Bonjour à tous,
Un grand merci pour vos reviews sur le chapitre précédent. J'ai répondu à toutes les personnes inscrites sur le site! Quant aux reviews anonymes, je l'ai lis avec un plaisir certain, soyez en sûr.
Concernant ce chapitre, j'ai beaucoup apprécié l'écrire, notamment la deuxième partie. Je pense que vous allez découvrir et comprendre davantage de choses sur les différents personnages de cette histoire. Et vous allez surtout découvrir Ayeline sous un autre angle. Moins d'actions dans ce chapitre mais quand même beaucoup de choses qui s'y passe. Alors, j'espère qu'il vous plaira !
Patmol25.
Chapitre XXVIII : Lâcher prise
Narcissa, un léger sourire aux lèvres, écouta d'une oreille distraite les chamailleries des deux enfants à ses côtés. Elle malaxa une boule de pâte à biscuits puis attrapa un rouleau à pâtisserie en bois. Avec application, elle fit des va et viens sur la pâte jusqu'à ce qu'elle soit étalée sur environ deux centimètres d'épaisseur.
« Ce n'est pas marrant ! » gronda la voix de Harry, ses yeux bleus se voilant de colère. « Je m'en fiche, je dirai à tes amis comment tu as hurlé de peur face à Nagini ! »
La bouche de Drago s'ouvrit un 'o' parfait, trahissant son hébétement face à la menace de son cousin. Il fronça ensuite les sourcils, serra les lèvres et pointa un doigt menaçant vers Harry. Ce dernier affichait un sourire vainqueur. Il croisa les bras contre sa poitrine et arqua un sourcil, l'invitant à répondre à sa répartie.
« Je n'ai certainement pas hurlé de peur, » cracha le Serpentard, agitant son doigt de colère. « J'ai simplement été... surpris par son arrivée impromptue ! Redis ça encore une fois et... »
« Bien, bien, les garçons, » intervient-elle d'une voix douce pour éviter que la situation ne dégénère. « Vous n'avez sûrement pas envie d'être punis jusqu'à l'arrivée de vos amis ? »
« Ce ne sont pas mes amis ! Ce sont juste des …»
La réponse vive du Gryffondor fit haussa un sourcil à Narcissa. Le garçon eut le bon sens de fermer la bouche bien que ses poings se serrèrent le long de son corps. Au bout de quelques instants, la tension redescendit et un silence paisible s'installa.
Depuis l'arrivée de Harry, elle était effarée par les chamailleries constantes entre les garçons : allaient-ils réussir à rester cinq minutes sans se titiller ? Ils étaient incroyables car ils s'étaient finalement tous les deux enthousiasmés de passer les deux jours à venir ensembles mais malgré tout, ils devaient se chicaner sans cesse. Il s'agissait probablement de leur mode de communication...
Les deux adolescents se remirent au travail sous son regard. Tous les trois préparaient des biscuits pour la venue des amis de Drago. Si Narcissa s'occupait de la pâte, Drago et Harry étaient chargés de découper des formes à l'aide de différents emporte-pièces : un dragon, une représentation de Poudlard, un balai...
« Je peux aller prendre ma douche pendant que les biscuits cuisent ? » demanda Drago une dizaine de minutes plus tard, une fois les derniers biscuits déposés sur la plaque du four.
« Bien sûr. Je vais veiller à la cuisson. »
Drago sourit à sa mère, excité à l'idée de recevoir ses amis à la maison. Depuis leur entrée à Poudlard, il s'agissait d'une sorte de tradition. Lors des vacances d'été, ils se retrouvaient tous chez Drago et passaient la nuit à s'amuser, discuter et grignoter des cochonneries ! Ils seraient tous là, hormis Vincent, en vacances chez sa famille près d'Oxford. Même s'il ne l'avouerai pour rien au monde, il se réjouissait de la présence de son cousin.
Ce dernier l'observa quitter l'immense cuisine des Malefoy en sautillant. Il retint la réplique moqueuse qui lui brûla les lèvres, ne souhaitant pas voir son cousin se renfermer. Drago pouvait être vraiment marrant et gentil lorsqu'il faisait un effort ! La porte se referma, laissant un doux silence derrière lui.
« Comment vas-tu Harry ? »
La question de Narcissa le tira de ses pensées. Il tourna un regard incertain vers sa tante, ses joues s'empourprant légèrement. C'était l'une des rares fois où il se retrouvait seul avec elle ! Hereusement, Narcissa incarnait toute la douceur et la gentillesse manquant parfois à son époux. Si à l'extérieur, elle paraissait être un glaçon, elle était bien plus ouverte et chaleureuse dans l'intimité de leur famille. De ce fait, Harry était beaucoup plus serein et détendu en sa présence qu'en celle de Lucius.
« Ça va, » assura t-il.
Cependant, sa propre voix lui sembla fausse à ses oreilles. Il émit un léger grognement, provoquant un rire chez sa tante. Il avait encore du travail à faire pour dissimuler ses émotions ! Il devrait peut-être demander à Adam de lui enseigner quelques rudiments dans ce domaine.
Narcissa admirait le sang froid de son neveu. Comment faisait-il pour rester si calme et si agréable, comme à son habitude ? À sa place, elle en aurait ras le chaudron de toutes ces histoires ! À treize ans, Harry faisait preuve d'une maturité étonnante, parfois même inquiétante. Comment vivait-il son passage de Survivant à celui de fils de Lord Voldemort ? Elle savait que le gamin s'était rendu à Godric's Hollow avec son cousin et Lupin, le loup-garou, mais était-ce suffisant pour apaiser ses angoisses ?
Elle soupira doucement, attristée de voir son jeune neveu entremêlé dans tant de difficultés.
« Ton père ne viendra pas aujourd'hui, » annonça t-elle, répondant à sa question silencieuse qui le taraudait depuis son arrivée au Manoir Malefoy. « Il sait que tu es ici mais ce n'est peut-être ni le lieu, ni le moment idéal pour vous rencontrer. »
« Oui, c'est sûr, » murmura Harry.
Il était à la fois soulagé et blessé. Soulagé car l'idée de faire face à son père l'angoissait. Il ne s'en sentait pas capable pour l'instant. Il serait davantage rassuré avec sa mère à ses côtés. Toutefois, il ne put empêcher une vive pointe de tristesse le traverser. Cela faisait presque une semaine que sa mère, Adam et lui avaient quitté en trombe le Manoir Serpentard. Ne ressentait-il pas le besoin de le voir et de lui fournir des explications quant à leur dernière altercation ? Visiblement, non.
« Je suis sincèrement heureuse que tu sois là ce soir, » ajouta Narcissa en passant une main dans les cheveux bruns du garçon. Il s'empressa alors de se recoiffer. « Et Drago également, même s'il ne le dira pas. »
Les mots de sa tante lui réchauffèrent le cœur. Un sourire éclaira son visage. Par Godric et tous les autres, c'était si doux de se savoir apprécié et chaleureusement accueilli à un endroit ! Bien qu'il n'avait pas vu les Dursley depuis un an, il ne pouvait pas s'empêcher de se souvenir à quel point il était peu désiré et apprécié au 4 Privet Drive. C'était toujours agréable de se sentir... aimé.
« Merci, je suis aussi content ! »
Quelques heures plus tard, Harry était n'était plus sûr d'être aussi content que cela ! La nuit étai tombée en ce début du mois d'août. Il était allongé sur le ventre dans l'herbe du jardin des Malefoy. Installé entre Théodore et Blaise Zabini, il se sentait quelque peu mal à l'aise, regrettant son choix de venir ! Lorsque sa mère lui avait reparlé de la soirée de son cousin, elle s'était montrée moins catégorique que la dernière fois : il avait le choix d'y aller ou pas. Elle ne l'obligerait pas. Dans la maison de l'Île aux Serpents, il avait ressenti le besoin de passer un moment avec d'autres adolescents de son âge. Malgré les efforts de son frère et sa mère, l'ambiance était parfois morose dans leur maison familiale de l'Île aux Serpents. Adam était souvent à l'extérieur, renouant avec d'anciens camarades de ses années scolaires à Durmstrang. Avec son retour en Angleterre, il n'en avait pas vu certain depuis longtemps ! Ils passaient néanmoins beaucoup de temps tous les deux, Adam essayant de sortir surtout le soir lorsqu'il se couchait. Mais Harry l'enviait de quitter à sa guise le rocher, se rendant dans la ville côtière à quelques kilomètres de là.
Alors, il avait pensé que voir Drago, Théodore et leurs amis n'étaient pas une si mauvaise idée au regard des circonstances actuelles. Aurait-il dû y réfléchir à deux fois avant de répondre si précipitamment à l'invitation de son cousin ?
« C'est vraiment une superbe idée de camper, Drago ! » s'exclama Grégory Goyle pour la troisième fois.
Enfournant un biscuit dans sa bouche, Harry songea que le garçon avait raison. En rentrant de sa journée au Ministère de la Magie, Lucius avait dressé une tente dans un coin du jardin. Suffisamment loin pour leur laisser une certaine intimité mais suffisamment près pour garder un œil sur eux. Un feu magique leur offrait un peu de lumière et de chaleur, bien que la température soit encore très douce et agréable !
« Évidemment, je savais que ça allait vous plaire, » répondit pompeusement le blond.
Théodore arqua un sourcil devant les simagrées de son ami. Il roula des yeux : Drago ne pouvait vraiment pas s'en empêcher ! Il échangea un regard moqueur avec Harry, secrètement heureux de sa présence. Ils s'étaient échangés quelques lettres au cours du premier mois de vacances mais tous les deux restaient intimidés dans leur relation. Ni l'un, ni l'autre ne pensaient si bien s'entendre !
« A votre avis, qui va remplacer Dumbledore ? » demanda Blaise, tirant Théodore de ses pensées.
« La vieille Mc Go ! »
« N'importe quoi Grégory, » rétorqua Drago d'une voix raillante. « Tu crois que le père d'Harry s'est battu pour éjecter Dumbledore afin qu'il soit remplacé par une de ses alliées ? »
La réponse de Drago était censée et réfléchie mais après tout, elle était la directrice adjointe de Poudlard ! Elle avait d'ailleurs remplacé le vieil homme à la direction de l'école les dernières semaines de cours avant les grandes vacances ! Est-ce que son père avait tant de pouvoir et de marge de manœuvre pour intervenir directement sur l'élection du nouveau dirigeant de l'école sorcière ?
« Le professeur Snape ? »
La supposition de Théodore provoqua un cri étranglé chez l'unique Gryffondor du groupe. Ce dernier ouvrit ses grands yeux bleus, horrifié à cette idée. Il secoua vivement la tête, ignorant les rires des garçons autour de lui.
« Impossible ! » s'écria t-il. « Être à Poudlard deviendrait un cauchemar ! »
Oh par Merlin ! C'était inconcevable ! Il espérait sincèrement que le choix du Conseil d'Administration de Poudlard se porterai sur tout le monde sauf sur l'horrible Maître des Potions. S'il était raisonnable, il admettait volontiers que l'homme avait diminué ses attaques envers lui. Il l'avait même protégé face à Pettigrow dans la Cabane Hurlante mais c'était loin d'être suffisant. Il était toujours aussi glacial et méprisant envers lui !
« Pas pour nous, les Serpentards, » répliqua le métisse, un sourire aux lèvres. « Snape est un excellent professeur et directeur de maison ! »
Un air sceptique s'afficha sur le visage du Survivant ! Oh vraiment ? Certes, Snape était peut-être un bon directeur de maison pour les Serpentards. Mais... de là à dire qu'il était un excellent professeur... Il en était moins sûr !
« Il vous avantage toujours ! »
« C'est parce qu'une grande majorité des autres professeurs nous dénigrent, » répondit calmement Théodore. « Il contrebalance cela, tout simplement ! »
« Et bien, il contrebalance très bien ! » rétorqua Harry. « S'il pouvait faire classe et voir que des élèves de Serpentards, ça lui irait très bien. Vous n'avez qu'à rester enfermés dans votre salle commune sous le lac avec lui ! »
Les garçons autour de lui rirent, amusés. Harry fronça les sourcils en marmonnant que ses propos n'étaient pas une blague. Si Snape souhaitait réellement s'occuper seulement des Serpentards, libre à lui. Personne ne le retiendrai !
« Attends... Comment sais-tu que notre salle commune se trouve sous le lac ? » s'exclama subitement Drago, surpris.
Les entrées des quatre salles communes étaient tenues secrète et gardées entre les élèves d'une même maison. Comment Harry pouvait-il savoir cela ? Les Serpentards froncèrent les sourcils d'un air soupçonneux et dévisagèrent ouvertement l'autre garçon, suspendus à ses lèvres dans l'attente d'une réponse. Les joues d'Harry rosirent légèrement. Il ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit, son esprit tournant à toute vitesse pour fournir une explication.
« Euh... comment dire ? »
« Tu y es déjà venu ? » le pressa Théodore.
Oh, après tout, cette aventure dans la salle commune des Serpentards datait de leur deuxième année à Poudlard maintenant ! Il pouvait bien dévoiler quelques uns de ses secrets. Il y avait prescription, non ? Même si Snape venait à avoir vent de cette histoire, il ne pourrait plus les punir ! N'est-ce pas ? Harry était certain d'impressionner Drago et ses amis avec cette anecdote !
« Vous souvenez-vous de l'ouverture de la Chambre des Secrets ? » demanda t-il inutilement. Évidemment, tout le monde la gardait en mémoire. « A un moment donné, nous avons soupçonné Drago d'être l'Héritier de Serpentard. »
« Moi ? » s'exclama son cousin, sincèrement flatté.
C'était assez ironique à présent puisque finalement, Harry se révélait bien être l'Héritier de Salazar Serpentard.
« Qui ça vous ? » demanda en même temps, Blaise, soupçonneux.
« Ron, Hermione et moi, » répondit-il, un sourire apparaissant sur son visage à ce souvenir. « Alors nous sommes venus chercher quelques informations directement chez vous ! »
Un silence effaré accueilli l'anecdote d'Harry. Il rit bruyamment en voyant les quatre Serpentards le dévisager d'un air ébahi. Ah, ça, ils ne s'y attendaient pas ! Blaise lui demanda d'une voix stupéfaite s'il avait conscience d'avoir frôlé le renvoi de Poudlard avec la concoction d'une potion aussi puissante que le Polynectar. Harry haussa doucement les épaules, arguant que trouver l'Héritier de Serpentard et arrêter la pétrification des victimes était bien plus important.
Un léger malaise s'installa en songeant au dénouement de cette ouverture de la Chambre des Secrets : le décès de Ginny Weasley et le retour de Lord Voldemort. Si les Serpentards n'avaient jamais véritablement parlés à la Gryffondor, ils savaient tous l'amitié forte unissant auparavant Harry et la famille de rouquins. Une amitié ayant volée en éclat avec la découverte des véritables origines du Survivant.
« C'est pour ça que Greg' et Vincent semblaient si étranges ! » s'écria alors Drago, les souvenirs de cette soirée refluant.
« Et tu nous avais gueulé dessus comme un Scrout à Pétard car nous nous étions soi-disant enfuis de la salle commune, » lui rappela Grégory, le regard noir. « Tu n'as pas voulu nous croire quand on t'as dis qu'on s'était réveillé dans un placard ! »
« Et Granger ? Où était-elle ? » demanda Théodore.
Une grimaça déforma les traits du Gryffondor. À présent, l'anecdote était hilarante. Mais sur le moment, ni lui, ni ses amis ne s'étaient esclaffés en voyant Hermione recouverte de poils ! La prise du Polynectar avec des poils d'animaux pouvait s'avérer très dangereuse. D'ailleurs, Harry était convaincu que Mme Pompresh avait deviné les mésaventures de sa jeune patiente. Pour la soigner, elle avait probablement eu besoin de découvrir ce qui l'avait transformé ainsi. Pourtant, elle les avait couvert, agissant comme si elle ignorait tout !
« Disons que tout ne s'est pas passé comme prévu, » éluda t-il.
Il ne voulait pas risquer la colère de sa meilleure amie si elle venait à apprendre que les Serpentards connaissaient ce passage de l'histoire !
« Êtes-vous au courant de la dernière une de la Gazette ? Pettigrow a été retrouvé mort, bouffé par des animaux d'une forêt ! » s'exclama soudainement Grégory.
« Balivernes ! » souffla Drago. « Il s'est caché pendant des mois et des mois, évitant les Détraqueurs. Il a même integré Poudlard à deux reprises. Crois-tu vraiment qu'il a simplement rencontré des animaux ? »
Le regard gris de Drago s'accrocha à celui de son cousin qui secoua lentement la tête. Pour une fois, il était entièrement d'accord avec son cousin. Lui-même avait beaucoup de mal à croire l'article publié ce matin là par la Gazette des Sorciers... Il était certain que quelque chose se cachait derrière la découverte de ce corps. Et il avait le sentiment que son père n'y était pas innocent.
« Tu dois être soulagé, » murmura Théodore en se tournant vers lui. « Après tout, il en avait vraiment après toi ! »
« Oui, » grimaça t-il en songeant à sa dernière rencontre avec le dernier des Maraudeurs. « C'est bien qu'il soit mis hors d'état de nuire mais jusqu'à le tuer... »
L'article avait provoqué une onde de choc chez les Jedusor en Bulgarie. Avec le décalage horaire, ils avaient eu l'information quelques heures après le Royaume-Uni. Ayeline, en lisant l'article, s'était laissée tomber sur une chaise, atterrée. Elle avait soufflé le nom de son époux, puis celui de son frère, visiblement en colère d'apprendre la nouvelle via les médias. Ensuite, elle avait décrété d'une voix glaciale que c'était mieux ainsi en repliant le journal puis avait quitté la cuisine.
« Ah, ton âme Gryffondor réapparaît ! » s'esclaffa Grégory. « Il a essayé de te tuer. »
Harry lui jeta un regard sombre. Merci mais il s'en souvenait très bien ! Il s'évertua néanmoins à garder son calme. Durant cette soirée, la personnalité de Grégory était celle qui le sidérait le plus. Ce garçon enrobé et empoté qui suivait Drago à la trace dans les couloirs de Poudlard s'avérait en fait être un adolescent manquant de confiance en lui, accentué par cette image de benêt qui lui collait à la peau ! En réalité, il était beaucoup plus sympa qu'Harry ne l'imaginait !
« Tuer des gens ainsi n'est pas normal, » chuchota Harry en haussant les épaules. « Il méritait de retourner à Azkaban. »
« Ton père l'a tué pour te protéger. »
Harry tourna ses yeux bleus vers Théodore. Une chocogrenouille à la main, son ami lui adressa un sourire doux et... presque rassurant ! Oui, bien sûr, il en avait conscience. Et visiblement, tout le monde était persuadé que l'auteur de ce meurtre n'était autre son père. Aucun doute ne subsistait. Harry fut parcouru d'un léger frisson à cette idée. Tuer était-il aussi simple pour son père ?
Face au regard insistant de son ami, Harry sentit ses joues s'échauffer. Il répondit à son sourire, embarrassé. Qu'était-il en train de se passer ? Pourquoi avait-il si chaud d'un coup ? Il n'entendit même pas Blaise, Grégory et Drago pouffer bêtement.
« C'est pas juste quand même, » marmonna t-il, gêné.
« Alors, Théo, comment ça se passe avec ton amoureuse ? Harry m'a harcelé de questions à ce sujet. C'est le moment de lui en dire davantage ! »
Les propos de Drago résonnèrent subitement, prenant par surprise les deux concernés. Théodore s'étouffa avec sa chocogrenouille qu'il avala de travers alors que les yeux de Harry s'arrondirent sous le choc.
« C'est faux ! » cria t-il, embarrassé.
Il se tourna vers les amis de son cousin, tentant de rester impassible. Cependant, son visage devint d'un rouge si vif que même Narcissa ou Lucius, depuis le Manoir, pourraient le voir ! Il ouvrit à nouveau la bouche, bien décidé à se défendre et à les faire taire mais Blaise le devança.
« Oh. Voyez-vous ça ! Harry Jedusor s'inquiète des histoires de cœur de Théodore Nott. Incroyable ! »
« Mais c'est pas vrai ! » se défendit-il encore une fois, sous le gloussement des trois autres garçons. Théodore, toussant encore, regardait droit devant lui d'un air embarrassé. « Vous dîtes vraiment que des conneries ! »
« Mais oui, mais oui, » l'ignora le blond en échangeant un coup de coude amusé avec Grégory. « Alors, lâche le morceau, Théo. T'es toujours avec cette Serdaigle ? »
x x x
Deux jours plus tard, Ayeline était assise sur un banc en bois installé contre l'un des murs de la maison. Son regard bleu fixait vaguement la mer qui s'étendait devant elle. Le paysage était magnifique. La nuit était tombée et des étoiles scintillaient dans le ciel, rendant le tout féerique. Parmi les différentes maisons et résidences appartenant à sa famille, l'Île aux Serpents était l'endroit où elle se sentait le mieux. Lorsqu'elle avait choisi de s'y installer durablement aux dix ans d'Adam, elle n'avait pas douté un seul instant de faire le bon choix.
Un verre à la main, une cigarette dans l'autre, elle était perdue dans ses pensées. Elle se sentait... ailleurs. Oui, voilà, c'était le bon terme pour décrire son ressenti. Elle s'était efforcée toute la journée de maintenir son masque, son sourire et sa jovialité. Toutefois, elle avait eu l'étrange impression d'être vide et remplie à la fois. Se sentant terriblement seule mais également étouffée d'angoisses. Tant étouffée qu'elle se sentait compressée, le souffle coupé à certains moments. À présent seule, elle s'autorisa à relâcher ce souffle qui lui avait tant manqué dans la journée. Ses mains légèrement tremblantes révélaient son mal-être.
« Penses-tu reprendre Adam sur sa consommation de tabac sorcier si tu en fais de même ? »
La voix derrière elle la fit sursauter. Elle se tourna vers l'homme qui venait d'apparaître par la baie vitrée de la maison. Elle sourit légèrement et laissa Lucius s'installer à côté d'elle, un verre également à la main.
Après la soirée-pyjama de Drago, Ayeline avait proposé à son neveu de rentrer avec Harry dans leur maison familiale afin de passer quelques jours de vacances en Bulgarie. L'adolescent avait immédiatement accepté, enthousiaste à cette idée. Il était bien sûr déjà venu quelques fois sur l'Île aux Serpents mais bien souvent, c'était Adam et elle qui retournaient en Angleterre pour les voir ! Alors, Lucius était venu déposer les deux garçons en début de soirée.
« C'est bien pour cela que j'attends son départ de la maison, » répondit-elle avec un léger sourire.
Elle tendit sa cigarette sorcière à Lucius qui la refusa d'un geste sec de la main. Il comprenait et savait le pouvoir apaisant que le tabac procurait mais il s'était toujours refusé à y céder. Pourtant, elle ne fit aucun autre commentaire à sa sœur qui utilisait ce produit vraiment très rarement. C'était mauvais signe.
Un silence néanmoins confortable s'installa entre eux. Ils observèrent le paysage autour d'eux, chacun perdu dans ses pensées. Après avoir dîné tous les cinq dans une ambiance chaleureuse et détendue, Adam s'était retiré sans donner d'indications précises sur sa soirée. Pourtant agacée de le voir de nouveau disparaître à l'une de ses nombreuses soirées, Ayeline était restée silencieuse, prenant sur elle. Lucius et elle avaient fait une partie d'échec sorcier avec Drago et Harry avant qu'ils n'aillent se coucher.
C'était le premier instant que le frère et la sœur partageaient tous les deux depuis le départ précipité de Ayeline du Manoir Serpentard.
« Il a retrouvé Pettigrow. »
Il ne s'agissait pas véritablement d'une question mais Lucius hocha néanmoins la tête. La Gazette des Sorciers avait dévoilé à la population sorcière que le corps de Peter Pettigrow avait été retrouvé aux abords d'une forêt écossaise, le corps couvert de blessures animales non soignées.
Cette mise en scène, orchestrée par Greyback et lui-même, comportait quelques défauts. Comment parvenir entièrement à faire passer des heures de torture pour des morsures animales ? Mais le Ministre, Fudge, ne poserait pas trop de questions, bien trop heureux de voir l'ennemi numéro 1 disparaître du paysage.
« Il l'a torturé ? »
Lucius grimaça, ne pensant pas un instant à mentir à sa sœur. Pourquoi faire ? Elle connaissait déjà les réponses à ses questions. Elle avait simplement besoin de les entendre pour qu'elles prennent sens pour elle.
« Existe t-il un terme plus fort pour décrire ce carnage ? J'ignore comment les Aurors ont pu l'identifier clairement, » répondit-il.
« C'est une menace en moins, » murmura t-elle en portant sa cigarette à la bouche. « Après ses multiples attaques contre Harry, c'est plutôt rassurant de le savoir inoffensif. »
Lucius ne put s'empêcher d'être sceptique. Tom ne s'était pas contenté de le rendre inoffensif. Il l'avait littéralement détruit. Massacré. Ça avait été un déchaînement de violence inouïe. La séance de torture avait duré des heures avant que Tom ne se décide enfin à lui porter le coup fatal. Les hurlements de Pettigrow étaient devenus intolérables et tous les Mangemorts s'étaient silencieusement réjouis lorsque ses cordes vocales s'étaient enfin brisées.
Eux, n'avaient pas été simples spectateurs. Ils avaient été convié par Tom à participer à la punition de l'homme qui s'était attaqué à la famille du Lord. Le choix ne leur avait guère été laissé et une ambiance encore plus malsaine s'était propagée dans la salle de réunion. La magie noire, douce et violente à la fois, avait des effets apaisants pour celui qui la pratiquait. Chaque Mangemort, dont lui, s'était senti électrisé d'utiliser à nouveau des sortilèges devenus absents depuis la fin de la première guerre.
« Est-ce qu'il t'a semblé… perdre le contrôle ? »
Cette fois-ci, l'homme ne prit pas la peine de lui répondre. Il lui lança simplement un regard perçant. La réponse était plutôt évidente. En se permettant une vulgarité, il pouvait clamer haut et fort que Tom avait complètement pété un câble.
« Je maintiens notre lien fermé, » glissa Ayeline. « Ça ne doit pas… aider. »
Pour l'instant, Ayeline se refusait d'ouvrir son esprit à son mari. Cette connexion mentale était une exigence de Tom lors de leur mariage. C'était une tradition ancestrale chez les familles de Sang-Purs bien qu'elle commençait à se faire désuète. Lucius et Narcissa n'avaient pas contracté ce lien par exemple.
Mais ça avait été une des rares conditions de l'homme au moment de la rédaction de leur contrat de mariage. Ayeline avait accepté tout en gardant un certain contrôle sur ce lien : ils pouvaient communiquer ensemble par l'esprit mais libre à chacun d'eux de fermer cette connexion si nécessaire.
Et là, elle en ressentait vraiment le besoin.
« Narcissa et moi partons quelques jours en France comme tu t'occupes du petit. »
Elle apprécia l'attention de son frère pour la détourner de ses sombres pensées. Elle lui adressa un léger sourire, buvant une gorgée d'alcool.
« J'espère que vous en profiterez bien, » souhaita t-elle. « Tu as été quelque peu absent ces derniers temps auprès d'elle. »
Lucius arqua un sourcil agacé en sa direction mais ne fit aucun commentaire. Oh, est-ce que sa femme s'était plainte auprès de sa propre sœur ? Toutefois, il ne pouvait pas réellement contredire Narcissa. Il passait son temps à frayer un chemin à Tom au Ministère de la Magie. Les réunions avec les politiciens s'enchaînaient, les coups de communication de l'homme également. La gestion des entreprises et de la fortune familiale lui prenait également un temps considérable.
« Ai-je tout raté ? Est-ce que ma vie est un échec ? »
La voix douce d'Ayeline brisa le silence de la nuit. Lucius tourna lentement la tête vers sa sœur. Il prit le temps de l'observer de ses yeux gris. Elle était magnifique. Ayeline avait toujours eu une beauté brute, ensorcelante. Une beauté n'ayant besoin d'aucun artifice pour se révéler. Elle avait toujours été gracieuse et délicate. Elle n'était pas tellement grande, ne dépassant pas le mètre soixante-cinq. De corpulence normale, elle s'était toujours parée d'atouts plus raffinés les uns que les autres, dévoilant une luxure impertinente. Ses yeux, légèrement en amande, étaient d'un bleu translucide insoutenable, pouvant soit émerveillée, soit mettre mal à l'aise la personne face à elle. Ses longs cheveux blonds, si caractéristiques des Malefoy, tombaient en cascade sur ses épaules.
Ce soir, elle était encore plus belle que d'habitude, la souffrance marquant clairement son visage. Elle avait rassemblé ses cheveux en une sorte de chignon, attaché par d'autres mèches blondes. Tout en simplicité. Et pourtant, c'était dans ces moments là que Lucius admirait le plus la beauté de sa sœur. Âgé de deux ans de plus qu'elle, son rôle de grand frère avait pris une place importante au cours de ses études à Poudlard. Il s'était attelé à repousser tous les prétendants de sa sœur, quittant le château à sa septième année avec une sourde angoisse. Pourtant, même à l'extérieur de Poudlard, il avait réussi.
Sauf à en repousser un.
« Quel échec entrevois-tu dans ta vie ? » chuchota t-il.
Un ricanement lui répondit et l'amertume qu'il perçu lui serra le cœur. Il inspira longuement, se rencognant dans son siège.
« Un mari sanguinaire et fou. Un fils élevé sans repères fixes qui cache sa souffrance dans des soirées, croyant que je ne remarque par toutes ses nuits d'ivresse. Un autre fils disparu puis revenu comme ça, sous le nom du Survivant, sans que je m'y attende. Qu'est-ce que j'ai fais de si mal pour en arriver à dresser ce tableau ? »
Évidemment, les éléments mis bout à bout ainsi offraient un constat affligeant. Glacial même. Lucius laissa quelques secondes de silence s'installer, choisissant soigneusement ses mots. Malgré tout, l'atmosphère n'était pas désagréable ou tendue entre eux. Seulement mélancolique. Ayeline s'interrogeait sur son parcours de vie. Et à juste titre.
« Qu'aurais-tu pu faire d'autre ? »
Le regard de sa sœur se tourna vers lui. Elle tira sur sa cigarette sorcière puis expira une bouffée de fumée en sa direction, les yeux embués. Comment avait-il pu la laisser s'enfoncer ainsi ?
« Est-ce que tu te souviens du jour où je l'ai rencontré ? »
La conversation était décousue, ne suivant pas une suite logique mais Lucius s'adapta à l'état de sa petite sœur. Il hocha la tête, n'ayant pas besoin de lui demander de qui elle parlait. Bien sûr qu'il s'en souvenait.
Leur père, Abraxas Malefoy, était fier comme un paon de présenter sa fille au Seigneur des Ténèbres, persuadé de la faire entrer dans le cercle des Mangemorts. L'homme espérait secrètement qu'Ayeline intéresse suffisamment le mage noir pour qu'elle prenne la place si privilégiée de Bellatrix Lestrange.
Oh, ça s'était passé mieux qu'il ne l'avait prévu. Bien au-delà de ses espérances.
« Oui, » répondit-il. « Oui, je me souviens que tu venais à peine de fêter ta majorité. »
« Et tu m'as mis en garde. Alors que tu étais déjà un de ses plus fidèles Mangemorts, tu m'as alerté sur sa puissance et son tempérament incontrôlable. »
Lucius hocha à nouveau la tête, avalant une gorgée de son verre. L'alcool répandit une douce chaleur dans tout son corps, lui laissant le temps de réfléchir. Bien sûr qu'il avait émis quelques réticences à voir sa sœur, sa chère tendre sœur, s'accoquiner du Seigneur des Ténèbres. Sa conviction en l'idéologie de l'homme et son admiration envers sa puissance n'altéraient pas sa capacité de jugement !
« Que te reproches-tu au juste ? De t'être mariée avec lui ? Votre mariage vous a offert deux enfants. »
« Deux enfants qu'il ne voulait pas, » lui rappela Ayeline, laissant enfin quelques larmes s'échapper de ses yeux. « Tout comme ce foutu mariage pour lequel j'ai du insister. Qu'est-ce que j'ai fais Lucius à m'acharner ainsi en pensant que je le ferai devenir bon ? »
« Ayeline, il... tu sais qu'il... »
Par Merlin, il lui arrivait rarement de perdre ses mots ! Il se pinça les lèvres, réfléchissant à employer les bons mots pour ne pas causer plus de douleur à sa sœur. Il se passa une main nerveuse sur son visage, essayant de reprendre contenance.
« Lord Voldemort n'est pas une bonne personne, » dit-il enfin. « Tu gardes nombreux de ses secrets alors j'ignore quasiment tout de son passé mais... d'après ce que j'ai pu comprendre, sa haine a une source bien précise. »
Un sourire triste étira les lèvres sèches de la femme qui acquiesça aux propos de son frère. Elle avait toujours réussi à conserver en elle les sombres et tristes secrets de son époux, bien consciente que son silence préservait la confiance placée par Tom en elle. Et bon sang, elle avait œuvré pour obtenir cette confiance ! Elle n'envisageait pas un seul instant de la mettre en échec.
« Ce n'est pas une bonne personne mais malgré tout, tu l'as attiré. Il a voulu te séduire. Puis, vous vous êtes mariés et avez eu deux enfants. Tu l'as attendus une dizaine d'années. Ce n'est peut-être pas la vie dont tu rêvais mais c'est déjà une vie bien remplie, non ? »
Effectivement, Lucius n'avait pas tort. Elle avait réussi à escalader le mur derrière lequel Tom Jedusor, devenu Lord Voldemort s'était barricadé. Encore aujourd'hui, elle ignorait comment elle avait réussi cet exploit. Cet homme qui dirigeait une véritable armée, sans foi, sans amour, s'était finalement épris d'elle jusqu'à construire une famille.
Pourtant, il avait résisté. Il avait même voulu qu'elle devienne une Mangemort, portant sa marque au début de leur relation. Ayeline avait refusé, tenant tête jusqu'à ce qu'il abdique. Jusqu'à ce qu'il cède et s'ouvre, enfin ! N'était-ce pas là déjà un succès ? Mais jusqu'où s'était-elle sacrifiée pour cela ?
« N'aurais-je pas du reconstruire ma vie après sa chute ? » s'exclama t-elle d'une voix tremblante. « Bien sûr, j'ai rencontré des hommes en dix ans mais... mais Lucius, je ne pouvais pas faire ça. Pourtant, ça aurait offert un cadre rassurant pour Adam. Et j'aurais eu une vie davantage saine. Qu'est-ce que j'ai fais ? »
Le Mangemort imagina un bref instant ce qu'il se serait passé si, à son retour, Tom aurait découvert que sa femme l'avait remplacé avec un autre homme. Oh, le discours d'Ayeline devant la population sorcière en juin dernier n'aurait sûrement jamais eu lieu et un véritable bain de sang aurait éclaté en Angleterre. L'homme aurait été torturé avant d'être tué. Et encore, Lucius n'était pas certain que ces deux mots soient adéquats pour décrire ce qu'il aurait subi !
« Tu savais qu'il reviendrai, » rétorqua Lucius. Sa sœur n'en avait jamais douté, pas un jour. « J'ignore comment cela est possible mais tu savais qu'il n'était pas mort. Probablement un de vos innombrables secrets. Tu savais pertinemment qu'il reviendrai. »
Oui. Bien sûr. Car Tom vivait. Vivait plusieurs fois même. Mais cela, elle était la seule à le savoir jusque là. Enfin, c'est ce qu'ils pensaient tous les deux. Visiblement, Dumbledore avait percé ce secret. Il avait même été au-delà de découvrir ce pan de l'histoire de son époux : il tentait même d'y mettre un terme. Jusqu'où était-il parvenu ? Elle l'ignorait puisqu'elle n'était pas entrée en contact avec Tom depuis une semaine mais dans tous les cas, l'ancien directeur de Poudlard cheminait, avançait dans cette guerre officieuse.
Un frisson glacial la parcouru en faisant le lien avec son fils cadet. Elle s'empressa d'avaler une grande gorgée d'alcool. Pas ce soir. Pitié, pas ce soir. Elle ne voulait pas ajouter à sa tristesse et son angoisse ses pensées qui ne cessaient de tourbillonner autour de Harry. Pas ce soir. Ça lui occupait déjà l'esprit tellement de temps !
« Je ne peux pas m'empêcher de songer à tout ce à côté de quoi je suis passée, » reprit doucement Ayeline, toujours ce sourire triste sur le visage. Ce sourire que Lucius voudrait arraché ! « J'étais une si bonne élève à Poudlard. Te souviens-tu des éloges des professeurs à mon égard ? Les parents étaient si fiers de nous deux. Une sorcière si puissante. Et pourtant, je n'ai pas été à l'université sorcière. J'ai eu mes ASPICS et je l'ai rencontré. Et j'ai tout arrêté pour lui. J'aurai tellement voulu étudier davantage les sortilèges et les runes. »
Lucius détestait ce type de conversation où la personne face à lui partait dans tous les sens, sans cohérence apparente. Il se sentait bien trop impuissant face à la tristesse de sa sœur. Ne pas maîtriser la situation était enrageant. Habituellement, il fuyait ces moments là mais en cet instant, la détresse d'Ayeline était écrasante. Il ne pouvait certainement pas faire preuve de lâcheté et l'abandonner dans sa solitude.
Alors, que pouvait-il dire ? Que pouvait-il faire ? Rien peut-être, à part écouter et la rassurer. Car finalement, n'était-ce pas cela qu'elle voulait ? Être rassurée ?
« Et qu'est-ce que j'ai fais à la place ? Qu'est-ce que je suis devenue ? » continua t-elle de sa voix tremblante. « Une idiote de sorcière qui s'occupe de ses deux enfants et de son mari. Et même ça, même ça, je n'ai pas réussi à le faire correctement ! »
Il passa un bras fort autour des épaules frêles d'Ayeline et l'attira contre lui en lâchant un soupir las. Sa sœur se laissa faire et ses épaules tressautèrent sous ses sanglots. Lucius espéra qu'Adam n'allait pas rentrer -d'il ne savait où- ou qu'un des gamins n'allait pas se réveiller avant que sa sœur ne se soit apaisée. Il n'avait ni l'envie, ni le courage de gérer plusieurs crises et lots d'angoisse en même temps.
« Je voulais voyager ! Mais pas voyager pour les quêtes démesurées de Tom. Non, simplement profiter et découvrir d'autres pays, d'autres coutumes, d'autres personnes. »
Elle avait besoin de se déverser, de vider toute sa rage, sa rancœur et sa tristesse. Alors, Lucius la laissa s'effondrer. Il l'écouta pleurer ses regrets et ses craintes. Il avait parfaitement conscience que parfois, les murailles avaient besoin de s'effriter, de tomber pour se reconstituer, plus fortes. Il l'écouta silencieusement, appréciant la chaleur apportée par son corps et par l'alcool.
« Lorsque tu m'as prévenu qu'il était un sorcier dangereux, j'aurai dû t'écouter... Toi qui était sous ses ordres, tu ne pouvais que le savoir. S'en prendre à son fils... Comment a t-il fait ? »
Ses propres pensées vagabondèrent bien qu'il garda une oreille attentive aux propos de sa sœur. Ayeline avait une force et une détermination qui forgeait l'admiration. Quelques fois, il s'était amusé à la comparer à une Gryffondor. Ne défendait t-elle pas trop ses convictions parfois ? Pendant dix années, elle avait assuré que son mari reviendrai. Pendant dix années, elle avait recherché son fils cadet, disparu. Et puis finalement, avait-elle eu tort d'y croire ? N'étaient-ils pas revenus tous les deux ?
Lucius avala difficilement sa salive, lui aussi rattrapé par ses émotions. Il s'était souvent disputé avec sa sœur pendant cette décennie de souffrance. Alors que l'Angleterre se reconstruisait et revivait après la chute du Seigneur des Ténèbres, il avait vu sa propre sœur s'effondrer lentement. S'effondrer de la disparition de son mari et de son fils. Et pourtant, elle était restée vaillante, tentant tant bien que mal d'accompagner Adam dans sa construction, son éducation, son évolution.
Au bout d'une dizaine de minutes, la voix d'Ayeline s'éteignit, laissant le silence de la nuit regagner ses droits. Ses sanglots s'espacèrent pour ne devenir que des soubresauts irréguliers. Elle s'essuya le visage avec un mouchoir, posa son verre vide au sol à ses pieds et jeta le mégot de sa cigarette dedans. Enfin, elle se redressa, quittant lentement l'étreinte de son frère. Elle se sentait... épuisée à présent.
« Ne pense pas à ta vie en terme d'échecs, » chuchota soudainement Lucius, la voix grave. « Tu as réussi à atteindre un homme intouchable. Tu as consacré ta vie à tes deux enfants. Et même si Harry n'a pas été là pendant de longues années, tu t'es battue pour lui. »
Ayeline le fixait, écoutant attentivement chacun de ses mots. Lucius se racla la gorge afin de faire disparaître l'émotion qui l'étreignait.
« Aujourd'hui, ils sont là, vers toi. Adam accumule les conneries ? Harry est confus par rapport à sa propre histoire ? Quoi de plus normal. Mais pourtant, ils restent auprès de toi et ont besoin de temps. Ils se construisent doucement, lentement en s'appuyant sur toi. N'est-ce pas déjà un immense succès ? »
Cette fois-ci, ce fut un vrai sourire qui éclaira le visage fatigué d'Ayeline. Elle cligna de nouveau des yeux, provoquant une grimace chez Lucius qui craignait de la voir s'effondrer une seconde fois. Elle rit doucement, amusée et serra la main de son frère avec force.
« Merci Lucius. »
* Alors ?
