- Expecto Patronum !
Bien que son cri ait résonné dans toute la salle, sa baguette ne cracha qu'un filet de brume informe. Gopi grogna d'autant plus fort que la colombe de Sviet volait dans la chambre. L'oiseau magique choisit d'aller se poser sur la moustache de Salazar Serpentard. Albus s'entraînait plus loin à manipuler l'eau qui coulait continuellement de ces canalisations.
- Tu n'as pas besoin de crier, simplement concentre-toi sur un souvenir plus heureux.
C'était la dixième fois que Scorpius répétait la même chose. Il gardait pourtant la même patience qu'au début. Alors que Sviet avait rapidement trouvé un souvenir puissant, Gopi bloquait encore sur des émotions trop faibles. Mais, en élève appliqué, il reprit depuis le commencement.
- Assieds-toi Gopi, lui demanda Albus.
Comme à chaque fois, une requête d'Albus n'était jamais discutée. Le jeune homme obéit avec admiration alors qu'un serpentin d'eau tournait toujours autour de son aîné.
- Ferme les yeux. Fait le vide. Tu es heureux n'est-ce pas ? Alors pourquoi aller imaginer quelque chose. Concentres-toi sur ce qui t'entoure, cette salle et puis nous. On est tous ensemble. On s'entraîne. Que pourrait-il y avoir de mieux ?
Au son de la voix d'Albus, Gopi se mit à sourire. Scorpius avait remarqué que Sviet avait aussi les yeux fermés. Tous deux étaient tellement confiants et sûrs qu'Albus était le meilleur qu'ils suivaient à la lettre tout ce qu'il pouvait dire. Cela agaçait d'ailleurs souvent le jeune Potter car il avait l'impression de donner des ordres, de forcer les gens. Il détestait cela.
- Expecto Patronum.
Si Scorpius n'avait pas été attentif, il aurait pu manquer la formule que Gopi avait presque murmuré cette fois. Pourtant, là encore, ce ne fut qu'un nuage de magie qui s'échappa de la baguette. Gopi ouvrit les yeux et afficha derechef un visage déçu.
- J'ai encore …
- Attend.
Contrairement aux autres, Albus restait concentré sur la brume. Elle semblait se mouvoir, se tordre et se replier sur elle-même. Elle se compacta jusqu'à se réduire à la taille d'un hérisson opaque, sauf que cela n'avait la forme de rien. La silhouette sembla alors aspirer le léger brouillard qui flottait au dessus du sol.
Il n'était pas là à leur arrivée mais ils n'avaient jusqu'à lors pas remarqué sa présence. Scorpius comprit très rapidement que cette fumée était en fait constituée de tous les essais infructueux de Gopi. Son patronus incorporel les assimilait et devenait de plus en plus gros. De la taille d'un hérisson, il passa à celle d'un chat puis d'un chien mais ne s'arrêta pas là.
C'est quand il commença à dépasser le gabarit d'un ours que Scorpius et Sviet crurent bon de prendre leur distance. Gopi était bien trop émerveillé pour faire le moindre geste et Albus se tenait droit et fier. Scorpius était sûr qu'il était conscient des regards furtifs que lui adressait leur cadet.
Le patronus atteint bientôt une taille telle que Scorpius cessa de chercher des comparaisons dans le règne animal. Heureusement que la Chambre des Secrets était très grande. Il arrêta ensuite subtilement de gagner en dimension pour gagner en précision. Une fois encore la brume argentée se contracta et se resserra. Ils purent rapidement reconnaître la forme des pattes, de la tête et de la queue mais le corps resta indéterminable jusqu'au dernier moment.
Si tous avaient été silencieux durant son élaboration, le patronus final les laissa complètement sans voix. Ils regardèrent avec admiration et crainte la créature magique s'ébrouer. Elle se tourna ensuite vers Gopi et lui tendit son museau.
- Alors comme ça mon patronus est un dragon. Vous aviez déjà entendu parler de ça ?
Ils ne purent répondre que par une inclinaison de tête. Gopi regarda la colombe de Sviet se poser sur une corne du reptile géant et Scorpius parvint à peine à croire la différence de taille. Il savait, bien entendu, qu'un patronus pouvait théoriquement prendre n'importe quelle forme mais il n'avait jamais envisagé qu'un sorcier puisse obtenir un tel aspect. Il était pourtant la preuve vivante qu'il était possible d'invoquer une créature magique. D'un coup de baguette, il fit apparaître son demiguise.
En apercevant le dragon, le patronus de Scorpius se cacha dans le dos du sorcier et disparut.
- En revanche, il prend de la place.
- C'est vrai que ce n'est pas très discret.
Comme s'il savait qu'on parlait de lui, le patronus éternua violemment et disparut derrière un nuage de paillettes argentées et bleues. Quand il réapparut il n'avait plus que la taille d'un iguane. Il battait vigoureusement des ailes mais restait plus gros que la colombe de Sviet. Ils se tournaient autour en fendant les airs.
Le dragon miniature se mit à cracher des flammes. C'est alors que Scorpius vit un autre tir de feu en réponse au premier. C'était un patronus de coq que s'efforçait de cracher des flammes lui aussi. Il s'envola avec la colombe et le dragon les regarda passer devant lui. Scorpius se tourna vers Albus, admiratif qu'il ait réussi à garder le contrôle de l'eau tout en jetant un expecto patronum.
Mais quand un petit point bleu argenté s'ajouta à la danse, les jeunes sorciers surent qu'il y avait un patronus de trop. L'insecte se dirigea droit vers Albus pour se poser sur le doigt que ce dernier lui avait tendu. Il sembla écouter la coccinelle un instant avant de déclarer :
- C'est déjà l'heure. Allons voir qui sera notre prochain directeur.
Ils avaient si rapidement quitté la chambre des secrets qu'ils purent entrer dans la Grande Salle à la suite des autres élèves. Tout Poudlard avait été réuni juste avant le déjeuner. Au devant de la table des professeurs avait été mis un piédestal sur lequel on avait posé une grande coupe. McGonagall se tenait juste derrière. Elle regardait l'école s'installer sans dire un mot.
Scorpius voyait beaucoup de professeurs arborant une mine bien plus sérieuse qu'à l'accoutumée. Le professeur Prince et Longdubat paraissaient tendus. Gramson affichait son air sûr habituel alors qu'Ariana et le professeur Filtwick étaient détendus jusque dans leurs sourires. En les regardant, Scorpius voyait bien que la plupart des enseignants n'avaient pas la carrure pour devenir directeur mais parmi le peloton restreint qu'il considérait plus sérieusement, il était dur de se prononcer sur l'issu du vote.
Albus à ses côtés étaient lui aussi en train de détailler la situation. Il devait avoir en tête un panel de possibles directeurs encore plus maigre que celui de Scorpius. Il y a une semaine, ils avaient chacun écrit leur pronostic sur un bout de papier qu'ils avaient remis à l'autre. Ils avaient pris cela comme un jeu et avaient fait leur spéculation après avoir voté le plus sérieusement du monde.
- Merci d'être venu. Nous allons bientôt procéder au dépouillement mais avant je tenais à vous remercier car enseignant comme élève, vous avez tous participé. La question est de savoir si vous aurez su vous mettre d'accord pour notre nouveau directeur adjoint. Mais commençons sans plus tarder.
La coupe se mit alors à brûler. Elle recracha un papier. Cette façon de faire était très similaire aux tournois des Trois Sorciers qu'avait raconté monsieur Potter à Albus, et Albus à Scorpius. Les noms sortiraient-ils un par un ?
- Pour Rufus Prince, 1 voix.
Scorpius put observer en direct l'émotion d'abord puis la panique. Il était évident qu'il n'avait aucune envie d'être directeur même s'il se montrait très touché que quelqu'un ait pu penser cela. La coupe expulsa de nouveau un papier.
- Pour Pomona Chourave, 15 voix.
C'était donc ainsi que l'on allait procéder. Chaque fois, la coupe donnait le nom d'une personne et le nombre de voix qui lui avait été adressé. Et si elle continuait à donner les noms par ordre croissant de votes, le directeur adjoint serait le dernier à sortir.
- Pour Firenze, 34 voix.
Le centaure fronça légèrement les sourcils mais fit un signe de tête pour exprimer sa gratitude. L'attention de Scorpius fut attirée ailleurs. À côté de lui Albus s'agaçait. Scorpius lui donna un petit coup pour qu'il se rende compte qu'il commençait à attirer l'attention autour de lui.
- Qu'est-ce qu'il y a Albus ? Calmes-toi.
- Je serais calme quand le nom de Gramson sera passé. Certains ont forcément voté pour cet imbécile, je voudrais savoir combien ils sont. Il est la pire chose qui puisse arriver.
- Pour Oliver Gramson, 47 voix.
- Quoi ! C'est scandaleux. Comment autant de gens sont assez stupides pour croire que cette brute ferait un bon directeur. C'est insensé. Autant mettre tout de suite un scrout à pétard à la tête de Poudlard ! Gramson est un con, c'est si difficile à voir ?
Cette fois-ci Albus attira complètement l'attention sur lui. Heureusement, Scorpius lui avait jeté un sort de mutisme dès qu'il avait entendu le nom du professeur. Les élèves autour d'eux le regardaient gesticuler en silence avec de drôles d'air mais l'annonce suivante de McGonagall les concentra de nouveau sur ce qui se passait devant eux.
- Il ne reste plus que deux papiers.
La coupe cracha. La directrice attrapa au vol le papier. Le silence dans la salle se fit un peu plus pesant.
- Pour Ariana, 106 voix.
Un murmure parcourut toute la salle. Scorpius fut très déçu qu'elle ne soit pas première. Elle aurait été une très bonne directrice. Et surtout qui restait-il à présent ? Tous ceux que Scorpius imaginaient dans le futur rôle de directeur était passé. Tous les yeux furent sur la coupe au moment où elle laissa échapper le dernier nom.
- Pour Neville Longdubat, 106 voix.
Le-dit professeur s'était évanouit rien qu'en entendant son nom. Alors que toute l'assemblée s'était mue à l'annonce d'une égalité, Ariana et l'infirmière étaient les seules à avoir fait attention au professeur de botanique.
Voici donc le deuxième chapitre promis. J'espère que vous serez encore là à mon retour. N'hésitez pas à laisser une review (d'ailleurs un grand merci à LambdaOfTheDead qui commente presque à chaque fois. Tes commentaires me font toujours énormément plaisir !) Prenez soin de vous !
