Bonsoir- bonsoir ! :)
Je suis de retour avec un retard que tous les « désolée » du monde ne sauraient excuser…
Alors, je m'excuse une fois encore MILLE fois d'être de nouveau en retard, mais surtout – le plus impardonnable à mes yeux – de ne vous avoir pas remercié plus tôt pour vos reviews précédentes…
Merci, merci, merci et désolée, désolée, désolée ! ^^
Je n'ai plus beaucoup de temps en ce moment, et je ne vais donc plus que très rarement sur ma boite mail… Merci pour vos reviews qui m'ont fait IMMENSEMENT plaisir ! :-)
J'espère que ça vous plaira quand même, et que vous me pardonnerez ce retard inexcusable (du coup, j'ai fait un chapitre plus long que d'habitude…^^),
À bientôt j'espère !
PS : aucun des personnages ne m'appartient…
CloudeGirofle
CHAPITRE XXVIII : ALICE
- Nooon, j'y arriverais jamais… Gémis-je en enfouissant mon visage entre mes paumes.
Hale soupira d'un air exaspéré alors qu'Edward posa une main compatissante sur mon épaule.
- Mais bien sûr que si, voyons Lili… De quoi t'as peur ? Fit-il doucement.
- Qu'ils ne m'aiment pas. Qu'ils me trouvent stupide…ou moche. Je sais pas moi, plein de trucs ! Hurlais-je, à moitié hystérique.
Ed sursauta, manquant d'envoyer valser sa bière sur ma nouvelle petite robe
- Ok, alors là, on se calme tout de suite ! Grinça Hale en posant une main douloureuse sur ses oreilles. De un, parce j'ai l'impression d'avoir les tympans qui saignent – ce qui ne m'était encore jamais arrivé, même au concert de hard d'un groupe dément, mais que vous ne pouvez pas connaître – de deux, parce que le stress te rend complètement stupide…et je reste polie !
Je surpris le regard peu amène qu'Edward posa sur notre amie, mais ne pus m'empêcher de sourire : par sa franchise habituelle, Hale avait au moins eu le mérite de dédramatiser un tant soit peu la situation.
- T'as raison, dis-je en m'efforçant d'adopter une voix calme, il n'y a pas de quoi en faire une montagne. Après tout, ce n'est pas comme si j'allais rencontrer Coco Chanel en personne…
- D'autant plus qu'elle est morte ! Railla la voix de Hale derrière moi.
- Bref, coupa Edward en la foudroyant des yeux, tu n'as pas de quoi t'en faire. On récapitule une dernière fois si tu veux !
Sans tenir compte de Hale qui leva les yeux au ciel en grommelant, j'applaudis vivement et sautais hors du canapé.
- Génial ! Alors d'abord ma robe ! T'en penses quoi Ed ? Demandais-je en virevoltant sur moi-même.
Je l'avais tout juste acheté, à Seattle, en sortant de cours. Noire et de longueur raisonnable, je la trouvais à la fois sexy et incroyablement élégante. Et puis, sans me vanter, elle m'allait plutôt bien…
- Honnêtement, je te trouve magnifique. Mais bon, je suis un gars, alors tout ce qui est fringues, tu sais… Tu devrais plutôt demander un avis féminin, me conseilla-t-il en se tournant machinalement vers Hale qui manqua de s'étrangler avec sa bière.
Si ses yeux avaient pu lancer des flammes, il serait mort carbonisé sur place. Il suffoqua à moitié avant de changer précipitamment le cours de la conversation.
- Euh… Bafouilla-t-il.
Il se racla la gorge et reprit.
- Bref… Ensuite ?
- Alors d'abord, je rentre…
- Oui, confirma Edward, d'un air sérieux, tachant d'ignorer Hale qui continuait de l'observer d'un œil brillant de rancœur.
- Je salue…
- Oui.
- J'offre les fleurs…
- Oui.
- Je complimente pour la maison…
- Ou…
- Oh ça va Ed, elle n'est pas conne non plus ! Aboya Hale en s'extirpant du canapé où nous étions tous les droits affalés.
Elle traversa le minuscule salon de mon studio en finissant sa bouteille de bière d'une dernière traite et s'assit devant le rebord de ma fenêtre. Une fois encore, je ne pus m'empêcher d'être subjuguée par le mélange de grâce et de brutalité qu'il y avait dans sa démarche. C'était quelque chose d'animal qui fascinait autant qu'il rebutait. Un dernier rayon de soleil s'égara dans ses boucles éparses, plongeant son profil songeur dans une demi-obscurité qui révélait quelque chose d'étrangement fragile sur ce visage à la beauté de marbre.
Edward, qui avait croisé les bras d'un air farouche, l'observait néanmoins avec une telle intensité que je détournais les yeux, mal à l'aise. Le silence était chargé d'une tension que je n'aurais su définir.
- Bon ! M'exclamais-je soudainement, les faisant sursauter. De toute façon, il sera là dans une dizaine de minutes ! Vous faîtes quoi vous ensuite ?
- Euh, murmura Edward en clignant des yeux, on…on révise.
- Mes pauvres, soupirais-je avec un petit sourire qui n'avait rien de désolé. J'ai dû passer par là aussi l'année dernière…je sais ce que c'est.
Ed haussa un sourcil dubitatif en regardant Hale à la dérobée, l'air de dire « Non, tu ne sais pas du tout ce que c'est que de faire réviser cette fille… ».
- Enfin, reprit-il d'un ton qu'il voulut détaché, il faut savoir ce qu'on veut dans la vie. Et si on veut l'université de ses rêves, et bien faut travailler. Pas vrai ?
Je plissais les lèvres pour lui répliquer que j'étais déjà au courant ce genre de choses, merci bien, mais je comme j'aurais dû m'y attendre, ce beau discours était davantage destiné à son binôme de biologie qu'à l'étudiante que j'étais. Je pivotais lentement vers Hale dont l'expression torturée, et le visage blafard auraient pu me faire rire aux éclats si ses lèvres n'esquissaient pas le rictus bagarreur que nous commencions à si bien lui connaître.
N'empêche, le pauvre…elle doit lui en faire voir de toutes les couleurs… Le pire ? C'est qu'il a l'air d'aimer ça. Il doit sûrement avoir quelques petites tendances maso…Tiens, je devrais en parler à Jasper, il est psy après tout…
- Et, euh, sinon…ça se passe bien ? Demandais-je d'un ton poli.
Hale releva lentement le menton, regarda quelques instants ses oncles rongés parfois au sang, et prit tout son temps pour répondre.
- Oh, tu connais Edward…ça commence bien, mais ça tient jamais bien longtemps, persifla-t-elle avec un éclat machiavélique dans le regard.
Du coin de l'œil, je vis son visage blêmir, et ses poings se crisper.
- Ce doit être pour ça que tu me proposes si souvent de réviser, cingla-t-il, les lèvres déformées par une grimace amère.
- Ah ! Ricana-t-elle en allumant une cigarette – je voulus protester, mais devant le tour que prenait la conversation, je préférais m'abstenir : si sa dose de nicotine pouvait la calmer un peu… – rêve pas gamin. C'est juste qu'entre deux séances, j'ai toujours l'impression que t'as oublié ce qu'on a appris avant… Aussi est-on bien obligés de recommencer…
- Si ce n'est que ça, te sens pas obligée Hale ! Siffla-t-il, la voix vibrante de colère contenue. J'connais des dizaines de filles qui n'attendent que de « réviser » avec moi…. Tiens, si je le voulais là, tout de suite, je pourrais aller chez Lauren pour…faire de la bio !
Hale se redressa brusquement, comme électrocutée. Elle plongea ses iris mauves dans ceux d'Edward, à la façon d'un prédateur, et un sourire de délectation éclairèrent leur visage respectif. C'était une chose troublante que cette impression de passion avec laquelle ils se déchiraient.
- Cette blondasse ? S'esclaffa-t-elle d'une voix glacée. Pff, je suis sûre qu'elle doit être aussi efficace que toutes ses crèmes censées la rendre moins dégueulasse…
Euh…de quoi parlions-nous exactement, là ?
- Et bien sûrement pas moins efficace que ce type dégueulasse avec qui tu traînais samedi soir si tu veux mon av…
Et c'est alors que je compris.
- J'y crois pas… Articulais-je d'une voix blanche. Vous avez couché ensembles !
Mon hurlement étranglé eu au moins le mérite de ramener le silence dans l'appartement. Ce fut comme si je leur avais versé un seau d'eau au visage. Ils se retournèrent vers moi d'un seul homme, et me regardèrent avec stupéfaction, liquéfiés. Je me rendis comte alors que je n'avais toujours pas retiré la main que j'avais posée sur ma bouche effarée.
Hale fut la première à réagir.
- Qu-quoi ? Mais…
- Driiing !
La sonnerie de l'interphone se prolongea d'un long silence durant lequel tout le monde s'observa à la dérobée, ne sachant plus très bien quoi faire.
- AAAH! Hurla finalement Ed en sautant du canapé tel un hystérique. C'est lui, c'est lui ! Vite Alice, tu vas être en retard !
Il me releva brusquement du canapé, me déboitant presque l'épaule au passage, et me traîna de force jusqu'au seuil d'entrée sans tenir compte de mes protestations.
- Bonne chance Lili chérie, tu nous raconteras tout demain, surtout ne t'angoisse pas, tout se passera très bien, allez, au revoir ! Récita-t-il d'une traite en me poussant hors de l'appartement.
- Mais, mais… Balbutiais-je alors qu'il s'apprêtait à me fermer la porte au nez.
- Tu vas être en retard ! Me pressa-t-il. Ah, oui, pardon j'oubliais !
Et il me jeta ma veste et mon bouquet de fleurs à la figure.
- Non, mais, mais… M'indignais-je en me rattrapant à la poignée de la porte pour ne pas tomber.
- Il t'attend ! Me coupa-t-il, hurlant à moitié dans la cage d'escaliers.
Pitié, faîtes que les voisins ne soient pas encore rentrés…
- Je te préviens, grommelais-je néanmoins en le dardant d'un index menaçant, je ne veux ni sang, ni quoi ce soit d'autre quand je rentre chez moi ! Alors si vous voulez vous étripez – ou faire je ne sais quoi d'autre – vous le faîte ailleurs ! Chez les voisins par exemple !
J
e voulus lui claquer la porte au nez d'un air offusqué et révolté, mais il me devança. Une fois mise devant le fait accompli, je soupirais. Ces deux là finiraient par m'achever…
Je descendis alors les escaliers en allant aussi vite que mes hauts talons et ma robe étroite me le permettaient, marmonnant tant et si bien toutes les insultes que je pouvais connaître que je n'aperçus pas mon Jasper, et lui rentrais dedans.
- Pardon mad… Alice ?
Je souris pour toute réponse.
- Tu es sublime ! S'exclama-t-il en m'admirant des pieds jusqu'à la tête.
Je ne pus m'empêcher de virevolter pour le plaisir, avant de passer mes bras autour de sa nuque.
- Tu n'es pas trop mal non plus.
Il leva les hauts au ciel avant de m'embrasser à pleine bouche. D'un coup, toute l'angoisse, la tension et la mauvaise humeur que je venais d'accumuler s'évanouirent.
- Trésor, fis-je néanmoins en rompant notre baiser, je ne voudrais pas qu'on soit en retard. Il faut qu'on y aille.
Il rigola doucement en me regardant avec une étincelle dans les yeux, dont je n'aurais su dire si c'était de l'amusement ou de la tendresse.
- Quoi ? M'inquiétais. J'ai du rouge à lèvres sur le menton ?
- Non, tu es juste adorable. Allez viens, ma voiture est garée en face.
Quelques minutes plus tard, nous étions sur la route pour Seattle, la radio diffusant dans la voiture un nouvel air de musique sur lequel je chantais joyeusement. Je vérifiais une fois ou deux dans le rétroviseur la tenue de ma coiffure et de mon léger maquillage.
- Te stress pas, m'apaisa doucement Jasper en posant brièvement sa main sur la mienne. Tout se passera bien, et puis, ce n'est qu'un dîner !
- Je sais, mais… Imagine qu'ils ne m'aiment pas ? Paniquais-je, les pires scénarios défilant en boucle dans ma tête.
- Comment ne pourraient-ils pas t'aimer ? Ils t'aimeront forcément, puisque moi je t'aime…
Je souris doucement en croisant son regard par le reflet du pare-brise.
- Ok, soupirais-je. J'espère qu'ils aiment les fleurs ! Ajoutais-je plus joyeusement.
Le moteur rugit quant Jasper manqua de caler.
- Des fleurs ? Répéta-t-il alors qu'accrochée à la poignée de sécurité comme si ma vie en dépendait, je n'osais rouvrir les yeux.
- Bah oui, pourquoi ? Haletais-je.
- Oh, je suis désolée ma chérie, j'aurais dû te prévenir… Non, tu ne peux pas leur offrir de fleurs, je suis désolé, j'ai oublié de te prévenir !
- Quoi ? Mais je ne peux pas arriver au restaurant sans rien !
Mon cri dû atteindre des ultrasons encore jamais perçus par l'homme.
- Je suis désolée, c'est de ma faute, reprit-il d'un ton rassurant, mais ne t'inquiète pas, ils ne sont pas vraiment…à cheval sur les conventions, dirons-nous.
- Mais je refuse d'arriver les mains vides ! Hurlais-je, désespérée. Et qu'est-ce qui ne va pas avec les tulipes ? Ils y sont allergiques ? Ils ont la tuliophobie ou un autre truc dans ce goût-là ?
- Tu comprendras en les voyant, marmonna-t-il sombrement, avant de se frotter un instant les yeux, comme il le faisait à chaque fois qu'il réfléchissait profondément.
- Ok, tu veux vraiment leur faire un cadeau ?
- Ouiii !
- Bon, il doit y avoir des feuilles dans ma mallette et un stylo. J'ai vu ce qui tu as dessiné Alice, et c'est magnifique. Tu veux leur faire plaisir ? Offre leur un des tes dessins.
- Quoi ? M'étranglais-je. Mais je…je ne peux pas ! C'est rien ça, un dessin ! Et puis, s'ils n'aiment pas ?
- Tu me fais confiance ?
- Mais oui, Jasper, mais enfin… Protestais-je, les yeux écarquillés de stupéfaction.
- Tu me fais confiance ? Et bien vas-y, dessine ce que tu veux, quelque chose que tu aimes, que tu trouves beau… Enfin tu vois, quoi…
Nous sommes en plein délire… D'abord Ed et Hale ont couché ensembles – et rien ne me dit qu'ils ne le font pas toujours – et maintenant, il semblerait qu'il existe une maladie qui rende les gens allergiques ou je ne sais quoi aux tulipes…
Je secouais la tête en soupirant. C'était ridicule. Néanmoins, si je ne voulais pas arriver les mains vides… J'attrapais la mallette de Jasper qui trainait sur les sièges arrière, et attrapais parmi tous ses dossiers de l'hôpital une feuille blanche et un stylo. Il ne me fallut que quelques secondes pour trouver ce que je dessinerais sur la feuille blanche. Quelque chose que j'aimais, que je trouvais beau…
Je souris doucement, puis observais à la dérobée le profil de Jasper, silencieux et concentré, avant de me tourner vers la fenêtre derrière laquelle défilaient les grands arbres des forêts de pins. J'inspirais profondément puis posais mon crayon sur le papier, traçant sans hésiter une mince ligne droite. Contrairement à ce que j'avais redouté, les vibrations de la voiture ne me dérangeaient pas tellement. Je voyais bien que Jasper faisait un effort pour conduire le plus souplement possible. Et puis, en prenant dans sa mallette un épais dossier, j'avais trouvé de quoi me faire un appui.
Aussi, quand il me prévint en arrivant à Seattle que l'hôtel n'était plus qu'à quelques minutes, je n'avais qu'à signer mon dessin et le ranger dans une pochette.
- T'as réussi à finir ? Demanda-t-il en retirant les clés du contact.
- Oui-oui ! M'exclamais-je joyeusement en ébouriffant ses boucles. Merci pour l'idée, sans toi je n'y aurais pas pensé.
- Et je peux voir ?
- Bah non, pas tout de suite. C'est quand même leur cadeau, pas le tien ! Le narguais-je malicieusement en sortant de la voiture.
- Oh… Fit-il d'un air déçu. S'il-te-plaît…
Il me regarda de ses grands yeux bleus, une mine suppliante aux lèvres à laquelle il me fut difficile de résister.
- Bon, alors tu peux au moins me dire ce que ça représente, grommela-t-il en comprenant que je ne céderais pas.
- Comme tu me l'as conseillé, j'ai dessiné ce à quoi je tiens le plus…
A peine avais-je achevé ma phrase que je le vis froncer les sourcils, se torturant les méninges pour deviner de quoi cela pouvait-il bien s'agir.
S'il savait…
- Allez viens là toi ! Me moquais-je en le tirant par la main. On va arriver en retard !
Je riais à ses plaisanteries, mais plus nos pas nous rapprochaient de l'hôtel où nous étions attendus, plus je sentais mon ventre se nouer. Je tâchais de me calmer en respirant lentement, en regardant les gens se presser dans les rues, en passant une main dans mes cheveux… Et puis inévitablement, nous arrivâmes.
C'était un grand hôtel-restaurant où un Stewart nous salua respectueusement à l'entrée. Un grand comptoir de marbre trônait au centre de la réception, au-dessus duquel la salle du restaurant était indiquée par un grand panneau aux lettres dorées. Un serveur nous conduisit jusqu'à la table réservée, et je ne pus m'empêcher de constater en regardant les clients que, contrairement à ce que j'avais craint, je n'étais pas du tout trop élégante dans ma nouvelle robe de soie noire. Ce raffinement et cette luxuriance étaient quelque chose que je n'avais encore jamais goûté jusqu'à maintenant. Je me sentais à la fois perdue et émerveillée.
- Oh, Jasper, mon chéri ! S'écria une voix.
Et sans que je n'ai eu le temps de voir quoi que ce soit, une petite femme brune était suspendue au cou de Jasper, et de manière plutôt très, très peu conventionnelle au vu de l'endroit où nous nous trouvions. D'ailleurs, plusieurs clients se retournèrent vers nous d'un air curieux. Et c'est alors que je la vis. Elle n'était tellement pas à sa place dans cet hôtel guindé et luxueux que je dus prendre sur moi pour ne pas éclater de rire. Je ne tenais pas trop à faire si mauvaise impression à notre première rencontre…
Vêtue d'une longue tunique de lin verte et bleue, ses cheveux étaient tressés sur toute leur longueur avec des perles de bronze et des plumes. A ses oreilles pendaient de longues boucles en bois, et à ses bras, une myriade de bracelets dorés cliquetait à chacun de ses gestes. Mais ce qu'il y avait encore de plus extraordinaire chez elle, c'était ses yeux, deux grands yeux d'un bleu aussi pur et éclatant que les motifs floraux turquoise qui ornaient sa tunique et qu'elle avait surligné d'un long trait noir qui lui donnait un air un peu oriental.
Quand elle eu relâché son fils, elle l'écarta de lui, mais pas pour mieux l'observer comme je l'avais pensé. Elle joignit les mains au niveau de son menton et courba lentement la tête en signe de salut. J'aperçus Jasper lever les yeux au ciel avant de se plier à la coutume. Quand il se releva, il comprit à mon regard que je n'étais pas prête d'oublier cette petite scène et que je saurais le lui en reparler le moment venu. Mais ce que je n'avais alors pas escompté, c'était qu'il un faudrait un jour la saluer à mon tour :
- Alice ! Fit-elle avec un large sourire.
Pétrifiée, je restais immobile. Que devais-je faire ? La saluer comme elle l'avait fait avec Jasper ? Lui serrer la main ?
Et puis sans que je n'aie eu le temps de me poser davantage de questions, elle me serra vivement dans ses bras, à l'odeur de jasmin et d'encens.
- Euh…Bon-bonjour Madame, fis-je timidement une fois qu'elle m'eut relâchée.
- Pas de madame qui tienne, voyons ! Appelle-moi Charlotte !
- Et moi Peter ! S'exclama un grand homme blond que je n'avais pas non plus vu arriver.
Comme j'esquissais un geste de bras pour lui serrer la main, il m'écrasa contre son torse en me tapant dans le dos avec une force qui me fit craindre qu'il ne me décoller un poumon. Ils joignirent ensuite tous leurs mains et se courbèrent d'un air cérémonieux. Les joues rouges, je fis de même et contrairement à ce à quoi je m'attendais, il y avait dans ce salut ancestral quelque chose d'humble et de respectueux qui me toucha.
- Pourquoi rester debout ? Asseyez-vous les enfants !
Nous nous exécutâmes et je ne pus m'empêcher de sourire d'un air soulagé en constatant que je serai à côté de Jasper, qui posa sa main sur mes genoux.
- Tu m'intrigues Alice, commenta Charlotte d'emblée. Tu dégages une aura très forte pour une personne si petite…
Interdite, je jetais un coup d'œil à mon voisin à la dérobée : étais-je censée remercier ?
- Oui, poursuivit alors Peter, je vois exactement ce que tu veux dire. On la dirait habitée par un totem à la fois prédateur et gracieux…
- L'aigle ! S'écria-t-elle alors en brandissant un index à l'ongle bleu. C'est l'aigle Peter ! Regarde ses yeux…
Peter se tourna alors vers moi pour plonger ses iris illuminés dans les miens.
- Hum ! Toussota Jasper en commençant à s'agiter sur sa chaise. Maman, Papa, et si l'on parlait plutôt de votre conférence cette après-m…
- Le Lac Twachinkta Bondastewa ! Le coupa-t-elle d'un ton enflammé en s'agrippant au bras de son compagnon. Tu te souviens ? Tu te souviens ?
- Mais ouiii…je vois à présent… Tu as raison Lo. L'aigle…l'aigle ! Comment n'y ais-je pas pensé plus tôt ?
Il se frappa le front du plat de la main avant de s'esclaffer joyeusement avec Charlotte dont tous les bracelets s'agitèrent dans un concert métallique. Et puis brusquement, ils se turent, fermèrent les yeux et joignirent leurs mains en silence. Ils restèrent plusieurs minutes ainsi immobiles, seules leurs lèvres remuant en une sorte de litanie muette.
- Jasper, chuchotais en tapotant sur sa main. Qu'est-ce qu'il se passe exactement ?
- C'est la raison pour laquelle je me suis orienté en psychologie, maugréa-t-il. Bon, le temps qu'ils finissent, autant qu'on commence à regarder le menu ! Ajouta-t-il en me tendant la carte du restaurant.
- Mais… On ne les attend pas ?
- Pas la peine, murmura-t-il en parcourant rapidement les plats des yeux. Ils vont prendre la salade de quinoa aux carottes et aux germes de soja, parfumée aux herbes de l'Himalaya et son thé noir…
J'écarquillais les yeux.
- Ils font des steaks-frittes dans ce restaurant ?
Je commençais sérieusement à paniquer. D'accord pour le totem de l'aigle et le Lac Tati-Truc, mais devoir avaler des navets grillés à la sauce aux choux, sûrement pas ! J'avais quand même des limites.
- Tout se passe bien, Monsieur ? Interrompit un serveur en jetant un coup d'œil interloqué au couple qui s'était mis à humer une sorte de mélopée ancestrale.
- Je vous remercie oui, grommela Jasper en remettant nerveusement ses lunettes sur son nez. Je vais prendre les pattes aux aubergines. Alice ?
- Euh…la même chose, fis-je en optant pour la sécurité.
- Et vous désirez boire quelque chose ?
Honnêtement, pensais-je en mon fort intérieur, un double-scotch n'aurait pas été de refus. Néanmoins, je préférais interroger mon voisin du regard.
- Prends ce qui te fait plaisir Alice, s'amusa-t-il. Ne t'inquiète pas !
- Non, non, je vais prendre comme vous, pas de souci !
Il m'envoya un clin d'œil complice. Au même instant, Charlotte et Peter sortirent de leur méditation pour s'emparer de la carte des menus. Jasper avait misé juste. Ils prirent la salade bio et se concertèrent pendant trois bonnes minutes pour choisir l'eau minérale de leur choix – après avoir fusillé le serveur qui leur proposait la carte des vins d'un regard noir.
- Qu'est-ce qu'il ya ? Chuchota Jasper en me voyant serrer les lèvres pour ne pas rire.
- Je me disais que s'ils nous avaient reçus chez eux, et pas au restaurant, j'aurais justement apporté une bouteille de vin…
- Si on avait dîné chez eux, fit-il en m'embrassant sur la tempe, je t'aurais mise en garde des mois à l'avance, crois-moi…et peut-être même rédigé un guide de survie !
Je m'esclaffais alors que le serveur tournait les talons d'un air dépité.
- Dis donc jeune homme, le rappela sèchement Charlotte, rapportez avec vous cet ode à la mort, comment voulez-vous qu'on arrive à dîner avec cette sinistre chose au milieu de nous ?
Il écarquilla les yeux en contemplant la table encore vide.
- Le bouquet de fleurs, lui souffla Jasper en s'empourprant de la même couleur que lesdites roses.
- Euh…je… Désolé.
Et il tourna les talons avec tout la classe professionnelle dont il était capable.
- C'est vraiment honteux, poursuivit Charlotte comme si de rien n'était. Pourquoi faut-il toujours que l'homme détruise tout ce que la nature crée pour lui ? Je ne comprendrais décidément jamais…
Peter acquiesça gravement.
Je profitais du silence pour envoyer rapidement un texto à Hale.
« Les gars, ça vous dit de prendre un verre à PA ce soir vers 11H ? »
- Alors Alice, demanda Charlotte en se tournant vers moi. Vous êtes la colocataire de Jasper ?
Interloquée, je fus incapable de répondre. Jasper ne les avait pas mis au courant ou quoi ?
- Je…
- Alice et moi sommes ensembles depuis quatre mois, coupa Jasper d'une voix ferme. C'est sérieux entre nous.
- Oh ! S'étonnèrent-ils d'une même voix. Je suis ravie de l'apprendre, s'exclama joyeusement sa mère. Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Je ne pus m'empêcher de retirer la main que j'avais glissée dans celle de Jasper. Il le sentit et me dévisagea d'un air grave.
- A l'hôpital, nous…
J'écoutais Jasper raconter à ses parents l'histoire plutôt sanguinolente de notre rencontre, l'esprit ailleurs. Je me sentais trahie. Je baissais donc les yeux sur mes genoux, et répondis discrètement à Hale.
« Tu veux que je lui propose ? La connaissant, elle sera sûrement d'accord… ) Au fait, c'est Ed ^^ »
« Ed ? Qu'est-ce tu fous avec le portable de Hale ? Tu risques pas de te faire défoncer la tronche ? »
« Je lui ai confisqué. »
« Adieu. Je t'aimais pourtant bien… »
« Mais sinon elle travaille pas ! J'avais pas le choix… ^^ »
« C'est pas moi que tu dois convaincre… Alors, elle a dit quoi ? »
« OK. On te retrouve là-bas. Au fait, tu saurais pas qui c'est un certain Dimitri ? »
« Non, désolée. Pk ? »
« Non, pour rien… A toute Licette ^^ »
Bon, je dois avouer que le reste du dîner se déroula très bien. Jasper avait l'air si heureux de revoir ses parents que je ne pus m'empêcher de me laisser gagner par son enthousiasme. Charlotte et Peter Whithock ne quittaient leur Texas natal qu'en de rares et grandes occasions. Or, en tant que professeur d'histoire à la faculté, Peter avait été à faire une conférence à l'université ce matin et avait décidé de monter avec Charlotte pour rendre visite à leur fils au passage.
De plus, sous leur aspects pour le moins farfelus, ils se révélaient être un couple absolument passionnant : il ne semblait pas y avoir un seul pays au monde qu'ils n'aient pas sillonné ensembles, le sac au dos et la boussole à la main, comme deux aventuriers des temps modernes. Chacune de leur anecdote faisait naître derrière mes paupières un vaste monde chargé de couleurs chatoyantes et de parfums languissants. Ils avaient un véritable don de conteur et la coordination avec laquelle ils se partageaient la parole, au fil de leurs récits, était tout bonnement prodigieuse et magnifique.
Arrivés au dessert, je rêvais de partager un jour avec Jasper la complicité qui était la leur. J'étais conquise, tout simplement. Et je crois pouvoir dire que le dessin que leur donnais leur fit tout aussi plaisir que me l'avait fait leur spontanéité chaleureuse et amicale à mon égard. Quant à Jasper, la stupéfaction qui se peignit sur ses traits en comprenant que le portrait qui se dessinait sur le papier était le sien, fut si comique que j'aurais voulu la prendre en photo pour la montrer à tous nos amis. Par contre, l'étincelle de tendresse qui brilla dans son regard en embrassant la paume de ma main, je la gravais à jamais dans ma mémoire : ça, ce serait mon trésor à moi, et à personne d'autre.
- Tu sais Alice, fit Charlotte en se penchant vers moi tandis que Jasper s'était mis à discuter avec son père, Jasper ne nous parle jamais de lui. Il ne dit les choses qu'en temps voulu, après avoir réfléchi, et réfléchi, et réfléchi… Mais une fois que c'est dit, c'est dit.
J'acquiesçais vaguement, ne voyant pas très bien où elle voulait en venir.
- J'ai bien vu que tu étais surprise en comprenant qu'il ne nous avait pas mis au courant de votre relation. Mais il ne faut pas lui en vouloir, ou penser qu'il ne t'aime pas autant que tu le pensais… Il a toujours eu beaucoup de mal à s'ouvrir aux gens. Ce dîner signifie beaucoup pour lui, sûrement plus que tu ne le penses.
- Je comprends, répondis-je doucement. J'étais juste surprise. Et un peu peinée, aussi.
- Il ne faut pas ! Fit-elle en prenant mes mains dans les siennes. Je pense que tu es une jeune femme merveilleuse. Très forte. Très sensible aussi. D'ailleurs, j'ai su avant même de voir ton portrait que tu étais une artiste. Ca se sent tout de suite. Avant toi, Jasper ne nous a présenté qu'une seule femme. Une très belle femme. Dans le genre un peu latino : une peau hâlée, une chevelure et des yeux de charbon… Vraiment très belle. Mais il y avait quelque chose en elle de…démoniaque, je dirais. J'ai toujours pensé que sa relation avec Jasper était davantage de la possession que de l'amour.
Je sentais mon cœur se serrer. Une très belle femme. Une chevelure et des yeux de charbon… Tout ce que je n'étais pas.
- Quoiqu'il en soit, poursuivit-elle, je ne l'ai jamais vu aussi heureux qu'aujourd'hui. Et ça, je suis sûre que c'est grâce à toi. Ce n'est pas toujours facile d'affronter les fantômes de son passé. Mais quand on les laisse nous ensevelir, ils finissent par nous noyer dans les plus noirs tréfonds de notre âme. Il suffit parfois d'une toute petite chose : une rencontre, un souvenir, quelques mots… Et l'on trouve la force de se battre, de remonter à la surface. Il ne faut jamais se laisser hanter Alice...
Etais-ce moi ou elle semblait lire, jusqu'au plus profond de mon cœur, ce secret qui me rongeait ?
- Jasper a trouvé la sienne. Tu es cette force, Alice.
Je restais sur ma chaise, foudroyée. Mes mains tremblaient et mon cœur cognait dans ma poitrine comme un oiseau qui cherche en vain à s'enfuir de sa cage. Tout dans mon corps me hurlait « Maintenant ! Maintenant ou tu n'y arriveras jamais ! »
- Excusez-moi, je vais juste aux toilettes.
Ma chaise racla sur le sol et je traversais la salle du restaurant en me retenant douloureusement pour ne pas courir.
- Excusez-moi ? Demandais-je une fois arrivée à la réception. Vous auriez des ordinateurs à disposition des clients ?
- Bien sûr, m'informa la réceptionniste d'une voix polie. Dans la petite salle vitrée, à gauche des ascenseurs.
- Merci.
J'accélérais le pas. Heureusement, la salle était presque déserte. Je m'assis au premier poste venu, ouvris une page Internet, et enfouis un long moment mon visage entre mes mains.
Puis j'inspirais longuement, et avant d'appuyer sur la touche de confirmation, j'inscris dans la barre de recherche les deux petits mots qui me hantaient depuis Noel.
Victoria Brandon.
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Voilà, j'espère que ça vous a plu et que vous me pardonnerez mon retard ! :)
J'essaierais de publier le plus régulièrement possible, mais moins souvent qu'au début, désolée…
Encore merci, et à bientôt j'espère ! ^^
