Bonsoir !

Merci à nath16, Manooon, Elodiev31, Guest, pucinette52 et July-bOnes.

Bonne lecture !


Chapitre 28 : Passé

Booth fixait la porte qui s'ouvrait lentement, dans un long et pénible grincement, curieux de savoir qui allait entrer, appréhendant tout de même cette rencontre. Puis le tueur franchit la porte, mettant fin à son attente, à son espoir peut-être aussi en quelque sorte. La lumière s'alluma.

Il s'apprêtait à soupirer de soulagement, mais il aperçut alors la forme féminine qui franchissait à son tour le pas de la porte, dans l'ombre de son bourreau. C'était Bones. Il le savait. Il le sentait. Il le voyait.

Son cœur se serra. Elle marchait tête baissée, faisant de petits pas, laissant la pointe de ses pieds buter sur le sol.

Soudain elle se redressa, et son regard se posa sur Booth.

Il était là, enfin là devant elle. Bien vivant.

«Je vous laisse, mes tourtereaux ! Je crois que vous avez plein de choses à vous dire…»

Samuel leur offrit un grand sourire avant de quitter la pièce en claquant la porte, non sans avoir au préalable attaché solidement Brennan à une chaise ancrée au sol.

Brennan regardait Booth. Booth regardait Brennan. Ils se regardaient comme si l'autre ne devait pas se trouver là, comme s'ils avaient souhaité que l'autre ne soit pas là, même si dans une partie de leur cœur ils étaient bien contents de se revoir.

Brennan aurait voulu s'approcher de Booth, effleurer la peau de sa joue, devenue moins douce à cause de la barbe naissante qui recouvrait son épiderme. Peu importait. Elle avait juste besoin de le sentir sous ses doigts, d'être sûre qu'elle ne rêvait pas. Mais elle avait beau tendre la main, il était trop loin d'elle.

«Booth !

-Bones…

-Vous allez bien ?

-J'ai connu mieux…et vous ?

-Moi ça va, ne vous inquiétez pas.

-Pourquoi vous êtes là, bon sang ! Le FBI est-il incapable au point de ne pas avoir su vous protéger ?

-Non. Tout ça, mon enlèvement…c'était prévu.

-Comment ça, «prévu» ?

-Je…»

Brennan n'eut pas le temps de répondre ; une porte s'était ouverte, il était de retour.

«Si tu comptes sur ton cher pendentif pour te sortir de là, petit oiseau, je crains que tu n'aies aucune façon de te sortir de là» ricana Sam alors qu'il verrouillait la porte.

La façon dont Sam avait appelé Brennan suscita immédiatement la colère de Booth. Il n'avait pas à l'appeler comme ça, ou même à la tutoyer.

«La ferme !» cria-t-il.

Mais Sam ne l'écouta pas, souriant devant sa colère. Il était content d'avoir pu provoquer une réaction chez son prisonnier, qui se retenait de réagir à ce qu'il disait depuis quelques heures.

Il s'approcha davantage de Brennan et tendit la main gauche vers elle, paume vers le ciel.

Brennan découvrit dans sa main les fragments du pendentif, que Sam avait probablement détruit avec une grosse pierre ou un burin et un marteau. Son sang se glaça alors qu'elle réalisait que le plan de Sweets était tombé à l'eau, et qu'ils se retrouvaient, Booth et elle, complètement seuls face au tueur…

Elle n'avait pu s'empêcher d'écarquiller les yeux à l'instant où elle avait vu les débris, ce que Sam avait bien sûr remarqué. Il se pencha pour être à sa hauteur et avança la main droite pour toucher son visage tandis qu'il jetait les morceaux du pendentif sur le sol. Brennan le regarda dans les yeux et lui lança le regard le plus haineux qu'elle avait en réserve. Il se contenta de la regarder dans les yeux, instituant ainsi un échange silencieux entre les deux ennemis. Il souriait, son doigt dessina les contours de son visage, passant par son menton, puis par sa pommette droite.

Sam savait que ce geste irriterait fortement les deux partenaires ; Booth ne supportait pas qu'on touche à sa petite anthropologue préférée, et Brennan quant à elle détestait qu'on la touche. Il en eut la confirmation quelques secondes plus tard :

«Ne la touchez pas espèce de salopard !» hurla Booth, n'en pouvant plus de voir le doigt de tueur de Samuel sur le doux et tendre visage de sa Bones.

Samuel ne répondit pas, bien trop absorbé par les yeux envoûtants de la jeune femme. Elle était décidément étonnante ; elle était la première de ses victimes à oser le regarder dans les yeux. Aucune des autres n'en avait eu le courage, trop effrayées sans doute. Mais elle, elle n'avait pas peur. Elle le haïssait, oui, mais elle n'avait pas peur de lui. Pas encore du moins…

Il recouvrit la joue de la jeune femme de sa main, caressant du pouce sa pommette. Elle secoua la tête, tentant de se débarrasser de cette main. Voyant que cela ne fonctionnait pas, elle envoya sa jambe – qui n'était pas attachée – dans celles de Samuel, espérant lui faire perdre l'équilibre.

Mais son pied ne heurta que son genou, et il se rétablit rapidement. Il éclata de rire, provoquant l'incompréhension de ses deux prisonniers.

Lorsqu'il se fut calmé, il se tourna de nouveau vers Brennan. Il se pencha vers elle et, pour que Booth n'entende pas, il murmura à son oreille :

«J'aime quand tu me défies tu sais, ça met du piquant dans le séjour que nous allons faire ici tous les trois…et c'est excitant…c'est comme voir un petit oiseau se débattre dans sa cage alors que tu approches la main pour l'étrangler…»

En prononçant le mot «étrangler», il lui saisit la gorge, l'obligeant à le regarder.

«Et toi petit oiseau, la dernière chose que tu verras avant de mourir, ce sera mon visage…»

Puis il la lâcha et s'éloigna d'un pas, la laissant reprendre son souffle.

En entendant ce que disait Samuel, Brennan avait senti un mal au cœur s'installer en elle. Cet homme était fou. Complètement fou.

Booth vit que quelque chose n'allait pas, mais aucun son ne voulut sortir de sa bouche. Il essayait vainement de découvrir ce qu'il avait pu dire pour lui donner la nausée. Il le lisait dans ses yeux, elle avait envie de vomir.

Alors qu'il s'écartait légèrement, elle put voir pour la première fois le visage de Booth – dont elle ne voyait auparavant que le contour. Il avait de nombreuses égratignures, mais aussi plusieurs ecchymoses et un œil au beurre noir rien que sur le visage. Sur ses bras, on voyait le début d'une ligne rouge sang, le sang était à peine séché et la blessure pleine de sel…

Pendant que Brennan fixait Booth, Samuel s'était éloigné sans bruit et avait pris un couteau sur la table. Il s'approcha de Brennan et se plaça derrière elle. Il posa la lame sur sa gorge et, de l'autre main, ouvrit les menottes qui la liaient à la chaise.

La jeune femme sentit qu'il l'avait libérée et tenta de prendre l'avantage sur lui, mais Samuel pressa la lame davantage contre son cou, et elle se figea. Il passa son bras gauche autour de sa taille et la fit se lever. Puis il voulut l'entraîner vers la chaise qui se trouvait près de la table, mais elle résista.

«Non non petit oiseau, tu vas par là. Tu verras, tu ne sentiras presque rien. Tu as déjà vécu cela, tu te souviens ? Comment s'appelait-il déjà…Elliott, c'est bien cela ?» siffla-t-il.

Ce nom fit perdre toute force à Brennan. Elle laissa Sam la traîner vers la chaise, les larmes brillant dans ses yeux. Une de ses murailles venait de s'effondrer.

Elle ne sentit même pas qu'il lui attachait les poignets aux accoudoirs. Elle le vit à peine entailler la peau de son bras à intervalles réguliers sur la largeur. Elle se revoyait, une quinzaine d'années en arrière, supplier son agresseur d'arrêter de lui faire ces entailles. Elles avaient disparu aujourd'hui, n'ayant pas eu le temps de se fixer.

De nouvelles larmes coulèrent sur ses joues. Elle ne pouvait plus les retenir, plus maintenant. Ce monstre avait ouvert une des portes qui la menaient à son passé, passé qu'elle avait toujours enterré sans jamais s'y confronter, et qui à présent revenait et la rongeait de l'intérieur.

Elle ne revint à la réalité que lorsque Samuel posa le torchon trempé dans l'eau salée sur ses bras. Elle hurla de douleur ; le sel la brûlait dans chacune des entailles que Samuel lui avait faites. Ce dernier souriait de toutes ses dents, tandis que Booth avait les larmes aux yeux, touché à la fois par la douleur physique qu'elle ressentait et le mal intérieur qui semblait la détruire à petit feu. Booth ne comprenait pas tout. Simplement que cet Elliott devait faire partie du passé de sa partenaire. Ce passé noir, passé dont elle refusait de parler, même à lui, son partenaire.

C'est alors qu'il comprit le véritable pouvoir de nuisance de cet être maléfique qu'était Samuel. Il déterrait ce que tout le monde voulait garder enfoui, les secrets les plus douloureux, et les faisait ensuite revivre à ses victimes. Il les plongeait dans un cauchemar sans fin, les détruisant au plus profond d'eux-mêmes à l'infini.

Il aurait tellement voulu pouvoir être aux côtés de sa Bones à ce moment-là, la serrer doucement dans ses bras et lui dire que tout allait bien, que tout était fini, qu'elle n'avait plus rien à craindre.

Mais il ne pouvait pas, il ne pouvait que la voir souffrir en silence, et il détestait cela plus que tout au monde.

Il frappa du pied sur le sol, faisant se retourner Samuel.

«Un problème, Seeley ?

-Laissez-la tranquille ! cria-t-il, excédé.

-Cela fait plus de quatre jours que nous nous voyons régulièrement, on pourrait se tutoyer, non ?

-Fichez-lui la paix !

-Désolé, ce n'est pas vraiment dans mes plans. On verra plus tard pour ça, mon cher !»

Sam retourna à sa sombre besogne, à savoir la torture de son petit oiseau.

Il se tourna vers la table métallique sur laquelle étaient posés des instruments de toutes sortes. Il sourit en voyant un cure-dent métallique et une bouteille de Javel. Il saisit le petit pic, versa un peu de produit dessus :

«Ça va piquer mon ange !» ricana-t-il en appliquant sans douceur le cure-dent sur une zone de peau encore immaculée.

Le hurlement de Brennan était à glacer le sang. Booth hurlait lui aussi. Il hurlait sa rage, sa douleur. Il suppliait le tueur d'arrêter. Mais ce malade ne faisait que ricaner, plus fort encore que tous les cris qui s'échappaient de cette pièce.

Quand Sam en eut terminé, la jeune femme n'avait même plus la force de tenir sa tête droite. Elle n'était que douleur et fatigue, remplie d'une lassitude de vivre.

Elle n'avait jamais eu aussi mal de toute sa vie. Elle n'était qu'une plaie béante, gémissante.

Et outre sa douleur pourtant dominatrice, il y avait cet autre sentiment qui l'habitait. Elle se sentait faible, faible devant Booth, et elle ne le supportait pas.

Booth souffrait tellement de la voir dans cet état, de sentir sa douleur, qu'il en grimaçait.

«Je vais te tuer sale ordure !

-Seeley…il va bien falloir que tu te fasses à l'idée que tu ne peux pas la protéger en permanence de tout…ton côté chevalier blanc, n'est-ce pas ? C'est pour ça que tu protégeais ton petit frère de ton père…un alcoolique, c'est bien cela ?»

Remarquant le soudain mutisme de Booth, Sam sourit. Il savait que l'agent tentait de se réfugier dans son armure, mais cela ne suffirait pas…

«Je me demande pourquoi tu n'as pas protégé ta mère ce fameux soir d'hiver…tu aurais pu, tu aurais , non ? Si tu l'avais fait, elle ne serait pas morte quelque part…seule…sans que personne ne sache où elle était…

-Taisez-vous ! Vous ne savez pas de quoi vous parlez !

-Tu te trompes Seeley, vraiment. J'ai parlé à ton cher frère. Il avait besoin de parler, et il m'a tout raconté. Tu n'es vraiment qu'un lâche, rester dans ton lit alors que tu sais que ton père frappe ta mère juste en-dessous de toi…»

Booth dut se mordre la lèvre pour ne pas pleurer. Il sentait une grosse boule de chagrin se former dans sa gorge, et la douleur qu'elle provoquait était insupportable. Il sentait que ses yeux allaient exploser, emplis de plus de larmes qu'il ne pouvait en supporter.

Samuel le vit et décida de les laisser seuls quelques heures. Il quitta la pièce, un sourire narquois aux lèvres.

Dès que Sam fut sorti, Booth laissa perler les larmes sur ses joues. Il se laissa pleurer quelques secondes avant de reprendre contenance. Il n'avait pas le droit de flancher, pas maintenant. Il devait penser à Brennan en premier lieu, à elle et à elle seule.

«Bones ?» appela-t-il, ne la voyant pas bouger.

Depuis que Sam avait prononcé le nom d'Elliott, Brennan était dans un état semi-hypnotique. Elle ne percevait plus rien de ce qui se passait autour d'elle. Elle avait le regard vide, tête penchée vers le bas, à cause de cette douleur atroce aussi. Booth entreprit de se rapprocher d'elle, entraînant pour ce faire la chaise avec lui.

Ses blessures au bras le brûlaient atrocement ; les menottes lui rentraient dans la peau et appuyaient sur ses égratignures. Sa cheville le faisait également beaucoup souffrir. Mais il réussit tant bien que mal à rejoindre sa Bones, porté par l'affection et même l'amour qu'il éprouvait pour elle.

«Bones, murmura-t-il doucement. Bones…»

Il aurait tellement voulu la prendre dans ses bras, ou même seulement lui tenir la main…mais ses mains liées dans son dos l'en empêchaient cruellement. Il se tourna alors, se mettant dos à elle, et entreprit de poser l'une de ses mains menottées sur la sienne, prenant bien garde à ne pas toucher l'une de ses égratignures.

Brennan sentit soudain la chaleur sur sa main et releva la tête. Voyant Booth, elle eut un faible sourire et murmura un faible «merci».

Booth tourna la tête pour la regarder. Cela lui faisait un mal de chien, mais cela importait peu. Il lui sourit également, lui apportant par là un peu de baume au cœur.

«Ça va Bones ?» murmura-t-il tendrement.

Elle acquiesça, mais Booth savait qu'elle mentait.

«Vous voulez en parler ? Ça pourrait vous faire du bien, vous savez.

-Non merci Booth…je ne préfère pas…on peut juste…ne rien dire ?

-Comme vous voulez Bones. Je me retourne ou vous préférez que je laisse ma main là où elle est ?

-Retournez-vous, dit-elle avec un demi-sourire.

-À vos ordres !» fit-il avec un sourire en se retournant de nouveau tout en masquant la douleur qu'il éprouvait.

De l'autre côté du mur, dans la pièce mitoyenne, Sam sourit devant son écran. Il voyait et écoutait tout grâce à des caméras et des micros. Il avait eu du flair en écoutant le jeune Jared dans ce bar. Après tout, c'était grâce à lui qu'il avait entendu parler de Booth. Et naturellement, Jared n'avait pu s'empêcher de lui parler du docteur Brennan. Ne l'avait-il pas draguée pour faire enrager son frère ? Une femme fascinante, envoûtante même. Samuel lui-même avait été absorbé par son regard océan. Elle était réellement attachante, un peu trop peut-être. Attachante, mais tellement stupide malgré sa grande intelligence. Elle gâchait sa vie enfermée comme un rat dans son laboratoire, et elle gâchait aussi l'amour d'un homme avec ses stupidités. Au lieu d'en profiter, elle le repoussait et passait son temps avec des cadavres.

Booth quant à lui n'était pas mieux. Il se négligeait lui-même pour un amour qu'elle ne pouvait pas lui donner. Du moins, c'était ce qu'elle disait…

En effet, Sam était convaincu qu'elle l'aimait en secret. C'était évident. Et il finirait par comprendre pourquoi elle ne voulait pas l'admettre. Aucun élément de son passé ne pouvait le justifier totalement. Même si elle ne croyait pas en l'amour, elle devait ressentir tout de même ce sentiment puissant qui vous fait perdre la tête. Même elle. Surtout elle.

Elle finirait bien par lui livrer son secret.


Un avis ? :)

La suite...je ne sais pas trop pour quand, je n'ai plus de nouvelles de ma partenaire depuis un petit moment déjà...je vous tiens au courant !