Crédits : les personnages, à quelques exceptions près, appartiennent à Maki Murakami, nous nous contentons simplement de les emprunter.

Merci à tous ceux et celles qui suivent cette histoire !


CHAPITRE XXIX

« Un juge acquitté. Si l'histoire est passée inaperçue dans la presse people, elle prend une tournure différente dans la sphère judiciaire. Le juge Asato Nakano, père d'Hiroshi Nakano, guitariste dans le groupe pop Bad Luck, a déclaré qu'il n'allait pas porter plainte pour diffamation contre la journaliste du magazine 8-teen : « Si mademoiselle Yamato avait fait correctement son métier – vérifier ses sources – elle aurait su, d'une part, que mon fils a quitté le lycée Tohoku suite à un accident de moto. Évidemment, le coma qui s'en est suivi est moins racoleur et glamour qu'une rixe. D'autre part, pour son incartade à Rakuhoru, le proviseur du lycée et le conseil de discipline ont appliqué une sanction aux deux parties en toute impartialité et sans intervention parentale. Enfin, pour cette histoire au café ******* d'autres témoins affirment qu'Hiroshi a juste effacé les photos, mais là encore, pas de sensationnel. Mon fils et moi sommes miséricordieux et nous abandonnons les poursuites pour diffamation. Nous apprécierions un professionnalisme plus accru de la part de mademoiselle Yamato – et de ses confrères – à l'avenir. » Le scandale se termine… »

Le jeune homme referma le journal en soupirant. Il s'était bien sûr douté qu'il y aurait des retombées mais pas à ce que Yamato « embellisse » ses révélations, et si les choses avaient failli très mal tourner, le tohu-bohu semblait être enfin dissipé.

« Ces torchons n'ont pas un budget pour les dommages et intérêts pour rien… grommela-t-il. Dommage qu'il ait laissé tomber les poursuites, avec l'argent il aurait pu s'acheter un appartement décent. »

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« Il parait qu'aujourd'hui il y a le casting pour le rôle de Kintaro dans les locaux. Tu crois qu'on pourrait y aller ? demanda Shuichi.

- Vu où on en est, je n'y crois pas. On a trop de retard. À cause de moi, soupira Hiroshi.

- Ce n'est pas comme si une certaine personne ne t'avait pas dénoncé, fit remarquer bien fort Shuichi pour que Suguru, un peu à l'écart, puisse l'entendre. Ça va avec ton père ?

- Il fait la gueule, comme d'habitude. D'ici le nouvel an, ça devrait se tasser. On a tout dit sur le sujet, tout le monde est au courant de ma vie à présent, c'est super.

- T'en fais pas, tout le monde va vite oublier. On va voir le casting ?

- Tu ne rentres pas chez toi ?

- Non. Yuki est absent et K a menacé de le tuer, le tuer, tu te rends compte ? si je l'accompagnais. Alors, pour sauver mon bien-aimé, je reste ici, à mourir doucement. »

Était-ce ça aussi, l'amour ? « Mourir » pour la personne qu'on aimait ? Même si Shuichi voyait toujours les choses en grand, son cœur battait réellement pour quelqu'un d'autre que lui.

« Tu n'as qu'à dormir à la maison, on se fera une de nos bonnes vieilles soirées. On prendra des pizzas et on regardera un film ou on jouera à la console.

- Non, répondit tout simplement Shuichi. Je ne peux pas dormir ailleurs que dans l'odeur de Yuki. »

Une image horrible s'imposa à Suguru et Hiroshi : Shuichi vautré dans les affaires sales de son amant comme s'il s'agissait d'un champ de fleurs. Sans se concerter, ils réprimèrent tous les deux un frisson et chassèrent cette idée répugnante de leur esprit.

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Autant décompresser et arrêter là pour aujourd'hui. Tout en reposant précautionneusement le shamisen sur son socle, il repensa à la conversation téléphonique qu'il avait eue quelques jours plus tôt avec Ayaka. Elle avait appelé suite à l'article paru dans 8-teen et lui avait appris une nouvelle : elle allait être maman. Sur le coup, cette annonce lui avait fait l'effet d'un coup de poing dans le ventre. Un autre homme avait la vie qu'il aurait dû avoir. Puis il avait su presque aussitôt que ce n'était pas de cette vie qu'il voulait. Pas comme ça, pas tout de suite. Il n'aurait pas pu abandonner son enfant lors des tournées, il en aurait eu le cœur brisé mais il n'aurait jamais pu l'emmener, ce n'était pas une vie. Ayaka l'avait quitté au bon moment. Une vie de couple n'était pas incompatible avec sa carrière : contre toute attente, Shuichi réussissait la sienne. Noriko avait mis sa carrière de côté pour avoir sa fille et maintenant qu'elle revenait, Saki allait à l'école. Lui n'aurait pas eu la volonté de mettre sa carrière entre parenthèses. Dans l'immédiat, il fallait se battre pour atteindre le sommet – ce qui semblait compromis avec le retour des Nittle Grasper… mais il aimait ça, et il en était davantage stimulé.

Enfin soulagé du poids de son ancienne relation avec Ayaka, il se demanda si la solution n'était pas de retenter avec les ex encombrants pour voir où il en était avec eux. Il avait été longtemps amoureux de Sobi, non ? Tous les deux avaient glissé dans une relation en pointillés, peut-être fallait-il recommencer ou… y mettre un terme pour de bon.

Il suivit son ami après un quasi inaudible au revoir au claviériste qui, lui aussi, aurait bien voulu assister au casting. Kintaro, le héros de leur album, c'était un peu lui après tout.

Malheureusement, quand les deux musiciens arrivèrent, les auditions étaient finies. Tant pis, ils verraient bien qui avait été retenu le moment venu.

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Hiroshi s'installa sur le tabouret que Sobi venait de tirer et lui tourna le dos. Il frémit quand son aîné l'embrassa au creux du cou avant de commencer à le peigner.

« Tu n'es pas obligé de me faire les pointes, je peux encore me payer le coiffeur.

- Je serai ton esclave chaque fois que nous passerons une nuit… et un matin comme ceux-là. »

Oui, ils avaient fait l'amour. L'initiative était venue du guitariste. Il avait voulu savoir ce qu'il ressentait exactement pour son ancien amant. Rien. Il n'avait rien ressenti. Enfin si. Du plaisir. Beaucoup de plaisir. Uniquement du plaisir. Il n'irait pas jusqu'à mourir pour lui. Il l'aimait comme il aimait Sakura : une forte amitié.

« Sobi… On ne doit plus le faire. Tu ne dois plus me charmer com…

- Te charmer ? Qui m'a allumé hier soir en se frottant lascivement contre mon…

- C'est bon, c'est bon, j'étais là, merci. Mais… mais en vérité, je… Je suis malheureux d'être seul. J'ai été trop longtemps emprisonné par ta présence et…

- Et quoi ? On ne doit plus se voir ? Cesse de bouger s'il te plaît, rétorqua Sobi, un brin agacé.

- Sobi… Tu m'as quitté il y a presque huit ans, tu m'as brisé le cœur et c'est trop tard pour nous deux maintenant. J'aurais toujours peur que tu me quittes du jour au lendemain, encore. Cette nuit… c'était la dernière fois. Et ce matin… un petit bonus », essaya de plaisanter Hiroshi.

Pendant un instant, on n'entendit plus dans la salle de bains que le bruit sec des ciseaux sur le velours des cheveux. Hiroshi attendit que son ami range les ciseaux et l'époussette puis il se leva et se retourna.

« Je t'aime. Tu es mon confident, celui qui sait tout de moi mais je t'aime différemment aujourd'hui. »

Il l'étreignit en enfouissant son visage dans la soyeuse chevelure noire. Elle portait toujours cette fragrance ambrée, tellement familière.

« Je ne te quitterai jamais même si… même si je rencontre quelqu'un. Toi aussi tu devrais… Laisse tomber monsieur I. ! Tu n'aurais pas de mal à trouver quelqu'un !

- Bien sûr que je n'aurais pas de mal, merci de me le dire. Monsieur I… Monsieur I. est un amant fabuleux, je n'ai aucune raison de ne plus le voir. Et puis nous sommes sur la même longueur d'onde : pas d'attache, hormis le sexe. »

Monsieur I. était un membre de la diète avec qui Sobi entretenait une liaison régulière depuis quelques années. Aucun risque qu'il s'en amourache : sa réputation et sa famille (une femme et deux enfants) ne devaient en aucun cas être entachées ce qui impliquait beaucoup de discrétion, au grand plaisir de Sobi qui adorait les intrigues.

Le jeune homme ramassa les mèches pendant qu'Hiroshi se mirait.

« Tu m'as fait un dégradé ? Merci !

- C'est léger. Pas de quoi s'affoler. »

Cependant, sa conscience le travaillait de plus en plus. Il devait se décharger du poids qui lui oppressait le cœur. Il avait trahi la seule personne qui l'aimait – et qu'il aimait – vraiment. Mais que se passerait-il après ? il y avait fort à parier qu'Hiroshi pardonnerait, mais si ce n'était pas le cas ? Il ne voulait pas le perdre.

« Tu sembles soucieux, constata le guitariste.

- C'est moi qui ai informé 8-teen.

- Quoi ?

- Je l'ai fait mais je ne pensais pas que cette imbécile de Yamato broderait des inepties pareilles. »

Hiroshi ne parvenait pas à y croire. De toutes les personnes de son entourage, jamais il n'aurait imaginé que la trahison vienne de Sobi, en qui il avait aveuglément confiance. Il était sonné, et furieux.

« Pourquoi tu as fait ça ? Pourquoi ? Réponds-moi !

- Du calme.

- Que je me calme ? Tout le monde est au courant pour mon coma, pour Rakuhoru, j'ai incendié Fujisaki et…

- Cesse donc de tout ramener à lui ! »

Le ton plus vif du jeune homme mit la puce à l'oreille d'Hiroshi. Ainsi, c'était ça !

« J'ai compris ! Tu voulais que je pense que c'était lui. Tu m'as manipulé ! Mais avec lui aussi c'est terminé !

- Ça c'est ce que tu crois. Tu t'évertues à chercher quelqu'un que tu as tous les jours sous le nez. Tu sais très bien que si tu étais resté à Kyoto, ça aurait marché entre vous deux.

- C'est faux ! Je ne supportais pas sa suffisance. Tôt ou tard j'aurais craqué. Et ne change pas de sujet ! Tu as vu la situation dans laquelle tu as mis mon père ? » Si Hiroshi avait espéré un quelconque repentir de la part de son ami, il en fut pour ses frais.

« Je sais bien. Mais avoue que ça te plaît.

- Non ça ne me plaît pas et tu sais pourquoi ? Parce que ça retombe sur moi ! Merde ! T'as vraiment été con sur ce coup-là. Moi, comme un imbécile, je viens de te dire que je te faisais confiance et toi… toi tu racontes tous mes petits secrets.

- Hiro-chan… »

Pour la première fois, la voix de Sobi trahissait de la panique mais il se ressaisit aussitôt.

« Hiro-chan, tu sais que je ne recommencerai pas. Je crois que j'ai compris que tu n'étais plus à moi.

- Je crois surtout que nous allons sur le champ chez Fujisaki et chez mon père présenter des excuses.

- Des excuses au puceau ? s'offusqua le jeune homme. Je préfère mourir.

- Si tu n'y vas pas, ce n'est pas pas par les cheveux que je t'y traînerai. »

Et il ne plaisantait pas. Résigné, Sobi soupira.

« Je les appelle, prépare-toi.

- Moi je suis prêt. Toi, en revanche, tu ferais mieux de mieux te changer pour faire passer la pilule à ton père. Sèche-toi les cheveux aussi, ça fait négligé, les cheveux mouillés. »

Le pire c'est qu'il n'avait pas tort aussi Hiroshi retourna-t-il dans la chambre qu'il avait occupée quelque temps, à son retour de Kyoto, et fouilla dans la garde-robe qu'il stockait ici. Il revint avec un kimono noir dans le dos duquel serpentait un ruisseau argenté.

« Très bon choix, le complimenta Sobi. C'est sobre et distingué, exactement ce qu'il convient pour ton père.

« Nous allons chez Fujisaki pour le café et chez mon père pour le thé. Je te conseille de te préparer à affronter Fujisaki, c'est un volcan ce garçon.

- Un volcan puceau, grommela Sobi. Tu crois qu'il entre souvent en éruption ? » ajouta-t-il, narquois, réussissant à arracher un sourire à son ami.

Dans le taxi, ils ne se parlèrent pas. Hiroshi était assez énervé. Il allait devoir présenter des excuses, encore. N'en finirait-il donc jamais avec tout ça ?

« Et ne parle pas tant que je ne te l'ai pas dit, intima-t-il alors que le véhicule se rangeait devant l'immeuble.

- Oui, papa. »

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À l'autre bout de l'interphone, Suguru essayait de contenir sa joie. Cet appel avait été trop inattendu pour qu'il le refuse, et pour une fois le ton n'avait pas été cassant. D'autre part, ni Shinichi, venu passer le week-end à Tokyo car il sentait bien que son ami s'y sentait isolé, ni lui n'avaient vraiment de projet pour cette froide journée hivernale. Le violoniste le regarda presque sautiller jusqu'à la porte pour ouvrir.

La surprise lui coupa la parole. Il ne s'était pas attendu à voir son ancien petit ami ainsi vêtu. La couleur du kimono faisait ressortir à merveille la flamboyance de sa chevelure nattée avec perfection, sans qu'un seul cheveu ne dépasse. Avant même qu'il puisse dire quelque chose, une voix familière lui hérissa les poils. Mizutani. Que faisait-il ici, celui-là ?

« Il est magnifique, n'est-ce pas monsieur Fujisaki ? C'est moi qui l'ai adonisé. Ah, attention à ne pas glisser sur votre bave tout à l'heure.

- Bonjour à vous aussi… monsieur Mizutani. Je vous en prie, entrez. »

Néanmoins, le jeune homme avait raison. L'habit ne faisait pas le moine mais Hiroshi produisait grande impression. D'où venait-il (ou où allait-il ?) ainsi vêtu ? Son regard suivit les méandres du ruisseau argenté brodé dans son dos jusqu'à sa chute de reins et il rosit imperceptiblement.

« Nous sommes désolés de vous déranger à l'improviste mais il s'agit d'une urgence, en quelque sorte. Bonjour monsieur Garai, salua Hiroshi. Je vous présente…

- Sobi Mizutani, l'interrompit le concerné en s'inclinant. Vous avez sans doute déjà entendu parler de moi. À propos de ce que l'on vous a dit, tout est vrai, dit-il avec un sourire charmeur. Je suis ravi de faire votre connaissance. »

Shinichi s'inclina à son tour en se remémorant tout ce que Suguru lui avait raconté de peu flatteur à son sujet.

« C'est pour vous monsieur Fujisaki, poursuivit Sobi en présentant une énorme boîte frappée du logo de la pâtisserie française Ladurée.

- Vous n'auriez pas dû… Merci », s'arracha le claviériste après un temps d'hésitation.

« Oh que si et tu n'as pas encore entendu son histoire », marmonna Hiroshi.

« C'est petit chez vous, comment vous débrouillez-vous pour dormir à deux ici ? Oups, j'ai peut-être mis le doigt où il ne fallait pas. D'habitude, je sais où il faut le mettre, ne vous méprenez pas, monsieur Garai », plaisanta Sobi, s'attirant un regard noir de la part de Nakano. Suguru ne releva pas et servit quatre cafés. La présence de ce pervers de Mizutani le contrariait mais l'intriguait aussi. Qu'allait-il encore se passer ?

« Entrons dans le vif du sujet. Je vous présente mes plus sincères excuses. Hiroshi s'est mépris sur l'identité de l'informateur de l'article de 8-teen.

- Je me suis mépris ? Tu me rejettes la faute dessus, en plus ? s'offusqua le guitariste.

- Hiro, ne fais pas l'enfant. Tu n'es pas très perspicace mais on t'aime quand même. »

Nakano serra les dents.

« D'accord, j'ai été maladroit dans mes propos et mademoiselle Yamato n'a pas tout saisi. »

Ce fut au tour de Suguru de prendre la mouche. Qu'était donc en train d'expliquer ce triste individu ? Qu'il avait sciemment délivré ce tombereau d'âneries à une pimbêche sans scrupules ? Et tout cela dans quel but ?

« Vous n'êtes qu'un escroc, monsieur Mizutani. C'est ma réputation que vous avez salie. Vous vous ennuyez à ce point, alors ? »

Sans qu'il s'en rende compte, son ton montait en même temps que sa colère. Il se releva, les deux mains plaquées sur la table.

« Qu'est-ce qui vous a pris ? Qu'est-ce que je vous ai fait pour être votre bouc émissaire ? Hein ? »

Shinichi posa sa main sur le bras de son ami :

« Calme-toi, Suguru. Monsieur Mizutani avait certainement de bonnes raisons et…

- Ne te laisse pas avoir par ce serpent ! Dès que tu auras le dos tourné, il te mordra. Et pas de remarque tendancieuse ! ajouta Suguru à l'attention de Sobi. Vous m'avez fait passer pour un traître ! Moi je règle mes problèmes comme un homme ! En face !

- Me proposez-vous un duel ? ironisa Mizutani.

- Prenez les choses au sérieux pour une fois ! Je travaille avec monsieur Nakano, je le vois tous les jours. Avez-vous une idée de ce que je vis depuis que cet article est paru ? Je suis un paria au sein du groupe. Déjà, Shindo ne m'aimait pas beaucoup mais là ils se sont ligués contre moi, et à cause de qui ? D'un minable escroc qui fait les choses en douce. Sortez de chez moi !

- Non. Nous allons finir cette conversation… en hommes.

- Pourquoi avez-vous fait ça ? insista Suguru durement. Et épargnez-moi vos œillades, ça ne marche pas. »

Sobi éprouva comme un malaise. Il s'était certes douté que des macarons, aussi chers soient-ils, ne feraient pas l'affaire mais il ne s'était pas attendu à cette fureur froide. L'image du volcan lui revint en mémoire. En fin de compte, Fujisaki avait peut-être mûri. Cependant, il ne savait pas quoi répondre. Lui dire la vérité lui crevait le cœur mais il lui fallait être sincère, pour une fois.

« Je suis vraiment désolé. Le but était bien sûr de vous rendre coupable. C'était très puéril et méchant de ma part, excusez-moi.

- Ça, je le sais. Ce que je ne sais pas c'est pourquoi.

- Parce que… Justement parce qu'Hiroshi passe beaucoup de temps avec vous, et quand il n'est pas avec vous, c'est encore de vous qu'il parle. »

Troublé, Suguru se rassit.

« Vous êtes… jaloux de moi ?

- Bien sûr que non ! Regardez-vous, avec vos cheveux en bataille et votre manque de goût vestimentaire évident ! »

En vainqueur, Suguru sourit et jugea bon de clore la discussion ici. Histoire de ne pas envenimer la situation, Hiroshi s'empressa à son tour de s'excuser.

« Je crois que je devrais écrire une chanson intitulée « Excuse-moi » ou le tatouer sur ma peau, conclut-il, essayant de plaisanter.

- Et moi, je crois que ces macarons sont délicieux ! C'est une attention charmante que vous avez eue là, monsieur Mizutani. Je me rappelle, quand je suis allé à Paris, en avoir ramenés à Suguru et il avait beaucoup aimé.

- Votre accent du Kansai me plaît beaucoup, c'est très musical ! complimenta Sobi sans la moindre trace de moquerie.

- Excusez-nous mais nous allons devoir vous quitter, le coupa Hiroshi.

- Je vais me faire gronder par son père, à présent. »

Voilà qui expliquait l'élégance de leur tenue. Suguru ne se rappelait pas des parents d'Hiroshi mais la presse avait dressé plusieurs tableaux du célèbre juge et tous se recoupaient en dépeignant Asato Nakano comme un homme intransigeant et dur.

Ils se levèrent, imités par Suguru et Shinichi.

« Je sais ! s'exclama Sobi sur le seuil de la porte. Et si nous partions tous les quatre en Hokkaido avant les fêtes ! À mes frais bien sûr. Cela nous permettrait de repartir sur de bonnes bases et de faire connaissance de façon plus approfondie, roucoula-t-il à l'adresse du violoniste.

- C'est que… je suis occupé, commença ce dernier.

- J'ai horreur de tenir la chandelle… enfin ça dépend celle de qui… mais venez également ! Je possède un chalet formidable avec tout le confort possible, ce serait dommage de s'en priver. Ne me laissez pas seul, ils vont parler musique et bien que j'adore cet art, je suis un profane et tout me paraît abscons. »

Hiroshi soupira. Voilà que son ami jouait la carte de la petite chose fragile.

« Euh, c'est que je suis violoniste alors…

- Dans ce cas, apportez votre instrument ! Vous décoderez pour moi. Et puis il faut être quatre pour jouer au Mah Jong.

- Excusez-nous mais nous devons vraiment y aller », insista Hiroshi en tirant son ami hors de l'appartement.

« Alors comme ça tu as un chalet en Hokkaido ? demanda-t-il une fois dans le taxi.

- Je suis sûr que ça ne posera pas de problème si je demande. »

L'entretien avec le père d'Hiroshi se déroula nettement mieux. Sobi expliqua qu'il s'était laissé aller à des confidences avec ce qu'il croyait être une jolie jeune fille innocente mais que celle-ci l'avait roulé en lui cachant sa profession. Assez étonnamment, le mensonge passa ; Asato Nakano appréciait beaucoup le jeune homme : beaucoup plus distingué que ses deux fils, il respectait pieusement les traditions et usait souvent d'un langage châtié. L'usage du chalet en Hokkaido ne fut qu'une formalité, comme Sobi l'avait prédit.

À suivre…