demandai-je, dubitative.

« Je ne la sens plus de toute façon » parla Will dans la tête de son père.

Sa voix semblait anesthésiée. Ses yeux, déconnectés de la réalité. Jake et moi échangeâmes un regard inquiet. Puis je grimpai au volant de la voiture cependant que Liza montait sur le siège à côté du mien et que Sarah s'installait à l'arrière à côté de Carlisle. La voiture démarra et doubla les deux loups roux assis sur leur arrière-train.

Avant de partir, j'aurais aimé savoir qui précisément était blessé, si Hannah avait été libérée ou non, quelles informations avaient été récoltées sur les Enfants de la Lune pendant la bagarre… J'aurais aimé vérifier que Lily et les deux aînés de mes enfants allaient bien, voir si les imprégnés, Sue et Billy n'avaient pas été trop secoués…

A la place de ça, je roulais à toute vitesse sur une route déserte de La Push, prenant le risque de tomber dans une embuscade de nos ennemis à tout moment. Mais notre priorité à présent, c'était Madison. Elle ne pouvait décemment pas subir sa transformation en vampire dans un endroit exposé aux quatre vents.

Nous arrivâmes à la villa des Cullen. Carlisle transporta Madison dans une pièce médicalisée semblable à celle où avait sans doute été transformée ma mère. Il l'allongea sur une table d'auscultation, je l'aidais à nettoyer le sang séché qui maculait son corps et nous attendîmes.

Le cœur de Madison se remit à battre quelques minutes plus tard et je faillis défaillir de soulagement. Carlisle m'expliqua plus tard qu'un côté de sa poitrine avait été enfoncé et que ses côtes avaient perforé l'un de ses poumons, mais que ce n'était rien que le venin ne puisse guérir.

Elle était sauvée. Physiquement, du moins. Et Will le serait psychologiquement. En partie.

Je me remémorai le jour de leur imprégnation. L'une des premières choses que je m'étais dite, d'une manière assez égoïste je dois l'avouer, était que mon fils ne serait pas avec nous pour toujours puisque Madison était mortelle. Ce problème venait d'être réglé de la pire des façons.

Sarah et Liza n'eurent de cesse de poser des questions sur ce que la transformation de Madison impliquait quant à la vie de la jeune fille et son lien avec Will. Epuisées, elles finirent par se blottirent sur un fauteuil.

Les Cullen furent les premiers à revenir quelques heures plus tard. Lily eut l'air plus choquée que terrassée en apprenant la nouvelle pour Madison. Ils furent suivis d'Elliot et d'Allie qui venaient voir comment allait la future nouvelle-née. Je les serrais longuement dans mes bras.

Jacob finit par arriver. Il abandonna un Will épuisé et assoupi sur le canapé du salon de la villa et monta à l'étage. Alors que les jumelles somnolaient à côté de nous et qu'Elliot et Allie discutaient à voix basse dans un angle de la pièce, Jake et moi nous assîmes à une extrémité d'un sofa, suivant machinalement des yeux les contours du corps sans vie de Madison.

« Il ne s'en remettra jamais » songea sombrement Jake en prenant ma main dans la sienne.

« Ne dis pas ça ! » m'écriai-je. « Au moins, ils auront un avenir. »

Pour avoir plus ou moins déjà vécu ça, Jacob savait ce dont il parlait et je n'eus pas le cœur de le contredire davantage.

« Est-ce que les Enfants de la Lune qui vous ont attaqué au nord ont réussi à reprendre l'humaine ? » le questionnai-je.

Il hocha la tête.

« Nous sommes tous rentrés dès que nous avons senti que vous étiez assiégés alors ils n'ont eu qu'à pousser la porte pour libérer la fille. Cette agression n'était rien d'autre qu'une déclaration de guerre. Il faut vraiment être lâche pour mêler des femmes et des enfants sans défense à toute cette histoire. Ils paieront pour ça. »

« Oui » acquiesçai-je en pensant autant à Madison qu'à Charlie.

Jake regarda Allie du coin de l'œil et une vague de colère réfrénée le traversa.

« Si elle en avait parlé plus tôt, ça ne serait pas arrivé »

« Je sais » fis-je mollement.

Jacob et moi aimions trop notre fille pour lui faire des reproches en face. Je savais qu'elle n'avait pas voulu ça une seule seconde. Elle avait simplement été… jeune et irresponsable en s'attachant à un Enfant de la Lune.

Mais Jake était déçu parce qu'il savait que ni Elliot ni Will n'auraient agi comme elle. Pour la simple raison que, par la force des choses, elle était un loup solitaire alors que nos fils ne l'étaient pas. Ils n'auraient jamais pu dissimuler une chose aussi importante à leur père.

Elliot et Allie descendirent à la cuisine pour prendre quelque chose à manger. J'avais callé ma joue contre l'épaule musclée de Jacob et venais de fermer les yeux lorsque la voix furieuse de Will retentit dans tout la villa.

Mon mari et moi nous levâmes d'un bond. D'un geste, j'intimai aux jumelles de rester là où elles étaient avant de dévaler à toute vitesse les escaliers de la villa à la suite de Jake.

Dans le salon, Jasper et Alice, enlacés, fixaient Will et Allie qui se faisaient face, séparés par une distance de dix mètres. Mon fils avait les yeux rouges et injectés de sang. Elliot se tenait entre eux, l'air de ne pas savoir quelle attitude adopter.

-C'est de ta faute ! hurlait le plus jeune à Allie. C'est de ta faute si Maddie est morte ! C'est toi qui as laissé ces monstres nous attaquer, et maintenant ils l'ont tué !

Les mains d'Allie tremblaient violemment. Je jetai un coup d'œil inquiet aux émanations de chaleur qui s'en échappaient.

-Je ne… commença-t-elle à protester, la voix éraillée.

-Tais-toi ! s'époumona Will. Tu as trahi Matthew et tu nous as trahis nous aussi ! Tu as détruit nos vies ! Je ne veux plus jamais, jamais te voir ! C'est de ta faute tout ce gâchis !

J'aurais voulu hurler à Will de se taire et à Allie de ne pas l'écouter mais j'avais une boule dans la gorge. En cet instant, mon fils me faisait tellement de peine que j'aurais accepté n'importe quels propos sortant de sa bouche.

Les yeux verts d'Allie s'agrandirent, envahis par le désespoir. Autour d'elle, l'air était flou comme quand le soleil tape sur la terre en plein été. Elle regarda fixement son frère pendant une courte seconde, puis elle se rua vers la porte de la villa qu'elle franchit et claqua derrière elle.

Je me précipitai vers Will pour enlacer ses épaules secouées de frissons.

-Calme-toi, ça va aller, chantonnai-je doucement.

J'avais un goût amer sur la langue.

OooO

PDV d'Allie

Je passai une heure au sommet de la plus haute falaise de La Push à contempler les vagues se fracasser contre les rochers. C'est le temps qu'il fallut à Elliot pour me trouver. Il avait toujours été doué pour dénicher les gens –Maman disait que c'était peut-être dû à son pouvoir de téléportation inexploité. Je sentis sa présence dans mon dos et ordonnai sèchement sans me retourner :

-Va-t-en.

Je discernai le son de ses chaussures qui piétinaient la terre avant que sa voix ne s'élève :

-Non. Ecoute ce que j'ai à te dire d'abord. Will ne le pensait pas, Allie. Il est bouleversé.

-Bien sûr que si, il le pensait. Becca le pense. Lily le pense. Matthew le pense. Papa et Maman le pensent sans oser se l'avouer. Et tu devrais le penser toi aussi.

-Oh, allez, répliqua-t-il. Tu sais que ce n'est pas vrai. Bien sûr, tu es tout le temps en train de penser que tu peux tout gérer toute seule. Tu as fais du grand n'importe quoi, je n'arrive même pas à comprendre ce qui t'es passé par la tête et comment nous pouvons avoir des gènes en comment. (Je l'entendis secouer la tête, un vestige de rire dans la voix.) Mais franchement ? T'accuser de tous les maux de la terre alors que les vrais responsables sont les Enfants de la Lune ?

Pivotant en position assise, je lui montrai les dents :

-J'ai brisé le cœur de ton meilleur ami ! J'aurais pu empêcher l'attaque du village et la presque mort de la petite-amie de notre frère ! Qu'est-ce que tu fiches ici à me réconforter, bon sang ?

-Tu es ma sœur, répliqua-t-il, une loyauté farouche dans ses yeux chocolat.

-Et Will est ton frère et il a plus besoin de toi que moi ! fusai-je. Oh, et si par hasard tu te sens trop inutile auprès de lui, tu n'as qu'à aller tenir compagnie à Matthew ! Ou à cette pauvre Madison qui doit se consumer de douleur à l'heure qu'il est ! Va réparer toutes les choses que j'ai cassées et laisse-moi seule ! Je-ne-veux-pas-te-voir !

Il soupira et passa une main dans ses boucles noires :

-J'aurais au moins essayé. Je venais surtout vérifier que tu ne faisais pas n'importe quoi.

-T'inquiète, je préviendrais par message groupé avant de me suicider, grognai-je, mauvaise.

-Me voilà rassuré, tenta-t-il de plaisanter. A plus, Allie.

Il disparut aussi vite qu'il était arrivé, abandonnant le combat si facilement que j'eus des soupçons. Le connaissant, il allait se débrouiller pour nous rabibocher le plus rapidement possible, Will et moi.

Sauf que je n'en avais pas envie. Will avait raison, tout ça était de ma faute. Je devais trouver un moyen de réparer mes bêtises. Ensuite, je m'autoriserai à me pardonner à moi-même et à laisser les autres me pardonner.

Ce matin –j'avais l'impression que c'était il y a un millénaire- j'étais venue voir Carlisle en quête d'explications. Des explications qui au final, avaient suscité plus d'interrogations qu'autre chose.

La conduite des Enfants de la Lune était incohérente. Ils nous provoquaient, ils restaient invisibles. Ils nous attaquaient, ils s'enfuyaient. On aurait dit qu'ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient.

Je voulais des réponses à mes questions. Je voulais savoir ce qui poussait les Enfants de la Lune à nous harceler. Je voulais en savoir plus sur eux. Je voulais revoir Nathaniel, décharger ma rage sur lui et exiger qu'il me raconte ce qui lui était passé par la tête.

Par-dessus tout, je voulais savoir ce qui justifiait que nos vies venaient d'exploser en morceaux.

J'aurais dû désobéir et aller rendre une petite visite à Hannah lorsqu'elle était encore notre prisonnière. J'aurais su quelles étaient les bonnes questions à lui poser. J'étais la seule à en savoir suffisamment sur Nate pour en déduire des choses sur les Enfants de la Lune.

Il me fallait ces réponses.

Je ressortis le bracelet de Nate de ma poche. Ce médaillon relié à mes malheurs m'aidait à réfléchir. Alors que je l'agitai devant mes yeux, un visage s'imposa à moi.

Jérémy.

Mais oui bien sûr ! Il avait beau n'être qu'un humain, j'avais vu Hannah et Nathaniel avoir avec lui une conversation qui semblait tout sauf anodine. Peu importait de quelle manière le frère de Zoey était relié aux Enfants de la Lune : il savait forcément quelque chose sur eux.

Au point où j'en étais, le menacer d'une mort imminente pour lui extorquer des informations ne me posait strictement aucun problème.

Je sortis mon portable de ma poche et envoyai un message à Zoey en priant pour qu'elle me réponde. On ne s'était pas vues depuis la fermeture du lycée, trois semaines auparavant.

Est-ce que tu peux me donner l'adresse de ton frère s'il te plaît ?

Ironiquement, ce devait être ma seule minute de chance de la journée parce que j'obtins immédiatement une réponse :

La dernière fois que je l'ai vu, il logeait chez des amis. Voici l'adresse. Je ne suis pas sûre qu'il y soit.

Je me levai d'un bond, revigorée par la perspective d'avoir quelque chose à faire. Sachant qu'il me faudrait au moins une vingtaine de minutes pour arriver à Forks en coupant par les bois, je détalai et poussai ma vitesse à son maximum.

Courir me fit du bien. La voix de Will n'avait cessé de résonner à mes oreilles depuis que je m'étais enfuie de la villa, mais le bruit du vent couvrait les échos de la colère de mon frère. Je ressentis de nouveau cette impression de liberté que j'avais lorsque Matthew et moi faisions encore la course dans les bois.

Heureusement, je ne croisai personne de ma famille. Si ça avait été le cas, n'importe qui aurait compris que je ne traçais pas dans les bois pour le plaisir et jamais mes parents n'auraient accepté que j'aille rendre seule une petite visite à Jérémy.

Je finis par arriver au niveau des premières maisons de Forks, ce qui me força à ralentir l'allure et à m'arrêter un instant pour remettre mes cheveux et mes habits en ordre. Puis je me mis à la recherche de la maison où habitait Jérémy. Si celui-ci était au courant pour les attaques des Enfants de la Lune, je doutais qu'il soit resté dans le coin mais je pouvais toujours essayer.

Je dénichai rapidement l'habitation qui se trouvait dans un quartier résidentiel suffisamment calme pour que personne ne me remarque. C'était une petite maison à deux niveaux avec des murs gris. Elle se fondait si bien dans le paysage que ça ne pouvait qu'être volontaire.

Je traversai à toute allure le petit jardin et contournai la maisonnette. Comme je m'y attendais, il y avait une porte arrière qui ne demandait qu'à être défoncée. A ma grande surprise, je n'eus pas besoin de recourir à ce genre de moyen : la porte s'ouvrit sans aucune difficulté lorsque j'abaissai la poignée.

Sur mes gardes, je pénétrai dans la maison et avançai dans un corridor froid et sans vie. Je fronçai le nez en constatant qu'il n'y avait pas d'odeur dans la maison. Etrange. Je dépassai une porte entrouverte menant à la cuisine, une autre où se trouvaient les toilettes pour finalement déboucher sur un salon de petite dimension.

Il n'y avait qu'une télévision, une table basse, un meuble (laid) sur lequel trônait un téléphone fixe et pour finir un canapé gris… sur lequel une forme était avachie.

Je m'immobilisai au beau milieu de la pièce et tendis le cou pour distinguer le visage de la personne qui, à en juger par ses ronflements sonores, était profondément endormie.

Jérémy. Je reconnus ses cheveux bruns identiques à ceux de Zoey.

J'eus presque de la peine pour lui : n'importe qui aurait pu rentrer et le tuer facilement. Heureusement pour lui, ce n'était pas dans mes intentions. Pour le moment, du moins.

Je claquai bruyamment mes deux mains l'une contre l'autre. Jérémy sursauta, ouvrit les yeux… et nous eûmes tous les deux la surprise de notre vie.

Son visage avait changé. Genre radicalement changé. Sa peau était plus claire et plus lisse. Ses traits, moins grossiers qu'avant avaient adopté la finesse de ceux des immortels. Ses yeux noirs possédaient une lueur surnaturelle effrayante.

Je n'eus pas le temps de m'étonner : il se leva si rapidement que je ne le vis même pas bouger. Le mouvement dévoila une musculature impressionnante qu'il ne possédait pas la dernière fois que je l'avais vu.

Je pointai un doigt accusateur vers lui :

-Tu es un Enfant de la Lune ?

Si j'avais encore eu un doute, il se serait évaporé au moment où il s'approcha de moi, narines frémissantes. Il dégageait cette odeur sauvage et indéfinissable qui imprégnait La Push quand nous avions été attaqués.

-Les autres avaient raison, tu sens vraiment mauvais, grogna-t-il.

Puis, semblant se rappeler de quelque chose, il leva une main et toucha le nez désormais intact que je lui avais cassé plusieurs semaines auparavant.

-Oui, c'est bien moi, fis-je sans cacher ma satisfaction.

Durant une brève seconde, il me regarda.

L'instant d'après, il grognait et me sautait dessus. Je m'y attendais mais, comme ce matin, je fus secouée par sa force et sa rapidité qui surpassaient largement les miennes. Je compris qu'avec mon manque d'expérience, mon seul avantage était mon pouvoir.

Alors que Jérémy me projetait par terre, la chaleur s'empara de mes avant-bras que j'avais appuyés contre son torse en guise de bouclier.

Il lâcha un hurlement de douleur qui tenait plus du rugissement qu'autre chose.

Puis il explosa. Pas littéralement, mais il se transforma en loup écumant de rage. Sa masse fut multipliée par dix, un pelage gris perle épais recouvrit sa peau, ses ongles se changèrent en griffes, ses dents en crocs.

Je vis le moindre détail de sa mutation accélérée parce qu'il me surplombait et que nous devions être séparés par dix centimètres de vide. Dix centimètres de vide qui furent aussitôt réduit à néant.

Je fus écrasée comme une crêpe entre le plancher et l'énorme loup-garou qu'était devenu Jérémy. Le pire dans tout ça, c'est qu'il ne me fit même pas volontairement mal : sa poitrine et ses pattes énormes s'appuyèrent sur moi et ses griffes firent le reste du travail sans qu'il ait besoin d'esquisser un seul geste.

La souffrance explosa dans chaque parcelle de ma peau. Comme un écho de mon subconscient, la voix de Will retentit à mes oreilles.

C'est toi qui as laissé ces monstres nous attaquer.

Tu as trahi Matthew et tu nous as trahis nous aussi.

C'est de ta faute tout ce gâchis.

Tu as détruit nos vies.

Et ce fut le noir.


Croyez le ou non, c'est un de mes chapitres préférés. Il me donne envie de pleurer ^^

J'ai adoré écrire le PDV Nessie, je pense que c'était le second personnage le plus touché par la mort de Madison et les sentiments d'une mère qui ne veut pas que la vie de son fils soit gâchée justifient bien que Madison soit transformée en vampire.

Parenthèse inutile : J'aime Elliot. N'est-il pas la tolérance et la générosité incarnées ?

Je n'aime pas voir Allie déprimée et elle ne le sera pas longtemps, ne vous en faites pas.

Prochain chapitre, Bienvenue à Loup-garou Land, dans dix jours.