CHAPITRE 28
BELLA POV
« Dawning of a new era
Calling... don't let it catch you falling
Ready or not at all
So close enough to taste it
Almost... I can embrace this
Feeling... on the tip of my tongue »
Waiting – GREEN DAY
L'eau coulait en cascade sur moi, alors que j'étais sous la douche à me préparer pour mon rendez-vous avec Jasper, ce soir. Il s'était passé une semaine depuis Halloween quand nous nous étions battus et réconciliés et que nous avons vraiment parlé et... enfin.
Je rougis en me rappelant du sexe que nous avions pratiqué ce soir-là. Ce fut une... expérience, pour tout dire. Quelque chose que je n'aurai jamais pensé faire un jour. Mais plus que la position que nous avions essayée, il y avait la connexion que nous avions eue durant l'acte lui-même qui m'avait scotchée.
C'était comme si je m'étais reconnectée à eux grâce à cette relation si intime que j'avais eue avec mes deux gars. La discussion avec chacun d'eux et le sexe avait été le catalyseur du changement.
Et quel changement se fut, baby !
Je sais... c'est comme un virage à 180°.
Les choses allaient mieux entre nous maintenant. Nous ne nous y prenions plus comme des lapins. Enfin, nous nous envoyions toujours en l'air, mais nous avions passé bien plus de temps ensemble vêtus cette semaine passée. A parler, simplement, et à préparer des repas et à regarder la télé et à faire les petites choses de tous les jours qui revenaient tout le temps. Nous nous risquâmes même à aller refaire un billard au bar de Jasper. Ils se tinrent particulièrement bien et il n'y eut pas de répétition de ce qui s'était passé à la soirée d'Halloween.
C'était bien. Je sentais que j'avais retrouvé mes mecs. En plus, ils étaient plus affectueux avec moi, mais pas de manière sexuelle ; plus d'une manière « je t'aime ». Comme s'ils essayaient de me rassurer sur le fait que tout allait bien entre nous trois. Essayant de me convaincre que ce que nous faisions ensemble était spécial et était une bonne chose.
Plus tard, j'avais repensé à ce qu'ils m'avaient dit au sujet de mon sentiment de me sentir comme une sal*pe ou une p*te.
Je réalisai que je leur avais envoyé des signaux mitigés. Leur disant de ne pas être si affectueux en public, puis je leur avais presque grimpé dessus quand nous étions sur la piste de danse. Leur disant que je me sentais p*te à cause de ce que nous faisions, qui n'était pas autre chose que de la baise et parce que je le faisais avec deux mecs. Puis, je leur avais suggéré de me baiser tous les deux en même temps.
J'aurai nagé en pleine confusion à leur place. Mais ce n'était pas leur cas. Je suppose qu'ils avaient saisi, même si moi non.
J'avais suggéré l'expérience sexuelle que nous avions vécue le soir d'Halloween pour, en quelque sorte, les rassurer et aussi me rassurer moi-même, pour leur montrer que j'étais en accord avec notre arrangement, que oui, parfois je me sentais sale, mais que j'étais tout de même en accord avec ce que nous pratiquions.
Ce soir-là, après avoir discuter avec eux, ils m'assurèrent tous les deux qu'ils ne pensaient pas à moi d'une manière sale et que je n'avais aucune raison de ressentir cela. Parfois, je me rappelais des moments que nous avions partagés ensemble. J'en vins à la conclusion que, à l'exception de quelques rares cas depuis que nous avions pris cet arrangement, ils m'avaient toujours traitée avec respect et pas comme un objet. C'est moi-même qui me faisait sentir comme ça, comme un objet avec mon insécurité, pas eux.
Donc, tout venait de moi. Le sentiment d'être une p*te. Mais j'y travaillais. Je ressentais toujours cela, mais cela ne me nuisait plus autant qu'avant.
Depuis la soirée d'Halloween, nous n'avions eu qu'une seule... autre... session de rencontre... en groupe. Je ne savais toujours pas comment nommer cela, quand nous étions tous les trois ensemble.
Edward n'avait rampé dans mon lit que deux fois depuis et était resté la nuit entière à chaque fois. Mais c'était bizarre. Nous nous endormions proche l'un de l'autre, mais sans nous toucher, et nous nous réveillions entremêlés étroitement dans les bras l'un de l'autre. Nous nous douchions toujours ensemble chaque matin, mais à part quelques chastes baisers, le carrelage n'était témoin d'aucune autre action.
Jasper et moi n'avions été ensemble qu'une seule fois. Il m'avait dit qu'il voulait que ça soit spécial, la prochaine fois que nous ne serions que tous les deux. Je plaisantai en lui disant qu'il avait seulement l'espoir « d'être chanceux » après notre rendez-vous. Il rigola et dit juste « on verra ».
Ce qui me ramenait à mes préparatifs pour la soirée. Mon rendez-vous avec Jasper.
J'en terminai avec la douche, en sortis et me séchai rapidement. Je commençais à me sécher les cheveux en pensant à ce que nous allions bien pouvoir faire ce soir. Jasper n'avait pas pipé mot de ce qu'il avait prévu, juste qu'il fallait que je m'habille chaudement, confortablement et décontracté.
J'avais accepté ce rendez-vous avec lui pour plusieurs raisons. La première était qu'il avait été sincère et sérieux avec moi, et je ne voulais pas heurter ses sentiments en refusant.
Une autre était que, oui, il y avait quelque chose maintenant entre Jasper et moi. Ce n'était pas comme ce que je ressentais pour Edward. Mais il y avait quelque chose, quelque chose de vrai. Et cela méritait que je lui donne la chance d'être exploré. Jasper en avait spontanément pris le risque, donc, moi aussi.
Une autre raison, la plus importante, était mon propre égoïsme. Je voulais me sentir aimée et désirée. Je savais qu'ils me désiraient physiquement. Mais aucun d'entre eux ne m'avait jamais dit qu'il désirait aussi mon cœur, me désirait pour moi-même, voulait être avec moi de cette façon-là.
Donc, j'avais accédé à sa requête. Où était le mal ? Une part de moi sentait que je trichais avec Edward et que j'utilisais Jasper aussi. Mais le besoin de me sentir aimée de cette manière était trop important pour que je puisse l'occulter.
J'aimais Edward, totalement. J'aimais la façon dont son esprit travaillait, la façon dont il se passionnait pour les choses, tout particulièrement sa musique. J'aimais sa façon de voir le monde. J'aimais sa compassion. Et tout cela n'était que quelques petites choses que j'aimais chez lui. Il y en avait, en réalité, tellement et tellement plus.
En acceptant un rendez-vous avec Jasper, il me semblait que j'abandonnais le rêve que représentait Edward. Je l'avais aimé depuis si longtemps que la possibilité que nous soyons un jour tous les deux ensemble paraissait n'être que le fantasme d'une petite fille. Si ce n'était pas encore arrivé, je n'étais pas sûre que cela puisse arriver un jour.
Abandonner l'idée d'être avec lui un jour était la chose la plus difficile qu'il m'eut été donnée de faire. Toutefois, je n'avais toujours pas totalement fait une croix dessus. Une part secrète de mon cœur espérait qu'il me retourne mon amour. Mais s'il m'aimait, son inaptitude à me le dire m'inquiétait.
Merde... Bella... hello !
Je sais, je devrais simplement lui dire. Mais je ne sais pas si mon cœur y survivra s'il ne m'aime pas.
Donc, j'étais si perdue dans mes songes que je n'avais pas réalisé que j'étais habillée et prête pour mon rendez-vous.
Jasper et moi avions décidé de ne pas parler à Edward de notre rendez-vous. Nous n'allions pas lui mentir, en fait. Mais ça paraissait tordu quelque part. Il s'agissait d'un mensonge par omission.
Jasper n'était pas conscient qu'Edward partageait mon lit et ma douche très fréquemment. Cela revenait au même, en quelque sorte, je suppose.
Pour autant, je n'aimais pas cela. Garder tous ces secrets. Se cacher des trucs les uns aux autres, ce n'était pas quelque chose que nous avions eu l'habitude de faire auparavant.
Mais Edward était absent aujourd'hui et ne serait pas de retour avant tard ce soir. Il avait des choses à faire avec quelques uns des autres étudiants de son programme. Quelque chose au sujet du concert des vacances ou un truc dans le même style. Après ça, ils avaient prévu une sortie et de prendre quelques verres ensemble.
Ça semblait être l'opportunité parfaite pour Jasper et moi d'aller à notre rendez-vous.
Je me regardai une dernière fois dans la glace, je me demandai si j'étais assez habillée pour sortir. Je veux dire, c'était seulement Jasper, mais c'était tout de même un rendez-vous. Un premier rendez-vous. Je voulais faire bonne impression.
Je portais un jeans foncé avec des grandes bottes noires, un sweat col en V avec une chemise noire à boutons en dessous. Le sweat m'arrivait en haut des hanches et les pans de la chemise dépassaient par dessous. Ils étaient tous deux bien ajustés et valorisaient ma poitrine.
J'avais assemblé mes cheveux en un chignon lâche à la base de ma nuque. J'avais mis des boucles d'oreilles étincelantes en rubis offertes par Jasper à mon dernier anniversaire. J'avais appliqué un minimum de maquillage, juste un peu d'eye-liner et de mascara pour mettre mes yeux en valeur.
J'entrai dans le living-room pour trouver Jasper. Il avait un look absolument délicieux. Je sentis la chaleur pulser entre mes cuisses. Il fallut que je me fustige moi-même pour effacer ce soudain désir qui était apparu en moi rien qu'en le regardant.
Il portait aussi un jeans noir avec des bottes noires. Mais sa chemise était blanche sous un sweat gris anthracite. Le gris de son sweat relevait le gris de ses yeux. Il avait passé sa veste de moto. Elle était style sport avec des bandes blanches le long des bras et sur la poitrine. J'aimais cette veste sur lui.
Vache ! Il est superbe !
Avant que je puisse placer un mot, il dit :
« Bella, tu es absolument magnifique ! »
« Merci. Tu n'es pas moche toi non plus, » répliquai-je en rougissant.
J'allais attraper mes clés et pointait du menton vers la porte, lui demandant s'il était prêt à y aller.
« Tu n'en auras pas besoin, » dit-il en désignant mes clés.
« Ah non ? » Fis-je confuse.
« Non, » sourit-il à mon embarras.
Il sortit ses mains de derrière son dos. Il portait une veste de cuir noir dans une main et un casque de moto dans l'autre.
« C'est une belle journée, et aucune chance qu'il pleuve. J'ai pensé qu'on pourrait prendre... ma moto, » hésita-t-il sur le dernier mot.
Un petit frisson me traversa en pensant que j'allais monter derrière Jasper sur sa bécane, ça faisait, wouaou... presque deux ans depuis la dernière fois que nous en avions fait ensemble. J'aimais en faire avec lui. Je me sentais tellement libre et c'était grisant.
« Ça me paraît un plan génial. Alors, où allons-nous ? » Demandai-je.
« Ouhhh, tu vas devoir attendre pour le savoir, » répondit-il avec cette marque d'espièglerie rien qu'à lui dans la voix.
Je marmonnai « vacherie » dans ma barbe, quand il m'aida à enfiler le blouson. Après me l'avoir mis, il se pencha pour m'embrasser furtivement dans le cou. Je me retournai et lui souris, pour le voir me tendre deux marguerites. Les marguerites étaient mes fleurs favorites et je fus touchée qu'il s'en souvienne.
Je les lui pris et l'embrassai chastement sur les lèvres.
« Merci, Jazz, c'est vraiment gentil. »
Il rougit et regarda vers le sol. Il avait l'air tellement adorable.
« Laisse-moi juste le temps de les mettre dans l'eau, je me dépêche, d'accord ? »
Il hocha la tête, toujours rougissant.
Je me rendis à la cuisine y chercher un petit vase. Je le remplis d'eau et y plaçai les marguerites. Ensuite, je me hâtai vers ma chambre afin de déposer le vase sur ma table de chevet, je voulais que cela soit la première chose que je verrai demain matin à mon réveil.
Je revins dans le living-room et notai que Jasper était redevenu lui-même.
« Prête à y aller ? »
J'acquiesçai et pris sa main. Il me conduisit hors de la maison vers sa moto.
Je n'y connaissais rien du tout en matière de bécane. Mais celle de Jasper était de toute beauté et elle était sa fierté et sa joie. Tout ce que je savais, c'est que c'était une Ducati, qu'elle était argentée et qu'elle roulait vraiment très vite.
Il me tendit le casque et une paire de gants. Je les mis en le regardant passer sa jambe par dessus la moto et remonter la fermeture Eclair de son blouson.
Je n'avais jamais réalisé à quel point Jasper était sexy quand il chevauchait son engin. Vachement sexy !
Il regarda par dessus son épaule et me demanda :
« Tu viens ? »
Si seulement il savait...
« Ouais, » fis-je d'une voix qui trahissait mon trouble.
Je grimpai derrière lui et m'installai contre son dos. Je l'enveloppai de mes bras et posai ma tête contre son épaule. Il pressa rapidement ma main gantée de la sienne et démarra la Ducati. Elle rugit à la vie et les vibrations entre mes cuisses n'aidèrent certainement en rien à calmer mon excitation.
« Prête ? »
Je savais qu'il me demandait si j'étais prête à partir, mais je ne pus m'empêcher de penser qu'il me demandait si j'étais prête pour ça... prête pour un rendez-vous avec lui... prête pour mener notre relation vers un autre niveau... prête pour tout ce que cela impliquait.
Alors, je hochai la tête dans son dos. Il fit monter le régime et nous nous envolâmes dans un nuage de poussière.
Nous roulâmes environ une heure, durant laquelle je ne fis pas vraiment attention à la direction qu'il avait prise. J'étais trop bien dans la sensation de la course avec mes bras enserrant la taille de Jasper, le vent qui soufflait autour de nous et la moto qui vibrait sous nous.
C'était grisant et j'aurais été parfaitement heureuse si notre rendez-vous n'avait même été que cela : simplement faire de la moto, tous les deux, ensemble.
Toutefois, nous arrivâmes finalement à destination. Il m'aida à descendre de l'engin et me retira mon casque. Il attacha le sien et le mien après la moto.
Je me retournai et découvris où il avait décidé de m'emmener, en fin de compte. Au début, je voulus rire, parce que je trouvais ça complètement nul. Mais en réalité, c'était adorable. C'était le premier rendez-vous que nous avions jamais eu et j'étais sûre qu'il voulait que ça soit mémorable. Mais là... franchement ?
Je décidai de le chipoter un peu à ce sujet.
« Tu ne peux pas être sérieux ? » Lui demandai-je avec incrédulité en regardant l'endroit qu'il avait choisi pour notre « rendez-vous ».
« Quoi ? Ça sera sympa ! » Répondit Jasper, dérouté.
Il se saisit de ma main, la pressa gentiment en me tirant vers l'entrée. Je plantai mes talons dans le sol et le tirait en arrière pour le stopper net.
« Jazz, tu me connais depuis combien de temps ? »
Question purement rhétorique de ma part.
Interrompu dans son élan, il leva les yeux au ciel et se retourna vers moi, sans aucune hésitation, il répondit :
« Dix-neuf ans, deux mois, trois jours et... - Il fit une pause pour regarder sa montre- ... et dix heures, plus ou moins quelques minutes. »
Ma mâchoire se décrocha presque, je le regardai à nouveau avec la plus grande incrédulité.
Comment sait-il cela ?
J'en sais rien, mais là, il m'impressionne pour le coup.
Me dégageant de lui, je revins à ma pensée initiale.
« Ok ! Mais pendant tout ce temps, est-ce que j'ai jamais dit quelque chose ou indiqué que j'appréciais ce genre d'endroit ? En plus, c'est un peu ringard pour un premier rendez-vous, tu ne penses pas ? »
« Ben... ouais, mais c'est justement la moitié de ce qui fait que c'est un truc sympa... Le côté ringard, » répondit-il avec un ton clairement empreint d'humour et de délice.
« D'accord, je t'accorde ça... mais tu ne te rappelles pas de ce qui s'est passé la dernière fois que nous sommes allés dans un endroit comme celui-là ? » Le questionnai-je.
Il n'hésita que le temps d'un battement de cœur avant d'éclater de rire au souvenir de la dernière fois que nous étions allés à une foire attractive. Je ne pus m'empêcher de rire avec lui. C'était vraiment trop drôle.
« Ouais ! J'avais complètement oublié. Tu voulais tellement un cône aux fraises que tu as pesté après Edward pour qu'il aille t'en chercher un, ce qu'il a bien dû finir par faire. Et tu l'as englouti en moins de trois minutes. Après on est tous allés sur le Grand Huit. »
Il ramena ce souvenir sur le tapis, puis s'esclaffa de plus belle lorsqu'il eut terminé de raconter.
« Après nous sommes partis parce que tu as tout vomi sur Edward et moi. Ne me refais plus jamais ça ! Ce n'était vraiment pas drôle, donc, pas de cône, saisis ? » Conclut-il en posant un bras autour de ma taille et en me tirant vers les entrées pour nous acheter les tickets.
Jasper régla le prix de nos places et nous passâmes les portiques. Nous nous promenâmes un peu pour repérer les lieux. Pendant tout ce temps ses doigts étaient entremêlés aux miens.
Ça ressemblait vraiment à un rendez-vous, pas simplement à une sortie entre amis. J'étais... nerveuse. L'excitation d'un premier rendez-vous était bien présente, mais il s'y ajoutait un sentiment de joie et de contentement.
Après que nous nous soyons promenés pendant un moment, sentant et écoutant tout ce qui faisait une fête foraine, Jasper dit :
« Bien, pour ne pas répéter ce qui s'est passé la dernière fois que nous sommes allés dans une fête, je pense qu'on pourrait aller sur les manèges en premier, ensuite, on pourrait manger quelque chose et pour finir, on pourrait se faire quelques jeux. Qu'en dis-tu, ça te va ? »
« Ça me va super ! » Affirmai-je, en lui faisant un gros câlin.
Nous allâmes donc sur les effrayants « Scramblers », « Tilt A Whirl » et « Zipper » et sur tous ces manèges d'enfer. J'étais terrifiée, mais je passais un moment génial. Jasper me tenait la main quand je hurlais. Il souriait tout le temps aux anges. Il me volait des baisers et des câlins à tout bout de champ.
Je pense qu'il adorait avoir la possibilité de m'embrasser et de me tenir contre lui en public. Secrètement, je me réjouissais de l'affection qu'il me prodiguait. Personne ne nous connaissait ici, il n'y avait pas à craindre d'être vus. Pour n'importe qui autour de nous, nous n'étions qu'un garçon et une fille qui s'amusaient en la compagnie l'un de l'autre. Et à ma plus grande surprise, je prenais vraiment du bon temps avec lui.
Alors que nous débattions si oui ou non nous allions entrer dans la « Maison des Horreurs », mon estomac se mit à grogner... fort.
Jasper se moqua de moi avant de dire :
« Bien, je suppose que la partie manège est terminée. Viens, on va chercher quelque chose à manger ! »
Nous nous rendîmes à l'espace ou se trouvaient tous les vendeurs de cochonneries à manger. Il y avait vraiment beaucoup de choix. Après en voir longuement discuté avec Jasper et avoir supporté ses soupirs d'impatience, je me décidai enfin.
Je pris des côtis, des légumes frits fraîchement coupés et une de ces limonades qu'on ne peut trouver que dans les fêtes ou à carnaval. Jasper prit un cornet de frites avec du fromage et du bacon et tout ce qui va avec et le plus énorme « Montain Dew » (glace pilée au sirop) que j'ai jamais vu.
Nous nous installâmes à une table de pic-nic. Je balançai mes jambes sur les cuisses de Jasper pour m'asseoir de côté sur le banc, comme ça, je pouvais le regarder. Ses cheveux brillaient de différentes couleurs à cause des néons et des lumières clignotantes qu'il y avait tout autour de nous. Il avait un petit sourire sur les lèvres. C'était agréable. Toute cette soirée avait été agréable.
« Alors, tu t'es bien amusée ? » Me demanda-t-il en picorant ses frites, sans me regarder comme s'il avait peur de ne pas apprécier ma réponse.
« Pour l'instant, non, pas tout à fait ! » Assenai-je sèchement.
Son visage s'affaissa.
« Jazz, je plaisantais, je passe un moment merveilleux. Tu as trouver l'endroit idéal où m'emmener, » essayai-je de le rassurer en frottant ma main sur son épaule.
Il posa une main sur mon genou et le tapota, puis tourna la tête vers moi. Son visage était empreint de sérieux.
« Bella... je... je veux cela... nous. Je veux avoir une relation avec toi. Est-ce que tu crois que tu pourrais vouloir cela aussi, toi ? » Demanda-t-il la voix pleine de sincérité.
Tout mon corps s'immobilisa, mais mon esprit se posait un tas de questions. Je savais que ça avait été difficile pour lui de poser à plat tout cela. D'exposer son cœur à une blessure possible. D'être blessé par sa meilleure amie. Il était si courageux. Bien plus courageux que moi. Je n'aurais jamais pu réaliser ce qu'il venait juste de faire.
Je réfléchis à sa question. Pourrais-je vouloir d'une relation avec lui ? Etait-il possible d'en avoir une, malgré la situation que nous vivions ? Qu'en était-il d'Edward ? Je n'avais pas de réponses. Alors, je décidai d'être honnête.
« Jasper, je... n'en sais rien. Je ne dis pas non... seulement, je ne sais pas... pour l'instant. Tu comprends ? Il faut que j'y pense sérieusement. Il y a une autre personne à considérer dans cette relation, » lui dis-je d'une petite voix.
« Edward ! »
« Ouais... Edward ! » Répondis-je en mettant les pieds dans le plat. « Jasper, je n'aime pas l'idée de lui cacher ça. Mais, je ne pense pas qu'il serait... content de ça. »
Il grommela quelque chose qui ressemblait à : « C'est un euphémisme ! », mais je ne relevai pas.
« Moi non plus, Bells, mais je... je... est-ce qu'on peut ne pas lui parler de ça maintenant ? Nous le ferons... mais pas maintenant, d'accord ? » Dit-il, me suppliant de laisser tomber.
« Ok, Jazz, » acquiesçai-je en me penchant pour lui embrasser la joue.
« Alors, c'est bon ? T'es prête pour qu'on fasse quelques jeux ? » Me demanda-t-il tout réjoui, toute tristesse ayant soudainement quitté sa voix.
« Non, c'est pas bon. Y'a quelque chose que je veux en plus, » dis-je en lui adressant sciemment un large sourire.
« Bella, non, pas question, » fit-il fermement.
« Allez... Jazzy... s'il te plait... » Je fis la moue et utilisai le surnom que je lui donnais quand nous étions petits.
« Wouahou, tu n'auras de cesse de l'avoir eu, pas vrai ? » Dit-il en me donnant un petit coup sur le côté.
« Yep... je le veux trop, trop, trop, trop ! » Fis-je de façon à l'amadouer.
« Mais plus de manège alors ! » Affirma-t-il en se levant pour jeter nos déchets à la poubelle. « Quel parfum veux-tu ? … Attends... laisse-moi deviner... fraises ? «
« Tu me connais si bien, pas vrai ? » Répondis-je.
Il s'arrêta et me regarda. Il posa nos restes, prit mes mains et m'attira contre lui. Il plaça nos mains jointes sur son cœur et me fixa dans les yeux avec une intensité que je ne lui avais jamais vue auparavant.
« Bella, je sais tout de toi. Tout ce qu'il y a à savoir. Tu aimes le lait dans ton thé. Tu fredonnes des chansons des Maron 5 quand tu cuisines. Tu parles dans ton sommeil. Tu as une cicatrice sur le genou qui vient d'une chute que tu as faite de ma cabane dans l'arbre quand tu avais 8 ans. Mais ce ne sont que des trucs physiques. Tu voulais être une « Rockette » à 12 ans, mais tu n'en as jamais parlé à personne. Tu as toujours souhaité être plus proche de ta maman. Tu détestes dépendre de tes parents pour tes frais de scolarité, mais tu penses aussi qu'ils te le doivent, donc tu l'acceptes. Ton plus grand rêve, mais aussi ta plus grande peur, est de devenir un auteur publié. Je sais aussi que tu veux désespérément être aimée. Je veux t'aimer ainsi, Bella. Je t'en prie, laisse-moi essayer ! Tu es la plus importante chose... personne de ma vie. Je t'aime totalement. Cet amour n'a pu exister que d'une façon « amicale » jusqu'à maintenant. Mais j'aimerais, si c'est possible, par la suite, que ça devienne plus. »
Il termina sa tirade en me laissant stupéfaite et sans voix.
Stupéfaite à plus d'un titre. Je voulais y réfléchir. Et il m'avait donné là un paquet de sujet auxquels réfléchir.
Au-delà de tout cela, j'étais touchée parce qu'il me connaissait, il me connaissait vraiment.
S'il savait vraiment tout de moi, est-ce que cela voulait dire qu'il connaissait aussi les sentiments que j'avais pour Edward ? Voilà une question à laquelle je n'avais pas de réponse pour autant. Et en réalité, je ne pouvais pas penser aux implications de tout cela pour l'instant.
Je le serrai entre mes bras, car il n'y avait pas de mots pouvant exprimer ce que son petit discours m'avait fait ressentir. Il m'étreignit à son tour et me tint étroitement contre lui pendant un moment. Finalement, il me relâcha et alla jeter nos restes à la poubelle. Il revint vers moi et entrelaça nos doigts en les serrant doucement.
« Donc, tu as toujours envie de ce cône ? » Demanda-t-il en riant, entremêlant ses doigts plus forts avec les miens.
J'acquiesçai et souris en le tirant vers le marchand. Il était temps de mettre de côté les pensées que j'avais eues juste avant et de s'amuser à nouveau. Je le devais à Jasper et à moi-même.
