N.B. : Merci à Myriam et Frenchnuts pour vos précieux commentaires. Ils sont très appréciés. À très bientôt et à la revoyure!
Le Cri du Désespoir
Los Angeles : Résidence de Paul et Sindy
Dimanche : 03h.16 A.M.
Au même moment, tandis que Cathy s'apprêtait à bondir sur Sindy, Paul, assis derrière Mulder qui tenait péniblement la route sur un chemin de gravier cahoteux sentit la chair de poule couvrir son épiderme et une terreur inexplicable lui oppressa la poitrine.
- Accélère, Mulder, ordonna-t-il le regard froid et la mâchoire serrée. Quelque chose ne va pas à la maison.
Effrayés, Mulder, Scully, Keven et Sarah se tournèrent vers leur camarade et remarquèrent son expression hantée et l'angoisse qui étouffait sa voix. Mus par une terreur similaire, des frissons d'épouvante parcoururent leur corps jusqu'à la racine de leurs cheveux.
- Merde! Je n'aurais jamais dû accepter de la laisser seule, se reprocha Paul d'une voix étranglée. C'était de la pure folie. Comment ai-je pu être aussi stupide?
Touchés par son désarroi, Keven et Sarah entourèrent leur ami pour le réconforter.
- Reste calme, Paul, lui recommanda Mulder avec une douceur ferme. Cela ne sert à rien de paniquer sur une simple impression. Je connais Sindy depuis le berceau et elle n'a jamais été du genre à prendre une décision à la légère. Elle semble peut-être inoffensive, candide et fleur bleue mais elle sait très bien se défendre. Je l'ai même déjà vu mettre au tapis des malabars qui faisaient deux fois sa taille.
- Mulder a raison, vieux, continua Keven d'un ton rassurant. Si Sindy nous a demandé de partir et de la laisser seule, c'est certainement parce qu'elle avait un plan en tête. Tu n'es aucunement responsable de ses choix.
- C'est pour ça que tu ne dois pas te sentir coupable, Paul, ajouta Sarah gentiment. Cela ne sert à rien. Sindy t'a demandé de lui faire confiance et tu as accepté parce que tu l'aimes et la respectes. C'est aussi simple que ça.
En signe d'appréciation, Scully et Mulder se tournèrent vers Paul et lui jetèrent un sourire chaleureux. Mais cela n'empêcha guère Mulder d'appuyer sur l'accélérateur pour prendre de la vitesse.
« Cela ne nous fera aucun mal d'arriver plus rapidement, » pensa-t-il.
Un peu plus rassuré par le discours de ses amis, Paul se mordilla tout de même la lèvre inférieure. N'empêche! Il se sentirait plus tranquille quand il pourrait enfin serrer Sindy dans ses bras.
Domicile de Paul et Sindy : salle de méditation
Dimanche : 3h.18 A.M.
Vive comme l'éclair, Sindy esquiva Cathy et se jeta de côté en roulant sur elle-même. Puis, elle se remit debout, en position de vigilance.
Déboussolée, l'enfant se releva d'un mouvement saccadé et la chercha du regard. Ensuite, elle fit le tour de la pièce et se dirigea lentement vers Sindy qui restait immobile tout en l'observant attentivement, lisant dans l'esprit de la fillette que celle-ci ne la menaçait pas intentionnellement.
Longue et mince, avec ce corps dégingandé qui précède l'adolescence, le visage de Cathy, très pâle et d'une grande beauté, restait neutre et sans expression. Puis, ses pupilles noires se rétrécirent et se fixèrent de nouveau sur Sindy. Les traits tendus comme si elle écoutait une musique céleste, l'enfant continua de s'avancer vers elle.
Inspirant et expirant lentement, Sindy ne bougea pas d'un cil. Elle se doutait que l'enfant était peut-être manipulée par quelque chose ou quelqu'un et que celle-ci pouvait se montrer aussi imprévisible qu'un animal sauvage devant un mouvement trop brusque et attaquer si elle se sentait piégée ou menacée.
Lorsque la fillette bondit sur elle pour la seconde fois, Sindy ne l'esquiva pas. Elle jeta un coup d'œil furtif vers la caméra de surveillance installée dans la salle de méditation, prête à encaisser le choc sans broncher. Ensuite tout se déroula très vite. À peine trois secondes plus tard, Cathy se jeta sur elle, la prit par les épaules et la cogna contre le mur. Ses ongles enfoncés dans les avant-bras de Sindy, elle se mit à crier désespérément.
Ressentant son désespoir, Sindy plongea ses yeux dans ceux de la petite fille et tenta de contourner la barrière psychique qui faisait office d'écran dans son esprit. Ensuite, elle se concentra pour sonder les émotions de la fillette en se servant de son troisième œil. Cette tâche accomplie, elle visualisa un puissant rayon de lumière qui s'attaqua à l'écran protégeant l'esprit de Cathy.
Aussitôt, l'enfant essaya de détourner les yeux pour se soustraire au regard pénétrant de son adversaire qui lentement, avec précaution, concentrait ses énergies à détruire la barrière emprisonnant l'âme et l'esprit de la fillette. Devant cet assaut inattendu, Cathy poussa un gémissement. Et pour la seconde fois, elle essaya de se libérer de l'emprise de Sindy qui la sondait de plus en plus profondément en maintenant son regard captif. Agitée, Cathy se débattit, prit sa tête entre ses mains et hurla de douleur. Soucieuse de ne pas la faire souffrir davantage, Sindy cessa immédiatement de la sonder et prit la petite fille autiste dans ses bras. Puis doucement, elle berça la fillette qui sanglotait, le visage enfoui contre sa poitrine dans l'espoir de l'apaiser. Et tout à coup, son cœur s'emballa car au moment où elle retirait ses antennes qui tentait d'atteindre l'esprit de l'enfant, Sindy eut le temps de capter sa voix lointaine et terrifiée qui la suppliait avec un désespoir incommensurable :
- Je t'en prie, Sindy! Tes amis et toi devez absolument m'aider avant que je ne vous tue!
Chemin Forestier
Au même moment
Le pied au plancher, Mulder jeta un œil rapide pour lire l'heure sur son tableau de bord et décida de couper à travers champs. Étonné, Keven dévisagea son ami mais ne lui posa aucune question. Mulder savait ce qu'il faisait. S'il jugeait préférable de couper par les champs, c'est qu'il pressentait sûrement que le temps leur était compté. Il s'approcha de Sarah et l'attira vers lui. Sans dire un mot, celle-ci se nicha dans ses bras. Elle éprouvait une peur bleue même si elle luttait pour garder le contrôle. L'heure de la nouvelle attaque approchait à grands pas. Et même si Paul leur administrait cette drogue, Sarah ignorait jusqu'à quel point cela s'avèrerait efficace.
" Et nom de Dieu!" songea la jeune femme alarmée. " Que se passait-il avec Sindy? "
Une dizaine de minutes plus tôt, ils avaient essayé de la joindre par radio mais Sindy ne leur avait pas répondu. Et sous le teint hâlé de Paul, Sarah avait remarqué qu'il était très pâle. Pourtant, personne n'avait osé parler. Et depuis lors, une grande tension régnait dans l'espace confiné de la jeep. Et tout le monde, plongés dans ses propres pensées, retenait son souffle.
Enfin, Mulder pénétra dans la propriété de ses hôtes et se stationna en catastrophe. Inquiets, les cinq amis descendirent de la voiture et accoururent vers la maison noire et silencieuse.
Pressé, Paul s'élança le premier vers la porte principale du halle d'entrée, mais Fox et Dana l'arrêtèrent d'un geste de la main.
- Laisse-nous faire, vieux, ordonna Mulder fermement. Dana et moi sommes armés. En revanche, pas toi. Et comme nous ignorons ce qui se passe à l'intérieur, mieux vaut être prudent.
À contre cœur, Paul recula et rejoignit Keven et Sarah qui l'entourèrent amicalement. En général, le jeune médecin se considérait comme un homme pacifique. Mais si par malheur quelqu'un osait s'en prendre aux personnes qui lui étaient chères, il savait qu'il risquait de devenir violent. Physiquement en forme, il espérait seulement ne pas se rendre jusque là.
Arrivés face à la porte d'entrée, Mulder et Scully se regardèrent avant de s'en approcher avec précaution. Puis, Fox fit un léger signe à Dana de le couvrir. L'arme au poing, la jeune femme se mit en position tandis que Mulder qui restait en retrait près de la porte l'enfonça d'un solide coup de pied. Avec fracas, la porte s'ouvrit sur une tranche de ténèbres.
D'un pas prudent, Mulder et Scully franchirent le seuil et pénétrèrent à l'intérieur de la maison en surveillant les moindres recoins. Les deux agents ne voulaient pas risquer d'être surpris et mis en joue par un dangereux criminel qui serait entré par effraction dans la demeure du jeune couple.
Pointant leur arme droit devant eux, Fox et Dana commencèrent à explorer le rez-de-chaussée en s'éclairant de leurs lampes de poche. Aucune trace de vie. Seul, un silence lourd et oppressant régnait dans les ténèbres.
Mais soudain, une ombre se dessina sur le mur du vestibule. Le faisceau puissant d'une lampe de poche aveugla Mulder et Scully qui sursautèrent simultanément. Puis, une voix provenant de l'escalier leur lança sur le ton de la plaisanterie :
- Si vous ne rangez pas vos armes, j'appelle les flics.
Surpris, Mulder et Scully tressaillirent et dirigèrent le faisceau lumineux de leurs lampes vers Sindy qui cligna des yeux. Elle avait eu le temps de se changer et portait un tricot vert émeraude et un pantalon de suède. Ses cheveux dénoués tombaient en cascade souple le long de ses épaules donnant l'impression à Mulder et Scully de se retrouver devant l'apparition soudaine d'une nymphe des bois.
- Nom d'un chien, Sindy! s'écria Mulder en se ressaisissant. Tu nous a foutu une trouille bleue. Il ne t'es pas venue à l'idée que nous étions tous inquiets pour toi? Et à l'heure qu'il est, le pauvre Paul est en train de vieillir de dix ans.
Énervée, Dana interrompit son partenaire d'un coup de coude et ajouta d'une voix anxieuse :
- Écoute, Sindy! Nous avons tenté de te contacter par radio tout à l'heure mais sans succès. Mais qu'est-ce que tu foutais? Nous avons vraiment eu peur qu'il te soit arrivée quelque chose de fâcheux.
Nonchalante malgré les reproches de Mulder et Scully, Sindy descendit l'escalier et les rejoignit en leur souriant innocemment. Aussitôt, les deux agents oublièrent leur colère et étreignirent la jeune fille avec un soupir de soulagement.
- Je vais tout vous expliquer, leur objecta-t-elle d'un ton calme. Mais auparavant, allons chercher Paul, Keven et Sarah. Je veux vous montrer quelque chose d'important.
Et avant de reprendre la parole, elle jeta un bref coup d'œil vers Fox et Dana :
D'ailleurs, devina-t-elle, mon petit doigt me dit que vous allez bientôt me raconter toutes les découvertes étonnantes que vous avez fait lors de votre petite excursion nocturne. Est-ce que je me trompe?
- Non, Sindy! répondit Scully avec un sourire en coin. Ton petit doigt est très perspicace et je te garantie que tu n'auras pas de quoi t'ennuyer lorsque nous te raconterons tout cela.
Mais tout à coup, Dana s'arrêta pour renifler et haussa un sourcil avec étonnement.
« Mais qu'est-ce que ça sent ici? » s'enquit-elle intriguée.
Sindy sourit d'un air mystérieux et lâcha innocemment à son amie :
- Ce sont des effluves de copeaux de cèdres, des fines herbes et divers essences de plantes. Cette maison avait un grand besoin qu'on la purifie des mauvaises énergies qui l'habitait.
Puis elle se tut un instant avant d'ajouter :
« Maintenant, si nous allions dire aux autres qu'ils peuvent entrer dans la maison sans danger? »
Soulagés, Mulder et Scully acquiescèrent et les trois amis se dirigèrent vers la porte. Désireuse de rassurer Paul le plus rapidement possible, Sindy sortit la première.
Dès qu'il la vit, Paul exhala un profond soupir et accourut vers elle pour la serrer dans ses bras. Puis il l'embrassa longuement sur le visage et les lèvres. Le cœur battant à grands coups, Sindy se pressa contre son torse et lui rendit ses baisers avec une ferveur qui l'étonna.
- Dieu merci, opina Paul d'une voix rauque. Tu es saine et sauve. J'étais fou d'inquiétude. J'avais peur qu'il te soit arrivée quelque chose pendant notre absence.
Le jeune homme tremblait encore sous l'effet de l'émotion.
- Calme toi, mon ange, le rassura Sindy arrimant son regard au sien. Je suis là et je n'ai pas l'intention de disparaître.
Elle l'embrassa de nouveau sur le coin des lèvres pour lui signifier qu'elle était bien là. Ensuite, dévisageant ses amis, elle leur chuchota d'un air mystérieux :
« Venez avec moi. Comme je vous l'ai précisé tout à l'heure, j'ai quelque chose à vous montrer ».
Intrigués, le petit groupe la suivit vers la salle de méditation.
Avec prudence, Sindy entra. Et sous la lueur des bougies, elle leur indiqua d'un geste de la tête une silhouette enveloppée d'une couverture de laine.
Allongées sur le sol, Cathy dormait profondément. Stupéfaits, le groupe poussa un léger cri de surprise.
- Dire que nous la cherchions partout, murmura Sindy en déglutissant avec difficulté. Mais finalement, c'est elle qui nous a trouvé. J'ignore pourquoi, mais peu de temps après votre départ, Cathy s'est brusquement amenée ici.
Affichant soudain un air soucieux, le visage de la jeune femme s'assombrit et elle leva les yeux vers Paul et Dana.
- S'il vous plaît, leur lâcha-t-elle d'un voix étranglée. J'aimerais que vous examiniez la petite et que vous me donniez votre diagnostique.
Et doucement, elle leva la couverture qui dissimulait le corps mince et frissonnant de la petite fille qui était vêtue d'une robe sans manches, trop courte pour sa taille.
Intrigués, Dana et Paul dirigèrent le faisceau de leurs lampes vers Cathy. Puis, ils se penchèrent au-dessus d'elle pour l'examiner.
Retenant leur souffle, Mulder, Keven et Sarah les imitèrent.
Sous la croûte de crasse qui s'étalait sur le corps de Cathy, ils remarquèrent des marques de brûlures et de suies dispersées sur son visage, sa poitrine, ses bras et ses jambes. Choqué, les cinq amis poussèrent un cri de pitié.
- Dès que j'ai vu ces marques sur son corps, expliqua Sindy en déglutissant avec difficulté, je lui ai tout de suite administré les premiers soins. Bien que ses brûlures m'aient apparu superficielles sur le coup, je me sentirais plus tranquille si vous l'examiniez et me donniez votre avis médical.
Anxieuse, Sindy posa ses yeux pairs sur Paul et Dana en se tordant nerveusement les mains.
- Bien sûr, Cinnie, approuvèrent Paul et Scully d'une même voix en s'empressant d'ausculter l'enfant de la tête aux pieds. Ne t'inquiète pas. Tu peux compter sur nous.
Puis, se voulant rassurant vis à vis les jeunes femmes, Paul sourit à Dana tandis qu'elle s'affairait à soigner Cathy et il lança un clin d'œil vers Sindy qui suivait attentivement chacun de leurs gestes.
- Tu t'es merveilleusement débrouillée, ma chérie, la félicita-t-il d'une voix calme. Tu as bien nettoyé et désinfecté les blessures de Cathy. Elle s'en sortira.
Scully qui terminait de panser les blessures de la fillette approuva Paul d'un hochement de tête puis à son tour, elle s'adressa à Sindy :
- Tu as bien analysé les marques et les ecchymoses sur le corps de Cathy, l'assura-t-elle avec gentillesse. Et comme tu l'as constaté plus tôt, ses brûlures sont effectivement superficielles. Mais la question qui m'intrigue présentement, c'est comment cela a pu se produire? conclut-elle en fronçant les sourcils.
Agenouillé près de Cathy, Mulder était demeuré silencieux pendant tout l'échange de ses trois camarades. Angoissé mais incapable de s'expliquer pourquoi, il réfléchissait, pressentant que sa cousine leur dissimulait certaines informations. Alors, il planta son regard droit sur elle pour la confronter.
- Que nous caches-tu, Sindy? l'interrogea-t-il sĉhement. Je sens que quelque chose te tracasse.
Mal à l'aise, la jeune fille détourna son visage pour fuir le regard scrutateur de son cousin et soupira tristement.
- Je crains que quelque chose de grave soit arrivée aux parents de Cathy, Fox. J'ai un mauvais pressentiment. Tout à l'heure, j'ai téléphoné chez eux et une voix m'a répondu qu'il n'y avait plus de service à ce numéro. Je crains donc que…
Sindy secoua la tête, n'osant continuer sa phrase. Quoi qu'il en soit, elle souhaitait vraiment se tromper.
- En tous les cas, décréta Scully d'un ton assuré, une chose est certaine. C'est que nous devons tout faire pour protéger Cathy et empêcher qu'elle ne tombe entre les mains des hommes qui la recherchent. La petite souffre probablement d'un déséquilibre neurologique mais elle peut être soignée grâce à des traitements que la science médicale a récemment mis au point. Et une fois que ce cauchemar sera terminé, je vous jure que je veillerai personnellement à ce que l'on s'occupe de cette enfant comme il le faut quitte à m'occuper de son dossier moi-même!
- Hum, Scully! la coupa Mulder faussement calme. Je suis désolé de détruire ainsi tes élans, mais quand ce cauchemar sera terminé, tu ne pourras peut-être plus rien faire hélas.
Alarmée par le ton de Mulder, Dana, Sindy et Sarah se tournèrent vers lui les yeux écarquillés.
« Écoutez-moi bien, les filles », les prévint-il d'une voix rauque. « Vous m'avez dit vous-mêmes que la prochaine attaque risquait de vous être fatale. »
Il regarda sa montre.
« Eh bien, nous saurons bientôt si la drogue que Paul vous a préparée sera suffisamment efficace pour vous sauvez la vie ».
- Combien de temps reste-t-il avant la prochaine attaque? S'enquit Keven d'un ton anxieux, observant gravement Sarah.
Essayant de maîtriser son angoisse, celle-ci s'approcha de lui et lui serra la main d'un geste qu'elle voulait rassurant malgré la peur qui lui oppressait la poitrine.
- Environ un quart d'heure, annonça Paul. Il commença à préparer les seringues.
« Et que tu le veuilles ou non, Sindy, grommela-t-il en lui jetant un coup d'œil rapide. J'en prévois une pour toi. Juste au cas où... »
D'un geste de la main, Sindy lui fit signe qu'elle était d'accord mais qu'elle estimait que cela ne serait pas nécessaire.
Plus nerveux qu'il n'osait le démontrer, Mulder regarda sa montre, puis Scully qui se tenait bien droite, les mains croisées sur sa poitrine dans une attitude d'attente extrême. Sa peur de la perdre l'envahit soudain comme un raz de marée, si puissante que cela lui laissa un goût de cendre dans la bouche. Puis la voix de sa cousine le ramena sur terre, provoquant un sursaut involontaire de sa part.
- Ça ne sert à rien de regarder ta montre, Fox, l'avertit-elle brusquement. Devant son regard qui se brouillait, Mulder comprit que sa cousine entrait dans une légère transe. Ça vient…souffla-t-elle dans un murmure à peine audible.
Puis lentement elle leva les yeux vers Paul:
« Fais ce que tu dois faire, Paul, l'encouragea-t-elle d'une voix lointaine. Le temps est venu. »
Suite à cette recommandation, la jeune femme respira profondément à maintes reprises et sortit de son corps.
Comprenant immédiatement que c'était le signal de passer à l'action, Paul leva sa première seringue et administra une dose à Cathy qui dormait toujours sur un matelas improvisé. Anxieux, il attendit environ une minute pour observer les réactions de l'enfant et prit son pouls. Lorsqu'il en eut terminé avec elle, il s'avança vers Sarah tandis que Keven l'encourageait de son mieux en lui pressant la main.
- Tu es prête, Sarah? s'enquit Paul en la dévisageant affectueusement.
Sarah respira à fond.
- Oui, je crois. Enfin, non, mais… répondit-elle en haussant les épaules. Elle soupira. Dois-je me retourner?
- Non, relève juste ta manche droite, lui recommanda Paul. Et au fait, je préfère te le signifier tout de suite pour éviter que tu t'inquiète, Sarah. Pendant un moment, tu risques de te sentir complètement en dehors de la réalité et ton corps va s'engourdir. Cela devrait durer cinq à dix minutes. Ces produits sont conçus pour bloquer certains neurotransmetteurs du système nerveux central et du thalamus et ils arrêtent aussi tout désir sexuel. Tout au moins chez les souris.
Mulder, Keven et Sarah eurent une moue dubitative et échangèrent un sourire.
- Ce n'est pas fait pour moi ce genre de truc, plaisanta Keven.
Mulder et Scully ne purent s'empêcher de rire.
- Plus que six minutes, annonça Mulder s'attelant de nouveau à sa tâche de chronométreur.
- Tu peux y aller, Paul, lança courageusement Sarah. Puis s'adressant à Scully : Après, ça sera ton tour, Dana.
Pressée d'en finir, Sarah tendit son avant-bras, exposant la peau blanche et fine du creux de son bras à la seringue. En revanche, elle préféra détourner la tête pour ne pas voir l'aiguille s'enfoncer dans sa veine.
Protecteur, Keven lui caressa les cheveux et la blottit contre lui.
- Ça va, trésor? lui demanda-t-il doucement.
- Ouuii...
Déjà, les effets de la drogue agissait sur le cerveau de Sarah qui éprouvait du mal à formuler ce simple mot.
- Viens, mon amour, l'implora tendrement Keven. Il l'aida à s'asseoir confortablement sur le divan. Tout se passera bien. Je reste près de toi.
De son côté, constatant que sa patiente était entre bonnes mains, Paul se dirigea vers Scully.
- C'est à ton tour, Dana, l'avisa-t-il avec gentillesse.
Sans attendre, Scully vint s'asseoir et remonta prestement la manche de son chemisier. Puis d'un geste assuré, elle lui présenta son bras. Paul resserra alors le garrot de caoutchouc, piqua sa veine et fit tranquillement couler la drogue dans son sang. Contrairement à Sarah, Dana observa tous les faits et gestes de son ami médecin pendant qu'il lui administrait la drogue qui ne tarda guère à agir sur son système nerveux. Et déjà, avant même que Paul eut reposé la seringue et défait son garrot, la jeune femme se sentit toute étourdie.
- Installez-vous confortablement, les filles, leur recommanda Paul. Ne luttez pas et détendez-vous.
- Il ne reste que trois minutes, mon vieux, prévint Mulder, ses yeux noisettes de nouveau rivés sur sa montre bracelet. Puis attentionné, il s'avança vivement vers Scully pour s'asseoir à ses côtés. Et d'un geste rempli de tendresse, il lui prit la main en la contemplant, ému par sa vulnérabilité.
Appuyée contre le dossier de sa chaise, la jolie tête rousse de Dana se renversa lentement vers l'arrière tandis que Mulder observait ses paupières qui s'alourdissaient comme si elle s'apprêtait à s'endormir, l'air aussi innocente et détendue qu'une enfant.
- Comment te sens-tu, Scully? s'enquit Fox en caressant doucement sa chevelure lustrée.
- Très bien, souffla Dana d'une voix lente et douce.
L'air devenait lourd autour d'elle et oppressait sa poitrine mais curieusement, cela ne l'effraya aucunement.. Comme dans un brouillard, Dana entendait la voix de Mulder qui semblait venir de très loin. Il lui parlait, mais sa voix lui paraissait éloignée, presque désincarnée. Épuisée, elle laissa tomber sa tête contre l'épaule de Mulder qui l'entoura de ses bras pour la presser contre son torse, souhaitant de toutes ses forces la protéger de cette foutue malédiction qui grugeait sa vie.
Pendant ce temps, Paul qui venait de terminer sa tâche s'accroupit près de Cathy et observa attentivement ses réactions ainsi que celles de Sarah et Scully. Toutes trois semblaient nager dans un brouillard hors de la réalité. Leur métabolisme fonctionnait au ralenti, ce qui s'avérait normal. Il se croisa les doigts en espérant que son plan marcherait. Puis lentement, il se dirigea vers Sindy. Ses yeux étaient ouverts mais il remarqua qu'elle n'était presque plus dans son regard. Paul comprit alors que sa bien-aimée voyageait sans doute hors de son corps. Prudent malgré les réticences de Sindy, il tâta dans sa poche la dernière seringue qu'il avait décidé de garder à sa portée, souhaitant intérieurement ne pas devoir s'en servir.
« - Sois mon point d'ancrage, mon ange, entendit-il soudain dans son esprit. Car c'est toi qui me permettra de revenir. N'oublie pas. Ta force et ta foi sont aussi ma force et ma foi. Je t'aime. »
« - Moi aussi, je t'aime, ma chérie, lui rétorqua-t-il en esprit. Et cela depuis que le monde est monde. ».
Puis, s'approchant de sa compagne assise en indien, Paul l'attira vers lui et la blottit contre son cœur juste avant de fermer les yeux et attendre l'inéluctable.
Alors que tous retenaient leur souffle, Cathy se redressa brusquement de sa couche improvisée et ouvrit les yeux. Son regard fixe, telles des vrilles, se pointa subitement vers les trois jeunes femmes tandis que des éclairs de lumière colorées tournoyaient dans son iris. Réagissant à l'attaque, le corps de Sindy s'agita et un faible gémissement s'échappa de sa gorge. Hors de son enveloppe terrestre, la jeune fille ne percevait pas réellement la douleur mais elle luttait tout de même contre l'attaque.
Protecteur, Paul la serra plus fort contre lui lorsque tout à coup, une lumière brillante et dorée descendit du plafond et entoura Sindy comme un paravent. Son agitation cessa, laissant la jeune fille de nouveau calme et paisible.
En revanche, la situation ne s'avéra guère paisible pour Mulder lorsqu'il s'aperçut que Cathy se redressait. Un horrible pressentiment l'envahit comme un tsunami rasant tout sur son passage. L'angoisse lui serra douloureusement la gorge et il s'élança vers Cathy avant qu'elle ne se lève complètement et il l'entraîna sur le sol avec lui. Ensemble, ils roulèrent sur le plancher. Cathy, prisonnière entre les bras de Mulder, cria et se débattit de toutes ses forces mais Fox la retint solidement. Puis quand la fillette sentit qu'il ne céderait pas, elle s'immobilisa, soumise. Haletant, Mulder la prit sous le bras, la traînant face à ses amis et poussa la petite fille devant lui.
- Ça va aller? demanda-t-il aux jeunes femmes en les examinant attentivement tout en s'assurant que Sindy venait de réintégrer son corps et qu'elle reprenait conscience. Puis son attention revint vers Dana et Sarah.
Encore vacillantes, les trois jeunes femmes hochèrent la tête et Dana s'avança la première pour le rassurer :
- Je crois que ça peut aller, Mulder. Par contre j'ignore si nous avons subi l'attaque cette fois ou si la drogue que Paul nous a administrée nous a protégé. À moins que…
- Je suis désolé de t'apprendre cela aussi brutalement, Scully! la coupa Mulder en retenant sa colère. Mais je t'assure que c'est bien la drogue qui vous a préservé de cette nouvelle attaque. D'ailleurs, selon mes observations, il n'y a pas de doute que Cathy vous a attaqué. Enfin… peut-être pas intentionnellement... mais je pense qu'elle a essayé.
Encore essoufflé, Fox tenait toujours l'enfant à bout de bras.
« Et cette fois, objecta-t-il avec gravité, je suis déterminé à découvrir la vérité. Il est plus que temps que nous trouvions le fin mot de cette histoire ».
Puis sans ajouter un mot, Mulder poussa sèchement Cathy hors de la pièce et la conduisit vers le bureau de Sindy.
Aussitôt Keven se leva pour suivre son ami, s'empressant de soutenir Sarah et Scully tandis que Paul faisait de même avec Sindy.
« De plus, continua Mulder en réfléchissant à haute voix, nous devons absolument savoir si cette enfant a quelque chose à voir avec la mort des petites filles. Et si comme je le pressens c'est bien elle qui vous attaque, je veux savoir pourquoi!
- Je suis d'accord avec ton raisonnement, Mulder, concéda Scully à contrecœur.
Elle retint ses larmes malgré la souffrance qui lui broyait le cœur. Bien que souhaitant ardemment que Cathy n'ait rien à voir avec les attaques et la mort mystérieuse des fillettes, Dana n'en pouvait plus. Et malgré la sincère tristesse qu'elle éprouvait pour la petite fille autiste, elle savait bien qu'elle et Mulder ne pouvaient se dérober de la responsabilité de mener cette enquête aussi pénible soit un frisson, Dana étouffa un bâillement avant de poursuivre:
« Mais auparavant, Mulder. Lui déclara-t-elle en le dévisageant d'un air sérieux. En tant que médecin, je recommande que nous prenions tous le temps de nous reposer sinon nous n'arriverons à rien. C'est logique. Cela fait près de vingt-quatre heures que nous n'avons pas dormi ».
- Dana a raison, appuya Paul d'une voix ferme. Pour préserver notre santé, nous avons besoin de reprendre des forces. D'abord, les filles doivent se reposer pour éliminer la drogue rapidement. Et de notre côté, nous nous chargerons de garder Cathy inconsciente. Ensuite… nous, les hommes, dormirons à tour de rôle. Comme ça, après avoir récupérés, nous serons plus efficace pour établir notre plan.
- C'est d'accord, Paul, accepta Mulder après réflexion. Nous procéderons de cette façon. Nous nous reposerons à tour de rôle tandis que l'un de nous sera responsable de surveiller Cathy tout s'assurant que nos gentes dames vont bien.
Heureux de ce plan établi par Scully, Mulder et Paul, les trois autres approuvèrent derechef et tout le monde se prépara à prendre le repos nécessaire pour continuer le combat qui risquait de leur réserver des surprises inattendues et terrifiantes.
*** À SUIVRE ***
Au plaisir de vous relire
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