Avec toutes mes excuses pour le délai, quelques enchaînements qui ne m'ont pas laissé de temps pour poster un chapitre...

Nous suivons notre groupe de rescapés plus ou moins esquintés (mention particulière pour Drago) dans son exploration du passé de Mc Gonagall: gratter les archives, c'est prendre le risque de mettre le doigt sur des sujets douloureux, dommage pour Blaise, il ne le s'en doutait pas!


Avec un délai plus ou moins long en fonction de la compréhension de l'allusion, toutes les têtes se tournent vers le seul resté sans voix. Lequel se relève vivement et se réfugie du côté de la fenêtre, si troublé qu'Hermione hésite avant de lui poser la question.

« _ Blaise, c'est possible, non ? Un cousin ? Un oncle ?

— Damase Zabini. Mon père, » achève péniblement le garçon.

Déglutissant avec difficultés, il peine à amorcer les explications attendues. D'abord incohérente, sa tirade finit par se stabiliser au fil de la consolidation de sa carapace fracturée. D'un ton devenu monocorde, il leur raconte comment son père était mort, il y a longtemps, quand qu'il avait sept ans, d'un accident, qu'il est resté avec sa mère, qu'elle s'est remariée, qu'il aimait bien son père mais qu'il n'a plus trop de souvenirs de lui. Jugeant que lui accorder un répit frôle la nécessité absolue, Hermione fait signe aux autres de reprendre leurs recherches. Ces derniers s'exécutent dans un sérieux suspect.

Drago, au premier chef, feuillette son registre d'une manière régulière sans parvenir à masquer que son attention s'est décalée vers la surveillance de Blaise, lui-même toujours à sa contemplation du lac. Le rejoindre serait pénalisant, une atteinte à sa fierté, sans doute, mais Drago ne peut s'empêcher de partager son malaise. S'inquiéter pour la vie de son pote, oui. Réfléchir à ses états d'esprit, non. Cela demeure bien trop intime pour s'y plonger. Quant à considérer que les sentiments apparus chez Blaise aggravent son propre trouble, il parvient de moins en moins à repousser cet illogisme. Blaise aimait son père. Et même s'il avait respecté le sien, Drago ne sait plus s'il partageait une affection similaire à l'égard de son géniteur. Les conditions de leur séparation l'invitent à pencher la barre d'un certain côté, mais ce n'était pas si simple, Lucius Malefoy avait été son père. Il était son père.

Toutefois, l'affection filiale ne figure pas au rang de premier problème chez Drago et n'est pas en passe de devenir son principal. Des soubresauts ont recommencé à agiter ses mains et il a de plus en plus l'impression d'étouffer en raison de la chaleur inexistante en provenance de la cheminée. Machinalement, il caresse son bras à l'endroit précis où quelques heures auparavant, une trop longue éternité à présent, juste avant l'aube, la seringue s'était enfoncée, le libérant de ses douleurs.

C'est Ginny qui, au détour d'une énième liasse, trouve quelques lignes supplémentaires complexifiant plutôt que simplifiant ce qu'Hermione s'empresse déjà de prénommer « piste Damase ».

« — Cela date du 29 avril 1980, soit au sommet de la puissance de Voldemort. Enfin, sa première… Vous me suivez… » Des hochements de tête approbateurs encouragent la jeune femme à poursuivre. « Comme dans mes pires présages, il me semble aujourd'hui devoir consigner noir sur blanc mes craintes les plus extrêmes. La correspondance, pourtant nourrie, d'après D. Z. avec son ami R. B. n'aura pas été suffisante pour permettre à ce dernier de s'envoler de ses propres ailes. Quelle sotte ai-je été, les ténèbres sont révélées et à l'heure des choix, R. B. a suivi son arbre généalogique. »

La tragédie consignée dans les lignes de leur professeur ressemble à s'y méprendre à une copie de la leur et menace de les engloutir à nouveau dans le marasme dont ils ne finissent pas de s'extraire. Harry brise, néanmoins, le vilain envoutement lorsque faisant fi de toute délicatesse, il s'adresse à Blaise.

« — Comment tu t'es débrouillé pour finir Mangemort si ton père n'en était pas un Blaise ? Interroge Harry en fronçant les sourcils devant cette entorse au principe Potterien de la carrière paternelle.

— Rêve pas, Potter, il était Mangemort. Un grand Mangemort tué par les Moldus. » Prononcées à haute voix les paroles de Blaise se révèlent encore plus creuses que lorsqu'il s'obligeait à les réciter le soir dans son lit. « Me faut une clope. »

Et Blaise de quitter enfin l'appui de la fenêtre pour remettre Malefoy sur ses pieds et le traîner à l'extérieur en le soulevant à moitié. Une fois les deux défroqués partis, Harry ne peut s'empêcher de remarquer que cela n'était pas gagné. Laissant aux filles le soin de deviner s'il pense aux Horcruxes, à Blaise, à Drago ou bien à un mélange des trois. Ginny s'associe à son idée et vient reposer sa tête sur son épaule tandis qu'Hermione ne cesse de fixer le même parchemin.

«— Un lien, y'a forcément un lien, réfléchit-elle, ils sont devenus amis à Poudlard, Damase était un peu plus vieux, juste assez pour jouer parfois le rôle du grand frère que Sirius lui refusait. Et après vu ce que nous a dit Blaise, ils sont devenus Mangemorts tous les deux. Il faut juste de demander à Blaise quelques précisions sur sa mère pour s'en assurer. Et en remontant la piste de Damase, on trouvera Regulus. »

Plus facile à dire qu'à réaliser. Sur ce triste constat, la jeune femme se lève, plongée dans des pesnées qu'elle ne souhaite plus partager et prend la place occupée par Blaise devant la fenêtre tandis qu'Harry resserre son étreinte autour de Ginny. Calme plat. Certainement l'un des derniers. L'attention d'Hermione se porte sur les deux silhouettes, plus spécialement sur celle assise sur une marche et appuyée contre la balustrade. Elle lui parait quelque peu éthérée, comme s'il est possible de la voir s'envoler le long du chemin tracé par la fumée de la cigarette. Elle ne pourrait rien lui reprocher si jamais il choisissait cette voie. Ce calme. Le suivre peut-être. Retrouver Ron et tous les autres.

Ils passent la nuit suivante dans le manoir Mc Gonagall, serrés devant la cheminée de la bibliothèque où Hermione a allumé l'un de ses feux magiques brûlant sans fumée. N'ayant pas osé pénétrer dans les autres pièces, ils se sont contentés d'un repas des plus frugaux. Ils ne sont pas chez eux, et l'ombre, même bienveillante de leur ancien professeur ne cesse de leur rappeler des années finalement trop belles. Il leur fallait les fuir au risque de se faire engloutir. Drago ne trouve pas le sommeil, maudissant le hasard qui l'a poussé entre Hermione et Blaise pour mieux laisser à Harry et Ginny une maigre intimité. Ses douleurs sont revenues, sourdes et lancinantes à la fois. L'éclat des flammes chasse la broussaille des cheveux d'Hermione, si tenté qu'elle ait vraiment existé, son sommeil masque sa tristesse et du rose teinte sa pâleur. Il ne l'a jamais vu si sereine, si apaisée, si proche et si lointaine, les autres dorment, il avance sa main, juste pour effleurer ses cheveux. Ses doigts morts se posent, il les regarde glisser, caresser même mais ne rien ressentir. De rage, il retire sa main et son poing vient frapper le sol, heureusement recouvert d'un lourd tapis. Paralysé, il écoute les respirations, persuadé de les avoir réveillés. Aucune variation. Le lourd sommeil de l'enfant en sécurité. Il manque d'en rire, elle bouge, se retourne et lui tourne le dos. Cherchant à retrouver son calme, Drago se concentre sur le combat mené par les ombres des flammes au plafond. Combat perpétuel, à l'issue incertaine et digne de l'apaiser au point de s'endormir à son tour. A son réveil, Hermione est blottie contre lui mais Blaise a disparu.

Constatation suffisamment alarmante pour le faire se lever aussitôt. Ou plutôt, se trainer jusqu'au fauteuil où il espère trouver l'appui nécessaire pour se hisser. Manœuvre des plus discrètes qui alerte le trio des Gryffondor. Lesquels, à l'exception, Hermione qui prend le temps d'attendre qu'il soit debout, le débordent dans la recherche improvisée de l'absent.

La panique, toutefois, dépasse complètement l'enjeu de la quête puisque quelques minutes seulement sont nécessaires pour retrouver le Serpentard sur le chemin de ronde s'étendant entre les deux tours et en train d'affronter la bise glaciale du petit matin avec comme seule alliée une nouvelle cigarette qui se consume sans qu'il ne paraisse en tirer une seule bouffée. Son propriétaire ayant les yeux braqués sur une photographie sur laquelle deux adolescents adressent, pour le premier, un sourire maussade tandis que celui qui éclairait la peau noire du deuxième est visiblement non forcé.

« — Je n'ai pas de photos de mon père. Elles ont toutes brûlées lorsque les Moldus ont saccagé notre maison. Enfin c'est ce que m'a toujours dit ma mère.

— Blaise… Commence Ginny.

— T'avais raison Hermione. Je l'ai déjà vu, l'autre, là, Regulus. J'm'en rappelle maintenant… C'était rare qu'on reçoive des gens dans le village moldu où on habitait.

Moldu ? S'étrangle Drago tandis qu'imperturbable Blaise enchaîne.

— Ma mère n'était pas là, j'étais juste avec papa. Je devais avoir cinq, six ans… Il ferme les yeux. Elle n'était pas là « en visite parce que je ne peux décemment recevoir des gens honorables dans ta bicoque infestée ». Récite d'une voix mécanique le garçon. « J'aimais bien moi quand elle n'était pas là. Papa jouait avec moi, il construisait un train électrique ».

Harry comme Hermione tiquent, étonnés soudain que Blaise soit capable de nommer la principale énergie moldue sans les déformations auxquelles les avaient habitués Ron.

« — Maman avait horreur de ça mais comme elle pouvait rien dire, elle faisait exprès de ne jamais aller dans la pièce. C'était un grand train. Il esquissa un sourire. Il y avait la même locomotive que le Poudlard Express. Rouge aussi… »

Comprenant que citer toutes ces anecdotes permet à Blaise de se remémorer la scène, Hermione fait signe à Drago de se taire, précision inutile, toutefois, tant ce dernier est abasourdi par les révélations voire même littéralement foudroyé.

« — Bref… » Paraissant soudain gêné, Blaise se hâte d'enchaîner, « On était occupé lorsque ça a sonné et c'était un homme que je ne connaissais pas. Plus fatigué que sur la photo et plus vieux, un peu. Mon père était surpris mais très heureux, il l'a serré dans ses bras. Puis ils ont été discuter et moi je suis resté très sage à jouer avec mon train.

— Tu ne sais pas de quoi ils ont parlé alors ?

— Je ne me rappelle pas trop, j'étais loin et petit…

— Il y a peut-être un autre moyen… Si tu acceptes… Suggère Hermione d'une petite voix.

— Toi et Drago alors. Seulement. »