Chapitre 29
The sun always shines on TV
J'espère que vous allez bien, que vous avez terminé vos partiels pour ceux qui en passent, merci de suivre toujours mon histoire !
« The sun always shines on TV » est une chanson de Aha, à retrouver sur ma page FB Nathalie Bleger.
Et je regarde ceux
Qui se penchent aux fenêtres
J'me dis qu'il y en a parmi eux
Qui me parlent peut-être
Oh j'cours tout seul
Je cours et j'me sens toujours tout seul
Et si j'te comprends pas
Apprends-moi ton langage
Dis-moi les choses qui m'font du bien
Qui m'remettent à la page
Caroline, ma nouvelle assistante se plante devant moi un book à la main, triomphale :
- Ca y est, j'ai imprimé, découpé et relié tous les articles sur le film et votre reportage, il y en a 50 pages.
- Ah oui ? Tant que ça ?
- Oui, et c'était pas du gâteau, reprend-elle en mâchouillant son chewing-gum et en se campant devant moi, les mains sur les hanches. Vous verrez, on ne dit que du bien de votre émission, elle va devenir culte.
Une sacrée, celle-là, elle n'a pas froid aux yeux. Impertinente à ses heures mais elle n'a pas son pareil pour dénicher l'article ou la rumeur adéquate sur le net, en un temps record. Toujours habillée n'importe comment, coiffée en pétard, des yeux bruns pétillants. Mignonne, pas sexy. Pas une perle mais un rapace, habile et féroce comme une tigresse, infatigable. Prête à tout pour prendre ma place – y'a encore du boulot, poulette.
- OK, je vais voir ça.
- Je peux y aller ? J'ai tennis ce soir…
- Quelle heure il est ?
- 19h.
- Déjà ? Oui, tu peux y aller. J'arriverai plus tard demain, j'ai… une urgence.
Elle hoche la tête d'un air entendu, demain j'ai promis d'accompagner Lily à l'école avec un gâteau, c'est son anniversaire. J'ai demandé à Caroline d'en réserver un à la pâtisserie, elle m'a fixé d'un air ahuri. Hé oui, j'ai une vie, moi. Une famille. Elle sort en sifflotant, contente d'elle-même, je me réjouis à l'idée de retrouver Esmée et les filles. Comme c'est mardi nous fêterons les 6 ans de Lily dès ce soir, crêpe party pour tout le monde, Mme Dios aura préparé la pâte et nous les ferons sauter, j'en souris d'avance.
Au moment où je me lève pour partir mon poste fixe sonne, c'est Gérard, flûte. Qu'est ce qu'il veut me dire ? Qu'un 16ème pays vient d'acheter les droits de mon merveilleux reportage ? Je crois que je m'en fous mais je réponds, sinon il appellera chez moi, et ce sera pire.
- Je ne te dérange pas, vieux ?
- Si. J'allais partir.
- A 7H ? T'es aux 35h ou quoi ?
- Ah ah très drôle, mais tu me l'as déjà faite mille fois, celle-là. Faudrait peut être penser à te renouveler un peu. Et puis j'ai une famille, moi.
- Et moi j'ai des maîtresses et ça me convient très bien. Chacun prend son plaisir où il peut, pas vrai ?
- Il paraît. Tu m'appelles pour quoi ? dis-je en regardant ma montre.
- Juste pour te dire que ton reportage va passer sur TV5 ce soir, ils auraient aimé que tu fasses la présentation, juste trois mots.
- Quoi ? Maintenant ? Mais pourquoi tu me l'as pas dit plus tôt ?
- Ca vient de se décider, vu le succès prévisible du film. Ils ont reporté le reportage prévu à la semaine prochaine, ils priorisent le tien. Souris !
- Merde, ça m'arrange pas. Vraiment pas.
- Juste cinq minutes Carl…
- M'appelle pas Carl, j'ai horreur de ça. Quel studio ?
- Le 24.
- OK. Mais après je file, hein, on a prévu une soirée crêpes.
- Trop mignon, fait-il en raccrochant sèchement.
Je descends à contrecœur, parfois je regrette de l'avoir tourné, ce reportage. Non en fait je le regrette tout le temps, en ce moment. Après une petite mise au point avec le rédacteur en chef je descends au maquillage et je m'installe sur un des fauteuils, yeux fermés. Sylvie, ma maquilleuse habituelle, n'est pas là et c'est Antoine qui s'approche de moi :
- Je vous fais quoi ?
- Un truc naturel, hein, que j'aie l'air d'avoir bonne mine.
- Mais vous êtes bronzé, non ? fait-il en examinant mes pores, sourcils froncés.
- Non, ça c'est de l'autobronzant et ça vire vite à l'orange, faites attention. Rien sur les lèvres, je ne supporte pas. Surtout de la poudre, pour ne pas briller. La numéro 2.
- OK, OK.
Il commence par me passer un démaquillant et une crème hydratante, tiens il a les mains douces, presque plus délicates que Sylvie.
- Vous devriez vous faire un peeling, vous avez beaucoup de peaux mortes. Je connais un excellent institut, si vous voulez.
- Ah oui ? je réponds, moyennement intéressé.
- Oui, c'est dans l'espace Karité, en face, ils nous font des prix. Demandez Bruno de ma part, c'est une vraie perle, murmure-t-il de sa voix douce en me frôlant l'épaule de sa hanche.
J'ouvre un œil, sur mes gardes. Non, je crois que je ne vais pas demander Bruno, je vais m'en tenir à Sylvie ou aux mains expertes de la coiffeuse de mon quartier. Pourquoi est-ce qu'il me regarde comme ça ?
- C'est rare les hommes qui ont une belle peau, reprend-il de son ton un peu précieux. Si vous voyiez ceux que je vois passer ici, les points noirs et les pores obstrués, c'est affreux. Surtout les journalistes, on dirait qu'ils mettent un point d'honneur à être mal rasés et coiffés, pour avoir l'air plus viril. Immonde. Pas vous, hein ! Vous, vous êtes plutôt soigné pour un journaliste, c'est bien. Les acteurs, c'est autre chose… Avant-hier, tiens, j'ai maquillé Tom Cruz, quel bel homme ! Quelle peau… parfaite. Pas comme Edward Cullen… quelle misère. J'en ai pas voulu, avant-hier, j'ai dit à Sylvie : tu le prends, il a pas l'air net. Déjà sa chemise, le col était… douteux. Et quand il va revenir samedi, je ne le maquillerai pas, pas question. Un homme qui ne sait même pas dire bonjour…
- Ah bon ? Il revient samedi ? Pourquoi ? dis-je en ouvrant à nouveau un œil.
- La soirée spéciale Sidaction. Il va y avoir du beau monde, samedi, ici. Vous n'en êtes pas ?
Non, je n'en suis pas, non. Définitivement pas. Bas les pattes.
- En principe, non. Je l'annoncerai peut être à la fin du journal, et c'est tout. Je n'aime pas trop mélanger les genres, et je n'ai rien à vendre, moi.
- Oui, et puis vous on comprend que ça ne vous touche pas, il y en a d'autres, en revanche, on sait pourquoi ils sont là… quand on voit avec qui ils traînent, on comprend qu'ils soient inquiets. Enfin moi, ce que j'en dis, hein…
- Hum… c'est terminé ? J'ai une urgence, là.
- Oui, oui. Je papote, je papote, excusez-moi. Voilà, je pense que vous êtes bien, comme ça. Ca vous plaît ?
« Ca » c'est ma gueule dans le miroir, je grimace, on dirait Ken mais c'est trop tard pour tout changer, je m'essuierai la bouche dans le couloir avant de rentrer sur le plateau :
- Hé bien vous n'y avez pas été de main morte !
- Ca ne vous plait pas ? Ah pourtant je vous trouve beau, comme ça… vous voulez que j'en enlève un peu ?
- Plus le temps, merci. Ca ira. Bonne soirée.
oOo oOo oOo
Tara a de la confiture jusque dans les cheveux, elle tape des mains à chaque fois que sa mère fait sauter une crêpe et répète « Encor', encor' ! » alors même qu'elle est gavée comme une oie. Esmée s'est courageusement mise aux fourneaux, un tablier blanc autour des hanches, je supervise la tablée et débarbouille les joues. Lily quant à elle tartine consciencieusement toutes les crêpes sucrées, marmelade d'orange pour sa mère, framboise pour moi et Nutella pour elle et Tara.
- T'as vu papa comme j'ai bien réussi ?
- Très joli, ma chérie.
- Il y a pas un seul trou, j'ai bien mis la confiture partout. Tiens, elle est pour toi, celle-là, papa.
- Oh là là, j'en ai déjà mangé trois, je n'en peux plus, là. Tu ne la veux pas, toi ? Ou toi, Esmée ?
- Ah non, j'en ai pris deux, c'est le maximum que je peux m'autoriser, pour un soir. Bichette, arrête de tartiner, je crois qu'on a fini, là, fait Esmée, bien rouge.
- Oh, mais il reste encore de la pâte, maman…
- Hé bien je vais les faire cuire mais on les mangera demain, au petit déjeuner, d'accord ? Et puis papa t'accompagnera pour porter ton gâteau…
- La maîtresse elle a dit qu'il fallait prévoir des boissons, aussi…
- Oui, oui, ne t'inquiète pas.
- Et puis que je devrai souffler les bougies. Tu les apporteras, hein ?
- Mais oui, tout est prêt. Ca va être super, tu verras. Arrête de tartiner, les crêpes tartinées ne se conservent pas.
- Oh dommage…Tara, tu veux manger celle-là ? Tiens… fait Lily en déposant la crêpe sur la tablette de la chaise haute de sa sœur.
- Non arrête Lily, elle va être malade. Tara, arrête de découper la crêpe en petits morceaux, tu en mets partout. Carlisle, surveille-la, tu rêves ou quoi ?
- Hum, quoi ? Non, non, je réfléchissais, c'est tout. Tu veux encore du cidre ?
- Est-ce bien raisonnable ?
- Non, mais c'est l'anniversaire de notre petite princesse, c'est important, pas vrai ?
- Hé oui, déjà 6 ans, c'est fou, non ? J'ai l'impression qu'elle vient de naître, je la revoie encore toute petite, dans son couffin. Tu te souviens comme on était heureux, mon chéri ?
- Oui, parfaitement. Un des moments forts de mon existence. Le plus fort, sans doute… dis-je d'un ton rêveur.
Mes filles, ma seule vraie réussite, le cadeau de la vie. Le bonheur qui répare tout, qui comble tous mes manques, mes besoins. Je les regarde et je suis heureux, je sais que je suis heureux, et que je n'ai rien à désirer, à part mes femmes. Plus rien. Je jette un coup d'œil au miroir en face de la table, pour admirer notre famille parfaite. Notre bonheur parfait. Il est là. Rien d'autre ne compte, me dis-je pour me convaincre.
oOo oOo oOo
Samedi. 20h28. Je conclus le journal par une rapide présentation du Sidaction, en compagnie de deux stars déplacées pour l'occasion. Des habituées du genre, c'est presque devenu leur fonds de commerce, le malheur des autres. Une nouvelle chanson chaque année, un joli clip genre « on est tous frères », roulez jeunesse. Bien sûr je leur sers la soupe, l'émission est sponsorisée par ma chaîne mais j'éviterai soigneusement le plateau, je ne veux pas le rencontrer. Pas cette fois. Cette fois c'est fini, me dis-je en regardant le retour plateau du direct animé par l'inusable Michel D.
Liv you. Better this way.
Ils commencent à chanter tous en chœur, je file me démaquiller. Avec un peu de chance j'arriverai avant que les filles ne soient couchées, la soirée n'est pas fichue. Je descends par l'ascenseur, il règne une agitation particulière entre les invités, les photographes, les attachées de presse et les gorilles de service. Beaucoup de bruit pour rien, à mon avis. Carole B me sourit brièvement, mon actrice préférée, toujours très simple et classe à la fois, j'aimerais m'arrêter et bavarder avec elle mais on l'attend, elle me fait un petit geste désolé, tant pis. Dans les loges il y a un monde fou, un bourdonnement de ruche et des éclats de rire, je sens que j'aurais intérêt à me nettoyer le visage aux chiottes, ça irait plus vite. Je serre quelques mains et j'embrasse quelques joues humides, bonsoir, bonsoir, oh vous êtes là aussi, on n'a pas le temps de discuter, tant pis. Sylvie me voit et me fait un petit signe :
- Tiens Carlisle, je te passe de la lotion démaquillante et du coton, j'ai pas trop le temps, là.
- Pas de souci, je me débrouille...
Je vois Antoine en train de maquiller Christophe M. avec moult mimiques, visiblement il est à son goût, il doit avoir une belle peau, en plus d'une belle voix. Les plus jeunes se mêlent aux anciens, un peu intimidés, c'est un moment initiatique, rare. Le passage du flambeau, l'entrée dans la grande famille des assistés. Pas d'Edward en vue, ouf, il doit déjà être sur scène. Ou alors il s'est décommandé à la dernière minute, comme il l'a fait hier pour le journal de la une, à ma grande joie. Même si ce n'est pas bon signe, signe qu'il doit être paumé, encore plus qu'avant. Je déguerpis rapidement après avoir fait de petits signes alentour, je n'ai pas envie de croiser mon patron aux petits fours, pour l'entendre me dire une fois de plus qu'il y a des jeunes qui piaffent aux portes, sa rengaine préférée. Les jeunes sont rentrés chez eux, ils sont sur le net, dans les bars, ils se préparent pour aller en boîte, ils ne pensent pas à présenter le 20h, ou s'ils le font je les plains. La gloire est éphémère, la désillusion tenace.
Avant de quitter mon bureau je m'immobilise quelques instants devant la baie vitrée, Paris est splendide, paré de toutes ses lumières et la Tour Eiffel scintille au loin, derrière la Seine. Un spectacle qui me coupe le souffle, comme chaque soir, un envoûtement perpétuel. Que se passe-t-il derrière les volets clos, sous les porches, dans les restaurants, dans les chambres ? Quelles disputes, quelles amours, une rupture ou un coup de foudre, un coup ou un baiser ? Paris frissonne sous mes yeux mais se refuse à moi, la fête est toujours ailleurs, plus loin, pas pour moi.
J'attrape mon casque et je sors du bureau, il doit faire doux le long des quais, et si je faisais un petit détour avant de rentrer ? Sentir le moteur vibrer sous moi, l'accélération dans mes reins, exquise sensation. Liberté, liberté absolue. Dépasser toutes les voitures, sentir le plaisir monter sous le cuir, rêver et rêver encore…
L'ascenseur s'arrête au sous-sol, je rejoins ma moto en écoutant résonner mes pas sur le bitume, une voiture démarre, je n'y prête pas attention. Je remonte le long de la rampe, un taxi est arrêté devant l'immeuble, je vois Edward s'y engouffrer –l'émission vient de commencer, qu'est ce qu'il fait là ? Je dépasse le taxi, Edward a le front contre la vitre, pensif. Où va-t-il ? Au Ritz, comme d'habitude ? Je m'en fous. Il n'est rien, qu'un visage derrière une vitre. Un animal de foire, dans une cage.
Au bout de la rue un feu nous arrête, je le fixe par la fenêtre, tout d'abord il ne bouge pas puis il tourne la tête et me voit, je comprends à son regard qu'il se pose des questions, je ne bronche pas. Le feu passe au vert, j'accélère. Je le sèmerai avant le pont de l'Alma, nos chemins se sépareront une bonne fois pour toute, et ce sera très bien comme ça. Mais le feu suivant passe à l'orange, je pourrais forcer encore, passer de justesse mais un piéton fait mine de s'engager et je freine. Flûte. Le taxi s'approche doucement, comme dans un film au ralenti, ses yeux sont toujours là, gris derrière la vitre, à me fixer avec attention. Au jeu du chat et de la souris je soulève ma visière, oui, c'est bien moi. Je lui souris, il murmure quelque chose que je ne comprends pas. Ses lèvres bougent, je ne comprends pas. Désolé Edward, on n'a jamais parlé la même langue je crois…
Le feu passe au vert et je repars dans un vrombissement, cette fois il ne me rattrapera pas, je ne lui en laisserai pas le loisir. Je tourne à droite rapidement, ce n'est pas mon chemin mais mon cœur bat la chamade et j'ai besoin de fuir, voir défiler les passants, les poteaux, de plus en plus vite. Je file plein est alors que j'habite à l'ouest, prétendant que ça n'a pas d'importance. Je fais juste un tour, le tour de la ville, le tour de ma vie. Je longe les quais sans but, grisé par les néons, les habits nocturnes de la ville lumière, mes souvenirs, mes désirs. Edward, où es-tu ? Que me disais-tu, déjà, derrière ta vitre ?
Le temps passe, le temps file, je suis presque couché sur ma machine, tout vibre entre mes cuisses, tout bouillonne en moi, tourbillonne dans mon ventre, trop de sensations et trop de pression, trop d'amour et pas assez de lui.
Liv you. Better this way.
Oui, c'est mieux ainsi. Beaucoup mieux. Je finis par ralentir devant chez moi, tout est sombre, mes filles dorment et Esmée a pris un comprimé, je suis rentré trop tard. Merde, j'avais des projets pour cette soirée, moi. Où est passé ce temps ? Je rentre sur la pointe des pieds, j'aimerais qu'elle m'attende sur le canapé, qu'elle me sourie : « Tu rentres tard, chéri. Tu m'as manqué».
- Toi aussi, je murmure dans le séjour désert.
Je marche sur la pointe des pieds dans les escaliers, Tara dort comme un ange, le pouce dans la bouche, j'ouvre doucement la porte de Lily. L'odeur familière me fait sourire, je me penche sur son lit pour écouter son souffle, toute ma vie est là.
Toute ma vie est là mais je déteste ma gueule dans le miroir de la salle de bain, ces commissures effondrées, ces rides au coin des yeux, et j'ai pas sommeil. J'ai pas sommeil. Il bat encore, celui-là là dedans, parce qu'il a vu un paumé dans une cage, derrière une vitre. Il me parlait peut être, ou il me disait adieu. Je voudrais m'étendre et dormir, impossible. Alors je vais jusqu'à mon ordi, chercher je ne sais quoi. Une info stupéfiante, une rumeur inédite, une excitation qui me laverait le cerveau, comme ces tableaux magiques que je secouais, étant enfant, et qui s'effaçaient. La pleine lune m'observe et se moque de moi, comme dans la chanson. Elle sera toujours là quand nous ne serons que poussières, c'est elle qui va gagner, à la fin.
Je me connecte par habitude, l'écran est vide –no new messages. J'attends quoi, bordel ? Pourtant je suis sûr qu'il pense à moi, en ce moment –s'il n'est pas défoncé au fond d'une baignoire. Je le sens à ce frémissement, dans l'atmosphère, cette chaleur dans ma poitrine. Il faudrait pouvoir envoyer un message et le reprendre, si l'autre n'en veut pas.
CarlisleTV. com : Tu voulais me dire quoi, tout à l'heure ?
L'écran reste vide, ma boite de réception devient boite de déception, je n'aurais pas dû l'envoyer. On jou Soleil, le premier qui bouge a perdu.
Je mets un morceau de musique, tout est calme, dommage que j'aie ce trou, à la place du cœur. Je regarde les photos de l'anniversaire de Lily, le temps du bonheur, il y a quelques jours. Est-ce que je me mentais déjà, il y a trois jours ? Ou est-ce que j'étais aussi heureux que j'en ai l'air, avec mes filles ?
Teddyholly. com : Don't remember. Sorry. (Je ne sais plus, désolé)
Ben voyons. Facile. Le premier qui bouge a perdu, et c'est moi. J'approche la souris de la croix pour tout éteindre, un message apparaît.
Teddyholly. com : And you ? Why did you smile ? (Et toi ? pourquoi tu souriais ?)
CarlisleTV. com : Je croyais que tu participais à l'émission de charity business. Tu t'es encore défilé ? Pourquoi ?
Teddyholly. com : Pour pas te croiser. J'ai dit que j'avais un avion à prendre à 22h, pour aller à Lisbonne.
Je me mordille la lèvre, putain ça fait mal quand même.
CarlisleTV. com : charmant. T'es dans l'aérogare ?
Je lève les yeux, un Boeing passe au loin, je ne vois que ses feux clignotants dans l'obscurité. Pas de réponse. Un quart d'heure passe, puis une demi-heure.
Je suis un imbécile, amoureux d'un crétin, planté devant un écran. Grotesque.
Teddyholly. com : no. Je suis au Ritz, chambre habituelle.
Mon cœur repart, je suis un imbécile. Je m'imagine quoi ? Ca veut dire quoi ? Je regarde la petite barre clignoter sur mon écran, je ne comprends pas. Pas la même langue, pas les mêmes références. « Putain, tu veux me dire quoi, Edward ? » dis-je à mi-voix à l'écran sans oser bouger. Si je respire trop fort, si je bouge, je suis perdu.
Dix minutes d'immobilité complète dans la nuit, une éternité.
Teddyholly. com: are you still here Carl? (T'es encore là ?)
Il a bougé, cette fois c'est lui qui a bougé, je retiens ma respiration.
CarlisleTV. com : oui.
Teddyholly. com : please, come. (Viens, s'il te plait)
A suivre dans la version papier, puisque cette fic est devenue un livre. N'hésitez pas à me faire signe si vous en souhaitez une version dédicacée, et encore mille fois merci ^^
Bisous !
