Chapitre XXVIII
Draco était venu me voir tous les jours, sans faute. Dès que l'hôpital permettait les visites et jusqu'à la toute dernière minute. Chaque fois qu'il apparaissait sur le pas de la porte, je me décalais sur le bord de mon lit pour qu'il puisse venir s'asseoir près de moi. Nous restions alors l'un à côté de l'autre, nos classeurs, trieurs et manuels ouverts devant nous. Nous parlions peu durant les révisions dont je savais qu'elles s'intensifieraient à l'instant où je serais sorti et que Severus pourrait, sur ordre de ma mère, me tomber dessus sans culpabiliser.
Mes parents passaient une fois par jour pour prendre de mes nouvelles, comme si le million de textos qu'ils m'envoyaient ne suffisait pas. J'avais d'ailleurs mis mon portable sur silencieux, histoire d'épargner ma concentration et les nerfs de mon Apollon. Enfin, je ne pouvais pas non plus prétendre être malgré ça très efficace ; je m'endormais souvent rapidement, autant assommé par l'ennui que les médicaments. Mais le meilleur, c'était que ça ne m'empêchait pas de profiter de la présence de l'amour de ma vie puisqu'à chaque réveil je découvrais qu'il avait passé un bras autour de mes épaules et me maintenait gentiment contre lui, à demi-allongé sur les oreillers.
Cependant, j'avais aussi eu droit à un défilé de mes amis les plus proches, quarante-huit heures après mon opération. Ron était entré blanchâtre pour ressortir verdâtre sans avoir prononcé un mot. Il n'aimait déjà pas beaucoup les hôpitaux, alors la vision des pansements et autres bandages que je portais encore… Hermione avait poussé un lourd soupir avant de souhaiter bon courage à mon futur époux. Théodore avait surgi, furieux, et m'avait collé une gifle retentissante. Il avait reculé, tremblant perceptiblement, puis avait pris la fuite. Luna avait débarqué à son tour pour me fournir un pain de glace et me menacer ;
-Si tu me fais encore peur comme ça, je lâche mes chiens sur toi.
La rêverie dans sa voix comme dans son expression faciale n'avait pas réduit mon frisson d'appréhension. En tout cas, j'étais rassuré sur un point ; entre Draco et elle, ma chouette serait dorlotée même en mon absence. Enfin, pour mes autres amis, ils s'étaient contentés de prendre d'assaut la conversation de groupe sur Facebook. Certains, comme Colin, avaient quémandé des détails. Quoi leur répondre à part que j'avais désormais une cicatrice au-dessus de l'aine, entre la hanche et le nombril, à droite ? La fosse hylienne, que disait Lucius.
-Iliaque, plutôt, non ? M'avait corrigé Neville.
-Ah ? Peut-être.
-J'en connais un qu'a trop joué à Zelda…, avait commenté Seamus.
J'avais bien sûr eu quelques visites d'autres membres de la famille. Et celle de Tom. Il venait d'arriver, neuf jours après la bataille, mais j'étais heureux de le voir.
-Tom ! Me suis-je exclamé. Tu vas bien ?
-C'est à moi de te poser la question, champion.
-Beaucoup mieux ; je sors demain en fin d'après-midi.
Il a acquiescé et s'est avancé. Mon Apollon s'est tendu et a mis sa main dans la mienne. Tom ne pouvait qu'avoir remarqué sa réaction, toutefois, habitué, il a fait comme si de rien n'était.
-Tom, ai-je repris, je te présente Draco. C'est…
-Ton petit-copain, merci, c'est pratiquement écrit sur son front. Tous mes vœux de bonheur, m'a-t-il interrompu en sortant une enveloppe de la poche intérieure de son veston. Ton contrat d'embauche. Tu as une semaine pour le lire et me le rapporter, signé ou non. Et j'exige que tu aies ton bac si tu veux remettre les pieds dans mon commerce. Au plaisir, l'Élu.
J'ai fait le salut militaire.
-Oui, Maître !
J'ai récupéré l'enveloppe qu'il me tendait et à peine s'en était-il allé que mon grand amour a repoussé nos affaires pour me demander des comptes, sa main libre sur ma joue.
-Tu cherches à travailler chez lui ? Pourquoi ? Et d'où vient ce surnom ? Ces surnoms ?
Booon… Il faisait comme la ville entière ; une allergie à Tom. Mais ce n'était pas une raison pour dramatiser ; tous en guérissaient plus ou moins vite, à l'exception de ma mère. Néanmoins, c'était terriblement tentant d'imaginer que c'était de la jalousie. Surtout face à cette méthode clairement romantique qu'il avait pour obtenir ce qu'il voulait. J'ai posé ma main sur la sienne, appuyé ma joue contre sa paume, ce qui a semblé l'apaiser légèrement. J'ai souri.
-Hhmn, je me suis toujours bien entendu avec Tom. Quand j'étais petit, il m'intriguait. D'autant plus que ma mère m'interdisait de l'approcher. Mais il m'attirait. Pourtant, c'était l'époque où même simplement sortir de chez moi me terrorisait. Où même Luna ne pouvait pas se placer à moins de trois mètres de moi sans que je ne me roule en boule en refusant catégoriquement de bouger jusqu'à ce que mes parents viennent me chercher. Enfin, mon père, voyant que Tom serait peut-être en mesure de me faire sortir de ma coquille, est passé outre ses propres réticences et m'a emmené au « Voldemort » derrière le dos de ma mère. Je me souviens, j'étais agrippé à la jambe de mon père, très intimidé mais aussi très content de voir Tom s'accroupir devant moi. Il m'a dit « Bonjour, l'Élu. » Je me suis senti spécial, dans le bon sens du terme. Quant au « Maître », c'était une blague qui aurait dû être courte mais qui dure depuis des années.
J'ai conclu mes explications par un baiser sur son poignet. Il n'a pas surenchéri, visiblement surpris par mes propos et plus intéressé par eux que par mes attentions.
-Tu étais agoraphobe à ce point ?…
-Oui.
-Mais ça se voit si peu, aujourd'hui !
J'ai pouffé.
-Tom a réalisé une sorte de miracle, oui. Mais n'oublie pas que tu m'as constamment vu entouré de personnes que je côtoie depuis longtemps et avec qui les choses sont graduellement devenues naturelles. Mets-moi avec qui que ce soit d'autre et je vais me fermer comme une huître. Pire encore dans un lieu que je ne connais pas. Puis, si tu interroges n'importe quel membre du groupe, il se plaindra que je participe rarement aux sorties prévues, ainsi qu'aux discussions, et que je pars souvent le premier. Des gens comme Pansy te raconteront sûrement des anecdotes comme la fois où, quand j'avais une dizaine d'années, elle a eu le réflexe de me prendre le bras pour attirer mon attention et que j'ai fondu en larmes. Même à l'heure actuelle, je sursaute encore quand d'autres personnes que celles qui appartiennent à la liste que tu connais déjà m'effleurent, même par inadvertance. Mes amis ont appris à faire attention, et moi à faire des efforts pour des événements comme le bal. Et au cas où tu te questionnerais là-dessus, je fais de la musique parce que, espèce de païen, ce n'est pas du bruit.
J'étais très amusé, alors que mon futur mari paraissait aussi ahuri qu'irrité.
-Mais ce Tom, il… C'est…
-Un type bien. Vraiment, ai-je complété.
Il s'est écarté, reprenant le cours qu'il révisait précédemment, mais plus par mécanisme que par envie de continuer où il s'était arrêté.
-Je ne l'aime pas, me révéla-t-il après un moment.
-Nous sommes très peu à réellement l'apprécier, ai-je amoindri le mal.
-Et tu ne crois pas que c'est un signe ?…
-Un signe de quoi ?
-Qu'il ne faut pas lui faire confiance. Si tout le monde est passé par la même impression que moi, c'est qu'il y a quelque chose qui n'est pas normal chez lui, non ?
-Oh, tu veux parler de la malédiction des Gaunt…
-Pardon ?…
J'ai commencé à jouer machinalement avec mes cheveux. Cette histoire me mettait inévitablement mal à l'aise ; elle était atroce et me rendait horriblement triste pour Tom chaque fois que j'y pensais. Cependant, comme j'en avais trop dit ou pas assez…
-Tom est né Gaunt, la plus ancienne famille de Pré-au-Lard. Seulement, il n'y avait plus ni richesse ni gloire chez les siens depuis longtemps lorsqu'il a vu le jour. Sa mère, Mérope, était amoureuse du fils Riddle mais, étant extrêmement laide et n'ayant rien pour compenser, ce n'était évidemment pas réciproque. Alors elle s'est débrouillée pour droguer l'homme. Après ça, elle a été jugée et condamnée pour viol. Sauf qu'elle était enceinte. Comme sa mère avant elle, elle est morte en mettant l'enfant au monde. C'est Marvolo Gaunt, le père de Mérope, qui a récupéré la garde. Le fils Riddle refusait bien entendu de le reconnaître comme l'un des siens. Marvolo ne l'a pas supporté. Un soir, il est entré par effraction chez les Riddle et a tué l'homme ainsi que ses parents. Arrêté, jugé et condamné à son tour, c'est à Morfin, le frère aîné de Mérope, qu'est revenue la charge d'élever Tom. Morfin n'était pas bien sain d'esprit non plus. Il était convaincu de pouvoir parler avec les serpents. Tom a quitté la maison des Gaunt dès qu'il en a eu l'occasion. Il est persuadé, comme beaucoup, que sa famille est maudite. C'est pour ça qu'il porte le nom de son père, Riddle ; parce qu'il préfère qu'on l'affilie aux victimes plutôt qu'aux bourreaux. Et c'est pour la même raison qu'il a décidé de ne jamais fonder sa propre famille ; pour que la malédiction meure avec lui.
J'ai ri jaune.
-Officiellement détenteur de la médaille d'or de la vie de merde, pas vrai ?
Draco me fixait, bouche bée. J'attendais.
« S'il ne prend pas ses jambes à son cou dans la minute, alors rien ne pourra jamais lui faire quitter Pré-au-Lard. »
[… … …]
Note de l'auteur : Eh oui, on ne dirait pas, mais les policiers de Pré-au-Lard ne volent pas leur paye. Enfin, il ne se passe pas grand-chose, dans ce chapitre, mais difficile d'envoyer Harry faire les quatre cents coups entre son accident et ses examens ! Et puis, il en faut bien, de l'exposition, de temps en temps. Ç'aurait été dommage de se priver de l'histoire des Gaunt, non ? Sinon… Plus de deux mois d'attente, si je ne me trompe pas, entre le chapitre précédent et celui-ci… Je pourrais vous expliquer pourquoi mais ça ne changerait rien à la patience qu'il vous aura fallu et vous faudra peut-être encore, alors… Je ne peux que m'excuser humblement !
