Astrid regarde vers le duo et devient plus enthousiaste.

« Il est en vol. »

Les jumeaux et Astrid se regroupent et la jeune fille prend naturellement les commandes.

« Sortez Rustik de là ! »

« Je m'en charge. » Répondent-ils de concert.

« J'm'en charge avant toi. » S'énerve Kranedur

« Laisses-moi conduire ! » Réplique sa sœur.

« Les gars ! » Râla Harold.

Les jumeaux esquissèrent un sourire penaud. Ils savaient le pourquoi de la remarque de leur compagnon. Une bataille comme celle-là n'était pas le moment pour une dispute.

« Il ne faut pas que vous vous disputiez comme ça. Surtout pas en vol. Votre dragon réagit à votre humeur. Le vôtre le fera d'autant plus qu'il a deux têtes. Elles se disputeront aussi. »

La dispute continue comme ils s'approchent du sommet du crâne de leur adversaire. Rustik saute rapidement et atterrit avec succès sur le dragon à deux têtes.

Les adolescents regardaient avec merveille leur vol. Epoustouflés de voir combien ils travaillaient en harmonie, ensembles, mais aussi avec les dragons.

Ils n'étaient, d'ailleurs, pas les seuls. Les dragons et les autres vikings étaient aussi surpris qu'eux de voir combien l'entente avait été rapide.

Astrid qui survole la scène lorsqu'elle se retrouve en difficulté. Le reptile géant tourne la tête vers elle et prend une profonde inspiration. Malheureusement, celle-ci est trop puissante pour le pauvre dragon vipère qui commence à être entrainé.

Les parents de la jeune fille et ses amis lui coulèrent un regard nerveux. Tous craignaient pour sa vie.

Astrid effleura, d'une main tremblante, le bec de son dragon. Elle ne pouvait plus voir ce dragon bleuté comme autre chose que le sien. Surtout pas après s'être vu en vol avec elle. Elle craignait autant pour sa vie que pour la sienne.

La blonde est pratiquement dans la gueule de la créature lorsque la furie pousse un cri et arrive sur le champ de bataille.

« Une furie nocturne ! » Hurle un viking, provoquant un mouvement de panique.

Krokmou ricana, ravi de provoquer encore un peu de peur parmi les hommes. Mais, à vrai dire, il préférait les regards de confiance et d'admiration que ceux-ci lui donnaient maintenant… En particulier les jeunes.

Les vikings plus jeunes que son Harold n'avaient cessé de lui jeter des regards et des sourires depuis qu'ils avaient découvert qu'il était leur ami.

« Couchez vous ! » Ordonne Gueulfor alors que Harold et Krokmou se précipite droit devant le monstre.

Astrid et son dragon s'acharnent toujours à échapper à la gueule du géant lorsque Krokmou le frappe d'un jet de plasma à la mâchoire inférieure.

L'action du duo fut récompensée par une slave d'applaudissement, d'une tape de Stoïck sur l'épaule de son fils et d'un rapide baiser d'Astrid sur le joue de son futur sauveur.

Harold rougit à l'attention tandis que Krokmou gonflait le torse, satisfait des éloges.

L'explosion, cependant, désarçonne Astrid qui tombe, hors de sa monture, vers le sol à une vitesse impressionnante.

Krokmou monte en chandelle et replonge avec rapidité… Et rattrape la jeune fille au cours de sa descente.

Les spectateurs poussèrent divers sons d'appréciation face à la figure. Harold et Krokmou, eux, se contentèrent de sourire, heureux de bien travailler ensembles, et d'analyser leur vol pour l'améliorer.

« Tu l'as eu ? » Demande Harold.

Krokmou penche la tête en bas pour regarder Astrid qu'il tient, la tête en bas avec ses pattes. La jeune fille est indemne. Elle adresse même un sourire à la furie qui lui répond de son sourire tordu et d'un léger chantonnement.

Krokmou dépose la jeune fille en sécurité sur le sol à mi-course et continue son vol vers le dragon dominant.

« Vas-y. » Souffle Astrid pour elle-même, acceptant volontiers Harold comme héros.

« Cette chose a des ailes. Ok, voyons si elle sait s'en servir. »

« Non ! Harold ! Tu es fou, tu ne peux pas combattre cette chose seul. » S'exclama Stoïck, effrayé pour son enfant.

« Je suis sûr que j'ai un plan. »

Harold le rassura de son mieux. Il était certain que c'était vraiment le cas. Il avait, lui-même, une idée de ce que ce plan impliquait.

Harold file en piqué, avec son ami, sur le dragon qu'ils combattent et abattent une boule de plasma pour l'attirer à eux.

La puissance du jet est si puissante que la bête s'effondre sur le côté. Pas pour longtemps mais assez longtemps pour assurer la réussite de cette partie du plan.

Le dragon géant soulève, avec lenteur, ses ailes.

Harold déglutit, inquiet pour la suite. Un dragon géant énervé qui les poursuit n'était pas ce qui caractérisait une bonne journée.

« Tu crois que ça a suffis. » Questionne Harold en regardant en arrière.

Il a, très vite, sa réponse. Leur adversaire les suit dans les airs, battant avec lenteur et puissance de ses ailes.

« Oui, il sait voler. »

Harold incite son ami à voler au milieu des colonnes de pierre dans la mer. Il mise sur la rapidité et la petite taille de Krokmou pour gagner avantage d'un tel terrain sur le géant.

Harold hocha la tête satisfait mais grimaça rapidement à l'image qui suivit son vol réussit entre ses colonne.

La tactique aurait pu être bonne, en effet, mais le reptile volant géant est si imposant qu'il se contente de réduire en miettes (ou presque) les grandes colonnes naturelles.

Les vikings qui regardent son vol depuis la plage encouragent Harold et Krokmou à grand renfort de cris qui s'interrompent brutalement lorsque le monstre vole à travers un monceau de falaise sans même un arrêt.

L'inquiétude parmi les vikings et dragons monta d'un crains. A la fois dans les images et dans la réalité.

Harold lève les yeux vers les nuages noirs au-dessus de leurs têtes, voyant là un nouvel avantage pour leur duo.

« Ok, Krokmou… C'est le moment de disparaitre ! On monte mon grand !»

Le dominant les suit, dans l'instant, et se prépare à les enflammer.

« Attention, il approche ! »

Le duo pivote sur la gauche et disparaissent dans les épais nuages avec le monstre derrière eux. Bientôt, la créature les perd de vue.

Au bas, sur la plage, le silence règne. Tout le monde guette, inquiets, le ciel où les combattants sont, à présent, invisibles.

Stoïck prit une profonde inspiration stabilisatrice. Il était reconnaissant de la présence de son fils à ses côtés et de la main que Gueulfor avait posée sur son bras en guise de soutien. Il voulait, plus que jamais, prendre son fils dans ses bras… Mais il ne le fit pas. Par respect. Son enfant avait tout d'un homme maintenant.

Dans le ciel, en sécurité précaire parmi les nuages, Krokmou tourne autour du tourmenteur des dragons. Les nuages les cachent si bien, Harold et lui, que leur adversaire est pris au dépourvu, à plusieurs reprises, par un jet de plasma.

Dans bas, les vikings ne voient que les éclairs violetés des jets de plasma de la furie qui dévoilent, quelques secondes, la silhouette gargantuesque de l'ennemi.

Bientôt lassé par la douleur et le jeu de cache-cache, celui-ci jette un long et vigoureux jet de flammes autour de lui…

« Attention ! »

A l'horreur des personnes dans la salle, les flammes touchèrent l'appendice artificiel de Krokmou.

Harold poussa un juron et Krokmou fit un mouvement violent de la tête, montrant la même inquiétude et la même exaspération que celui qui le chevauchait.

« Ok, c'est le moment ou jamais. » Affirme l'apprenti cavalier au regard de l'aileron qui s'enflamme. « Voyons si ça va marcher. »

Encore une fois, ils piquent droit sur leur adversaire et le poussent à plonger en piquer derrière eux.

« Allez ! Tu ne peux pas faire mieux.» Nargue Harold.

Harold pousse un peu plus son ami accompagné d'encouragement.

« Lâches pas, mon grand. On y est ! Tu dois tenir bon encore un peu. »

Tout le monde s'avança. Impatients de découvrir le plan du fils du chef et d'en connaitre le résultat ; terrifiés qu'il lui arrive quelque chose de grave.

« Gardes cet angle ! » Coordonne Harold en observant les actions de leur poursuivant. « Ok ! »

Krokmou, à l'ordre de son ami, fait une pirouette de façon à être à demi retourné en lance une boule de plasma dans la gueule ouverte de leur ennemi alors que celui-ci s'apprête à faire feu.

De grands « oh » retentirent. Emis par ceux qui avaient le souvenir de l'action de Krokmou avec un plus petit dragon.

Les adolescents, le chef, Gueulfor et quelques autres vikings se souvenaient que les dragons ne semblaient pas très ignifugés à l'intérieur d'eux-mêmes.

L'énorme dragon commence à montrer, tout de suite, des difficultés… Et, à cet instant, le sol est en vue. Le grand dragon tente une remontée mais ses ailes, fragilisées par les coups de plasma de Krokmou, commencent à se déchirer.

Krokmou se redresse et remonte, avec vivacité, alors même que son adversaire s'écrase en une immense explosion à proximité des vikings.

Il y eut un moment de silence puis ce fut le désordre. Tout le monde était en liesse. Vikings et dragons ! Tout le monde acclamait les deux héros qui avaient amené la paix.

Puis la voix de Stoïck retentit forte et âpre.

« Silence ! Ils sont, peut-être, pris dans l'explosion ! »

Le silence revint plus épais que jamais. Harold et Krokmou qui avaient été conscients de cette éventualité échangèrent un regard. Ils savaient qu'il n'y avait pas beaucoup de choix. Soit ils survivaient tous les deux, soit ils mourraient tous les deux. Car aucun d'eux n'abandonnerait l'autre.

Les images montrent Harold et Krokmou remonter en l'air en rasant le corps en feu de leur adversaire. Harold appuie, avec insistance, sur sa pédale… Mais, l'aileron artificiel de la queue a totalement flambé, la rendant inutile.

Personne n'émit un son. Ils étaient, tous, trop pris par l'histoire. Ils craignaient trop le sort des deux héros pour retarder le défilement des images de l'avenir.

Ils voient, trop tard, la queue de l'animal… et la heurtent de plein fouet. Ils sont séparés et tombent, tous les deux, droit dans le brasier sous eux.

Les larmes vinrent même aux yeux des guerriers les plus endurcis. Il était impossible que ces deux là survivent à cet enfer.

Stoïck sentit son cœur sombrer et il agrippa le bras de son fils, presque douloureusement. Il se sentait incapable de respirer. Comment pourrait-il survivre à la perte de son enfant ?

Harold trembla un peu plus mais reprit un peu de contrôle lorsque son père agrippa son bras et que Krokmou passa sa queue autour de sa taille. Ce n'était pas encore arrivé, de toute façon… Ils pouvaient encore choisir de changer cet avenir que les dieux lors dévoilaient.

Krokmou se contorsionne dans les airs pour ne pas perdre son ami des yeux… et, en le voyant tomber, inconscient, il bat furieusement des ailes pour se diriger vers lui, pour le rattraper… indifférent à l'enfer dans lequel il plonge.

Un silence choqué perdura alors que la scène s'achevait et qu'une nouvelle courte pause se faisait. Ils n'arrivaient pas y croire. Il n'y avait pas de rebondissement ! Malgré les efforts de la furie nocturne, elle était encore loin du garçon à la fin de cette scène. Il n'y avait pas moyen qu'il ait pu l'atteindre à temps.

Les sanglots retentirent alors. Forts ! Les enfants se précipitèrent dans les bras de leurs parents et ceux-ci firent de leur mieux pour retenir leur propre chagrin.

Harold leva les yeux en percevant le tremblement de son père et remarqua que celui-ci était figé, abattu.

« Papa… Je suis encore là… Quoi qu'il arrive, on peut le changer. Les dieux nous ont accordé cette chance. »

Stoïck baissa les yeux sur son fils et hocha, très faiblement, la tête ; la main se resserrant sur le bras de son fils.

Krokmou ferma les yeux aux paroles de son ami. Il ne pouvait pas croire qu'il avait échoué à le sauver. Il n'imaginait plus sa vie sans lui.