CHAPITRE 28
C'est ce qui s'appelle une expédition punitive… Nous ne sommes pas moins de dix à nous rendre à la maison close d'Hunter : Emmet, Alec, Lorenzo, Nettoni, cinq mains noires et moi. Cette fois, il a tellement franchi la ligne blanche qu'il se trouve sur la bande d'arrêt d'urgence de la voie opposée ! Il a accueilli Sulpicia chez lui sans aucun état d'âme. Et qu'il ne me dise pas qu'elle est venue pour tester la clientèle ! S'il croit que l'on peut se jouer de moi comme ça, il se trompe lourdement. Je n'arrive même pas à croire qu'il ait pu faire une erreur aussi grossière, il le sait pourtant, qu'il est surveillé comme le lait sur le feu. Saloperie de proxénète à la con.
En descendant de la voiture devant les bâtiments où ont les dernières orgies romaines de la région, Emmet se penche vers moi pour me mettre en garde, il ne le sent pas du tout. C'est bizarre, je suis comme lui, cette descente ne me dit rien qui vaille. Par réflexe, je vérifie que mon Eagle est bien dans son holster et, comble de la précaution, j'ai glissé mon Beretta à l'arrière de mon jean's. Non décidément, je ne le sens pas. Mais si j'ai l'impression que les choses ne vont pas aussi bien se dérouler que ce qu'on espérait, je n'appréhende pas que ça tourne au grabuge. Rien ni personne là dedans n'est innocent ! Tous sont plus ou moins impliqués dansla Famigliaet Hunter en premier. Alors tirer sur eux, les laisser se vider de leur sang et éventuellement y foutre le feu, j'en ai rien à cirer. Ils ont accueilli Sulpicia, ils doivent assumer.
Nettoni sonne à la porte selon un code très précis. Elle s'ouvre alors sur une femme rousse aux cheveux roux flamboyant, qui lève les sourcils d'étonnement en voyant la délégation sur le devant de la porte. Sans lui laisser le temps de demander quoi que ce soit, Nettoni pousse le battant et nous rentrons tous dans le hall. Les portes du grand salon sont ouvertes et des cris et gémissements nous parviennent.
- Nous ne vous attendions pas ce soir, Signore. Lance alors l'ouvreuse. Sinon nous vous aurions réservé un coin.
- Ne pas être attendu rajoute du piment aux visites ! Lui répond Emmet. Va chercher Hunter… Immédiatement !
Elle ne se fait pas prier et disparait dans le grand salon. Je constate juste qu'elle est habillée avec tout ce qu'il y a de plus normal : curieux. Hunter est plutôt du genre à vouloir que les filles ne portent rien sur elle, d'autant plus si elles travaillent ici. La jeune femme revient rapidement, un peu gênée :
- James vous demande de le rejoindre, parce qu'il s'affaire et ne souhaite pas s'interrompre.
- Va lui répondre quela Signorinaest là et qu'il a intérêt à vite se ramener s'il ne veut pas que je transforme sa petite fête en un bain de sang ! Lui réponds avec toute la hargne dont je suis capable.
Elle me regarde pour la première fois, jusque là j'étais cachée par mes acolytes. Elle me dévisage et je lui oppose un regard dur. Une lueur s'allume dans son regard, je pense qu'elle a compris car elle détale aussitôt dans la pièce adjacente. Il est hors de question que je rentre là dedans. Décidément, c'est peut-être l'endroit le plus glauque que je connaisse, dans les cris que nous entendons nombreux sont ceux qui reflètent la douleur. J'ai suffisamment entendu de personnes exprimer leur mal de cette façon pour pouvoir les reconnaitre. Ce qui me rend malade, c'est que je suis convaincue que certaines de ces filles ont mon âge voire même plus jeune. Après, je ne connais pas leurs histoires mais c'est un sort que je ne souhaiterai à personne, Sulpicia exception faite.
James arrive enfin, essayant tant bien que mal de boucler sa ceinture, quel porc ! Il laisse glisser son regard sur notre groupe avant de s'arrêter sur moi. Je sais que je n'ai rien d'avenant dans mon attitude mais encore une fois il essaye de faire bonne figure en arborant son sourire le plus salace. La cicatrice que je lui ai infligée en automne dernier lui donne une allure encore plus perverse qu'auparavant, en fait ça doit presque lui servir à terroriser les filles. Le castrer, voilà le sort que je compte lui réserver et sans anesthésie, bien
évidemment.
- Signorina. Je ne m'attendais pas à vous voir ici en personne.
- Ne joue pas ce jeu là avec moi, Hunter. Nous montons dans ton bureau.
D'un geste de la main, je lui indique les escaliers mais il secoue la tête de dénégation.
- Il y a actuellement des travaux dans le couloir de ce côté, il faut prendre l'autre escalier.
Je n'aime pas ça du tout. Hunter s'avance vers le salon et nous le suivons. Ce qui s'y passe me rappelle étrangement cette soirée de réveillon au Palazzo, en plus gore. L'alcool et la drogue en abondance et surtout ces pauvres filles avec un ou plusieurs hommes déchargeant toute leur frustration dans leurs corps. Si certaines semblent s'amuser, beaucoup de filles hurlent de douleur sous les mauvais traitements des clients du bordel. J'essaye de regarder droit devant moi, tout en restant la plus neutre possible. En atteignant ce qui doit être l'escalier de service, je sors mécaniquement mon Eagle. Cette cage d'escalier est sombre et étroite, ça ne me plait pas.
Hunter s'est engouffré dedans le premier, avec une des mains noires lui collant au train, consigne d'Emmet, ne pas le lâcher d'une semelle. Arrivés à l'étage, il nous fait entrer par des portes dérobées dans son bureau et là assise dans un fauteuil, entourée de quatre hommes, une femme dans la ressemblance avec Démétri est plus que frappante : Sulpicia.
Dans un mouvement presque synchronisé, tout le monde pointe son flingue sur la partie adverse, à l'exception de Sulpicia et moi. C'est la première fois que nous nous rencontrons, je n'avais vu jusque là, que des photos plus ou moins floues. L'air de famille avec mon frère est assez perturbant, on ne peut pas nier le lien de parenté. Elle aussi me regarde intensément, cherchant certainement sur mon visage toute trace qui confirmerait notre ADN commun.
- Je souhaitais te rencontrer, ma chère petite sœur. Me dit-elle avec le sourire le plus hypocrite possible.
- Je m'en serai bien passé pour ma part. lui réponds-je, neutre.
- Bonsoir Alec, je vois que tu as préféré te ranger derrière elle après toutes ces années où nous avons vécu ensemble.
- Sulpicia. Se contente de répondre mon cousin, son bras armé tendu vers elle.
- Allons nous sommes des gens civilisés, nous n'allons pas nous canarder de cette façon. Reprend-elle.
- C'est pourtant bien ce que ton frère a fait. Malheureusement pour lui, il nous a sous-estimés. Lui lance-je avec un sourire narquois.
- Je te prierai, Isabella, de ne pas mentionner Félix, que tu as abattu sans aucune considération, alors qu'il était aussi ton frère.
- Pas plus que lui n'ait eu de considération à tuer notre père et notre frère. Lui réponds-je platement.
Cela va être une guerre des nerfs ce soir, je le sens. C'est à celle qui craquera la première. Tout dans son attitude respire la suffisance, elle ne se prend pas pour une queue de cerise. Elle semble si sûre d'elle, de son droit à m'affronter. L'indifférence est encore la meilleure arme que je puisse lui opposer. Un visage froid, sans émotion, une voix neutre. Je m'assoie nonchalamment dans le fauteuil en face d'elle, Emmet, Lorenzo et Alec autour de moi. Hunter est dans un coin et observe la scène qui se joue devant lui, se demandant probablement derrière qui il va se ranger. Il n'y a pas à douter qu'il choisira celle de nous deux qui sortira vainqueur de cet affrontement.
Encore une fois, je ne dois pas entamer la conversation, il me faut la laisser venir, je veux qu'elle s'exprime à haute voix. La laisser démarrer pour mieux répondre, je suis plus douée pour cela. Ses yeux expriment une certaine surprise, apparemment elle ne s'attendait pas à cette attitude. Mon coude sur l'accoudoir du fauteuil, je pose mon menton dans ma main et la regarde sans dire un mot. Mon comportement la désarme un peu, elle se tortille quelques instants avant de reprendre contenance.
- Et bien Isabella, de quoi pouvons-nous parler ? M'interroge-t-elle, avec une na¨veté toute feinte.
- Je n'en ai fichtrement aucune idée, puisque comme je te l'ai déjà dit, je n'avais aucune intention de te rencontrer. C'est toi qui veux discuter, pas moi ! Alors j'attends.
- Tu es toujours aussi insolente envers tes aînés ?
- Tu es toujours aussi snob envers les gens qui ont des positions plus élevées que la tienne ?
- Isabella, nous savons toutes les deux que je peux prétendre à la place que je convoite. Reprend-elle sûre de ce qu'elle affirme.
- En aucun cas ! La filiation avec Marcus n'existe pas, tu es même une inconnue pour l'état civil, une fille illégitime de mon très cher oncle Aro. Alors non, tu n'as aucune prétention à avoir.
- Marcus a payé pour Félix, tout le monde savait qu'il était son fils. Il avait des droits. Droits que tu as usurpé en prenant la tête des Volturi.
- Mais toi, tu n'existes pas, ni pour Jane, ni pour Marcus, ni pourla Famiglia, ni pour notre milieu.
- Et pourtant, je suis la fille de Marcus, ton aînée. Il me suffira d'un seul test ADN pour prouver ma Famigliame revient, on ne peut la laisser dans les mains d'une gamine de ton âge.
- Encore te faut-il mon accord pour le faire, Sulpicia. Et je ne suis pas du tout disposer pour le réaliser, ni par rapport à moi, ni par rapport à mon père.
- Je pourrais faire exhumer le corps.
- Le Stagliano est surveillé et je doute que tu puisses obtenir ce que tu veux dans un seul hôpital du Nord de l'Italie.
- Ah vraiment ?
- Nous avons les liens avec tous et crois-moi une seule tentative et tout test sera détruit. Mieux encore, je pourrais m'arranger pour quelque soit l'endroit où tu ailles, les résultats soient inexorablement négatifs.
- C'est dans l'intérêt dela Famigliade savoir si j'en suis bien un membre, voire même son Capo.
- Tu n'a aucune idée des intérêts dela Famiglia !
- Je peux voir à passer devant un tribunal, pour obtenir une décision judiciaire.
- Si tu te tenais vraiment à l'intérêt dela Famiglia, tu saurais qu'on doit se tenir éloigner de toutes les instances légales, la justice arrivant en tête de liste, avec les Carabinieri.
Un point pour moi. Aller voir si la justice peut régler ce détail de test ! C'est à se demander à quoi elle pense. Autant ouvrir les portes du Palazzo aux premiers poulets venus, et leur donner carte blanche. Elle sait qu'elle a annoncé une bêtise, elle comme moi ne voulons en aucun cas avoir affaires à eux. Mais ce que je n'aime pas, c'est de la voir tourner autour du pot. Elle est certainement sûre de ce qu'elle veut, je voudrais qu'elle le dise clairement… Bien que son comportement m'agace, je ne dois rien montrer, rien laisser transparaître.
Je reste silencieuse tout en la fixant, elle doit parler d'abord, ce n'est pas à moi à lui demander quoique ce soit, je ne vais pas m'abaisser à ça. Le silence de la pièce est assourdissant, personne n'ose bouger. Les quatre hommes de Sulpicia sont plus figés que des statues de marbre, leurs vêtements sont un peu trop classe, costumes et pompes cirées. Mes mains noires ont pour ordre de s'habiller de manière plus passe-partout, même si elles sont toutes en jean's noir. Mon père avait décrété cette règle alors que jusque là, tous portaient le costume trois pièces, une manière d'être un peu plus discret. Personnellement, je suis aussi toujours en jean's, bleu évidemment. Les seules fois où je suis apparue en jupe ou en robe, c'était pour l'enterrement, la messe de Noël, les deux sorties à l'opéra et la réception à Vienne. Sinon, dans le cadre de ma fonction, toujours en pantalon.
Sulpicia est, elle, en tailleur pantalon, essayant certainement d'en imposer d'avantage. Je devienne les bretelles de son holster sous sa veste. Elle est maquillée comme une vraie italienne, accentuant le noir de ses yeux. Mais ce qui me met vraiment mal à l'aise c'est de voir à quel point ses expressions ressemblent à celles de Démétri. Quand je pense que c'est elle et sa saloperie de frère qui sont responsable de leur mort, j'aurai envie de l'égorger sur place.
Je la vois qui se redresse légèrement dans son fauteuil, elle va enfin ouvrir la bouche :
- Je suis quand même assez contente de voir ma petite sœur pour la première fois.
- Je ne suis pas ta sœur.
- C'est vrai demi, mais nous n'allons pas chipoter sur les détails.
- Les détails ont tous une importance capitale, pour preuve, tu n'es même pas ma demi sœur officiellement.
- Je suis pourtant la plus proche famille qu'il te reste, Isabella, une fille et héritière de Marcus.
- Evidemment, tu t'es chargée de liquider mes proches.
- Marcus ne nous a jamais pris en compte, Félix et moi.
- Pour toi, c'est évident, il ne savait pas que tu existais. Pour Félix, tu peux remercier ta salope de mère, si elle n'avait été aussi vulgaire, tout aurait été plus facile y compris pour ton jumeau.
- Je t'interdis de parler de ma mère.
- Aro ne t'a jamais dit quelle catin elle était. Voyons Sulpicia, même le train lui est passé dessus. Il ne lui en fallait pas beaucoup pour écarter les cuisses.
Elle se lève presque sous mes paroles, les mains crispées sur les accoudoirs, le visage exprimant de la colère. Elle pourrait insulter ma mère, cela ne me ferait rien, Maman était une sainte au milieu des horreurs qui l'entourait. Je crois qu'elle n'a même jamais tiré réellement sur quelqu'un, même si pour nous trois elle aurait été capable de tout. Alors que Jane ne pensait qu'à elle et son confort personnel et son train de vie. Elle s'était faite culbutée par la moitié de l'Italie et avait su en jouer pour en tirer profit. Seulement, elle avait misé sur Papa pour assurer durablement son avenir, lui faisait un gosse dans le dos, même deux pour le prix d'un sans le savoir. Mais elle n'avait pas imaginé que son comportement ait pu être un tel frein à ses projets.
- Je t'interdis de parler d'elle. S'énerve-t-elle.
- Tu savais qu'Aro et Caïus se l'étaient aussi tapés ? Alors comment peux-tu être vraiment sûre que tu es bien la fille de Marcus ? Lui demande-je ironiquement.
Si elle pouvait me tuer sur place, elle le ferait. Ce qu'elle ignore, c'était que la preuve de la paternité de Marcus sur Félix, je l'ai. Papa avait fait faire des analyses, à l'insu de Félix pour vérifier qu'il était bien le père, il y a trois ou quatre ans. Alors si Sulpicia est bien sa jumelle, il n'y a aucun doute à avoir. Mais même maintenant, j'ai encore quelques doutes car nous n'avons pas grand-chose, si ce n'est les paroles d'un témoin indirect et la version des faits selon Aro. De toute façon, je suis assurée qu'elle est bien la fille d'un des trois Volturi, elle ressemble trop à Démétri pour pouvoir le nier, mais des cousins qui partagent les même traits, cela s'est déjà vu.
Je la vois se rassoir lourdement avant de se passer les mains dans les cheveux, elle vient de se rendre compte qu'elle a perdu son sang-froid : Isabella 2, Sulpicia 0. Elle reprend contenance puis se redresse dans son fauteuil. Ainsi sa mère est bien un sujet sensible. C'est curieux d'ailleurs, car elle ne l'a jamais connu. Et qui a pu réellement lui parler d'elle si ce n'est Aro et Félix. Or son jumeau la dénigrait beaucoup, ayant vécu avec elle. Il avait bien compris que l'attitude de leur mère était tout sauf compatible avecla Famiglia.
- Isabella, nous n'allons pas rester comme des chiens de faïence.
- Je te le répète, ce n'est pas moi qui ai voulu te rencontrer.
- Isabella. Soupire-t-elle.
Elle m'exaspère, elle veut que je lui pose la question, elle est en train de me pousser à le faire. Si je reprenais le truc du portable ! C'est peut-être vraiment gonflé mais au moins cela m'éviterai de la regarder et de m'agacer dans mon fauteuil. Glissant ma main vers l'intérieur de ma veste de cuir, je vois tout le monde qui se braque sur son arme. Bande de paranoïaques, allumés de la gâchette, tiens ! Je sors mon I-Phone et trouve dans mes applications, un jeu à faire. Sans plus un regard pour ma rivale, je le démarre. Je suis sûre que mon comportement l'horripile mais après tout, je ne suis qu'une gamine, comme elle l'a si bien dit. Je ne veux pas la faire mentir. Je sens qu'Alec se penche légèrement sur mon épaule pour regarder ce qu'il se passe sur mon écran.
J'ai le temps de faire trois parties de quatre minutes quand Sulpicia hausse le ton :
- J'espère que je ne te dérange pas ?
- Pas vraiment.
- Tu pourrais au moins me parler !
- Je te l'ai déjà dit, je n'ai rien à te dire, Sulpicia. Mais si toi tu veux parler, vas y, ne te gêne pas pour moi.
Je l'entends soupirer avant qu'elle ne reprenne la parole :
- Très bien… Comme je suis la fille aînée de Marcus…
- Ça, c'est toi qui le prétends !
- Je suis ton aînée, Isabella, je suis donc celle qui devrait être à la tête dela Famiglia.
- Mais oui, l'espoir fait vivre.
- Isabella je suis sérieuse ! Je veux aussi la moitié de l'héritage de Marcus Volturi, concernant les parts dansla VolturiHoldingmais également sur les biens immobiliers. J'ai été complètement spoliée dans l'héritage.
- Je vais te le répéter, tu es recensée comme la fille d'Aro et non de Marcus, tu n'as donc aucune prétention à avoir. Tous ignoraient ton existence et crois moi, on ne s'en portait pas plus mal.
- Je suis prête à mettre le Nord Italie à feu et à sang pour voir mes droits reconnus.
- Je me demande ce qu'elle veut de plus la mégère. Me souffle Emmet. Mes couilles sur un plateau ?
- A mon avis c'est une castratrice alors cela ne m'étonnerais pas. Lui réponds-je doucement.
- Je peux être clémente Isabella et te conserver une place au sein dela Famiglia.J'aimerai vraiment qu'on règle cela sans avoir à s'entretuer.
- Une place au sein dela Famiglia ? Tu n'as aucune place à m'accorder, je l'ai par le simple fait que je suis la seule héritière directe de Marcus. Je suis le Capo et tant que je serai vivante, il ne pourra y en avoir d'autre. Tu ne connais même pas nos règles, Aro ne t'a enseigné que celles qui l'arrangeaient. En étant déclarée comme fille d'Aro, tu ne pouvais prendre le fauteuil de Parrain qu'après lui. Mais n'ais plus à te soucier de ton très cher père !
J'ai bien insisté sur le mon « père ». Aro était vraiment une pourriture pour lui avoir monté le bourrichon de cette façon, ne parlons de sa connivence avec son frère jumeau, là, je vais être malade.
- Aro n'était qu'un pion sans importance sur mon échiquier, Isabella. Que tu t'en sois débarrassée ne m'affecte en rien.
- Oh mais ce n'est pas moi ! Lui réponds en désignant Alec derrière moi.
- Notre cousin a tué son père ! S'exclame-t-elle, presque joyeuse. Un Œdipe bien résolu, finalement, on finit toujours par tuer son père, regarde Félix.
En fait, j'ai l'impression que Félix n'était lui aussi qu'un pion dans les mains de sa sœur. En y réfléchissant, Félix vivant, il aurait été l'héritier, le Capo, puisque né garçon. En tuant Félix, elle est devenue seule face à moi, seule à pouvoir faire main basse sur tout ce qui constitue les Volturi. En fait, la mort de son frère l'arrange plus qu'autre chose et en plus, c'est moi qui ai fait le sale boulot à sa place. Très joli coup de sa part. Cela me conforte d'avantage dans mon opinion. Elle sait pertinemment que même si elle accédait à la tête dela Famiglia, moi vivante, son autorité serait toujours contestée. Donc de toute façon, pour elle, je dois mourir. Mais elle ignore le nouveau statut d'Alec, elle ignore que c'est un obstacle de plus sur sa route. Dès demain soir je ferai jurer allégeance à l'ensemble des membres à Alec en tant qu'héritier Volturi.
- En fait, tu n'as pas répondu à ce que je t'ai proposé, Isabella.
- Et je ne compte pas y répondre. Je ne vois pas pourquoi je devrais me pencher d'avantage sur tes délires hallucinatoires.
- Tu n'es pas prompt au dialogue.
- Il n'y a aucun dialogue possible avec une tentative d'usurpation.
- J'ai droit sur l'empire Volturi, plus que toi, je suis ta sœur aînée ! Réplique-t-elle en haussant le ton et en appuyant bien ses derniers mots.
Elle s'est levée pour me dominer et mes hommes ont repointé leurs armes sur elle. Je me permets de la regarder d'un air narquois et me lève à mon tour. Qu'est ce qu'elle croit, qu'il suffit de claquer des doigts pour me faire plier ? Je suis persuadée que c'est mon attitude insolente qui la met dans cet état. Je ne suis qu'une gosse à ses yeux et je crois bien qu'elle me sous-estime complètement. Mais elle oublie qu'elle n'est pas la seule à avoir été élevée dans ce milieu. Je la laisse s'agacer toute seule, arborant l'air le plus moqueur possible. J'ai presque envie de lui dire « déstresse » rien que pour l'énerver d'avantage, mais apparemment, cela n'est pas nécessaire.
Finalement je me lève à mon tour. Je suis plus petite qu'elle, ce qui n'est pas très étonnant, mais elle ne me domine pas pour autant. J'ai le dessus, je suis ce qu'elle n'est pas et cela la tue !
- Contrairement à toi, je suis Isabella Volturi, rien ni personne ne peut le contesterµ. Je suis la fille de Marcus, la seule qui puisse être Capo aujourd'hui. Alors que toi, tu es rien, tu n'existes pas, tu n'as le droit à rien et tes éructations n'intéressent personne. Franchement, tu crois que ce que tu peux raconter m'intéresse. Nous nous rencontrer uniquement parce que tu t'es servie de ce crétin d'Hunter pour me voir. Alors que moi, si j'avais voulu vraiment te rencontrer, tu te serais précipitée. Je me moque complètement de ce que tu veux parce qu'à mes yeux aussi, tu n'existes pas.
Evidemment, c'est archi faux, mais ça elle n'a pas besoin de le savoir, je voulais savoir comment elle était, je suis servie. Aussi arrogante qu'Aro dans ses déclarations, l'allure d'une vraie Volturi, même si cela me fait mal de le reconnaître, mais aussi un brin de folie dans le fond des yeux qui m'inquiète, ça non plus, elle n'a pas à le savoir.
- Oh si j'existe, tu me méprises et tu redoutes ce que je pourrais faire. Tu as peur de tomber de ton tout nouveau piédestal. Nous sommes pareilles toutes les deux, nous avons besoin de diriger, de commander. Nous sommes du même sang, notre soif de pouvoir est la même, tu ne laisseras pas ta place et je en renoncerai pas avant de l'avoir. Nous sommes aussi déterminées l'une que l'autre etla Famiglian'a rien à voir avec ça.
- Laisse moi te dire que tu as tord sur toute la ligne. D'abord, je ne te méprise pas, tu m'indiffère totalement. Je n'ai pas besoin de commander, j'aurai volontiers laissé ce piédestal comme tu dis, à Démétri. Mais je suis une Volturi etla Famigliaet son intérêt guident toutes mes décisions. Elle passe en premier. Or tu es nocive pour elle, car tu n'en connais ni les usages ni le fonctionnement. Ta mère était une écervelée, trop imbu d'elle-même et trop extravertie pour pouvoir l'intégrer, il en est de même pour toi. Etre Capo c'est s'effacer derrièrela Famiglia, c'est être son premier esclave, c'est être à son service le plus total et non l'inverse. Mais tu ignores tout ça, c'est pourquoi tu serais nuisible et tu la ferais courir à la catastrophe.
- Alors je crois que nous n'avons plus rien à nous dire.
- C'est ce que je m'évertue à te faire comprendre depuis le départ. Sur ce, je te prierai de bien vouloir débarrasser le plancher.
Je crains qu'elle n'en reste pas là, et au moment où elle tourne le dos pour revenir vers ses hommes, j'en profite pour ressortir mon Eagle du holster. Je sais qu'Emmet est tendu derrière moi, lui aussi doit ressentir cette tension si spéciale qui nous tombe dessus à chaque que l'on sait que l'on va utiliser nos armes.
Plusieurs choses se passent en même temps. Lorenzo hurle « couchez vous ! », je sens la main de Emmet me tirer vers l'arrière. Une table a été basculée pour servir d'abri et les hommes de Sulpicia se sont mis à nous canarder. Quelle bande de con ! Les premiers tirs ne sont jamais les plus précis lorsqu'ils sont dans la précipitation. Tout le monde est plus ou moins à couvert. Une de mes mains noires est avachie contre le mur, les yeux grands ouverts, le torse parsemé d'impact. Je regarde Alec accroupi à mon côté, un peu sonné par ce qu'il vient de se passer, il ne s'y attendait pas. Le bruit des détonations est assourdissant, je suis sûre que le rez-de-chaussée nous attend.
Une balle siffle à mon oreille, me faisant sursauter, sans attendre mon reste je me retourne vivement et vise droit devant moi. Je tire devant moi essayant de toucher un de nos assaillants. Sulpicia n'est plus là, la porte derrière eux est ouverte, quelle lâche.
- Sors de là, Isabella. Me crie Emmet..
Il applique fortement sa main sur ma tête alors que je me suis redressée. D'un signe, il m'indique la porte par laquelle nous sommes arrivés. Je bougonne pour la forme et rampe jusqu'à elle. Une fois sur le palier, je suis relevée violemment par… Hunter. Je ne l'avais pas vu sortir celui là.
- Je crois qu'il nous faut descendre, Signorina.
- Je ne vous suivrai pas. Surtout pas après ce que vous avez fait.
Il a agrippé fermement ma main qui s'empare de mon revolver pour le jeter à terre. J'essaye de me débattre tant et plus mais, en combat rapproché, je ne fais pas le poids. Enroulant ses bras autour de moi, il arrive à coincer mes mains contre lui alors qu'il se déplace difficilement vers le pant de mur opposé. Je gigote dans tous les sens, essayant de libérer mes membres supérieurs. Un coup dans le tibia le fait à peine réagir, il semble comme possédé. Il ouvre une porte dérobée et me pousse violemment dans l'interstice qui s'est ouvert. Il a refermé derrière, son regard est frayant, écœurant. Il fait glisser ses yeux sur moi, avec cet air pervers qui me donne envie de dégobiller.
- Hunter vous êtes en train de faire une connerie monumentale. Je dirais même que vous aggravez votre cas.
- Je suis sûr que Sulpicia prendra le dessus sur vous au final, alors autant prendre un peu d'avance. C'est la fin de votre règne, Isabella Volturi.
- Pardon ?
Je suis haletante, la sueur coule le long de ma colonne vertébrale. Seule face à lui, je n'ai aucune chance. Je dois le faire parler, le faire se déconcentrer pour atteindre mon Beretta, toujours coincé dans ma ceinture et ce sans attirer son attention.
- Pourquoi vous être rangé derrière elle ? Car je ne compte pas lui céder ma place !
- Mais pour vous, évidemment !
- Je ne comprends pas.
- Vos hommes vont être liquidés, et il ne restera que vous. Vous, seule avec moi. Sulpicia m'a donné carte blanche pour faire de vous ce que je veux, à la seule condition que c'est elle qui doit vous achevez au final.
- Vous êtes un grand malade.
- Et toi une sacrée petite pute allumeuse !
Tout au long de nos paroles, j'ai reculé contre le mur et poser mes deux mains à plat de dessus. Elles sont maintenant toutes les deux dans mon dos et je tente de relever doucement mon haut pour attraper mon second revolver. Brusquement, il se plaque contre moi, une main sur ma gorge et l'autre au niveau de mes deux tempes, me faisant un mal de chien. Putain mais quel connard, il en profite pour se frotter à moi sans vergogne, un de ses genoux déjà entre mes jambes. Mon arme est mon seul salut… Mon cœur s'emballe d'angoisse et j'ai envie de vomir. Sa main a glissé sur ma poitrine, à l'intérieur de ma chemise, à même la peau, non, il n'a pas le droit ! Je hurle mais il plaque sa main sur ma bouche, j'essaye de le mordre mais en vain. Mes jambes sont coincées et… Eurk… Il profite que ma tête soit immobilisée pour me lécher. Il pousse ses hanches contre les miennes, me plaquant plus durement entre le mur et lui, et me donnant un haut le cœur.
Je sens enfin la crosse… sans prendre le temps de réfléchir d'avantage, j'extirpe mon bras droit et lui tire dans la tête. Un liquide chaud recouvre une grande partie de mon visage et de mon torse : du sang et de la cervelle.
Haletante, je regarde le corps sans vie s'affaisser le long du mien dans une caresse morbide. Sans pouvoir me retenir, je me penche sur le côté pour régurgiter l'intégralité du contenu de mon estomac. J'ai envie de pleurer, écœurée, je sens encore ses mains sur ma poitrine, tentant d'atteindre l'intérieur de mon soutien gorge. Je suis alors transie de froid, la chair de poule me prenant. Je dois sortir de là.
J'ouvre la porte dérobée doucement, les coups de feu ont cessé. Passant la tête, je regarde la cage d'escalier, l'ouverture sur le bureau est entrebâillée. J'y vais, prudemment, mon arme toujours bien en main et entre en position d'attaque.
- Isabella tout le monde te cherche. Me lance Alec.
- Qu'est ce qu'il s'est passé ?
- Sulpicia s'est enfuie avec deux de ses hommes, les deux autres ont été abattus. Mais toi où étais-tu ? Et ça, ça vient d'où, tout ce sang ?
- Je… Hunter… Il… Il a…
Je suis interrompue par l'entrée fracassante d'Emmet par la porte principale. Me voyant présente, je vois ses traits se détendre avant de se durcir de nouveau en voyant mon allure. Baissant les yeux, je constate que mon chemisier est déchiré, laissant apparaître mon sous-vêtement. Je referme aussitôt la fermeture éclair de ma veste en cuir.
- Putain Isabella, qu'est ce qu'il s'est passé ? J'ai trouvé ton Eagle dans l'escalier mais…
- Il y a une pièce dérobée sur le palier. Hunter m'y a entrainé de force, son but était de me livrer à Sulpicia. On s'est battu. Heureusement j'avais aussi mon Beretta sur moi, j'ai pu l'achevé. Lui réponds-je en affermissant ma voix.
Ne pas craquer, pas devant eux, c'est hors de question. Je suis Isabella Volturi, je suis le Capo dela Famiglia, je ne dois pas flancher. Emmet me rend mon gros calibre avant certainement d'aller vérifier l'état du proxénète. Lorenzo arrive à son tour expliquant que Nettoni essaye de calmer tout le monde en bas avec deux mains noires. Puis il s'approche de moi et me tend une enveloppe sur laquelle y est inscrit « Per mia cara sorellina ». Je t'en ficherai moi des « chère petite sœur » !
- Tu ne l'as pas loupé, dis donc.
- Je n'aime pas faire les choses à moitié. Je laisse échapper une grande expiration avant de reprendre. Rentrons, je veux sortir d'ici.
Encadrée par mes hommes et mon cousin, nous regagnons l'entrée. Nous informons Nettoni de la mort de Hunter, il va rester là pour le moment et remettre de l'ordre. Je croise les regards paniqués de ces pauvres enfermées dans cette maison. Elles sont d'autant plus affolées par ma tenue recouverte de sang. Je les regarde, neutre, je ne peux pas me laisser appesantir.
Installée dans la voiture, j'ouvre l'enveloppe de Sulpicia pour y lire les mots suivant :
« Mia Sorellina,
Vedremo a Londra per il concerto.
Sono impaziente de rispondere tuo Edouardo.
Credo che ci bene divertiremo.
Arrivederci.
Sulpicia. » (1)
La rage monte en moi… Pas Edward, tout sauf Edward. Mes doigts sont tellement serrés sur la lettre que mes jointures deviennent blanches. Je claque mon poing contre la portière faisant sursauter toute la voiture.
- Merde ! Grogne-je. Putain de merde !
Ce que je voulais à tout prix éviter va peut-être se produire. Elle ne peut pas toucher à Edward, elle n'a pas le droit ! Merde ! Tout sauf Edward. Elle peut tout détruire autour de moi mais pas Edward. Pas Edward. Emmet a raison,la Famiglian'est plus ma priorité absolue, pour lui je la sacrifierai, je me sacrifierai. Il vaut plus à mes yeux que n'importe quoi d'autre, peu importe le reste du monde.
Mais je ne peux pas lui imposer toute cette merde. Il n'a pas à subir ça, les conséquences de nos guerres qui ne cesseront jamais. Je ne peux pas le laisser vivre dans ces horreurs et dans cette insécurité permanente. Parce que maintenant pour lui, il n'y a plus moyen de faire machine arrière, si Sulpicia est au courant alors tous savent qu'il est à mes côtés. Il ne pourra plus jamais être en paix, ni jouer librement. A moins que… Il ne me reste plus qu'une solution si je veux le sortir de là, même si elle est extrême mais toutes les autres sont irréalisables. Une fois le problème Sulpicia résolu, je laisserai les rênes à Alec, et je… me tuerai.
(1) : « Ma petite Sœur, nous nous verrons à Londres pour le concert. Je suis impatiente de rencontrer ton Edward. Je crois que nous allons bien nous amuser. Au revoir. »
Cela faisant longtemps que je n'avais pas écrit un chapitre de cette trempe dans une ambiance assez glauque, il faut bien l'avouer. Mais comme je l'ai dit de nombreuses fois, la Mafia, c'est pas le monde des Bisounours !
La première rencontre avec Sulpicia, qu'elle se refuse catégoriquement à considérer comme sa sœur et qui se termine par une fusillade. Elle a enfin liquidé James Hunter, psychopathe notoire, plus répugnant et écœurant que tout autre membre de la mafia.
Les conclusions d'Isabella font un peu (beaucoup ?) froid dans le dos. Mais elle arrive au bout de son processus, elle ne voit pas d'autre porte de sortie pour Edward. On savait déjà qu'elle ne voulait plus de cette vie mais maintenant elle veut surtout qu'Edward en sorte.
Bon weekend
Cokorose (avec un chapeau gigantesque !)
« En face, ils sont comme nous, ils sont quinze bras et quinze jambes ! » Entraineur de rugby au fin fond de l'Ariège.
Aussidagility : C'est toujours sympa de rêver. On est en Italie, un des pays les plus macho qui existe ! Alors il n'est pas surprenant de voir ressortir des réflexions machistes. Bise.
BEA : Combien de chapitres restent-ils ? Vaste question… Je pense ne pas me tromper de beaucoup en disant cinq plus un épilogue. Alice reste Alice, mais t'inquiète, Bella n'en arrivera pas à de telle extrémités avec elle, bien que ça la démange ! J'aime aussi qu'on tienne tête à Alice et qu'on ne lui cède pas tout ! Bise.
Ilonka : Effectivement, elle l'aime son Edward, mais cela l'amène à des solutions plus qu'inquiétantes. Bise.
Lilly-Rose : C'est vrai qu'Alice n'a pas toujours pleinement conscience des réalités. Derrière la porte, Emmet, très certainement. Bise.
