« Les orques ne faisaient que tester nos forces, murmura le prince. Azog voulait uniquement savoir si beaucoup d'entre nous avaient survécu.

— La guerre n'est pas terminée, approuva le magicien. Vous devez faire attention.

— Nous sommes sur leur chemin dans la reconquête des terres du Nord. Tant que nous serons là, la forteresse de Dol Guldur restera diminuée et séparée des gobelins des Monts Brumeux comme des orques de Gundabad. L'Ennemi a besoin de nous écraser.

— Ils ne tarderont pas à venir. »

Legolas observa de loin la bataille. Ses soldats s'en étaient bien sortis. Ils incendièrent les tentes et les cadavres. Ce ne fut qu'une fois ses elfes réunis en colonnes que le prince tourna bride. Ils revinrent lentement vers les cavernes dans un silence de mort. La forêt elle-même semblait être totalement silencieuse. Si silencieuse que l'air en était lourd.

A nouveau, les feuillages bruissèrent. Pourtant, il n'y avait nul oiseau et nul vent susceptible de s'infiltrer dans les arbres. Legolas arrêta son cheval et plongea ses yeux clairs dans les hauts arbres aux troncs gris. Quelque chose n'allait pas. Cette forêt qu'il connaissait si bien pour y avoir grandi lui semblait soudainement étrangère. Pourtant, il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus.

A ses côtés, juché sur un cheval issu du meilleur élevage de Fondcombe, Gandalf observait également les arbres. Une ombre passa sur son visage qui n'échappa pas à Legolas.

« Les enchantements diminuent ! se désola le magicien.

— Mon père… ?

— Sans doute. Thranduil est lié à la forêt. Ces enchantements sont son œuvre. Vous pouvez les reprendre si vous savez comment faire.

— Je l'ignore. Alors mon père est vraiment mort ! Je n'arrivais pas à y croire… »

La voix de Legolas se brisa. La dernière fois qu'il avait vu Thranduil, c'était pour le défier et aller chercher Tauriel malgré les ordres.

« Il faudrait s'en assurer avec les eaux de la rivière enchantée, suggéra Gandalf. Le pouvoir de Thranduil y est plus concentré. Si les sortilèges ne sont plus actifs dans l'eau alors en effet, je craindrai pour la vie de votre père.

— Ne perdons pas de temps ! »

Le prince et le magicien talonnèrent leur monture, bientôt suivi par l'ensemble de la nouvelle garde royale. Ils galopèrent pendant des heures au travers des arbres sans percevoir d'autre bruit que celui des sabots frappant le sol durci par le froid. Ils contournèrent la chaîne de montagne et ne s'arrêtèrent que près de la rivière. Legolas sauta d'un bond à terre, terriblement inquiet à l'idée que les eaux ne soient que de simples eaux communes. Il n'osa pas toucher la surface tumultueuse.

Gandalf le rejoignit sur la rive. Il observa l'eau cristalline sans un mot puis plongea la gemme ornant son bâton dans l'eau. Elle se teinta d'une lumière violine et le magicien esquissa un léger sourire qui ne fit pas disparaitre toutes les rides d'inquiétude de son front.

« Les enchantements ont faibli et non pas disparu, déclara Gandalf.

— Alors mon père est vivant ! s'exclama Legolas avec soulagement.

— Je le pense, bien que la faiblesse des enchantements m'inquiète profondément. Néanmoins, il est possible que ce ne soit qu'une simple résurgence de son pouvoir. Si c'est le cas, il est trop tard.

— Je garde espoir ! Mais où est-il ? Gandalf, se pourrait-il que les nains aient capturé mon père ?

— Il y a une semaine, je vous aurais dit que non. Aujourd'hui, je crains de ne plus avoir de certitude quant à Thorin…Il hait Thranduil depuis la chute d'Erebor. Son emprisonnement dans vos cellules et la prise de l'Arkenstone n'ont fait qu'accroitre sa haine. J'ignore si Thorin est capable de l'emprisonner.

— Peut-être Azog également, murmura Legolas. Peu importe ! S'il est en vie, il me faut le retrouver.

— Quitte à abandonner les vôtres ? rappela Gandalf. Vous êtes le régent de la Forêt Noire. Vous ne pouvez délaisser vos défenses !

— Je ne le comptais pas ! »

Legolas soupira. Les sourcils froncés, une ride d'expression traversant son front, le prince se redressa et remonta à cheval. Il allait reprendre la conversation quand un corbeau voleta près d'eux. Ce n'était pas un oiseau habituel dans la forêt et celui-là avait un message accroché à la patte. Le corbeau se posa sur l'épaule du magicien, qui délia immédiatement le cordon gris qui attachait le parchemin. La taille du papier ne permettant pas les longs textes, il restait succinct.

« C'est de Kili ! s'exclama avec stupéfaction le magicien.

— Que veux le nain ?

— De l'aide !

— Pour qui se prend-il ? » s'exclama Legolas avec virulence.

Son ressentiment issu de la relation entre Kili et Tauriel s'accrut avec cette curieuse requête.

« A-t-il déjà oublié qu'il a massacré mes soldats ? siffla Legolas.

— Non ! contredit Gandalf. Il requiert mon aide pour libérer Thorin de la maladie du dragon. Ah ! Bilbon est en vie ! Mon brave hobbit s'est invité à Erebor. Comment fait-il pour échapper à la vigilance de Thorin, je l'ignore…

— Y a-t-il un mot sur mon père ?

— Aucun ! Mais Tauriel est en vie. Elle est emprisonnée dans la montagne mais va bien.

— C'est ce qu'il dit », marmonna Legolas.

Ils revinrent dans les cavernes des elfes, silencieux, tous deux plongés dans leurs pensées. Gandalf hésitait à aller dans la montagne. Il ne pouvait exclure que cela ressemblait à une tentative de le duper pour le neutraliser et les orques habitaient toujours dans les ruines de Dale. Y aller directement était trop risqué. Alors comment Bilbon parvenait-il à passer inaperçu ? Depuis une semaine d'après la lettre !

Plutôt que de se retrouvé piégé par des ennemis qu'il n'arrivait pas encore totalement à cerner, Gandalf décida d'être prudent. Avec Legolas, ils écrivirent un messager en réponse, demandant des preuves de la bonne volonté de Kili…et des nouvelles de Thranduil.

Le corbeau repartit à tire d'ailes en direction d'Erebor. Il revint vingt-quatre heures plus tard avec un nouveau message. Toujours aussi bref, la réponse de Kili ne suffit pas à apaiser toutes les craintes de Gandalf.

« Votre père n'a pas été trouvé sur le champ de bataille, annonça le magicien en tendant le message au prince. Kili a encore vérifié mais ne l'a pas reconnu parmi les morts. Tauriel vous a écrit un message.

— Et elle est la seule à savoir ça, murmura Legolas. Elle est en vie !

— Quelle est donc cette histoire de Bolg chassant un groupe d'hommes vers le sud ? marmonna Gandalf. Cela n'a pas de sens ! Les orques ne s'inquiéteraient pas de simples fuyards, ce n'est pas assez important pour eux, surtout pas pour Bolg ! Pas alors qu'il cherche à vous vaincre vous…

— S'il s'agit uniquement de simples hommes, rappela Legolas. Peut-être le fils de Bard a-t-il survécu ? Il représente une menace contre eux. Ils doivent craindre qu'il ne prenne la relève. Je l'espère en tout cas ! Il a deux sœurs et tous les trois sont bien jeunes pour la tâche qui les attend.

— Je l'espère aussi ! Mais cela m'intrigue. Kili indique que ces fuyards ont tué une vingtaine d'orques. Cela n'est pas à la portée des hommes de Lac-Ville. Pas même de Bard ni de son fils ! »

Legolas fronça les sourcils. La situation ne lui plaisait guère mais un mince espoir commençait à poindre dans son coeur.

« Cela ne peut qu'être le travail d'un elfe, admit-il. Mon père ? Je n'ose y croire ! Pourquoi serait-il parti si loin au sud ?

— Je l'ignore mais cela vaut le coup d'essayer ! Quiconque soit parti au sud est craint par Bolg et donc par Azog.

— Croyez-vous les divagations de ce nain sont fiables ? Thorin n'hésite pas à mentir et à oublier sa parole sitôt que son intérêt change ! »

Gandalf haussa les épaules. Il ne pouvait pas deviner le cours des évènements. Ce serait pourtant bien plus facile ! Le prince avait cependant raison. Privé de la magie de Thranduil, les elfes des bois étaient vulnérables. Ils n'avaient pour se défense que leur art de la guerre, là où Fondcombe et la Lothlorien s'appuyaient sur les anneaux elfiques. Legolas n'avait pas hérité de la magie de la forêt car il n'en était pas encore le maître. Sans compter que malgré leur victoire de la matinée, les orques étaient loin d'être anéantis.

Les sentinelles elfiques postées aux quatre coins du royaume, les messages commençaient à affluer au palais. Tous évoquaient des masses d'orques qui se regroupaient dans la plaine, en dehors de leurs frontières. Alors qu'il s'était fait discrets depuis sa victoire à Dale, Azog était de retour.

« Appelez les éclaireurs ! ordonna finalement Legolas. Si je ne peux voir de mes propres yeux ce qui se passe au sud, d'autres iront ! Vous avez raison sur un point : qui que soit celui qui a tué ces orques, il sera un atout. Et si cela peut me permettre de mettre en sécurité des survivants de mon peuple, alors je n'ai pas le droit de ne pas essayer ! »

Six elfes pénétrèrent dans le bureau improvisé du prince. Legolas les étudia quelques secondes, pesant le pour et le contre car aller au sud alors que l'endroit était infesté d'orques présentait de nombreux risques. Il se pouvait bien que les six elfes soient envoyés à leur mort.

« Je vais vous confier une mission dangereuse et je vous laisse la possibilité de la refuser, commença Legolas. Des rumeurs disent qu'au sud de la Forêt, près de la citadelle de Dol Guldur, certains survivants de Dale sont poursuivis par Bolg lui-même. Ce petit groupe aurait vaincu à lui seul de nombreux orques.

— Nous ignorons qui précisément compose ce groupe mais il s'agit clairement de quelqu'un d'important et aucun survivant de Lac-Ville n'a assez d'expérience pour venir à bout d'un aussi grand nombre d'orques, ajouta Gandalf en bourrant sa pipe. Il se pourrait que ce soit les héritiers de Bard le Tueur de Dragon…ou peut-être Thranduil en personne mais rien ne permet de l'affirmer. Tout au plus savons nous qu'il y a au moins un elfe dans ce groupe. »

A la mention de leur roi, les six elfes se tendirent. Legolas comprit qu'aucun ne refuserait la mission qui leur était proposée et non imposée.

« Je souhaiterais que vous alliez voir, expliqua Legolas. Pour vous faufiler entre les lignes ennemies, vous devrez être seuls, vous aurez de meilleures chances. Les risques sont immenses ! Si cela tourne mal, personne ne pourra vous aider. Je souhaite que vous ne preniez aucun risque qui ne soit pas nécessaire. Le sang de notre peuple a assez coulé. Ceux qui partiront doivent revenir en vie. »

Un à un, les elfes s'engagèrent à y aller. Le prince sortit alors la carte de la forêt et indiqua les itinéraires, six différents dont deux passaient hors de leurs frontières pour longer la lisière des arbres.

Les éclaireurs partirent dans l'heure, tous chargés du strict nécessaire.


LOTRA : merci pour ton commentaire du chapitre précédent ! POur le travail, les premiers partiels sont au 18 novembre. Du coup, jusqu'au week-end prochain je ne sais pas si je pourrai poster. Je n'ai rien écrit depuis plus d'une semaine. Heureusement que j'avais de l'avance !

Pour répondre à tes questions, les combats ne m'intéressaient pas vraiment. D'autres seront décrits beaucoup plus en détail mais là, le principal était la réaction de Legolas, son devoir et sa frustration. J'espère que tu retrouvera cette impression dans ce chapitre ci.

Pour les tentes, c'était soit ça soit des trous mais cette hypothèse était trop longue (la bataille a lieu dans la plaine et en hiver donc pour creuser des trous dans une terre gelée...). L'avantage des tentes est de pouvoir les cacher du soleil et d'être facilement démontables. Pour les couturiers...les orques sont quand même habillés (un peu XD). Disons qu'ils les ont pillés quelque part !


Prochain chapitre : retour sur Elrond !

Chers lecteurs, n'oubliez pas de laisser un petit commentaire ! ça fait toujours plaisir (surtout en période de partiels XD).