Hello. Merci les reviews. Merci les lecteurs.
Comme je l'ai dit dans le précédent chapitre, on accélère un peu. Enjoy.
Chapitre 29
Un bip rageur me ramène à la réalité. Je soulève lentement mes paupières et je fixe sans comprendre le sol du vaisseau. Mon cerveau est embrumé. Tout est rouge. Rouge.
Je cligne des yeux et je réalise subitement qu'une mare de sang s'étend jusqu'à moi. La flaque est à moitié figée déjà, et sa couleur n'est plus si vive. D'où peut bien venir tout ce sang ?
Je ferme les yeux.
J'ai mal mais je ne sais pas où. Quelque part dans mon corps. Je me sens engourdie et mon esprit dérive à nouveau.
Ce bip. Ce n'est même pas un bip, plutôt une vibration grésillante, agressive, insistante. Au début, je n'y prête pas attention, mais peu à peu, elle commence à m'irriter. Finalement, sa persistance éveille une alarme incompréhensible dans les brumes de mon cerveau et ça m'empêche de me laisser aller comme j'en ai envie.
Je rouvre les yeux.
A mesure que je reprends conscience, la souffrance me déchire les entrailles et je m'aperçois qu'une humidité poisseuse a imprégné ma combinaison.
Je suis toujours recroquevillée sur le sol. J'examine ma main avec hésitation. Le bout de mes doigts est plein de sang qui coule paresseusement en sillons le long de mes phalanges. Mon regard flotte jusqu'à mon corps. Le sang imbibe presque tout le spandex de ma tenue. Le tissu bleu s'est assombri et il est légèrement rigide.
Ma gorge se noue tandis que l'évidence s'impose enfin à moi : c'est moi qui saigne.
La panique dissipe instantanément mon étourdissement et je me redresse avec précipitation pour m'assoir. Un spasme remonte aussitôt mon abdomen, se propage dans mes reins et me contraint à me tordre avec un gémissement de douleur.
Qu'est-ce qui m'arrive ? Je cherche instinctivement des yeux quelqu'un qui pourrait me venir en aide. Je me souviens alors que je suis seule ici. Le seul signe de vie autour de moi, c'est ce bip qui continue à brailler.
La transmission. On essaye de m'appeler. De l'aide.
Mes idées s'entrechoquent dans ma cervelle affolée. Je ne suis pas sûre de pouvoir me lever sans m'exposer à une abominable souffrance, alors je rampe péniblement à quatre pattes vers la console de contrôle et je tends le bras pour décrocher le combiné.
Immédiatement, la voix de Sadri se déverse en grésillements hurlants.
- Bordel de merde, qu'est-ce que tu fous ! T'es tarée ou quoi ? ça fait deux heures que tu flottes en vol stationnaire et tu as manqué le passage en mode accéléré ! Tu te fais les ongles ou quoi ? Bouge-toi !
Je n'enregistre pas tout ce qu'il dit. En réalité, j'écoute à peine. J'ai besoin d'aide. Il y a tellement de sang. J'arrive tout juste à parler et c'est pas facile de capter l'attention du saïyen. Il a l'air excédé et il hurle alors que ma voix n'est qu'un souffle.
- Sadri…
- Je savais qu'on pouvait pas faire confiance à une terrienne! Tu vas mettre les gaz, oui ou merde ?
- Sadri… j'ai… Il y a…
- Et maintenant, Végéta s'est aperçu que tu t'es fait la malle. Il va vouloir venir te récupérer dès qu'il aura compris où tu es, c'est ça que tu cherches ?
- Du sang partout… Je saigne… Il faut…
- On aura fait tout ça pour rien ! Tu sais ce que je risque ?
- UN MEDECIN !
J'ai réussi à hurler sous l'impulsion du désespoir. Cette fois-ci, il se tait et pendant un instant les ondes restent silencieuses. Je régule mon souffle haletant avant de poursuivre.
- Je… Je ne sais pas ce qui se passe… J'ai perdu conscience.
Ma voix n'est plus qu'un murmure. Je prends appui sur le rebord de la console et je me hisse avec peine sur mes pieds vacillants. Je garde une main plaquée sur mon abdomen douloureux.
- Il me faut un médecin.
Sadri ne répond pas. Il y a de la friture sur la connexion et je ne sais pas si c'est parce qu'il réfléchit ou parce que nous avons été coupés. Je consulte les données affichées sur les écrans. La communication a été interrompue. A-t-il pu entendre ce que j'ai expliqué ? Va-t-il faire quelque chose ?
Je n'ai pas le temps d'y réfléchir plus longtemps. Une crampe crispe mes muscles et je suis obligée de me laisser retomber assise sur le sol, recroquevillée sur mon ventre. Je serre les dents en cherchant à comprendre ce qui m'arrive. D'où vient le sang ? Je ne vois aucune blessure.
Il faut que je me déshabille pour examiner mon corps. Je me traine jusqu'à la cabine de toilette.
J'enlève laborieusement la combinaison. C'est lent et douloureux. Par endroit, le spandex est cartonné de sang séché, et la coupe de ma tenue est tellement près du corps qu'il me faut une certaine force pour m'en débarrasser. Je me sens terriblement faible.
Sous le tissu, il y a encore du sang. Il s'est infiltré partout et je passe sous la douche pour me laver et essayer d'y voir plus clair. La souffrance s'est atténuée. J'observe l'eau rosie qui s'évacue dans le siphon pendant un long moment. Mais même quand j'ai fini de frotter ma peau, le sang continue à s'écouler le long de mes jambes. Ça ressemble un peu à…
Je n'ose même pas formuler ma pensée entièrement, c'est comme si mon cœur s'arrêtait de battre.
Les tissus blancs que j'ai trouvés dans ma salle de bains et balancés par la fenêtre me reviennent en mémoire, plus immaculés que jamais. Ces conneries de tissus blancs dont je me demandais à quoi ils servaient. Des foutues serviettes hygiéniques à la con. Et j'en ai jamais eu besoin depuis que je suis arrivée sur Végitasei. J'en ai jamais eu besoin parce que j'étais enceinte.
Je suis obligée de plaquer une main sur ma bouche pour étouffer un cri d'effroi. Je suis en train de faire une fausse couche.
Je me laisse glisser le long du mur et je m'assois sur le sol, adossée à la paroi de la cabine de douche. Une fausse couche. Ce n'est pas que du sang que je perds. Je m'entends crier de rage et de frustration. Ça ne finira jamais ?
Et puis, subitement, je me tais. C'est comme si mon corps et mon esprit étaient recouverts d'une chape de plomb tout d'un coup. Le jet d'eau continue à couler et à m'éclabousser, et je reste là, hypnotisée par le filet de sang qui serpente jusqu'au siphon de la douche, dilué dans le ruissellement de l'eau.
Je suis si abattue. Je ne réfléchis même pas à ce que je vais faire maintenant, je n'envisage rien. Ni de reconnecter avec Végitasei, ni de remettre les gaz pour m'en éloigner le plus vite possible.
Mes pensées flottent et c'est comme si elles partaient avec le sang dans le siphon vers Dieu sait où. Tout mon esprit est anesthésié, et quoiqu'il arrive maintenant, je ne parviens pas à m'en soucier un instant.
J'ai à peine conscience d'un choc contre la carlingue, suivi d'un cliquetis. Une voix appelle mon nom. Je sais que c'est Végéta. Je m'en fous. Il parle avec quelqu'un puis se tait.
Des pas résonnent dans le cockpit et s'approchent de la salle de bains. La porte coulissante s'ouvre brutalement.
Ma réaction est instantanée et presque involontaire. Je me mets à hurler.
- Dégage ! Dégage ! Laisse-moi ! Va-t-en !
Je saisis la bouteille de savon et je la balance contre le mur. Elle le percute avec un son mat et un liquide poisseux gicle sur le carrelage. Il n'a même pas réussi à éclabousser Végéta. De toute façon, je n'ai pas réellement essayé de le viser, l'angle de tir ne m'aurait pas permis de l'atteindre, mais j'avais besoin de marquer ma fureur d'une manière ou d'une autre. Je veux qu'on me foute la paix. Je veux qu'il me laisse tranquille. Qu'il disparaisse. Non, en fait, je voudrais qu'il n'ait jamais existé…
Evidemment, ça ne sert à rien. Il ne bouge pas d'un cil. Qui se préoccupe de ce dont j'ai envie, au fait ?
J'ai ramené mes genoux contre mon corps et j'enfonce ma tête dans mes bras. Je laisse mes larmes s'écouler silencieusement. Je ne ressens même plus la douleur.
Je perçois ses pas jusqu'à l'entrée de douche. Il ne dit rien et il me regarde sûrement.
- Tu es blessée ? marmonne-t-il faiblement.
Sa question est presque timide, c'est bien la première fois que je sens une telle humilité dans son intonation. Je suis sûre que ce n'est pas ce qu'il avait projeté de me dire. Je suis sûr qu'il est arrivé ici furieux avec l'intention de brailler comme un putois. Comme d'habitude. Indigné qu'on ait pu remettre son autorité en question. Pour une fois, il est pris au dépourvu et ravale sa mauvaise humeur. Il a dû voir le sang dans le poste de pilotage. Peu importe. Je veux qu'il sorte.
Je relève mes yeux larmoyants vers lui. Il est mal à l'aise. Indécis sur le ton à adopter. Je lui réponds avec une brusquerie calculée.
- Je fais une fausse couche, tu veux les détails ?
Ses traits s'affaissent légèrement. Il a un mouvement de recul involontaire. J'ai l'impression qu'il va enfin me laisser mais non, il reste toujours figé là sans me lâcher des yeux. Il serre les dents.
Son regard navigue une fraction de seconde sur le mince ruisseau d'eau rougie qui continue à courir jusqu'à la bonde d'évacuation et il détourne aussitôt la tête.
- T'as besoin de quelque chose ? finit-il par demander.
- Qu'on me foute la paix.
Il comprend le message finalement et il quitte la pièce sans plus m'accorder un regard. J'entends la porte se refermer. Des voix discutent à l'extérieur.
J'ai froid mais ça m'indiffère. Je me sens tellement vide tout d'un coup. Je veux dire, au propre comme au figuré.
Je ne sais pas combien de temps, je reste prostrée dans cette douche, le regard dans le vague, incapable de penser, incapable de vouloir, incapable de bouger aussi.
Je n'ai plus mal. Le plus dur doit être passé. J'imagine. Pour ce que ça change, je pourrais aussi bien me vider de mon sang que ça ne me préoccuperait pas plus à cet instant.
Ma vie est comme un marais de sables mouvants, le plus je me débats, le plus je m'enfonce. Et de toute façon, à quoi bon s'agiter ? Quoique je fasse, je m'enfonce. Peut-être qu'il existe bien un destin. Peut-être que Bardock voit vraiment l'avenir parce qu'il est écrit à l'avance, peut-être que nous sommes tous profondément pathétiques de croire que nous menons notre barque nous-mêmes.
Il n'y a plus de bruit depuis un moment dans le cockpit. La porte coulissante s'ouvre à nouveau, doucement cette fois-ci. J'attends que quelqu'un entre mais il n'y a aucun mouvement.
- Tu as besoin d'un médecin ? demande la voix de Végéta.
- Je ne crois pas. J'en ai pas envie. J'ai besoin de vêtements propres.
Mes yeux sont toujours rivés au ruissellement fascinant de l'eau et je chuchote plus que je ne parle comme si j'étais sous l'emprise d'une hypnose.
Il a dû prévoir que je dirai ça parce qu'un paquet de linge atterrit sur le sol à quelques mètres de la douche.
Il n'ose même pas rentrer. Il reste à une distance prudente de tout ce sang, de cette situation embarrassante dans laquelle il est totalement impuissant, ce truc dont il aurait préféré certainement ne jamais entendre parler. Il ne comprend pas un instant que ce n'est pas juste du sang et de la douleur bien sûr, et il n'a aucune envie de comprendre.
Je sais ce qu'il pense, ce condensé de testostérone, les femmes sont faites pour ça comme les guerriers sont faits pour combattre. Ni l'un, ni l'autre n'a à se plaindre de son sang répandu, ni de sa souffrance.
Je ne lui en veux même pas. J'ai compris depuis longtemps que je ne peux pas attendre de lui qu'il raisonne autrement que comme un tordu de saïyen arrogant qu'il est.
Je finis par me lever et je coupe l'eau. Je redoute la douleur un instant mais elle est devenu honnêtement supportable. J'ai vu pire.
Je me sèche et je m'habille. Il est resté à l'extérieur de la salle de bains, adossé au mur à côté de la porte rouverte, et je ne vois qu'une partie de son dos et de ses cheveux. Apparemment, il n'y a plus personne d'autres que nous dans le vaisseau.
- Pourquoi tu t'es enfuie ? demande-t-il subitement.
Je pince les lèvres à cette question débile.
- Tu m'aurais jamais laissé partir.
- J'ai jamais pensé que c'était vraiment ce que tu voulais, marmonne-t-il avec irritation.
- Tu penses que ce qui t'arrange. Bien sûr, c'est ce que je voulais.
Ma réplique est cinglante et il ne répond pas tout de suite.
- J'ai pensé…
Il soupire sans finir sa phrase. Je préfère ne pas savoir ce qu'il a pensé de toute façon.
- Peu importe, je me suis trompé, conclut-il.
Alors qu'il prononce ses mots, j'ai fini de m'habiller et j'arrive juste à sa hauteur pour planter mes yeux dans les siens. Il est surpris que j'apparaisse déjà et son regard vacille sous le mien. Je ressens une certaine colère contre lui.
- Tu n'as pas besoin de moi, tu as toutes les femmes à ta botte ici, c'est bien ce que tu m'as dit ?
Il fronce les sourcils avec ennui.
- Non, c'est pas ce que je t'ai dit. Je t'ai dit qu'un Prince saïyen ne se contentait pas d'une seule femme. Tu n'as pas remarqué que je ne suis pas comme n'importe quel Prince saïyen ? grince-t-il, les dents serrées.
C'est à mon tour de froncer les sourcils. Essaye-t-il de me dire qu'il n'a en fait jamais été voir ailleurs ? Sûrement. Je sonde ses yeux pour tenter de décrypter la vérité, mais il détourne la tête.
- De toute façon, le cul ne m'a jamais passionné à ce point, marmonne-t-il.
Je souris tristement. Je ne peux pas m'empêcher de le croire. C'est peut-être stupide de ma part mais à bien y réfléchir, son obsession pour le combat et la violence est sûrement trop envahissante pour laisser trop de place au plaisir, quel qu'il soit. Sa jouissance personnelle, c'est de vaincre après un combat sanglant. Et son tempérament solitaire a dû le retenir de s'adonner au sexe plus que nécessaire parce que, d'une certaine façon, ça suppose de se livrer à un autre être vivant, et il a toujours eu horreur de ça.
Je pose ma main sur sa joue pour ramener son visage vers moi. Il se laisse faire, certainement parce que mon expression a dû se radoucir.
- Végéta… Je voudrais rester auprès de toi… Je ne peux pas…
Pourquoi ? Il pense la question sans la dire et je la lis dans son regard incrédule.
- Il y a… Trunks…
- Tu veux que je le fasse venir ici ? souffle-t-il.
Je pince les lèvres. Il serait prêt à ça ? Il en est évidemment hors de question pour le salut de cet enfant mais sa proposition me déstabilise plus que je ne le voudrais. Je n'aurais jamais cru qu'il irait jusque là. Je dépose doucement mes lèvres sur les siennes avant de répondre d'une voix tremblante.
- C'est moi que Bardock a vue… Mais si je reste à distance de toi, sa prémonition ne se réalisera peut-être pas.
Il se raidit.
- Je croyais que tu ne croyais pas aux visions de Bardock, objecte-t-il aussitôt.
- J'ai changé d'avis. Je préfère ne pas prendre le risque finalement et… de toute façon… Je ne peux pas rester sur Végitasei. Je n'ai pas ma place ici.
Il se rembrunit. Il ne répond rien. Ses prunelles sont plus noires noires que jamais. Il y a une forme de colère en lui mais il y a autre chose que je n'arrive pas à identifier. Pourtant, je sens qu'il renonce. Il lâche, il abandonne la lutte pour une fois. Il n'argumentera plus.
Je passe mes bras autour de lui et je le serre contre moi. Je m'imprègne de sa chaleur, de son odeur en sachant que cette fois-ci est la dernière fois. Je sais l'effort qu'il s'impose pour me laisser partir et il ne me le pardonnera pas, je sais qu'il ne tentera jamais de venir sur Terre pour me récupérer parce que son orgueil s'y opposera toujours.
Il vient de rompre mes chaînes une fois pour toute et il ne me retiendra plus, mais le prix à payer pour ça est de le perdre définitivement. C'est ce que je voulais depuis le départ mais étrangement, ça me paraît effrayant à cet instant. Comme si je ne savais plus comment continuer à vivre sans lui. Comme si je doutais de pouvoir y arriver toute seule.
Il ne bouge pas, il ne me rend pas mon étreinte, immobile et silencieux. Je soupçonne qu'il est en train de reconstituer sa carapace, cette indifférence imperturbable qu'il a autorisée à se fissurer pour moi. Il est certainement convaincu que ça n'aurait jamais dû arriver et il se reproche déjà sa faiblesse. Je le connais maintenant et ça me déchire de penser qu'il regrette de m'avoir croisée autant que j'aie pu le regretter moi-même.
Puis, après un moment, il me repousse et regagne la porte du vaisseau sans un mot. Il l'ouvre d'un geste vif et s'engouffre dans le sas d'accès à sa propre navette.
Il n'a pas un regard pour moi et je ne dis rien. Je n'ai rien à dire. J'ai déjà parlé, j'ai déjà tout expliqué. Il vaut mieux ravaler ces mots insensés qui me viennent à l'esprit sous le coup de l'émotion. Ils seraient forcément inutiles et douloureux.
Il reverrouille la porte derrière lui dans un claquement sec et j'entends le bruit assourdi de son pas déterminé qui s'éloigne. Le sas d'accès se désolidarise de mon vaisseau et le silence de l'espace retombe dans le cockpit.
C'est un silence terrible. Je suis à nouveau seule dans ma navette. J'essuie furtivement mes larmes et je me tourne vers le pare-brise qui m'offre le spectacle de la nuit infinie. A nouveau.
Bientôt chez moi. Je pense à mes parents, à Trunks, à mes amis, à Chichi et à Gohan. A Gokû. J'essaye de me raccrocher à n'importe quelle pensée positive qui puisse empêcher mes sanglots de rompre la barrière de ma gorge serrée.
Evidemment c'est peine perdue.
Malgré les spasmes de mon corps meurtri et de mon âme blessée, je me rassois au siège de pilotage. Je suis subitement prise d'un empressement à m'éloigner enfin de cette planète jaune, comme si je redoutais la tentation d'y retourner. La voir est insupportable, je dois partir maintenant. Maintenant ou jamais.
C'est une urgence inexplicable qui me tenaille et malgré les larmes qui brouillent ma vision et mon nez qui coule sans discontinuer, j'enclenche la manœuvre de mise en route des réacteurs.
Je sais que je ne peux plus passer en mode accéléré mais il faut au moins que cette foutue planète disparaisse des écrans.
C'est lent, mais je ne quitte pas la vitre des yeux tant que Végitasei reste en vue. Ça dure une éternité.
Enfin, c'est bientôt la nuit nue, mouchetée d'étoiles lointaines, qui me fait face.
Je ne sais pas combien de temps ce voyage va durer, certainement moins de temps qu'il ne m'en faudra pour oublier tout ça.
Je me sens incroyablement fatiguée. Sûrement à cause du sang que j'ai perdu mais aussi à cause de l'énergie qu'il m'a fallu pour laisser Végéta partir. Le ronronnement du vaisseau finit par me bercer et je m'endors doucement, hypnotisée par le spectacle monotone de l'espace froid.
Un écho métallique dans la carlingue me réveille en sursaut. J'ai encore les cils collés de larmes. Je pense aussitôt aux météorites. Je me rappelle le champ que nous avons traversé pour échapper à la horde et ça me crispe instantanément.
Je vérifie l'état de la navette et l'écran de contrôle m'indique effectivement un impact à l'arrière de l'appareil. Sur ce modèle d'éclaireur, les renseignements ne sont pas aussi précis que sur Bunny et je suis obligée d'aller me rendre compte.
Je me lève avec prudence mais je constate avec soulagement que mon ventre ne me fait plus aussi mal.
Par précaution, j'attrape le kit d'oxygénisation, je ne suis pas sûre de l'ampleur des dégâts et il pourrait y avoir une fuite dans la paroi de la navette. Comme Sadri me l'a expliqué, cet engin est un éclaireur furtif. Il est bon pour passer inaperçu et pour aller vite mais il est fragile.
Au moment où j'ai fini d'harnacher la bouteille d'oxygène sur mon dos, les néons de l'éclairage vacillent en grésillant et s'éteignent d'un coup. Je jure entre mes dents
Je sors une lampe torche du caisson d'urgence et je m'engage enfin vers l'arrière de l'appareil. J'emprunte le long couloir qui traverse le vaisseau d'avant en arrière. Il est saucissonné en sas hermétiques, précisément pour parer les problèmes liés aux fuites, et évidemment, il n'est percé d'aucun hublot. Du coup, sans l'éclairage des plafonniers, l'obscurité est quasiment totale. Seules, les veilleuses de secours jalonnent le sol et créent une faible lumière tamisée. Je ne distingue même pas le fond de l'étroit corridor.
Tandis que je m'avance d'un pas incertain, j'entends un craquement au bout du couloir et mon sang se fige. Une autre météorite ?
Je me suis immobilisée. Le halo tremblant de ma lampe balaye frénétiquement l'obscurité épaisse devant moi mais il n'y a rien. Je me sens mal à l'aise et je me sermonne intérieurement. Voyons… Seule. Au milieu de l'espace. Qu'est-ce qui peut arriver ? Je me crois dans un de ces stupides films d'horreur où une créature immonde passe son temps à bouffer tout ce qui lui tombe sous la tentacule, ou quoi?
Pourquoi pas ? Quelque chose d'irrationnel a éveillé ma méfiance et ma peur et je rebrousse chemin. Mes yeux flottent un instant sur le cockpit en quête d'un objet qui pourrait me servir d'armes. Je cherche un instant dans la pénombre. Subitement, un flash s'allume dans ma cervelle. Je glisse la main dans mon sac et j'en sors le revolver.
J'hésite un instant. Est-ce qu'il marche seulement ? Je pince les lèvres. C'est pas comme si j'avais le choix. De toute façon, c'est juste pour me rassurer, pas vrai ?
Au moment où je me retourne, la lampe dans une main, mon arme dans l'autre, un second craquement me fait sursauter. Cette fois, je n'ai pas le temps de me poser de question, l'écho d'un pas lourd remonte le couloir depuis l'arrière du vaisseau et jusqu'au cockpit.
Au même instant, des trépidations secouent le sol de la navette et je lâche la lampe torche avec un cri d'effroi. Je me retiens au mur avec panique pour éviter de perdre l'équilibre.
Une alarme sonore se déclenche depuis la console de contrôle.
J'essaye de l'ignorer pour écouter les pas qui se rapprochent de la porte d'accès et j'ajuste anxieusement ma prise sur la crosse du revolver.
La porte coulisse et dévoile une silhouette massive et effroyable de plus de deux mètres de haut. Je cligne des yeux en levant le canon timidement dans sa direction.
Un rire tonitruant accueille mon geste. Il retentit sinistrement dans tout l'appareil.
- Hey ! Jeece, je crois que j'ai trouvé ce qu'on cherche ! coasse une voix gutturale.
J'ai un mouvement de recul et je me retrouve acculée au mur tandis qu'un second pas se fait entendre derrière l'abominable intrus.
- Tant mieux, cette mission est terriblement ennuyeuse, je préférerais rentrer vite fait, réplique une autre voix.
Le colosse s'avance vers moi et la panique me prend. Les coups partent tout seul et je continue à appuyer fébrilement sur la gâchette bien après avoir vidé le barillet. Le cliquetis résonne dans le silence qui suit la rafale assourdissante.
J'ai fermé les yeux et j'ose à peine relever une paupière pour constater le résultat de ma pitoyable tentative de défense.
Le géant se tient toujours devant moi et contemple son abdomen d'un air surpris. Un homme étrange à la peau rouge et aux cheveux blancs surgit derrière lui.
- Qu'est-ce que tu fabriques, Barta ? maugrée t-il en jetant un coup d'œil agacé à son camarade.
Barta éclate à nouveau de rire et je réalise avec horreur que mes balles se sont fichées dans son armure. Elles retombent une à une sur le sol, définitivement inoffensives. Le nouvel arrivant observe la scène avec un léger étonnement.
- Elle essaye de se défendre, je crois, explique Barta avec un large sourire.
L'autre lève les yeux au ciel et se dirige aussitôt vers moi.
- J'ai autre chose à foutre que de m'amuser, râle t-il.
Je lâche un hurlement quand il m'attrape le bras. Il me le tord aussitôt dans le dos et me bâillonne brutalement de sa main.
- Ta gueule ! On est censé te ramener en bon état mais les plans peuvent changer alors commence pas à faire chier ! siffle-t-il à mon oreille.
Je hoche la tête docilement et il retire sa main de mes lèvres.
- Tu sais, Jeece, je crois qu'elle ne pourra pas sortir dans l'espace sans protection, marmonne Barta en me fixant avec ennui.
Jeece contient un soupir.
- C'est vrai ça ? grogne-t-il avec humeur en s'adressant à moi.
Je hoche la tête.
- Il… Il y a des comb… combinaisons dans le placard.
Je bégaye sous le coup de la stupeur et de l'effroi. Qui sont ces gens ? Ils ne sont pas saïyens. Ils ne sont pas humains. Ils sont… terrifiants et… Ils me cherchent ?
- Okay, soupire Jeece, grouille-toi d'en enfiler une. Dans 30 secondes, ton vaisseau aura disparu.
J'obéis sans demander mon reste. Je ne sais pas si ce qu'il dit au sujet du vaisseau est vrai mais je n'ai aucune envie de tenter ma chance. Pendant tout le temps où je me harnache dans le scaphandre, les deux intrus ne me lâchent pas des yeux, comme si je pouvais, ne serait-ce que formuler l'idée de m'enfuir ou de les attaquer. Barta tripote son monocle.
- T'as vu son potentiel de combat? marmonne-t-il à son acolyte, on nous avait dit qu'elle était inoffensive mais à ce point, c'est à pleurer.
- Mission de merde, siffle Jeece, je me demande pourquoi on nous a envoyé, nous.
- Je crois que le patron voulait des hommes de confiance, propose Barta avec incertitude.
- Crétin, crache Jeece avec humeur.
Il m'attrape à nouveau violemment le bras alors que j'ajuste la dernière attache.
- Allez, on y va, grince-t-il sans s'inquiéter de savoir si j'ai fini.
En un instant, un écran d'énergie se forme autour de nous. Il grossit à vue d'œil et à son contact, tout est pulvérisé comme du papier mâché. Des flammes commencent à surgir autour de nous et consument les parois de la navette jusqu'à ce qu'elles s'effilochent en poussière. C'est très étrange parce qu'à l'intérieur du halo d'énergie, et tant que je reste près de Jeece, je ne ressens aucune chaleur. Je suis complètement à l'abri. Je me rapproche imperceptiblement de lui, redoutant, dans un faux mouvement, d'être expulsée du cocon protecteur qu'il génère.
De son côté, tout comme nous, Barta est également englobé dans une sphère d'énergie. J'ai du mal à dompter ma panique de voir mon engin brûlé et réduit en poussière si rapidement et si facilement tout autour de moi. Très vite, nous sommes tous les trois au milieu de l'espace et les quelques débris qui restent de mon vaisseau dérivent lentement dans la nuit.
Mais mon attention est immédiatement détournée par le spectacle époustouflant qui s'offre à nous.. Devant nous, un énorme croiseur, un véritable monstre, flotte au milieu de l'immensité. Je n'ai jamais vu d'engins aussi invraisemblablement gigantesque. Je ne sais même pas comment c'est scientifiquement concevable. Les saïyens n'ont rien de comparables.
Le bâtiment est d'un blanc lumineux et il est si immense qu'il nous bouche la vue. Si je ne m'étais pas connement endormie, je l'aurais vu arriver à des centaines de kilomètres, sans aucun doute.
Je reste sans voix, tandis que Jeece impulse notre envol dans sa direction. Il n'a pas lâché mon bras et tripote maintenant son monocle.
- On revient avec notre chargement. Mission d'un ennui mortel mais accomplie. Ouvrez les sas, vous allez être déçus, les mecs, maugrée-t-il.
Barta qui vole à côte dé nous lui jette un coup d'œil avec un sourire malicieux.
Je suis tellement fascinée par le croiseur titanesque vers lequel nous nous dirigeons, que je ne résiste même pas quand nous accostons par une trappe. Nous passons plusieurs sas avant de déboucher dans une salle de pilotage.
Plusieurs êtres, tous aussi bizarres les uns que les autres, et tous vêtus de la même manière que mes ravisseurs, sont assis aux commandes. Dans un mouvement unanime, tous les regards se portent sur nous dès que nous pénétrons dans la pièce.
- Enlève ton truc, ordonne Jeece en me lâchant enfin le bras.
- Où on est ?
Je n'ai pas pu m'empêcher de poser la question, mais en guise de réponse, je ne reçois qu'un regard noir de mon agresseur.
- Sois pas trop pressée, terrienne, siffle-t-il.
- Les terriens sont vraiment si stupides ? murmure une voix quelque part dans la salle.
Sans comprendre pourquoi, je reçois plusieurs coups d'œil dédaigneux et réprobateurs. Peu à peu, l'attention oppressante des autres créatures se détourne de mois.
Quand je suis enfin débarrassée de mon scaphandre, Barta pose son énorme main sur mon épaule et me pousse pour que j'avance. Je n'ose pas résister. Devant moi, Jeece ouvre la marche avec indifférence.
La main pesante de Barta sur mon épaule suffit à me dissuader de tenter le moindre acte de rébellion. Je suis donc le mouvement sans un mot, laissant mes yeux naviguer sur le décor.
Les couloirs sont blancs, à l'image du vaisseau, et ça donne des allures d'hôpital à l'ensemble. Mais je me rends compte que c'est très judicieux comme choix de couleur parce que l'endroit est bien plus lumineux pour la même consommation d'énergie que les couloirs des croiseurs saïyens.
On croise tout un tas de créature bizarres, toutes revêtues de cette tenue étrange, aux épaulettes démesurément pointues qui créent des silhouettes intimidantes. Tout le long du couloir un tapis violet aux allures veloutées étouffe le bruit de nos pas.
Nous marchons longtemps. Je ne suis pas très étonnée, la taille de ce vaisseau est si impressionnante qu'il doit y avoir des kilomètres de couloirs et je m'étonne que Jeece et Barta ne se perdent pas dans ce dédale.
Je suis toujours sur le qui-vive mais plus aussi terrifiée que quand j'ai découvert Barta sur le seuil de la porte. Tout juste inquiète. Après tout, mon escorte ne m'a fait aucun mal jusqu'à présent, j'ai même pas eu droit à un coup. Les saïyens, pour leur part, ne se comportent pas aussi bien. Et puis je me souviens que Jeece a dit qu'ils devaient me ramener saine et sauve.
Je ne sais pas où je suis, ni ce qu'on attend de moi, mais jusqu'à présent, on ne me veut pas de mal et je me décontracte légèrement. Oui, probablement qu'on en me veut pas de mal, pour changer.
Enfin, nous paraissons arriver à destination et nous pénétrons dans une salle circulaire entièrement vitrée, surplombée par un trône colossal dressé en son centre. Mon regard se pose instinctivement sur son occupant et à cet instant précis, ma panique endormie se réveille, plus vive que jamais. Mon sang se glace.
Je n'ai jamais vu Freezer mais je sais que c'est lui. Tout s'emboite en une fraction de seconde. Le vaisseau. Le Pawa dont Végéta a déjà parlé. Ce gros lézard n'est jamais chez lui, il est toujours sur son vaisseau. C'est son Palais.
La main de Barta est obligée de me pousser un peu pour que je continue à marcher jusqu'à arriver au pied des trois marches qui nous séparent du trône. Je ne lâche pas Freezer des yeux, prise de fascination et d'horreur pour ses lèvres pourpres et son crâne volumineux orné de corne.
Quand la main de Barta me force à m'agenouiller, je ne résiste pas mais je ne parviens pas à baisser la tête. Les yeux mi-clos du lézard nous considèrent avec nonchalance, tous les trois agenouillés au pied de son trône. Puis, peu à peu, ses lèvres s'étirent dans un sourire glaçant.
- Tiens, tiens, siffle-t-il, la voilà donc…
Sa voix me fait tressaillir. Elle est étrangement douce et caressante mais elle a quelque chose de profondément inquiétant. Il fait un signe de main pour nous faire relever. Jeece et Barta s'exécutent aussitôt en me tirant pour m'entrainer dans leur mouvement.
- Ça n'a pas été compliqué, le saïyen avait dit juste, annonce Jeece.
Freezer hoche lentement la tête.
- Oui, quand on sait bien s'y prendre, il arrive toujours un moment où le mensonge n'est plus une option, conclut-il sans me lâcher des yeux.
Un frisson me parcourt. Je détaille furtivement les lieux. Quelques soldats sont installés à une console de contrôle dans un coin mais à part eux, nous sommes seuls avec le lézard.
Sans que je m'y attende, il se lève et descend les quelques marches qui nous séparent. Je n'arrive pas à contrôler la terreur qui s'empare de moi et je recule aussitôt. Je bute sur Barta qui me retient sans peine en appliquant à nouveau sa main sur mon épaule. Je ne suis pas sûre de savoir lequel des deux je préfère, du lézard qui s'avance vers moi ou du mur du briques qui me coupe toute retraite.
- N'aie pas peur, susurre Freezer, je ne suis pas une brute de saïyen.
- Qu'est-ce… Qu'est-ce que vous me voulez ?
- C'est toi que Bardock dit avoir vue, n'est-ce pas ? demande-t-il d'une voix malicieuse.
- Non ! C'est une erreur, il l'a dit lui-même !
J'ai presque crié ma réponse dans mon affolement.
- Tss… Vraiment ? C'est étrange, j'ai eu d'autres échos… Mais on s'en fout, de toute façon, il n'y a que les saïyens pour croire ce que raconte ce fou de Bardock, hein ?
En parlant, il passe sa main dans mes cheveux et ça ne me ferait pas pire effet si c'était un serpent qui s'y était glissé. Je contiens un cri d'horreur et je me contente de fermer les yeux pour mieux contrôler mes nerfs. Sa peau est bizarre, tiède et lisse et je ne peux empêcher des frissons insupportables de m'assaillir.
- Elle est vraiment laide, conclut Freezer, et ridiculement faible. Je suis vraiment étonné que Végéta puisse lui porter un quelconque intérêt.
- Pourtant, c'est elle, Seigneur, tous les renseignements correspondent, affirme Barta de sa voix gutturale.
Les battements de mon cœur résonnent jusque dans mes tympans en entendant le nom de Végéta. Freezer m'a-t-il fait chercher à cause de lui ?
La main de Freezer abandonne peu à peu mes cheveux pour glisser le long de mon cou. Je me mords les lèvres pour ne pas hurler. Je sens sa paume contourner ma clavicule et continuer sa route jusqu'à mes seins. Je vais vomir. Ou m'évanouir. Ou… Je sais pas, il va se passer quelque chose de terrible s'il ne s'éloigne pas de moi.
- Mammifère, annonce-t-il avec un soupir. Les saïyens sont des dégénérés de toute façon, que peut-on attendre d'eux et de leur Prince ? On verra bien… Il est toujours préférable d'avoir plusieurs cartes dans son jeu.
Au moment où je me sens définitivement à bout, il me lâche. Je rouvre les yeux. Sa face souriante est toujours devant moi.
- Emmenez-la maintenant, ordonne-t-il de sa voix sirupeuse, mais veillez à la garder en état de marche, hein ?
Il parle toujours de sa voix calme et douce mais, bizarrement, ses mots me paniquent plus que s'il venait d'ordonner mon exécution. Ses yeux perçants ne me lâchent pas et semblent se délecter de ma terreur quand Barta me tire en arrière pour m'entrainer vers la sortie.
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