Base républicaine de «Biem Hoa», hôpital central.

Jay avait été libérée de ses liens et on lui avait accordé une douche, qu'elle avait du prendre avec une infirmière, à la fois pour la surveiller et l'aider à cause de ses côtes cassées.

Ce moment-la avait été fort agréable, un peu gâché tout de même par le reflet qu'elle avait vu dans le miroir de la salle de bain.

Je suis déjà bien enlaidie, se dit-elle, mais alors là, avec les hématomes c'est le bouquet !

Une énorme bosse violette commençait à peine à dégonfler sur sa tempe gauche, et sa lèvre inférieure portait encore la trace du crochet qu'elle avait partiellement esquivé.

Si maintenant on ne me laisse pas tranquille, c'est à désespérer, conclut-elle en remettant son masque facial.

Ses vêtements avaient été lavés, ce qui lui remonta le moral. Une veste républicaine avait aussi été ajoutée, une délicatesse qu'elle apprécia. Lorsqu'elle eut fini de s'habiller, un des deux soldats qui la surveillait lui dit :

-Il est temps de se mettre en route vers les pistes. Le transporteur va bientôt arriver.

Ils partirent à pieds vers la zone spatiale de la base, Jay encadrée de chaque coté par un soldat.

Ils avaient fait à peu près une centaine de mètres lorsque tout s'éteint.

Un peu surpris, les deux soldats s'arrêtèrent. Jay leur demanda :

-Qu'est ce qui se passe ? C'est une alerte ?
-Non. Si c'était une alerte on entendrait la sirène, elle n'est pas sur le réseau général.
-C'est sacrément silencieux, vous ne trouvez pas ?

Un claquement se fit entendre quelque part. Les soldats tendirent l'oreille mais ce bruit demeura isolé.

-On continue, dit finalement un des soldats en sortant son blaster de l'étui. Un ordre est un ordre.

Son camarade dégaina sans un mot et ils se remirent en marche dans l'obscurité.

Bizarre quand même, se dit Jay. Cette panne qui dure, ce silence…

Elle se bloqua net. La voix venait de lui parler, mais elle n'était ni douce ni enjôleuse. C'était des ordres portés par le tonnerre.

Les deux soldats remarquèrent son arrêt et crurent à une rébellion ou une tentative de fuite. Le taciturne lui saisit le poignet tandis que son compagnon lui dit, un peu énervé :

-Ne faites pas l'idiote et suivez-nous !

Elle allait repartir lorsqu'une ombre se dressa devant elle. Les deux gardiens se retournèrent et braquèrent leurs armes.

-On ne bouge plus !

Pas de réponse. La chose qui des dominait d'un bon mètre ne bougea pas.

La capuche fut alors rabattue d'un seul coup et Jay et ses deux gardiens demeurent sidérés par ce qu'ils virent. Le geste avait dévoilé la figure d'un homme qui les observait d'un regard lointain. Seulement cette figure n'était pas unique, elle se répétait de chaque coté. On aurait dit les reflets d'un kaléidoscope fait chair.

Le visage était immobile et silencieux mais ils voyaient les lèvres des deux bouches latérales remuer en silence, comme si les têtes se parlaient entre elles.

L'apparition fit une légère rotation et ils furent observés par d'autre yeux, différents mais semblables.

Les deux gardiens ouvrirent ensemble le feu.

La forme esquiva.

Jay se rendit alors compte que trois hommes complets avaient été réunis par le dos. Le plus glaçant était que cet assemblage ne manquait pas d'élégance, ses mouvements souples et parfaitement synchronisés rappelant ceux d'une pieuvre ou d'une méduse.

Deux bras jaillirent du cache poussière et la nuque du premier soldat se brisa.

Jay secoua la peur qui la paralysait, tourna les talons et se mit à courir à toute jambes dans l'allée

Elle entendit derrière elle un tir de blaster suivi d'un craquement. Le deuxième soldat venait d'être tué.

Il va me rattraper, il va me rattraper, Il va me…

Elle vit un petit chemin sur sa droite. Elle s'y engouffra en dérapant sur le sol de terre battue.

Sortir de sa vue, devenir invisible…

Une silhouette surgit devant elle. Elle faillit l'emplafonner de tout son élan, mais la forme esquiva et la saisit dans ses bras. C'était Bujac.

-Suivez-nous, major, dit-il simplement.

Elle vit Blom et quelques autres dans l'ombre de la ruelle. Des tirs de blaster se firent entendre. Bujac tendit l'oreille :

-Ils sont accroché par la garnison. Bon pour nous ça.

Ils partirent dans l'ombre. Jay était tellement secoué qu'elle les suivit sans une parole.


Vaisseau amiral républicain RSV115 «Emancipator», ascenseur «Capricorne».

Ce fut un rat de soute qui réveilla Jed. Ces parasites étaient apportés dans les vaisseaux au gré des escales et leur traque était une des occupations de base des équipages. Il sentit un mordillement patient à son majeur droit, ce qui le ramena à la surface de la conscience.

Au début, il ne vit rien, ce qui lui fit croire qu'il avait été aveuglé par le tir de son adversaire. Puis ses rétines s'ouvrirent, et il distingua le plafond du couloir. L'alimentation électrique avait été coupée, car tout était plongé dans l'obscurité. Seuls les éclairages de secours répandaient une lueur verdâtre de loin en loin.

Il se retourna pesamment sur le coté gauche et entreprit de se relever. Il respirait mal.

Il arriva néanmoins à se mettre debout en vacillant. Il tata son flanc droit, ou était sa blessure, et sentit une énorme bosse au-dessus de la plaie.

Pas le choix. Il se baissa pour chercher son poignard dans sa botte, le trouva et enfonça la pointe en plein dans l'hématome. La jambe droite de son pantalon se colla à sa peau et il sentit sa botte se remplir.

Tout commença à se troubler et il s'appuya de justesse à la paroi du couloir.

Mais il respirait mieux.

L'étourdissement passa et il jeta un regard circulaire sur ce qui l'entourait. Le trooper qui l'avait abattu gisait à ses pieds. L'atelier qui avait été leur dernière position était totalement obscur.

Et je n'ai même pas pris de torche ! se dit-il en maudissant son impréparation.

Son regard tomba sur le trooper mort. Et si…

Il se baissa et retourna le corps. Il avait été désarmé, comme le lieutenant d'ailleurs, et les poches à chargeurs étaient vides. Mais le reste de l'équipement était resté en place et miracle ! Jed vit une torche accrochée à la ceinture.

Il la prit prestement et l'alluma. Maintenant il n'était plus aveugle.

Il passa l'encadrement de l'atelier et se dirigea vers le monte-charge pour voir que celui-ci avait été détruit. Par son groupe ou du fait de l'ennemi, il n'en savait rien, mais rien à espérer de ce coté-ci.

Il s'assit sur une caisse pour faire le point.

Manifestement, la ligne de front s'était déplacée et il était maintenant en territoire ennemi. Descendre en rappel par la cage d'escalier était impossible dans son état et de toute façon ce serait se précipiter dans la gueule du loup.

Revenir vers le château du vaisseau en empruntant le couloir d'où il était venu posait les mêmes problèmes. Il n'y avait aucun endroit pour se cacher et il serait immanquablement repéré et fait prisonnier lorsqu'il atteindrait la zone de combat.

Il restait une dernière solution : suivre exactement le même chemin que les assaillants, retourner à la plateforme de service en passant par les soutes. De là il pourrait, soit redescendre en zone amie si les impériaux avaient été bloqués avant, ou alors chercher un scaphandre de service et rejoindre le château par l'extérieur.

Il n'y avait plus qu'à espérer que les impériaux n'aient pas laissé de sentinelles.

C'est tout ce qu'il restait à faire, aussi se mit-il en route immédiatement après s'être fait un pansement sommaire.


Base républicaine de «Biem Hoa», quartier général.

Le commandant était debout au milieu de la pièce et écoutait le rapport que lui faisait le lieutenant en charge de la garnison. A sa gauche, un peu en retrait, l'officier de renseignement ne perdait pas une miette de la conversation.

A la fin du rapport, le commandant prit la parole :

-Comment y a-t-il pu avoir infiltration sans que l'alarme ne soit donnée ?
-Du fait des pertes, nous avons du alléger le dispositif. Les sentinelles ne sont plus doublées depuis deux jours.
-Vous dites que les générateurs principaux ont été sabotés. Comment ?
-Une matière organique conductrice a été vaporisée sur les câbles. Cela a tout mis en court-circuit.

L'officier de renseignement tiqua mais se tint coi. Le lieutenant reprit :

-Les techniciens son en train de réparer tout ça, mais cette matière est extrêmement toxique. Le premier électricien qui est intervenu sans protection est mort en moins de dix minutes.
-Dans combien de temps retrouverons-nous au moins l'éclairage ?
-Dans une heure.

Le commandant leva les yeux au ciel.

-Dans une heure ! Et nous sommes sans protection à part les droïdes et les champs de mines ! Prions pour que les impériaux n'en sachent rien !
-Justement commandant. Les prisonniers ont réussi à faire sauter le portail de l'enclos et se sont répandus dans toute la base. Ils ne sont pas armés, à part quelques gourdins et couteaux, mais ils ont déjà attaqué quelques soldats isolés pour leur prendre leurs armes…

-Et qu'avez-vous fait ?
-J'ai retranché mes hommes autour du noyau central de la base. Des que l'éclairage reviendra, nous ratisserons les quartiers périphériques secteur par secteur.

Le commandant se tourna vers le poste de transmission.

-Il vous reste encore du jus ?
-Oui commandant, nous sommes sur les batteries de secours.
-Contactez immédiatement l'«Angel of Mercy». Qu'il n'envoie pas la navette de liaison.
-C'est trop tard commandant. Elle est déjà partie et la descente a commencé. Les ondes radio ne passent plus.

Le commandant serra les mâchoires. Tout était en train de partir en quenouille.

-La zone spatiale est sécurisée au moins ?
-Oui pour les hangars, non pour les pistes.
-De mieux en mieux. On peut y envoyer une escouade pour la réceptionner ?
-Ça serait dangereux commandant. J'ai à peine assez d'hommes pour tenir le noyau central. Mais dès qu'elle sera en vol atmosphérique on pourra la contacter par radio pour lui dire de remonter.

-Dans combien de temps arrive-t-elle ?
-Une demi-heure, répondit le poste de transmission. Compte tenu de la faible puissance de l'émetteur de secours, il faudra l'appeler juste avant l'atterrissage.

Le commandant réfléchit un bref moment. Cette solution ne lui plaisait pas, mais il n'y en avait pas d'autres pour l'instant.

-Bien, conclut-t-il en s'adressant au chef de la garnison. On peut considérer que la situation est stabilisée. La priorité absolue est la remise en marche des générateurs. Vous avez plein pouvoirs, compris ?

-Oui chef ! répondit le lieutenant en saluant et en tournant les talons.

Un moment passa, puis l'officier de renseignement prit la parole :

-Commandant, cette histoire n'est pas claire du tout…
-C'est le moins qu'on puisse dire !
-Je ne plaisante pas, commandant. Ça ne ressemble pas à une attaque de commandos impériaux.
-Si ce n'est pas eux, qui ça peut être ?
-Je ne sais pas. Mais je vais passer voir les générateurs et prélever un échantillon de cette matière. Cela nous donnera peut-être une indication.

-Faites gaffe quand même !
-Ne vous inquiétez pas pour ça, je prendrais mes précautions. Il faudra aussi que j'interroge tous les soldats qui étaient de garde. Ils ont peut-être vu quelque chose.
-Faites. Mais pour l'instant la priorité, c'est de reprendre la base.