Joyeux Noël à tous ! Plein de bonheur ! :D


Chapitre 7 - Un éclair au fond de la tasse de thé


Que pouvait-il en savoir ? Orpheus ne pouvait tout de même pas s'être introduit à Poudlard ? Et surtout, comment évaluait-il ce danger, selon lui, maximal ? Pour Kate, il était hors de question de rentrer dans le jeu du journaliste. Il s'attendait certainement à cela. Mais elle refusait de lui faire croire qu'il devenait à ses yeux un sauveur. Car ce n'était pas sous ce regard que la jeune fille le voyait.

— Vous rêvassez, miss Whisper ?

Kate esquissa un bond en entendant la voix couinante du professeur Flitwick l'interpeller.

— Excusez-moi, professeur, bredouilla-t-elle.

Il lui adressa un léger regard réprobateur avant de reprendre son cours devant les élèves de troisième année.

— Les deux premières années vous ayant essentiellement servies dans l'apprentissage des sortilèges s'appliquant aux objets, votre troisième année sera l'introduction sur ceux ayant un impact sur un être vivant, mais aussi sur un niveau supérieur d'enchantements. La manipulation des émotions et des sensations d'une personne se révèle bien plus difficile qu'on puisse le croire. Nous allons donc commencer ce semestre avec un sortilège d'hypnose basique, pour vous faire la démonstration. Je vous demanderai de vous mettre deux par deux, s'il vous plaît.

L'ordre provoqua un temps d'échanges, lors duquel Kate profita pour partager quelques mots bien autres avec son binôme, qui n'était autre que Maggie.

— Et finalement, tu sais quelles options tu vas prendre ? Tu hésitais encore hier soir.
— Déjà, divination, beaucoup y vont, je suis un peu curieuse de voir ce que cela donnera. Les autres matières ne me tentent pas particulièrement, alors je me suis rabattue sur l'arithmancie.
— Tu t'es rabattue ? répéta Kate, surprise.
Maggie secoua la tête, bien embêtée.
— Non, pas vraiment en fait ! Diggle a parié que je ne prendrai jamais cette matière, alors je l'ai fait !
— Maggie, il ne faut pas non plus que ces paris dictent ta vie ! Ça devient complètement irréaliste !
— Un peu de calme, maintenant, réclama le petit professeur Flitwick en levant sa baguette. Bien. Pulvino.

Aussitôt, un coussin apparut devant chaque élève, chaque fois d'une taille et d'une couleur différente. Celui de Kate arborait un motif douteux représentant une sorte d'otarie. Peut-être un lamantin.

— Maintenant, je vais vous demander un peu de concentration, car votre sortilège demande d'être expérimenté avant d'être fonctionnel. La formule est très simple, il s'agit de Somnubilia. Quant au mouvement de votre baguette, il doit décrire une forme de L à l'envers, comme ceci. Faites comme moi, pour essayer. Voilà, accentuez votre geste, mister Vince. Parfait. Et si cela marche, le résultat sera le suivant. Somnubilia !

Le sortilège toucha de plein fouet Evan McAlister, surpris en train de discuter avec son voisin, le fameux Griffin, et le jeune homme tomba le nez dans son oreiller orange, entonnant un ronflement tonitruant devant toute la classe hilare. Il se réveilla lorsque le professeur l'en libéra, encaissant un sursaut de surprise alors que ses propres amis riaient encore son infortune.

— Dans un premier temps, les cobayes devraient ressentir des picotements au niveau des yeux. Avec des paupières lourdes, très lourdes. Un besoin irrépressible de bâiller. Tout comme mister Seeker, en ce moment-même ! Assez parlé ! À vos baguettes !
— Tu sais au moins ce que c'est, l'arithmancie ? demanda Kate à Maggie, alors qu'autour d'eux, leurs camarades commençaient d'ores et déjà à s'entraîner.
— Aucune idée, haussa-t-elle des épaules, il y a le mot « mancie » dedans, ça signifierait que c'est quelque chose en rapport avec la divination. Tu ne penses pas ?

Kate ne chercha pas davantage à entrer en conflit avec sa meilleure amie, mais quelle serait sa désillusion lorsqu'elle s'aventurerait à ce nouveau cours dont elle ne connaissait pas le contenu exact qui lui serait enseigné.

— Bon, tu commences ou je commence ? soupira-t-elle.
— Je vais commencer, tu me fatigues déjà à me poser des questions comme ça, dès le matin ! Somnubilia !

Une faible vibration traversa ses paupières et contracta sa mâchoire, sans autre résultat plus conséquent.

— Hmm, non, ça ne marche pas vraiment.
— Je n'étais pas encore bien concentrée, mais évidemment, mademoiselle est une impatiente. Admire l'artiste ! Somnubilia ! AH ! Tu vois, tu as bâillé !
— Non, je m'ennuie.
— N'importe quoi, Whisper ! Tu refuses d'admettre que si, je peux y arriver !

Au bout du cinquième échec, Maggie renonça et posa sa baguette devant elle, d'un air rageur.

— Essaie donc, toi, lui lança-t-elle en remarquant le sourire narquois de Kate, tu verras que ce n'est pas aussi facile que tu le penses !
— Tu sais qu'il suffirait que je te touche le front pour t'endormir ?
— Avec l'Immatériel ? Ouais, eh bien tu éviteras tes expérimentations sur quelqu'un d'autre que moi, je tiens encore à ce qu'il y a encore à l'intérieur de mon crâne, n'en déplaise à certains ! Et puis tu risques de faire griller mes si beaux cheveux !

La phrase de Kate avait été prononcée avec ironie, cependant, elle gardait encore en mémoire l'éveil d'Eliot. L'Immatériel était parvenu à le ramener à la conscience alors qu'aucun sortilège, qu'aucune potion n'y était parvenue. Une source de pouvoirs incommensurables qui lui donnait des vertiges.
Nombreux furent les élèves qui bâillaient à s'en décrocher la mâchoire en sortant du cours de sortilèges pour se rendre à leur première option, sélectionnée par beaucoup de leur classe : la divination. Parmi les Gryffondors, seule Moira ne l'avait pas choisie, lui préférant l'Etude des Moldus et l'Arithmancie. Et contrairement à Maggie, la naine savait très bien en quoi cela consistait et avançait que ses années à l'école moldue lui avait déjà offert de belles bases en matière de chiffres à manipuler durant ses anciens cours de mathématiques.

Tous gravirent donc la tour Nord, pour atteindre l'échelle qui montait jusqu'à la trappe ouverte sur la salle de cours. L'air était lourd et embaumé d'une odeur d'encens qui irritait les narines. Partout dans la salle, des poufs et des petites tables, sur lesquelles étaient installées des tasses de thé et des théières. Cela rappela à Kate qu'elle gardait toujours en otage celle qu'Orpheus lui avait laissée. Avec un peu de circonspection, elle s'installa à la même table que ses trois amies de Gryffondor qui avait pris cette même option, un peu en retrait des autres.

— La prof serait-elle décédée avant même de nous faire cours ? lança Maggie.
— J'aurais une réplique à la Moira sur le bout de la langue, mais je me retiendrai, répliqua Kate, amusée.
— Et tu as bien raison. Tu n'imagines pas combien je me réjouis de ne pas être dans la même pièce qu'elle, pour une fois, alors fais-moi plaisir et ne prononce plus son nom !
— Je me demande ce qu'on va faire, avec tout ça ! se questionna Scarlett en examinant la tasse qu'elle tenait entre ses mains.
— J'aurais du mal à penser à autre chose que boire du thé, lui répondit Suzanna en attrapant la sienne. Oh, si ! Tu peux t'en faire un chapeau ! Comme ceci !

Elle positionna la tasse à l'envers sur sa volumineuse chevelure blonde, mais un déséquilibre la fit tomber et elle ne la rattrapa pas à temps, la tasse se brisant en morceaux sur le parquet.

— Bon, toi, déjà, tu vas mourir, c'est la prophétie de la tasse qui l'a dit, asséna Maggie alors que Suzanna tentait des sortilèges pour la réparer. Toutes mes condoléances. Tu préfères des roses ou des œillets sur ta tombe ? Non, attends, je demanderai ça à ma tasse !

Scarlett dut porter secours à son amie pour recoller les morceaux, comme si rien ne s'était produit. Quand la trappe se referma dans un claquement sourd, ce qui coupa net toutes les conversations dans la classe. Une ombre se découpa derrière le rideau, tout à gauche de la salle, rouge et orangé qui séparait sûrement la classe des appartements du professeur Trelawney. Celle-ci leur apparut en ouvrant les voiles d'un large geste théâtral, observant avec ses yeux, rendus énormes par ses lunettes rondes, ses nouveaux élèves. La première comparaison qui vint à l'esprit de Kate fut ce petit animal, une espèce de singe d'Asie que l'on appelait les tarsiers. L'enseignante, qui portait une robe ressemblant davantage à une vieille blouse en lin, s'avança dans la pièce et observa le visage de tous ces jeunes gens qui ne soufflaient mot.

— De nouvelles têtes… de nouveaux présages. Oh oui, je ressens bien des choses ! Impalpables et oh ! Terribles ! Terribles présages !

Elle avait prononcé ses premiers mots en fléchissant ses coudes tremblants, ses mains aux doigts écartés et crispés, le tout dans une voix crescendo.

— Non, non, ne craignez rien, non ! Car vous… vous êtes ici pour apercevoir justement les dangers qui vous guettent. Seul l'au-delà pourra vous le prédire ! Vous l'entendez ? Vous l'entendez qui murmure ? Chut !

Elle s'immobilisa, l'oreille tendue, alors que certains, crédules, l'imitèrent. Kate commença à mieux comprendre pourquoi Clive Ollivander lui accordait l'adjectif « délirante ».

— Oui, écoutez. Car il faut de la patience, de la délicatesse. La divination est un art… Oh oui, jeune homme, là-bas ! Je sens votre esprit chargé de questions ! Dites-le moi, allez-y ! Peut-être les esprits pourront-ils vous répondre…
— Non, en fait… c'est juste que vous ne nous avez pas encore dit votre nom, professeur, lui fit remarquer Tobin Taylor, un élève de Serpentard.

La remarque évidente en fit pouffer certains, alors que l'enseignante feinta une expression de surprise en lui répondant :

— Professeur Trelawney. Sybille Trelawney. Honorable descendante de la voyante Cassandra Trelawney, la plus GRAAANDE dans son art ! Vous ne me prenez pas au sérieux ? C'est… ça serait fâcheux ! Mais ne contredisez jamais la voix des esprits ! Car elle n'est jamais dans le tort ! Et les prophéties qu'ils m'ont murmuré se sont toujours révélées correctes ! Alors ne prenez pas à la légère. Oh non, ça serait une regrettable erreur… !

L'enseignante, visiblement en phase précoce de démence, enchaîna avec de nébuleuses explications concernant leur programme et désira au plus vite les initier aux feuilles de thé, à peine quelques minutes plus tard.

— Nous n'avons encore aucune notion théorique de la divination, professeur, fit remarquer Mercury Crown de sa voix timide.
— La théorie n'existe pas, ma chère enfant, minauda Trelawney d'un air affligé en s'approchant d'elle. Tout n'est que réalité, ces choses qui se passent autour de nous. Il faut le vivre, non le lire ! Oui, restez avec vos sens aiguisés ! La divination n'est pas un domaine que tous peuvent prétendre maîtriser. C'est un don, vous comprenez ? Certains sont prédisposés. L'ouverture de l'esprit, vers l'au-delà. Allez, ma chère enfant, buvez donc votre thé et consultez donc votre livre, si cela peut devenir la source de votre consolation.

Elle leva ses mains sur les siennes en portant la tasse, pour l'inciter à terminer plus vite son breuvage.

— Je ne sais pas si je peux lire l'avenir dans les feuilles de thé, grimaça Maggie après en avoir avalé plusieurs gorgées, mais je peux vous prédire que mon estomac risque de faire beaucoup de bruit. Ce thé est vraiment infâme… Nom d'un gnome en jupette, qu'est-ce qu'il ne faudrait pas faire pour avoir des bonnes notes… J'y sacrifie mon propre corps, entretenu avec soin toutes ces années, vous rendez-vous compte un peu ?

Lorsque les premières tasses furent vidées, le professeur leur donna une nouvelle consigne :

— Bien, bien… Maintenant, échangez avec votre voisin et il lira votre futur. Décèlera de quoi sera fait votre lendemain… ! Soyez ouverts ! Projetez-vous sans crainte, oui, sans crainte.

Après avoir échangé un regard désespéré par la situation, Kate et Maggie échangèrent leurs tasses et tentèrent de déchiffrer la forme dans les résidus.

— Alors, Scarlett… ton futur va être très… flou ! Avec plein de particules ! constatait Suzanna, à côté. Peut-être une tempête de sable ! Il y a des tempêtes de sable, près de chez toi ?
— Je ne pense pas qu'il y ait de tempête de sable en Grande-Bretagne, Suzanna, trancha Scarlett, pragmatique.

Dans la salle, le professeur Trelawney passait dans les rangs pour consulter quelques fonds de récipients.

— Que disent les feuilles de thé ? demanda-t-elle à Jimmy Branstone, qui avait en mains la tasse de Terry.
— Eh bien… si j'en crois le livre et que si je reconnais bien là une… lance, peut-être que Terry va… partir à la guerre ?

Terry lui-même en haussa un sourcil, se retenant de rire sous le nez de son professeur. Pourtant, celle-ci, plus sceptique, lui subtilisa le gobet de porcelaine et vérifia d'elle-même.

— Non, non, jeune homme, ce n'est pas une lance ! C'est une flèche retournée ! Oh, mon pauvre petit garçon…

Sa main pâle, rehaussée d'énormes pierres en cabochon, se posa sur l'épaule de Terry.

— Je rêve ou c'est Diggle qu'elle vient d'appeler « mon pauvre petit garçon » ?! s'étrangla Maggie, qui manqua de s'étouffer de rire, alors qu'elle le retenait de toutes ses forces. En fait, je ne regrette pas d'être venue ! Cette matière dépasse toutes mes espérances !
— … vous allez faire un bien mauvais choix ! lui annonça-t-elle en hochant la tête plusieurs fois.

Elle lui rendit la tasse à la va-vite, qui manqua de peu de basculer sur la soucoupe si Terry ne l'avait pas rattrapé à temps. Puis, Trelawney s'immobilisa. Tout à coup, au milieu de ses élèves et leva un bras devant elle, sa main victime de spasmes.

— Par Merlin, je la sens ! Oui… la Mort ! Elle est parmi nous, en ce moment-même !

Les plus impressionnables en eurent les yeux écarquillés de stupeur alors qu'elle semblait rechercher un flux avec sa main, qui explorait l'espace autour d'elle.

— Des sombres présages, oui, je vous l'avais dit ! Ça plane au-dessus de vos têtes… oui… je le sens… là-bas !

Son bras pointait en direction du fond de la salle, exactement là où se trouvait la table des quatre filles.

— Pourquoi nous… grommela Maggie dans sa barbe, en se tassant sur elle-même alors que tous les regards se tournèrent vers elles.
— C'est parce que Kate porte du violet. Ça attire l'œil.
— Pourquoi n'y ai-je pas pensé plus tôt. Whisper, je ne suis plus ton amie depuis que tu portes du violet… !
— Hé, c'est vous qui me l'avait fait, cette couleur !

Il ne suffit que d'une seconde avant que le professeur Trelawney ne se projette vers elles, avec un regard empli de compassion, comme si elle allait annoncer la condamnation de l'une des leurs.

— Que disent les feuilles ? scanda-t-elle au-dessus de l'épaule de Maggie. Que disent les feuilles ?!
— Euh… qu'il n'y a plus de thé dans la tasse, professeur ?
— Non, regardez plus en profondeur, mon enfant ! Ne vous fermez pas ! Dites-moi ! Que disent les feuilles ?
— Eh bien… alors… on pourrait y voir un… sapin, dans ce sens. Je pense que Kate… aura un très beau cadeau de Noël !
— Dans l'autre sens, dans l'autre sens ! lui cria presque le professeur Trelawney en la pressant avec de grands gestes de la main.
— Dans l'autre sens ? C'est-à-dire… Noël aura Kate sur un sapin ? Je ne vous suis pas, professeur, pardonnez-moi.
— Non, la tasse, mon enfant, la tasse ! Tournez-la ! Là ! Regardez, c'est l'éclair ! La mort s'abattra sans prévenir !
« Ah. Ce n'est pas comme si c'était la deuxième fois qu'on me l'annonçait en trois jours. » s'insinua une pensée de Kate.

Cependant, elle dut s'avouer qu'elle n'était pas à l'aise face à une telle nouvelle :

— M-moi ? Je vais mourir ?
— Oh, ma pauvre enfant, hélas, nous sommes tous voués à mourir ! se précipita Trelawney vers elle en lui attrapant les mains avec les siennes, froides et nouées. Mais certains d'entre nous s'y précipitent bien trop tôt… Soyez forte, ma pauvre enfant, oui, soyez forte.

Le regard affligé et sa petite bouche tordue à l'envers, Trelawney s'éloigna en lâchant des semblants de geignements, avant de se diriger vers une autre table pour annoncer un nouveau malheur. Kate en demeura coi, la tasse de Maggie entre ses mains, sans savoir comment réagir. Cette dernière se fit pressante :

— Et moi alors ? s'intéressa-t-elle en se penchant légèrement vers elle. Je vais mourir de quoi ?
— Ah, euh… eh bien, écoute, je dirais que ça ressemble à un… chapeau ?
— Peut-être que Moira t'étouffera avec un chapeau lors de ton sommeil pour se venger de l'oreiller, glissa Suzanna.
— Qu'elle essaie donc, je ne suis même pas sûre qu'elle soit assez grande pour atteindre mon matelas !

C'est fou ce qu'un petit pois pouvait soudainement prendre de l'importance par rapport à ses congénères, qui défilaient par légions dans son assiette. Un seul petit pois, identique aux autres. Sans aucun moyen de se différencier les uns des autres.
Kate le titilla du bout de sa fourchette à plusieurs reprises, sans se forcer à manger, ce qui intrigua Maggie, à côté d'elle, alors que les autres filles discutaient d'ores et déjà du premier numéro de l'Echo du Boursouff pour cette nouvelle année.

— Ça ne va pas ? se soucia son amie.
— Ne t'inquiète pas pour moi, Maggie…
— Tu n'as pas l'habitude de jouer avec la nourriture. Tu fais toujours un sort à tes plats ! Mais écoute, tu as l'air si épanouie avec ton copain le petit pois que je vous souhaite beaucoup de bonheur dans votre vie commune.
— Ecoute, tout va bien.
— Ah, en omettant bien sûr le fait que tu boudes ta table ronde pour supporter encore ma présence.
— C'est juste que… qu'en trois jours, on m'a annoncé deux fois ma mort, mais je vais vraiment très bien !
— Ah parce que tu vas les croire ? Cet espèce de taré qui te suit partout comme un Niffleur et ses pièces d'or et une décérébrée qui pique à mon avis quelques herbes du côté de la serre numéro sept ? Sincèrement, qu'est-ce qui te ferait dire qu'ils ont raison ?
— Sincèrement ? répéta Kate, toujours très sarcastique. Voyons voir. La Sorcière Bleue, peut-être ?

D'un geste rageur, elle écrasa son petit pois avec sa fourchette.

— Mais de toute façon, tu sais que la Sorcière Bleue ne peut pas rentrer dans l'enceinte de Poudlard ! Ce n'est pas pour rien qu'elle a essayé de t'attirer dans la forêt interdite l'an passé ou d'envoyer ton cousin jouer les chasseurs !
— Et si c'était la nouvelle surveillante ? lui murmura-t-elle, plus bas.

Maggie observa les environs.

— D'ailleurs, je n'ai pas encore revue depuis la rentrée. Tu crois qu'elle s'est déjà jetée du pont, comme Rusard ? Ou que des élèves l'ont enfermée dans un placard ?
— J'aimerais bien, ça me permettrait de mieux dormir.

Puis, à sa plus grande surprise, Maggie soupira de déception, le regard par-delà l'épaule de Kate.

— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda cette dernière en se retournant.
— Tu as gonflé tout le monde pour obtenir cette table et tous les Papillombres la boudent. Toi comprise.
— Juste… que c'est difficile, on n'a pas tous le même âge ! Puis nous avons tous des amis dans d'autres maisons !
— Autant la brûler, alors ? Ça ferait un bon feu de joie pour peu cher. Ça brûle bien le noyer verni ? C'est quoi déjà le sortilège… ?
— Non mais tu es malade ?!
— Whisper…

Le regard clair de Maggie s'assombrit. Rarement elle lui était apparue aussi sérieuse.

— Je veux que tu ailles tout de suite à cette table et qu'en tant que préfète, tu obliges les marmots qui te servent de camarades de maison à t'y rejoindre. Il est hors de question que vous ne créiez pas une équipe de Quidditch cette année !
— Tu t'en soucies… juste pour une histoire de Quidditch ? se gendarma Kate en reposant sa fourchette. Vous ne pouvez pas un peu parler un peu d'autre chose ?! Vous me fatiguez tous avec cette histoire de Quidditch.
— Oh, il y a plein d'autres raisons qui mériteraient d'être citées en ton intérêt, mais elles ne me concernent pas vraiment, alors je te les épargne. Allez, hop, plus vite que ça !

Après une bonne minute d'hésitation, Kate s'empara de son assiette et se leva du banc de la table de Gryffondors, sous le regard satisfait de Maggie. Personne n'aurait remarqué ce changement de place improvisé. Personne, si un déséquilibre n'avait pas fait glisser sa jambe sur le carrelage de la Grande Salle. Dans la vitesse de la chute, les petits pois furent éjectés dans les airs, prenant d'assaut diverses chevelures de toutes teintes et certains verres de jus de citrouille. Quant à l'escalope de dinde sauce forestière, elle s'écrasa sur le torse de Kate, étalée de tout son long, le souffle coupé. De grands rires éclatèrent dans le réfectoire, alors que d'autres élèves, plus conciliants, lui prêtèrent de l'aide. Avec, bien sûr, Terry en première ligne, commençant à s'y habituer. Relever Kate du sol était devenu une seconde nature pour lui. D'autant plus qu'année par année, avec sa croissance, il lui était bien plus facile de le faire : il suffisait à présent de lui tirer la main d'un seul bras.

— Trois jours. Trois jours t'ont suffi depuis la rentrée pour que tu inaugures de nouveau ce magnifique carrelage.
— Je… j'ai…

Malgré sa plaisanterie, Kate ne réagit pas comme prévu. Elle paraissait au contraire, ni honteuse, ni furieuse, mais hébétée, alors qu'elle se massait l'arrière de la tête. Soupçonnant un choc, Terry s'inquiéta :

— Tu t'es faite mal ?
— Non, pas du tout et… c'est bizarre, justement ! balbutia-t-elle en regardant la scène du crime, avec l'assiette brisée et les restes du plat explosés sur le sol.
— Tu trouves que ce n'est pas normal de ne pas t'être fait mal ? … Tu es vraiment sûre de ne pas avoir eu de choc ?
— Non, je veux dire… J'ai senti quelque chose ! Comme si on avait amorti ma chute ! Personne n'a vu quelqu'un jeter un sort ?

Face à son explication pour le moins obscure, Terry ne sut sur le moment répondre autrement que sur le ton de l'humour :

— La tasse de thé a voulu ta mort et les esprits en ont décidé autrement.
— Très drôle, Terry… ! grommela-t-elle, à la fois sarcastique et amusée.
— Ça va, Kate ?

S'était précipitée vers elle une Maggie ayant quelque peu de retard sur l'affaire.

— Ça va, ça va, je n'ai rien, arrêtez de vous soucier autant pour une petite chute de rien du tout ! Sinon, vous risqueriez d'être sur mon dos bien longtemps !
— En tout cas, ta tenue est bien souillée maintenant, constata-t-elle, l'air dégoûtée, comme si la jeune fille s'était vomie dessus.

En étudiant l'état de ses vêtements, Kate se rendit en effet compte de l'étendue des dégâts. La crème avait éclaté sur sa poitrine et dégoulinait par grosses bavures jusqu'à ses cuisses, avec, à ses pieds, le morceau de dinde qui gisait par terre.

— Tu ne t'es pas brûlée, ça va ? s'inquiéta Terry.
— Non, non. Juste que… que j'en ai partout… ! Il va falloir que j'aille me changer tout de suite ! À ce niveau-là, je pense qu'un sort n'est plus suffisant !
— Oui, je pense que tu vas pouvoir tout changer ! renchérit Maggie en hochant la tête, comme une adulte s'adressant à une enfant novice. La cape, le pull, la chemise, le pantalon, les chaussettes…! À part si tu te sens d'humeur à empester le champignon toute l'après-midi jusque dans ta culotte !

Immédiatement, Kate se mit à rougir du fait que son amie emploie ce mot la concernant devant public, en particulier devant Terry, qui sembla cependant s'en amuser, de même que Maggie, à première vue satisfaite du résultat que cela avait provoqué :

— C'est le mot « culotte » qui te met dans tous tes états, ma grande ?
— N-non, pas du tout ! Qu'est-ce que tu t'imagines ! Ça ne me fait rien !
— D'accord. Hm. … Culotte ?
— Chut ! lui intima-t-elle, le visage écarlate. Quelqu'un va t'entendre !
— Trop tard, Diggle est témoin, haussa-t-elle des épaules en le désignant avec son pouce, avec un petit air triomphant.
— Affirmatif.

La honte submergea Kate à tel point qu'elle entama une minute d'apnée sans s'en rendre compte.

— Oh, je m'en fiche, Kate, tu sais ? tenta-t-il de la rassurer.
— Je ne suis même pas certaine que tu saches ce qu'est une culotte, Diggle.
— Tout autant que je sais ce qu'est une fille.
— C'est-à-dire ? Tu en fréquentes tous les jours ?
— Euh non… !

De son côté, Kate profita de cette opportunité pour laisser échapper son embarras et son souffle retenu, assistant à une nouvelle scène qui, au fond d'elle, la ravissait. Même si les paris incessants de Terry et Maggie l'excédaient, elle devait avouer qu'il y avait dans ces moments une singulière complicité émanant de leurs échanges. Son rêve aurait été d'enregistrer toute la scène pour le soir-même la montrer à Maggie et lui montrer pour quelle raison les filles de la chambre se moquaient d'elle dès qu'on abordait le sujet de Terry.

— En fait, je suis certaine que tu ne sais même pas à croire cela ressemble, poursuivit Maggie en croisant les bras contre elle, ses yeux plantés dans ceux de Terry.
— Qu'est-ce qui te fait dire ça, Dawkins ? répliqua-t-il en adoptant exactement la même posture qu'elle, bien plus imposant cependant, avec son habituel sourire aux coins des lèvres.
— Le fait que tu sois garçon unique. Tu aurais eu une sœur, je ne dis pas, mais ce n'est pas le cas.
— J'ai une mère.
— Tu… tu as vu les… Ah, non, tais-toi, je ne veux pas supporter d'images si atroces !
— Non mais quoi ! Tu ne me crois pas ?
— J'ai besoin d'une preuve !
— Très bien. Parions alors, je ne vois que cette solution.
— Parfait, nous tombons sur un parfait accord.

Pour Kate, il ne manquait qu'un fauteuil tout confort et un saladier en argent rempli de pop-corn sur les genoux pour apprécier le spectacle. Mais trop concentrés dans leur conversation sur les sous-vêtements féminins, aucun des deux amis ne remarqua le sourire qui s'étirait d'une oreille à l'autre sur son visage.

— Diggle, je te mets au défi de me rapporter une culotte, d'ici lundi prochain, avant midi.
— Ton challenge est accepté. Si tu gagnes ?
— Je te donnerai l'une de celles de Kate et tu devras la mettre sur ta tête pour manger, un soir.
— Hé ! s'opposa la concernée, n'approuvant pas qu'on lui pique ses affaires privées pour une histoire de paris.
— Et sois sans crainte, je t'en donnerai une propre, trouva bon de préciser Maggie, ignorant la réaction de sa meilleure amie. Et même si tu as une couleur de préférence, tu y auras le droit. Je suis clémente. Surtout que Kate a l'embarras du choix niveau couleur !
— Hé ! renouvella-t-elle sa contestation, dans une onomatopée plus aiguë en espérant qu'on la remarque.
— Très bien. Et si je gagne, je te prêterai un caleçon, de qui, je ne te dirai pas, et tu devras le porter toute une journée. Mais pas sur la tête.
— Je prends le risque.
— J'admire ton courage. C'est quoi tes motifs préférés ?

Kate préféra en profiter pour s'éclipser. Elle s'était déjà faite bien assez remarqué et la conversation commençait à dégénérer en un combat de répliques ironiques. S'étaient-ils au moins une fois écoutés ? Elle ignora les regards et les doigts tournés vers elle en sortant de la Grande Salle, pour aller se changer. Et lorsqu'elle ouvrit la porte en soupirant, une voix la surprit :

— Je peux savoir ce que vous faites dans un état pareil ?

Kate sursauta avant d'apercevoir la grande silhouette de leur nouvelle surveillante, dissimulée dans l'ombre du pilier de l'arche de la porte. La voix d'Electra Byrne provoquait en elle d'irrépressibles frissons qui ranimaient bien d'anciennes peurs.

— Je… j'ai fait tomber mon assiette sur moi, bredouilla-t-elle. J'allais me changer.
— Oui, vous avez bien intérêt avant que je ne m'en sois occupée moi-même.

Son ton était à la fois grave et autoritaire, tout en laissant échapper quelques notes suaves et malines. En toute hâte, Kate s'éloigna, sentant son regard perçant fixé sur elle. Personne ne savait encore ce qu'elle pensait de cette mystérieuse miss Byrne, la remplaçante d'un surveillant assassiné qui lui rappelait étrangement la Sorcière Bleue. Et si cela était en réalité une couverture pour pouvoir rester dans l'enceinte de Poudlard, au plus près de sa cible, sans éveiller les soupçons.

Au détour du couloir, un petit sifflement lui percuta l'oreille avant qu'un minuscule avion de papier vert n'effectue de petites pirouettes sous son nez. Ne s'y attendant pas, Kate l'attrapa en délicatesse avec ses doigts sentant encore la crème aux champignons et immédiatement, le minuscule billet cessa de bouger. Il n'y avait personne aux alentours. Cependant, l'effet de surprise commença à s'estomper dès lors qu'elle l'ouvrit pour en lire le contenu :

« Miss Whisper,
Je vous en conjure, prenez en compte mes avertissements. Je serai en mesure de tout vous expliquer. Rendez-vous ce soir, sous le chêne de la cour, après votre repas.
Orpheus Fawley ».

Non, mais qui était-il pour lui donner des ordres et lui dire ce qu'elle devait faire de sa vie ?! Agacée, Kate écrasa le papier vert en une petite boulette qu'elle jeta derrière son épaule. Et aussitôt lui succéda un second avion, en tous points identiques. Cette double attention énerva la jeune fille qui se résolut tout de même à y jeter un rapide coup d'œil.

« Miss Whisper,
Je me ravis de voir que vous suivez malgré tout mes conseils, entre autres celui de ne jamais accepter de rendez-vous anonymes, seule de surcroît, pour le moment. Je peux entendre les questions que vous vous posez de manière tout à fait légitime. Quelqu'un cherche en effet à vous causer du tort pour ne pas sous-entendre plus encore, mais je ne peux vous livrer le responsable : moi-même ignore son identité. Je nourris cependant la certitude que quelqu'un cherche à vous nuire. Si vous pensez détenir le moindre indice, votre logique de déduction étant bien plus efficiente que la mienne, je vous prie de me contacter au plus vite. Vous avez mon adresse.
Orpheus Fawley
PS : pour les taches aussi copieuses, le sortilège Tergeo Maxima se révèle être un excellent allié ! »

Cependant, Kate eut beau observer les environs, aucune trace. Personne à l'horizon. Où pouvait-il bien être ?!


La salle où furent dispensés les cours d'Arts et Magie était située au quatrième étage du bâtiment principal. Immense et lumineuse, garnie de cinq énormes fenêtres, encadrées par des voiles transparents et scintillants, comme une toile d'or. Des tables avaient été disposées en table de cercle autour d'une estrade ronde, sur laquelle avaient été montés différents portraits peints et animés. Nombreux étaient les curieux qui avaient accepté de suivre l'option, si ce n'était parfois pour reluquer les jambes graciles de leur nouvelle enseignante, Mrs Sheencloth, qui portait ce jour-là une courbe robe d'un jaune tape-à-l'œil et un chapeau d'or à voilette, orné d'une grosse fleur de lys. Un style vestimentaire pour le moins exubérant et atypique, mais Kate apprécia cette touche d'originalité dans ce monde sorcier qui se cantonnait parfois trop à ses traditions, sans jamais se permettre d'en sortir et de goûter à la découverte des nouveautés. À côté d'elle, Suzanna, la seule fille de Gryffondor à avoir choisi l'option, observait leur professeur avec fascination, comme si se tenait devant elle l'incarnation de tous ses rêves les plus fous.

Ils devaient être quatre de chaque maison à s'être présentés à ce cours inaugural. Kate y reconnut notamment le duo de Serpentard, Calypso Curtiss et Juno Nightingal, toujours fidèles à elles-mêmes. L'une muette et le visage figé dans une indifférence la plus totale tandis que l'autre remuait dans tous les sens en lâchant de temps en temps un petit rire nerveux. Marvin Ledger avait atterri ici, certainement parce que sa sœur jumelle, Phyllis, l'une des filles les plus sérieuses de la classe, l'avait emmené de force pour l'accompagner, sa grande amie Mercury Crown n'ayant pas choisi Arts et Magie comme seconde option. Phyllis faisait partie de cette famille de filles qui ne savaient pas survivre seules dans cette école. Manger seule était synonyme de perte d'identité, oser accomplir une activité en solitaire revenait à signer son arrêt de mort. Elle était sans cesse à devoir chercher un point d'ancrage pour se donner l'impression d'exister. Voilà bien une chose que Kate ne comprenait pas, pour laquelle la solitude était une de ces vieilles amies dont on apprécie quelques fois la compagnie.
En continuant son analyse de la petite population rassemblée, Kate reconnut également Penny Ryan et Ramona Rawls, les deux Poufsouffles avec lesquelles elle avait passé la soirée au Chaudron Baveur, Fergus Fittle, Emeric Beckett et bien entendu, Griffin Gale. Le profil de ce dernier ne rendait jamais Kate insensible. Elle se surprenait des fois à rêvasser en détailler la silhouette de son visage, qu'elle considérait comme étant la plus proche de sa perfection.

— Bienvenue à tous pour ce premier cours d'Arts et Magie, leur souhaita le professeur Sheencloth en ouvrant les bras, un sourire radieux sur ses lèvres peintes en orange vif. Je pense que vous ne serez pas déçus d'avoir choisi cette nouvelle option ! Vous êtes ma première classe de troisième année, donc la première promotion que je suivrai de bout à bout ! Vous serez en quelque sorte… mes chouchous !
— T'as entendu, t'as entendu ? On est ses chouchous ! s'excita Suzanna auprès de Kate, en murmurant sa joie frénétique.
— Oui, oui, j'ai entendu, lui sourit brièvement Kate, pour ne pas la froisser.
— Nous allons pouvoir travailler tous les aspects de l'art sorcier en détail, durant ces cinq années durant lesquelles nous travaillerons ensemble ! Bien. Qui peut commencer justement par me citer justement les différents arts sorciers ?

Quelques mains se levèrent dans la salle, ce qui enchanta Mrs Sheencloth, toute égayée.

— Toi, oui, toi, jeune homme en bleu avec les cheveux blonds !
— L'art des portraits, la musique, la sculpture animée, l'architecture, la photographie et les lettres, professeur ! répondit tout naturellement Emeric.
— Je déteste ce sale intello, grommela Suzanna, vexée de ne pas avoir été choisie pour répondre, en lui jetant un regard noir par-dessus son épaule.
— Très bien, excellent, cinq points pour Serdaigle ! le félicita Mrs Sheencloth. Oh, par Merlin, j'ai toujours rêvé de dire ça ! Et quel est ton nom, jeune homme ?
— Emeric Beckett, professeur.
— Parfait ! s'excita-t-elle d'une petite voix aiguë tout en frappant dans ses mains, comme une enfant qui venait de trouver ses cadeaux de Noël sous le sapin. Quand je pense qu'il va falloir que je retienne tous vos noms ! Je ne suis pas très douée pour retenir, mais j'espère que je ferai le moins d'erreurs possibles ! Bref, hem, continuons !

Elle s'écarta de l'estrade pour leur permettre d'admirer en détail les portraits qui avaient été amenés et qui dévisageaient les élèves avec tout autant de concentration qu'eux le faisaient à leur égard.

— Parmi ces arts que votre ami Beckett a énumérés, les portraits sont les plus représentés dans notre monde. La photographie commence à prendre le pas, cependant, avec les nouvelles technologies et l'ampleur que prennent les médias de nos jours. Néanmoins, l'usage des portraits perdurent à travers les âges. Quelqu'un sait depuis quand datent les premiers portraits ? Ah, ne répondez pas trop vite ! Il y a un petit piège !

Des mains se levèrent, cependant, moins nombreuses.

— Hm, toi, jeune fille ! s'adressa-t-elle à Penny Ryan.
— Le Moyen-Âge, professeur ?
— Oh non, bien plus ancien que ça !
— Les égyptiens ? tenta un autre élève.
— Je vous prie de lever la main et d'attendre que je vous interroge pour parler, s'il vous plaît, précisa-t-elle, toute souriante.
— Pardon, professeur.
— Mais non, ce ne sont pas les égyptiens. Leur art est considéré avant tout comme de la sculpture animée, même si certains hiéroglyphes ont été peints. Nous y reviendrons, sur les égyptiens, durant tout un semestre !

Elle commença à passer dans les rangs, son passage attirant le regard de quelques jeunes garçons, qui se plurent à admirer le balancement de ses hanches, bien mises en valeur par sa robe plaquée contre ses formes. Griffin en donna un coup de coude dans les côtes de son voisin, Evan, pour qu'il contemple à son tour le spectacle, tous les deux retournés sur leurs chaises. Kate se surprit à en devenir terriblement jalouse…

— Une autre proposition ? demanda-t-elle en levant les mains au niveau de son menton, paumes vers le plafond, tout en tirant la moue. Oui, jeune fille ?
— Les romains, alors !
— Pareil que les égyptiens, la magie a d'abord été utilisée pour leurs mosaïques chez eux. Les peintures magiques ne sont arrivées qu'après.

Depuis le fond de la classe, elle balaya la salle d'un regard, en ne voyant plus qu'une seule main levée, persistante. Mrs Sheencloth rangea ses mains derrière son dos, creusant le bas de ses reins, et soupira :

— Bien, je ne vais pas avoir d'autre choix que de vous interroger de nouveau, Mister Beckett, puisque vous semblez si déterminé.
— La préhistoire, professeur. Dans les grottes.
— Bien ! Je vous accorde vos points si vous expliquez le processus à vos camarades. Vous le connaissez ?
— Oui, professeur.
— Allez-y donc.
— Eh bien… en fait… commença-t-il, un peu bredouillant de devoir expliquer à toute la classe, malgré le fait qu'il répondait quotidiennement à chaque question et que cela aurait dû être une habitude bien acquise pour lui. À l'époque, les baguettes magiques n'existaient pas encore, mais nos ancêtres avaient des sortes de… dons. Et quelques sorciers connaissaient l'usage des plantes pour faire des potions. Pour leur peinture, ils broyaient des pierres spéciales. Et quand la peinture était terminée, pour l'animer, ils jetaient d'autres herbes dans les feux des grottes. Et alors, elles s'animaient. C'est pour cela qu'on en trouve surtout dans les grottes. Pour avoir un support et une proximité suffisante du feu dans lequel on jetait les herbes.
— Excellent, mister Beckett, bientôt, vous ferez le cours à ma place ! Vous n'y songez pas, j'espère ! Allez, Serdaigle mérite bien encore cinq points !

Elle repassa dans l'une des allées pour rejoindre l'estrade, tout en apportant quelques précisions :

— Nos ancêtres étaient des êtres vraiment très ingénieux ! Dès le départ, ils ont su qu'il s'agissait de quelque chose qui n'était pas à la portée de tous. Et aujourd'hui encore, les Moldus n'ont jamais percé le véritable secret des peintures rupestres.

La main de Suzanna se leva de nouveau et Mrs Sheencloth l'invita à poser sa question en hochant de la tête, tout en faisant papillonner ses immenses cils.

— Vous en avez déjà vu, professeur ? lui demanda-t-elle, fascinée.
— Oui, quelques-unes en France. C'est un joli spectacle. Mais je rêve surtout d'un jour voir celles de Lascaux, les plus grandes du monde. Paraît-il que c'est à couper le souffle. Un autre univers qui s'offre à vous, tant vous êtes immergés dans la magie de l'essence-même de l'art.

À côté de Kate, Suzanna soupira d'émerveillement. Cependant, elle-même s'imaginait assise sur le sol humide et glacé d'une grotte sombre, tout en observant les taureaux rouges galoper sur les pierres. Qu'est-ce que cela devait être beau. Se plonger dans un songe qui prenait vie…

— Depuis, vous vous doutez que les portraits ont grandement évolué. Je vous ai apporté ici quatre portraits qui n'ont pas été peints à la même époque. Quelqu'un peut me dire quel est le plus ancien, d'après lui ? Oui, miss ?
— Celui tout à droite ! s'exclama Juno Nightingal en le désignant du doigt.
— Très bien ! Et pourquoi cela ! Ah oui, il faut m'apporter une explication !
— Je… je dirais que les couleurs sont plus pâles et surtout parce que c'est plat.
— Votre idée est là, oui oui, c'est très bien ! s'enthousiasma leur professeur avec sa voix de petite fille. Cinq points pour Serpentard ! Il n'y a pas vraiment d'effet de perspective sur celui-là, pour y mettre les mots exacts, ce qui montre l'ancienneté des techniques !
— Je vous en parlerai des perspectives, mademoiselle, vous n'avez pas honte de parler de moi ainsi ?! se révolta l'homme de lettres français qui apparaissait sur la toile, alors que sa plume à papotte rédigeait toute seule. Mon esprit a certainement bien plus de relief que le vôtre !
— Je vous présente le maître de plume François Rabelais, connu pour ses voyages en Italie du Nord, pour son approche et son immersion dans le monde des géants. De son expérience découlèrent des histoires qu'aujourd'hui, même les Moldus connaissent, sans se douter que certains des éléments qu'il y raconte sont bel et bien réels !

Cette fois-ci honoré, l'homme représenté sur la toile retira son chapeau noir et salua l'assemblée dans un semblant de révérence, son sourire faisant frémir sa barbe.
Durant le reste du cours, le professeur Sheencloth leur détailla les autres portraits qu'elle avait amenés et questionna ses élèves de manière très diverse et très appliquée. Entre autres, sur la raison pour laquelle des portraits étaient peints :

— Mais je ne comprends pas, professeur, s'intéressa Suzanna, en levant la main. Maintenant, il est si simple de juste prendre une photo. Pourquoi fait-on encore des portraits ?
— Excellente question, oui, excellente question ! Quelle est la différence majeure entre un portrait et une photo ?
— Leur taille ? proposa Griffin Gale en haussant les épaules.
— Certes, la taille, mais on peut faire de petits portraits et de grandes photos. Donc, ça ne fonctionne pas !
— Les clichés sont en noir et blanc, poursuivit Penny.
— Détrompez-vous ! C'est un piège ! l'avertit-elle avec un sourire éclatant et un doigt pointé sur elle. On n'en voit souvent dans les journaux, certes, mais en réalité, les photographies sont en couleur !
— Moi, je le savais, ça ! glissa Suzanna à Kate.
— Normal, tu prends des photos à longueur de temps ! répliqua-t-elle.
— Non, en fait, la différence entre une photo et un portrait, c'est que la photo capture un instant, le portrait une personne. Une photo n'a pas « d'âme », vous comprenez ? Alors qu'une personne dans un portrait possède la personnalité du modèle, quelques caractéristiques, même parfois des bribes de mémoire. Vous pouvez parler un portrait, mais pas à une photo.

L'heure défila si rapidement tant le cours se révéla intéressant. Cependant, quelques impatients désirèrent savoir si cela resterait sur un unique plan théorique :

— Et par exemple, professeur, vous allez nous apprendre à peindre ? Des portraits magiques ?
— Il y aura en effet des ateliers ! Un par semestre, avec un temps de pratique différent ! Il pourra s'agir de sorties, d'expérimentations… Par exemple, peut-être qu'en sixième année, je vous apprendrai à peindre des portraits magiques, oui, pourquoi pas ! On peut toujours rêver ! Mais il faut d'ici là que vous me montriez de quoi vous êtes capables ! Si vous en avez dans le ventre ? D'accord !

Elle riait avec bruit tout en prononçant ses mots. Tout chez elle semblait se faire dans l'extravagance, avec des gestes exagérés. Un véritable cliché de l'artiste marginale et incomprise par une société cadrée par ses conventions centenaires. Peut-être était-ce ce qui caractérisait le talent. Dans ce cas, Mrs Sheencloth devait être très douée dans son domaine !

— Et elle l'est ! appuya Suzanna lorsqu'ils sortirent de cours. Tu verras les photos qu'elle a prises pour Sorcier Hebdo ! Oh, ce portrait d'Aédé Melponemaskis, la célèbre chanteuse grecque des Polymnis Witches ! On dirait qu'elle va sortir de la page, c'est… waouh ! Non, vraiment ! Puis la mise en scène, les décors et tout… ! C'est dingue ce qu'elle arrive à faire avec un appareil photo et un brin d'imagination ! J'ai tellement envie qu'elle m'apprenne un jour !

Kate hochait la tête sans réellement savoir quoi lui répondre ; elle n'était pas autant enjouée que sa camarade. Certes, la jeune fille appréciait l'art à sa juste valeur mais ne prévoyait pas du tout de faire carrière dedans. À vrai dire, se projeter dans un avenir ou dans une orientation lui donnait des vertiges. Tout cela était encore bien trop lointain pour elle !

— Hey, Whisper !

L'interpellation eut l'effet d'une décharge électrique. En particulier lorsqu'il lui semblait reconnaître ce timbre de voix. Kate fit volteface en manquant de peu de s'emmêler les pattes et d'en tomber, le souffle court. Elle crut que son cœur allait lui transpercer les côtes en voyant Griffin Gale approcher d'elle. Elle ne parvenait à y croire ! …tait-ce vraiment lui qui venait de l'appeler ? Peut-être avait-elle simplement entendu une voix, cela ne l'aurait pas étonnée ! Et était-ce réellement à elle qu'il lui adressait ce sourire qui la faisait fondre sur place ?

— Je peux te parler juste deux secondes ? l'aborda-t-il, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon.
— Euh, o-oui, b-bien sûr ! bafouilla-t-elle, se sentant rougir.
— Bien, je vais vous laisser, les prévint Suzanna à voix basse et le sourire malicieux. À plus tard, Kate ! Bye, Gale !

Les deux ne lui adressèrent pas même un regard. À vrai dire, Kate demeurait harponnée à ceux de Griffin. Elle se surprit même à afficher un sourire niais qu'elle tenta à plusieurs reprises de ravaler, en vain.

— Qu'est-ce que, euh… Tu as besoin de quelque chose ? lui demanda-t-elle avec une difficulté prééminente à articuler ses mots.
— Moi, non ! C'était plutôt pour toi, Whisper !
— M-moi ? M-moi ! Euh… Pourquoi ? Et tu sais, tu peux m'appeler Kate ! C'est plus court, hein ! Puis ça ne me fait pas rappeler à chaque fois que je suis la dernière de la ligne alphabétique !

Tout de suite après avoir prononcé ses derniers mots, elle se fustigea de les avoir sorti sans réfléchir. Cependant, la plaisanterie éveilla un léger rictus amusé sur le visage de Griffin, certainement plus diverti par l'embarras évident de son interlocutrice que par sa blague maladroite.

— D'accord, ça roule. Kate.

Rien que de l'entendre prononcer son prénom la transporta dans un autre univers. Oui. Griffin Gale venait de l'appeler par ce prénom. Cet instant resterait gravé dans sa mémoire.

— En fait, je venais te voir pour parler de Papillombre.
— Ah ? Ah bon ? bredouilla-t-elle en tripotant l'une de ses tresses. Comment ça, me parler de Papillombre ?
— Par rapport au Quidditch, évidemment !
— Ah ! Oui, évidemment, je suis bête ! Pourquoi je n'y ai pas pensé avant ! Le Quidditch !
— Vous vous êtes déjà répartis les postes, avec les petits nouveaux ?
— On, euh… on n'en a pas encore parlé encore, en fait ! avoua-t-elle, fébrile. Ils sont un peu timides, tu vois ?

En tout cas, bien moins qu'elle en présence du fameux Griffin, cela ne faisait aucun doute sur le moment !

— Et tu seras la capitaine, je suppose ? poursuivit-il.
— Eh bien… je pense !
— C'est un poste à responsabilités, tu sais ! Pas pour rien que c'est souvent des gros gaillards qui occupe ce rôle !
— T-tu penses que je ne suis pas faite pour ça ? hoqueta-t-elle, son sac se cognant à ses cuisses dans son sursaut.
— Ah non, je n'ai pas dit ça ! Mais regarde, cette année, il n'y a pas une fille qui est capitaine d'équipe, tu seras la seule !

Kate ne sut si cette information devait l'encourager ou la dépiter.

— Mais ton poste dans l'équipe ?
— Eh bien, euh… je ne sais pas trop ! Pour tout te dire… je… je ne suis pas très à l'aise sur un balai !
— J'avais cru remarquer cela en première année, oui !

Il l'avait observé lors de leur premier cours de vol ?! Au point de s'en souvenir ?! Mais Kate déchanta bien vite :

— Tu as mangé l'herbe, c'était violent !
— J'ai essayé de me convertir au végétarisme et ça ne m'a pas convaincue, en fait ! ricana-t-elle, gênée.

Cette fois, la blague eut un meilleur effet. Elargir le sourire de Griffin était une véritable victoire. Les trompettes du triomphe détonnaient dans la tête de Kate, comblée.

— Donc… pas de préférence ?
— Pas de préférence, non. Tu aurais un poste à me conseiller ?
— Gardien, bien sûr. Ce sont les meilleurs ! s'enorgueillit-il.
— Ah bon, gardien ? Tu es sûr… ?

S'il y avait bien un poste qu'elle ne prétendait pas pouvoir remplir, c'était bien celui-là ! Sûrement la peur de passer son match à voir des Souaffles lui foncer dessus à longueur de temps, avec une telle responsabilité derrière !

— Bah oui ! Poursuiveur, c'est trop commun, on a vite tendance à t'oublier, parmi les trois. Attrapeur ? Boarf, ce sont des crâneurs, ils sont prétentieux ! Quant aux batteurs, ce ne sont que des brutes qui n'ont aucune tactique… !

Le sourire de Kate se crispa en entendant la dernière phrase de Griffin, qu'elle appliqua à son père. Malgré le froid qui s'était instauré entre eux, elle eut du mal à avaler une telle remarque. Mais elle pouvait tout pardonner à Griffin, lui laisser dire ce qu'il voulait. Quand bien même il se serait adressé à elle en portugais qu'elle aurait approuvé en hochant bêtement la tête et qu'elle aurait ri à chaque fin de phrase pour marquer son intérêt.

— Oui, après tout… ils ne font que taper dans les balles avec une batte, c'est vraiment un poste de flemmard ! surenchérit Kate dans l'espoir de lui plaire en approuvant son point de vue, tout en hochant la tête. Ils ne font pas beaucoup avancer le match !
— Alors que le gardien, lui, c'est un héros. C'est lui qui arrête les buts. Il est seul devant ses anneaux. Oui, lui et sa volonté. Tu comprends, Kate ?
— O-oui, bien sûr, n-nous sommes tout à fait d'accord tous les deux, bredouilla-t-elle, tout sourire, le regard ensorcelé.
— Je suis sûr que tu es faite pour ce poste !
— Ah… ah bon ?! s'exclama-t-elle, comme ayant assisté à un miracle. Tu… tu penses sérieusement ce que tu dis ?
— Tu es la plus vieille de ta maison, ça te revient de droit de choisir ta place et celle-là reste la meilleure ! lui expliqua-t-il en haussant les épaules et en grimaçant, comme parlant d'une évidence qu'elle n'avait pas relevé elle-même.
— M-merci, c'est… gentil, Griffin !

Celui-ci lui adressa alors le sourire dont les Gale avaient le secret : celui qui asservissait toutes les filles qui le croisaient. Kate crut vivre dans un rêve. Elle se surprit à tenter de se pincer le bout du doigt en se cachant les mains derrière son dos afin de le vérifier. Mais non. C'était bien à elle qu'il souriait ainsi.

— Y a pas de quoi, j'aide toujours si je peux aider ! Après tout, je suis un Gryffondor ! lui avança-t-il, se donnant un air modeste.
— Oui, ça… ça se voit ! Tu es un vrai Gryffondor, Griffin !
— Si jamais tu as des questions, par rapport au poste de gardien… tu n'as qu'à…

Il sortit la main de sa poche et la gesticula avant de reprendre :

— Je ne sais pas, tu viens me demander et puis on en discute un midi ! Ça te va ?

Venait-il de lui proposer de manger ensemble ?! Tous les deux ! Kate se pinça si fort la main qu'elle en grimaça de douleur avant de lâcher la peau rougie et abîmée par ses ongles.

— Oui, euh ok, pas de problème ! bredouilla-t-elle alors qu'en elle résonnaient les trompettes de la victoire qu'elle devait taire pour ne pas paraître folle. J'y penserai !
— Cool ! Bon, eh bien… à la prochaine, Whisper ! Enfin… je veux dire, Kate !

Griffin commença alors à s'éloigner en lui adressant un dernier signe de la main, près de son front. Kate tenta à son tour de le saluer, mais son bras demeurait rigide, tétanisé par les émotions trop fortes qui la clouaient sur place. Il lui fallut attendre le voir disparaître au fond du couloir pour laisser exploser sa joie. Jusqu'à ce que des élèves de cinquième année n'arrive de l'autre côté du couloir et qu'elle dut tempérer ses bonds exclamatifs, rouge comme une tomate et un sourire béat toujours affiché sur ses lèvres.
La descente des escaliers magiques n'avait jamais été aussi agréable. Kate se sentait légère, si allègre qu'elle se serait laissée glisser sur la rambarde si elle n'était pas certaine que sa maladresse l'aurait fait basculer invariablement dans le vide. Cependant, elle marqua un temps d'arrêt sur le palier du troisième étage, attirée par une idée muette et obsédante. Vérifiant que personne ne la suivait, Kate entra dans cette salle immense, dans laquelle étaient disposées d'immenses vitrines. Certaines avaient été brisées et mises à sac durant la bataille de Poudlard, mais désormais, plus aucune trace ne restait. Tout avait été remis en ordre dans la salle des Trophées.

En parcourant les rayons, Kate sentit son cœur accélérer, comme si elle marchait dans les pas de quelqu'un d'autre, un chemin qu'elle aurait dû prendre il y a longtemps. Comme si une vérité allait soudainement lui éclater au visage, alors qu'elle la connaissait déjà depuis le début du mois d'août.

Cette vérité portait un nom. Celui de Merrick M. MacNair. Oui, ce nom gravé sur l'écusson d'or au milieu de la vitrine de 1983, en signe de la victoire de Serpentard à la coupe de Quidditch des Quatre Maisons. Le nom de son père et du Mangemort étaient côte à côte, comme lui avait attesté Orpheus Fawley, surmontés de la mention « Batteurs ». Une boule s'était coincée dans la gorge de Kate. L'ancien meilleur ami de son père avait bien tenté de la tuer, avant de mourir sous ses yeux…
C'était comme se représenter elle et Maggie dans dix ans, l'une tentant de tuer l'enfant de l'autre. Et l'une devant mettre un terme à la folie de l'autre, la mort comme dernier salut. Cette image fut d'une violence si inouïe que Kate en perdit l'équilibre et dut se rattraper à l'un des piliers, contre lequel elle se laissa glisser, le cœur brisé. Son père ne lui avait peut-être rien dit à son propos mais elle comprenait à présent la souffrance insupportable que cela pouvait engendrer. Rien que d'en parler, rien que d'y penser. Tout ce qu'il avait dû vivre, tout ce qu'il avait dû subir.

Qu'était-il arrivé.

Sans qu'elle ne comprenne, Kate sentit les larmes couler sur ses joues. Alors, elle enlaça ses genoux, ainsi recroquevillée, seule, dans un coin de la salle des trophées.