DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les dialogues de la série Queer as Folk appartiennent à Ron Cowen et Daniel Lipman.
Rating : M
Genre : romance / slash / Yaoi
Chapitre 28 – Partons vite
« Évidemment, tu l'aimes encore,
Ça crève les yeux mon dieu, Tu l'aimes encore »
(Kaolin)
23 janvier 2015, Hôpital Sainte-Mangouste
Trois semaines s'étaient écoulées depuis l'arrestation de Dagolitus Lestrange. A la demande de Neville, le Magenmagot avait décrété que le procès du mangemort se déroulerait à huis-clos. Dans l'attente de son jugement, il croupissait à Azkaban, dans une cellule de haute sécurité.
La vie avait donc repris son cours, tant bien que mal. Ginny n'avait eu aucune difficulté à obtenir le divorce et s'efforçait de vivre les dernières semaines de sa grossesse le plus paisiblement possible, entourée de ses parents et de ses frères. Harry, lui, passait ses journées à Sainte-Mangouste, attendant désespérément que Draco reprenne conscience.
Pansy était venue à Londres, comme promis accompagnée d'un des meilleurs guérisseurs de New-York. Celui-ci avait refait tous les examens, toutes les analyses possibles et imaginables, sans pour autant parvenir à expliquer le coma de Draco. Et il était reparti sans donner à Harry la moindre lueur d'espoir.
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Comme tous les jours depuis trois semaines, Harry était passé à son bureau tôt le matin, avait signé la pile de parchemins que Peggy avait laissée à son intention puis était parti pour Sainte-Mangouste, laissant le soin à Hermione de faire tourner son entreprise. Il s'en voulait un peu d'agir de la sorte mais il ne pouvait pas faire autrement. De toute façon, il était incapable de se concentrer sur quoi que ce soit.
Il poussa la porte de la chambre 308, s'attendant à y trouver Narcissa. Elle était bien là, débout au pied du lit.
-Bonjour Narcissa, dit-il doucement. Comment…
Il s'interrompit, voyant qu'elle n'était pas seule.
-Bonjour Monsieur Potter, dit Scorpius en se tournant vers lui.
- Oh… bonjour Scorpius.
- Maman et le Professeur McGonagall m'ont autorisé à venir voir Papa. C'est Grand-Mère qui m'a amené.
- C'est bien, sourit Harry. Draco doit être très heureux de te savoir ici.
- Vous… vous croyez qu'il… il m'entend ?
- J'en suis certain.
- Scorpius ? Peux-tu rester ici un moment ? demanda Narcissa. Je dois parler à Monsieur Potter.
- Oui… oui, bien sûr.
Narcissa et Harry laissèrent Scorpius au chevet de son père et sortirent dans le couloir.
-Que se passe-t-il ? s'inquiéta immédiatement Harry. C'est Draco ? Il…
- Non, rassurez-vous. Draco est… enfin, rien n'a changé. Je voulais seulement vous montrer ceci, dit-elle en sortant un parchemin de la poche de sa robe.
Harry s'en empara et le parcourut rapidement.
-Le Magenmagot a décidé d'abandonner les charges qui pesaient contre vous dans le meurtre de la famille Molkins… Ils… ils considèrent que la preuve de votre complicité n'est pas suffisamment établie. Oh Merlin ! Quel soulagement !
- Oh oui ! Ils me reprochent seulement d'avoir accepté de me soumettre à un Serment Inviolable. Mais compte tenu du fait que j'ai parlé sitôt après avoir été libérée, je suis seulement tenue de prester des heures de travail d'intérêt général.
- Du travail d'intérêt général ? Si vous souhaitez que je vous aide à…
- Ce n'est pas la peine, le coupa Narcissa en souriant. J'ai déjà tout arrangé avec Minerva McGonagall. Je vais enseigner l'Histoire de la Magie à Poudlard, jusqu'à la fin de l'année. Le Professeur Binns semble plus que désireux de prendre des vacances…
- Ça alors ! C'est… c'est incroyable !
- Oui ! Je suis assez impatiente de commencer, à vrai dire ! J'ai toujours voulu enseigner… mais c'était impossible… Une femme de ma condition ne pouvait tout simplement pas… travailler ! Lucius ne m'aurait jamais laissé faire une telle chose ! Par Salazar, le pauvre doit se retourner dans sa tombe !
Narcissa semblait fébrile, comme si elle était sur le point de faire quelque chose d'interdit et de terriblement excitant à la fois. Cela fit sourire Harry.
-Draco est au courant ?
- Je le lui ai annoncé ce matin.
- Je suppose que cette nouvelle ne doit pas l'avoir choqué outre-mesure puisqu'il ne s'est pas réveillé…
Narcissa eut un petit sourire en coin.
-Je suis sûr, au contraire, qu'il est ravi pour vous, continua Harry. Moi, je le suis en tout cas.
- Merci Harry. Puis-je vous laisser avec Scorpius ? Je voudrais aller au Ministère remercier l'Auror Londubat pour son soutien et l'informer de mon arrangement avec le Professeur McGonagall.
- Allez-y. Je m'occupe de Scorpius.
Harry regarda Narcissa remonter le couloir, sa robe virevoltant derrière elle au rythme de ses pas. Le cœur un peu plus léger, il regagna la chambre de Draco. Scorpius était assis sur une chaise à côté du lit. Il tenait la main de son père dans la sienne.
-Ça va bonhomme ? demanda Harry en s'approchant de lui.
- Pourquoi il ne se réveille pas ?
- Je ne sais pas. Les guérisseurs non plus. Ils disent que ça peut arriver quand une personne a subi un traumatisme important. Il… il faut du temps…
- Combien de temps ?
- Je ne sais pas.
Scorpius soupira.
-Albus voulait venir aussi, dit-il après un temps. Il a fait toute une histoire parce que McGonagall a refusé de le laisser venir avec moi. Je crois que vous allez recevoir un hibou dans la journée…
- Je me doute qu'il est contrarié, dit Harry. Albus a beaucoup d'affection pour ton père.
- Quand… quand j'ai découvert que Draco était mon père, vous… vous et lui étiez encore ensemble… ça faisait d'Albus et moi des frères… en quelque sorte. C'était chouette…
- Tu sais, dit doucement Harry, le fait que Draco et moi soyons séparés, ne change rien pour Albus et toi.
- Je sais.
Ils restèrent silencieux quelques instants, avant que Scorpius ne demande :
-L'homme qui a fait ça… où est-il ?
- A Azkaban. Il y restera jusqu'à la fin de sa vie.
- Vraiment ?
- Vraiment.
- Ça m'est égal. Si mon père meurt, je veux qu'il meure aussi.
Harry fut frappé par la dureté du ton de l'enfant.
-Scorpius…
- POURQUOI ? cria-t-il. POURQUOI CET HOMME M'A PRIS MON PERE ? POURQUOI IL EST VIVANT ALORS QUE PAPA EST… COMME CA !
Le visage de Scorpius était rouge de colère, ses poings serrés et des larmes de rage s'accumulaient sous ses longs cils dorés, donnant à ses yeux la couleur d'un nuage de pluie. Il se retenait de pleurer du mieux qu'il pouvait mais la pression, la tristesse et la peur eurent raison de sa volonté.
Le cœur de Harry se fendit. Rien n'était plus dur à supporter que la peine d'un enfant, surtout quand on ne savait pas quoi lui dire pour le consoler. Il posa sa main sur l'épaule de Scorpius et l'instant d'après, l'enfant lui enserrait la taille de toutes ses forces, sanglotant bruyamment contre son torse.
-Chut… ça va aller, mon grand. Ça va aller.
Exactement comme il le faisait avec James ou Albus, il rendit l'étreinte à Scorpius, une main posée sur sa tête, l'autre sur son dos. Pendant plusieurs minutes, il murmura des paroles de réconfort auxquelles lui-même ne savait plus s'il devait croire mais qui rassurèrent le petit bout d'homme de onze ans qu'il tenait dans ses bras.
Finalement, les sanglots cessèrent. Scorpius s'écarta légèrement de Harry et frotta ses joues rapidement pour en effacer les sillons humides.
-Je suis désolé Monsieur Potter… je ne voulais pas…
- Appelle-moi Harry. N'importe qui qui pleure contre moi a le droit de m'appeler Harry. Et me tutoyer.
- Harry, répéta Scorpius en souriant pauvrement. Je suis désolé…
- Tu n'as pas à l'être. Tu es triste, tu as mal, tu as le droit de pleurer.
- Vous… tu crois que je pourrai encore venir le voir ?
- Bien sûr. Et tu pourras dire à Albus qu'il aura le droit de t'accompagner la prochaine fois. Je vais écrire au Professeur McGonagall pour lui demander son autorisation.
Scorpius fit à Harry un sourire reconnaissant. Un sourire qui valait tout l'or du monde.
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Harry traversait le lobby de Sainte-Mangouste après avoir raccompagné Scorpius à l'une des cheminées, lorsqu'il percuta quelqu'un qui venait en sens inverse.
-Oh pardon ! Je suis désolé, je ne regardais pas où…
- Bonjour Harry, le coupa une voix douce qu'il reconnut immédiatement.
Il se recula pour avoir la confirmation de ce qu'il savait déjà : Olivier Dubois se tenait devant lui.
-O… Olivier ? Mais qu'est-ce que tu fais là ?
- Oh rien de grave ! Je venais pour un check-up… tu sais, celui que mon contrat avec Potter Corp. m'oblige à passer chaque année, dit-il avec un clin d'œil.
- Ah… oui. En effet. Et… tout va bien ?
- En parfait état de marche ! dit Olivier en ouvrant grand les bras.
Il arborait le sourire doux et un peu mutin qu'Harry lui avait toujours connu.
-Et toi ? demanda Olivier. Tu es venu voir Malefoy ?
- Heu… oui… Comment sais-tu que… ?
- La Gazette ne parle que de ça depuis 15 jours.
- Oh… ouais… j'avoue que je n'ai pas touché à un seul journal depuis que c'est arrivé.
- Quelle histoire ! Un mangemort qui…
- Olivier, pardonne-moi mais… je n'ai vraiment pas envie d'en parler.
- Oui… je comprends. Désolé.
Olivier se dandina légèrement d'un pied sur l'autre, les mains dans les poches.
-Et Malefoy ? Comment va-t-il ?
- Il est toujours dans le coma. Il n'y a aucune amélioration, dit Harry d'un air abattu.
- Ne te décourage pas, Harry. De ce que je comprends, il n'y a peut-être pas d'amélioration mais il n'y a pas de détérioration non plus…
Harry se surprit à sourire. Quoi qu'il arrive, Olivier avait ce don de toujours rester positif et c'était l'une des qualités qu'il appréciait le plus chez lui.
-… café ?
- Pardon ? dit Harry en sortant de ses pensées.
- Je… je te demandais si tu avais le temps de prendre un café…
- Oh… je… je ne sais pas… Je… Draco… il…
Il bafouillait lamentablement en montrant du doigt une direction quelconque dans l'hôpital.
-Harry, c'est juste un café. Ça ne prendra pas beaucoup de temps.
Harry soupira et hocha lentement la tête.
-Ok, dit-il. Va pour un café.
Ils sortirent de l'hôpital côté moldu et se retrouvèrent sur le trottoir, face aux vitrines délabrées et peu avenantes de Purge & Pionce Ltd. Ils traversèrent Sloan Street pour entrer dans un Caffè Nero tout proche. Au comptoir, Harry commanda un grand macchiato avec supplément caramel et crème fraîche, tandis qu'Olivier optait pour un thé vert japonais.
-Je vois que tu es toujours aussi… rigoureux sur la diététique, rigola Harry en s'installant à une petite table au fond de la salle.
- Et toi, tu es toujours aussi peu regardant ! répliqua Olivier sur le même ton.
- Que veux-tu ? Je suis une cause perdue.
Comme pour renforcer son propos, il prit deux sachets de sucre qu'il versa dans son café avant de le mélanger avec vigueur.
-Je suis passé plusieurs fois à ton bureau, dit Olivier après quelques instants. Mais… tu n'étais pas là.
- Ouais… je passe beaucoup de temps à l'hôpital.
- Je t'ai laissé plusieurs messages.
Harry cessa de remuer son café et baissa la tête en soupirant.
-Je sais. Je suis désolé… J'aurais dû te rappeler mais… je ne l'ai pas fait. Voilà tout.
- Je ne te reproche rien Harry. Après ce qui s'est passé avec ce… Lestrange, je comprends que tu avais d'autres préoccupations. Je voulais seulement que tu saches que j'étais vraiment désolé pour ce qui s'est passé à la montagne. Je…
- Tu me l'as déjà dit.
- Et je le dirai aussi souvent que nécessaire pour que tu me croies…
- Je te crois. Mais ça ne change rien.
Olivier se rembrunit quelque peu mais poursuivit néanmoins.
-Je comprends que tu m'en veuilles. J'ai été en dessous de tout avec tes enfants.
- Je ne t'en veux pas, Olivier… J'ai seulement été… déçu. Terriblement déçu.
- Je sais… et je voudrais vraiment faire en sorte de regagner ta confiance.
- Olivier…
- Non, attends ! dit-il en levant la main. Ces dernières semaines, j'ai largement eu le temps de réfléchir et de prendre conscience de mes erreurs. Jamais je n'aurais dû rejeter sur James la responsabilité de ce qui s'est passé. C'était… idiot et immature, et… complètement déplacé.
- Je suis heureux de te l'entendre dire.
- Je n'ai aucune excuse d'avoir fait cela, continua Olivier. Si ce n'est que j'étais jaloux.
- Jaloux ? Jaloux de mes fils ?
- Non, murmura Olivier. Jaloux du fait que Malefoy était parvenu à les amadouer en un temps record alors que moi… ils ne me laissaient aucune chance.
Harry se frotta nerveusement la nuque, embarrassé et agacé à la fois par cet aveu.
-Ecoute… mes enfants ont toujours été très… hostiles face aux hommes que je leur présentais. Draco, c'était… je ne sais pas. Un cas à part. Je n'ai jamais vraiment compris ce qui s'était passé, pourquoi ils se sont attachés à lui aussi vite et aussi fort… ça ne leur ressemblait pas. Et j'avoue que moi aussi, j'étais un peu contrarié que tu ne parviennes pas à les apprivoiser comme Draco l'avait fait.
Il expira lentement.
-C'était injuste de ma part, admit-il.
- Je crois que c'est ça qui était le plus difficile, dit Olivier après un temps. Souffrir la comparaison avec lui. Tout le temps.
Harry préféra ne pas répondre plutôt que de mentir. Car s'il devait être honnête avec lui-même, il admettrait qu'il n'avait pas cessé de comparer Olivier et Draco depuis le premier jour.
-Tu l'aimes encore, dit doucement Olivier.
Il sourit tristement devant l'air embarrassé de Harry.
-Tu n'es pas obligé de répondre. Ça crève les yeux, tu sais.
Harry détourna le regard. Il but une gorgée de son café pour se donner une contenance.
-Oui, dit-il enfin, les yeux baissés sur sa tasse. Je l'aime encore.
- Tu vas retourner avec lui ?
- Ça ne dépend pas que de moi, murmura-t-il.
Le silence se fit un peu pesant entre eux, jusqu'à ce qu'Olivier dise :
-Je n'abandonnerai pas.
- Quoi ?
- Toi. Moi. Je n'abandonnerai pas.
- Mais… pourquoi ?
- Parce que je suis certain d'être celui qu'il te faut.
- Olivier, soupira Harry avec lassitude.
- Ok ! Oublie ce que je t'ai dit, le coupa Olivier.
Harry soupira une nouvelle fois, les yeux baissés.
-Tu as raison, murmura-t-il.
- Quoi ?
- Tu es celui qu'il me faut… et une partie de moi voudrait être avec toi. Vraiment. Mais… mais…
Il fit une pause, pas certain de parvenir à exprimer sa pensée.
-Tu n'y parviendras pas tant qu'il est là, acheva Olivier à sa place. Pas tant que tu crois avoir une chance avec lui.
Harry acquiesça.
-Je suis désolé Olivier. Je sais que c'est injuste pour toi mais…
- Est-ce qu'on peut au moins essayer d'être amis ? demanda Olivier.
- Je ne sais pas… je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée…
- Harry… on travaille ensemble. Aux dernières nouvelles, je suis toujours l'entraîneur des Tornades. On va forcément se croiser ! Et puis… on se marrait bien quand on allait voler tous les deux.
- Oui, admit Harry. C'est vrai…
- D'ailleurs, je pense que tu en as grand besoin. Ça t'aiderait à un peu évacuer le stress de ces dernières semaines. Ça te dit qu'on aille faire un tour du côté de Tinworth ou bien de Tutshill un de ces jours ?
A la perspective de voler, le regard de Harry s'illumina. C'était plus fort que lui. Voler avait toujours été pour lui, synonyme de lâcher prise et de liberté.
-Ouais… je pense que ça me dirait bien…
- Génial ? Pourquoi pas dimanche ?
- Ok. Va pour dimanche. On peut se retrouver devant le stade des Tornades vers 14 heures.
- C'est parfait, sourit Olivier.
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28 janvier 2015, Potter Corp., La City, Londres
-Harry, je peux te parler une minute ?
- Désolé Hermione mais j'allais partir… Je vais à…
- A Sainte-Mangouste, je sais. Mais Malefoy attendra.
Harry regarda Hermione, surpris par son ton vindicatif. Pour autant, il ne fit aucun commentaire, conscient que depuis plusieurs semaines, il usait et abusait de la patience de son amie.
-Bien, dit-il. Je t'écoute.
Hermione sembla soulagée un instant, avant de reprendre un visage grave.
-Le Conclave est dans cinq jours.
Une plainte s'échappa des lèvres de Harry. Le temps passait décidément trop vite quand il s'agissait des choses désagréables.
-Hermione, c'est impossible… Je ne peux pas y aller ! Pas tant que…
- Harry, tu ne peux pas te désister ! Les conséquences pour l'entreprise seraient catastrophiques !
Harry soupira en se rejetant lourdement au fond de son fauteuil, se maudissant d'avoir accepté de participer à ce cirque.
Tous les quatre ans, les pays membres de la Fédération Internationale de Quidditch se réunissaient à Genève, siège de la Fédération, pour élire le prochain pays hôte de la Coupe du Monde. L'heureuse nation était élue comme les moldus élisaient leur pape : les représentants des différents pays étaient enfermés dans un complexe hôtelier, sans contact avec le monde extérieur, et votaient deux fois par jour, jusqu'à ce qu'une majorité des trois quarts se dégage en faveur d'une nation. Le processus pouvait prendre des jours, voire plusieurs semaines. Ce n'était pas pour rien qu'on appelait ça le Conclave.
Chaque pays y envoyait une délégation, composée bien souvent du Ministre des Sports, du Ministre de la Coopération magique internationale, de plusieurs fonctionnaires et d'experts. A ce titre, Harry avait déjà participé à l'élection, comme consultant pour l'Argentine, laquelle avait été élue grâce, entre autres, à son talent de négociateur. Cette année, la demande émanait expressément de sa mère patrie, raison pour laquelle il n'avait pas vraiment pu refuser.
-Tu imagines ce qui se passera si tu n'y vas pas ? reprit Hermione. La rupture du contrat nous coûtera des centaines de milliers de gallions. Sans parler de l'équipe nationale qui révoquera certainement sa collaboration avec nous. Quant à ta réputation, n'en parlons pas. Personne ne comprendra que tu aies soutenu l'Argentine et pas ton propre pays !
- C'est bon, Hermione ! s'agaça Harry. J'ai compris !
- Je n'en suis pas sûre ! Si c'était le cas, je n'aurais pas Dawlish toutes les deux heures par cheminée pour savoir pourquoi tu ne le rappelles pas !
Harry se prit la tête entre les mains.
-Tu ne te rends pas compte… et si Draco se réveille ou… ou si sa situation venait à se dégrader et que je ne suis pas là…
- Si Draco se réveille, je suis certain qu'il comprendra parfaitement pourquoi tu n'es pas là. Et si… s'il devait lui arriver quelque chose, je suppose qu'il y aura toujours moyen de te prévenir.
Voyant que son ami ne réagissait pas, Hermione insista.
-Harry, je comprends combien c'est difficile pour toi… mais tu ne peux pas hypothéquer l'avenir de ta société comme ça. Malefoy ne le permettrait pas… Pas après tout ce qu'il a fait pour la sauver.
L'argument fit mouche. Harry se redressa et hocha la tête en soupirant.
-Ça va… tu as gagné. Je vais contacter Dawlish.
- Merci Harry, dit Hermione, soulagée.
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1er février 2015 - Hôpital Sainte-Mangouste
En passant devant le bureau des infirmières, Harry les salua d'un geste de la main. Depuis le temps qu'il passait ses journées ici, il les connaissait toutes et les appelait par leur prénom.
Il entrait dans la chambre de Draco quand il remarqua qu'une agitation inhabituelle y régnait.
-Patty ! s'écria-t-il, paniqué. Patty que se passe-t-il ?
La dénommée Patty se tourna vers lui tandis que deux autres de ses collègues poussaient hors de la pièce le lit sur lequel Draco était toujours allongé.
-Oh ! Monsieur Potter, bonjour ! Ce n'est rien, ne vous inquiétez pas. Nous changeons seulement Monsieur Malefoy de chambre. Nous allons l'installer au bout du couloir.
- Mais… pourquoi ?
L'infirmière eut un petit sourire gêné.
-Eh bien, c'est juste une question d'organisation. Comme cette chambre est plus spacieuse, nous… nous devons la récupérer pour d'autres malades.
- Sa mère a été avertie ?
- Oui, je l'ai vue ce matin et je lui ai expliqué la situation.
Patty allait se diriger vers l'armoire dans laquelle se trouvaient les effets personnels de Draco mais elle fut arrêtée par Harry.
-Laissez, Patty. Je vais m'en occuper.
- Comme vous voulez Monsieur Potter. La nouvelle chambre de Monsieur Malefoy est la 394.
- Merci Patty. Est-ce que… est-ce qu'il y a une évolution ?
L'infirmière secoua négativement la tête et lui fit un triste sourire avant de sortir de la pièce.
En soupirant, Harry prit sa baguette magique et empaqueta les quelques affaires de Draco. Il y avait les vêtements qu'il portait le jour de son agression et plusieurs pyjamas qu'il n'avait pas encore eu l'occasion de porter, vu qu'il était toujours vêtu d'une blouse d'hôpital.
Dans le tiroir de la table de nuit, Harry prit sa chevalière en or aux armoiries de la famille Malefoy et sa montre. Celle-ci ne lui sembla pas familière. C'était une montre très élégante, vraisemblablement d'une grande valeur, venant d'un célèbre horloger suisse.
En la retournant, Harry remarqua qu'elle portait une gravure au dos.
Je t'aime.
Le cœur de Harry se serra. Qui avait bien pu lui offrir cette montre ? Sa mère ? Non, ce n'était pas son genre de faire graver une telle déclaration. Il tenta de se raisonner en se disant que c'était peut-être un bijou de famille, une montre qu'un aïeul avait offert à sa dulcinée et qui se transmettait de génération en génération… mais ce n'était pas possible. L'objet était neuf.
Il ferma les yeux et tenta de faire refluer la douleur qui lui étreignait la poitrine. Puis il sortit pour se rendre dans la chambre 394.
La pièce était beaucoup plus petite que la précédente mais plus au calme. Elle était baignée d'une douce lueur bleutée apaisante.
Après avoir rangé les affaires de Draco, Harry s'assit sur le rebord du lit.
-Je vais devoir m'absenter, dit-il en lui prenant délicatement la main. Demain, je dois partir pour Genève et participer au Conclave pour la désignation du prochain pays organisateur de la Coupe du Monde de Quidditch. Je n'ai vraiment pas envie d'y aller mais je n'ai pas le choix.
Il caressa doucement la peau de son poignet.
-Je ne sais pas combien de temps je serai absent. Ça peut prendre des jours ou des semaines.
Il émit un long soupir avant de poursuivre.
-J'aurais tellement voulu que tu te réveilles. J'aurais voulu qu'on puisse se parler avant mon départ… Là, j'ai… j'ai l'impression que… merde, dit-il en se passant une main sur le visage.
Bien malgré lui, il fixa la montre posée sur la table de nuit.
-J'ai l'impression que si je pars maintenant… on… on ne se retrouvera plus jamais… que ce sera vraiment fini. Alors Draco… si tu te réveilles pendant que je suis parti, s'il te plaît… attends-moi, ok ? Attends-moi. J'ai tellement de choses à te dire.
Comme il le faisait à chaque fois qu'il partait, Harry se pencha et embrassa Draco.
-Je t'aime, murmura-t-il contre ses lèvres.
Après une dernière caresse sur son visage, il se leva pour quitter la pièce. A ce moment, des coups furent frappés à la porte et celle-ci s'ouvrit sur Blaise.
-Salut Harry, dit-il en entrant. Du nouveau ?
- Non, soupira Harry. Rien.
Blaise hocha la tête d'un air fataliste.
-Pansy vient de m'appeler, dit-il. Elle vient à Londres fin de la semaine.
- Elle amène un nouveau guérisseur ?
- Non. Je crois qu'elle a compris que ça ne servirait à rien. On doit attendre, c'est tout.
Harry ne dit rien mais son visage parlait pour lui.
-Ça va toi ? demanda Blaise. Tu tiens le coup ?
- Ouais, ça peut aller.
- Hermione m'a dit que tu partais demain à Genève ?
- Oui. Je n'ai pas le choix.
- Je lui parlerai, dit Blaise en réponse à la question muette de Harry. S'il se réveille, je lui expliquerai pourquoi tu n'es pas là. C'est promis.
Harry lui sourit, reconnaissant.
-Merci.
- Pas de quoi.
- Et si… je veux dire… si jamais…
- Ça n'arrivera pas, trancha le métis, catégorique.
Le silence s'installa entre les deux hommes, silence seulement entrecoupé par le bruit du moniteur magique qui retransmettait les battements du cœur de Draco.
-Blaise, demanda doucement Harry. Tu… tu crois qu'il est trop tard… pour lui et moi ?
Blaise réfléchit quelques instants. Puis il fixa Harry droit dans les yeux.
-Une partie de moi a envie de te dire que oui, il est trop tard. Juste pour que toi et lui arriviez à tourner à la page et que vous arrêtiez de vous faire souffrir une bonne fois pour toutes.
- Mais…
- Mais je sais que c'est illusoire. Aucun de vous deux ne tournera jamais la page. Ce qui vous lie est bien trop fort et bien trop ancien pour ça… C'est ancré en vous.
Harry médita ces paroles. Il repensa à ce que Draco lui avait dit la veille de leur rupture.
« Tu sais Harry… qu'on le veuille ou non… entre nous, c'est éternel. Quoi qu'il arrive, nous ne pourrons jamais oublier. Ni le bon. Ni le mauvais. C'est comme ça ».
-Nous ne pourrons jamais oublier, répéta Harry. Ni le bon, ni le mauvais.
- Exactement, approuva Blaise. Et ça rendra toujours votre histoire plus compliquée que celle des autres.
- Est-ce qu'il voit quelqu'un ?
La question surprit Blaise qui regarda Harry sans comprendre. Ce dernier prit alors la montre sur la table de chevet et la lui tendit de façon à lui montrer l'inscription au dos.
-Je ne sais pas qui lui a donné cette montre, dit Blaise, perplexe. Et pour répondre à ta question, je ne pense pas qu'il voit quelqu'un. Enfin au sens où on entend généralement cette expression. Si tu me demandes si Draco a couché avec d'autres, alors…
-Ça je le sais, dit Harry. Je voulais juste savoir s'il avait quelqu'un de… disons… plus présent.
Blaise secoua négativement la tête.
-Tu es le seul, Harry. Le seul qui occupe le cœur de Draco depuis qu'il a quatorze ans.
Harry remit la montre en place sans rien répondre.
-Je vais y aller, dit-il en passant à côté de Blaise. Prends soin de lui, d'accord ?
- C'est promis.
Ils se serrèrent la main et Harry quitta la chambre le cœur lourd, ne sachant pas quand il aurait l'occasion de revenir.
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2 février 2015 – Abords du Lac Léman, Suisse
En vue du Conclave, la Fédération Internationale de Quidditch avait loué un hôtel sorcier très luxueux dans un endroit calme et verdoyant aux abords du Lac Léman. Pour des raisons de sécurité et de discrétion, le bâtiment disposait de son propre terminal de portoloins.
A son arrivée, Harry fut immédiatement pris en charge par une jeune et jolie hôtesse qui l'accompagna dans le lobby de l'hôtel où il devait être enregistré. Les formalités ne prirent que quelques minutes.
-La délégation anglaise occupe le 14ème étage, Monsieur Potter, dit le réceptionniste en lui tendant une clé magnétique. Votre suite porte le numéro 1408. Je vous prie maintenant de passer dans la salle à votre droite pour le contrôle de sécurité. Bon séjour parmi nous, Monsieur Potter.
Harry remercia l'employé et se dirigea vers la salle indiquée. Un représentant de la Fédération procéda à la fouille de ses bagages. Il lui fut demandé de remettre sa baguette ainsi que tout appareil de communication moldu. Harry sortit son portable de la poche de sa veste avec une certaine réticence.
-Ecoutez, dit-il au garde de sécurité. Je… j'ai un ami très proche qui est dans le coma… J'attends de ses nouvelles à chaque instant… alors, si vous pouviez faire une exception et me laisser conserver mon portable, je vous en serais reconnaissant.
- Je suis désolé, Monsieur. Il n'y a pas d'exception possible.
- Oh bon sang, râla Harry. Qu'est-ce que vous croyez que je vais faire ? Avertir la presse ? Franchement, vous savez qui je suis ?
- Les règles sont les règles, Monsieur Potter, dit une voix derrière lui. Même pour vous.
Il se retourna pour voir Ingvar Thorsen, un norvégien, actuel président de Fédération, qui le toisait avec dédain.
-Vos compatriotes se souviennent peut-être de vous comme de celui qui a libéré la Grande-Bretagne d'un mage noir mais ce n'est pas le cas partout… La plupart des gens, moi y compris, se souvient surtout d'un arrogant joueur de Quidditch, capricieux et présomptueux.
-Je ne vous permets pas de…
- Ne vous méprenez pas, Monsieur Potter. Vous étiez certainement le meilleur joueur de votre génération et ce qui vous est arrivé est dramatique, mais… c'était il y a longtemps. Vous n'êtes plus une star désormais. Vous n'êtes plus en mesure d'exiger quoi que ce soit. Alors, vous êtes prié de vous plier aux règles comme tout le monde.
Thorsen jeta alors sur Harry un regard suspicieux.
-Et si j'apprends que, d'une manière ou d'une autre, vous avez enfreint le règlement, vous serez exclu, vous et toute la délégation anglaise, de la sélection. J'espère que j'ai été clair.
Sans laisser à Harry, le temps de répondre, l'homme se détourna et quitta la pièce. Bouillant de colère, Harry déposa sa baguette et son portable dans un casier prévu à cet effet, s'empara de sa valise et alla rejoindre sa suite.
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Après avoir rangé ses affaires, Harry prit le temps de se rafraîchir avant de rejoindre la délégation anglaise dans la salle de réunion qui se trouvait au bout du couloir.
Quand il entra, tout le monde était déjà là. Ron Weasley évidemment, présent en tant que Directeur du Département des Sports. Zacharia Smith, Directeur du Département de la Coopération magique Internationale. Une dizaine de fonctionnaires qu'Harry connaissait de vue mais pas de nom. Et enfin, il y avait le Ministre Dawlish en personne. Ce dernier ne resterait que le temps de la réunion préliminaire au début officiel du Conclave. Sa fonction l'empêchait en effet de rester éloigné aussi longtemps des affaires de l'Etat et l'espace d'un instant, Harry l'envia.
-Ah, Monsieur Potter ! Nous n'attendions plus que vous ! dit joyeusement le Ministre. Bien, reprit-il en s'adressant à toutes les personnes présentes. Je ne saurais trop insister sur l'importance de ce Conclave. La dernière fois que la Grande-Bretagne a accueilli la Coupe du Monde, c'était en 1994. Je ne dois évidemment pas vous rappeler ce qui s'est passé lors de la Finale. Je compte sur vous, Mesdames et Messieurs pour convaincre le plus grand nombre que les heures sombres de notre pays sont désormais derrière nous et qu'il n'y a plus aucun risque de voir des Mangemorts semer la panique parmi les spectateurs. Je ne saurais trop insister sur votre rôle à cet égard, Monsieur Potter.
Harry se retint de lever les yeux au ciel et se contenta d'acquiescer sommairement.
-Monsieur Weasley, continua Dawlish, disposons-nous déjà de quelques informations intéressantes ?
Ron se leva et prit la parole.
-Comme vous le savez, le Conclave commence par un premier tour de table au cours duquel les pays qui ont décidé de ne pas entrer en course pour la sélection, se font connaître. Ce premier tri n'est pas très révélateur car ceux qui se retirent de la sélection sont souvent des petits pays, non représentatifs en termes de voix. Cependant, j'ai appris de source sûre que l'Allemagne se désiste. Leur gouvernement est actuellement en pleine crise et ils craignent de ne pas être en mesure d'organiser un événement de cette ampleur.
Cette nouvelle provoqua un petit brouhaha parmi les personnes présentes. L'Allemagne était en effet une des grandes nations du Quidditch et son poids en votes était conséquent.
-Ce qui veut dire, continua Ron, que l'Allemagne sera particulièrement courtisée.
- Nous avons de quoi négocier avec elle ? demanda une petite blonde à l'allure plutôt dynamique.
- Pas vraiment, dit Harry. Nous ne faisons affaire avec aucun de leurs équipementiers, très peu de leurs joueurs évoluent chez nous et vice versa.
- Bon, nous verrons bien, dit Dawlish. Qu'en est-il des autres ?
- Il sera difficile de traiter avec l'Italie, dit Ron. Pas après qu'un de leurs meilleurs entraineurs aient été limogé par le club des Tornades.
Tous les regards se tournèrent vers Harry car nul n'ignorait à qui appartenait le club.
-J'ai joué avec les Falconi de Milan pendant deux ans, argumenta Harry. Je ne pense pas que ce sera si difficile que ça.
- Et la France ? L'Espagne ? relança le Ministre.
- Compliqué. Elles sont toutes les deux favorites et n'ont aucun intérêt à négocier avec qui que ce soit. En fait, nos meilleurs atouts restent toujours les pays anglo-saxons : Australie, Nouvelle-Zélande, Canada. Et les Etats-Unis.
- Les Etats-Unis ? s'étonna Brad Calahan, l'adjoint de Ron.
- Depuis le rachat de l'équipe des Fitchburg Finches par Potter Corp. les américains ont apparemment décidé de nous soutenir.
- Excellente nouvelle ! s'exclama Dawlish. Bien, dit-il en se levant. Je vous laisse à vos négociations ! Je ne doute pas que la prochaine Coupe du Monde de Quidditch se déroulera en Angleterre ! Bon courage à tous !
Sur ces mots, il salua les participants et quitta la salle de réunion.
Par Merlin, pensa Harry, pourvu que cette mascarade se termine vite.
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4 février 2015 – Appartement de Pansy Parkinson, Hoboken, New-Jersey
Pansy fit rapidement l'inventaire de ce qu'elle devait emporter. Très peu de choses, à vrai dire car elle ne resterait pas très longtemps à Londres. Juste le temps de rendre visite à Draco et d'aller au Magenmagot.
A ce propos, elle vérifia pour la cinquième fois que le parchemin qu'elle avait reçu il y a une semaine était bien rangé dans son porte-document. Le sourire aux lèvres, elle l'en sortit pour le relire une nouvelle fois.
« Miss Parkinson,
concerne : votre plainte référencée 6HD0987
Suite à la plainte que vous avez déposée au nom de votre cliente, Hermione Granger, en date du 24 décembre 2014, le Conseil Supérieur de la Justice Magique a ouvert une enquête sous la direction de Miss Rose Zeller.
Du rapport remis au Conseil par Miss Zeller, il ressort que les éléments que vous avez portés à notre connaissance sont objectifs et avérés.
En conséquence, toutes les décisions prises par le juge Edmund Marshall concernant votre cliente, seront annulées. Sur base de la présente décision, le Magenmagot sera tenu de désigner un nouveau juge et les débats relatifs à l'affaire Granger c/ Weasley devront être repris ab initio.
Nous vous prions de croire, Miss Parkinson, en l'assurance de notre considération distinguée.
Eleanore Brandstone,
Présidente
Eddie Carmichael
Vice-Président
Jonas Aldenbury
Conseiller »
Pansy replia le parchemin avec un soupir de satisfaction.
-Je me demande bien ce qu'il a de plus que moi, dit une voix devant elle.
- De qui parles-tu ?
- Celui qui t'écrit des parchemins enflammés qui te font soupirer comme une bienheureuse.
- Tu es le seul à me faire soupirer comme une bienheureuse, dit Pansy en rangeant soigneusement le document dans son sac.
Elle s'avança ensuite jusqu'à son compagnon, qui se tenait dans l'embrasure de la porte, et se blottit dans ses bras.
-Tu vas me manquer, ronronna-t-elle en se calant un peu plus confortablement contre son épaule.
- Toi aussi. Tu sais déjà quand tu rentres ?
- Sans doute mardi.
- Alors on ne se verra pas avant vendredi, dit Jérémy, car je pars en mission pendant trois jours.
- Je déteste le Macusa, soupira Pansy.
- Et moi je déteste cette satanée cliente anglaise qui t'éloigne de moi.
- Ne t'inquiète pas, dit-elle en s'écartant légèrement. Son affaire est presque réglée. Grâce à mon incommensurable talent !
Jérémy se mit à rire.
-C'est ce que j'aime le plus chez toi. Ta modestie.
- Tu penses peut-être que j'exagère ?
- Sûrement pas. Tu es la meilleure.
Il ponctua son propos d'un baiser et laissa Pansy retourner à ses préparatifs.
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Hôpital Sainte-Mangouste
Narcissa Malefoy était en train de lire et d'annoter un ouvrage d'Histoire de la Magie sur lequel elle comptait s'appuyer pour donner son premier cours, la semaine suivante. Elle était à la fois anxieuse et terriblement impatiente de commencer cette nouvelle expérience.
A force de passer toutes ses journées dans cette chambre d'hôpital, elle s'était habituée à l'odeur des potions désinfectantes, au va-et-vient des infirmières dans les couloirs et au bruit du moniteur magique relié à Draco, dont le bip bip régulier rythmait les battements de son cœur. Ce bruit constant était même devenu rassurant.
C'est pourquoi elle sursauta quand le moniteur se mit à biper de manière totalement anarchique. Paniquée, elle se leva d'un bon, faisant tomber son livre et ses notes à terre, et se précipita vers son fils.
-Draco ! Oh Merlin, Draco !
Les bips s'accélèrent encore avant de se bloquer sur un son continu et strident. Sur l'écran du moniteur, le tracé représentant le rythme cardiaque n'était plus rien d'autre qu'une fine ligne bleue que rien ne venait interrompre.
-DRACO ! hurla Narcissa.
Frénétiquement, elle chercha le bouton d'appel qu'elle pressa de toutes ses forces avant de se ruer dans le couloir et d'encore appeler à l'aide. Les infirmières ne tardèrent pas à arriver, suivies du guérisseur Philips.
-Il est en arrêt, constata l'une des infirmières.
- Procédure de réanimation, commanda le guérisseur. Madame Malefoy, je vais vous demander de sortir.
- Non ! Mon fils… je…
- Madame, il vous faut quitter cette pièce.
Narcissa fut doucement mais fermement poussée hors de la chambre. Quand la porte se referma devant elle, elle recula jusqu'à heurter le mur opposé. Elle s'y appuya du mieux qu'elle put, essayant tant bien que mal de reprendre ses esprits.
Plusieurs minutes longues comme des siècles s'étaient écoulées avant qu'elle ne songe qu'il lui fallait prévenir Blaise. Elle se demanda où elle pourrait trouver un hibou ou une cheminée de communication. Puis, elle se rappela que l'ami de son fils lui avait remis un de ces appareils moldus dont ils n'arrêtaient pas de se servir l'un comme l'autre. Avec des gestes fébriles, elle retira le téléphone portable de la poche de sa robe. Les doigts tremblants, elle parvint à former le numéro préenregistré, ainsi que Blaise le lui avait montré.
-Allô, dit la voix grave après quelques sonneries.
- Blaise… Blaise, c'est Narcissa Malefoy…
- Madame Malefoy ? Que se passe-t-il ?
- C'est… Oh Merlin… c'est Draco… Il… oh Merlin !
- Madame Malefoy, calmez-vous. J'arrive immédiatement.
Narcissa hocha la tête, comme si son interlocuteur pouvait la voir et raccrocha avant de se laisser tomber sur un banc en bois disposé le long du mur.
Il ne fallut pas plus de cinq minutes à Blaise pour transplaner et traverser les couloirs de l'hôpital jusqu'à la chambre de Draco.
-Madame Malefoy ! s'écria-t-il. Que s'est-il passé ?
- C'est… c'est Draco. Son cœur… s'est emballé d'un coup… puis… oh Merlin… puis, plus rien… Ils… ils sont en train de le réanimer… je… j'ai dû sortir… je ne sais pas ce qui se passe…
La bouche de Blaise s'assécha d'un coup. Il passa la main sur son visage, sous le choc. Il regarda Narcissa. Elle, qui était toujours si stoïque en toutes circonstances, tremblait comme une feuille et pleurait à chaudes larmes.
Et pour la première fois depuis que Draco était tombé dans le coma, Blaise eut peur.
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-Ajoutez une potion de digitaline à sa perfusion et continuez le massage cardiaque ! commanda le Guérisseur Philips.
Aussitôt une infirmière s'exécuta. Ils patientèrent quelques instants mais la potion ne semblait pas faire d'effet. Philips émit un grognement mécontent et sortit sa baguette.
-Je vais tenter l'électrochoc.
Il murmura un sort qui fit crépiter le bout de la baguette.
-A trois, on dégage. Un, deux… trois !
L'infirmière qui pratiquait le massage cardiaque leva les mains au moment précis où Philips posait sa baguette à hauteur du cœur de Draco. Un courant électrique le traversa, faisant se soulever son torse.
Le guérisseur et les infirmières scrutèrent le tracé magique sur le moniteur, mais celui-ci restait désespérément plat.
-Je recommence ! Un, deux… trois !
Le corps de Draco se souleva sous l'impulsion mais son cœur ne repartit toujours pas.
-Je vais y mettre plus de puissance.
- Vous êtes sûr, Guérisseur ? interrogea une infirmière. Un trop fort courant électrique pourrait endommager son cœur.
- Je n'ai pas le choix, contra l'autre homme. C'est ça ou je prononce l'heure du décès.
Il prononça à nouveau le sort mais cette fois, le crépitement au bout de la baguette était beaucoup plus intense. Après le décompte, il toucha la poitrine de Draco pour la troisième fois. Son corps s'arcbouta violemment avant de retomber sur le matelas.
Avec angoisse, infirmières et guérisseur se tournèrent à nouveau vers le moniteur. Ils virent tous la même chose : une ligne bleue et plate.
Jusqu'à ce qu'un petit tressautement vienne la briser. Puis un second, un troisième et ainsi de suite. Et avec eux, le bip régulier d'un cœur qui bat.
-C'est bon, soupira le Guérisseur de soulagement.
Il s'apprêtait à contrôler les autres paramètres vitaux de Draco quand il remarqua que ses paupières bougeaient. Le guérisseur fit apparaître un point lumineux au bout de sa baguette et souleva délicatement la paupière droite. Alors qu'il approchait le point lumineux, la pupille se rétracta brusquement.
-Réflexe pupillaire ! Il reprend conscience !
Et en effet, l'instant d'après, Draco papillonnait des yeux jusqu'à parvenir à les ouvrir complètement.
-Où… où suis-je ? croassa-t-il d'une voix mal assurée.
- Vous êtes à l'Hôpital Sainte-Mangouste. Je suis le Guérisseur Philips. Vous pouvez me donner votre nom ?
- Je… Draco… Lucius… Malefoy.
- Bien. Votre date de naissance ?
- 5 juin… 1980.
- Parfait. Savez-vous en quelle année nous sommes ?
- 2015.
- Qui est le Ministre de la Magie ?
- John Dawlish.
- En quel mois sommes-nous ?
- Janvier ?
- Février, précisa le Guérisseur. Vous êtes resté dans le coma durant un peu plus d'un mois.
Draco écarquilla les yeux.
-Un mois ?
- Oui, Monsieur Malefoy. Vous aviez une sévère commotion cérébrale ainsi qu'un hématome sous-dural. Vous souvenez-vous de ce qui s'est passé ?
- Je… j'étais chez moi… j'ai été attaqué… et puis… c'est le trou noir.
- C'est parfaitement normal, confirma le guérisseur. Rassurez-vous, vous ne semblez avoir aucun problème de mémoire. Vous ne paraissez pas désorienté. C'est une très bonne chose. Je vais maintenant examiner vos réflexes physiologiques.
A l'aide de sa baguette, le guérisseur testa la sensibilité de chaque partie du corps de Draco, depuis ses orteils jusqu'à ses doigts. Il lui fit faire quelques mouvements des pieds et des jambes.
-Votre mobilité inférieure est excellente. Passons aux membres supérieurs.
Il fit apparaître une balle en caoutchouc qu'il tendit à Draco.
-Prenez-là de votre main gauche et serrez-là de toutes vos forces.
Draco s'exécuta sans difficulté.
-Parfait. Maintenant la droite.
Draco leva le bras mais à peine eut-il fait ce mouvement que sa main se mit à trembler violemment. Il tenta de la maîtriser mais cela ne fit qu'accentuer le phénomène.
-Putain ! Qu'est-ce que j'ai ? s'exclama-t-il.
- Il semblerait que l'hématome sous-dural ait endommagé la partie de votre cerveau qui commande la mobilité de votre main droite.
- Merde ! s'énerva Draco. C'est... merde !
- Calmez-vous, Monsieur Malefoy, tempéra le guérisseur. Ce n'est pas définitif. Moyennant de la rééducation, vous pourrez récupérer parfaitement l'usage de votre main droite.
- De la rééducation ? Il n'y a pas de potion ou de sort pour ce genre de problème ?
- Bien sûr que si, il y a un sort et une potion. Rassurez-vous, nous vous administrerons les deux mais vous serez tout de même obligé de faire des exercices de rééducation afin que la récupération soit totale.
Draco hocha la tête, passablement rassuré.
- Je ferai en sorte qu'un kinésiomage vienne vous voir dès demain, dit le guérisseur Philipps. Mais pour l'heure, il vous faut vous reposer. On va vous administrer une potion de sommeil.
- De sommeil ? Ne pensez-vous pas que j'ai assez dormi comme ça ?
- Le coma n'est pas un sommeil, Monsieur Malefoy. Vous devez vous reposer, d'autant que vous venez de faire ni plus ni moins qu'un arrêt cardiaque.
Draco pâlit légèrement ce qui fit sourire le guérisseur.
-Une infirmière viendra vous administrer la potion d'ici quinze minutes. En attendant, il y a quelqu'un dans le couloir qui attend impatiemment de vos nouvelles.
Il alla ouvrir la porte. Aussitôt, Narcissa Malefoy apparut dans l'encadrement, suivie de Blaise. Elle porta la main à son cœur quand elle vit son fils, parfaitement conscient, qui lui souriait gentiment.
-Draco ! s'exclama-t-elle en se précipitant vers lui.
Elle le serra contre elle avec force.
-J'ai eu si peur, murmura-t-elle. Par Merlin, j'ai eu si peur.
- Je vais bien Maman.
Narcissa se tourna vers le guérisseur pour obtenir confirmation de ce que Draco venait de dire.
-Il y a eu plus de peur que de mal, dit-il. Votre fils devra cependant rester avec nous encore plusieurs jours, le temps de faire de nouveaux examens, de lui administrer des potions revigorantes et…
- Et de faire de la rééducation, acheva Draco en levant sa main droite.
Sa mère et Blaise purent constater qu'elle était agitée de tremblements.
-Nous pourrons y remédier, assura immédiatement Philips, voyant l'inquiétude s'inscrire sur les traits de Narcissa. Si votre fils suit scrupuleusement son traitement, dans deux mois, il n'y paraîtra plus.
- Oh… tant mieux, murmura cette dernière.
- Bien, je vais vous laisser avec votre fils. Mais seulement quelques minutes car il a besoin de repos.
Narcissa hocha la tête et remercia vivement le guérisseur. Une fois qu'il fut parti, Blaise s'approcha de son ami.
-Espèce de sale bâtard, siffla-t-il. Ne me refais plus jamais une peur pareille !
- Je vais essayer.
- T'as intérêt à faire mieux qu'essayer !
Draco rigola avant de changer brusquement d'expression.
-Et Lestrange ? Qu'est-il arrivé après qu'il m'ait attaqué ? demanda-t-il, anxieux.
- C'est une longue histoire, dit Narcissa. Trop longue pour te la raconter aujourd'hui. Mais je le ferai demain, c'est promis. Sache seulement qu'il a été arrêté. A l'heure où on parle, il est enfermé à Azkaban dans l'attente de son procès.
- Quelqu'un d'autre a été blessé ?
Narcissa soupira tristement.
-Loki est mort.
- Oh.
Cette nouvelle affecta Draco bien plus qu'il ne s'y attendait. Le petit elfe était au service de sa famille depuis que Dobby avait été libéré par…
-Harry, dit alors Draco. Où est-il ? Il va bien ?
- Il va parfaitement bien, dit Blaise. Il a dû partir à Genève pour la sélection du prochain pays organisateur de la Coupe du Monde. On ne sait pas encore quand il sera de retour.
- Ah.
Bien qu'il tentait de ne pas le montrer, Draco était horriblement déçu que Harry ne soit pas là. Narcissa dut s'en rendre compte car elle dit d'un ton doux :
-Depuis le jour où tu as été admis, il a passé chacune de ses journées ici, sans exception. Il espérait tellement que tu te réveilles avant qu'il ne parte...
Draco sourit, bêtement heureux de savoir cela.
-Repose-toi, maintenant, dit sa mère. Tu as entendu le Guérisseur…
- Tu t'en vas ? demanda Draco d'une voix qu'il espérait détachée mais qui ne l'était pas.
- Bien sûr que non, dit Narcissa avec tendresse.
Elle remonta les couvertures sur lui et l'embrassa sur le front, exactement comme quand il était enfant. Car il avait beau être un homme, il resterait à jamais son petit garçon.
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5 février 2015 – Hôpital Sainte-Mangouste
Le cœur serré, Pansy poussa la porte de la chambre de Draco, s'attendant à le trouver inconscient comme ça avait été le cas lors de ses deux précédentes visites. Quelle ne fut donc pas sa surprise de le trouver assis dans son lit, en train de lire un livre.
-Bonjour Pansy, dit Draco en souriant.
Abasourdie, elle s'arrêta sur le pas de la porte.
-Par Merlin… c'est…
Sans pouvoir plus rien ajouter, elle se précipita sur son ami et le serra à l'étouffer. Draco lui rendit son étreinte de son bras valide.
-Tout va bien, murmura-t-il, comprenant qu'elle était en train de pleurer.
- J'ai eu si peur, dit Pansy, le visage enfoui dans son cou. Tu n'as pas idée…
- Je sais… mais tout va bien répéta-t-il.
Pansy prit quelques profondes inspirations avant de se reculer et de saisir le visage de Draco à deux mains. Elle le regarda comme si elle craignait que tout ceci ne soit qu'un rêve.
-Tu m'as tellement manqué, dit-elle.
- Toi aussi.
D'un geste de la main, elle essuya les larmes sur ses joues.
-Quand es-tu sorti du coma ?
- Hier.
- Ce troll de Blaise va m'entendre ! Je lui ai laissé un message hier pour lui confirmer mon arrivée ce midi et il ne m'a pas rappelée ! Il a préféré me laisser me ronger les sangs, ce bâtard !
- C'est à moi que tu dois en vouloir, dit Draco. C'est moi qui lui ai demandé de ne rien te dire. Je voulais te faire la surprise.
Pansy sourit plus largement et s'assit au bord du lit.
-Pour te faire pardonner, tu dois tout me raconter. Que disent les guérisseurs ?
Draco lui expliqua tout. Du peu dont il se souvenait de son agression jusqu'au diagnostic des guérisseurs à propos de sa main. Il parla de la rééducation qu'il venait de commencer au matin et du fait qu'il devrait rester encore à l'hôpital au moins cinq jours.
-Que feras-tu après ? demanda Pansy.
- Je devrai normalement poursuivre la rééducation encore deux mois. Mais ça ne m'empêchera pas de recommencer à travailler. J'en parlerai à Théo dès que possible.
- Hm… il faudra que tu prévoies un peu de temps pour venir à New-York. Pas tout de suite… Disons… dans le courant du mois de septembre…
- Pourquoi ? demanda Draco en haussant un sourcil.
- Parce que je vais me marier, dit Pansy, les joues rosies par l'émotion. Jérémy a fait sa demande il y a quinze jours et j'ai dit oui. Mais je ne voulais pas fixer de date avant de savoir que tu serais rétabli…
- Oh… il ne fallait pas retarder tes projets pour moi…
- Bien sûr que si ! Comment pourrais-je me marier sans mon meilleur ami à mes côtés ? Et surtout sans mon témoin, ajouta Pansy à voix basse.
- Moi ? Ton témoin ?
- Enfin… si tu veux bien…
Draco rigola nerveusement.
-Pansy… tu connais mon opinion sur le mariage…
- Je ne te demande pas d'approuver l'institution du mariage… je te demande seulement d'approuver mon bonheur avec Jérémy.
- Je suis désolé, dit-il tristement. Je voudrais pouvoir le faire… mais je ne sais pas si je suis prêt à retourner à New-York… C'est… c'est trop tôt… c'est trop dur…
Pansy hocha la tête avec compréhension.
-Je sais… mais d'ici là, tu verras peut-être les choses autrement. Promets-moi seulement d'y penser.
- C'est promis.
- Bien, sourit Pansy. Je vais te laisser te reposer. Il faut que j'aille au Magenmagot.
- Tu restes longtemps à Londres ?
- Seulement trois jours. Je repasserai te voir demain.
Elle se pencha et embrassa son ami sur la joue avant de s'en aller.
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Ministère de la Magie, Magenmagot
-Je ne vous cache pas, Miss Parkinson, que je suis assez contrarié par cette affaire, dit le vieil homme derrière son bureau.
Ses doigts épais et fripés trituraient nerveusement un parchemin.
-Vous ne le serez jamais autant que ma cliente, Monsieur Hawkins.
Le président du Magenmagot serra les lèvres de mécontentement et remonta ses binocles sur son nez.
-Vous vous rendez compte de ce que vous me demandez ? Le juge Marshall est l'un de nos collègues les plus respectés et les plus honorables. Il ne va…
- Ce n'est pas moi qui vous demande quoi que ce soit, Monsieur Hawkins. C'est le Conseil Supérieur de la Justice Magique. Quant au juge Marshall, permettez-moi de douter quelque peu de son honorabilité.
- C'est vraiment fâcheux, se lamenta Hawkins.
Pansy soupira avec agacement.
-Ce qui est fâcheux, c'est qu'un juge fasse preuve d'une telle partialité ! Vous avez lu comme moi les conclusions du Conseil !
- Oui… bon… c'est peut-être arrivé quelques fois mais…
- Quelques fois ? coupa Pansy. Le Conseil a analysé toutes ses décisions sur une période de dix ans ! Et à chaque fois, lorsque l'un des deux parents est de sang-pur, c'est systématiquement lui qui obtient la garde de l'enfant ! Ma cliente se bat depuis six ans pour obtenir la garde de sa fille et depuis six ans elle est victime de décisions iniques !
Ce fut au tour du président de paraître exaspéré.
-Je persiste à penser qu'il y avait d'autres moyens pour résoudre cette malheureuse affaire que de déposer plainte au Conseil ! Vous avez une idée des répercussions que cela aura sur le Magenmagot ?
- Et vous ? Vous avez une idée de l'impact que cette nouvelle aura sur la population sorcière quand elle sera au courant ?
Hawkins se crispa considérablement.
-J'aurais espéré que nous puissions régler tout cela discrètement, grinça-t-il.
- Et pourquoi donc ? Pourquoi devrais-je empêcher des parents injustement sanctionnés d'obtenir la révision de jugements rendus par un juge incompétent ?
- Votre attitude est déplacée, Miss Parkinson. Je ne vous permets pas d'insulter le juge Marshall !
Pansy eut un sourire diabolique.
-En fait, dit-elle l'air de rien, je connais bien le juge Marshall. Lui et le juge Sullivan étaient souvent invités par mon père…. Avec de nombreux autres sorciers, ils discutaient beaucoup de… politique, de la manière d'améliorer le monde sorcier… si vous voyez ce que je veux dire…
Le président pâlit considérablement.
-Et quand on y pense, poursuivit Pansy avec bonne humeur, le juge Sullivan est celui qui est en charge du dossier Potter contre Weasley… dossier dans lequel les demandes de Monsieur Potter ont systématiquement été éconduites. Je me demande ce que penserait l'opinion publique, si elle apprenait que Harry Potter, Celui-qui-a-vaincu, s'est vu refuser la garde alternée de ses enfants par la décision d'un sympathisant de Voldemort… Qu'en pensez-vous ?
Le vieil homme était sur le point de faire une apoplexie.
-Le dossier Granger contre Weasley sera dorénavant traité par le juge Merryweather, dit-il abruptement. Une convocation sera adressée prochainement à votre cliente.
Il se leva, signifiant que l'entretien était terminé.
-Merci Monsieur le Président, dit courtoisement Pansy. Je vous souhaite une bonne journée.
Hawkins lui lança un regard noir et d'un geste rageur, il rassembla ses parchemins. Alors que Pansy allait sortir de son bureau, il lui lança :
-Il serait préférable que vous vous contentiez à l'avenir d'exercer vos talents aux Etats-Unis, Miss Parkinson. La justice sorcière britannique s'accommode assez mal de vos méthodes triviales.
- Vous croyez ? demanda Pansy innocemment. J'ai l'impression au contraire qu'elles lui font le plus grand bien !
Elle adressa au Hawkins un sourire ironique avant de disparaître pour de bon.
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9 février 2015 – Hôpital Sainte-Mangouste
Assis dans son lit, une table pivotante placée devant lui, Draco s'appliquait à prendre une petite bille dans un pot et à la placer sur un plateau composé de dizaines de petites cases. L'exercice pouvait paraître simple mais il ne l'était pas pour lui. S'il avait pu récupérer une certaine tonicité dans ses doigts grâce à la potion et aux exercices d'assouplissement et de renforcement qu'il faisait à l'aide d'une balle en caoutchouc, il ne parvenait pas encore à maîtriser les mouvements qui nécessitait de la précision.
Le kinésiomage ne cessait pourtant de lui répéter qu'il avait fait d'énormes progrès en cinq jours à peine, et qu'il devait être patient. Mais la patience n'était pas une vertu que Draco Malefoy cultivait. Par contre, sa ténacité et sa détermination étaient sans faille.
Un tremblement plus violent que les autres secoua sa main pendant quelques instants. Agacé, il reposa son bras sur la table en soupirant lourdement. Il ferma les yeux et bascula la tête en arrière, contre l'oreiller. Il pensa à Harry. A ce qu'il avait dû vivre après son accident et il se dit que lui-même n'était pas le plus à plaindre. Ç'aurait pu être pire.
Harry.
Alors comme ça il était venu lui rendre visite tous les jours ? Le savoir rendait Draco assez heureux, mais également très perplexe. Certes, ils étaient restés amis après leur rupture, mais tout de même… Blaise avait-il passé ses journées auprès de lui ? Ou bien Théo ?
Et qu'en était-il de Dubois ? Harry ne semblait plus très désireux de le voir juste après ce qui s'était passé avec ses enfants. Est-ce qu'ils s'étaient réconciliés ? Ou bien avaient-ils rompus ? Cela pouvait-il expliquer la présence constante de Harry à l'hôpital ?
Plus Draco réfléchissait, plus les conclusions qu'il en tirait lui déplaisaient. Connaissant Harry et son satané complexe du héros, il devait s'en vouloir de ne pas avoir pu empêcher l'agression.
Il soupira à nouveau et décida d'arrêter d'y penser. A la place, il se remit à son exercice de rééducation.
Il en était à la moitié du plateau quand il entendit des coups frappés à la porte. Il n'attendait pourtant pas de visite. Sa mère et Blaise venaient de partir, Théo était venu la veille avec Pansy, juste avant qu'elle ne reprenne son portoloin. Il avait même reçu la visite de son fils, accompagné d'Albus et James Potter.
Potter. C'était peut-être Harry… Quoi qu'il en doutait. Si le Conclave était terminé, la presse en aurait certainement parlé. Mais peut-être était-il parvenu à partir plus tôt que prévu ? Cette perspective le fit bêtement sourire.
-Oui ! finit-il par dire d'un ton neutre.
La porte s'ouvrit mais la personne qui apparut sur son seuil n'était certainement pas Harry.
-Bonjour Malefoy.
- Dubois.
- J'ai appris que tu étais sorti du coma…
- Comme tu peux le voir.
Les deux hommes restèrent quelques instants à se fixer en silence, jusqu'à ce que Draco ne dise :
-Y a-t-il une raison précise à ta présence ici ?
- Je suis simplement venu prendre de tes nouvelles.
- Ça m'étonnerait. Pourquoi es-tu là ?
- Et toi, pourquoi es-tu aussi vindicatif ?
Draco ferma les yeux un instant pour garder son calme.
-Pourquoi es-tu là ? répéta-t-il ?
Olivier soupira.
-Tu dois être content… tu as gagné.
- De quoi tu parles ?
- Ne fais pas l'idiot, Malefoy. Tu sais très bien de quoi je parle.
- Cette… conversation a-t-elle un but… autre que celui de me faire mourir d'ennui ?
- Je parle de Harry ! Harry qui veut se remettre avec toi !
Draco tenta de masquer du mieux qu'il put le trouble que cette nouvelle lui occasionna.
-Tu délires, Dubois, dit-il à voix basse.
- Je voudrais bien, mais ce n'est pas le cas.
Le ton sérieux d'Olivier dissuada Draco de penser qu'il plaisantait.
-Harry et moi, nous avons rompu parce qu'il voulait quelque chose que je ne pouvais pas lui donner. Je doute que les choses aient changé…
Olivier eut un petit rire méprisant.
-Tu me prends vraiment pour un con… Tu sais très bien que Harry culpabilise à crever de ce qui s'est passé ! Et toi tu en profites… c'est lamentable.
- De quel droit tu viens ici me faire ta petite leçon de morale ?
- Du droit que je l'aime ! Bien plus que tu ne pourras jamais l'aimer ! s'emporta Olivier.
Draco leva les yeux au ciel en soufflant.
-Tu es pathétique Dubois…
- Et toi, tu n'es qu'un égoïste. Toute cette histoire avec ce mangemort, ton coma… tout ça l'a ramené aux heures les plus sombres de la guerre, au souvenir de tous les proches qu'il a perdu ! Mais ça fait tes affaires, n'est-ce-pas ? Sans parler du fait que tu es diminué à présent… Oh Merlin, je te savais sans scrupule, mais à ce point-là…
Un froid intense parcourut le corps de Draco de haut en bas.
-Je ne vois pas de quoi tu parles ! se rebiffa-t-il.
- Ça va, Malefoy… J'ai rendu visite à suffisamment de coéquipiers blessés pour reconnaître un plateau de rééducation quand j'en vois un !
Comme pour confirmer le propos, le corps de Draco le trahit. Sa main trembla et percuta brutalement le pot de billes qui se renversa. Les petites sphères se répandirent au sol en cliquetant joyeusement.
Olivier sortit sa baguette. En un instant, il récupéra toutes les billes éparpillées. D'un geste lent, il reposa le pot sur la table pivotante. Draco ne le remercia pas, trop en colère et frustré, non seulement par ce qui venait de se passer mais surtout par ce qu'il venait d'entendre.
-Qu'est-ce que tu veux de moi ? demanda-t-il, les dents serrées. Que je dise à Harry que je ne veux plus de lui ?
- Oui.
Draco releva les yeux sur Olivier, surpris par son aplomb.
-Et pourquoi je ferais une chose pareille ?
- Parce que tu ne n'accepteras jamais d'être aimé par pitié. Or, c'est tout ce que Harry a à t'offrir. De la pitié.
Un coup de poignard aurait été moins douloureux. Draco détestait Dubois pour avoir raison. Il n'avait besoin de la pitié de personne, et encore moins de celle de Potter.
-Tu ne sais rien de moi, se défendit-il néanmoins.
Olivier le regarda d'un air désabusé.
-Détrompe-toi. Je sais que tu tiens à Harry. A ta manière. Alors si c'est le cas, laisse-le… libère-le de toi et de cette relation toxique qui est la vôtre depuis trop longtemps.
- C'est à Harry de décider ce qui est toxique pour lui ou non, tu ne crois pas ?
- Harry ne sait pas toujours ce qu'il veut. Parfois, il faut l'aider un peu.
- Tu ne manques pas d'air, toi, s'offusqua Draco. Aux dernières nouvelles, tu ne sembles pas avoir été capable de le garder très longtemps…
Olivier accusa le coup sans broncher. Il l'avait senti venir.
-J'ai commis une erreur, c'est vrai. Et je me suis excusé. Je ne suis peut-être pas parfait mais je l'aime. Sincèrement. Et je suis en mesure de lui donner ce qu'il attend. Contrairement à toi.
Le silence de la pièce était pesant, la tension entre les deux hommes, presque palpable.
-Ne lui donne pas l'espoir de pouvoir vivre quelque chose de durable avec toi alors que tu sais bien que tu n'en es pas capable, continua Olivier. Ça va durer, quoi ? Trois mois, six mois ? Un an peut-être ? Et ensuite ?
Draco ne répondit pas. Il détourna les yeux pour qu'Olivier ne les voie pas se remplir de larmes.
-Harry mérite mieux que ça, poursuivit l'autre, impitoyable.
- Va-t-en, murmura Draco d'une voix polaire.
Olivier comprit qu'il était inutile d'insister davantage. Il avait obtenu ce qu'il voulait. En dissimulant un rictus, il quitta la chambre sans rien ajouter.
Quand la porte fut refermée, Draco resta prostré encore un long moment, laissant les paroles d'Olivier tourner et retourner dans sa tête. Puis son bras valide se tendit et dans un grand cri de rage, il balaya la table d'un seul mouvement, envoyant tout ce qui la recouvrait se fracasser contre le mur.
A suivre...
