EPILOGUE : Music (You!) Matters

Il n'y avait plus une page vierge dans le carnet de cuir usé que Sam tenait entre ses mains. Ils s'étaient rattaché si longtemps à ce journal dont Dean avait arraché les quelques pages où John avait griffonné des listes de course ou des numéros de téléphone qu'il était devenu comme un meuble familier, une petite extension d'eux qu'il fallait à présent remplacer.

« C'est comme s'il nous obligeait à admettre que maintenant, ce qu'on fait on le fait pour nous, pas pour le jeter à la figure de papa ou lui prouver quelque chose. Juste parce que c'est ce qu'on fait de mieux. »

Dean sourit.

« L'an dernier tu aurais dit qu'on le faisait parce qu'on ne savait rien faire d'autre. »

Sam posa le carnet sur le capot de la voiture où il s'était perché. La vieille Impala était remontée, presque refaite à neuf. Il ne lui manquait que la peinture. Il tapota la carrosserie du bout d'un ongle. « Manifestement on sait faire autre chose. Même des choses qui se voient moins que ce gros tas de boue ! »

« Hé ! Personne n'insulte Baby ! »

Sam sourit et désigna le carnet. « Alors on fait quoi ? On en rachète un autre ou on écrit sur les murs ? »

Ils choisirent le plus exubérant, le plus décadent des carnets qu'ils purent trouver. Une merveille à la couverture recouverte de velours bleu roi et d'arabesques rebrodées de fils dorés, avec un ruban de satin en guise de marque page et des marges ornées de minuscules fleurs. Sam en appréciait le coté tape à l'œil et Dean l'aimait parce qu'il le trouvait beau. Contrairement au carnet de cuir qui semblait être une extension de leur fratrie, ce carnet ci trouva sa place sur une table chez eux, à la portée de tous, ouvert à tous et très vite emplis d'autre chose que de chansons. Des accords de basse griffonnés en pied de page, des petits dessins et des listes de chose à faire entre deux couplets inachevés.

Et un dessin en première page. Un dessin autour duquel Charlie avait rajouté un nuage et Kevin un gribouillis qui devait être un chat. Deux carrés côte à côte représentant le sous sol et l'ensemble principal d'une maison.

« Là, un puits de lumière pour qu'on n'enregistre pas comme des vampires. Et plusieurs chambres disposées autour du salon. Charlie tu as le droit de peindre la tienne en violet ! » S'était enthousiasmé Dean en griffonnant. Deux traits pour figurer les fenêtres sur les murs, un arc de cercle pour les portes. Des lits dans chaque chambre avec des oreillers à pompons, une petite flèche indiquant l'emplacement des consoles de jeu, et un tapis bleu dans le salon pour qu'on repère Chevie quand elle dormirait dessus.

Une maison pour eux tous, peu importe où et peu importe quand. Une maison qu'ils appelleraient un foyer, entourés de ceux qu'ils s'étaient choisit pour les accompagner.

« Ajoute un garage. » Avait dit Castiel. « Un grand pour la moto de Dorothy et la Chevrolet. »

Dean avait ajouté une petite case et dessiné une voiture vue du dessus avec les phares allumés.

« Vous savez qu'on n'a pas les moyens ? » Avait pontifié Kevin.

Charlie avait éclaté de rire, s'attirant les regards perplexes de ses amis. « Ce qui t'inquiète c'est l'argent et pas qu'on s'engueule tous et qu'on finisse par ne plus vouloir de cette maison ? »

« Si c'était comme ça que les choses devaient se faire, ça se serait déjà produit » Avait dit Dorothy. « Mets une deuxième salle de bains Dean, une seule c'est jamais suffisant. »

« L'argent on l'aura. » Répondit Dean en ajoutant un évier dans la deuxième salle de bain, le carnet perché sur ses genoux. « Les rêves c'est fait pour être réalisé. »

«When I felt like a useless candle,

you lit me up, gave my poor self a shot,

Being away from you is like being away from home

If I grew up that strong, it was thanks to you

I left away my hopes and dreams long ago

Now I Glow and love and give myselfa shot

it's worth fighting for

I'll give it a go »

##

Le salon de tatouage de Rufus avait fermé pour l'après midi. Non pas que les pièces sur lesquelles il travaillait soient grandes ou complexes, mais tatouer trois personnes à la fois nécessitait de ne pas être dérangé. D'autant plus si ces personnes avaient insisté pour avoir de la compagnie.

Charlie grinçait des dents, et il pouvait la sentir se crisper sous le dermographe.

« Ça fait mal putain ! » Grogna-t-elle en serrant compulsivement la main sur le bras de Sam. L'aiguille avait un bruit désagréable et lui donnait l'impression que quelqu'un la coupait avec un scalpel bouillant.

« Tu t'attendais quand même pas à ce que ça fasse du bien ? » Railla le batteur assis à côté d'elle. Il regardait Rufus travailler avec une attention qu'il n'avait jamais eue quand lui même était sous l'aiguille. Il suivait avec attention le fin tracé de l'encre noir sous la peau de son amie qui, peu à peu, dessinait une cible sous sa clavicule, entourant la cicatrice encore un peu rouge de la balle.

Sur le siège d'à côté, une petite blonde était en train de repasser avec précision les contours d'une pièce plus imposante sur le dos de Dean. Un grand cerf, les pattes plantées dans les fleurs de ses reins, le nez levé vers les lys sur son omoplate. Cette pièce là prendrait du temps, mais le chanteur n'était pas vraiment pressé. Il jouait aux échecs avec Kevin sur un plateau de voyage posé en équilibre sur les genoux du jeune homme.

Castiel massait son poignet fraîchement tatoué, enrubanné de cellophane.

Rufus termina son travail et essuya une dernière fois l'encre sur la peau de Charlie avant de lui improviser un pansement autour de l'épaule en lui débitant quelques consignes d'hygiène. Il ne s'inquiétait pas outre mesure, le tatouage était petit et il avait assez travaillé sur Sam et Dean pour savoir qu'ils pourraient, le cas échéant rappeler les consignes à la jeune femme. D'ordinaire, il ne posait pas de questions quand les clients ne lui parlaient pas spontanément de leur motif. Mais ce groupe là étaient devenu plus des amis que des clients ordinaires

« Pourquoi une cible ? »

Charlie porta la main à sa clavicule, n'y rencontrant que du plastique qu'elle se retint de froisser entre ses doigts. Elle haussa les épaules. « Parce que je crève de trouille que ça recommence, mais ça n'empêchera pas le pire de se produire, alors autant faire avec. Si quelqu'un veut me descendre, qu'il essaye, j'ai déjà survécu une fois après tout. »

« Personne n'essaiera de te descendre. » Dit Kevin en déplaçant son fou. « Vous êtes quasiment des symboles maintenant, ce serait idiot de s'en prendre à vous. »

« Dieu t'entende. » Soupira Dean. Il grimaça quand Rufus reprit le dermographe et commença à encrer une partie du poitrail du cerf le long de sa colonne vertébrale. Il enfouit sa tête entre ses poings serrés et ne remarqua pas le sourire de Castiel.

« You are the voices I hear in my head,

You are the reason I jump on the scene

You help me remember

for you what I do truly matters. »

##

L'intérieur de l'Impala sentait le vieux cuir et la peinture. Sam s'y assit en se sentant curieusement déplacé, comme si plus rien n'avait la bonne taille. Il n'avait probablement pas grandi depuis la dernière fois qu'il s'était glissé dans ce siège mais peut être ses souvenirs étaient ils un peu étriqués. Devant eux, Dorothy attachait soigneusement le casque de Castiel avant de s'installer sur sa moto toute neuve.

« Tu as intérêt à conduire prudemment ! » Grogna Dean par la fenêtre.

« Jamais ! » S'amusa la jeune femme avant de mettre les gaz. Sam sourit en voyant la moto s'élancer dans le faible trafic matinal de Los Angeles. Castiel avait tenu à se rendre à Coachella avec Dorothy pour étrenner la moto qui avait coûté à la jeune femme toute sa prime de fin de tournée.

Dean démarra la voiture et chacun des quatre occupants poussa un soupir de soulagement en entendant le moteur ronronner bien que le fait qu'elle ait quitté son garage prouvait déjà qu'elle roulait. Fut un temps, les deux frères auraient été relégués sur la banquette arrière pendant que leur père conduisait. Fut un temps, ils auraient entassé guitare et batterie à l'arrière pour se rendre de ville en ville. Désormais, Sam était à la place du mort et Kevin et Charlie se disputaient sur la banquette arrière au son d'une vieille cassette d'AC/DC.

« On va à Coachella . » S'émerveilla Kevin en regardant le paysage changer lentement, les immeubles et les embouteillages cédant tranquillement place à une autoroute qui traversait le paysage désertique. Les collines au loin semblaient ne jamais bouger comme un mauvais décor de cinéma. « J'arrive pas vraiment à y croire. »

« Tu y croiras quand ils commenceront à nous jeter des pierres. » Ronchonna Charlie. Le festival l'angoissait. Il angoissait également Dorothy, et elles avaient passé plusieurs soirées à s'inquiéter mutuellement de tout ce qui pourrait mal tourner, imaginant d'impossibles scénarios qui leur faisaient faire des cauchemars dont elles se réveillaient tremblantes et glacées de sueur plusieurs heures après.

« Personne ne nous jettera de pierres ! » Fit Sam. « Si la programmation du festival nous a acceptés c'est pour une bonne raison ! »

« Ouais parce que Crowley leur a graissé la patte ! » Grommela la bassiste.

« Et parce que « Cain » est numéro un des charts depuis trois semaines ! »

«Crowley ne peut pas avoir payé tout ce monde. » Ajouta Dean en souriant. « Ça va bien se passer. »

Ils comprenaient tous la peur de leur amie, ils la partageaient. Et plus les kilomètres défilaient, les rapprochant du festival, plus ils sentaient leurs estomacs se nouer. Ils n'étaient pas des têtes d'affiche et leur prestation était prévue tôt dans l'après midi. Pour Dean ça signifiait que la foule ne serait pas que des visages dans l'ombre à peine visibles dans les éclairages colorés. Il verrait leurs yeux, leurs mains, leurs vêtements. Qui que soient les spectateurs ils seraient plus réels et plus anonymes que des fans rencontrés dans la rue ou après un concert. John ne pourrait pas être dans la foule. Mais il savait que tout quatre le chercheraient, par réflexe, ou juste pour se rassurer.

Lui, chercherait Castiel et Dorothy qu'il ne verrait sans doute pas. Ils seraient loin de la foule pour ne pas être trop reconnus ou importunés. Mais l'idée de leur présence avait quelque chose de rassurant, comme si de savoir qu'il avait des amis dans la foule pouvait aider le chanteur à évacuer la boule de stress qui lui fit rater la sortie après Palm Springs.

Ils atteignirent l'entrée des artistes, loin de la foule et se firent attacher leurs bracelets. Charlie peinait à juguler l'angoisse qui la secouait par vagues. Elle avait la gorge sèche et l'impression de ne pas pouvoir respirer. Kevin lui serrait la main très fort derrière la scène. Elle avait refusé de manger ou de boire quoi que ce soit.

« Bon sang c'est difficile ! » Grogna-t-elle en penchant la tête pour regarder la foule par delà la scène

« Si ça te semble facile, c'est généralement qu'il y a un truc que tu fais mal. » Répondit Dean. Elle sourit.

« C'est Cas qui t'a appris ça ? »

« Rhonda Hurley en fait. » La corrigea-t-il. « Cas est fourni avec un manuel d'instructions et une carte routière. »

« Pas de pilote automatique? »

« Je le passe en mode manuel la plupart du temps. »

La bassiste éclata de rire. Un long rire qui venait du fond d'un endroit que la peur et la fatigue n'avaient pas encore atteint et qui finit par les atteindre tout les quatre. Pendant un instant, elle s'inquiéta que le public les entende. L'instant d'après elle s'en fichait. L'instant suivant, Dean la tirait par la main l'entraînant vers la scène.

Ce n'était pas facile, c'était terrifiant. Mais c'était la bonne chose à faire.

« You might feel like a broken candle

but I will light you up

and give you a shot

for as long as we all remember

that music can really matter »

Les peluches étaient interdites sur le festival et naturellement elle avait obtenu la permission d'en disperser plusieurs sur la scène. C'était une blague qui n'amusait plus personne à part elle depuis longtemps, mais le serpent orange qui lui tirait la langue depuis sa place sur le pied de micro de Dean la rassura étrangement. Sam lui tira le bras en s'installant derrière sa batterie et lui montra quelque chose du bout de sa baguette. Un tout petit piège à rêves accroché à l'un des pieds de cymbale. Charlie sentit des larmes d'angoisse et de soulagement lui monter aux yeux. Elle pouvait imaginer Dorothy remettant l'objet qu'elle avait sûrement confectionné elle même à Madison, et la jeune femme l'accrocher soigneusement là où elle savait que le groupe le remarquerait comme un signe qu'elle pensait à eux.

Soudain, les cris et les applaudissements semblèrent moins violents à ses oreilles. Le nœud dans son ventre se desserra un tout petit peu, juste assez pour qu'elle prenne une grande inspiration et qu'elle adresse un remerciement silencieux au ciel pour ce petit répit. Soudain, le festival lui sembla aussi amical que les années où elle y traînait ses bottes en spectatrice. Elle se saisit de sa basse verte et passa le strap par dessus son épaule. Sous son t-shirt, elle effleura sa cicatrice et le tatouage qui l'entourait du bout des doigts.

« Tu as survécu, tu peux le faire. » Se dit elle à mi voix.

Il y avait un éléphant en peluche sur la grosse caisse et Sam le mit par terre devant la batterie avant de s'asseoir à sa place. D'où il était, il ne voyait que les têtes des spectateurs et eut un coup au cœur. Ils étaient nombreux. Jeunes. Joyeux. La plupart avaient déjà pris un coup de soleil sur le bout du nez. Lui qui s'était souvent moqué des artistes qui discouraient sans fin sur leurs fans et à quel point ils étaient importants prit soudain conscience qu'aussi idiot que le discours puisse paraître, il était vrai. Ces gens les avaient mené là aujourd'hui, et ils étaient là pour partager avec eux quelque chose qu'ils trouvaient important. Et lui, Sam, leur devait au moins de se donner autant qu'il le pouvait. A s'en faire saigner les mains. De toute façon, il ne concevait pas autrement l'album qu'ils présentaient pour la première fois au public.

Le son était incroyablement bon pour un espace ouvert. Kevin ne se souvenait pas d'avoir été plus stressé dans sa vie. Il ne se souvenait pas avoir un jour tenu son archet si fort qu'il lui tremblait dans la main. Et il ne se souvenait pas non plus avoir jamais ressenti une telle émotion qu'en entendant leur musique se mêler aux bruits de l'immense foule du festival, aux sons distants des autres scènes et à la pulsation folle de son propre sang à ses oreilles. Il se plongea entièrement dans une étrange transe dont il n'avait pas envie de sortir, et les chansons s'enchaînèrent comme s'il avait réellement fait ça toute sa vie. Ou comme s'il était destiné à ne plus jamais rien faire d'autre.

La musique imposait son rythme et ses mouvements à Dean qui courait d'un bout à l'autre de la scène. Il aurait du avoir le souffle court mais il chantait toujours, exhortant la foule à faire de même et jouissant du pouvoir qu'il avait de les faire sauter sur place et reprendre avec lui des paroles qui sortaient du fond d'eux tous. Il eut la vague vision de lui même, des années plus tôt, jouant pour un public indifférent dans un vieux bar. Il n'était plus la même personne, et il se surprit à se demander qui il serait d'ici plusieurs années ? Mais pour l'instant, ça n'avait pas d'importance.

« Il faut que vous sachiez » Dit le chanteur en souriant à la foule « qu'on déteste tous cette chanson tellement on l'a entendue... Si vous ne savez pas ce qu'il s'est passé l'an dernier, ça va vous paraître stupide, mais les autres... je suppose que vous comprendrez pourquoi il fallait qu'on la fasse aujourd'hui. »

« Et on est vraiment désolés du dérangement ! » Cria Charlie qui venait de se saisir du micro.

Sans avoir à regarder, Castiel sut que tout les yeux venaient de se braquer sur lui. A présent son visage était presque aussi connu que celui de Dean. Castiel n'avait jamais retiré la photo de son compagnon nu qui trônait au dessus du téléphone de l'entrée de son appartement, et pour se venger, Dean avait fait encadrer un agrandissement d'une photo de Castiel à la Gay Pride et l'avait accroché dans son salon.

Charlie l'avait tweeté et depuis ils recevaient chaque jour des photos du même agrandissement encadré dans les salons des fans.

Les gens autour de lui savaient. Il n'était plus un anonyme dans la foule. Il était l'amant de Dean Winchester. Il était celui qui avait vaincu un cancer, l'homophobie et une famille abusive. L'homme au vieux trench coat traînant un jean plus usé encore pour se rendre backstage et embrasser la personne qu'il aimait à la fin du concert. Désormais tout le monde le savait.

Il ne regarda personne, sourit, et cacha son visage derrière son appareil photo, zoomant sur la scène tandis que Dean continuait de parler.

« Il m'a sauvé, et je suis certain qu'il peut sauver encore bien d'autre gens... »

Le violoncelle de Kevin entama les premières notes de « my heart will go on » et Castiel explosa de rire, seul dans son coin de la foule. A présent , tout le monde savait combien de fois il avait vu ce film et combien de fois il avait forcé le groupe à le regarder avec lui. Les gens autour de lui souriaient tandis que les lumières devenaient vertes sur la scène.

Les paroles étaient niaises mais la voix de Dean les faisait paraître... vraies. C'était vrai qu'ils avanceraient encore et encore tant qu'ils pourraient s'appuyer l'un sur l'autre. Cela ne parlait pas que de Dean et lui, mais aussi de la relation entre le groupe et leurs fans.

Quand Dean chantait les yeux fermés, une main crispée sur le micro, ça semblait vrai que l'amour peut nous toucher une fois et ne jamais s'effacer. Personne à part eux ne connaissait la douceur de leur relation. Tout le monde était au courant des difficultés, mais l'amour infini qui les unissait, on ne pouvait le voir que très rarement, le peu de fois où ils s'autorisaient à se laisser aller en public.

Castiel avait baissé l'appareil photo. Il avait les yeux fixés sur Dean, l'esprit perdu dans la chanson et l'émotion du moment. Il essayait de graver chaque sensation dans sa mémoire. Le soleil sur ses épaules, la lumière, la foule qui chantonnait en chœur, et la fille à coté de lui qui disait à quelqu'un « J'aimerais que quelqu'un me regarde comme ça un jour. »

Il ignorait à quel point son visage reflétait l'adoration et la béatitude qu'il éprouvait en cet instant. Il ne sentait que les grosses larmes qui roulaient le long de ses joues alors qu'il n'était même pas triste, et leur goût salé. Comment une chanson aussi idiote, entendue autant de fois pouvait elle le faire frissonner tandis que les notes montaient encore et encore et que Dean se tenait de plus en plus droit pour forcer la musique hors de ses poumons ?

Comment cela pouvait il être aussi intime alors qu'ils étaient entourés de milliers de personnes ? Comment la batterie, le violoncelle et la basse pouvaient ils s'accorder si parfaitement à la voix de Dean que pendant un instant Castiel eut l'impression de ne même plus toucher le sol ?

Il ferma les yeux et murmura les dernières paroles en même temps que Dean et toute la foule. « You are safe in my heart and my heart will go on and on. »

Ca n'aurait pas pu être lus parfait si Crowley l'avait écrit. L'instant d'après, Castiel fut poussé, tiré sur la scène et serra Dean contre son cœur de toute sa force en le couvrant de mots d'amour qui résonnaient à travers le microphone. Peu importe que le monde entier le voie appeler Dean son amour et l'embrasser devant tout le monde et pleurer et …

Il s'en foutait.

Dean lui serra la main très fort, riva ses yeux dilatés par l'excitation aux siens et sourit : « Tu sautes, je saute ? »

Castiel hocha la tête. Ils sautèrent dans la foule.

Pas une seule main ne les laissa tomber.

C'était parfait.

« Give your art a shot

for someone out there it means a lot

don't let your dreams die and rot

yours are the faces I'll remember

everytime I might forget

that for someone out there

music really matters »

##

« Quand je serai grand je veux être comme toi ! »

Le gamin le regardait avec de grands yeux pleins d'admiration en serrant très fort son ticket du festival que Dean venait de signer. Le chanteur avait du s'agenouiller dans la terre sèche pour être à la hauteur de l'enfant et il sourit.

« Bonne idée petit pote. »

Il ne savait pas trop quoi dire d'autre et se surprit à penser à la discussion qu'il avait eut avec Castiel au sujet des enfants qu'ils n'auraient pas. Sans doute parce que le comptable se tenait à quelques pas de là. Qu'aurait il dit à ce gamin s'il s'était agit de son fils ? Ou de Sam ?

La réponse était si évidente qu'elle le fit sourire encore.

« Tu veux un conseil ? »

Le gosse hocha la tête fébrilement.

« Essaye d'être le meilleur possible à l'école. Moi j'y ai pas été beaucoup. Alors si tu es vraiment bon, tu pourras faire des chansons encore meilleures que les miennes. Et quand tu seras encore plus connu que moi, c'est moi qui viendrai te réclamer un autographe. »

Le petit garçon écarquilla les yeux et sa bouche s'entrouvrit dans une expression de joie que Dean avait rarement vue. Il hocha solennellement la tête.

« Promis. » Fit il en lui tendant une toute petite main que Dean serra en se sentant étrangement ému. Il regarda l'enfant partir accompagné de sa mère et sentit la main de Castiel se poser sur son épaule.

« Alors ? » Demanda le comptable. « Ça fait quoi d'être l'idole des petits garçons ? »

Dean leva la tête pour le regarder, le soleil le fit plisser les yeux mais il ne bougea pas.

« Ça fait que ça vaut vraiment le coup de se battre. »

Castiel lui serra l'épaule. Fort.

« Give yourself a shot

You are a melody

and you matter. »

FIN


Postnotes

J'ai passé tellement de temps, d'énergie et d'amour à écrire cette fic ces deux dernières années ( bon sang tant que ça?) que j'ai du mal à la terminer.

Je pourrais en dire tellement plus. Dire que Free Will ne sera jamais le plus grand groupe de rock du monde, mais aura grâce à leurs fans une longue et intéressante carrière. Je pourrais dire que Dean et Cas s'investiront pour la protection de l'enfance et tacheront d'être des modèles d'espoir pour tout ceux qu'ils croisent. Bien sur qu'ils resteront ensemble. Je pourrais raconter les conquêtes de Sam et comment il continuera à panser ses blessures à travers la musique. Je sais que Madison restera avec le groupe et ouvrira un blog de voyages rempli de ses expériences et des photos prises par Castiel. J'ignore si Dorothy et Charlie resteront ensemble plus de quelques années, mais je sais qu'elles seront toujours amies quand le fils de Kevin et Channing se découvrira une passion pour la peinture. Parce que oui, ces deux là finiront par se mettre ensemble !

Mais ça n'aurait aucun intérêt parce que toute l'histoire avait pour seul but d'amener les personnages où ils sont à présent. S'ils se sont (re)construits avec la musique, moi, je me suis un peu construite avec cette histoire, et maintenant qu'elle est finie, je constate à quel point elle parle de moi et de mes propres combats. C'est pour ça que, pour une fois, j'éprouve le besoin profond de vous remercier tous du fond du cœur de tout vos mots d'encouragements, et d'avoir parcouru cette histoire avec moi. C'est vraiment important !

Alors merci. Du fond de mon petit cœur, merci !