Hello chers lecteurs,
Je suis désolée pour l'attente de ce chapitre, j'espère qu'il en vaut la peine ;)
Merci pour vos reviews, je les adore!
Chapitre 29: C'est ce que font les grands frères
- Qu'il y a-t-il Potter ?
Harry fronça les sourcils, scrutant attentivement la fenêtre de la cuisine, de laquelle il n'apercevait que la route déserte et les maisons voisines, en tous points identiques à la celle de Snape. Il n'avait pourtant pas rêvé, il avait bien vu un chien noir, ce même chien qu'il avait déjà entraperçu à Privet Drive cet été.
- Je… j'ai cru voir quelque chose.
Comment l'animal pouvait-il se trouver ici ? Sans pouvoir se l'expliquer, il était absolument certain qu'il s'agissait du même.
Severus se leva et alla près de la fenêtre, il ne pouvait nier que le garçon avait vu quelque chose, son expression horrifiée avait parlée à sa place.
- Qu'avez-vous vu exactement ?
- Un gros chien noir, affirma Harry sans hésitation. J'ai eu l'impression qu'il me regardait.
Persuadé que Snape ne le croirait pas ou qu'il se moquerait de lui, il fut extrêmement surpris quand celui-ci le dévisagea gravement.
- Impossible, murmura le maitre des potions avant de sortir précipitamment de la cuisine.
Le Gryffondor tourna son regard vers Alice, qui à son grand étonnement, arborait une expression stupéfaite et semblait en profonde réflexion. Il eut la désagréable impression qu'une fois encore tout le monde savait ce qui se passait sauf lui.
- Qu'est-ce qui se passe ? lui demanda-t-il.
La petite fille leva les yeux vers lui mais ne prononça pas un mot, se contentant de l'observer avec perplexité. Il lui sembla qu'elle allait finalement parler quand Snape revint dans la cuisine, ses traits soucieux et songeurs.
- Etes-vous sûr de ce que vous avez vu Potter ?
Harry inclina la tête et le maitre des potions fronça les sourcils, avant de se rasseoir et de leur ordonner de finir leur assiette.
Personne ne prononça une parole pendant le reste du diner, ce qui frustra énormément le Gryffondor, qui avait déjà toutes les raisons d'être agacé ce jour-là.
A la fin du repas, Alice se leva de son propre accord, et débarrassa la table, disposant toute la vaisselle sale dans l'évier. Elle fit ensuite couler de l'eau chaude avant d'attraper une éponge et asperger le tout de détergeant.
Severus l'observa faire d'un air satisfait, légèrement amusé de voir qu'elle arrivait à peine à la hauteur du plan de travail et qu'elle devait se mettre sur la pointe des pieds pour atteindre les robinets. Il lui avait assigné cette corvée pour le restant des vacances en punition de lui avoir caché l'existence de la baguette ensorcelée. Même s'il était conscient de l'influence qu'avait eue cette étrange baguette sur sa volonté, elle n'avait pas été possédée, contrairement au Gryffondor, et aurait donc pu lui remettre à un moment donné. Cette affaire avait été alarmante en elle-même et voilà qu'à présent s'ajoutait l'éventualité que Sirius Black ait découvert l'endroit où se cachait Harry. Il ne pouvait pas y croire, sa maison de Spinner's End était protégée par d'excellentes barrières magiques et peu de personnes étaient au courant de son existence.
Soit c'était une coïncidence, à laquelle il ne croyait pas, soit quelqu'un avait révélé l'emplacement du Gryffondor à Black, et il devait parler à Albus de toute urgence. Mais d'abord, il souhaitait s'entretenir avec sa fille. Une fois qu'elle eut terminé, il la prit à part, ayant soin de vérifier que le garçon était bien remonté dans la chambre.
- As-tu aperçu Black ? demanda-t-il sans préambule.
- Non, mais je ne pense pas qu'Harry l'ait imaginé.
- Ce n'est pas mon avis non plus.
- Père, comment a-t-il fait pour venir jusqu'ici ?
- Je l'ignore, mais écoute-moi bien, fit-il sérieusement en se baissant pour être sa hauteur. Je vais m'absenter quelques minutes et je compte sur toi pour veiller sur Potter. C'est ta responsabilité de t'assurer que ni lui ni toi ne sortiez de la maison, tu as bien compris ?
- Oui, père.
- J'ai renforcé les protections, Black n'a aucune chance de passer la porte d'entrée. Soyez sages.
Alice acquiesça solennellement avant de le regarder disparaitre dans la cheminée. Elle prit ensuite la direction de sa chambre et grimpa l'escalier, ayant dans l'idée de ne pas informer Harry du départ de son père.
En pénétrant dans la pièce, elle pensait trouver le Gryffondor prêt à la questionner davantage sur l'incident concernant le chien. Néanmoins, elle fut accueillie par un regard froid et avisa un objet lisse dans les mains de celui-ci.
- Tiens, cracha Harry en lui jetant sa cape d'invisibilité. Essaye-là puisque tu en as tellement envie.
Alice baissa les yeux sur la singulière matière translucide, visiblement très intriguée, mais ne la prit pas.
- Je ne pensais pas qu'il réagirait comme ça, dit-elle.
Le Gryffondor allait lui demander si elle prenait pour un idiot mais se ravisa et afficha un air désabusé.
- Tu n'es vraiment qu'une hypocrite, lança-t-il en se glissant dans son lit et se retournant du côté du mur.
Pinçant les lèvres, la Serpentard demeura silencieuse durant quelques instants, alternant son regard entre la cape et Harry. Finalement elle prit une grande inspiration et articula doucement :
- Je suis désolée.
Un grognement sceptique lui répondit.
- Si tu l'es vraiment, va voir Snape et dis-lui la vérité.
A cela, il n'y eut pas de réponse et Harry se tourna pour voir Alice qui semblait examiner la question. Après quelques secondes cependant, elle hocha la tête.
- Non.
- Exactement ce que je pensais.
- Je ne vais tout de même pas gâcher mes efforts, fit-elle sur la défensive.
- Oui, ce serait tellement dommage, railla-t-il.
- Et puis, il doit s'en douter de toute façon, ajouta-t-elle.
Harry considéra sa réponse en fronçant les sourcils, indécis. Snape n'avait certainement pas prit le temps de lui demander sa version des faits et il devait avouer que ses actions précédentes n'avaient pas jouées en sa faveur. Mais l'homme aurait-il volontairement ignoré une partie de la vérité ? Il avait du mal à y croire.
- D'autre part, reprit celle-ci sans se préoccuper de ses réflexions intérieures, si je raconte ce qu'il s'est réellement passé, je devrais inévitablement parler de ta cape d'invisibilité, fit-elle en la ramassant.
Elle contempla l'objet avec admiration tandis qu'Harry scrutait ses moindres mouvements, comme craignant qu'elle ne l'abime.
- Ce serait tellement dommage, lança-t-elle en reprenant les mots du Gryffondor qui lui jeta un regard noir.
- Toi et Snape vous commencez vraiment à me taper sur le système ! s'écria-t-il en se levant.
- Je te rappelle que mon nom de famille est Snape à moi aussi.
- Et ben justement ! fit l'adolescent en lui lançant un regard furieux.
Ses mains tremblaient légèrement et sa respiration était haletante, signes que reconnus Alice comme étant un état de manque flagrant. Cela faisait un moment qu'Harry n'avait pas pris de potion calmante et les effets s'en faisaient visiblement ressentir.
- C'est décidé, je pars d'ici !
-Non ! s'écria Alice. Tu ne peux pas.
- C'est ce qu'on va voir, fit-il en sortant précipitamment de la chambre.
- Harry, attends !
Le Gryffondor ne prêta aucune attention à ses paroles et descendit l'escalier à toute vitesse, ayant l'intention de quitter au plus vite cette maison de fous.
- Petrificus Totalus ! lança la Serpentard, juste avant qu'il n'atteigne la porte d'entrée.
Un bruit sourd annonça la réussite du sortilège et elle observa l'adolescent s'écrouler au sol avant de se diriger vers lui pour vérifier qu'il allait bien.
- Je suis désolée Harry, mais père m'a chargé de veiller sur toi, et tu comprends que je ne pouvais pas te laisser sortir de la maison.
Un regard furieux lui répondit et Alice se sentit un peu coupable. Cependant, elle se contenta de s'installer sur le canapé et d'attendre le retour de son père, jouant machinalement avec sa baguette. Celui-ci revint peu de temps après, émergeant de la petite cheminée familiale, et avisa la scène devant ses yeux.
- Peux-tu m'expliquer pourquoi Mr Potter est pétrifié ? interrogea-t-il en levant un sourcil interrogateur vers Alice.
- C'est-à-dire qu'il voulait sortir de la maison, alors…
- Je vois.
Severus agita sa baguette pour annuler le sortilège et le Gryffondor se releva immédiatement, hors de lui.
- Tu vas me le payer, grinça-t-il en se précipitant sur Alice.
- Laisse-moi tranquille !
- Attends que je te fasse la même chose, fit-il sombrement en sortant sa baguette.
- Non, Potter vous n'allez certainement pas faire ça.
Un sortilège fusa de la baguette d'Harry mais la Serpentard l'évita sans difficulté, étant préparée à son attaque. Elle répliqua aussitôt mais son sort fut bloqué avant d'atteindre sa cible et elle sentit sa baguette lui échapper des mains.
- Assez ! s'écria le maitre des potions. Je ne veux plus vous entendre ni l'un ni l'autre.
Les deux étudiants se regardèrent avec animosité mais ne continuèrent pas leur dispute.
- Nous allons passer deux jours dans un appartement moldu au centre de Londres, j'ai prévu plusieurs doses de polynectar au cas où nous aurions à sortir.
- Mais est-ce que vous allez enfin m'expliquer ce qui se passe ici ? s'écria Harry. Depuis que j'ai vu ce chien, vous êtes tous les deux complètement parano et maintenant on s'en va soudainement sans aucune explication ? J'ai le droit d'en avoir une !
Severus considéra le garçon un instant, réfléchissant à la meilleure façon d'agir. Potter avait tendance à être excessivement curieux et à se mêler de beaucoup trop de choses, mais il devait admettre que cette fois il était directement concerné, et peut-être serait-il plus apte à lui faire confiance s'il lui confiait certains faits.
- Il y a des choses qu'il vaut mieux que vous ne sachiez pas pour votre propre bien.
- Je ne…
- Cependant, coupa le maitre des potions avec un regard entendu, je consens à vous révéler quelques brides d'information car je conçois qu'il puisse être frustrant pour vous d'être tenu à l'écart. Si le professeur Dumbledore ne juge pas utile de vous faire part de celles-ci, je crois a contrario que vous avez le droit de connaître une partie de la vérité.
Harry le fixa gravement, jaugeant s'il pouvait se fier à ses paroles.
- Ce que je vais vous dire va probablement vous… perturber. Mais j'ai de bonnes raisons de penser que Sirius Black est un animagus.
Il lança un regard significatif vers Alice, lui indiquant de ne pas intervenir.
- Comme le professeur McGonagall ?
- Précisément.
- Et de quel animal peut-il prendre la forme ? demanda-t-il anxieusement.
- Selon toute vraisemblance, un chien.
- Celui que j'ai vu, n'est-ce pas ?
- C'est une possibilité.
- Vous êtes en train de me dire que Sirius Black est là dehors à m'attendre ?!
A cette pensée, il n'en voulu plus tellement à la Serpentard de l'avoir empêché de sortir.
- Il est probable qu'il ne soit pas loin, c'est pourquoi nous changeons d'emplacement pour les prochains jours.
Harry se sentit tout-à-coup découragé et perdu, c'était à croire que peu importe où il allait, où il se cachait, le fugitif le retrouvait toujours. Il n'était en sécurité nulle part.
- Je vous suggère d'aller préparer vos affaires, reprit Snape. Et veillez à sélectionner des vêtements moldus.
Le Gryffondor acquiesça lentement et se rendit à l'étage, chaque marche émettant un léger craquement sous chacun de ses pas. En haut de l'escalier, il fixa quelques instants le couloir à l'aspect lugubre, songeant qu'il ne reviendrait peut-être jamais ici et cela lui était bien égal. Il poussa la porte de la chambre d'Alice – qui était accessoirement la sienne – et soupira avant de s'attaquer au rangement de sa malle. Il fit le tri parmi les vieux vêtements de Dudley, choisissant ceux qui n'étaient pas trop abîmés, mais le problème avec les plus neufs, c'était qu'ils étaient trop grands de cinq tailles au-dessus de la sienne. Il parvint à faire un tas de vêtements qu'il jugea à peu près présentables, espérant que Snape accepterait de les rétrécir pour lui.
Peu de temps après qu'il eut fini, celui-ci entra justement dans la pièce pour voir où il en était et aperçu sa sélection sur le lit.
- Qu'est-ce que c'est que ce tas de chiffon, Potter ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.
- Mes vêtements, fit Harry en haussant les épaules.
- Si vous vous croyez drôle, ce n'est pas le cas. Où sont vos vrais vêtements ?
- Ce sont ceux-là.
- Potter…
Le Gryffondor le regarda d'un air confus et Severus dut admettre qu'il semblait tout à fait sincère.
- Comment se fait-il que vous n'ayez rien de mieux que cette charpie ?
Le garçon haussa de nouveau les épaules, ne comprenant pas pourquoi Snape faisait toute une histoire à propos de ses vêtements.
- Et pourquoi ne sont-ils pas à votre taille ?
- Ils appartenaient à Dudley.
- Votre cousin je présume?
Harry hocha la tête et le maitre des potions considéra un instant le garçon devant lui. Se pouvait-il qu'il dise la vérité ?
- Où sont vos propres vêtements ?
- Je n'ai jamais eu d'autres habits que ceux dont Dudley ne voulaient plus.
Severus cacha soigneusement sa surprise – même s'il devait avouer que d'après ses propos précédents, il s'était plus ou moins attendu à cette réponse – et contempla cette éventualité improbable que le célèbre Harry Potter n'ait pas été aussi gâté qu'il l'aurait cru.
- Votre oncle et votre tante ont-ils des problèmes financiers ?
- Non, monsieur.
- Dans ce cas, pourquoi n'ont-ils jamais pris la peine de vous acheter des vêtements à votre taille ?
- Je vous l'ai dit professeur, ils ne se soucient pas de moi.
Il avait en effet mentionné cet état de fait, mais Severus ne l'avait pas réellement prit au sérieux jusqu'à présent, connaissant très bien la forte tendance qu'avaient les adolescents à tout dramatiser.
- Il n'est pas question que mon pupille ait l'air d'un vagabond, déclara-t-il. Nous irons vous acheter des vêtements convenables dès matin.
- Mais, monsieur, je n'ai pas d'argent moldu et…
- Ce n'est pas à vous de vous soucier de cela, je me chargerai de régler vos dépenses.
- Mais…
- Cela fait partie de mon rôle en tant que tuteur, vous êtes ma responsabilité dorénavant. Est-ce que c'est compris ?
- Oui, monsieur, acquiesça Harry, qui paraissait totalement dépassé par la situation.
- Qu'y a-t-il de si surprenant, Mr Potter ?
- Je ne pensais pas que vous feriez cela pour moi, admit-il.
- Et bien, vous vous trompiez, fit-il sèchement. Maintenant, finissez de préparer vos affaires, nous partons dans moins d'une heure.
Sur ce, il quitta la pièce, laissant un adolescent confus et perplexe sur le palier de la porte.
En redescendant au salon, il marcha jusqu'à sa fille, qui était plongée dans l'un de ses romans d'aventure préférés. L'héroïne était une sorcière pirate, capable de contrôler les océans et qui pourchassait sans fin un équipage de lutins voyageant sur un crabe géant, une histoire totalement ridicule mais qui semblait la passionner indéfiniment.
- Alice, appela-t-il pour attirer son attention.
- Oui, père ? fit-elle en détachant ses yeux du livre à contrecœur.
- Considérant la présente situation, et le fait que tu seras régulièrement amenée à côtoyer Potter dans le futur, j'aimerais établir clairement que je ne veux plus de disputes entre vous deux, fit-il sérieusement. J'en ai assez de vos chamailleries.
- Mais c'est lui qui…
- Est-ce que tu as compris ce que je viens de dire ? coupa-t-il en détachant chaque syllabe.
- Oui, père, marmonna Alice avec un air renfrogné.
- Je te préviens que si je vous surprends en train de vous disputer, vous serez punis tous les deux et je ne chercherai pas à savoir lequel a commencé. Maintenant, prépare-toi, nous allons bientôt partir.
La Serpentard ne fit pas de commentaire – bien que ce ne fut pas l'envie qui l'en manquait – et referma son livre avant de se rendre à sa chambre. Une fois sur le palier de la porte, elle s'arrêta en apercevant le Gryffondor. Si elle était honnête avec elle-même, elle appréciait la compagnie d'Harry, il était gentil – trop même – et ils avaient beaucoup de points communs. Il était un ami et elle savait qu'elle ne l'avait pas traité comme tel dernièrement, ce qui n'était pas juste pour lui.
-Harry ? fit-elle d'un ton hésitant.
- Qu'est-ce que tu veux ?
- Puisque l'on va passer nos vacances ensemble maintenant, je pensais que ce serait mieux si on faisait la paix.
- Je ne fais pas la paix avec une petite peste capricieuse qui me fait punir à tort.
Alice lui jeta un regard noir mais il n'en démordit pas. Il était hors de question qu'il se laisse marcher sur les pieds encore une fois.
- Admet-le ! Tu veux qu'on recommence à zéro, d'accord, montre-moi que tu es sincère.
Il y eut un long silence, et le Gryffondor crut qu'elle n'allait jamais répondre, quand finalement elle ouvrit la bouche pour parler.
- Je… oui, fit-elle en rougissant légèrement. Oui, c'est vrai.
Harry eut un petit sourire de triomphe et lui tendit la main en signe de trêve.
- Tu promets de faire des efforts ?
- D'accord, accepta-t-elle en la serrant dans la sienne.
- Et tu arrêtes de me faire du chantage.
Elle sourit à sa remarque, et songea que cela allait être une habitude difficile à perdre.
- Tu sais, je ne lui aurais jamais dit pour ta cape.
- Sérieusement ? douta Harry.
- Tu crois vraiment que j'aurais gâché l'opportunité de pouvoir l'utiliser ? railla Alice.
- J'imagine que ça n'aurait pas été très Serpentard de ta part, répondit-il sur le même ton.
Il faisait à présent très noir dehors et ils durent allumer des bougies supplémentaires pour atténuer la pénombre.
- Pourquoi vous n'utilisez pas l'électricité ? C'est une maison moldue non ?
Son interlocutrice tourna vers lui un regard perplexe, semblant ne pas comprendre la question.
- Pourquoi faire ?
Le Gryffondor allait répondre que cela serait sûrement plus pratique, avant de réaliser que la magie était souvent plus efficace – et plus simple – que la technologie moldue.
- Harry, mon père ne t'a pas réellement fait passer la nuit dehors l'autre jour, n'est-ce pas ?
Le Gryffondor soupira et hocha la tête.
- Non mais j'y suis resté une bonne demi-heure. Ce laps de temps passé, je pense qu'il a eu pitié de moi car il commençait à faire très froid.
- Et ensuite, qu'est-ce qu'il a fait ?
- J'ai eu droit à un sermon interminable.
- Et ?
- Il m'a envoyé me coucher.
- C'est tout ? s'écria Alice, abasourdie.
Harry lui lança un regard incertain, selon lui c'était déjà bien assez. Puis, il se souvint l'avoir croisée dans l'escalier juste après que Snape l'ait rappelé et se remémora son visage trempé de larmes.
- Ce n'est pas juste, fit-elle d'un ton boudeur.
- Considère qu'on est quittes.
- Cela n'a rien à voir.
Christmas choisit ce moment pour apparaître et miaula au pied du lit, ses grands yeux azurs fixant sa jeune maitresse. Celle-ci sourit immédiatement en le voyant et le prit dans ses bras pour le câliner, heureuse qu'il soit là pour la réconforter.
- C'est ton premier animal de compagnie ? demanda Harry.
- Oui, il est mignon, n'est-ce pas ?
Il acquiesça et songea avec amusement que c'était Snape qui avait choisi cet adorable petit chaton, la simple idée le faisait rire tant les deux n'allaient pas ensemble.
- J'ai eu ma chouette Hedwige pour mes onze ans. Hagrid me l'avait offerte, peu de temps après où j'ai découvert que j'étais un sorcier.
- Tu as dû avoir un sacré choc quand tu l'as appris, fit Alice, continuant de caresser son chaton.
- C'est surtout les Dursley qui ont eu du mal à l'accepter.
Un raclement de gorge se fit entendre à cet instant et tous deux levèrent les yeux vers la porte, apercevant le maitre des potions, qui était vêtu de son pardessus noir moldu.
- Nous partons, veuillez descendre.
Quitter Spinner's End se fit sans regret, comme aucun d'entre eux n'étaient particulièrement attachés à cet endroit. Ils voyagèrent par voie de cheminette, atterrissant dans un petit hall faiblement éclairé comportant deux autres cheminées et une porte d'entrée typiquement moldue, qui menait au hall principal de la gare londonienne de King's Cross.
- Inutile de vous rappeler de ne pas faire de référence concernant notre monde pendant le trajet jusqu'à notre appartement, articula Snape en époussetant son pardessus. Et tâchez de ne pas vous faire remarquer.
Ils franchirent la porte et une cacophonie se fit soudain entendre, un mélange de conversations confuses, de bruit de pas précipités, de roulements de chariots et valises, et autres bruits divers, produisant un bourdonnement incessant. La gare était bondée et Severus prit instinctivement la main de sa fille dans la sienne, qui le regarda d'un air surpris mais ne protesta pas.
- Ne vous éloignez pas Potter, nous en avons pour un peu plus d'une demi-heure de marche.
Ils sortirent hâtivement de la gare et traversèrent deux passages piétons pour atteindre la Gray's Inn Road, sur laquelle ils marchèrent pendant un long moment.
- Pas si vite père, Chris n'aime pas que son panier bouge trop.
Le maitre des potions s'arrêta et baissa les yeux sur la petite boite en osier qu'il avait métamorphosée à partir d'une chaise de cuisine, et qui servait pour le transport du chaton.
- Je ne crois pas que cela le dérange, son panier est anti-choc.
Ce n'était pas le mot qu'il aurait voulu employer mais dans une rue pleine de moldus, il ne pouvait pas faire référence aux sortilèges de protection qu'il avait appliqués sur l'objet.
- Oh, d'accord, accepta Alice.
- Je vais le tenir si tu veux, proposa Harry.
La Serpentard hésita un instant puis lui remis le petit animal avec un sourire de remerciement.
- Peut-on continuer maintenant ? grommela Severus.
Ils cheminèrent encore une dizaine de minutes, avant de tourner brusquement dans une ruelle sur la gauche. Snape leur indiqua un bâtiment aux murs sombres, tout à fait semblables à ceux qu'ils avaient croisés jusqu'ici. Il sortit une clé de sa poche et la tourna dans la serrure avant d'ouvrir la porte, qui produisit un léger grincement.
- A qui appartient cette maison, père ?
- Une connaissance d'Albus qui n'y habite que rarement.
L'appartement était ancien mais équipé à neuf et comportait une pièce à vivre de taille modeste mais confortable avec une fenêtre donnant sur la rue, d'où on pouvait apercevoir la coupole de la cathédrale Saint-Paul. Severus s'attela immédiatement à la création de barrières de protection autour de la maison et monta à l'étage.
- Les loyers ne doivent pas être donnés dans le quartier, fit remarquer le Gryffondor en posant le panier de Christmas sur une table. Le petit chaton en sortit et vint se frotter contre son bras en ronronnant.
- Nous avons une télé ! s'écria Alice, fascinée par l'écran. Est-ce que tu peux la faire fonctionner Harry ?
Tous deux furent bientôt installés sur le canapé en velours bleu, se prêtant tour à tour la télécommande. Le programme de la BBC1 se révéla bientôt aussi ennuyeux que celui d'ITV et ils eurent bien du mal à se mettre d'accord sur la chaîne à regarder.
- Je vous suggère d'aller choisir vos chambres, intervint le maitre des potions en revenant dans le salon.
- Nous avons notre propre chambre, père ? s'enthousiasma la plus jeune.
- En considérant le nombre de pièces de cet appartement, il serait difficile d'en être autrement.
Alice sourit et s'empressa d'aller visiter le reste de la maison, entraînant son ami au passage.
La demeure comportait trois étages, accessibles par un étroit escalier sinueux qui menait à différentes chambres et salles de bain, clairement peu utilisées.
- Je prends celle-ci, déclara la Serpentard, après avoir déniché une chambre au deuxième étage dont la tapisserie jaune et argent et le mobilier en bois clair dénotait les goûts raffinés de son ancienne résidente.
Christmas, qui l'avait suivie pendant toute l'exploration, miaula son approbation et tenta l'ascension du lit, sans grand succès. Alice le prit dans ses bras et le déposa avec douceur sur le duvet argenté.
- Toi aussi, tu l'aimes bien ? fit-elle en le caressant.
L'endroit était définitivement plus agréable que Spinner's End et elle espérait qu'ils resteraient ici jusqu'à la fin des vacances.
- Pas de chat sur le lit, gronda Severus en passant dans le couloir quelques instants plus tard. Potter, quelle chambre avez-vous choisi ?
- Celle-ci convient parfaitement, monsieur, répondit timidement l'adolescent en émergeant de la chambre attenante à celle d'Alice.
- Très bien, veillez à prendre votre potion calmante avant de vous coucher.
- Merci monsieur, dit-il en prenant la fiole qu'on lui tendait.
Severus hocha brièvement la tête et se rendit dans la pièce d'à côté, où sa fille – et son chat – étaient en train de jouer ensemble sur le lit.
- Père, regardez ce qu'il sait faire, s'écria-t-elle joyeusement. Chris, fais le mort.
Le chaton se laissa tomber sur le côté et atterrit doucement sur la couverture, immobile. Néanmoins, il se releva bientôt et sautilla jusqu'à sa propriétaire qui le félicita chaleureusement.
Le maitre des potions haussa un sourcil interrogateur devant la scène, se demandant quel genre de boule de poils il avait offert à sa fille. Apparemment pas un chat en tous cas.
- Il est doué, n'est-ce pas père ?
- Prépare-toi pour aller te coucher, s'il-te-plaît Alice.
- Déjà ?
- Nous avons une journée chargée demain.
Il sortit de sa poche un tout petit livre, qu'il agrandit à l'aide de sa baguette et le tendit à sa fille.
- Tu peux lire un peu avant si tu le souhaites, ma chambre est celle d'en face si tu as besoin de quelque chose.
Il décrocha Christmas de la couverture et le mit dans son panier au pied du lit, avant d'embrasser sa fille sur le front.
- Dors bien.
- Vous aussi, père.
A peine fut-il sorti de la chambre qu'Alice alla reprendre son chaton et l'installa confortablement avec elle sur son lit, rapidement récompensée par un profond ronronnement.
Une heure plus tard, la demeure devint totalement silencieuse, tous ses occupants plongés dans un profond sommeil.
Le calme de la nuit fut néanmoins troublé par un hurlement provenant de la chambre d'Harry, réveillant presque immédiatement les autres résidents de la maison. Le maitre des potions se leva en hâte, et se dirigea prudemment vers la source du bruit, sa main droite agrippant fermement sa baguette.
La porte de la chambre était entrouverte, et il jeta un rapide sortilège de détection de présence afin de vérifier qu'aucun intrus n'avait pénétré dans l'appartement à son insu – bien que les barrières de protection n'avaient rien détecté.
En entrant, il aperçut le garçon sur son lit, empêtré dans ses couvertures et tremblant de tous ses membres. Son front était trempé de sueur et sa respiration haletante.
Il s'avança doucement vers lui et l'appela, sans obtenir de réponse. Ses yeux étaient vitreux, comme s'il n'était qu'à moitié réveillé et il recula à son approche, effrayé.
- Potter… Harry. C'est le professeur Snape.
Le garçon donnait l'impression qu'il n'avait pas entendu ses paroles, alors il secoua doucement son épaule en l'appelant de nouveau.
- Non… s'il-vous-plaît, balbutia-t-il soudainement. Ne me faites pas de mal.
- Harry, tout va bien, rassura Severus. Tu es en sécurité ici.
Ses grands yeux vert émeraude vinrent fixer ceux du maitre des potions, qui pendant un instant demeura plongé dans ce regard familier, une douloureuse sensation au creux de l'estomac.
- J'ai peur, murmura l'adolescent d'une voix anxieuse.
- Personne ne peut te faire de mal ici, tu n'as aucune raison d'avoir peur.
Il y eut un silence et Severus observa son pupille reprendre lentement ses esprits. Quel qu'était le cauchemar qu'il avait fait, cela l'avait énormément secoué.
- Mais s'il vient ?
- Qui, Harry ?
- Vous m'aviez dit qu'il ne me retrouverait pas à Spinner's End, mais vous aviez tort...
- Je ne laisserai pas Black te faire du mal, tu as ma parole. Et je t'assure qu'il est très peu probable qu'il sache que nous sommes ici, seul le professeur Dumbledore est au courant de notre position actuelle.
Le Gryffondor ne sembla que peu rassuré par ses propos, mais ses tremblements diminuèrent sensiblement.
- Ça paraissait tellement réel, articula-t-il, d'un ton si bas que Severus dut se concentrer pour saisir ses paroles et étudia attentivement l'adolescent.
- Ton cauchemar ?
Harry hocha la tête et serra davantage ses doigts autour de ses draps, ses prunelles toujours remplies de frayeur.
- Je vais te chercher une potion, d'accord ?
- Non ! s'écria-t-il en agrippant sa manche Ne me laissez pas, s'il-vous-plaît.
Severus discerna la réelle terreur qui perçait dans sa voix et se demanda – et pas pour la première fois – de quoi Potter était si effrayé.
- Harry ? appela doucement la voix fluette d'Alice.
Elle se tenait sur le pas de la porte de la chambre, un air inquiet traversant son visage ensommeillé, Christmas serré dans ses bras. Sur un signe de son père, elle marcha jusqu'au lit où ils se trouvaient et leur jeta un regard interrogateur.
- Veille sur lui jusqu'à mon retour, fit le maitre des potions en détachant gentiment la main de son pupille.
- Tu as fait un mauvais rêve ? demanda-t-elle en prenant sa main, laissant Chris descendre sur le lit.
Voir son ami ainsi la mettait mal-à-l'aise, mais réconforter les autres n'avait jamais été son fort. Il serra sa main et le petit chaton vint se coller contre le bras du Gryffondor, comme sentant sa détresse.
Alice se souvint de ce jour, très récemment, où il l'avait consolée après un cauchemar – un mauvais souvenir pour être exact – et elle regretta de ne pas pouvoir faire la même chose pour lui.
- De quoi as-tu peur, Harry ?
- Voldemort… il les a tués.
La petite fille se retint de frissonner à l'évocation du mage noir et comprit ce qu'il voulait dire.
- Il était dans ton rêve ?
- Lui, mes parents…, chuchota-t-il, ses yeux humides.
Alice caressa sa main, se sentant extrêmement maladroite dans son geste. Elle ne pouvait qu'imaginer sa douleur, mais elle savait ce que c'était de se sentir seul.
- Ne pleure pas Harry, dit-elle paisiblement en essuyant ses joues, sur lesquelles quelques larmes avaient coulées.
- Tu as de la chance d'avoir ton père, d'avoir une famille…
A ces mots, la Serpentard demeura passive durant plusieurs secondes, visiblement plongée dans ses pensées. Puis, elle tourna son regard vers le garçon, une lueur pétillant dans ses prunelles sombres.
- Je peux le partager, tu sais.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Harry, tu fais partie de notre famille maintenant, fit-elle à voix basse. C'est un peu comme si j'étais ta petite sœur.
- Mais cela fait juste…
- Peu importe que ce soit récent, nous pouvons essayer de construire quelque chose ensemble.
- J'aimerais cela, sourit-il. Mais Voldemort et Sirius Black…
- Tu n'es pas tout seul, nous sommes là pour t'aider.
Et Harry était loin d'imaginer ce à quoi Alice faisait référence en disant cela.
- Je veux juste être normal, je ne veux pas être le héro que tout le monde croit que je suis.
- Et tu n'as pas à l'être, Harry, prononça Snape d'une voix solennelle.
Il était revenu depuis un moment, mais avait silencieusement écouté la conversation entre les deux étudiants.
- Mais Dumbledore a dit…
- Albus peut bien dire ce qu'il veut, protesta le maitre des potions. Je suis responsable de toi à présent et je ne te permettrai pas de mettre ta vie en danger de quelque façon que ce soit. Lily a donné sa vie pour que tu vives, ce n'est pas pour la gâcher bêtement.
Il y eut un silence, puis il sortit la potion qu'il était allé chercher et la lui fit boire. L'adolescent se sentit tout de suite mieux et le remercia. Cependant une question tournait à présent dans son esprit, mais il n'osait pas la poser.
- Oui, père la connaissait, répondit Alice, ayant deviné sa question. Ils étaient même amis.
Le visage impassible de Snape passa de l'étonnement à l'agacement en une fraction de seconde et il jeta un regard irrité à sa fille, qui se contenta de sourire, à peine embarrassée.
- C'est vrai ? demanda Harry.
- Oui, votre mère et moi étions amis d'enfance.
Le garçon mis un instant à assimiler cette information et alterna son regard entre les deux Serpentards.
- C'est pour ça que vous avez accepté d'être mon tuteur légal à la place des Dursley ?
- Oui, cela a contribué à ma décision.
Il hocha lentement la tête en compréhension et amena ses genoux contre sa poitrine, encore un peu perturbé par son cauchemar. Il avait envie de questionner Snape à propos de sa mère, mais il n'était pas sûr d'être prêt à entendre les réponses et surtout pas après un cauchemar la concernant.
- Pensez-vous pouvoir vous rendormir à présent ?
Un éclair de déception passa sur le visage de l'adolescent et Severus fronça les sourcils.
- Que se passe-t-il, Potter ?
L'intéressé secoua la tête et la reposa sur ses genoux, de nouveau renfermé sur lui-même. Le maitre des potions soupira intérieurement devant son attitude mais nota que le garçon ne semblait plus craintif comme il l'était quelques minutes auparavant. Il éprouvait de la difficulté à cerner son pupille mais commençait à distinguer un schéma répétitif dans son comportement, et si ses interprétations étaient correctes, les conclusions qu'il en tirait n'étaient pas plaisantes.
Sa fille était immanquablement affectée par sa tristesse, malgré leurs récentes disputes, mais ils s'étaient manifestement réconciliés.
- Chris peut rester avec toi si tu veux, offrit-elle.
Le chaton était blotti contre Harry et émit un petit miaulement en frottant sa tête contre sa jambe, semblant comprendre ce qu'on attendait de lui.
- Bien, annonça Snape. Alice, retourne te coucher, il est tard.
- Mais, Harry…
Elle jeta un regard désolé à son ami, qui la rassura en hochant la tête et elle sortit de la pièce.
- Si tu as besoin de quoi que ce soit, viens me voir, fit Severus, mal-à-l'aise.
- Merci, sourit le Gryffondor, qui lui, semblait s'être remis de ses émotions.
Le reste de la nuit se déroula sans autre évènement, et tous purent profiter de plusieurs heures de sommeil supplémentaires.
Severus attrapa la télécommande du maudit écran et appuya sur le bouton rouge plusieurs fois, avant de parvenir à éteindre la chose.
- Papa ! s'indigna Alice.
- Vous n'allez certainement pas passer votre journée devant la télé, gronda-t-il en se plantant devant le canapé où se trouvait les deux enfants dont il avait la charge.
- Mais c'était bien, protesta-t-elle.
- Je ne veux pas le savoir, et de toute façon nous avons des achats à effectuer. Vous avez tout deux grand besoin de vêtements moldus.
Il leur fit signe de se lever, ce qu'ils firent paresseusement – le sofa était des plus confortables – et après s'être assuré qu'ils portaient des vêtements suffisamment chauds pour la saison, ils sortirent tous trois dehors. L'air était doux pour un mois de décembre, mais un vent froid soufflait de temps à autre, rafraichissant l'atmosphère.
- Où va-t-on, monsieur ? demanda Harry, alors qu'ils prenaient une ruelle sur la droite.
- Oxford Street, répondit-il laconiquement.
Il n'était pas sûr que ce soit une bonne idée de se rendre dans cet endroit très fréquenté, particulièrement à cette période, mais Severus ne connaissait pas très bien le Londres moldu et il était certain de trouver ce qu'il cherchait là-bas. Il était très improbable qu'ils croisent d'autres sorciers en ce lieu et il n'avait, de ce fait, pas jugé nécessaire de boire le polynectar qu'il avait initialement préparé. Il ignorait pour combien de temps ils allaient en avoir, et la potion devant être bue toutes les heures, cela aurait été une contrainte de transporter trois flacons de potion.
- Alice, remets ton bonnet.
- Mais je n'ai pas froid, père…
Agacé, il le saisit et lui enfonça sur la tête avant qu'elle ait pu protester, ce qui lui valut un regard noir qu'il ignora totalement.
Harry de son côté, était fasciné par les vitrines des magasins, qui étaient décorées aux couleurs de Noël. Même s'il savait que rien de tout cela n'appartenait au monde sorcier, il ne pouvait s'empêcher de penser que l'ambiance était un peu magique.
Severus les fit entrer dans une grande boutique spécialisée dans les vêtements pour enfants et adolescents.
Plusieurs vendeurs vinrent à leur rencontre pour proposer leur aide et il laissa la liberté à sa fille de choisir ce qu'elle voulait tandis qu'il s'occupait de son pupille, qui était totalement perdu au milieu des tee-shirts et des chemises.
- Prends ce qui te plait, offrit-il. Six ou sept tenues devraient suffire.
Le garçon lui lança un regard incrédule, bouche bée, ressemblant à un poisson hors de l'eau.
- Mais… c'est trop, monsieur, balbutia-t-il.
- Nous allons régulièrement être amenés à venir dans le monde moldu, murmura-t-il discrètement. Il faut bien vous habiller, Potter.
Ils passèrent quarante bonnes minutes aux cabines d'essayages et Harry se surprit à apprécier l'expérience. Etonnement, Snape se révéla être un bon conseiller en matière de vêtements et ne semblait pas gêné de dépenser une petite fortune rien que pour lui. Alors qu'ils avaient presque terminé et se rendaient au rayon chaussures, il se sentit rempli de gratitude envers son tuteur.
- Personne n'avait jamais fait cela pour moi, monsieur. Merci.
Severus parvint à maintenir une expression neutre, mais sentit son estomac faire un flop, pour une raison qu'il ne saisissait pas réellement. Le garçon le regardait d'un air si reconnaissant qu'il ne sut comment gérer la situation et se racla la gorge.
- Je vous en prie, Potter.
Un vendeur vint vers eux à ce moment et informa Snape que sa fille avait besoin de son aide.
Alice était ravie de pouvoir déambuler dans le magasin toute seule, un employé la conseilla dans ses choix et bientôt elle eut une pile de vêtements qu'elle estima suffisante.
- Est-ce qu'il te faut des chaussures également ? interrogea le vendeur d'un ton aimable.
Elle acquiesça et en essaya toutes sortes, jusqu'au moment où on lui tendit une paire qui comportait des lacets. Elle se mordit la lèvre inférieure et fit signe que celles-ci ne l'intéressaient pas.
- J'insiste, elles sont très confortables, fit le vendeur en souriant.
Elle secoua la tête et il abandonna les chaussures au profit d'une autre paire à scratch. Cependant, Alice était consciente que ses propres chaussures étaient à lacets et qu'elle ne pouvait pas utiliser sa baguette. Après avoir choisi deux paires, elle jeta un coup d'œil vers son père, qui était toujours au rayon garçons avec Harry.
- N'oublie pas d'attacher tes chaussures, remarqua l'employé, en la voyant prête à se lever du banc où elle s'était assise pour l'essayage. Tu pourrais tomber.
- C'est que… je ne sais pas faire, avoua-t-elle en rougissant.
- Oh, ce n'est pas grave, je vais les lacer pour toi.
- Non, je préfère…
Elle se retourna une nouvelle fois vers Severus, espérant qu'il avait bientôt fini.
- Je vais chercher ton papa, d'accord ? fit gentiment le vendeur, comprenant le problème.
Si elle n'avait pas été embarrassée par la situation, la phrase l'aurait sans doute fait rire, mais Alice se contenta de le regarder tandis qu'il se rendait en face et parlait à son père. Celui-ci le suivit, ainsi qu'Harry, et arriva jusqu'à elle.
- Est-ce que vous pouvez attacher mes lacets, père ? demanda-t-elle timidement.
- Alice, soupira-t-il, essaye d'abord s'il-te-plaît.
Baissant la tête sur ses chaussures, elle prit courageusement les lacets entre ses doigts mais les yeux braqués sur elle la rendirent encore plus nerveuse qu'à l'ordinaire.
- Allez, pressa le maître des potions, voyant que les secondes défilaient sans qu'elle ne continue.
- Vous pourriez peut-être lui montrer ? suggéra l'employé, qui ne se sentait pas à l'aise.
- Elle sait très bien comment faire, siffla-t-il, irrité.
- Je n'y arrive pas, déclara la petite fille, affreusement gênée.
- Alice, tu as onze ans alors tu vas me faire le plaisir de lacer tes chaussures. J'en ai assez de cette comédie.
Encore plus angoissée qu'avant, elle sut qu'elle serait incapable de faire le moindre progrès aujourd'hui et se mit à tortiller ses mains.
- Monsieur, désapprouva le vendeur, je crois que vous êtes un peu dur avec votre fille. Vous voyez bien qu'elle ne…
- Et je ne crois pas vous avoir demandé votre avis, coupa sèchement Snape.
A ce moment, Harry marcha jusqu'à Alice et s'agenouilla, avant de lacer habilement ses chaussures.
- Je suis stupide, murmura-t-elle, sur le point de pleurer.
- Mais non, rassura l'adolescent. Je t'apprendrai et tu y arriveras, je te le promets.
Elle le dévisagea d'un air surpris et il prit sa main pour l'aider à se relever.
- C'est ce que font les grands frères, chuchota-t-il à son oreille, passant un bras autour de ses épaules.
Ces mots consolèrent Alice plus qu'aucun autre n'aurait pu le faire, et elle appuya sa tête contre lui, une agréable chaleur se diffusant dans sa poitrine.
