Petite annonce hors-sujet :

Je viens de créer une page Facebook qui me permettra, je l'espère, d'avoir une meilleure communication avec vous-autres.
Notamment pour donner des infos sur l'avancé de mes fics, poser mes promptes et les idées encore inexplorées, faire de la pub pour les auteurs que j'aime bien et tout et tout.

Mais j'ai besoin de vous pour que ça marche, alors n'hésitez pas à aimer !
Ce n'est qu'un tout petit bébé pour le moment, ça vient à peine d'éclore, mais j'espère que ça ressemblera à quelque chose.

L'adresse est sur mon profil, mais je pense que si vous tapez Gokash dans la barre de recherche Facebook, vous trouverez facilement.


oOo

Le jour se levait à peine dans cette matinée d'hiver, éclairant le ciel légèrement couvert dans lequel se détachaient les arrêtes acérées des Montagnes Bleues.
Thorin était déjà à son bureau et étudiait son planning de la journée. Sa charge de travail n'était pas trop lourde, mais son père n'avait pas hésité à lui confier des responsabilités conséquentes à la tête de la filière d'Ered Luin et il prenait donc bien soin d'étudier chacun des dossiers qui lui étaient proposés avant d'y apposer sa signature. Il présidait aussi les conseils d'administration, parlant au nom de Thraïn, supervisait la totalité du groupe, du stagiaire au sous-directeur, en passant par les secrétaires, le DRH, les comptables et l'équipe de ménage. Mais il avait très bien assimilé l'adage « Diriger, c'est déléguer », et il n'avait pas hésité à léguer toutes ses tâches les moins intéressantes à ses employés, distribuant les travaux selon les profils et, au final, tout ce qu'il avait à faire, c'était signer des papiers et demander des comptes.

Cela faisait maintenant deux mois qu'il était là.
Deux mois qu'il venait de passer sans la moindre nouvelle de son demi-frère, du moins, pas directement.
Parce que Bilbo, avec l'aide de Gandalf, de la protection de Bard, des témoignages de Fili, le jeune collaborateur de Smaug, et des dons de hacker d'Alfrid, avait partagé un article d'une dizaine de pages sur tous les médias locaux, mais aussi nationaux. Article qui avait été relayé par la presse internationale et qui avait généré l'un des plus gros scandale de la génération. Et Smaug était en son centre. Smaug et tous ses odieux trafics, ses amis corrompus, ses écarts, ses manigances…
Le deuxième scandale avait éclaté lorsque Smaug, cherchant à se défendre et, surtout, à détourné l'attention qui était sur lui, avait laissé fuiter les clichés hautement compromettants qui lui avaient déjà offert Frérin sur un plateau d'argent.
Le jeune philosophe blond, toujours à Erebor, avait répliqué en portant plainte pour harcèlement et viol et il avait choisi, avec la nonchalance qui le caractérisait, de s'offrir lui même en pâture à la presse, livrant des témoignages larmoyants et dérangeants sur ce que lui avait fait subir le PDG, achevant de tourner l'opinion général contre son tortionnaire.

Un procès allait bientôt voir le jour à Osgiliath, mais Thraïn ne voulait pas que ses deux fils soient vus ensemble et, au grand dam de Thorin, Frérin s'y rendra seul.

Il soupira lourdement en jetant un œil morne aux dossiers qui trônaient sur table et il accueillit avec soulagement l'arrivée de son secrétaire, surnommé Z par la totalité des membres de la filiale sans que personne ne sache pourquoi, ni ne connaisse son véritable prénom, qui lui apporta un café et un donuts sur lequel il avait épinglé un post-it :

— Pat', tu as une interview avec le journal R & Bor à 10h30.
— Qu'ils aillent se faire foutre. Je t'ai déjà dit que je refuse de parler de cette histoire aux médias.

Le jeune homme à lunette et au physique décontracté mordit à pleine bouche dans un beignet géant déjà bien entamé avant de répondre en désignant le post-it avec le reste du-dit beignet :

— Ouep, mais ch'est pas pour cha qu'ils veulent te voir. Le journalichte a dit qu'ils font un dochié shpechial- Pardon.

Il déglutit bruyamment avant de reprendre :

— A chaque nouveau numéro, ils font un dossier spécial sur une personnalité d'Erebor et, même si tu as grandi à Osgiliath, tu restes l'héritier de la plus grande firme de la ville, firme dont tu reprendras certainement les rênes… Ils veulent en savoir plus sur toi. Bien entendu, le journaliste n'a pas caché que cette histoire avec ton f- bref, que les derniers évènements seront évoqués. Et je me suis dit que ça ne te fera pas de mal de te défendre publiquement, surtout que c'est un journal éminent. Et comme Frérin n'a pas dit un mot pour démentir cette rumeur, jusqu'à pré-
— C'est normal, ce n'est pas une rumeur…

Thorin avait répondu en soupirant et il attrapa le post-it qu'il étudia d'un œil las.

Z était un étrange individu qui semblait totalement hors de ce monde et pour qui les notions de mal, de bien, d'inceste ou autre restaient flou, et c'était la raison pour laquelle Thorin n'avait aucun mal à faire ce genre de réflexion devant lui. Arrivé quelques années plus tôt dans la filiale en tant que stagiaire en communication, le jeune homme était incapable de décrocher son diplôme et renouvelait la même année tous les ans, si bien qu'il faisait maintenant parti du décor, et Thorin s'y était attaché au point de l'enrôler comme secrétaire. Parce que ses conversations ressemblaient étrangement, en plus fade, à celle de Frérin, même si, là où le philosophe s'amusait à contrôler des discutions sans queue ni tête, Z, lui, ne faisait pas exprès de s'embourber sur des sujets qu'il ne parvenait pas à cerner.

Distraitement perdu dans ses pensées, Thorin chiffonna le post-it en poussant un nouveau soupir. Dernièrement, lui et Frérin avaient été la cible de beaucoup de journalistes, plus peoples qu'autre chose, qui souhaitaient en savoir plus le lien qui les unissaient et, sans se concerter, ils avaient décidé de garder le silence, tous les deux.

Toutefois, cet abruti de secrétaire avait raison, pour une fois. Thorin n'était pas franchement emballé à l'idée de nier publiquement la relation qu'il avait avec Frérin, mais il savait que la meilleure chose à faire était de clamer que, malgré quelques dérapages totalement dénués de conséquences, ils entretenaient une relation parfaitement fraternelle, claire et saine. Et, pourquoi pas, crier à la diffamation et alourdir ainsi un peu plus le dossier de Smaug. Alors, effectivement, donenr sa version des faits dans une interview n'était pas une si mauvaise idée.

Il jeta le post-it dans sa corbeille et se tourna vers Z dans l'espoir de reprendre la conversation et en savoir plus sur le journal en question, mais le secrétaire réussi, à ce moment, l'exploit de mettre la fin du beignet entièrement dans sa bouche, et, la mâchoire totalement obstruée, il ne parvenait plus à mâcher. Sous le regard désabusé de son patron, il tenta de récupérer l'aliment avec ses doigts et, las, Thorin le congédia avant de s'adosser nonchalamment contre son dossier en se connectant aux derniers fils d'actualités qui concernaient Osgiliath.

oOo

— Quelle horreur, une relation incestueuse… C'est dégueulassse… Et c'est avec ces gens là que tu traines tous les jours ?

D'un geste dégouté, Selwinn jeta le magazine sur la table basse avant de se rassoir confortablement dans le canapé, faisant mine de passer un bras autour des épaules de son petit-ami. Mais, le visage lugubre, Faramir se leva en prenant le journal dont Thorin et Frérin faisaient la une et il le feuilleta rapidement, le cœur serré.

— C'est ça, que tu trouves dégueulasse ?

Il lui montra une photo des deux frères qui semblaient chahuter tendrement et qui, outre le fait qu'ils étaient tous les deux torses nus et qu'ils partageaient le même sang – et le même sexe, peut-être, selon certains homophobes- n'était pas si offensante. Au contraire, la complicité et l'amour qui se dégageait du cliché étaient palpables. Mais le plus vieux fit une grimace hautaine en portant sa tasse de café aux lèvres.

— Non seulement c'est dégueulasse, mais, en plus, c'est du gâchis… Ces deux mecs pourraient faire beaucoup d'heureux…
— Pour ceux qui aiment le genre…
— C'est quoi cette tête ? Tu es jaloux ?

La boutade se voulait légère et Selwinn se leva pour s'approcher de son amant afin de susurrer qu'il était exactement ce genre de mec lui aussi : héritier d'un éminent homme politique de Minas Tirith, riche et puissant, et que le gondorien n'avait rien à envier à Thorin ou Frérin. Mais le plus jeune s'éloigna, les dents serrées et le regard fuyant :

— Non. Je pense simplement que nous ne devrions pas être jugés d'après la personne que nous aimons…
— Faramir… Ils sont frères ! Bien entendu qu'ils s'aiment, c'est normal, mais pas de cette manière là ! Tu t'imagines te retrouver dans le même lit que Boromir ?

Faramir manqua de s'étouffer avec classe et il se retourna brusquement pour ne pas montrer le trouble intense dans lequel il se trouva. Imaginer se retrouver dans le même lit que Boromir ? Le terme « Imaginer » n'avait plus sa place… Ses yeux revinrent sur l'article qui commentait les photos de Smaug et il détourna le regard face aux termes « Liaison interdite », « Dérapage ? » et « immoral », puis il laissa tomber le magasine au sol avant de se diriger vers la porte.

— Tu vas où ?
— Rejoindre les gens pervertis qui me servent d'amis.

Maussade, il attrapa son manteau et sortit sans ajouter un mot, ignorant le regard effaré de Selwinn.

L'ambiance dans le Shari était, comme d'habitude, électrique et bruyante et il n'eut même pas le temps de descendre les marches de la cave que Pippin l'accosta discrètement :

— Hey… Pour cinquante livres, je peux te montrer des clichés inédits que la presse ne possède pas sur Thorin et Frérin. Pour cinq-cent, je te vends un pola unique des deux frères…

Faramir retint un sourire, soulagé de voir que les normes de bienséance de cette si droite société étaient allégrement bafouées dans ce repère de fous et il se dirigea vers le bar, où Dwalin, Bofur et Eowyn étaient actuellement en train de commenter un autre magazine qui mentionnait la relation incestueuse entre Thorin et Frérin, plus virulent que celui qu'il avait lu. La sœur d'Eomer avait un stylo dans les mains et écrivait rapidement sur un papier chiffonné une liste de nom que le jeune lycéen ne connaissait pas, tandis que le barman faisait une recherche sur son Smartphone.

— Draeth Fingun… Journaliste sans grand succès, c'est certainement le scoop de sa vie… Il habite à Bree…
— Tu as l'adresse exacte ?

Bofur tenta de lorgner sur l'écran par dessus l'épaule du plus grand, mais, après avoir étudié le profil, ils firent tous les deux la moue et Dwalin lui montra une petite note sur sa page de recherche :

— Nop, mais j'ai un numéro de téléphone, ça suffira.

Il le dicta à Eowyn qui parla distraitement, les lèvres plissées :

— Bree ? Ca ne m'étonne pas, dans ce cas, qu'il fasse un article aussi abject… L'homosexualité est déjà très mal vue dans la Comté, la richesse aussi, alors si en plus ils sont frères…
— On peut demander à Eomer de lui donner un petit coup de téléphone, il a quelques comptes à rendre avec les gens de la Comté et il sait se montrer très… Incisif.
— Je vais lui demander.

La blonde, le papier en main, se dirigea vers la table sur laquelle Eomer faisait un bras de fer contre Boromir arbitré par Aragorn et elle lui mis le papier sous les yeux.

— Aurais-tu l'obligeance d'appeler ce type et de lui faire passer l'envie d'écrire des articles haineux sur nos amis ?
— Tu parles de quoi ?

Attrapant la feuille d'une main tout en gardant l'avantage sur le bras de fer avec une facilité déconcertante, il étudia le numéro en fronçant les sourcils.

— Les articles qui sortent sur Thorin et Frérin. Les journalistes qui font ça sont coupables de diffamation et d'atteinte à la vie privé.
— Bienvenu dans le monde réel, ma belle.

A bout de souffle et tous ses muscles contractés, Boromir tentait de se montrer détaché de sa défaite imminente et seul le verre pilé qu'Aragorn avait posé sur la table pour réceptionner le bras du perdant le poussait à continuer le combat, ne surtout pas abandonner. Eomer leva les yeux vers sa sœur, intrigué :

— Et tu veux que le l'appelle pour lui dire ça ? Mais tous les journalistes sont coupables de ce genre de chose tous les jours, surtout dans la presse people… Surtout que l'opinion générale va dans ce sens…
— Peut-être, mais, cette fois, il s'agit de personnes que nous considérons, toi aussi il me semble, comme des amis… Ceux qui se font de l'argent en salissant leur nom ne devraient pas rester impunis !
— Je suis d'accord. Mais pourquoi moi ?
— Ce mec ne se contente pas de s'indigner sur l'aspect incestueux, mais il condamne aussi l'homosexualité, qu'il considère comme une aberration. On s'est dit que tu avais peut-être envie de te défouler sur un hobbit homophobe, vu que tu n'as pas encore pu cracher tout ce que tu avais sur le cœur aux parents de Merry…
— Certes, mais ça attendra, parce que je suis occupé, là.

Il fit un signe de tête en direction de Boromir, qui regardait d'un œil catastrophé son bras qui s'approchait inexorablement vers le vers pilé. Eowynn étudia un instant la scène puis, d'un geste mécanique, elle posa sa main pâle sur celle de son frère et, d'une pression, écrasa celle de Boromir sur la table. Le gondorien piailla de douleur tandis que, avec autorité, elle tendit son téléphone à son grand-frère.

— Fais en sorte que, la prochaine fois qu'il écrit un article, ce sera pour s'excuser des mots qu'il a employé pour désigner Thorin et Frérin.

Eomer acquiesça en soupirant avant de porter le téléphone à l'oreille, plus pour ne pas contrarier sa sœur que pour sauver l'honneur des deux autres zouaves qui devaient maintenant assumer leur connerie.

L'annonce de leur liaison n'avait fait ni chaud ni froid à Eomer, qui avait toujours trouvé Frérin hors norme, et donc parfaitement capable de ce genre de chose, et Thorin suffisamment à l'aise avec son image pour se permettre ce type d'écart et les retombées qui allaient avec. Par contre, ce qui ne le laissait pas indifférent, c'était non pas la façon dont la presse se réjouissait de cette affaire, mais ce qu'ils avaient appris par la suite : la manière dont Smaug avait fait chanter Frérin avec ces clichés. C'était à ce moment là qu'il avait ressenti du dégout, puis de la compassion pour les deux frères quand les membres du Shari avaient su qu'ils avaient été séparés de force et envoyés chacun à un bout différent du continent.

De son côté, Boromir se lamentait en retirant un a un les tessons de verres incrustés dans sa peau, pas suffisamment profondément pour en faire couler le sang, mais douloureux tout de même.

— Attend, je vais t'aider.

Armée d'une pince à épiler empruntée à Tauriel, Faramir s'assit à côté de son frère et prit patiemment son bras dans ses mains, le regard fuyant. Boromir leva un sourcil et, d'une réflexion narquoise il parla d'un ton détaché :

— T'es pas censé être chez ton petit-copain ce soir ?
— J'avais besoin de prendre l'air.

Retirant un à un les morceaux de verre sans un mot, concentré sur sa tâche, il ne vit pas la manière dont le regard de son aîné le sonda, mais il sursauta lorsqu'un flash les surpris tous les deux.

— Je pense que les photos entre frère et sœur vont bientôt prendre en valeur, surtout si on peut y voir de l'intimité, de la complicité ou des trucs qu'on ne devrait pas voir dans une fratrie… Mais, s'il vous plait, faites comme si j'étais pas là…

D'un regard blasé, les deux gondoriens regardèrent Pippin, polaroid en main, se diriger vers le fond, où se trouvaient les canapés, et Kili, qui lisait son livre de math assis sur les genoux de Fili contre lequel il était avachi et qui passait distraitement les doigts dans ses cheveux brun en chattant par SMS avec Bilbo.

Il y eut un nouveau flash, un juron, puis le bruit d'une course poursuite à travers la pièce, un fracas assourdissant du côté de la réserve où Pippin avait pensé trouver refuge, un hurlement inhumain, puis Kili réapparut en passant une main négligente dans ses cheveux, baillant à s'en décrocher la mâchoire. Il rejoignit son frère qui n'avait pas quitté son canapé et qui ouvrit son bras pour l'accueillir à nouveau contre lui.

— Qu'est-ce que tu lui as fait ?
— Rien, il m'a menacé de crier si je m'approchais. Je me suis approché, il a crié. Alors je suis parti et j'ai fermé la porte.
— La porte de la réserve ?
— Ouep.
— Et tu l'as enfermé dedans ?
— Ouep.
— Mais elle ne peut pas s'ouvrir de l'intérieur.
— Je sais.
— Et c'est une pièce froide… Il risque l'hypothermie si il y reste plus de quelques minutes…
— Ouep.
— Il peut en mourir, Kili…

Encore une fois, le lycéen allait acquiescer mollement, mais il écarquilla soudainement les yeux en se redressant :

— Ho putentrailles !

Poussant un juron catastrophé, Kili bondit et se rua vers la réserve, où il récupéra un Pippin congelé, ses mains bleuies étaient agrippées à son polaroïd et le jeune brun le traina au bar où il commanda l'alcool le plus fort à Dwalin, qui était fort occupé à détruire la réputation d'un journaliste en écrivant une note acéré sur un forum reconnu de la profession. Sans leur accorder la moindre attention, le barman répondit d'un ton impatient :

— Pas d'alcool pour les mineurs.
— C'est une question de vie ou de mort.

Le plus grand, excédé, se tourna vers Kili, qui tenait Pippin, tremblant et claquant des dents, une fine buée rythmait son souffle saccadé et il haussa un sourcil :

— Combien de fois devrais-je vous dire de ne pas aller jouer dans la réserve ?

Kili haussa les épaules et Dwalin soupira avant d'attraper une bouteille d'une liqueur indéterminée, un fruit inconnu distillé au plus fort, qu'il servit dans un shooter avant de le faire glisser à Pippin. Kili lui mit le petit récipient dans les mains et le hobbit le bu d'une gorgée. Il reposa le verre avec un hoquet sonore, puis il leva le doigt dans l'intention de dire quelque chose mais, avant qu'il n'ait eu le temps d'émettre le moindre son, il s'affala lourdement au sol. Le bruit de sa chute attira les regards des personnes présentes au bar et Kili voulu se baisser pour l'aider à se relever. Mais Pippin le repoussa avec un nouveau hoquet et, s'aidant des tabourets, il se remit sur pied en vacillant, le regard trouble et de fortes couleurs vives sur son visage auparavant trop pâle. Bofur haussa un sourcil et, intéressé, il attrapa la bouteille que Dwalin avait encore en main pour en étudier le contenu.

— Tu lui as donné quoi ?
— Je sais pas. Ça fait des années que j'ai cette bouteille, elle n'avait déjà pas d'étiquette quand je l'ai eu, et elle était déjà vieille…
— Je peux gouter ?

Sans s'occuper de Kili qui tenta de raccompagner un Pippin titubant jusqu'aux canapés, Dwalin posa deux autres petits verres sur le comptoir et servit une rasade à Bofur et Eowyn, qu'ils burent tous les deux cul sec. Comme Pippin, Eowyn se serait écroulée au sol si elle n'avait pas eu le réflexe de s'accrocher au bar et sa tête heurta bruyamment le comptoir, plusieurs fois, tandis que Bofur, la bouche ouverte à la recherche d'une respiration coupée et les yeux écarquillés, tournait rapidement sur lui même dans une étrange chorégraphie.

Le barman observa la scène d'un œil intrigué, puis il rangea la bouteille en se disant qu'il lui trouvera certainement une utilisation, ne serait-ce que pour vider quelques gouttes dans les verres des clients chiants.

oOo

— Pat', le journaliste de R & Bor est arrivé.
— Il a un petit problème avec la ponctualité celui-là…

Agacé, Thorin regarda l'heure et fit la moue en constatant que 11h était passé depuis une vingtaine de minutes. Il pensa le congédier, pour la forme, mais la tâche qui lui servait de secrétaire haussa un sourcil appréciatif :

— Si tu n'en veux pas, moi je lui accorde toutes les interviews qu'il désir. Il est franchement canon, je suis certain qu'il est parfaitement à ton goût…
— Je t'ai déjà dit que je ne suis pas gay…
— Je sais que tu dit ça simplement parce que c'est la seule excuse que tu as pour me repousser…

Z remit distraitement ses lunettes sur son nez retroussé, puis il sonda son patron avec un sourire en coin :

— Allez… Accorde lui une interview et invite le à déjeuner… Il vient de loin juste pour toi… Tu as besoin de penser à autre chose et laisser ce genre de mec tout seul dans la nature est un crime.

Thorin haussa un sourcil curieux, puis un sourire en coin étira sa lèvre :

— Et toi, clairvoyant comme tu es, tu as déjà réservé une table pour deux…
— Je me suis dit que t'afficher avec des beaux-gosses t'aiderait à faire taire les rumeurs qui ne sont pas des rumeurs.
— C'est gentil de ta part… Maman.

La raillerie ne sembla pas toucher le jeune homme qui désigna la porte du doigt :

— J'en fais quoi, du coup ? Si tu n'en veux pas, tu peux oublier le resto, j'y vais à ta place.

Thorin eut un rire amusé et il haussa les épaules en s'adossant à son fauteuil :

— Fais le entrer, qu'on en finisse. Je te le laisse pour le déjeuné…

Il lui lança un clin d'œil malicieux auquel le secrétaire répondit d'une grimace ravie avant de passer la tête par la porte pour appeler le journaliste d'une voix suave, puis il sembla se rappeler de quelque chose et, d'un pas vif, il sauta sur le bureau de Thorin pour attraper un post-it.

— Hey, les bleus sont à moi !
— T'inquiète, pat', je te l'échange contre deux verts, c'est une urgence.

Avec une rapidité conférée par l'habitude, il écrivit sur le papier son numéro de téléphone signé d'un smiley tandis que Thorin levait les yeux au ciel, et il se redressa au moment où l'autre passait la porte.

Z se dirigea immédiatement vers lui avec un sourire sensuel et, les sens exacerbés par un soudain élan de possessivité passionné, Thorin sentit son regard se voiler de noir lorsqu'il le vit glisser langoureusement le papier dans la main du journaliste en posant son menton sur son épaule pour susurrer quelque chose, que le brun n'entendit pas, à son oreille.

Puis la porte claqua sur les pas de Z, et un silence opaque s'étendit dans le bureau quelques secondes, avant que Frérin ne lève élégamment ses deux doigts dans lesquels était coincé le petit post-it bleu :

— J'avais peur de ne pas savoir où manger à midi… Et, ça tombe bien, je me disais justement qu'il fallait que je trouve un moyen pour faire taire quelques ragots qui nous concernent…

Le sourire démoniaque du blond lui fit un accro au cœur et, souriant à son tour, Thorin s'approcha, déterminé à s'emparer sans attendre de ces lèvres qui lui avaient tant manquées. Mais, joueur, Frérin le repoussa puis sortit un stylo de son
sac :

— Il y a une règle stricte à R&Bor : les reporters n'ont pas le droit de copuler pendant une interview, ça ne fait pas professionnel…
— Reporter ?

Pris au jeu, Thorin ne chercha pas à insister et il alla s'asseoir dans l'un des fauteuils confortables qui occupaient un coin de la grande pièce, invitant Frérin à prendre place face à lui.

— Reporter, oui… Je t'avais déjà parlé de mon petit travail de chroniqueur… Il se trouve que j'ai eu pas mal de succès et que j'ai finalement été embauché en tant que journaliste… On me propose des sujets à creuser ou des personnalités à découvrir… Et, dernièrement, on m'a demandé de faire quelques pages sur toi, pour la rubrique people… Ce n'est pas mon domaine, normalement, mais il paraît qu'aucun de mes collègues n'arrive à te joindre, alors ils ont pensé à moi…

Il lui lança un regard pétillant, laissant son stylo tourner adroitement autour de ses longs doigts, hypnotisant Thorin dont le regard couru sur ses belles mains pâles et agiles, aussi promptes à sortir les plus belles mélodie au piano qu'à déclencher les plus douces sensations lors des nuits enfiévrées. Jugulant le désir de les embrasser maintenant, il planta à nouveau son regard dans celui de son demi-frère avec un sourire charismatique :

— Très bien, dans ce cas, monsieur le journaliste, si vous avez des questions, je suis à vous… Autant en finir au plus vite…

Par Mahal, que ce sourire lui avait manqué… Fixant intensément ces lèvres fines et provoquantes, il laissa à Frérin le temps de sortir sa tablette tactile sur laquelle il fit courir ses doigts rapidement en parlant d'un ton détaché :

— Je me suis permis de répondre à ta place sur la plupart des topics, pas la peine de s'attarder dessus…
— Laisse moi voir.

Frérin leva son regard vers lui, haussant délicatement un sourcil, mais Thorin, curieux de voir ce que son frère comptait dire de lui à la presse, se pencha avec un sourire envoutant pour s'emparer de la tablette qui glissa des mains du blond sans qu'il ne cherche à résister.

— Sans blague, tes lecteurs veulent vraiment savoir que je joue de la harpe ?
— Bien entendu, parce que ce ne sont pas des lecteurs, mais des lectrices. Et elles veulent qu'on leur envoie du rêve…
— Et leur apprendre que je suis l'auteur de recettes de cocktails aphrodisiaque les fait rêver ?
— Ca me fait rêver moi, alors pourquoi pas elles ?

Mutin, ses yeux gris luisant intensément rivés sur le visage de son frère qu'il détaillait sans pudeur, le blond porta son stylo à sa bouche pour le mâchouiller sensuellement tout en tendant sa jambe devant lui afin de caresser celle du plus vieux du bout du pied.

— Tu n'es pas obligé de leur déballer ma vie…
— Ho que si. Smaug essaie de nous salir aux yeux du monde entier…
— Je pensais que ce que les gens pensent de toi ne t'affecte pas…

Frérin, sans se départir de son sourire machiavélique, intensifia la caresse sur la jambe de son ainé, laissant son pied remonter plus haut, et il répondit avec malice :

— Même si nous étions déjà connus en tant qu'héritiers de l'une des plus grosses firmes de la Terre du Milieu, nous n'étions pas forcément des personnalités incontournables avant ça. Mais, maintenant, c'est de nous dont parle la presse, et pas forcément en bien… Certes, nous pouvons nous terrer et attendre que ça passe, parce que ce genre de chose fini toujours par passer. Mais, pourquoi ne pas profiter de cette vague pour montrer notre vrai visage, que les gens continuent de parler de nous non pas pour une déviance incestueuse, mais parce que nous sommes… Fantastiques…

Il avait susurré son dernier mot en quittant son siège pour se pencher sur Thorin et il souffla langoureusement dans le creux de son oreille :

— Je veux faire de toi la personnalité numéro un de ce monde, Thorin. Je veux que les gens parlent de toi, rêvent de toi… Je veux qu'ils te désirent, que tous souhaitent ta compagnie… Et je veux que tu leur sois inaccessible… Parce que tu es déjà mien…

Grimpant sur le fauteuil pour surplomber son frère, Frérin posa une main possessive sur sa poitrine en retenant son souffle, se noyant dans le regard si poignant de Thorin qui le dévorait avec dévotion. Il baissa les yeux et se pencha sur son visage en entrouvrant ses lèvres, prêt à happer celles qui lui avaient tant manquées et pour lesquelles il venait de se taper six heures de vol.

Mais la porte s'ouvrit à ce moment sur Z qui pénétra dans le bureau avec un plateau portant deux tasses de café et un sachet de viennoiseries dans les mains et Frérin se redressa lentement pour tourner son visage vers le nouveau venu.
Le secrétaire haussa un sourcil lorsque son regard tomba sur la position du journaliste, qui, goutant enfin à l'anonymat, sachant qu'ici, il n'était pas le frère de Thorin mais un simple inconnu, n'avait pas pris la peine de se séparer du brun, restant nonchalamment assis sur les genoux de ce dernier.
Toutefois, pas gêné le moins du monde, Z s'approcha de la table sur laquelle il posa son chargement en parlant d'une voix distraite :

— Tu perds ton temps, il n'est pas gay.
— Moi je le suis…

Caressant le torse du brun, Frérin avait répondu d'un ton séduisant, en lançant un regard de braise à Thorin et un clin d'œil à Z, qui se redressa après avoir pioché un croissant dans le sachet.

— Ca tombe bien, moi aussi… Ca nous fait un truc en commun…

Il mordit dans le croissant sans voir le regard blasé de Thorin qui se retint d'intervenir, tandis que Frérin se retourna partiellement pour attraper un chausson aux pommes en parlant distraitement :

— Je crois qu'on a un autre truc en commun…
— Ha oui ?

Ravi, le visage de Z s'était illuminé comme un sapin de Noël, mais étudiant la viennoiserie d'un œil critique, Frérin répondit doucement :

— Nous savons tous les deux ce qu'il aime…

Il échangea un regard complice avec son demi-frère qui le laissait jouer patiemment sans chercher à donner son avis sur le sujet, et Z eu une moue narquoise avant d'affirmer avec aplomb :

— Rêve pas. S'il m'a embauché en tant que secrétaire, c'est, entre autre, parce que je sais exactement ce qu'il veut et quand il veut… Personne ne le connaît mieux que moi, encore moins un reporter fraichement débarqué d'Erebor...
— Vraiment ?

Le sourire de Frérin devint machiavélique, amenant Thorin à lever les yeux au ciel, et, conscient que le plus jeune dégustait la situation : agir envers lui comme s'il était son amant, et non son frère, en présence d'une tierce personne, il se retint de congédier Z sur le champ, curieux de voir la suite. Amusé, il ouvrit la bouche lorsque Frérin lui proposa un morceau de sa viennoiserie et, se livrant de bon gré à son jeu de séduction possessive, il alla même jusqu'à refermer ses lèvres sur ses longs doigts en s'emparant de l'aliment.
Z haussa à nouveau un sourcil en mâchant mécaniquement son croissant et analysant la scène sans aucune pudeur :

— Hey, pat', tu avais dit que tu me le laissais pour le déjeuner !

Ce fut au tour de Frérin d'hausser un sourcil élégant en plongeant un regard qui se voulait outré dans celui de Thorin et ce dernier eut un sourire cruel :

— Peut-être… Mais, finalement, tu as raison sur une chose, il est parfaitement à mon goût…

Il ponctua sa phrase d'une caresse sur sa cuisse, frémissant en voyant le sourire rayonnant qui illumina le visage de son demi-frère, et Z haussa fatalement les épaules, acceptant la trahison d'une moue éloquente : « Je l'avais bien dit ».
Il n'était pas le genre de personne qui connaissait beaucoup de succès en amour, au contraire, faisant parti de la glorieuse caste des loosers persévérants, Z savait que chacune de ses tentatives se solderait par un échec et il s'en était parfaitement accommodé, trouvant son plaisir dans le flirt sans conséquence et la drague assidue envers tout ce qu'il jugeait digne d'intérêt. Et, des deux personnes qui lui faisaient face, il ne sauraient dire qui il préférait, entre le jeune PDG ténébreux ou bien cet étincelant journaliste inconnu et audacieux. Dommage qu'il soit simplement celui en trop.

— Okay, pat', tu comptes présider le conseil d'administration de toute à l'heure ou bien je leur dit que tu as un empêchement ?
— Wow… « Préside le conseil d'administration»… C'est sex…

Un sourire mutin accroché aux lèvres, Frérin sortit un calepin de la poche arrière de son slim sur lequel il griffouilla rapidement tandis que Thorin congédia Z en lui demandant de prévenir les membres du conseil de son absence. Le secrétaire disparut sans ajouter un mot et, avant même que la porte ne soit totalement fermée, les lèvres du blond, toujours installé à califourchon sur les cuisses du premier héritier, furent happées dans un baiser exigeant et passionné. Thorin avait attrapé sa nuque pour l'attirer à lui et il joua furieusement avec ses lèvres, conquérant sa bouche et débusquant sa langue. D'abord surpris, Frérin se laissa submerger, puis il répondit au baiser avec fougue, se pressant contre le corps du plus vieux en s'offrant sans concession. Mais, avant que les choses ne deviennent plus ardentes, il posa sa main sur son torse pour le repousser gentiment en murmurant contre ses lèvres.

— Je n'en ai pas fini avec ton interview…
— Nous pouvons le terminer plus tard… Surtout que tu ne sembles pas avoir besoin de moi pour répondre à ma place…

Une main affamée s'était dirigée vers la fermeture de son pantalon dans une invitation Sans équivoque et Frérin se tordit en poussant un souffle érotique. Mais il se déroba et se leva, lui lançant un sourire joueur et cruel :

— Certaines questions demeurent encore sans réponse, et je ne vais pas non plus faire tout le travail à ta place ! Surtout qu'il faut que ce soit spontané, ça fait mieux.

D'un geste souple, il récupéra sa tablette avant de se laisser tomber dans son fauteuil face à Thorin à qui il envoya un baiser mutin du bout des lèvres et l'autre leva les yeux au ciel, sentant peu à peu que sa patience atteignait ses limites.

— Très bien, que veux-tu savoir ?
— Tu te doutes que ça concerne avant tout les derniers événements…

Thorin haussa une épaule tandis que Frérin chargeait les questions que ses collègues lui avaient demandé de poser et il haussa un sourcil en lisant la première :

— Okay… C'est du lourd. Commençons avec la plus soft : « Quelle est ta relation avec Fili depuis que Thraïn a annoncé qu'il peut légitimement prétendre prendre ta place de premier héritier ? »

Frérin lui lança ensuite un regard curieux et Thorin soupira, se demandant à combien de joker il avait le droit, mais il répondit franchement, laissant Frérin pianoter sur sa tablette pour y rendre ses mots exacts :

— Ca fait un moment que le droit d'ainesse est aboli à Erebor, donc, même si je suis considéré comme le premier, je n'ai jamais estimé être l'unique héritier. Si Fili ou Kili –ou même toi, Frérin- montrent un quelconque intérêt pour la firme, rien ne nous empêchera de collaborer.

Thorin lui envoya un regard envoutant, tandis que le journaliste fit la moue en passant rapidement à la question
suivante :

— « Les rumeurs certifient qu'il souhaite évincer ses oncles pour reprendre la firme et la faire fusionner avec celle de votre rival… Quelle relation entretiens-tu avec ton neveu depuis qu'il a accepté un contrat avec Smaug ? »
— Je tape dessus dès que je le vois…
— Thorin !

Frérin le reprit en lui donnant un sec coup de pied, visant le tibia, que le plus vieux évita avant de reprendre plus sérieusement :

— Je connais les conditions qui l'ont amenées à signer ce contrat, je n'aurai pas hésité à faire de même si j'avais été à sa place…
— De quelles conditions parles-tu ?

La question était susurrée d'un ton mutin et Thorin claqua sèchement la langue en faisant un signe de tête en direction de la tablette :

— Ça ne fait pas parti de la liste de question de tes collègues…
— Ils me tueront s'ils remarquent que je n'ai pas cherché à creuser… Ils veulent tout savoir… Donc ? Quelles conditions ?

Thorin sembla réfléchir un instant, puis il haussa les épaules et lâcha franchement :

— Smaug a fait enlever son petit-ami et l'a menacé de le vendre sur les immondes marchés de Minas Morgul si Fili refusait de coopérer…

Frérin en lâcha sa tablette.
Parti à Erebor avant ce drame, il avait simplement entendu dire que Fili avait accepté de plein gré de travailler pour Smaug, sans savoir pourquoi. Le visage blême, il planta son regard effaré dans celui de Thorin en se penchant pour ramasser l'instrument électronique qui gisait au sol :

— Mais… Com… Comment va Bilbo ?
— Mieux. Le marché a été honoré, donc il est retourné auprès de Fili.

Frérin déglutit et ses yeux firent quelques allées retours entre Thorin et sa tablette, et il fronça les sourcils :

— Peut-être devrions-nous zapper ce sujet, en fait…
— Ou pas… Personne ne sait ce qu'il s'est réellement passé et nous ne sommes plus les seuls dont Smaug a sali la réputation… Fili passe maintenant pour un opportuniste dévoré par l'ambition qui ne rechigne pas à tourner le dos à sa famille et s'en prendre à ses oncles pour arriver à ses fins… Le procès aura bientôt lieu et je sais que Fili ne témoignera que s'il est certain que Bilbo est en sécurité… Pourtant, cette histoire peut avoir un poids considérable… Si ton article est lu, ça pourra faire pencher plus encore la balance de l'opinion public contre Smaug…

Frérin lui lança un regard poignant, dur et acéré qui déstabilisa le plus vieux, même s'il savait que la colère qui gorgeait ses pupilles n'était pas dirigée contre lui, mais contre Smaug, qui semblait déterminé à détruire tous les descendants de Thror, puis il inspira et écrivit rapidement les derniers mots de Thorin en maugréant :

— Fili sera lui aussi assailli par les journalistes bientôt… Surtout avec une telle histoire… Se sacrifie par amour… Quel con… Si je ne veux pas qu'il te vole la vedette, il faudra mettre les bouchées doubles…

La réplique amusa Thorin qui s'adossa confortablement à son siège en détaillant le corps qui lui faisait face, plus concentré sur ce torse, couvert d'un pull chaud, mais qu'il savait effilé et très réceptif et ce bassin qui, dans certains conditions, se mouvait de la manière la plus sensuelle qui soit, que sur l'interview. Le regard de Frérin était fixé sur sa tablette et il continua sans se préoccuper de son impatience :

— « Tu as déjà vécu ton enfance à Erebor, penses-tu revenir un jour habiter dans ta ville d'origine ? »
— Bien entendu… Surtout depuis qu'elle possède un attrait de plus à mes yeux…
— De quel attrait parles-tu ?

Se doutant de la réponse, Frérin avait attrapé sa lèvre inférieure entre ses dents et il la grignota lascivement en dardant sur Thorin un regard de braise. Mais le plus grand eu un sourire complice et il glissa sur la question d'une voix basse :

— Ça, tes lectrices n'ont pas à le savoir.
— Mais moi, je veux l'entendre…

Le sourire de Thorin se fit plus joueur et il lâcha d'un ton feutré :

— Disons que mon cœur s'est envolé pour Erebor il y a quelques semaines…

Comme il s'y était attendu, la déclaration camouflée fit court-circuiter l'esprit de Frérin qui rougit sensiblement, à court de mot. Et Thorin, qui s'était penché vers lui, s'adossa à son fauteuil en attrapant la tasse de café encore fumante que Z avait posé sur la table basse, un sourire ravi étirait ses lèvres :

— J'aime l'idée de me savoir la seule personne capable de te ravir ta si célèbre répartie, Frérin…

C'était mot pour mot la phrase qu'il avait utilisée juste avant que ça ne dérape entre eux, lors de leur première fois ensemble. Frérin le savait parce que chaque instant de cette nuit était gravé dans sa mémoire, et il frémit, avant de parler distraitement, cherchant à reprendre contenance :

— Okay… Pour la version papier, je vais mettre qu'Erebor est la ville de ton cœur…

Thorin ne rejeta pas la proposition et, s'amusant à déstabiliser le plus jeune, il tendit à son tour la jambe vers lui pour le caresser d'un pied agile. Mais Frérin resta concentré et il reprit d'une voix légèrement enrouée :

— Comment as-tu vécu- Ho… On peut la passer celle là…
— Pourquoi, elle parle de quoi ?
— La mort de ta mère… Ces abrutis demandent comment tu l'as vécu…
— Très mal.
— Et… L'arrivée de Sigrid à peine quelques mois après les funérailles ?

Des deux, Frérin était le moins à l'aise. Ils n'avaient jamais parlé de ça ensemble et il ne savait absolument pas à quel point Thorin, dont les émotions étaient claquemurées, était touché par ces événements. Mais le plus vieux haussa les épaules. C'était suffisamment vieux pour qu'il puisse en parler librement, sans douleur :

— Sigrid a été parfaite, autant pour calmer la douleur de papa que pour nous prendre en charge comme une mère, surtout sur l'aspect pratique. Mais Dis et moi ne l'avions jamais considérée comme telle, tout comme elle n'a jamais cherché à faire de nous ses enfants, nous n'étions qu'un devoir.
— Vous vous entendiez bien ?
— Avec Dis, ça a été très conflictuel au début, moi j'étais trop jeune pour lui reprocher quoique ce soit, elle prenait soin de moi et ça me suffisait. Notre relation a toujours été très cordiale, sans heurt. Elle a toujours été là pour moi lors de ma scolarité, bien plus présente que papa.

Frérin hocha la tête. Il avait délaissé les questions de ses collègues pour poursuivre sa propre interview, soudain curieux par ce moment dans sa famille, très flou pour lui, qui séparait la mort de Gabrielle avec ses premiers souvenirs.

— Ça n'a pas du être une période facile pour toi…
— J'avais des très bons amis sur qui compter.
— Est-ce que tu as des… Souvenirs, de moments que tu aurais passés avec papa ?

Frérin se mordit la lèvre en sondant Thorin qui eut un sourire nostalgique en se rappelant de quelques anecdotes :

— Quand il nous emmenait faire des tours en ULM avec Dis, et qu'il feignait de s'endormir en plein vol, laissant l'avion piquer pour nous faire flipper… On savait que c'était du bluff, mais on s'amusait à prendre les commandes en urgence pour redresser l'appareil… Ou quand il nous laissait participer aux conseils d'administration et qu'il nous demandait notre avis sur les sujets qui déchiraient les conseillers… Je ne sais plus qu'elle connerie j'avais proposé, mais un jour il m'a emmené dans la rue pour m'offrir une glace du marchand en certifiant que j'irai loin…

Frérin le regardait intensément, sa main posé sur sa tablette avait oublié de prendre des notes et Thorin soupira, puis il lui lança un regard indéchiffrable avant de grimacer sombrement :

— Frérin… Il s'est autant occupé de toi que de moi, tu sais qu'il t'aime…

Le plus jeune poussa un claquement de langue agacé et il détourna le regard en se concentrant à nouveau sur ses notes :

— Personnellement je ne me rappelle pas avoir partager la moindre chose avec lui…

Passant sombrement ce sujet, il se concentra sur le reste des questions de ses collègues et il haussa un sourcil délicat en lisant la suite :

— Et nous y voilà…

Comprenant sans mal de quoi parlait Frérin, Thorin se redressa pour regarder la manière dont ses lèvres se plissèrent en lisant LE sujet qui faisait en ce moment jaser la presse people :

— « Plus personne n'ignore les photos qui ont fuité et qui concerne une certaine liaison que tu aurais entretenue avec le fils de Sigrid, ton demi-frère… »
— Pourquoi utiliser le conditionnel ?
— Ça n'a pas été confirmé publiquement… Tout comme ça a été démenti par Thraïn… C'est la raison pour laquelle mes collègues attendent ta version…
— Tu ne leur as pas donné la tienne ?

Il haussa les épaules en parlant d'un ton détaché :

— Ils étaient plus concentrés sur ma mésaventure avec Smaug, ils en ont oublié que je faisais moi aussi parti de cette histoire incestueuse…
— Je vois…

Thorin garda les lèvres closes, son regard ancré dans celui de Frérin, et le temps sembla suspendu. Le plus jeune écrira exactement les mots qu'il emploiera, quand bien même il le trainerait dans la boue pour sauver son honneur, et jamais il n'osera lui parler de ce qu'il désirait réellement, au fond de lui.
Frérin se foutait royalement de ce que les gens pouvaient penser, c'était une chose, tout comme il était parfaitement conscient que s'afficher avec Thorin et revendiquer leur relation ne leur était d'aucune utilité, au contraire. Toutefois, il ne parvenait pas à s'empêcher de souffrir de ce déni qui leur était imposé. Lui qui aimait tant mentir avait, pour une fois, envie de se montrer franc, mais il baissa les yeux sur sa tablette en attendant la réponse de son ainé, conscient qu'il était suffisamment raisonnable pour savoir quoi dire à la presse à ce sujet.

— Tu n'as qu'à écrire que… Ces photos que Smaug a publiées sont une atteinte à notre vie privée. Et que ce que nous faisons de cette vie privée ne regarde que nous, nous n'avons pas à nous justifier.

Frérin haussa à nouveau un sourcil, une étrange lueur ravi étincela soudain dans ses yeux, mais il ne fit pas mine d'écrire le moindre mot, il se contenta de sonder son frère avec un regard curieux :

— Tu comptes vraiment leur dire ça ?
— Pourquoi pas ?
— Ils chercheront à en savoir plus… Ce serait comme jeter de l'huile sur le feu…
— Ça te pose un problème ?

Thorin avait posé sa question franchement, attentif à ce que semblait désirer Frérin, mais le sourire qui lui répondit lui fit comprendre que, au contraire, ça lui convenait parfaitement et il se pencha sur son écran pour écrire rapidement les derniers mots du plus vieux.

— Okay… La question suivante, on l'oublie. Et comme c'est la dernière, on peut dire qu'on a presque fini !
— Pourquoi, de quoi s'agit-il ?
— Rien d'important.
— Laisse-moi voir.
— Hey ! Touche pas à-

Mas Thorin se leva pour lui arracher la tablette des mains et il fit se rassit en faisant défiler l'écran jusqu'à la dernière question, repoussant du pied Frérin qui chercha à reprendre son bien. Toutefois, il retrouva brusquement son sérieux en lisant les mots que le plus jeune avait voulu taire et, le regard grave, il cessa de le repousser pour, au contraire, l'attirer à lui afin de prendre son visage en coupe et accrocher son regard :

— Ce que j'ai ressenti à ce moment ? Je ne crois pas que ce soit descriptible… Entre la colère, la douleur, l'impuissance… Encore maintenant, c'est quelque chose qui me hante… Ce que Smaug a fait à mon petit-frère est innommable… Et il est hors de question que ça recommence…

En réponse, Frérin posa sa main sur le torse de Thorin qu'il caressa tendrement, avant de lui envoyer un sourire creux :

— Ça va aller, Thorin, ne te tourmentes pas pour ça. N'y pensons plus.
— Comment veux-tu que je cesse de penser à ça ? Quand je sais ce que tu as subi-
— Shhh.

Il le fit taire d'un baiser bref, mais intense, avant de se lever sombrement pour se séparer de lui en posant sa tablette sur la table basse, le dos tourner à lui.

— Frérin. Tu sais que tu peux m'en parler si tu en ressens le besoin…
— Pour te dire quoi ?

Une soudaine fureur, fruit d'un dégout trop longtemps contenu, l'amena à se tourner brusquement, pour faire face à Thorin qu'il épingla d'un regard poignant et il continua d'une voix vibrante :

— Pour te faire savoir à quel point c'était abject ? Te raconter dans les moindres détails tout ce qu'il m'a demandé de lui faire et comment je lui étais soumis comme un chien ? Que veux-tu que je te dise, Thorin ? Qu'es-tu réellement prêt à entendre ?

Ils se regardèrent un instant dans les yeux, puis Thorin, constatant qu'il s'était braqué, se leva pour s'approcher de lui et caresser sa joue d'un geste pétrie d'excuse.

— Si tu ne veux pas m'en parler, alors dis moi ce que je peux faire pour que ça cesse de te ronger…

Le blond haussa les épaules puis, soudain mutin, son regard étincela et il s'éloigna du plus vieux pour s'approcher de son sac.

— C'est passé, Thorin. Concentrons nous sur autre chose et allons de l'avant. Tu sais que me lamenter sur mon sort n'est pas mon genre…

Effectivement, Thorin reconnaissait bien la force de Frérin qui vivait sa vie sans regarder en arrière et sans se soucier des conséquences. Mais il savait aussi que l'événement était trop lourd pour qu'il parvienne réellement à s'en défaire, mais il n'était pas encore prêt à affronter ces souvenirs là.
Il le vit sortir un appareil photo de grande valeur et il leva les yeux au ciel.

— Ne me dit pas que tu as l'intention de me prendre en photo…
— Bien sur que si, monsieur le sexy PDG… Tu as tout : la jeunesse, la richesse, le pouvoir et un corps de Valar… Elles vont se pâmer… Surtout que les seules photos de toi que la presse possède en ce moment ont été fournies par Smaug… Allez, fait cheese !

Thorin fit une moue ennuyée, mais il se prêta au jeu avec plaisir et, répondant de bonne grâce aux exigences de Frérin, il s'amusa à prendre des poses aguichantes dignes des modèles les plus hot affichés sur les couvertures et faisant baver son frère qui, après un nombre incalculable de clichés, fit défiler les photos sur l'écran numérique avant d'ordonner d'une voix sans appel :

— Parfait, t'es au top ! On continu, mais tu ouvres ta chemise… Quoique… Retire là, plutôt, c'est mieux…
— Je croyais qu'il s'agissait d'un journal sérieux !
— Il l'est. Les prochaines photos seront pour mes archives personnelles…

Il lui lança un regard pétillant auquel Thorin répondit d'un sourire provoquant, avant de retirer son haut sensuellement, mitraillé par le flash de l'appareil photo. Frérin fit une nouvelle série plus hot, adorant shooter son frère de la sorte et dégustant les poses sexy et alléchantes que Thorin lui offrit.

Il fit ensuite une pause pour étudier les photos qu'il venait de prendre, mais le brun en profita pour s'approcher de lui et l'enlacer avant de lui prendre l'appareil photo des mains.

— Hey !

Mais, sans écouter ses protestations, Thorin enclencha le retardateur avant de poser l'appareil sur son bureau et il se tourna à nouveau vers Frérin qui, comprenant ce qu'il avait en tête, chercha à sortir rapidement du champ de l'objectif. Mais le plus vieux l'attrapa avant, et le mode rafale se déclencha au moment où il tira sur la fermeture du pull pour ouvrir le vêtement et glisser ses mains sous le T-shirt sombre qu'il fit remonter pour découvrir le ventre plat.

— Arrête ! Ce genre de cliché ne doit surtout pas filtrer, il faudra les effacer immédiatement !

Frérin se tordit en cherchant à fuir l'étreinte, autant amusé que catastrophé, mais, d'un geste souple, Thorin le fit reculer jusqu'à son bureau sur lequel il l'allongea, récupérant l'appareil photo au passage et retirant le T-shirt du blond qui se trouva à moitié-nu, offert à son regard gourmand et à l'objectif. Thorin s'installa à califourchon sur son bassin pour l'immobiliser, puis il prit quelques clichés. Mais, insatisfait par le peu d'effort que faisait le plus jeune, plus concentré sur la meilleure manière de s'en sortir qu'autre chose, il posa l'appareil pour se pencher sur son petit-frère, un regard dangereux luisant dans ses yeux :

— Laisse-toi faire… Quitte à ce que l'on me blâme pour une liaison incestueuse, autant que l'on comprenne pourquoi j'ai craqué et que l'on dise que j'aurai été fou de résister…

Le sourire se fit envoutant et il s'empara de sa bouche pour un baiser sensationnel, plongeant ses mains dans ses cheveux qu'il ébouriffa tout en jouant avec la langue du plus jeune jusqu'à ce que le souffle vienne à leur manquer. Puis il quitta ses lèvres pour embrasser sa gorge qu'il savait sensible, laissant une main descendre jusqu'au bas ventre pour ouvrir le pantalon et glisser sous le vêtement. Frérin eut un souffle érotique et il porta une main à sa bouche pour en mordre le doigt, retenant ses gémissements.

Aguiché par son attitude ensorcelante, Thorin cloua son bassin au sien, ondulant suavement contre lui, faisant grimper la température rapidement et amenant Frérin à s'agripper à la table en jurant sous le plaisir que le manque rendait plus intense.
Lorsque le brun prit à nouveau l'appareil photo, Frérin se laissa aller et envoya une moue séduisante à l'objectif. Son attitude langoureuse et offerte, ses cheveux éparpillés sur le bureau dont les papiers qui y gisaient portaient le sigle de la compagnie de son père, son regard noyé dans un désir et un plaisir qui le dépassaient et, surtout, l'ombre de Thorin qui le couvrait, en firent un cliché aussi érotique que scandaleux.

Le brun étudia la photo avec un sourire ravi, puis il se sépara du plus jeune pour finir de se déshabiller à son tour avant de prendre place entre ses jambes, qui s'enroulèrent autour de sa taille, et il se pencha sur lui en caressant son corps :

— Dis-moi… A partir de quand peut-on certifier que l'interwiew est terminée ?
— Au moment où le PDG prend le journaliste à même son bureau, je pense…

Thorin eut un sourire gourmand et il embrassa la bouche de Frérin passionnément, adorant le sentir répondre avec besoin à son étreinte, bien décidé à clore cette interview de la plus douce des manières.


oOo

Merci d'avoir lu !

Je ne sais pas encore sur quoi je vais axer le prochain chapitre,
peut-être sur les personnages délaissés (Dwalin/Orianne ou Fili/Bilbo)

Si vous avez une suggestion/Envie, n'hésitez pas à en faire part !