Bonjour à toutes et à tous !

Je sors un peu de mon antre pour poster ce nouveau chapitre. Cela fait longtemps mais très honnêtement, je n'ai pas vu passer le temps (temps dont je ne disposais d'ailleurs pas) et j'ai mis ma vie sociale en berne pour pouvoir réussir mon année. Ne me reste plus qu'un seul examen à passer et les résultats à recevoir fin du mois prochain et je serai enfin libérée, délivrée :D

Je commence à m'autoriser à repenser un peu à mes occupations « d'avant » et ai décidé de reposter gentiment, en espérant pouvoir retrouver une inspiration normale et terminer enfin cette fanfiction que je traîne depuis des années ^^

Je tiens à remercier toutes les personnes qui m'ont laissé des reviews, je ne sais plus si j'ai pris le temps de répondre à tout le monde, mais chacune a été lue et appréciée à sa juste valeur et je vous dit encore un grand merci à tous :D

Je ne blablate pas plus et vous laisse avec ce nouveau chapitre ! J'espère qu'il vous plaira et que vous ne m'en voudrez pas trop de ma longue absence. Enjoy et à bientôt !


Debout à l'extrémité d'une plateforme de bois surplombant les fosses de l'Isengard, Saroumane contemplait d'un air hautain la masse grouillante des Orques qui s'affairait en contrebas. Un brouhaha constant s'élevait de l'anfractuosité béante qui altérait le sol, ensemble de cris gutturaux et de hurlements sinistres, mêlé au ronflement des feux et au fracas des forges qui tournaient à plein régime. Une symphonie assourdissante et lugubre, qui emplissait le magicien d'une satisfaction visible : la guerre allait bientôt commencer. Saguerre allait bientôt commencer. Une guerre pour la possession de l'Unique. Une guerre pour l'asservissement des peuples de la Terre du Milieu. Une guerre qu'il menait aux côtés de Sauron, dont la puissance était telle que nul ne pouvait le contrer. Le Seigneur des Ténèbres le lui avait longuement expliqué au cours des échanges qu'ils avaient eus par l'intermédiaire du Palantír gardé à Orthanc ; et ses paroles s'étaient révélées si pleines de bon sens qu'il n'avait pas fallu longtemps à l'Istari pour se laisser convaincre : contre le pouvoir du Mordor, il n'y avait aucune chance de victoire. Aucune autre en réalité que de se rallier à lui.

Ainsi avait-il obtenu tous pouvoirs pour lui constituer une armée destinée à renverser les royaumes des peuples libres. En échange de quoi, il devrait rendre des comptes à celui qui, par la force des choses, était devenu son seigneur et maître. Parce que cela servait ses intérêts mais aussi et surtout, parce qu'il n'avait pas eu le choix, Saroumane avait pris son parti de cette alliance, la sachant aussi illusoire que temporaire. Le magicien ne se leurrait pas : sitôt que Sauron aurait remis la main sur son Anneau, c'en serait fini de l'alliance des deux tours, des sacrifices consentis et des services rendus. Il s'était pourtant bien gardé de faire part de ses certitudes. Mieux valait pour lui que le Seigneur des Ténèbres croit l'avoir totalement sous sa coupe. Car en réalité, et sous couvert de servir le pouvoir du Mordor, Saroumane poursuivait secrètement son propre but : s'emparer de l'Anneau Unique, non pas pour le remettre à son propriétaire légitime, mais pour s'en servir à ses propres fins.

Cela faisait longtemps, oh, bien longtemps que ce désir étreignait son cœur. Poussé par son inextinguible soif de connaissances, il s'était plongé depuis et durant de nombreuses années dans l'étude des ouvrages traitant des artifices et autres stratégies employés par l'ennemi pour asseoir sa domination sur la Terre du Milieu. Et il avait découvert que, bien loin de la description maléfique et destructrice que l'on en faisait, le noir pouvoir était en réalité d'une extrême subtilité et plus puissant qu'aucun autre, uniquement décrié parce qu'utilisé à des fins nuisibles - ou du moins "nuisible" était-il le terme qui lui était venu à l'époque, encore farci qu'il était de ces idioties manichéennes colportées par les grands de ce monde, ceux qui se disaient du "bon côté". L'étude des Anneaux de pouvoir en particulier, l'avait fasciné. Ces Anneaux forgés par les Elfes avec le concours de Sauron, destinés à guérir, construire et comprendre le monde et ses mystères, mais également à préserver la vie de son porteur et à accroître la puissance de ses pouvoirs... Des Anneaux que le Seigneur des Ténèbres avait fini par pervertir afin de les soumettre à la volonté de l'Unique. Dès le début, ils avaient attisé la convoitise de Saroumane : avec de tels instruments, il aurait pu accroître sa connaissance de la Terre du Milieu et des enchantements qui lui avaient donné vie jusqu'à devenir le mage le plus puissant qui ait jamais foulé les rivages d'Arda. Défaire Sauron n'aurait alors été qu'une question de temps.

Or, il s'était avéré qu'au fil de ses lectures, une ambition bien plus sombre s'était emparée de lui, se muant de simple idée en une obsession qui n'avait jamais cessé depuis de lui ronger le cœur et l'esprit : retrouver l'Anneau Unique et le revendiquer pour sien. Faire tomber la forteresse de Barad-Dûr. Asseoir sa propre domination sur la Terre du Milieu, qu'il dirigerait ensuite selon son bon vouloir. Ainsi, autour des années 2850, et après avoir empêché les membres du Conseil Blanc de lancer un assaut sur Dol Guldur - dont ils avaient appris par Gandalf que Sauron lui-même l'avait investie - Saroumane avait-il secrètement entrepris des recherches dans les Champs aux Iris, à l'endroit exact ou Isildur, le dernier porteur connu de l'Anneau, ses fils et ses hommes furent massacrés par une troupe d'Orques peu après la défaite de Sauron sur les plaines de Dagorlad. En vain. Malgré le temps passé à parcourir le marais, il n'y trouva que l'Elendilmir, l'Etoile du Nord des Elfes, transmis par Silmarien à la lignée des rois du Númenor, et la pochette ayant servi à Isildur pour le transport de l'Anneau. Mais de l'Unique, nulle trace. Forcé d'abandonner ses investigations en raison de l'intérêt croissant de Sauron pour les Champs aux Iris, Saroumane n'avait plus jamais entendu parler de l'Anneau jusqu'à ce Gandalf vienne le trouver un jour de juillet il y avait quelques mois de cela, affirmant que l'Unique se trouvait en Comté, aux mains de l'un de ces stupides Semi-Hommes, amoureux de bonne chère et d'herbe à pipe. Une rage folle s'était emparée de lui ce jour-là : il faisait suivre son confrère depuis des années, depuis qu'il avait manifesté de l'intérêt pour la Comté en réalité, allant jusqu'à poster quelques uns de ses meilleurs espions sur le terrain dans l'espoir d'en apprendre un peu plus sur les raisons qui le poussaient sans cesse à revenir se mêler à cette communauté de paysans simplets et rustauds. Or cela n'avait servi à rien : ses espions, tout comme Gandalf, n'avaient réussi qu'à faire preuve de leur aveuglement alors même que le porteur de l'Anneau avait vécu là, sous leur nez, durant toutes ces années. Et lui, Saroumane, avait directement pâti de leur incompétence. Il aurait été si ridiculement simple de se débarrasser du Semi-Homme pour récupérer l'Anneau si seulement il avait su qu'aujourd'hui encore, une vague de fureur inqualifiable mêlée à un amusement frisant la folie le prenait à cette pensée.

Si près du but...

Pourtant, en homme d'une grande intelligence, Saroumane avait bien vite entrevu les avantages de la situation - car il y en avait ! Certes, l'Anneau était passé à l'ennemi en choisissant de se dévoiler et en prenant parmi eux un nouveau porteur, mais en y réfléchissant bien, cela laissait à Saroumane une longueur d'avance non négligeable sur Sauron. Car contrairement au Seigneur des Ténèbres, qui ignorait tout de ce qu'il était advenu de son Anneau, l'Istari savait à présent très exactement où se trouvait cet artefact qu'il convoitait tant et ce que la Communauté de l'Anneau comptait en faire ; et il avait bien l'intention d'empêcher par tous les moyens l'accomplissement de cette infamie.

Le regard du magicien se durcit tandis qu'un concert de croassements rauques annonçait le retour des crébains qu'il avait envoyé traquer la Communauté. D'un mouvement souple, la nuée changea de trajectoire pour plonger à mi-hauteur de la fosse, là où se tenait Saroumane, immobile. Alors que les bêtes passaient devant lui sans cesser de croasser, l'Istari se fendit d'un léger sourire.

- Alors Gandalf, vous essayez de passer par le col de Caradhras ? dit-il tout haut de sa profonde voix de basse. Et si vous échouez, par où passerez-vous ? Si les montagnes triomphent, vous risquerez-vous sur une route plus dangereuse encore ?

Alors que Saroumane savourait pleinement sa découverte et l'inconscience de son confrère, un tapage assourdissant vint lui vriller les oreilles, interrompant sa jubilation malsaine. A quelques mètres de lui, un grand crébain s'était posé sur une structure de bois et battait furieusement des ailes en croassant, comme pour attirer son attention. Plus contrarié qu'intrigué, le magicien consentit à toucher son esprit... et ce qu'il y découvrit le laissa perplexe. Un visage de femme revenait sans cesse dans les souvenirs du crébain, une jeune femme étrange, aux yeux gris en amande et dont la lèvre inférieure était curieusement ornée de part et d'autre de deux petites boules d'argent. Une fille des Hommes qui portait à son cou une pierre à la curieuse teinte fumée, cerclée d'argent, et dont l'évocation semblait particulièrement terrifiante pour le corbeau espion. Des sensations particulièrement confuses déferlaient dans l'esprit de Saroumane au sujet de ce bijou, dont il ne parvenait pas à saisir le sens tant la bête s'affolait. Une seule certitude s'imposait à lui au milieu du chaos des pensées de l'animal : quelque chose ne tournait pas rond avec cette fille. Comme si, malgré sa présence au sein de la Communauté de l'Anneau - qui d'ailleurs surprenait Saroumane au plus haut point : avait-on jamais vu une femme prendre part à ce genre de quête ? - elle incarnait le mal absolu. Confus et agacé de l'être, le magicien rompit brusquement le contact et chassa le crébain d'un geste impatient. Qu'avait-il à faire de cette fille insignifiante et de son bijou quand ses ennemis couraient d'eux-mêmes droit à la mort ?

Chassant de son esprit le grand corbeau et ses insupportables croassements, Saroumane se représenta le Caradhras, la plus haute montagne de la chaîne des Monts Brumeux. Ses sommets blancs et glacés qui se perdaient dans les nuages... Son col rendu bien souvent impraticable par la neige... Son vent mordant qui tuait plus sûrement que n'importe quelle bête féroce... Et ses éboulements qui pouvaient se déclencher à chaque instant... Oui, à n'en pas douter, la montagne se chargerait à elle seule de ces gêneurs. Il allait simplement lui fournir un peu d'aide.

Tout à ses pensées, il ne remarqua pas que derrière lui, le crébain s'était à nouveau posé et recommençait à croasser tandis qu'il s'éloignait.

ooo

Fermement campé sur ses jambes, ses mains crispées tendues vers le ciel, Saroumane invoquait toute la puissance de son pouvoir, son regard noir rivé sur le sommet du Caradhras. La magie déferlait en lui, par vagues aussi violentes et dévastatrices que l'orage qu'elle servait à créer. Saroumane contrôlait le ciel. Saroumane était le ciel. Et sa voix puissante résonnait dans l'air tel un coup de tonnerre déchirant les nuages, audible aux confins de l'Isengard et alentour, portée par les vents jusqu'au col de la montagne où peinaient ses ennemis. Et parce que la tempête qui fondait sur eux faisait partie de lui, l'Istari les voyait, aussi nettement que s'ils avaient été devant lui. Enfoncé dans la neige à hauteur de taille, Gandalf, sans surprise, ouvrait la marche, tentant tant bien que mal de dégager le passage à l'aide de son bâton. Derrière lui suivaient les deux Hommes, lestés chacun de deux Hobbits transis de froid. Venait ensuite un poney chargé de lourds sac de bât et mené par deux silhouettes, l'une courtaude et trapue tenant la longe - probablement le Nain - et l'autre très mince, collée sur le flanc droit de l'animal, et dont Saroumane ne parvenait guère à distinguer le visage, caché par son capuchon. Quant aux Elfes - au nombre de deux, nota le magicien intrigué - ils allaient et venaient le long de la colonne, leurs pieds légers foulant le sol sans seulement s'y enfoncer, leur seul problème étant de garder leurs compagnons en vie.

Un vent acéré sifflait en effet furieusement le long des parois rocheuses, plus violent encore depuis que Saroumane avait pris le contrôle de la tempête, agressant les sens des membres de la Communauté de l'Anneau, glaçant jusqu'à leur os et les épuisant nerveusement, sans compter la fatigue physique provoquée par leur laborieuse avancée. Les Semi-Hommes déjà voyaient rougir, puis bleuir pour certains, les parties de leur peau exposées au vent, et celui de leurs compagnons qui marchait aux côtés du poney avec le Nain avançait quasiment plié en deux pour se protéger au maximum des rafales qui menaçaient de le jeter au sol. Un sourire satisfait fleurit dans l'esprit du magicien. La plupart luttaient contre la montagne avec les dernières forces qu'il leur restait. Si Gandalf persistait à s'obstiner, jamais ils n'en sortiraient vivants.

Alors que les incantations continuaient de gronder dans sa gorge, Saroumane aperçut soudain l'un des deux Elfes s'avancer vers Gandalf puis stopper, les sourcils froncés, ses yeux vifs tentant en vain de percer le brouillard et le ballet furieux et incessant des flocons.

- J'entends une voix sinistre dans les airs, dit-il.

- C'est Saroumane ! hurla Gandalf.

Ce dernier n'attendit pas. Au moment même où Gandalf prononçait son nom, il créa un éclair de pouvoir qui déchira le ciel et vint fracasser le flanc de la montagne. Nul n'eut le temps de l'en empêcher. La roche déjà fragilisée par la glace se fendit, explosa et dégringola le long de la paroi. Or, seules quelques pierres heurtèrent le passage emprunté par la Communauté, manquant de peu leur but mais le manquant tout de même, et bientôt, un pouvoir presque aussi puissant que le sien vint contrer celui du magicien. Gandalf s'était visiblement jeté dans la bataille. Aussitôt, une nouvelle incantation passa les lèvres de Saroumane et à nouveau, un éclair éclata dans le ciel, tombant droit sur un monticule de neige qui recouvrait le sommet d'un éperon rocheux situé juste au-dessus d'eux. La manœuvre, cette fois, n'échoua pas. Dans un grondement assourdissant, des pans entiers de neige virent ensevelir les membres de la Communauté, les recouvrant intégralement, n'épargnant que le poney qui, d'instinct, avait reculé après s'être libéré de la poigne du Nain. Or, au moment où l'un des pans allait s'écraser sur l'arrière de la file, une onde familière fit vibrer l'atmosphère et sursauter Saroumane : celle du pouvoir. Un pouvoir ancien et puissant qui percuta le sien avec une telle force qu'il vacilla, là-haut, sur le toit de sa tour. Surpris et soudain inquiet, il rappela à lui sa magie, n'en laissant fonctionner que quelques bribes, de quoi maintenir la force de la tempête et sa capacité de visualisation des événements. Que s'était-il passé au juste ? Etait-ce l'Anneau qui avait réagi ainsi, comprenant qu'il ne pourrait retourner à son Maître si son porteur mourrait sur la montagne ? Où était-ce Gandalf qui, dans un accès de désespoir, avait lancé toute la puissance de son pouvoir contre lui ?

Tandis qu'il échafaudait des hypothèses - celle de Gandalf lui paraissait décidemment peu crédible, la vibration de sa magie lui étant par trop familière - un mouvement sur le col attira son attention. La silhouette encapuchonnée qui s'était tenue à la droite du poney était là, à plat-ventre sur le sol, et tentait péniblement de se tourner sur le côté. Le vent avait rabattu sa capuche dans son dos et malmenait les longs cheveux foncés qui s'échappaient de ses vêtements. Il y eut un instant de flottement durant lequel le magicien observa ses mouvements, n'attendant que de la voir mourir à son tour, quand elle tourna soudain la tête sur le côté, les traits tordus par l'angoisse. A la vue de son visage, le cœur de Saroumane fit un bond dans sa poitrine : c'était la jeune femme du peuple des Hommes, celle qu'il avait vue dans l'esprit du crébain. Et à son cou pendait la fameuse pierre, dont la forme indistincte gisait dans la neige. Mais ce n'était pas tant sa vue ou même celle de la pierre qui troublait le magicien à ce point. Car autour d'elle ne subsistait nulle trace de ce qui venait de se passer. Alors que tous ses amis avaient été ensevelis, alors même qu'elle s'était trouvée au milieu de la file lorsque cela était arrivé, l'éboulement l'avait manquée. Et cela, Saroumane ne pouvait le concevoir. A moins que...

Soudain envahi d'une intuition qu'il eut du mal à définir, l'Isatri sentit son souffle se bloquer dans sa gorge. Presque malgré eux, ses yeux revenaient sans discontinuer sur la pierre. Puis sur la fille. Puis encore sur la pierre. Cette pierre dont il se souvenait parfaitement à quoi elle ressemblait grâce aux souvenirs du crébain, mais qu'il était certain de n'avoir jamais vue... Cette pierre dont il pressentait qu'elle était liée à ce qui venait de se passer... Lui qui avait étudié les textes anciens ne se souvenait pourtant pas d'avoir vu mentionner une quelconque pierre de pouvoir, en dehors bien sûr des Palantíri, et encore moins au sein des royaumes des Hommes.

Comment est-ce possible ?

Alors que, sur le col, les membres de la Communauté refaisaient surface - tous vivants - Saroumane rappela à lui ses pouvoirs, mit fin au lien visuel qui le rattachait à eux et se dirigea d'un pas vif vers les escaliers menant à ses appartements au cœur d'Orthanc. Un horrible doute avait fait surface en lui, auquel il lui tardait de mettre fin. Et pour cela, il allait falloir qu'il remette la main sur le grand crébain.

ooo

Ce ne fut que bien des semaines plus tard, après avoir compulsé tous les ouvrages gardés à Orthanc et après avoir fouillé les moindres recoins de la mémoire du crébain jusqu'à le rendre fou, que Saroumane put enfin émettre une hypothèse sérieuse quant à l'événement qui avait eu lieu sur le flanc de la montagne. Une hypothèse qui, si elle s'avérait fondée, pouvait changer son avenir, celui de la guerre, celui de la Terre du Milieu toute entière. Une hypothèse qui, lorsqu'elle avait prit corps dans son esprit, l'avait empli d'un sentiment de terreur, de convoitise et d'urgence, plus puissant que tous ceux que l'Anneau était jamais parvenu à engendrer en lui. Un sentiment qui l'avait poussé à accélérer la cadence de production de ses forges, ordonnant ainsi qu'elle tournent nuit et jour, et qui l'avait également poussé à se constituer un corps d'élite composé des meilleurs combattants Uruk-Haïs ayant été créés. Ces mêmes combattants qui se tenaient devant lui aujourd'hui, marqués de la Main Blanche - le symbole qu'il s'était choisi - entièrement dévoués à sa cause et à la sienne seule et n'attendant que de pouvoir exécuter ses ordres. Une vision grisante.

- Pourchassez-les sans relâche jusqu'à ce que vous les trouviez ! ordonna-t-il d'une voix forte qui contrastait avec son immobilité. Vous ne connaissez ni la peur, ni la douleur ! Vous goûterez à la chair humaine !

Des meuglements enthousiastes accueillirent cette déclaration. Rien de tel que de jouer sur la corde sensible pour discipliner un tant soit peu cette meute de bêtes sauvages à laquelle il avait donné naissance. Mais le temps jouait contre lui. Les informations qu'il avait obtenues devaient être vérifiées avant de tomber entre de mauvaises mains. Sans quoi... L'Istari frissonna. Il n'osait imaginer les conséquences que cela pourrait avoir si son hypothèse parvenait jusqu'à Barad-Dûr... Refusant d'y penser, il se tourna vers celui qu'il avait désigné comme le chef de sa section d'élite, un Uruk-Haï nommé Lurtz :

- L'un des Semi-Hommes a sur lui un objet de grande valeur, lui dit-il. Amenez-les moi vivants. Et... entiers. Ne les abîmez pas.

Un grondement s'échappa de la gorge de Lurtz dont les lèvres se retroussèrent sur ses crocs. Connaissant leur goût pour le sang, Saroumane avait d'ores et déjà anticipé cette réaction et tua dans l'œuf toute velléité de protestation :

- Tuez les autres.

L'Uruk gronda à nouveau, mais de satisfaction cette fois puis salua brièvement Saroumane avant de se détourner, prêt à rejoindre sa compagnie. Mais le magicien n'en avait pas encore fini :

- Lurtz ? appela-t-il. Il y aura très certainement une femme dans la compagnie, une jeune femme du peuple des Hommes avec un pendentif autour du cou. Et il me déplairait beaucoup que son intégrité physique soit menacée.

- Que devrons-nous faire d'elle ? gronda l'Uruk pour masquer sa contrariété.

- Ramenez-la moi !