Auteur : Nat.
Disclaimer : Rien n'est à moi, tout est au vénéré Tolkien.
Warnings : Ce recueil de OS est peut-être un peu déprimant… Un peu.
° 29 °
La matinée est déjà bien avancée lorsqu'il se décide à quitter la chambre. Il ne se dirige pas vers la salle de jeu et le garde du palier l'interpelle. Où est-ce qu'il va, pourquoi ? Il ne veut pas lui parler, mais le garde le renverra dans la chambre s'il l'ignore. Alors l'enfant cale sa poupée sous son bras, pouce gauche dans la bouche, et lui tend de l'autre main le petit sachet de plantes broyées que le guérisseur a oublié sur la table de chevet. L'autre hoche la tête et le laisse passer.
Il ne sait pas où se trouve l'officine du guérisseur. Il déambule au hasard dans la maison, longe des couloirs vides, traverse des pièces désertes, ne croise personne dans les escaliers. Il arrive dans la cuisine. Un garçon en tablier tâché lui demande s'il a faim et lui tend une petite tarte à la pomme. Pas un mot au maître coq, ajoute-t-il. Elrond prend la tarte de la main gauche et repart. Il n'y a même pas de coq dans la maison, d'abord.
Ses pérégrinations solitaires ne le mènent pas à l'officine, mais l'arrêtent un instant devant la porte du bureau du méchant qui gronde. Elrond n'aime pas cette pièce. Mais la porte est mal fermée et il entend la voix du hurleur, dedans. Alors il reste pour écouter, un peu.
« …Avons donc pris la pleine mesure de la situation, fait la voix rauque du grondeur, et nous estimons, pour le bien des enfants et en particulier d'Elrond…
-Gil-galad grincera des dents à s'en abîmer l'émail, après ce que nous avons fait, dit le hurleur.
-Frère, soupire le grondeur, la dentition de Gil-galad est la dernière de mes préoccupations alors cesse de m'interrompre. Pour le bien des enfants, disais-je, qu'il serait hautement préférable de les retirer à nos soins et de les confier aux vôtres. C'est pourquoi… »
Elrond croque un bout de sa tarte, pensif. Il n'a jamais vu cousin Gil, mais il sait qui il est.
« …Et nous espérons que vous serez en mesure de les recevoir tous les deux d'ici le retour du printemps. Achève la voix cassée. Salutations à Tyelpë et Galadriel, formules de politesse habituelles, signatures. Qu'en penses-tu ?
-Devons-nous vraiment lui détailler d'emblée le cas d'Elrond ? S'enquiert le hurleur.
-Cela me semble indispensable. Autant qu'il sache à quoi s'attendre. Le petit… »
Elrond en a assez d'écouter. Il cesse de grignoter sa tartelette et repart. Il trouve un escalier, monte à l'étage supérieur et entre dans la salle de jeu. Elros est là, occupé à faire une pyramide elfique avec les figurines de soldats. Le garçonnet fronce les sourcils en le voyant.
« T'étais où ? »
Elrond ne répond pas aussitôt. Il va poser le sachet de plantes sur le coffre à jouets. Puis il se tourne vers Elros et lui tend ce qui reste de la petite tarte.
« A la cuisine. »
Elros pousse un cri de joie et se précipite sur la pâtisserie. Tandis qu'il la déguste, son jumeau hésite à parler. Est-ce qu'il doit le dire ? Il se mâchouille la lèvre et l'autre métis l'interroge du regard. Finalement, il secoue la tête. Et il chuchote, désignant la tarte du doigt :
« Il faut pas le dire au coq. »
°0oOo0°
