Chapitre 10 : Attentat à la balle piégée.
Donc depuis quelques jours, la rumeur circulait que Henri ne pouvait pas être l'héritier de Serpentard, pasque il fallait que celui-ci soit un descendant digne de Serpentard, et donc un Serpentard. Oui, ça fait trois fois Serpentard dans la même phrase.
Enfin bon. Plusieurs élèves parmi les Serpentard avaient déjà été suspectés, mais en fait un nom ressortait bien plus souvent que les autres : celui de Louis Marie Aristide de Saint-Épignac de Malotru. Lui-même, quand on lui posait la question, laissait planer le doute, voire reconnaissait à demi-mot que, oui, c'était lui.
Rappelons que nous sommes dans un livre pour enfant, et que Marie de Malotru est l'éternel rival/ennemi de Henri. Donc forcément, Henri (tout comme Momo) est convaincu de la culpabilité de Marie de Malotru. Cette raclure se réjouit de tout ce qui peut nuire aux sangs impurs, les déteste depuis toujours, et paraît très content de l'ouverture de la chambre. En plus, il n'y a pas plus noble que lui, etc., etc. Ça ne fait pas de doute : un tel enculé est forcément coupable.
C'est dans ce contexte qu'on reprend notre histoire.
Hortense (oui, on l'a pas encore beaucoup vu dans ce deuxième tome, mais pas d'inquiétude à partir de maintenant elle entre de plein pied dans le scénario, et cette parenthèse est tellement longue qu'il va vous falloir retourner au début de la phase pour vérifier quel est le sujet avant de comprendre la suite) avait rejoint nos deux héros dans la salle commune. Ils étaient installés dans les vieux fauteuils en cuir au coin du feu, et faisait un concours du meilleur bruit de pet sous les aisselles (ils ont douze ans, pour rappel).
« Les gars, j'ai un plan, annonça Hortense en débarquant à l'improviste.
– Un plan pour quoi ? demanda Henri.
– Pour savoir qui est le véritable héritier de Serpentard.
– Et comment tu comptes t'y prendre ? demanda Momo.
– Pour l'instant, je préfère garder les détails pour moi. Mais j'ai besoin de vous : il me faut une autorisation écrite signée d'un professeur pour emprunter un livre dans la partie interdite de la bibliothèque. Le titre est Les recettes de potions illégales : comment les préparer en toute discrétion. »
Les deux garçons se jetèrent un regard. Quel était le meilleur choix de professeur pour aller quémander un truc aussi parfaitement suspect ?
« Tocard ! s'exclamèrent-ils de concert. »
Ils toquèrent à la porte du bureau de Tocard. Il leur ouvrit, en tenue de sport.
« Oh, bonjour les enfants. Henri, ça va ? Qu'est-ce qui t'amène ? Entre ! »
Il les fit entrer.
« Vous tombez bien, j'étais sur le point de partir. J'allais commencer mon entraînent de krav-maga, il faut encore que je rejoigne la Guinée Équatoriale. »
La pièce était remplie d'une bonne cinquantaine de portraits photo de lui. Sur chacun d'eux, il souriait avec toute la blancheur et l'éclat de ses dents, et surtout sur chacune d'elle il était en train d'étrangler ou de frapper une personne ou une créature monstrueuse.
« En fait, professeur, il fallait que je vous vois pour vous demander quelque chose.
– Bien sûr, tout ce que tu veux, Henri.
– Voilà, il me faudrait un livre de la bibliothèque, et comme il est dans la réserve, il me faudrait une signature et…
– N'en dit pas plus ! s'exclama Tocard. »
Il lui prit le papier des mains et signa la demande sans même la lire.
« Je suis toujours ravi de signer des autographes, ah ! ah ! dit-il en faisant un clin d'œil. Et tant que ça n'est pas sur un chèque, ça me va ! »
Ç'avait été plus facile encore que ce que Henri et Momo avait cru. Ils avaient préparés un speach pour justifier le titre du livre, à base de « faire un exposé », « purement théorique », « vous nous impressionnez tellement qu'on va travailler le plus possible et même hors programme » et autre connerie d'excuse que peuvent imaginer des enfants.
« Je sais que ton matche approche, Henri. Tu sais, je peux t'aider si tu as besoin de quelques conseils. »
En fait, Henri en aurait eu très besoin, puisqu'il ne savait pas même voler, la faute au scénariste qui a oublié. Et savoir voler n'était pas suffisant : il fallait en plus qu'il attrape le mou d'argent.
Tocard embraya sans lui laisser le temps de répondre.
« En effet, oui, j'ai moi-même joué à l'aéropolo étant plus jeune. J'ai été batteur de haut niveau dans l'équipe de Serdaigle, puis dans une équipe pro, avant d'arrêter pour se consacrer à l'éradication des créatures de la nuit. »
Il sortit alors un album photo où on le voyait faire des poses en tenue d'aéropolo, sur son balai ou à terre. Les poses étaient de plus en plus travaillées et mises en scène à mesure qu'il tournait les pages, et Henri sentait qu'elle devenait quelque peu… suggestives. D'ailleurs, page après page, il commençait à porter des tenues de plus en plus courtes et moulantes, puis à se dénuder sensuellement, puis finalement à poser nu (d'abord en cachant ses parties génitales, puis en montrant tout).
Henri se dit alors qu'une bonne partie des filles de l'école seraient prête à tuer pour voir cet album.
« J'étais très bon, vous savez. »
Tocard leur montra alors une de ces photos animées de thaumaturges (pardon, une courte vidéo) où on le voyait sur un balai, armé d'une hallebarde, décapitant un adversaire.
Le jour du match est arrivé. Par une pirouette scénaristique dont j'ai le secret, Henri est désormais un très bon joueur d'aéropolo.
Oui, alors c'est pas plus con que ce qu'on peut voir dans n'importe quel blockbuster.
Enfin bon. C'est un matche opposant Gryffondor et Serpentôt, les éternels rivaux.
Je ne vous rappelle pas les règles, vous les connaissez aussi bien que moi.
(C'est-à-dire de manière approximative.)
Les gradins sont pleins à craquer.
En gros, il faut imaginer sur chacun des grands côtés du terrain quatre tribunes destinées aux élèves, assez espacées. Chacune contient quatre rangées de dix places (soit l'équivalent d'un demi autocar de Chinois).
Puisque ça se passe dans les airs, ce sport, les tribunes sont sur pilotis à quinze mètres de haut. Pour monter, il y a des vieilles échelles branlantes simplement posées contre, et il manque pas mal de barreau.
Enfin, d'un des côtés, au centre des tribunes d'élèves, la tribune des professeurs. Avec domestiques et champagne.
Au milieu, de l'autre côté : la tribune présidentielle. Elle ne sert à rien puisque les thaumaturges n'ont pas de président de quoi que ce soit.
Au coup de cornemuse, le matche démarre (ça se passe en Écosse, rappelez-vous).
Tous les joueurs s'élèvent dans les airs. Les connards sont lâchés, puis le mou d'argent, et enfin on envoie aux joueurs les balles qui servent à marquer des points.
Armé d'une batte cloutée, Ibrahim se jette contre un adversaire, dans une parfaite maîtrise de la technique des « dents qui valsent ».
Zinedine, au poste de gardien, gueule des injures destinés à énerver les méchants.
Slimane, qui est sapeur, commence son tunnel en direction des poteaux adverses, avec dans l'optique de faire tomber celui de droite.
Enfin, Jamal est à l'attaque, au poste de poursuiveur. Attrapant une des balles lancées au départ du matche, il s'élance en slalomant. Il esquive un connard (pas le ballon, un batteur adverse), fait un piqué pour feinter Marc le capitaine des méchants, et accélère à fond en direction des buts.
Il est désormais seul : entre lui et les cages, il ne reste que le gardien.
Mais malheureusement, les Serpentard sont plus rapides avec leurs balais high-tech payés par l'argent sale du père de Marie de Malotru.
Voyant dans son rétroviseur un adversaire à ses trousses, Jamal freine brusquement et lui décoche un monstrueux coup de talon dans le pif. Il repart aussi tôt, et fait un tonneau pour éviter un autre joueur qui lui fonçait dessus par le côté.
Là, le lecteur se demande si c'est le terrain d'Olive et Tom, parce que normalement avec un balai volant Jamal a déjà parcouru trente kilomètres depuis le début de la narration.
Mais imaginez que tout ça se déroule très vite, parce qu'effectivement avec ces balais, ils parcourent le terrain à une vitesse de fou.
Bref. Jamal fonce vers le gardien, qui se met en position. Jamal attend le dernier moment, de peur de rater son tir ou de peur que le gardien n'ai le temps d'intercepter.
Heureusement, il a une ouverture : Ibrahim a balancé sa batte qui vient rebondir sur l'anneau de métal et rebondit en plein sur le dos du gardien Serpentard. Jamal profite de ce moment pour lancer la balle…
ET C'EST LE BUT !
La foule des Gryffondor hurle de joie, les Serpentard hurlent de colère, et quant aux autres ils sont étrangement contents (a priori, tout le monde déteste les Serpentard, donc les Poufsouffle et les Serdaigle sont contents par mesquinerie). En tout cas, c'est du délire dans les tribunes puisque tout le monde hurle en même temps. Un Gryffondor lance une ola, qui traverse tout le stade.
Mais au final on s'en fout. Les points ne sont même pas comptés puisque c'est le fait de ramasser le mou d'argent qui détermine la victoire. Les buts n'ont aucun intérêt.
Mais déjà le match a repris. Puisqu'il existe plusieurs ballons à marquer, un attaquant Serpentard est déjà en route vers les cages Gryffondor avant même le but de Jamal.
Mais soudain, une explosion retentit dans l'un des gradins, éparpillant une bonne partie des spectateurs présents, qui valdinguent hors de la tribune et s'écrasent au sol comme du caca.
Rapidement, le gradin atteint s'effondre sur lui-même, emportant avec lui tous les spectateurs qui n'avaient pas été expulsé de leur place par la détonation.
L'équipe médicale arrive rapidement sur place, et un premier bilan fait état de cinq morts et vingt blessés (dont cinq graves, dont je l'annonce d'ores et déjà un qui mourra peu après et deux qui resteront lourdement handicapés).
Henri est du nombre des blessés. Assez prêt à ce moment-là, il est soufflé par l'explosion et s'écrase au sol après une chute de trente mètre. Il s'est cassé le bassin.
Alors que l'équipe médicale s'occupe des victimes les plus gravement touchées, les professeurs se dirigent vers les blessés les moins graves.
Henri voit avec effroi Tocard arriver vers lui.
« Il va m'achever… » gémit-il avec résignation.
L'homme analyse la situation d'un air serein.
« Je vois ce que c'est, dit-il. Fracture du bassin. Je vais te ressouder ça un en rien de temps. »
Il fait quelques passes magiques au-dessus de Henri avec un air très concentré.
Henri pousse un hurlement en voyant le résultat : il a toujours aussi mal, mais Tocard a réussi à lui inverser le sens de pliure de ses genoux.
« Ah oui, quand même » lâche-t-il en se rendant compte de son erreur.
Henri s'évanouit.
L'attentat est rapidement revendiqué par un groupe extrémiste de Serpentard qui prône l'épuration de l'école et approuve l'ouverture de la salle de bain des secrets.
Il apparaît que l'explosion est due à un connard piégé. Selon les premiers éléments de l'enquête, il était destiné à l'équipe de Gryffondor, mais Ibrahim l'a renvoyé au hasard de l'autre côté du terrain (avec son pied lors d'une retournée acrobatique, puisqu'il n'avait plus sa batte) et il a donc explosé dans une des tribunes.
Pour une épuration, le résultat est finalement assez mitigé : sur les six morts (comme prévu, l'élève grièvement blessé est mort entre temps), il n'y en a que deux nés mou-du-genoux. Les autres sont pas vraiment de sang pur, mais ça fait quand même désordre.
À leur décharge, ils ont raté leur cible : à la base, ils voulaient s'en prendre à l'équipe de Gryffondor, qui sur onze joueurs compte Henri (à qui les Serpentard reprochent de s'être attribué mensongèrement l'ouverture de la chambre), quatre traîtres à leur sang (les quadruplés, dont le sang est pur mais qui ont l'audace d'être arabes), et plusieurs nés-mous-du-genou.
Évidemment, l'affaire est étouffée et il n'y a aucune arrestation.
Henri se réveilla à l'infirmerie, en raison d'une odeur extrêmement désagréable.
Lorsqu'il ouvrit les yeux, il avait face à lui un visage à la peau grumeleuse et aux yeux exorbités.
« Daubé ? s'écria Henri.
– Oui Monsieur ! s'exclama Henri. Daubé est content que vous souveniez de son nom ! Quelle joie !
– Qu'est-ce tu fous là ? demanda Henri.
– Daubé s'inquiète pour le grand Henri Potier, Monsieur. Il a appris qu'il avait été blessé.
– Ouais, enfin c'est surtout Tocard… Et après ?
– Daubé est inquiet : la salle de bain des secrets a été ouverte, comme il l'avait annoncé !
– Tu m'as rien annoncé : tu as juste dit qu'un truc grave allait se produire, sans précisions.
– Ah bon ? Daubé est confus. Mais Monsieur Henri Potier n'aurait pas dû venir à Poudlard. Daubé le lui avait demandé, et Daubé a tout tenté.
– C'était toi le coup du passage fermé à la gare ?
– Oui, c'était Daubé.
– Quel petit enculé tu fais ! C'est grave, ça, on a failli crever avec Momo ! hurla Henri. Quoi que le plus grave, reprit-il calmement, c'est sans doute le fait qu'un grouillot comme toi arrive à pirater un système de protection aussi important… C'est quand même naze.
– En tout cas, Henri Potier a encore failli mourir aujourd'hui. Il ne se rend pas compte comme c'est risqué de rester à Poudlard.
– Bon, mais qu'est-ce que tu sais sur la salle de bain des secrets ?
– Daubé ne sait pas grand-chose, alors il ne peut rien dire. Mais il sait que cela est très très dangereux.
– Et ta famille est impliquée, c'est ça ?
– Daubé ne peut rien dire, Monsieur.
– Évidemment que c'est ça, sinon tu serais pas au courant pour la salle de bain. Donc la famille à laquelle tu appartiens doit être impliquée jusqu'au cou dans cette histoire. Qui sont-ils ?
– Daubé ne peut rien dire, Monsieur. »
Daubé refusant de lui balancer un nom, Henri tenta alors une feinte : il balance quelques noms au hasard, que Daubé nie chaque fois.
« Malotru ? » demande-t-il enfin.
Là il y a un silence gêné, puis :
« Daubé ne peux rien dire, monsieur, annonça la créature d'un ton chagriné.
– Donc c'est bien ça ! »
La créature prit alors un air horrifié.
« Malheur ! Daubé a parlé, Daubé a trahi ses maître ! hurla-t-il d'une voix stridulante. »
Il poussa alors un long gémissement.
« Maintenant, Daubé va être obligé de s'infliger à lui-même le supplice du waterboarding ! »
Et il disparut d'un claquement de doigt.
Enfin, en vrai il claque des doigts et Henri le voit ensuite partir en courant.
En tout cas, Henri était très satisfait de lui. Sa piste de Marie de Malotru paraissait maintenant confirmée. C'est lui le connard responsable de l'ouverture de la salle de bain des secrets. C'est lui l'héritier.
À la fois parce qu'il est gentil et parce ça l'innocenterait complètement, Henri compte bien prouver que Malotru est responsable de tout ce foutoir. Le plan d'Hortense leur servira à récolter plus d'info.
L'infirmière arriva alors.
« Qu'est-ce que c'est que tout ce bruit ? demande-t-elle. J'ai encore plein de blessés à soigner, et j'ai besoin de silence. C'est une infirmerie, quand même. Avec qui discutais-tu ? Qui étais-là ?
– Personne, il n'y avait personne. Vous savez bien que je suis fou et que j'entends des voix. Je me parlais à moi-même, je me faisais la conversation. »
L'infirmière lui jeta un regard suspicieux.
Henri préférais passer un peu plus pour fou plutôt que d'évoquer Daubé.
L'infirmière profita d'être là pour regarder sous le drap l'état de ses jambes.
« Vous pouvez faire quelque chose ? demanda Henri, inquiet.
– Oui, répondit-elle. Pour la fracture du bassin, ce sera très simple : un verre de lait d'onocentaure et ça se consolidera. Pour tes genoux, par contre… ça va être coton. Je vais devoir te garder ici toute la nuit le temps que mon breuvage de réarticulation fasse effet. Tu préfères que ça tourne dans le sens horaire ou dans le sens anti-horaire ? »
Henri fut réveillé en pleine nuit par du bruit. Il put voir au travers d'une fente entre les rideaux que plusieurs professeurs étaient arrivés en portant quelque chose sur une civière. D'Outretombe les suivait d'un air grave.
« Madame Pommeblette, dit-il à l'infirmière. Il y a eu une autre attaque. Mais cette fois ci, ce n'est pas la chatte de Rusard qui en a fait les frais, c'est un élève. »
Elle souleva le drap, et Henri pu distinguer des morceaux de corps.
« Mais enfin Albus, je ne peux absolument rien faire : il est mort de chez mort…
– Oh, je sais bien ! Je voudrais juste que vous recousiez ce qu'il en reste pour le rendre à la famille en une seule fois. »
