Oh putain, je suis en forme en ce moment. Regarde comme je suis en forme! Vroum vroum, poussez-vous, DIL passe avec un nouveau chapitre!

Bonne lecture.

...

Hermione Granger poussa sa jument alezane à travers les tentes dressées, toutes de noir et de gris, aux couleurs de la dynastie Jedusor. Bien que la matinée se prête à la sortie de plein air, peu de soldats se montraient, et elle s'imagina, ayant eu vent de la bataille de la veille qui s'était soldée par une défaite écrasante pour l'armée hollandaise, que la plupart des occupants des lieux devaient panser leurs plaies à l'abri des regards ou se tenir au chevet d'amis blessés. Elle trouva donc le campement relativement silencieux, hormis l'occasionnel hennissement et les passages réguliers des binômes armés patrouillant le périmètre. La marquise suivit la vieille dame qui l'avait accueillie lorsqu'elle avait quitté le bois, ne sachant trop où celle-ci comptait la mener- directement au comte de Nîmes, ou alors à son commandant?

La dame finit par s'arrêter devant une tente semblable à mille autres, une tente visiblement individuelle, dénotant le rang supérieur de celui qui l'occupait, et mit pied à terre, tendant ses rênes à un valet qui apparut aussi brusquement que si le vent l'eut déposé là. Hermione s'empressa de l'imiter, tentant d'ignorer la douleur lancinante dans ses pieds et jambes, car ses extrémités s'étaient engourdies.

-Suivez-moi, commanda la dame sans la regarder avant de s'engouffrer à l'intérieur de la tente.

La marquise inspira doucement, prise d'un bref doute. Elle avait fait tant de chemin, se sachant recherchée par le Roi de France, et ne pouvait qu'espérer qu'elle ne soit point faite prisonnière de guerre...décidant de continuer à croire en l'étoile qui l'avait accompagnée jusqu'ici, elle expira bruyamment et pénétra à son tour à l'intérieur de la tente.

Les lieux n'étaient décorés que d'un petit lit, d'une table- sur laquelle étaient entassés onguents, poudres et crèmes-, d'une chaise de paille tirée au chevet du lit et de plusieurs porte-bougies aussi grandes qu'elle, jetant à travers l'espace fermé des ombres vacillantes. Les yeux de la jeune femme s'arrêtèrent brièvement sur la vieille dame qui s'était positionnée au bout du lit, mains devant elle, puis sur l'occupant du lit en question.

Ronald Weasley n'avait point changé, si ce n'était qu'il semblait d'un gris cendreux loin de lui convenir au teint. Sa chevelure flamboyante avait poussée, lui atteignait présentement les épaules, et une ombre rousse parsemait ses joues et son menton. Les peaux de loup qui le couvraient des pieds jusqu'au col masquaient ce que la jeune femme imagina être de grands dégâts, et seuls ses bras nus étaient posés sur les fourrures. Elle put voir un bandage lui serrant l'épaule gauche, teinté de rouge.

Larmes lui piquant soudainement les yeux, Hermione s'avança, sentant son corps pris de tremblements. Elle leva une main afin d'écarter une mèche de cheveux du front de son vieil ami, notant ses cernes noirs et la manière inquiétante dont ses traits semblaient s'être affaissés. L'homme allongé sur ce lit n'était point le charmant, le séduisant comte de Nîmes, mais un mort en attente.

Sans y songer, la marquise s'assit sur la chaise de paille et prit la main de Ronald entre la sienne, son cœur se serrant devant la moiteur glaciale recouvrant les mains du comte. Elle le dévisagea longuement, et finit par rompre le silence, ayant presque oublié jusqu'alors qu'ils n'étaient point seuls.

-C'est vous qui l'avez soigné, murmura-t-elle sans lever le regard du visage du blessé.

La vieille dame ne répondit point, se contentant de contourner le lit pour se tenir face à la jeune femme.

-Merci, acheva Hermione après un long silence, levant enfin les yeux vers la dame écossaise.

-Je suis Lady Minerva McGonagall, rétorqua seulement la vieille dame en dévisageant également Ronald.

-J'eusse voulu vous connaître en d'autres circonstances.

La marquise soupira, cherchant ses mots, mais la Lady McGonagall sembla savoir ce qu'elle cherchait.

-Je ne sais point s'il survivra, mais il est revenu parmi nous à deux occasions, dit-elle de sa voix sèche.

-Je ne l'ai point rejoint pour le voir mourir.

-Pourquoi l'avez-vous rejoint?

La marquise leva le regard, surprise, et frémit légèrement sous l'oeil acéré de la femme face à elle.

-Je...j'ai quittée la Cour de France, expliqua-t-elle. Le seul lieu où je me sentais en sécurité était auprès de lui.

-Vous n'avez donc point quittée Versailles avec la bénédiction de votre Roi, releva fort à propos Lady McGonagall avec un rictus mécontent. Sans quoi, vous ne seriez point en besoin de rejoindre un traître à sa patrie.

La marquise serra la main de Ronald entre les siennes, se demandant où menait cet interrogatoire, et se sentant quelque peu agressée.

-En effet, se contenta-t-elle de répliquer.

-Je vois.

La dame se détourna du lit, et retourna un instant plus tard avec un pot de terre rempli d'une épaisse substance blanchâtre et d'un bandage roulé. Elle dégagea la fourrure recouvrant l'épaule blessée du chevalier, détacha le bandage ensanglanté et appliqua la crème qu'elle portait autour de la plaie soigneusement recousue, avant d'envelopper la blessure dans le bandage propre. Malgré son âge, elle travaillait avec des gestes vifs, soigneux et précis, et Hermione, sans se dégoûter de la vision de la blessure, se trouva subitement réconfortée de savoir que son ancien fiancé avait été entouré de personnes de qualité et qui, à l'évidence, tenaient à lui.

Lorsque Lady McGonagall eut achevée sa tâche, Hermione sentit la main de Ronald, sous la sienne, se tendre quelque peu. Elle se redressa, alerte, et la dame écossaise se tourna vers elle, sourcils froncés, attendant clairement qu'elle explique ce changement de comportement.

Le comte fut pris d'un léger frisson, et soudain, la marquise se trouva noyée dans un océan bleu ciel. Elle retint sa respiration alors que le comte la fixait, yeux grands ouverts, et elle s'aperçut alors que, s'il était éveillé, il ne la voyait point- il était certainement encore inconscient, même si son corps répondait.

-R...Ronald? murmura-t-elle d'une voix étouffée.

Le blessé se contenta de la fixer, ses yeux se recouvrant rapidement d'un voile embrumé, et il parla alors, sa voix faible et torturée mais ne tremblant guère.

-Elle allait dire oui...

Ses yeux papillonnèrent puis se refermèrent alors qu'il glissait à nouveau dans les limbes de l'entre-deux, et Hermione sentit sa poigne s'affaisser à nouveau dans la sienne. Elle ne savait de quoi parlait son ami, mais elle savait, en revanche, que quoi que ce fut, c'était une pensée qui le hantait jusque dans son état actuel, et qu'il y avait, derrière ces quatre mots, une histoire qui lui tenait à cœur. Ses yeux s'emplirent de larmes à l'idée qu'il s'en trouve affaibli en cet instant.

Un sanglot sec l'arracha à ses propres pensées, et elle se retourna, étonnée de se trouver seule alors que le pan de la tente se rabattait derrière Lady McGonagall.

...

-Sire!

Le Roi de France leva la tête depuis le bureau, installé dans sa tente vert et argent, où il rédigeait une missive à l'intention de la duchesse de Paris. Ses yeux papillonnèrent brièvement d'irritation d'être dérangé dans sa tâche, mais il reposa néanmoins sa plume d'oie et porta le regard sur le garde qui venait de faire irruption sans invitation dans sa tente.

-J'espère que cela est important, clama-t-il d'une voix traînante.

Le garde lui offrit une révérence.

-Je viens de la part de Son Altesse le Prince, déclara-t-il. Il me mande de vous indiquer sans aucun retard que trois cavaliers ont été arrêtés à l'entrée du camp, et qu'il attend votre visite dans les meilleurs délais.

Le souverain leva les yeux au ciel.

-Et que vous a promis Son Altesse le Prince si vous ne faisiez guère irruption dans la tente royale sans mon invitation expresse?

-De...de me pendre par les...enfin, par...vous voyez...

-Les bourses?

Le garde piqua du nez, clairement mal à l'aise de discuter de pareils sujets avec son Roi.

-Oui, Sire. De me pendre par les bourses au prochain pont que nous traversons.

Le Roi étouffa un soupir mais se leva néanmoins, suivant le garde hors de la tente. L'armée faisant halte à la sortie de Valenciennes- nulle ville n'étant en capacité d'accueillir tant de soldats et de chevaux, le camp temporaire avait été monté. Question d'une nuit, les soldats, pour la majorité, s'étaient contentés d'assembler des jutes qu'ils faisaient tenir au-dessus d'eux avec des branches glanées dans les environs, couchant à même le sol, se réservant la pénible tâche de monter les tentes lorsqu'ils parviendraient sous Bruxelles. Seuls les nobles commandant leurs armées et les officiers supérieurs avaient affecté du monde à monter leurs propres tentes, à commencer par celle du Roi.

Le monarque suivit le soldat à travers le campement jusqu'à une autre tente, plus petite mais non moins magnifique que la sienne, un coton robuste de couleur bleu roi étant protégé par un auvent noir, et le tout cousu de liserés dorés aux emblèmes des Zabini, un serpent arqué.

Le Roi pénétra dans la tente du prince de Sicile et s'arrêta pour constater la scène devant lui.

Au milieu des boiseries luxueuses, le prince se tenait debout, sa cape de voyage émeraude encore jetée sur ses épaules, bottes de cuir crottées comme s'il venait à peine de descendre de cheval, ce qui n'était point loin de la vérité- en tant que meilleur général du Roi, il lui revenait de superviser l'installation du camp et des troupes.

Le prince le regarda à peine lorsqu'il entra, retournant immédiatement à la contemplation des trois personnes face à lui. Son visage exprimait une méfiance agressive et sa main gauche reposait sur le pommeau de son épée.

Le Roi se tourna à son tour pour regarder les trois autres personnes présentes. L'un d'eux, légèrement en retrait, vêtu simplement mais soigneusement de noir et rouge bordeaux, avait la peau quelque peu brune, ses longs cheveux noirs retenus par un nœud bordeaux également. Son visage était joli et lisse.

Devant lui se tenait une femme d'une grande beauté, vêtue d'une robe de cavalière vert forêt et cuir, ses boucles noires, sauvages, coiffées sans prétention. Telle apparence n'était point sans rappeler au souverain, avec un pincement au cœur qu'il écarta aussitôt, sa marquise. La demoiselle foudroyait le prince des yeux.

À ses côtés était un homme d'une pareille beauté, aux cheveux noirs également mais à la peau pâle, qui partageait avec la demoiselle des yeux sombres et le pli des lèvres, si bien que Drago les crut un instant frère et sœur. Il portait avec splendeur une tenue noire rebrodée d'argent, et aussi bien lui que l'homme se tenant près de lui étaient pourvus de fourreaux où manquaient les épées qui devraient s'y trouver. Les yeux du Roi glissèrent vers le bureau de Blaise, sur lequel étaient couchées les épées en question, et il haussa les sourcils en remarquant leur qualité, en particulier de l'une d'elles.

-Sire, lança Blaise. Ces trois personnes se sont présentées au camp à l'instant en clamant être-

Le Roi l'interrompit d'une main levée.

-Son Altesse Impériale le Prince Sirius d'Autriche, et Son Altesse Royale la Princesse Delphini de Hollande, est-ce bien cela, Blaise?

Le prince de Sicile se tourna vers lui, yeux écarquillés, visage hésitant.

-Comment avez-vous...

-La princesse ressemble tant à sa mère que cela en devient ridicule, déclara Drago en s'avançant d'un pas. Et le Prince Impérial lui-même arbore trop de ressemblance à ses cousines, hormis à ma mère.

Il se tourna vers le trio, et Sirius eut un sourire éclatant.

-Et vous êtes tout le portrait de votre père, rétorqua-t-il en le saluant.

Il n'y avait point lieu, entre eux, d'effectuer de révérences, un Prince Impérial et un Roi occupant le même rang. Drago se contenta d'arborer un rictus amusé.

-Puis-je vous présenter mon valet, Monsieur Lee Jordan, comte de Schärding?

Le comte s'avança d'un pas, effectuant une révérence basse.

-Relevez-vous, Monsieur le comte, l'instruisit Drago. Tout ami de mon cousin est mon ami. Votre Altesse, ajouta-t-il en se tournant vers Blaise, veuillez, je vous prie, faire préparer une tente de la suite royale pour la princesse, et assurez-vous de trouver une servante à affecter à son service exclusif. Puis faites préparer une autre tente de la suite royale pour le Prince Impérial, et enfin, une tente d'officier pour le comte.

Blaise hésita, puis hocha la tête et disparut à l'extérieur un bref instant pour aboyer quelques ordres. Le Roi était quelque peu étonné de découvrir le changement qui s'opérait chez son plus vieil ami- sur la route de la guerre, il se métamorphosait en soldat, en lanceur d'ordres et en meneur, bien loin du personnage flegmatique et séducteur qu'il connaissait. Cela était pour le mieux, après tout- il avait nommé Blaise à le seconder lors de la guerre non pour leurs liens d'amitié, mais bien pour sa réputation de stratège et de courage. La dernière fois que le prince était parti au front, il en était revenu ayant vaincu les Ottomans, deux princesses de ce pays dans sa suite en guise d'otages permanentes.

Lorsque le prince fut revenu, le Roi le laissa en compagnie du jeune comte et de la princesse, et fit signe à Sirius de le suivre. Ils marchèrent à travers le campement jusqu'à la tente du Roi, où le monarque ordonna qu'on ne les dérange guère, avant de leur servir le vin de ses propres mains, et ils s'installèrent de part et d'autre du bureau, laissant un bref silence envahir les lieux avant que le Roi ne repose sa coupe.

-Je croyais à la neutralité de l'Autriche, lança-t-il non sans froideur.

Le Prince Impérial eut un léger sourire, haussant sa coupe jusqu'à ses lèvres.

-Aussi l'est-elle, mon cousin, rétorqua-t-il. Sans quoi vous ne verriez point seulement un prince et un valet à votre porte mais une armée impériale forte de cent mille fantassins et seize mille chevaliers.

-Votre oncle est un imbécile, répliqua Drago d'une voix lasse.

-Votre grand-père, rappela Sirius avec une œillade appuyée, se rapproche du centenaire. Il fut puissant, autrefois...mais à présent, il n'est plus, je le crains, que l'objet de gens sans noblesse qui l'utilisent pour leurs propres desseins. Il est aisé de manipuler un homme de cet âge. Hélas, par respect pour lui, je m'y suis toujours refusé...et d'autres en ont profité.

-Vous êtes homme d'honneur, nota Drago.

-J'aime à le penser, oui.

-Alors parlez-moi honnêtement.

Sirius le dévisagea un instant, puis draina sa coupe, tirant à lui le pichet et se resservant en vin avant de faire le niveau de la coupe du Roi.

-Je suis venu vous prêter mon épée, décréta-t-il. Oh, qu'est-ce qu'un homme de plus dans une guerre, cet homme fut-il excellent combattant et fin général? Peu, à la vérité, d'autant mieux que je ne m'attends guère à ce que vous m'offriez un commandement. Cependant, je suis le Prince Impérial et l'héritier de l'Empire d'Autriche, et cela compte pour le moral. Que dira Jedusor en voyant le fiancé de sa fille, le but même de sa guerre, se tenant aux côtés de son ennemi? Pour ce qui est de ce que j'en tire...vous l'avez dit, Sire, je suis homme d'honneur. Je ne puis tolérer le meurtre d'une partie de ma famille et le vol de leurs terres par d'autres membres de cette famille.

Drago croisa les doigts sur la surface du bureau.

-Cela m'est valable pour vous, remarqua-t-il. Mais la princesse?

Sirius éclata de rire alors, yeux brillants, comme s'il se réfugiait dans un souvenir apprécié.

-Delphini, répondit-il. Un ajout que je n'avais guère prévu.

Il décrivit alors à son cousin comment il en était venu à voyager avec la princesse de Hollande, et les sourcils de Drago se haussèrent.

-Elle a essayé de vous assassiner et vous l'avez faite prisonnière, conclut-il. Intrigant, en effet. Et elle vous veut mort car...?

-Elle refuse de me le dire, répliqua le Prince Impérial d'une voix traînante. Elle joue le jeu agaçant de ces femmes qui comptent sur l'honneur des chevaliers pour ne point tirer d'elles l'information de force.

-Ma question est la suivante, mon cousin, reprit Drago en ignorant sa réflexion, pourquoi l'avoir faite prisonnière? Certainement elle n'a point d'intérêt pour vous, même si, d'un point de vue politique, elle en a beaucoup pour moi. Brandir Delphini permettrait certainement de prendre l'avantage sur son père.

-J'en doute, se contenta de répondre Sirius d'une voix calme.

-Et pourquoi donc?

-Parce que je ne puis vous laisser Delphini.

Il y eut un court silence durant lequel les deux hommes se guettèrent en chiens de faïence.

-Je crains que vous n'ayez guère compris la situation, mon cousin, déclara le Roi d'une voix doucereuse. Vous avez rejoint mon camp et je vous suis, en cela, reconnaissant, puisque comme vous l'avez vous-même remarqué, cela sera excellent pour le moral de mes hommes et le démoral de ceux de Tom. Cependant, la princesse n'a qu'une valeur à mes yeux, celle de jouer le rôle de pion dans d'éventuelles négociations avec son père. Je pourrais tout aussi bien vous faire mes prisonniers tous les deux, et point seulement elle.

-Vous le pourriez, en effet, rétorqua Sirius en haussant les épaules. Mais vous ne le ferez point. Delphini est ma prisonnière et non la vôtre, et dusse-t-elle changer de geôlier, je vous préviens que je vous échapperai également.

-A cela, Drago éclata de rire.

-Vous échapper, mon cousin?

-J'ai fui Vienne, rappela Sirius. J'ai traversé la terre autrichienne, le Palatinat et la Belgique occupée par les hollandais, et suis arrivé jusqu'ici. Mettez-vous réellement en doute ma capacité à échapper à votre surveillance également? Je sais fort bien que vous ne mettrez point en chaînes l'héritier d'Autriche, ni l'héritière de Hollande, laquelle, je me dois de vous l'avouer, mourra si vous la touchez.

Les yeux de Drago devinrent si froids que la température sembla soudainement s'abaisser, mais un rictus amusé vint jouer sur ses lèvres.

-Pour un homme d'honneur, vous savez fort bien jouer le jeu de la déshonneur, remarqua-t-il.

-Venant de votre part, mon cousin, je le prends pour un compliment.

Visiblement amusé à présent, le Roi secoua la tête.

-Pourquoi tenez-vous à maintenir Delphini sous votre garde?

Sirius but longuement.

-J'espère que nous vaincrons Jedusor sans avoir besoin de négocier le retour de Delphini en Hollande, répliqua-t-il. Si tel est le cas, elle sera alors Reine et je pourrai mettre fin à mes fiançailles avec elle. Si à ce moment-là, elle est toujours sous ma garde, je pourrai lui faire épouser la personne de mon choix.

-Tel?

-Je ne le sais point encore, mais certainement quelqu'un qui me sera acquis.

-Et donc, point forcément quelqu'un qui me sera acquis, réalisa le Roi. Fin jeu, mon cousin, et fort sot de m'en faire part, ne croyez-vous point?

-Point réellement, non, réfuta Sirius. Encore une fois, si vous la prenez prisonnière, elle sera morte de ma main avant que vous ne l'ayez pu exploiter. Et puis...elle m'amuse.

Les sourcils de Drago se haussèrent lentement.

-Elle vous amuse?

Sirius se contenta de sourire.

-Je suis Prince Impérial et votre cousin, dit-il. J'ai entendu des rumeurs. Des rumeurs à propos de vous et d'une petite marquise au tempérament de feu. Eh bien, Delphini est ma Royan.

-Vous semblez omettre le fait que j'ai couché avec la mienne, nota Drago avec un rictus grivois.

-Je n'omets rien, mon cher cousin. Seulement, je ne coucherai point avec la princesse- mon idée personnelle d'un orgasme avec elle relève plutôt du fait de lui passer une lame en fer au travers du giron.

-Oui, répliqua le Roi. C'est aussi par là que je menaçais ma marquise avant de la faire mienne.

Sirius et lui partagèrent un sourire amusé, mais le Prince Impérial leva néanmoins les yeux au ciel.

-Dommage, j'eusse aimé rencontrer cette marquise, nota-t-il en reposant sa coupe.

Le Roi ne répondit point, se contentant de désigner le pichet de vin. Sirius secoua la tête.

-Votre vin est fort meilleur que la pisse que j'ai bue lors de mon voyage, cousin, mais je me garde, dans un camp militaire, de trop m'enivrer.

-Votre tente doit être prête, nota le Roi. Allez en paix, mien cousin- pour ce soir, du moins. Nous levons le camp à l'aube. J'entends que vous soyez fait général, et que votre valet devienne lieutenant. Allez, à présent.

Le Prince Impérial se leva en hochant la tête.

-Et Delphini?

Le Roi l'observa un instant, visage fermé.

-Gardez-la pour l'heure, rétorqua-t-il.

Sirius acquiesça et quitta la tente. Resté seul, le Roi soupira et but une gorgée de vin. Il allait devoir composer avec cette nouvelle présence, mais le Prince Impérial ne pourrait garder la princesse sous son aile infiniment.

Quel dommage, ne put-il que songer, qu'il doive faire un ennemi de cet homme-là.

...

Trois coups frappés à la porte tirèrent Ginny de ses pensées. Se détournant de la fenêtre qui lui offrait une vue splendide de La Rochelle, où son regard se perdait jusqu'à cet instant, elle amena, avec des gestes hachés, son mouchoir en dentelle jusqu'à ses joues qu'elle frotta vigoureusement, espérant en faire partir les traces de larmes. Puis, d'une voix qu'elle eut voulue plus sûre, elle ordonna que l'on entre.

La porte s'ouvrit et le duc de La Rochelle pénétra dans la chambre qu'elle occupait. Il referma la porte derrière lui doucement, et s'adossa contre, l'observant, visage fermé. Elle remarqua que ses yeux émeraude parcouraient ses joues rougies et sa mine déconfite, et elle ne le put supporter un instant de mieux. Soulevant ses jupons de voyage d'une main, elle traversa la pièce en trois foulées et leva la main, l'abattant de toutes ses forces sur la joue de sa charge.

Il y eut un silence, mais Ginny ne se demanda guère si elle était allée trop loin. Plutôt, elle fut enragée du manque de réaction de Harry qui se contenta de continuer à la dévisager. Elle leva la main à nouveau mais il lui saisit le poignet d'un geste vif, l'arrêtant effectivement, et lui déclara à voix basse,

-Une, Madame.

La comtesse cligna des yeux.

-Une gifle pour ce que j'ai fait suffira, éclaircit-il.

Elle renifla de dégoût.

-Un coup d'épée au-travers du ventre suffirait pour ce que vous avez osé faire, cracha-t-elle en arrachant sa main à sa prise. Comment avez-vous pu?

Il soupira audiblement, clairement agacé à son tour.

-Devais-je laisser votre mère vous malmener? Vous l'eussiez mérité, bien entendu, mais j'aime trop vos parents pour leur laisser croire que vous êtes bien la traîtresse que vous êtes, Madame. Je préfère qu'ils croient ce que je leur ai conté- que vous étiez détenue contre votre gré à la Cour de France et que vous m'avez épousé pour pouvoir retourner au pays.

Elle garda le silence un instant, puis explosa.

-Traîtresse, traîtresse, traîtresse, hurla-t-elle. Vous n'avez que ce mot à la bouche! Vous, Hermione, ma mère...et à n'en point douter les autres! Mais est-ce que l'un d'entre vous, un seul, s'est demandé, un instant, ce qui avait pu me pousser à entrer en Cour? Non, bien évidemment que non. Tout épris de la droiture pure et du devoir que vous êtes, vous m'avez condamnée sans jugement!

Le duc haussa les sourcils, l'air quelque peu surpris, mais de son éclat ou de ses paroles elle n'eut su le dire.

-Que vais-je faire à présent? Le Roi m'a ordonné de vous surveiller. Lorsque la nouvelle- fausse au demeurant- lui parviendra que je suis votre femme...

Le visage du duc se referma brusquement, mais elle l'ignora, toute à sa fureur et son angoisse.

-Le Roi, bien entendu, siffla-t-il. Le Roi, le Roi...vous ne jurez que par lui, telle la bonne courtisane que vous êtes!

-Il est le Roi! hurla-t-elle. Est-ce ma faute, à moi, si vous vous êtes rendu coupable de lèse-majesté? D'ailleurs, puisque nous y voilà, qu'avez-vous fait pour être emprisonné?

-Cela ne vous regarde en rien, Madame-

-Allons bon? N'allez-vous point faire de confidences à votre femme, Potter?

Elle éclata d'un rire quelque peu hystérique, et le duc s'avança d'un pas, l'air quelque peu inquiet.

-Allez-vous bien, Madame?

-Non, s'écria-t-elle. Non, je ne vais point bien! Comment le pourrais-je? Le Roi-

Le duc éclata alors à son tour, la saisissant par les épaules.

-Le Roi, le Roi...j'emmerde le Roi! J'emmerde la Cour, j'emmerde le Roi, et je vous emmerde également, Ginevra!

Elle se tut, saisie d'effroi à son langage. Il n'était qu'à quelques pouces de son visage, et elle put le détailler pleinement. Une chose frappa alors la comtesse.

Ciel, qu'il était beau.

Le duc se calma abruptement et s'éloigna d'elle, la relâchant aussitôt.

-Veuillez accepter mes excuses, décréta-t-il d'une voix pincée. Je n'eusse du m'emporter de la sorte.

Il s'éloigna vers la porte.

-Je me retire pour la nuit, clama-t-il alors. Je vous souhaite le bonsoir, Madame.

La porte claqua derrière lui, laissant Ginny dans le silence, et elle pressa sa main à ses lèvres tandis qu'elle se laissait tomber lourdement sur son lit.

Elle ne savait ce qu'il allait se produire, à présent, mais elle savait que les conséquences seraient sévères- soit le Roi la châtierait, soit le duc de La Rochelle lui en tiendrait éternellement rancœur. Des deux punitions, elle ne savait laquelle était pire.

Se relevant, Ginny s'installa derrière le bureau face à la fenêtre et tira à elle papier, plume et encre.

...

Le carrosse tendu de noir s'avança jusque dans la cour du petit château surplombant les vastes plages, l'océan, en ce jour d'un vert ténébreux, venant laper le sable gris. Les dix hommes montés accompagnant le carrosse, vêtus de livrées noires sans identité, s'arrêtèrent en même temps que le véhicule.

Une dame émergea du château, visage fermé. Elle avait une trentaine d'années et était grosse- cela se devinait au renflement de sa robe jonquille aux dentelles noires. Elle s'avança, son ventre n'étant point trop encombrant pour l'empêcher d'avancer, et descendit les quelques degrés devant le château, où elle s'immobilisa. Des rides de joie creusaient son visage, démontrant que quelle que soit la vie qu'elle menait, elle était heureuse, et ses cheveux châtain étaient coiffés sans prétention. Elle possédait une certaine joliesse. Derrière elle, deux hommes quittèrent également le château pour la rejoindre, l'un, assez âgé, étant certainement l'intendant de maison, et l'autre un domestique commun, aux bras épais comme des troncs.

La portière du carrosse fut ouverte par le laquais l'accompagnant, et le Cardinal Rogue en descendit, ses yeux trouvant aussitôt ceux de la dame devant lui. Elle serra les lèvres jusqu'à ce qu'elles ne forment qu'une ligne blanche et son regard noisette lança des éclairs.

-Veuillez assurer que les chevaux soient dételés et abreuvés, et qu'une collation soit donnée aux hommes de Monsieur le Cardinal, commanda-t-elle d'une voix ferme mais polie.

L'intendant hocha la tête et se dirigea vers l'un des gardes du cardinal afin de leur indiquer les écuries, où il les suivit tandis que le petit cortège anonyme s'ébranlait hors de la cour. Le Cardinal s'avança, seul, vers la dame. Le protocole eut voulu qu'elle s'abaisse et baise le rubis ornant son doigt, mais il ne désirait guère lui imposer cette formalité qu'elle devait mépriser- il était ici pour une mission bien précise, et ne souhaitait point se mettre à dos la maîtresse des lieux. Même si elle n'était que l'épouse de la personne que le Premier Ministre venait voir, il savait, de par son réseau, que son mari était épris d'elle, et qu'elle était la véritable patronne ici.

-Madame la vicomtesse d'Arcachon, entama-t-il alors en se penchant pour lui offrir une révérence.

Il se redressa pour voir la dame masquer à grand peine sa surprise devant ce geste, et s'en félicita intérieurement.

-Monsieur le Cardinal, répliqua d'elle en lui rendant une révérence mais sans baiser sa bague, nous ne vous attendions point avant plusieurs jours encore.

-Les chevaux vont vite lorsque le devoir les y pousse, répliqua-t-il.

Nymphadora Lupin, née Tonks, le dévisagea un moment, silencieuse, puis poussa un soupir audible.

-C'est que mon époux est à la chasse, Monsieur le Cardinal, et ne sera point de retour avant le soir. J'ai fait préparer une chambre pour vous, et vos hommes pourront se loger à l'auberge qui se trouve juste-

-A dire le vrai, Madame, j'aimerais vous entretenir un moment.

Elle se tut, interdite, et il poursuivit,

-Il est vrai que Monsieur le vicomte sera décisionnaire quant à ses actions. Cependant, je sais combien une épouse aimante peut peser sur les considérations en telle matière, aussi je m'en dois vous mettre en garde- vous me savez ici pour mander du vicomte qu'il ne participe guère aux conflits du côté hollandais, qu'importe les promesses du Roi de cette nation maudite, mais assurez-vous bien qu'il s'en protège. À cette heure, le duc de La Rochelle est prisonnier en son château et le comte de Nîmes, passé à l'ennemi, fait l'objet d'une condamnation à mort. Si-

-Vous n'êtes point à Versailles, ici, l'interrompit la vicomtesse d'une voix sèche. Vos flatteries ne me séduisent guère, et vos menaces ne m'intimident point. Vous n'êtes point en pays ami- alors je vous recommanderai de garder pour les courtisans vos pratiques habituelles et de me parler en franchise, Monsieur. Sans quoi, eh bien...

Elle laissa planer un bref silence avant de reprendre avec un sourire froid,

-Combien de temps faudrait-il au Roi pour venir vous sauver, mais combien de temps cela prendrait-il pour vous exécuter?

Le Cardinal la détailla, gardant le silence. La conversation venait de prendre un tournant, un tournant qu'il n'appréciait guère. Il s'était attendu à la résistance huguenote, mais n'avait jamais pu s'imaginer que la vicomtesse d'Arcachon le menacerait ouvertement de mort.

-Au demeurant, reprit-elle d'une voix plus chaleureuse, et pour vous éviter des voyages à n'en plus finir alors que le temps est d'une importance capitale dans votre mission qui concerne un conflit ayant déjà débuté, mon époux et moi-même, sachant que nous étions votre première visite, avons convoqué ici les grands chefs huguenots afin que vous puissiez passer votre message à nous tous réunis.

-Cette fois, le Premier Ministre ne put retenir une franche grimace, et Nymphadora éclata de rire, le moquant ouvertement, caressant son ventre rebondi.

-J'imagine que l'idée de rester en un lieu empli de huguenots pouvant comploter contre votre personne ne doit guère vous être allègre, confia-t-elle. Cependant, vous admettrez que cela est, pour nous, du plus amusant. Venez, à présent. Je vais vous installer- mon époux revient bientôt, après quoi nous pourrons souper. Le duc de Montpellier est déjà arrivé, de même que la duchesse douarière. Nous attendons également le duc et la duchesse de Marseille qui devraient être là dès l'aube, et dans la journée, le comte d'Aix et la comtesse d'Alès.

Elle le dévisagea un instant avant de se détourner et d'ouvrir la marche, lançant par-dessus son épaule avec un sourire mielleux,

-Vous prendrez bien une tasse de thé?

...

-Votre Majesté?

On frappa à la porte du carrosse et Narcissa de France laissa échapper un bref soupir de soulagement. Elle commençait à s'endormir malgré les trous de la route, et avait hâte de s'échapper un instant au confinement de son véhicule. Elle se pencha alors, ouvrant elle-même la portière pour découvrir le visage de son laquais.

-Parlez.

-Nous sommes arrivés à Bordeaux, Madame. L'Auberge Royale attend notre présence.

-Fort bien. Avancez le carrosse.

Il hocha la tête et claqua la porte et Narcissa se laissa retomber contre les coussins de la banquette tandis que le carrosse manœuvrait pour pénétrer dans la cour de l'auberge où ils passeraient la nuit. Elle sentit venir une quinte de toux et l'étouffa à temps dans son mouchoir; puis, s'essuyant les lèvres, elle se redressa en sentant le véhicule s'immobiliser à nouveau. Un instant plus tard, le laquais ouvrit la portière et elle descendit du carrosse, s'avançant sous le soleil couchant vers l'aubergiste qui la salua avec toute l'amabilité d'un homme de la petite bourgeoisie rencontrant la mère du Roi, et, ignorant à moitié ses flatteries ridicules, elle pénétra dans les lieux, suivant les indications du propriétaire pour retrouver, au premier étage, une chambre spacieuse aux murs blanchis à la chaux et à la cheminée déjà ronflante.

-Que l'on envoie chercher ma camériste, commanda-t-elle d'une voix sèche. Et dans vingt minutes, faites monter mon repas. Vous servirez mes hommes comme ils l'entendent, et j'espère que vous avez fait changer les draps de leurs lits?

-Naturellement, Votre Majesté.

-Bien. Je n'entends point attraper d'eux des poux et de la vermine.

Elle claqua la porte au nez de l'aubergiste et s'avança vers la cheminée afin de s'y réchauffer. Cela ne put, néanmoins, réchauffer son cœur- le cœur d'une femme, d'une Reine, reléguée à l'étranger par son propre fils pour sa protection. Masquant un rictus de dédain, elle ouvrit son poing serré, baissant les yeux sur le mouchoir qu'elle tenait encore, caché aux yeux du monde. Elle le déplia et le jeta dans les flammes, sachant que, de toute manière, elle ne pourrait bientôt plus cacher à quiconque les tissus qu'elle emplissait de sang jour après jour.

...

Aaaalors? Qu'en pensez-vous?

Peu d'action réelle dans ce chapitre (mais bon, dernière fois qu'il y a eu de l'action, Romilda est morte et Ron a été grièvement blessé, alors dites-vous que c'est bien, aussi, le manque d'action).

Je sais que vous vous attendez tous à connaître l'histoire de Hermione entre le moment où elle a quitté la Cour et son arrivée à Bruxelles, et vous l'aurez en temps et en heure. Laissez-la retrouver son pote, la pauvre, non mais. Au moins on sait où elle est maintenant.

Ensuite- yeeeaaah m'fuckers! Sirius et Co. ont rejoint l'armée de Drago, le Prince Impérial se mettant sous le commandement du Roi...qui complote déjà de savoir comment utiliser Delphini, et Sirius qui se montre protecteur de sa captive, en homme d'honneur qu'il est. Où cela va-t-il nous mener, et Delphini est-elle réellement la clé de cette guerre?

Ginny et Harry, c'est toujours la petite guerre. On sait pourquoi le duc a fait passer Ginny pour sa femme- pour protéger les sentiments des Weasley. Ou en tout cas, c'est ce qu'il dit. Avant de vous emballer, non, il n'est pas amoureux de Ginny (pour l'instant. Cela se fera-t-il ou pas, ça, on verra). On aura du PDV Harry bientôt, en tout cas.

Rogue veut jouer au jeu de l'intrigue, mais ici, ça ne passe pas et Dora vient de lui rappeler. Bim dans tes dents! J'aurais pu écrire la scène comme ceci: "Nymphadora le regarda, éclata de rire, et dit "Va niquer ta mère, Rogue. Et au fait, serre les fesses, tout le monde veut te poignarder, ici." Puis elle lui mit une droite." Mais bon, j'ai trouvé que ça ne collait pas avec l'histoire.

Et enfin...ah. Les choses que Narcissa a dites à Rogue le jour de leur séparation font sens, maintenant. Oui, Narcissa est malade et pour l'instant elle cache bien son jeu- mais pour combien de temps? Et survivra-t-elle pour revoir un jour son fils?

Pendant que j'étais en train d'écrire, une question m'est venue, que je voulais vous poser. Quelle est- pour l'instant- votre moment favori de cette histoire, depuis le tout début jusqu'à maintenant? Quelle scène vous a plu le plus? Pour moi, c'est le moment dans la forêt, au début, lorsque le carrosse de Hermione verse et qu'elle rencontre les deux cavaliers dont elle ne connait pas l'identité. Et vous?

Allez, bises, à bientôt!

DIL.