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Comme l'avait prédit Nimroël, Bergil et elle se rendirent sans problème dans les appartements de la jeune fille. Celle-ci referma la porte mais elle n'osa pas utiliser de sortilège pour la verrouiller, de peur que l'un des Alatarim ne sente sa présence. Bergil monta donc la garde pendant qu'elle courrait jusqu'à sa chambre pour se changer et pour prendre ses armes. Elle en franchit rapidement le seuil, puis elle se figea et retint un cri.
- Arwen! Que faites-vous ici? demanda-t-elle dans un souffle.
- Je suis venue te dire au revoir, répondit l'elfe.
- Je… Comment saviez-vous que j'allais venir?
- Je commence à te connaître, dit Arwen en riant doucement.
- Je n'ai pas beaucoup de temps. Bergil m'attends.
- Je sais. J'ai déjà préparé tes bagages.
- Oh! Merci… C'est très gentil…
La jeune fille se changea alors très rapidement puis l'elfe l'aida à tresser ses boucles rebelles. Nimroël attacha ensuite son arc, son carquois et ses poignards sur son dos. Elle prit alors le sac qu'avait préparé Arwen et elle s'approcha de l'elfe.
- Au revoir, dit-elle. Je reviendrai aussitôt que je le pourrai.
- Gil! S'il te plaît… attends! Je…
- Oui? Qu'y a-t-il?
- Je suis vraiment désolée… J'aurais dû penser à te payer…
- Non! Je… Je ne veux pas être payée, Arwen. Je ne… Jamais je ne l'ai voulu. Je… Je reste près de vous parce que je… Je vous considère comme une amie. Et je… J'ose espérer… croire que vous ressentez la même chose… pour moi.
- Non, murmura l'elfe d'un ton rêveur.
Nimroël sentit soudain son cœur se serrer si douloureusement qu'elle en eut le souffle coupé. Durant un instant, elle se demanda comment elle arriverait à ne pas se mettre à pleurer.
- Je ressens plus que de l'amitié pour toi, Gil. Je te connais depuis si peu de temps, et pourtant, je me sens très près de toi.
Cette fois, la jeune fille était aux anges. Elle avait toujours envie de pleurer, mais c'était maintenant de joie.
- Tu sais, le surnom que te donnent mes frères… Je devrais l'utiliser moi aussi. Tu es réellement comme une petite sœur pour moi.
- Je… Arwen, c'est… C'est seulement une plaisanterie entre Elladan, Elrohir et moi.
- Mes frères plaisantent bien souvent, mais ils éprouvent une réelle affection pour toi. Et moi aussi.
- Je… J'en suis très flattée!
- Tu as un don, Gil. Un don très précieux. Tu sais charmer les gens et les…
- Non!
Arwen s'interrompit et regarda Nimroël d'un air étonné. Celle-ci semblait tout à coup très perturbée par les paroles de l'elfe.
- Je ne… Je n'essaie pas d'influencer les gens pour qu'ils…
- Ce n'est pas du tout ce que j'étais en train de dire. Je sais que tu n'utilises pas tes pouvoirs pour gagner notre cœur.
Avant que la jeune fille ne puisse répondre, elle entendit Bergil l'appeler depuis le salon. Le rôdeur commençait à s'impatienter.
- Tu dois partir, maintenant, lui dit alors Arwen.
Nimroël aurait bien aimé continuer cette conversation, mais le temps pressait.
- Je… À bientôt! dit-elle.
- À très bientôt, répondit l'elfe.
Bergil et la jeune fille réussirent à descendre jusqu'au rez-de-chaussée de la citadelle sans être vus et ils se glissèrent dans un petit salon, tout près des lourdes portes métalliques de l'entrée. Nimroël se demandait bien comment ils réussiraient à franchir celles-ci alors que deux hommes de la Garde Royale montaient la garde juste devant.
- Je pourrais nous rendre invisible, murmura la jeune Maïa à l'oreille du rôdeur, mais il faudrait tout de même ouvrir les portes. Et puis, je n'ai pas envie d'utiliser mes pouvoirs… Pas encore.
- Ça ne sera pas nécessaire, si vous êtes d'accord pour vous prêter à une petite plaisanterie!
- Dites toujours, répondit Nimroël d'un air intrigué.
- Eh bien, je… Sans vouloir vous offenser, je crois que vous pourriez aisément passer pour un jeune garçon.
- Il n'y a pas d'offense, répondit la jeune fille avec un léger sourire. Mais certains des gardes me voient tous les jours et ils risquent de me reconnaître.
- Pas si on vous barbouille un peu. Le seul problème, ce sont vos cheveux. Ils sont très longs, même tressés, ce qui est un peu inhabituel pour un garçon.
- Je… Vous voudriez que je les coupe? Je ne suis pas certaine que…
- Non, non. Inutile d'aller jusque-là! Mais il faudrait les dissimuler un peu.
Bergil lui expliqua ensuite en détails ce qu'il comptait faire. Nimroël écoutait attentivement ses instructions en souriant. Puis, quand le rôdeur fut certain que la jeune fille avait bien compris ce qu'il attendait d'elle, il prit un peu de cendre dans la cheminée du salon et il en répandit sur les vêtements de cette dernière. Nimroël barbouilla son visage et ses cheveux de la même façon, puis elle mit le chapeau de paille qu'avait apporté Bergil. Celui-ci la regarda alors attentivement avant de se mettre à rire.
- Vous êtes vraiment dans un état épouvantable, dit-il.
- C'était ce que vous vouliez, non?
- Exactement. C'est parfait!
Bergil vérifia ensuite que la voie était libre puis il fit signe à la jeune fille. Celle-ci se glissa vivement par l'ouverture. Tâchant de ne pas se faire voir, elle se rendit jusqu'aux cuisines. Elle pénétra vivement dans la pièce surchauffée et se glissa sans bruit jusqu'à un panier de petits gâteaux posé sur un comptoir. Elle en mit quelques-uns dans ses poches et mordit à pleines dents dans un autre. Elle fit ensuite tomber le panier et les gâteaux se répandirent partout sur le sol. L'un des cuistots se retourna aussitôt vers elle et il écarquilla les yeux, étonné.
- Sale petit garnement! hurla-t-il. Sors d'ici!
Nimroël se sauva en courant, le cuisinier sur ses talons. Elle parcourut les corridors aussi rapidement que possible, sans toutefois semer celui qui la poursuivait. En arrivant devant les hautes portes métalliques de la citadelle elle eut une légère hésitation, mais il était trop tard pour reculer. Et puis, elle savait que Bergil était là, quelque part, pour le cas où ça tournerait mal.
- Attrapez ce garnement! cria le cuisinier aux deux hommes qui montaient la garde devant les portes.
Ces derniers n'eurent aucun mal à mettre la main sur Nimroël qui se jeta littéralement sur eux.
- Mettez-moi ce sale petit rat dehors, dit alors le cuistot. Hors du septième cercle!
En riant, les deux gardes prirent la jeune fille par les bras et la transportèrent dehors, puis à travers la grande place que surplombait la citadelle. Nimroël gardait la tête baissée pour éviter qu'ils ne puissent voir son visage. Ils arrivèrent rapidement devant les portes du sixième cercle et les gardes poussèrent alors la jeune fille hors du septième cercle. Celle-ci fit quelques pas rapides puis elle se laissa tomber au sol. Les deux gardes de la citadelle et ceux de la sixième porte se mirent à rirent bruyamment. La tête basse, la jeune fille se releva lentement, puis elle s'éloigna au trot. Elle se retenait pour ne pas éclater de rire elle aussi.
Dès qu'elle fut hors de vue, Nimroël se dirigea vers le petit bois de mallornes où elle avait donné rendez-vous à Bergil. Elle y arriva la première et, pour éviter d'être vue, elle monta dans l'un des arbres pour attendre le rôdeur. Une fois en haut, elle regarda autour d'elle d'un air ravi. Elle adorait grimper aux arbres et les mallornes lui rappelaient la Lothlórien.
Bergil arriva quelques minutes plus tard et la jeune fille redescendit rapidement du mallorne et retomba souplement sur le sol, juste devant le rôdeur qui se mit à rire.
- Eh bien, petit garnement, tout a bien marché. Les gardes ne vous ont pas trop secouée, j'espère.
- Non, non. Tout va bien. Je suis contente de m'en être si bien sortie. Ces idiots vont sûrement se faire passer un savon quand on découvrira que je me suis enfuie et qu'ils m'y ont aidée.
- C'est certainement la première et la dernière fois qu'ils se laissent prendre ainsi.
Nimroël prit alors le sac qu'avait apporté Bergil et se mit à fouiller dedans.
- Pourriez-vous m'apporter un peu d'eau, pour que je puisse me laver? demanda-t-elle à son compagnon.
- Il vaut peut-être mieux rester ainsi encore un moment, répliqua l'homme. Votre déguisement est parfait. Vous pourrez déambuler dans la cité sans que l'on vous remarque.
La jeune fille fronça les sourcils, puis elle sourit et hocha la tête. Elle voulait bien continuer à se balader dans les rues de Minas Tirith en se faisant passer pour un garçon. Elle trouvait cela tout à fait amusant. Elle se demanda un instant ce qu'en penserait le Seigneur Elrond, lui qui avait mis autant d'énergie afin de faire d'elle une jeune fille respectable, et elle se mit à rire doucement. Elle pouvait aisément imaginer l'elfe levant les yeux au ciel d'un air accablé.
- Vous continuerez seule, continua Bergil, mais je vous suivrai de près. Si jamais vous avez des ennuis ou si l'on vous reconnaît, prenez la fuite, je vous couvrirai.
- D'accord. Jusqu'où dois-je aller?
- Descendez jusqu'au premier cercle. Près de la dernière porte, vous trouverez une auberge… L'auberge du Chien Noir. Attendez-moi devant la porte. N'y entrez pas seule. C'est un endroit peu recommandable, pour une jeune fille… comme pour un garçon!
- Décidément, cher ami, vous voulez ruiner ma réputation!
Bergil eut un sourire narquois. Nimroël lui rendit alors son sac de voyage et elle s'apprêta à se remettre en route, mais le rôdeur la retint.
- Gardez ceci sous la main, dit-il en lui tendant l'un de ses longs poignards. Il vaut mieux que vous soyez prête à tout, on ne sait jamais.
La jeune fille prit son arme et la dissimula à sa ceinture. Puis elle salua brièvement Bergil avant de se mettre en marche, en tâchant de ressembler le plus possible à un gamin flânant dans les rues. Le soleil brillait d'un éclat vif, mais les plus chaudes journées de l'été étaient terminées et la température était fort agréable pour une promenade.
Nimroël n'eut aucun problème à franchir les cinq autres cercles de la cité. Quand elle arriva enfin sur le premier cercle, le soleil descendait lentement derrière la haute montagne qui surplombait la ville. Elle trouva aisément l'auberge du Chien Noir et elle se posta près de l'une des colonnes qui soutenaient l'avant-toit abritant l'entrée de l'édifice. Elle resta ainsi sans bouger durant de longues minutes, s'efforçant de ne pas attirer l'attention. Mais les hommes qui passaient près d'elle lui jetaient des regards suspicieux et, au bout d'un moment, l'un des hommes qui travaillent à l'auberge en sortit et se dirigea vers elle d'un air menaçant.
- Eh toi, petit vaurien. Va t'en de là!
Ne voulant pas s'attirer d'ennuis, la jeune fille s'éloigna lentement de l'auberge. Elle commençait à être inquiète et à se demander ce qui pouvait retarder ainsi Bergil. L'homme lui avait pourtant assuré qu'elle ne s'éloignerait pas d'elle. Toute la journée, elle s'était surtout concentrer sur ceux qui se trouvaient devant elle pour s'assurer de ne croiser personne qui puisse la reconnaître et elle ne s'était pas préoccupée du rôdeur. Mais à présent, elle se demandait si elle n'avait pas commis là une erreur. Elle avait perdu son guide et elle ne savait pas ce qu'elle devait faire.
Nimroël se glissa entre deux maisons très rapprochées l'une de l'autre et elle s'accroupit dans l'ombre. Puis, une fois en sûreté, elle tendit son esprit au maximum, à la recherche de Bergil. Elle ne mit que quelques minutes pour le détecter et elle soupira de soulagement. Le rôdeur n'était plus très loin et il allait arriver d'ici quelques minutes. La jeune fille ressortit prudemment de son abri, puis elle remonta lentement la route pour aller à la rencontre de son guide. Lorsqu'elle le vit, elle lui sourit et lui fit un léger signe de la main, mais ce dernier n'y répondit pas et il la croisa sans même la regarder. Nimroël fronça les sourcils, mais elle continua son chemin sans s'arrêter. Puis elle revint sur ses pas et suivit le rôdeur qui marchait à peu de distance devant elle.
Bergil s'engagea ensuite dans une rue étroite, près de l'auberge du Chien noir et la jeune fille s'y glissa elle aussi. Au bout de quelques pas, elle se retrouva enfin près du rôdeur qui l'accueillit avec un grand sourire.
- Alors, que pensez-vous de votre nouvelle identité? demanda Bergil.
- J'ai bien aimé cette balade en ville, mais j'ai surtout hâte de prendre un bain chaud. Je me sens crasseuse.
- Vous êtes très sale, en effet, gente Dame. Malheureusement, ce n'est pas encore le temps de vous laver.
- Que doit-on faire, à présent? demanda la jeune fille, en soupirant.
- Vous allez voler un cheval.
- Quoi? J'ai été accusée d'un vol que je n'ai pas commis, et maintenant, vous voudriez que je vole un cheval?
- Rassurez-vous, ce cheval m'appartient.
- Je… Je ne vous suis pas très bien.
- C'est pourtant simple, vous allez prendre mon cheval et vous envoler avec. Et moi, de mon côté, je me plaindrai de la disparition de ma monture.
- Je croyais que… que vous alliez venir avec moi.
- Ma tâche est terminée. Mais ne vous en faites pas, vous aurez la meilleure escorte qui soit sur la Terre du Milieu. Croyez-moi!
- Mais qui?.. Et où?.. Vous êtes certain que je peux leur faire confiance?
- Je préfère vous garder la surprise quant à leur identité. Mais dès que vous les verrez, je peux vous assurer que vous n'aurez aucun mal à leur faire confiance. Et aussitôt que vous serez sortie de Minas Tirith, vos protecteurs vous suivront à la trace et ils vous conduiront en sûreté.
- Pourquoi tenez-vous tant à ce qu'on croit que je suis partie seule? Et pourquoi les hommes de mon escorte ne viennent-il pas me chercher ici?
- Si les Alatarim découvraient que vous avez obtenu de l'aide, ils soupçonneraient immédiatement que cette aide vient d'Aragorn. Alors il vaut mieux que vous sortiez de la cité par vos propres moyens. Ce qui ne veut pas dire que vous soyez seule.
Bergil lui décrivit ensuite son cheval, pour être certain que fille ne se tromperait pas d'animal. Puis il lui dit de se diriger vers le nord dès qu'elle serait sortie des murs de Minas Tirith. Nimroël hocha la tête pour indiquer qu'elle avait bien comprit. Le rôdeur la conduisit ensuite jusqu'à la cour arrière de l'auberge du Chien Noir. L'écurie se trouvait à quelques pas à peine de l'endroit où débouchait l'étroit chemin qu'ils avaient suivi. Il ne lui serait donc pas difficile de s'introduire dans le bâtiment.
- Les portes de la cité vont bientôt fermer. Vous devez vous dépêcher.
- Très bien. À bientôt, Bergil, répondit la jeune fille.
Puis, très rapidement, Nimroël traversa la petite cour en direction de l'écurie. Elle entrouvrit ensuite la porte et elle entra dans le bâtiment très sombre. Elle plissa alors le nez d'un air dégoûté. Elle avait toujours aimé l'odeur chaude du foin et des chevaux, mais il était évident que cette écurie était mal entretenue. Elle se demandait même comment quelqu'un pouvait accepter d'y laisser son cheval. Mais à voir l'état des bêtes qui se trouvaient là, elle comprit que leurs propriétaires ne se souciaient pas vraiment d'elles. Nimroël secoua tristement la tête. Elle aurait aimé dire deux mots à ces hommes qui négligeaient ainsi leurs montures, mais elle n'en avait pas le temps.
La jeune fille passa rapidement d'une stalle à l'autre pour trouver Zéphyr, le cheval de Bergil. Lorsqu'elle arriva enfin devant le box où se trouvait Zéphyr, elle eut un petit rire de dérision. Comparé aux autres chevaux qui séjournaient dans cette écurie, le cheval de Bergil rayonnait de santé et Nimroël n'aurait eu aucun mal à le reconnaître, même si le rôdeur ne lui avait pas décrit sa monture.
L'animal était déjà sellé et des bagages avaient été chargés sur son dos. Nimroël reconnut la petite tente que lui avait donnée Arwen et le matériel de couchage qu'elle utilisait d'habitude lorsqu'elle partait chasser avec Legolas. Cela la fit sourire. Décidément, Aragorn avait pensé à tout.
Tâchant de ne pas faire de bruit, la jeune fille ouvrit la porte de la stalle où se trouvait Zéphyr, mais celle-ci grinça tout de même très bruyamment. Le cheval de Bergil hennit doucement en signe de bienvenu et la jeune fille le caressa quelques secondes avant de le mener par la bride jusqu'à la porte principale. Elle ajouta ses effets personnels aux autres bagages que portait l'animal, puis elle se mit en selle en prenant garde de ne pas se cogner la tête sur les poutres basses du plafond. Ensuite, pour la seconde fois de la journée, elle utilisa ses pouvoirs pour ouvrir la porte de l'écurie. Elle se pencha ensuite sur l'encolure de Zéphyr qui sortit vivement du bâtiment et s'élança vers la route. Mettant alors son cheval au galop, Nimroël descendit la route à toute vitesse, en direction des portes de la cité. Elle entendit des cris derrière elle, mais elle n'y prêta pas la moindre attention et continua sans se retourner.
Quand elle arriva en vue des hautes portes du dernier cercle de la cité, la jeune fille fit ralentir Zéphyr et regarda autour d'elle, un peu inquiète à l'idée que l'on tente de la retenir. Mais personne ne semblait se soucier d'elle et nul ne fit de geste dans sa direction. Elle passa devant les gardes, qui ne la regardèrent même pas, et elle se retrouva devant les champs du Pelennor. Le vent du sud faisait onduler les hautes graminées et apportait l'odeur merveilleuse de la mer. Nimroël mit debout sur ses étrier, empli ses poumons d'air salin. Elle était heureuse d'avoir réussi à sortir de la cité. Elle jeta un dernier regard à la haute tour blanche qui dominait toute la vallée, puis elle se mit en route, empruntant la route vers le nord.
Furieux, Thorondal marchait de long en large devant le trône d'Aragorn, qui lui, était d'un calme inébranlable. L'Alatarim venait d'apprendre la disparition de Nimroël, ce qui l'avait mis hors de lui. Bien entendu, c'était ce à quoi il s'était attendu de part de la jeune fille. Ce que Duilin et lui avaient prévu. Mais les deux hommes avaient espéré être prévenus les premiers par l'un des quelques espions qu'ils avaient réussi à infiltrer dans la citadelle et cela ne s'était pas produit. De plus, personne ne savait comment la jeune Maia s'était enfuie et c'était ce qui l'inquiétait par-dessus tout. Ils avaient clairement sous-estimé leur adversaire.
- Vous l'avez laissée s'échapper, dit tout à coup Thorondal, accusant Aragorn.
Le Roi resta impassible, mais ses yeux brillèrent si intensément que l'Alatarim fut incapable de soutenir son regard.
- Deux de mes hommes ont été assommés et enfermés, dit-il doucement.
- Mais ce sont également vos hommes qui l'ont laissée sortir. En fait, ils l'ont aidée à se rendre jusqu'au sixième cercle.
- Croyez bien qu'ils seront sanctionnés pour leur négligence.
- Et que comptez-vous faire pour rattraper la fugitive?
- J'ai déjà envoyé plusieurs de mes hommes à ses trousses.
- Vous devriez aussi envoyer des messagers vers les villes voisines pour les prévenir afin qu'ils arrêtent la jeune fille si jamais elle voulait s'y réfugier.
- C'est à moi de prendre ce genre de décision, dit le Roi d'un ton très autoritaire.
- Veuillez me pardonner, Seigneur Elessar, répondit Thorondal en s'inclinant profondément.
- Nous pensons que Gilraen n'est pas encore sortie de la cité ajouta Aragorn. Les portes sont fermées depuis plusieurs heures déjà et tous les gardes ont été alertés. Dès qu'elle osera s'aventurer dans les rues, elle sera appréhendée.
Juste comme il terminait sa phrase, un garde entra, suivit de près par Duilin.
- Seigneur Elessar, la Dame Gilraen a été aperçue sortant de la ville, dit le garde après avoir salué le Roi. Elle a volé un cheval et elle s'est enfuie.
Thorondal jura et il parut sur le point de dire quelque chose, mais le regard que lui jeta Aragorn l'en dissuada. Puis, pendant que le garde donnait quelques précisions au Roi concernant la fuite de Nimroël, Thorondal se recula lentement jusqu'à se retrouver à la hauteur de Duilin. Les deux Alatarim échangèrent quelques paroles à voix basse. Puis Duilin ressortit rapidement de la salle du trône et Thorondal revint vers Aragorn au moment où le garde repartait lui aussi.
- Gilraen a volé un cheval, dans une auberge du premier cercle, dit Aragorn en réponse à la question muette de l'Alatarim. Elle a ensuite franchi les portes de la ville, juste avant leur fermeture, et elle s'est éloignée au grand galop.
- Vous la connaissez bien, alors vous devez savoir où elle a l'intention d'aller.
- Pourquoi désirez-vous le savoir? Pourquoi voulez-vous absolument que l'on retrouve cette jeune fille? Après tout, vous avez retrouvé tous vos biens.
- Nous ne nous estimerons satisfait que lorsque justice sera faite, répliqua Thorondal d'un ton outré.
- Bien entendu, répondit le Roi. Mes hommes sont à présent à sa poursuite. Mais je doute qu'ils la rattrapent.
- Vraiment? Vous semblez avoir une grande estime des capacités de cette jeune fille.
- Gilraen est une excellente cavalière et le cheval qu'elle a volé est très rapide. Et puis, il y a quelques années, elle s'est enfuie d'Imladris, de Fondcombe si vous préférez, et les elfes qui l'ont poursuivie n'ont pas pu la rattraper.
- Voilà qui est surprenant, dit l'Alatarim. Mais, vous n'avez pas encore répondu à ma question. Où ira-t-elle?
- Elle se rendra là où elle se sent le plus en sécurité, répondit Aragorn.
Thorondal eut bien du mal à ne pas laisser voir sa frustration. Le Roi refusait de lui dire où la jeune Maia s'en allait, mais il le faisait de façon à ce que l'Alatarim ne puisse protester. Et il serait bien mal vu de sa part d'insister davantage. Duilin et lui seraient donc obligés d'envoyer des cavaliers à la poursuite de la jeune Maia en espérant que ceux-ci arrivent à suivre sa trace. Il y avait heureusement quelques bons pisteurs parmi ses hommes et Thorondal s'en félicitait.
La jeune fille avança au petit galop durant près d'une demi-heure. Il faisait très sombre à présent et seul un mince quartier de lune éclairait la route. Elle sentit alors la présence de deux cavaliers, à peu de distance devant elle. Avec un large sourire, elle poussa Zéphyr afin de les rattraper. Bergil avait eu raison, elle aurait la meilleure escorte qui puisse être sur la Terre du Milieu.
- Elladan! Elrohir! s'écria-t-elle en arrivant près des deux cavaliers.
- Bonjour seler'ai, répondit Elrohir en souriant lui aussi.
- Je suis vraiment très contente que vous soyez là. Je croyais que vous étiez repartis à Imladris.
- Nous avions décidé d'aller faire un tour dans les bois de l'Ithilien, expliqua Elladan. Et quand nous sommes repassés par Minas Tirith, nous avons appris ce qui se passait à la citadelle. Aragorn nous a alors demandé de nous occuper de toi.
- Tu as vraiment le don de t'attirer des ennuis, ajouta Elrohir.
- Eh… Mais… Ce n'est pas de ma faute!
- Je plaisantais, Gil.
- Eh bien, ce n'était pas drôle, répliqua la jeune fille d'un ton sévère.
Elle essaya de garder son sérieux, mais elle se mit rapidement à rire. Finalement, sa petite escapade promettait d'être des plus agréables. Avec les fils d'Elrond à ses côtés, elle ne craignait plus les Alatarim. Les jumeaux allaient l'emmener à Imladris et là, personne ne pourrait l'atteindre.
Comme toujours, ce fut Elladan qui ouvrit la marche et Nimroël le suivit de près. Elrohir restait derrière, un peu en retrait, afin d'effacer leurs traces. Ils empruntèrent la route qui obliquait vers l'ouest pour traverser la forêt de Druadan. Dès qu'ils furent ressortis de la forêt, Nimroël demanda à Elladan s'ils pouvaient faire une pause.
- Déjà? Mais on vient à peine de se mettre en route.
- Et bien, moi, je suis en route depuis le matin. Et puis, passer la nuit dans un cachot, ça ne donne pas vraiment envie de dormir. De plus, la nuit d'avant, je n'ai pas réellement dormi non plus.
- Très bien, on va s'arrêter pour quelques heures, déclara Elladan. Mais ensuite, il faudra avancer rapidement.
Il ne fallut que quelques minutes à la jeune fille pour s'endormir. Puis, alors que le soleil n'était pas encore levé, Elrohir secoua Nimroël pour qu'elle s'éveille. Celle-ci se leva en se frottant les yeux puis elle sortit lentement de la tente, encore endormie. Les jumeaux avaient allumé un bon feu et la jeune fille se laissa tomber dans l'herbe, pour se réchauffer près des flammes vives. Elrohir avait également préparé un repas chaud et elle ne se fit pas prier pour avaler ce déjeuner plutôt hâtif. Ils se mirent ensuite rapidement en route.
Ils galopèrent pendant toute la journée, ne prenant que quelques pauses pour permettre à Nimroël de se dégourdir les jambes. Puis, lorsque le soir tomba, ils s'écartèrent de la route et établir leur campement près d'un petit cours d'eau. Ce fut Elrohir qui s'occupa des chevaux, avant d'allumer le feu et de monter la tente. La jeune fille lui proposa son aide mais il lui recommanda plutôt de se reposer en attendant le repas, ce qu'elle fit.
- Où est passé Elladan? demanda Nimroël au bout de quelques minutes.
- Il est allé voir à quelle distance se trouvent nos poursuivants.
- Je suis désolée de vous causer tous ces problèmes, dit la jeune fille en soupirant.
- Tu n'y es pour rien, seler'ai, répondit l'elfe en souriant.
Nimroël regarda l'elfe d'un air étonné. Ce dernier semblait très détendu. En fait, il avait l'air de très bonne humeur.
- On dirait que vous appréciez cette situation, dit-elle un peu surprise.
Elrohir la regarda un long moment avant de répondre. Ses yeux gris brillaient d'un éclat intense, presque autant que ceux de son père.
- Oui, tu as sans doute raison, répondit-il simplement.
- Mais les Alatarim… Ils peuvent être dangereux. Il n'y a qu'à voir la façon dont ils ont trompé certains des hommes d'Aragorn.
- Tu sembles oublier une chose, Gil.
- Quoi donc?
- Elladan et moi sommes aussi les descendants d'une Maia.
- Melian, murmura la jeune fille. C'est vrai, je l'avais oubliée.
Puis elle eut un petit rire. Elrohir lui jeta un regard interrogateur.
- Thorondal disait que Saroumane était le plus puissant Maia, sur la Terre du Milieu. Je lui ai répliqué que c'était Gandalf, le plus puissant. Mais j'avais tors moi aussi. Les pouvoirs de Melian dépassent de beaucoup ceux de Gandalf.
- Peut-être bien.
- Vous croyez que je la verrai un jour? demanda Nimroël d'une voix lointaine.
- Si tu vas à Valinor, peut-être pourras-tu la rencontrer.
La jeune fille secoua tristement la tête. Elle ne voulait pas penser à un futur aussi lointain, un avenir sans Arwen.
Nimroël, Elladan et Elrohir chevauchèrent en direction du Rohan pendant plus d'une semaine. Elladan avait ralentit l'allure et ils s'arrêtaient tous les soirs peu après la tombée de la nuit. Nimroël trouvait étrange qu'ils ne pressent pas plus que cela, mais elle n'en faisait pas la remarque. En fait, elle avait d'avantage l'impression de faire un simple voyage avec les jumeaux que de fuir un dangereux ennemi.
Puis, alors qu'ils étaient encore à quelques jours d'Edoras, la principale cité du Rohan, il se mit à pleuvoir. Durant deux jours entiers, il tomba des cordes et un vent froid souffla. La tête basse, enroulée dans de chaudes couvertures, Nimroël avançait derrière Elladan, sans dire un mot. Elle avait très froid et elle aurait aimé pouvoir s'abriter et manger un repas chaud.
Ils parvinrent finalement au pied de la colline sur laquelle était bâtie Edoras. Nimroël, qui ne regardait pas où elle allait depuis plusieurs heures déjà, releva soudainement la tête lorsqu'elle aperçut la haute palissade qui entourait la ville. Étonnée de se trouver aussi près d'une ville, Nimroël s'approcha d'Elladan et elle lui lança un regard interrogateur.
- Nous avons besoin de vivres, lui dit l'elfe.
- De v… vivres? demanda la jeune fille en claquant des dents.
La jeune fille secoua la tête, incrédule. Les elfes arrivaient toujours à trouver la nourriture dont ils avaient besoin, même en plein hiver. Il était impossible qu'ils aient besoin de se procurer des provisions alors que l'été venait à peine de se terminer.
- Tu pourras en profiter pour prendre un bain chaud et dormir dans un lit confortable, ajouta l'elfe en souriant.
- Nous… Nous allons p… passer la nuit ici?
- Tu devras y aller seule, répondit Elladan.
- P… pou… pourquoi?
- Il faut que les Alatarim te croient toujours seule.
- Mais je… Je croyais qu'on les avait semés. Elrohir a effacé n… notre piste, alors ils ne p… peuvent plus nous suivre!
- Si, ils le peuvent. Elrohir n'a effacé que ses traces et les miennes, pas les tiennes. Nous voulons qu'ils continuent à te poursuivre.
- Alors, ils s… s… sont t… toujours derrière nous?
- Ne t'en fais pas, nous avons quelques jours d'avance sur eux. Ils ne sont pas de très bons cavaliers. Ni de très bons pisteurs, déclara Elladan d'un ton dédaigneux.
- Ah… Je… Et que dois-je f… faire?
- Simplement prendre une chambre à l'auberge du Cheval d'Or. Tu t'y installes pour la nuit, tu demandes qu'on te prépare un bain très chaud et tu commandes un bon repas.
- Hum… Ça m'a l'air d'une mi… mission très di… difficile, répondit la jeune fille en riant.
- Ensuite, demain matin, tu achèteras des vivres, en restant discrète, et tu quitteras la ville le plus tôt possible.
- Et v… vous? Où allez-vous p… passer la nuit?
- Sous la tente que tu vas gentiment nous prêter.
- Bi… bien sûr, mais… Il fait f… fr… froid…
- Allons, dépêche-toi d'aller t'abriter et ne t'en fais pas pour nous.
Nimroël hocha la tête, puis elle franchit les portes d'Edoras et elle grimpa la côte qui menait jusqu'à Meduseld, la grande maison dorée, résidence du Roi du Rohan. La jeune fille aurait bien aimé pouvoir rendre visite à Éomer, mais c'était bien entendu hors de question.
Les pavés de la route étaient glissants à cause de la pluie et Nimroël fut forcée de descendre de cheval. Puis, menant Zéphyr par la bride, elle continua sa route vers l'auberge que lui avait indiquée Elladan. Elle aperçut bientôt le vaste bâtiment, éclairé de plusieurs lampes qui se balançaient vivement dans le vent. Contrairement à l'auberge du Chien Noir, l'endroit paraissait être propre et bien entretenu, ce qui rassura la jeune fille.
Dès qu'elle arriva devant l'auberge, un jeune garçon en sortit et lui demanda si elle souhaitait qu'il conduise son cheval à l'écurie. Se souvenant de l'endroit mal entretenu où elle avait emprunté le cheval de Bergil, Nimroël hésita.
- Vous vous occuperez bien de lui, n'est-ce pas? demanda-t-elle au garçon.
- Nous sommes au Rohan, ma Dame, répondit le garçon comme si elle venait de l'insulter.
- Oui, oui! Bien sûr! Je suis désolée.
Elle tendit alors les rênes de Zéphyr au jeune garçon puis elle s'engouffra par la porte toujours ouverte de l'auberge. Elle fut accueillie par l'odeur chaude du pain qui vient de sortir du four et par les voix de nombreux hommes qui discutaient bruyamment. Quelques années plus tôt, elle aurait eu bien du mal à entrer dans un tel endroit. Mais aujourd'hui, l'auberge bondée ne lui faisait plus peur. Ou alors, seulement un peu. La tête haute, elle s'avança vers l'aubergiste pour demander qu'on lui prépare une chambre. Sa voix tremblait un peu, mais c'était surtout parce qu'elle avait encore un peu froid. L'homme la regarda d'un air suspicieux durant quelques minutes, mais quand la jeune fille déposa quelques-unes des pièces que lui avait données Elrohir sur le comptoir, son visage s'éclaira.
- Sam, va préparer notre meilleure chambre pour la Dame, ordonna-t-il.
Un jeune homme, très grand et très mince, passa alors tout près d'elle en s'inclinant, puis il disparut par un étroit escalier, au fond de la grande salle.
- Désirez-vous autre chose, ma Dame? lui demanda ensuite l'aubergiste.
- J'aimerais prendre un bain, très chaud. Et je voudrais aussi qu'on me serve à souper. Ce que vous avez de meilleur.
- Bien, ma Dame. Tout de suite, ma Dame.
Pendant que l'on préparait sa chambre et que l'on faisait bouillir de l'eau pour son bain, l'aubergiste conduisit Nimroël dans une petite pièce, à l'écart de l'agitation de la grande salle, et il lui fit servir une riche soupe de légumes ainsi qu'une délicieuse volaille dans une sauce onctueuse. La jeune fille dévora également quelques tranches d'un pain délicieux. Elle se sentait un peu coupable de manger cet excellent repas, alors qu'Elladan et Elrohir devraient se contenter de restes froids, à l'étroit sous la petite tente d'Arwen, mais elle dévora tout de même son repas à belles dents. Puis, dès qu'elle put gagner sa chambre, elle se déshabilla, suspendit ses vêtements humides près du feu et se laissa doucement couler dans le bain fumant. Elle y resta un très long moment, appréciant la merveilleuse sensation de détente apportée par l'eau chaude et parfumée.
Quand elle se glissa entre les draps frais et propres, quelques heures plus tard, elle eut une pensée pour les jumeaux, dehors, dans le froid. Puis elle ferma les yeux et s'endormit rapidement.
Le lendemain matin, la jeune fille n'eut aucun problème à se procurer les vivres qu'Elrohir lui avait demandés. En fait, l'aubergiste lui fut d'une grande aide car il accepta de lui fournir tout ce dont elle avait besoin. Nimroël demanda également quelques rations de grains, pour les chevaux des jumeaux qui en avaient été privés alors que Zéphyr avait passé la nuit au chaud à se nourrir de foin odorant et d'avoine. Puis, une fois que tous ses bagages furent chargés sur le dos de son cheval, la jeune fille se mit en selle et quitta la cité d'Edoras. Le soleil brillait à nouveau et elle se sentait revivifiée par l'excellente nuit qu'elle venait de passer.
Elle rejoignit les jumeaux, à environ une lieue d'Edoras et ils se remirent en route vers la Trouée du Rohan. Chaque fois qu'elle passait par là, Nimroël ne pouvait s'empêcher d'éprouver une sensation bizarre, comme un étrange frisson le long de sa colonne. Bien sûr, le haut mur de pierres qui entouraient autrefois la vallée de l'Isengard avait été détruit par les Ents et, grâce à leurs soins, la vallée était redevenue verte et florissante. Mais la tour d'Orthanc était indestructible et elle se tenait toujours là, long doigt sombre qui semblait menacer le ciel.
Elladan choisit de s'arrêter pour la nuit bien avant d'avoir atteint la Trouée, cependant. Il restait encore plusieurs heures avant le coucher du soleil, mais l'elfe savait combien la jeune fille détestait se trouver dans les environs d'Orthanc. Il préférait donc lui éviter d'avoir à passer la nuit dans la vallée de l'Isengard. Et puis, ils avaient encore pas mal d'avance sur les Alatarim.
- Est-ce que vous pouvez la voir d'ici? demanda Nimroël à Elrohir une fois que la tente fut montée et un bon feu allumé.
- Elle n'est encore qu'un minuscule trait noir, mais oui, je peux la voir, répondit l'elfe.
La jeune fille hocha lentement la tête. Puis elle s'éloigna lentement du campement. Comme chaque fois qu'elle pensait à son père, une sourde colère montait en elle. Pour passer sa mauvaise humeur, elle donna un coup de pied dans un caillou et l'envoya rouler un peu plus loin. Elle se mit ensuite en position et elle fit quelques mouvements de combats, frappant un ennemi imaginaire, bloquant ou évitant ses attaques. Au bout de quelques minutes, Nimroël sentit son calme revenir. Elle continua tout de même ses exercices, par simple plaisir. Et puis, après tout, ce n'était pas une si mauvaise idée de s'entraîner un peu. Depuis qu'elle vivait à Minas Tirith, elle s'était entraînée assez régulièrement, et ce, malgré les vives protestations des autres dames de compagnie d'Arwen. Mais elle avait quand même besoin de travailler ses mouvements.
- Que fais-tu? lui demanda soudain Elrohir derrière elle, la faisant sursauter.
- Je... Je m'entraînais un peu… Ça m'aide à me détendre.
- Et tu as besoin de te détendre cause des Alatarim?
- Oh non! Je… C'est de penser à Saroumane qui me rend nerveuse! Il y a des jours où j'aimerais le frapper pour lui faire perdre son air suffisant…
Nimroël haussa les épaules et elle eut un petit rire de dérision. L'elfe hocha lentement la tête et sourit légèrement. Il était habitué à l'exubérance de la jeune fille et il en était même venu à l'apprécier. Elle était restée très démonstrative, même après avoir vécu de nombreuses années parmi les elfes.
- Vous voulez bien m'aider? demanda ensuite la jeune fille.
- Tu voudrais te mesurer à moi?
- Pourquoi pas? Allez, dites oui! S'il vous plaît!
- Bon, bon… c'est d'accord.
Ils se dirigèrent rapidement vers le campement et Nimroël alla chercher ses poignards, pendant qu'Elrohir tirait sa longue épée et se mettait en place. La jeune fille se plaça ensuite devant l'elfe qu'elle salua brièvement avant de se mettre en garde. Durant quelques minutes, elle observa soigneusement son adversaire. Elle se déplaçait lentement d'un côté puis le l'autre et Elrohir suivait son mouvement en sens inverse, de façon à rester en face de la jeune fille. Nimroël étudiait également le sol, s'efforçant de remarquer chaque bosse, chaque trou où elle risquait de mettre le pied pendant le combat. Haldir lui avait répété maintes fois qu'elle devait toujours analyser avec attention l'environnement où elle se trouvait.
- Il suffit parfois d'un simple caillou pour te faire trébucher et donner ainsi l'avantage à ton adversaire, disait-il.
Et chaque fois que la jeune fille avait commis ce genre d'erreur, Haldir s'était chargé de lui donner une bonne leçon, parfois un peu douloureuse.
Quand elle se sentit prête, Nimroël passa à l'attaque, feintant sur sa gauche puis tentant de frapper Elrohir sur la droite. L'elfe n'eut aucun mal à la bloquer, puis il leva son épée et attaqua lui aussi. La jeune fille se déroba aisément. Elle fronça ensuite les sourcils et baissa les bras.
- Elrohir, ne vous moquez pas de moi! C'était beaucoup trop lent!
- Laisse-moi quelques minutes pour m'adapter. Je ne veux surtout pas te blesser.
- Je sais, mais tout de même!
Ils reprirent ensuite le combat, et les attaques et les parades se multiplièrent. Au bout d'un moment, à bout de souffle et le front couvert de transpiration, Nimroël s'arrêta et demanda une trêve. Elle alla replacer ses poignards sur son carquois et revint s'asseoir près du feu.
- Je vois que tu n'as rien perdu de ton agilité, lui dit Elladan qui avait observé l'entraînement.
- Merci, répondit la jeune fille en rougissant légèrement de plaisir.
- Mais tu devrais aussi essayer d'utiliser tes pouvoirs, ajouta l'elfe.
Nimroël lui jeta un regard interrogateur.
- Dans un vrai combat, lorsque ta vie est en jeu, il te faut utiliser tous les avantages que tu as.
- Oui… Bien sûr!
- Eh bien, tu ne le fais pas. Tu pourrais par exemple te rendre invisible.
- Mais je… Je n'aurais aucun mal à vaincre n'importe qui, si je faisais ça.
- Vraiment? Vous me semblez bien présomptueuse, jeune fille, lui dit Elladan d'un ton hautain.
- Mais Elladan, si vous ne me voyiez pas, comment pourriez-vous parer mes coups?
- Mets-toi en garde, répliqua sèchement Elladan.
Nimroël était encore un peu essoufflée, mais elle obéit et se plaça en face d'Elladan.
- Maintenant, disparais et essaie de me frapper.
- D'accord.
La jeune fille lança le sortilège qu'elle maîtrisait le mieux, puis elle se déplaça lentement, essayant de contourner Elladan pour le frapper dans le dos. L'elfe n'esquissa pas un mouvement ce qui amena un sourire sur les lèvres de Nimroël. Il serait bien obligé d'admettre qu'il avait eu tors.
Faisant soudainement un bon en avant, la jeune fille tendit brusquement son bras cherchant à frapper le dos de son adversaire, bien exposé devant elle. Elle eut alors une bien mauvaise surprise : Elladan pivota sur lui-même plus vite qu'elle ne l'aurait cru possible, puis le bras de l'elfe décrivit un arc de cercle et vint heurter le poignet de Nimroël, bloquant et déviant ainsi son coup. Comme Elladan venait de toucher la jeune fille, celle-ci était maintenant visible pour lui et elle avait perdu tout avantage. L'elfe l'attrapa alors par un bras, l'obligea à pivoter puis il la plaqua contre lui et son autre main vint s'appuyer sur sa gorge. La jeune fille était en très mauvaise posture. Elle n'avait qu'une main de libre et en fait, ses mouvements étaient très limités. Jamais elle n'arriverait à se défaire de la poigne de l'elfe. Et même si son adversaire avait été un homme, elle n'aurait sans doute pas pu se libérer.
- C'est bon, vous avez gagné, je l'admets.
- Tu ne dois jamais te montrer aussi téméraire, dit l'elfe en la relâchant. Tu étais beaucoup trop sûre de toi et tu ne t'es absolument pas protégée.
- Je… Je croyais que…
- Quoi? Tu pensais que je ne pouvais pas t'entendre? Je savais exactement où tu te trouvais car je t'entendais respirer. Et lorsque tu as attaqué, tu t'es trahie en bloquant ta respiration.
- Je suis désolée, j'ai eu tors.
- Mets-toi en garde. On recommence!
- Elladan, je suis fatiguée!
- Cesse de discuter!
Nimroël jeta un regard vers Elrohir, qui se contenta de hausser légèrement les sourcils. La jeune fille se prépara donc encore une fois à combattre Elladan. Elle se dissimula puis elle resta quelques minutes, totalement immobile, afin de maîtriser sa respiration. Ensuite, elle se déplaça le plus silencieusement possible et contourna lentement son adversaire. Cette fois, elle se plaça à côté de l'elfe plutôt que derrière lui. Puis elle resta là durant un long moment, hésitante. Elle n'osait pas passer à l'attaque, craignant un nouvel échec. Elle finit tout de même pas se décider et elle s'élança, cherchant à frapper Elladan à la taille. Ce dernier bougea au dernier moment et la main de Nimroël ne fit qu'effleurer son dos.
- C'était beaucoup mieux cette fois, lui dit Elladan.
- Merci.
- Pourquoi as-tu hésité?
- Je… Je ne sais pas. Je crois que j'avais peur.
- Et c'est très bien ainsi. Tu dois te méfier de ton adversaire, même lorsque tu as l'impression qu'il est à ta merci.
La jeune fille hocha la tête. Elle avait bien compris la leçon.
- Tu veux t'arrêter? demanda alors Elladan.
- Non… J'ai envie d'essayer encore une fois, si vous le voulez bien.
- Bien sûr. Prépare-toi.
Encore une fois, Nimroël fit face à Elladan avant de disparaître. Elle s'avança ensuite très lentement, puis elle fonça sur l'elfe et le frappa brusquement à la poitrine. Elladan lui attrapa aussitôt le bras, mais la jeune fille avait prévu le coup et elle pivota vivement et réussit à se libérer. Elle se dissimula de nouveau et pendant quelques minutes, elle eut fort à faire pour éviter Elladan qui se dirigeait vers elle, guidé par le bruit qu'elle faisait. Elle eut alors l'idée de s'accroupir et de surprendre ainsi son adversaire. Elladan était déjà bien plus grand qu'elle, et ainsi placée, elle aurait aisément pu passer entre ses jambes. Elle attendit cependant que l'elfe s'approche, puis, dès qu'il fut à sa portée, elle se releva et, se glissant entre les bras de son adversaire, elle le frappa au thorax et à l'abdomen en même temps. Surpris, Elladan recula en entraînant Nimroël dans le mouvement. La jeune fille trébucha et dut s'agripper à l'elfe pour ne pas tomber. Elle éclata alors de rire.
- Cette fois, j'ai gagné! dit-elle fièrement. J'ai réussi à vous battre!
Elladan s'inclina devant la jeune fille, reconnaissant la victoire de cette dernière.
Le lendemain, Nimroël s'éveilla de bonne heure et elle se prépara rapidement. Elle s'attendait à ce qu'Elladan décide de partir aussitôt qu'elle serait prête, mais l'elfe ne broncha pas lorsque la jeune fille lui annonça qu'ils pouvaient se mettre en route. Il regardait vers le nord-est et semblait perdu dans ses pensées. Nimroël l'appela doucement mais il fallut encore quelques secondes pour que l'elfe ne se tourne vers elle.
- Que regardiez-vous? lui demanda la jeune fille.
- Tu le sauras très bientôt, répondit Elladan en souriant.
Nimroël se retourna et regarda dans la même direction que l'elfe, un peu plus tôt, mais elle ne vit rien d'autre que les hautes herbes qui dansaient dans le vent. Elle savait que, quelque part par-là se trouvaient les bois de la Lothlórien. Elle soupira, se demandant tout à coup si Elladan avait l'intention de s'y rendre.
- Je croyais qu'on allait à Imladris, dit-elle d'un ton interrogateur.
- C'était d'abord mon intention. Mais il est inutile d'aller aussi loin. En fait, tu pourras peut-être repartir pour Minas Tirith très bientôt.
Nimroël réfléchit un instant à la signification des paroles d'Elladan. Elle ne savait pas si elle devait se réjouir de pouvoir retourner si tôt auprès d'Arwen. Elle avait cru devoir se rendre à Imladris, et elle s'était sentie très heureuse à l'idée de revoir le Seigneur Celeborn et Haldir.
- Vous ne pouvez pas voir la Lórien d'ici, n'est-ce pas?
- Non, c'est beaucoup trop loin.
- Alors, que regardiez-vous? demanda-t-elle de nouveau.
- Vous êtes bien curieuse, jeune fille.
Nimroël se tourna alors vers Elrohir d'un air exaspéré, espérant un peu de soutient de la part de ce dernier.
- Quelqu'un arrive, lui dit doucement l'elfe.
Surprise, la jeune Maia tendit son esprit pour essayer de savoir qui était celui qui s'approchait ainsi. Au bout de quelques secondes, elle perçut une présence, mais il lui fallut encore une minute ou deux pour savoir de qui il s'agissait.
- C'est Legolas, murmura-t-elle. Et il est avec Gimli et Radagast.
La jeune fille était très heureuse de revoir Legolas, mais elle l'était beaucoup moins que le nain soit là également. Parce que cela voulait sans doute dire que l'elfe savait qu'elle lui devait de l'argent et qu'elle lui avait menti. Mais il était trop tard pour y remédier et pour l'instant, il y avait des choses plus importantes à régler. Elle se demandait également pourquoi Radagast n'était pas resté à Minas Tirith pour aider Aragorn à se débarrasser des Alatarim. Mais il y avait déjà plusieurs jours qu'elle avait quitté la cité et elle se calma en se disant qu'il s'était certainement produit bien des choses depuis son départ.
Elladan ordonna alors que tout soit prêt pour pouvoir partir dès que Legolas, Gimli et Radagast les auraient rejoints et Nimroël s'activa. Elle aida Elrohir à démonter la tente, puis elle emballa rapidement ses affaires et elle chargea le tout sur le dos de Zéphyr avant de se mettre en selle. Les jumeaux sautèrent également sur le dos de leur monture et, quelques minutes plus tard, la jeune fille aperçut Legolas et Gimli, monté sur Arod. Radagast venait derrière eux, montant Balif, un immense cheval brun, à la longue crinière un peu plus claire que sa robe. Nimroël accueillit les nouveaux venus avec un large sourire. Puis, après les salutations d'usage, ils se remirent tous en route. Elladan prit la tête et Legolas vint se placer à sa droite. La jeune fille se mit à trotter derrière Elladan et Radagast se plaça à côté d'elle en lui faisant un clin d'œil. Elrohir fut encore une fois chargé d'effacer leurs traces.
- Les Alatarim sont toujours à votre poursuite, commença Legolas.
- Je sais. Aragorn m'a demandé de ne pas les semer trop rapidement.
- Ils sont très nombreux. Encore plus que nous ne l'avions d'abord pensé. Certains s'étaient cachés près des chutes du Rauros. Aragorn aura fort à faire lorsqu'ils se présenteront à nouveau aux portes de Minas Tirith.
- Pour l'instant, j'aimerais les entraîner le plus loin possible. J'avais l'intention de les emmener jusqu'aux terres sauvages.
Legolas hocha la tête et un léger sourire apparut sur ses lèvres.
- Ils savent que vous vous dirigez vers Imladris, cependant, dit-il en reprenant un air sérieux. J'ai bien peur que certains d'entre eux ne se trouvent déjà devant vous, afin de vous bloquer le passage.
- J'y ai pensé. Mais Elrohir et moi connaissons bien le terrain. Ils ne nous empêcherons pas de passer.
- Alors, nous continuons comme prévu? demanda Legolas.
- Oui, si vous êtes toujours d'accord.
- Bien sûr. Il est inutile de lui faire courir davantage de risques.
- De quoi parlez-vous? intervint alors Nimroël. Qu'avez-vous prévu?
Elladan se tourna vers elle et lui fit signe de s'approcher. Elle poussa donc Zéphyr en avant et vit se placer entre Legolas et le fils d'Elrond.
- Nous allons bientôt nous séparer, Gil. Legolas va te ramener à Minas Tirith pendant qu'Elrohir et moi allons continuer d'entraîner les Alatarim vers Imladris.
- C'est décidément une bien mauvaise habitude que vous avez de me laisser tomber au milieu de nulle part, répondit la jeune fille d'un ton sarcastique.
L'elfe ne répondit pas mais il lui sourit doucement.
- Je promets de ne pas fausser compagnie à mon guide, cette fois…
Elladan se mit à rire franchement et Nimroël l'imita.
- Tout a été donc été prévu dès le départ? demanda la jeune fille, après un instant de réflexion.
- Nous n'avons pas l'habitude de laisser les choses au hasard, seler'ai, répondit Elladan.
- Tout ça me concerne de très près, mais vous ne m'avez pas consultée, dit Nimroël d'un ton boudeur.
- Les Alatarim te surveillaient de très près, Gil. Nous ne voulions pas prendre le risque de les alerter.
- Bien entendu, rétorqua la jeune fille d'une voix où perçait le sarcasme.
La jeune fille reprit sa place derrière Elladan, un léger sourire flottant sur ses lèvres. Elle était heureuse de constater qu'il y avait autant de gens qui se souciaient d'elle. Elle tourna la tête vers la tour d'Orthanc, qu'elle voyait nettement à présent, et elle eut une expression de défit en pensant à Saroumane. Le Maia avait échoué et il était mort, seul, alors qu'elle était toujours en vie et qu'elle était entourée d'amis.
Ils chevauchèrent vers l'ouest bien après le coucher du soleil. De gros nuages, lourds de pluie, s'étaient amoncelés et masquaient la lune et les étoiles, mais Nimroël et Radagast avançaient sans trop de problèmes sur le sol plat, guidés par Elladan et Legolas. La jeune Maia percevait toujours la présence d'Elrohir, à peu de distance derrière elle, mais chaque fois qu'elle se retournait, elle ne voyait que l'ombre des arbres et des montagnes.
Ils s'arrêtèrent finalement pour prendre un repas chaud. Legolas monta la tente, aidé par Gimli. Le nain n'avait pas adressé la parole à la jeune fille depuis leur rencontre. Il semblait très mal à l'aise, mais Nimroël n'était pas encore prête à lui pardonner, alors elle l'ignorait tout simplement. Legolas les regardait parfois d'un air interrogateur, mais ni le nain, ni la jeune fille ne lui prêtait la moindre attention.
Nimroël avait espéré pouvoir prendre un peu de repos, mais il n'en fut rien. Dès que la jeune fille eut fini de manger, Legolas chargea ses bagages sur le dos de Balif, puis il se mit en selle et Gimli se hissa derrière lui. Radagast monta sur le dos de sa monture, puis Elladan aida Nimroël à grimper derrière le Maia.
- Nous allons garder la tente ainsi que Zéphyr et nous nous dirigerons vers le nord. Les Alatarim continueront probablement à suivre la trace que nous laisserons derrière nous.
- Soyez prudents, lui dit doucement la jeune fille.
- Et toi, essaie d'être sage, pour une fois.
- Elladan! Je ne suis pas une enfant, protesta-t-elle.
L'elfe se mit à rire, puis il lui tapota gentiment le genou. Legolas se mit aussitôt en route, suivi par Radagast. Elrohir les accompagna également. Il avait pour mission d'effacer toutes traces de leur passage.
Tout le reste de la nuit, ils avancèrent vers le sud. Ils avaient franchi la Trouée du Rohan pendant la journée et se trouvaient à présent à l'ouest des Monts Brumeux. À l'aube, quand le soleil sortit enfin de derrière les hautes montagnes, Elrohir leur fit ses adieux. Nimroël se laissa glisser en bas de Balif et elle s'approcha de l'elfe qui descendit de cheval lui aussi.
- Vous allez contourner les montagnes par le sud et vous vous dirigerez vers Dol Amroth. De là, vous prendrez un bateau qui vous conduira jusqu'à Osgiliath, lui dit Elrohir.
- Dol Amroth! Je… Je vais voir la mer! répondit la jeune fille d'un ton émerveillé.
- Oui, seler'ai, tu verras la mer.
Le cœur de la jeune fille se mit à battre très fort et elle étreignit vivement Elrohir.
- Je vais devoir remercier les Alatarim pour ce très agréable voyage, dit-elle alors en souriant.
- Tu n'en auras pas l'occasion avant un bon moment. Elladan et moi avons nous aussi l'intention de leur offrir un très long voyage.
- Faites bien attention, Elrohir! répondit Nimroël en redevenant aussitôt sérieuse. Ces hommes sont plus dangereux que tous les orcs de la Terre du Milieu réunis!
- Ne t'en fais pas pour nous, Gil! Et soyez prudents vous aussi, ajouta l'elfe en regardant Legolas, Gimli et Radagast.
Les trois amis hochèrent la tête. Elrohir se remit alors en selle, puis, après leur avoir fait un dernier signe d'adieu, il s'éloigna au petit galop. Nimroël le suivit des yeux durant un moment, puis elle revint vers Balif et Radagast lui tendit la main pour l'aider à monter en croupe derrière lui.
Cela faisait plus d'une journée qu'ils chevauchaient, n'ayant eut que quelques heures pour se reposer et prendre un bon repas, au début de la nuit précédente. Legolas ne semblait pas vouloir s'arrêter cependant. Nimroël était appuyée contre le dos de Radagast et elle avait du mal à garder les yeux ouverts, mais elle ne disait rien. Elle ne voulait surtout pas se plaindre devant l'elfe.
Finalement, quand le soleil fut presque au zénith, Legolas les conduisit à l'ombre des montagnes et les chevaux furent rapidement déchargés. Radagast s'occupa d'Arod et de Balif, pendant que Gimli allait chercher du bois mort pour faire du feu. Legolas s'approcha de Nimroël, qui s'était laissée tomber sur le sol dès qu'elle avait pu descendre de cheval.
- Ça va? Tu n'es pas trop fatiguée, lui demanda l'elfe.
- Ça va, ne vous en faites pas. J'irai très bien après quelques heures de repos.
- J'aurais aimé pouvoir garder la tente.
- J'aime bien dormir sous les étoiles, Legolas… Ou sous le soleil, ajouta-t-elle en jetant un regard sur le ciel bleu.
- Alors repose-toi bien! dit-il en lui tendant une couverture.
Ils se remirent en route au coucher du soleil. Ils chevauchèrent toute la nuit et ils se reposèrent pendant la journée. Puis, comme ils s'apprêtaient à se remettre en selle, le soir suivant, Radagast s'avança vers Gimli.
- Vous devriez monter avec moi, maître nain. Balif est plus costaud qu'Arod et vous êtes très lourd à porter, surtout avec votre cotte de maille.
- Vous portez une cotte de maille? demanda Nimroël, étonnée.
- Arod a l'habitude de nous porter, Legolas et moi, répondit Gimli de son habituel ton bourru.
Il ne semblait pas avoir envie de monter derrière le Maia. Comme tous les nains, il n'aimait pas vraiment les chevaux et Balif, beaucoup plus grand et plus fort que la majorité des chevaux, l'impressionnait probablement.
- Nous aurons peut-être à nous enfuir, répliqua Radagast. Nous irons plus vite si nous ne surchargeons pas l'un des chevaux.
- Bon, bon, grommela Gimli.
Legolas aida son ami à se hisser sur le dos de Balif, puis il se mit en selle sur Arod. Nimroël lui tendit ensuite la main et grimpa derrière lui. Elle se retrouva alors projeté des années en arrière, lorsqu'elle partait se promener avec l'elfe, dans les bois de Mirkwood. Elle se rapprocha de Legolas et huma doucement ses vêtements.
- Qu'est-ce que tu fais? lui demanda ce dernier après qu'elle se soit cogné le nez à quelques reprises contre son dos.
- Vous sentez les arbres, répondit-elle. Ça me rappelle Mirkwood… La douce odeur des feuilles et de la terre humides de rosée.
Nimroël avait parlé d'une voix presque inaudible, remplie de nostalgie. Legolas hocha lentement la tête et il posa délicatement sa main sur celle de la jeune fille. Celle-ci sourit, heureuse de cette soudaine marque d'affection. Puis elle sentit ses joues se colorer. Elle venait subitement de réaliser qu'elle ne devait pas sentir aussi bon que l'elfe, surtout que son dernier bain datait de quelques jours déjà. De plus, elle portait un vieux pantalon et une chemise très usée. Et pour couronner le tout, ses cheveux étaient emmêlés et elle n'avait pas refait sa tresse lorsqu'elle s'était levée. Elle ne s'était jamais beaucoup souciée de son apparence auparavant. Mais tout à coup, cela semblait avoir une grande importance. Gênée, elle retira sa main et tenta de se reculer, cherchant à mettre une certaine distance entre l'elfe et elle. Ce n'était malheureusement pas possible et, au bout de quelques minutes, elle cessa de remuer inutilement.
Ils progressèrent rapidement pendant les jours suivants. Ils chevauchaient toute la nuit et une bonne partie de la journée. Lorsqu'ils se reposaient enfin quelques heures, ils allumaient un bon feu puis, après avoir partagé un copieux repas, Gimli, Radagast et Nimroël s'enroulaient dans leurs couvertures et s'endormaient rapidement. Bien que le Maia leur ait assuré qu'il était inutile de monter la garde, affirmant que les oiseaux et les animaux qui les entouraient donneraient l'alerte si jamais un étranger s'approchait, Legolas restait souvent debout, observant les alentours de ses yeux perçants. Nimroël se demandait même s'il lui arrivait de dormir.
Ils eurent beaucoup de chance car il ne plut pas pendant plus d'une semaine. Cependant, à mesure que le mois de septembre avançait, le temps se rafraîchissait. La jeune fille était chaudement vêtue et durant les heures les plus froides de la nuit, comme elle se trouvait très près de Legolas, elle n'avait pas vraiment froid. Mais elle commençait à en avoir assez du manque de confort. Elle avait envie de prendre un bain et de dormir dans un lit confortable. Mais elle refusait de se plaindre, se disant que ses amis partageaient le même sort qu'elle et ce, uniquement pour la protéger.
Une nuit cependant, de gros nuages sombres masquèrent la lune et les étoiles. Suivant le conseil de Legolas, Nimroël se serra davantage contre lui pour profiter de sa chaleur et pour s'abriter du vent froid et coupant qui venait de se lever. Ils continuèrent d'avancer durant un moment, cherchant un endroit pour s'abriter de la pluie qui allait se mettre à tomber d'une minute à l'autre. De brillants éclairs zébraient le ciel et les roulements du tonnerre se rapprochaient de plus en plus. Ils finirent par trouver un petit bosquet de pins et ils se glissèrent avec précaution sous les branches basses. Gimli étendit une couverture sur l'épais tapis d'aiguilles et ils s'assirent tous dessus avant de se couvrir avec les autres couvertures. L'orage s'abattit alors sur eux. Le vent redoubla de puissance et des trombes d'eau se déversèrent du ciel. Sous les petits pins, les quatre amis étaient relativement à l'abri, mais les chevaux ne pouvaient pas pénétrer sous les branches, trop basses, et ils durent supporter l'averse. Lorsque la tempête atteignit son paroxysme, Radagast ressortit de l'abri pour aller les calmer. À un moment, la foudre tomba si près que Nimroël sursauta et poussa un cri.
- Je vais voir si Radagast a besoin d'aide, lui dit alors Legolas.
La jeune fille hocha la tête et l'elfe se glissa lentement hors de l'abri. Restée seule avec Gimli, Nimroël se rapprocha du nain. Elle n'avait jamais aimé les orages.
- Je… commença tout à coup Gimli.
La jeune fille se tourna vers lui sans rien dire et attendit qu'il poursuive.
- Je voulais vous présenter des excuses, dit-il.
Nimroël resta silencieuse et regarda froidement le nain. Elle n'avait nullement l'intention de lui faciliter la tâche, bien au contraire.
- Je n'aurais pas dû faire confiance à ces Alatarim… Je… Je ne sais plus très bien pourquoi je leur ai parlé, en fait.
- …
- Nous discutions simplement et je… Ils posaient beaucoup de questions à votre propos. Et ça m'a échappé.
- Ainsi, vous parlez de moi à des inconnus? Et ça ne vous a pas semblé étrange qu'ils posent autant de questions à mon sujet? demanda-t-elle, toujours de mauvaise humeur.
- Eh bien, je… Ils semblaient avoir une grande admiration pour vous. Ils voulaient en savoir plus et… Et je n'avais pas l'impression qu'ils étaient des inconnus. En fait, je les considérais comme des amis, des amis proches, et je…
La jeune fille soupira et remonta la couverture jusqu'à son cou. Elle ferma les yeux et appuya sa tête au tronc derrière elle. Elle ne pouvait pas vraiment en vouloir au nain.
- Ils… Ils arrivent très facilement à tromper les gens, dit-elle. C'est pourquoi ils sont si dangereux. Je me demande comment ils arrivent à faire ça.
- Les sortilèges qu'ils utilisent ne sont pas très différents de ceux qui vous servent à apprivoiser les oiseaux et les animaux, répondit alors Radagast en reprenant sa place à côté de la jeune fille.
L'orage se calmait peu à peu et Legolas revint lui aussi s'abriter.
- Mais je… Je n'essaie pas de les tromper. Quand j'ai trouvé Tara, elle était blessée et je voulais l'aider. C'est comme ça que j'ai réussi à l'approcher…
- Oui, bien sûr. Parce que vous êtes honnête et que vous étiez sincère. Mais vous pourriez faire la même chose dans un but tout à fait différent. Votre père était très doué pour convaincre les gens de lui faire confiance.
Nimroël secoua la tête. Puis elle repensa à ce que lui avait dit Arwen avant qu'elle ne quitte Minas Tirith. L'elfe avait prétendu qu'elle avait un don pour charmer les gens.
- Je ne suis pas comme Saroumane, murmura-t-elle. Je ne veux pas lui ressembler.
- Vous avez pourtant hérité de certains de ses dons, répliqua Radagast. Mais vous êtes également très différente de lui, par certains côtés.
- Je ne voudrais pas que… que l'on croie que j'utilise mes dons pour…
- Galadriel n'a jamais fait confiance à Saroumane, mon enfant. Alors qu'elle vous a accueilli avec bienveillance.
L'image de la Dame Galadriel s'imposa soudain à la jeune fille et le doux sourire de l'elfe la réconforta. C'était vrai. La Dame lui avait fait confiance. Elle lui avait même demandé de rester auprès d'Arwen.
- Radagast… Comment se fait-il que les Alatarim soient parfois si puissants alors qu'à d'autres moments, ils semblent pratiquement dépourvus de pouvoirs? interrogea encore la jeune fille.
Radagast se mit à rire.
- Gandalf avait raison. Vous êtes très perceptive!
- Mais ça ne m'explique pas… commença Nimroël, légèrement impatiente.
- Ils unissent leurs forces… Je ne sais pas exactement comment ils y arrivent, mais ils semblent capables de cumuler leurs pouvoirs. Cela leur demande probablement du temps et beaucoup de concentration. Et puis, il est très facile de disperser cette puissance...
- Oui, je… Je l'ai déjà fait. Mais… C'est aussi très inquiétant. En grand nombre, ils peuvent être très puissants…
- Je ne crois pas qu'ils arrivent à coordonner plus de quelques dizaines de personnes en même temps.
- Quelques dizaines… Mais c'est déjà beaucoup!
- Il faudra étudier la question plus en profondeur lorsque nous serons de retour à Minas Tirith. Mais pour l'instant, l'averse a cessé. Nous devrions essayer de trouver un abri un peu plus confortable, dit le Maia.
Durant plusieurs jours, ils poursuivirent leur route sous un ciel plombé, s'efforçant de s'abriter de la pluie froide qui tombait parfois à torrent. Assise en croupe derrière Legolas, Nimroël se serrait contre l'elfe pour essayer de se réchauffer. Le mauvais temps la rendait maussade et elle restait silencieuse la plupart du temps. Gimli, au contraire, passait son temps à pester contre la pluie et le froid. Radagast n'était pas aussi affecté par la température, mais il souriait rarement. Seul Legolas ne semblait pas dérangé par la pluie, mais il paraissait inquiet. Il s'assurait régulièrement que la jeune fille n'avait pas trop froid, ce qui agaçait un peu cette dernière.
- Oui, j'ai froid, Legolas, répondit soudain Nimroël d'un ton sec. J'ai même très froid. Mais arrêtez de me poser cette question toute les cinq minutes. C'est agaçant. Et puis, vous ne pouvez rien y faire. Vous ne pouvez pas faire revenir le soleil ni faire cesser le vent.
Il y eut ensuite un lourd silence. Même Gimli n'osait plus faire le moindre commentaire à propos du mauvais temps. La jeune fille était désolée de s'être emportée. Mais elle était toujours de mauvaise humeur. Ses pieds étaient gelés, ses cheveux dégoulinaient dans son dos, ses vêtements étaient mouillés et elle était très fatiguée.
- Il y a un important village, droit devant nous, dit tout à coup Legolas.
Nimroël se pencha pour tenter d'apercevoir les maisons, mais elle ne vit rien du tout. Elle tendit alors son esprit et put sentir la présence de plusieurs centaines de personnes.
- On pourrait s'y arrêter. Il doit bien y avoir une auberge, demanda-t-elle d'une voix remplie d'espoir. On pourrait y manger un repas chaud, prendre un bain et dormir dans un lit confortable.
- Non, répliqua sèchement l'elfe. Gimli et Radagast iront seulement pour y acheter quelques provisions.
- Legolas, je vous en prie! insista la jeune fille.
- Je ne prendrai pas le risque que quelqu'un te reconnaisse.
- C'est ridicule! Personne ne me connaît aussi loin de Minas Tirith!
- Cesse de discuter, Nimroël!
Ils chevauchèrent en silence durant quelques instants. La jeune fille était très irritée et elle cherchait un moyen de se rendre au village. Elle envisagea même la possibilité de fausser compagnie à Legolas mais elle chassa vite cette idée.
- Je pourrais me rendre invisible. Je m'introduirais dans l'auberge en restant très près de vous, dit-elle soudain.
Legolas hésita un instant. Il voulait faire plaisir à la jeune fille, mais sa sécurité lui importait beaucoup plus que son humeur.
- C'est trop risqué, dit-il. Si tu étais bousculée par quelqu'un… Ou si quelqu'un t'entendait…
Ils s'arrêtèrent alors près d'un petit bosquet de bouleaux. Nimroël descendit rapidement de cheval et elle s'éloigna à grands pas. Elle était très en colère et elle avait envie de rester seule. Mais Radagast ne l'entendit pas ainsi et il s'approcha doucement de la jeune fille.
- Laissez-moi tranquille, dit Nimroël. Allez-vous abriter dans l'une des auberges de cette ville, boire une bonne bière, manger un excellent repas, vous réchauffer devant un bon feu…
- C'est vrai… Je ferai bientôt toutes ces choses. Mais vous pourrez nous accompagner.
- Legolas ne veut rien entendre…
- Il ne veut pas prendre de risque. Mais je connais un moyen de le faire changer d'avis.
- Vraiment? Alors dites-moi ce que je dois faire.
- Nous allons simplement modifier votre apparence.
- C'est ce que j'ai fait, pour sortir de Minas Tirith.
Elle raconta alors au Maia de quelle façon elle avait pu s'enfuir de la cité, avec l'aide de Bergil.
- C'était une bonne idée, lui dit Radagast. Mais cette fois, inutile de vous salir ou de porter un chapeau. Je vais juste changer la façon dont les gens vous voient.
- Vous pouvez faire cela? demanda Nimroël, admirative.
- Vous pouvez probablement le faire aussi. Vous arrivez à disparaître complètement. Changer votre apparence devrait être un jeu d'enfants pour vous.
- Je ne sais pas… Je n'y avais jamais pensé.
- Pour l'instant, je vais le faire moi-même, c'est plus sûr.
Nimroël hocha la tête et attendit. Radagast réfléchit un instant.
- Qu'aimeriez-vous changer? demanda le Maia.
- Mes cheveux… J'aimerais qu'ils aient la couleur dorée de ceux de la Dame Galadriel.
- Soyez sérieuse, répondit Radagast. Nous voulons surtout être discrets…
- D'accord! Alors faites-moi passer pour un garçon. Les gens portent moins d'attention aux garçons. Et puis, mes vêtements conviendront parfaitement.
- Très bien. En fait, vous avez raison. Il vaut mieux changer le moins de choses possible.
- Mes cheveux doivent être beaucoup plus courts. Cela sera sans doute suffisant.
Radagast eut un léger rire, puis il fit un geste de la main devant la jeune fille. Celle-ci ne ressentit rien et, quand elle baissa les yeux, elle ne vit aucun changement.
- Vous êtes certain que ça fonctionne?
- Vous devriez aller voir nos deux amis…
En trottant, Nimroël s'approcha de Gimli et de Legolas, qui étaient en train de décharger les chevaux.
- Inutile de vous donner cette peine, dit-elle à l'elfe et au nain.
Gimli jeta un regard à la jeune fille et ses yeux s'agrandirent d'étonnement. Mais ce n'était rien en comparaison de l'expression horrifiée de Legolas.
- Nimroël! Qu'as-tu fait à tes cheveux?
Comprenant que l'elfe croyait qu'elle avait réellement coupé ses cheveux, la jeune fille décida de le faire marcher encore un peu.
- J'ai décidé de les couper. Ils étaient trop longs, de toute façon. Et puis, comme ça, je pourrai aller dans ce village moi aussi.
- C'est insensé! Tu n'aurais pas dû faire ça!
- Allons, ce n'est pas si grave. Ils repousseront.
Legolas avait l'air si confus que Nimroël ne put garder son sérieux.
- Calmez-vous, mon ami, dit-elle en riant. C'est seulement un sortilège de Radagast...
L'elfe poussa un et soupir sourit d'un air soulagé. Puis il plissa les yeux d'un air faussement menaçant.
- Un jour, jeune demoiselle impertinente, vous paierez pour toutes ces taquineries.
- J'en tremble déjà, répondit la jeune fille en riant.
La bonne humeur était revenue dans le petit groupe. La perspective d'un bon repas et d'un bain chaud y était probablement pour beaucoup. Gimli et Legolas remirent rapidement tous les bagages sur le dos d'Arod et de Balif, puis les quatre amis remontèrent à cheval et se dirigèrent vers le village, à moins d'une lieue de là. Ce soir, ils dormiraient au chaud, dans des lits confortables.
Je me répète, mais merci beaucoup pour les commentaires, ça me fait très plaisir de vous lire. Il se peut que je ne publie pas de chapitre la semaine prochaine, j'ai trop de choses de prévues. Je vous souhaite à tous et à toutes une bonne semaine, ou deux!
