Bonjour tout le monde ! C'est Kuroshine ! J'espère que vous allez bien ! Pour ma part ça peut aller, hâte de profiter de ma semaine de vacances pour me reposer et repartir de plus bel après pour la FAC ! Très peu de choses à dire sur ce chapitre à part que j'ai mis un temps dingue à l'écrire parce que je ne savais pas comment aborder la chose… En tout cas je suis contente du résultat et je vous retrouve dans un mois pour la suite. J'attends vos retours avec impatience : ça me ferait super plaisir de lui à nouveau pleins de vos jolis commentaires ! Je remercie d'ailleurs chaleureusement les personnes toujours à l'appel, c'est adorable ! Bonne lecture à vous tous et à très vite !

Chapitre 29

Je mis quelques minutes à me remettre de mes émotions. Le parquet sous mes pieds donnait l'impression de tanguer. Toujours secoué de spasmes je finis par laisser tomber mes affaires à terre et me dirigeai vers la petite table de la cuisine et m'assis en face, serrant maladroitement le morceau de papier entre mes doigts.

Je passai une main dans mes cheveux, puis de l'eau sur mon visage, arrivant par miracle à me remettre sur ma chaise dont l'un des pieds aurait fait croire qu'il avait été scié tant je tanguais.

J'essayai de clarifier la situation malgré mon extrême panique.

Suite à mon agression j'avais dû témoigner quant à l'identité de mon agresseur, que je décris tant bien que mal. L'enquête n'arrivait malheureusement pas à avancer, étant donné qu'Elrick avait prit la peine de ne laisser aucune trace derrière lui. Ce ne fut qu'à force de recherche et surtout de la découverte de son corps dans une ruelle que la police en conclut à un réglementent de compte entre gang, au vu du passé judiciaire d'Elrick cela n'avait rien de surprenant, là encore : aucune trace d'identité sur le cadavre. Et tant mieux. Pour le coup Levi s'en était bien sorti.

Annie avait certainement dû se douter de quelque chose lors de ma conversation avec Armin et Sasha lors de la soirée chez elle. Son attention toute particulière était étrange.

Mais il n'allait rien nous arriver, si ?...

Toujours sous le choc, je pris en vitesse mon portable et composais le numéro de la militaire. Je n'avais absolument pas préparé mon discours à l'avance et je ne pris conscience qu'au bout de quelques secondes que je n'avais aucune idée de comment aborder la question. Je ne pouvais plus faire marche arrière, si elle voyait mon appel et me rappellerait dans tous les cas et je ne serai pas plus avancé. D'autant plus que cela serait extrêmement étrange et éveillerait peut être des soupçons.

Décidément je devenais parano.

Après une attente qui me sembla interminable, la jeune femme décrocha et je pus alors entendre sa voix éraillée à travers le haut parleur.

- « Ouais Eren ? T'as reçu mon mot ? »

Plutôt direct comme début de discussion, mais au moins je n'avais pas besoin de faire des pieds et des mains pour aborder le sujet.

- « Ah heu, oui ! » Bégayai-je tout en réfléchissant à ce que j'allais bien pouvoir lui répondre.

- « En fait j'ai pas de preuves ou quoi mais la façon dont t'en as parlé ça m'a mit la puce à l'oreille… J'crois avoir déjà entendu son nom quelque part... »

Décidément entre Armin et elle j'ai l'impression que le monde entier a déjà eu vent de lui !

- « A vrai dire je le connais pas trop, tout ce que je sais c'est qu'il est fils d'un flic donc il m'a un peu aidé dans l'affaire. J'ai même vécu chez lui pendant un moment... Mais c'est du passé, on est plus ensemble... »

Le fait de le dire haut et fort à quelqu'un me fit un peu plus réaliser ma situation et le point de non retour que j'avais prit, ce qui était loin d'être évident à digérer.

- « Je vois... Désolé alors. Je sais que j'ai pas le droit de faire ça mais j'ai réussi à accéder à son casier. Il est quasi vierge, la seule chose de marqué c'est qu'il vient de la ville souterraine. Si jamais il devait faire un écart il serait plus vite contrôlé que la moyenne. Autre chose ? »

- « Heu, nan... Ce serait plutôt à moi de te dire ça... »

- « J'ai eu ma réponse, ça me suffit. »

- « Bon, je-je te laisse alors... » Concluais-je le cœur un peu plus léger mais pas serein pour autant.

- « O. K. N'oublie pas d'envoyer un message à la Belle de Fontenay, ou elle risque de te faire la gueule. »

- « J'y penserai » fis-je avec un petit sourire en coin.

Je ne tarderai très certainement pas à l'appeler...

Je raccrochais ensuite, soupirant lourdement et bruyamment avant de lancer mon portable sur le plan de travail et de tomber lourdement sur mon lit, la tête explosée de toute part.

J'étais totalement perdu. Tiraillé entre deux sentiments. Je n'avais très franchement pas la moindre envie de couper les ponts avec Petra, ni avec Levi d'ailleurs même si cela me coûtait de l'admettre. Leur compagnie était tellement agréable que je ressentais un grand vide à l'idée de me séparer définitivement d'eux. La rousse était particulièrement douce et vive d'esprit, une vraie belette : belle, agile, fine et rusée avec son regard perçant et ses doigts délicats, elle maniait la rhétorique comme personne. Quant à Levi difficile de ne pas lui trouver des points positifs... Une intelligence hors paire, un franc parlé cinglant mais foutrement efficace et une prestance démesurée. On se demande vraiment pourquoi j'en viens à regretter ma situation initiale !

Putain mais qu'est ce que j'ai foutu pour en arriver là...

Perdu. Ce mot revenait constamment dans mon esprit, tel un moulin à vent qui revient sur ses pas... Je commençai à regretter de les avoir connu : première phase. Si seulement j'avais décliné la demande de mon putain de prof ce jour là. Si je n'étais pas rentré dans son appartement, si je n'avais pas croisé son regard... Si seulement je n'avais pas vécu tout ce qui s'en était écoulé...

Mais voilà, comme dit le proverbe: avec des si on aurait mit Paris en bouteille.

Je me levais difficilement et me dirigeai vers la salle de bain afin de prendre une douche, dans l'espoir de me détendre un peu. L'eau chaude mit un certain temps à venir en raison de ma durée d'absence et donc du fait que je ne l'ai pas utilisé durant cette période. Après plusieurs minutes à grelotter je me hâtai de mettre le jet sur ma tête, profitant pleinement de cet instant de détente, ou presque.

Phase deux: la colère. Je tapais du point contre le carrelage de la douche, arrachant au passage un bout de peau, laissant derrière une traînée de sang.

Que Levi veuille mettre fin à notre relation c'est une chose, qu'il décide de le faire dans ma maison d'enfance, un soir de Noël et après m'avoir offert un cadeau en est une autre ! Je savais bien que le tact et la délicatesse n'était pas son fort mais... Merde quoi ! J'avais si peu d'importance à ses yeux ? Il me considérait tant comme une merde pour me lâcher de cette façon ?! De quel droit est-ce qu'il s'était permis de me traiter comme ça ? Il fallait vraiment être là dernière des pourritures pour offrir un paquet à quelqu'un pour mieux le plaquer deux minutes après ! Il me prenait pour un gosse à qui il suffit de donner un bonbon pour mieux faire passer une nouvelle ?! Remarque, c'est toujours comme ça qu'il m'avait considéré...

Pas une fois je n'avais bronché, pas une fois je ne lui avais demandé de faire d'efforts pour...

Pour quoi en fait ? Et pour qui ? Pour un gamin dont il se fout royalement ? Pour une relation à laquelle il n'avait jamais crû...? Qui l'intriguait juste ?...

Phase trois: la tristesse.

Des larmes commencèrent à rouler le long de mes joues, mes membres tremblaient et ma poitrine se soulevait irrégulièrement. J'avais terriblement mal au cœur, comme si l'on y plantait des cloues et qu'il s'était mis à saigner. Je ne voulais pas. Je ne voulais que notre relation prenne fin. Ne plus pouvoir discuter avec lui, dormir à ses côtés, juste... ne plus sentir sa présence me paraissait quelque chose d'inconcevable.

Trois mois. C'était le temps que notre relation avait durée. Trois mois d'une relation charnelle et d'une excitation quotidienne. De moments de plaisirs intenses couplés à une haine et une rivalité certaine. Extrême dans tout, même dans les moments les plus banales. Extrême et intense... Deux mots qui qualifiaient si bien ce que j'avais vécu pendant ces trois mois. C'était si court; qu'est ce que ça vaut une liaison de quelques semaines ! Et pourtant j'étais encore capable de décrire la moindre de nos journées ensemble, de sentir comme s'il me touchait en ce moment ses grandes mains caressant mon corps jusqu'à descendre au creux de mes reins.

J'éclatais en sanglot. En trois mois j'avais aimé comme jamais jusqu'à présent le beau noir de jais qu'étais Levi, d'une telle manière que ma vie en serait à jamais marquée…

Je restai ainsi sous l'eau pendant plusieurs minutes. Je ne saurai dire combien, et je m'en fichais. Après tout, quand bien même ma facture d'eau serait astronomique, je n'avais pas élu domicile ici depuis des mois; ça ne faisait que rattraper mon retard...

À peine je fus sorti de la salle de bain, les yeux rougis, que je m'affalai à nouveau sur mon lit. Je me retournai alors vers mon téléphone et vis qu'il y a avait deux appels manqués et quatre messages.

Sans réelle surprise je constatai qu'il s'agissait de Sasha Braus. Annie avait très certainement dû lui parler de moi et de ma rupture et – comme une flèche – la châtain devait s'être emparée de son téléphone pour prendre de mes nouvelles.

Cela faisait plus d'un quart d'heure qu'elle avait tenté de me joindre et il faisait déjà nuit noire dehors : elle ne risquait donc pas de débarquer chez moi. D'autant plus que je n'aurai pas eu le courage de l'accueillir, je n'avais qu'une envie: dormir. Ou du moins faire en sorte que le temps passe plus vite.

Mon téléphone sonna. Et une fois de plus c'était un appel de la fan de patates. Je n'avais pas envie de décrocher, mais je supporterai encore moins l'idée de lui mettre un vent. Elle qui a toujours été là pour moi, au même titre qu'Armin, c'était comme si je piétinais ces heures à m'épauler, à tenter vainement de me faire penser à autre chose, à me faire relativiser, et pire encore : je piétinais ses sentiments. Aussi j'appuyai du bout du doigt sur le bouton vert et laissais mon portable non loin de mon oreille, tout en gardant le haut parleur désactivé. Par expérience je savais que je n'aurai pas du mal à l'entendre...

- « Allô... »

- « T'es chez toi ? »

Pas de réponses.

- « Eren Jeager, est ce que tu es chez toi ? » Fit-elle d'un ton insistant.

Je soupirai lourdement et lui répondis, d'une voix détachée:

« Ouais, étalé sur mon lit. »

- « OK. Tu bouges pas. »

Et elle raccrocha.

Si je me doutais qu'elle allait débarquer chez moi après cet appel ? Très honnêtement ? Oui. Elle était suffisamment folle pour le faire et ces paroles ne laissaient planer aucun doute.

J'avais donc eu tout le temps nécessaire pour me préparer mentalement à sa venue, qui promettait d'être... Disons, dynamique.

Au final, elle n'avait même pas attendu mon appel pour prendre un train... Sûrement le dernier de la journée.


Sasha, de sa grande discrétion, se faisait entendre dès l'entrée de l'immeuble. Je n'eus donc aucun mal à la stopper net tandis que sa main allait certainement rencontrer la porte de l'appartement.

- « C'est ouvert... »

Je l'entendis grommeler derrière la porte, coupée dans son élan, avant qu'elle ne l'ouvre d'une poigne de fer, manquant de la faire se claquer contre le mur. Elle entra comme une furie dans la pièce sombre, dont la seule source de lumière provenait de l'applique à l'entrée.

- « Fait pas chaud ici… »

- « J'ai pas allumé le chauffage »

- « T'aurais peut être dû. »

- « Si j'avais su que tu venais… »

- « Bah heureusement que je suis venue alors : tu serais mort de froid sinon ! » Poursuivit elle avec nervosité.

Elle se dirigea vers le chauffage et ouvrit les vannes, faisant ainsi chauffer la pièce tout en douceur le temps de quelques vingtaines de minutes – mon appartement n'étant pas très grand cela ne prenait pas beaucoup de temps – puis elle s'installa face à moi, sur le bord du lit. Elle lâcha son sac sur les draps et sortit une bouteille de Whisky qu'elle me lança sans même voir si j'étais en mesure de la réceptionner.

- « On fête quelque chose ? » Demandai-je avec une pointe d'ironie.

- « Tu parles plus quand t'es bourré ! »

J'écarquillai mes yeux, sous l'effet de la surprise. Puis mon regard jongla entre la bouteille et la châtain, qui se trouvait déjà devant les fourneaux de ma cuisine. Elle prit un rouleau d'essuies-tout avant de récupérer dans l'entrée deux boîtes en carton que je n'avais pas remarqué, comme j'étais étalé sur le ventre, la tête dans les coussins, et ce dès son arrivée.

Elle se posa ensuite en tailleur sur le lit avant d'ouvrir les fameuses boîtes: deux pizzas, une reine et une bolognaise.

- « Manges. » Pesta-t-elle, son premier morceau entre ses mains.

Je me contentais de la fixer, assez dubitatif, pendant plusieurs secondes, le temps de comprendre son manège.

- « Qu'est ce que tu me veux ? »

Elle redressa la tête, rouge de colère, ses pupilles à peine visibles, et mordit à grandes dents dans ce qui restait de sa part de pizza avant de m'en enfourner une de force dans le fond de ma gorge.

Je me débattis alors avec la châtain et commençais à lui donner des coups dans le ventre afin qu'elle me lâche. Mais c'était loin d'être gagné ! Sasha était une véritable teigne et du moment qu'elle était dans cet état il était impossible de la raisonner, quand bien même elle recevait des coups elle ne lâchait rien: un vrai Pitbull.

Je finis par avaler difficilement un morceau de la pizza, le restant tomba – fort heureusement – sur la boîte en carton et non sur mon lit.

- « T'es complètement hystérique ! » Lui fis-je remarquer tandis qu'elle avait tranquillement reprit son repas, me laissant à moitié m'étouffer.

- « Bois du whisky, ça va passer... »

- « Putain mais qu'est-ce qui va pas avec toi ?! Tu démarques chez moi sans prévenir, tu m'obliges à bouffer, tu m'engueules, et pour couronner le tout tu m'incites à boire ?! »

- « Et toi alors, qu'est ce qui t'arrive ?! J't'ai jamais vu avec une tronche pareille ! »

- « C'est vrai qu'avant de te pointer ici t'avais vachement l'occasion de voir ma tête ! »

Elle ne sut quoi me répondre, préférant se taire et détourner la tête pour fuir mon regard. Un court silence s'installa entre nous, que je brisai rapidement, me redressant afin de me trouver dans la même position qu'elle. Ma voix se fit plus grave.

- « C'est Annie qui te l'a dit, hein ? »

Pas de réponse. Elle ouvrit la bouche, mais aucun son ne vint. Autre silence. Puis elle se décida enfin à m'avouer le fond de sa pensée.

- « Annie m'a envoyé un message tout à l'heure. Elle m'a dit que tu avais l'air anéantie. Et tu sais qu'elle ne se trompe jamais... Elle n'a pas voulu m'en dire plus. »

- « Et en toute logique tu t'es dit que t'allais débarquer chez moi à l'improviste ? »

Elle n'approuva pas mes paroles. Sûrement se rendait elle compte que ce n'était peut être pas la meilleure réaction à avoir dans ce genre de situation et qu'elle aurait peut être dû y réfléchir avant.

- « Elle m'a juste dit: "vas voir Eren, il a pas l'air d'aller bien". J'ai tout de suite pensé à quelque chose de grave. »

Je compris alors qu'Annie ne lui avait pas parlé de ma rupture avec Levi, ce qui aurait été sympathique de préciser, cela aurait évité à la châtain de s'inquiéter "pour rien". Quoi que la militaire, bien que très froide et détachée de prime abord, est en fait quelqu'un d'avenant et qui masque souvent ses bonnes actions en concours de circonstances ou purs hasards. Sasha n'avait pas tort quand elle disait qu'elle ne se trompait jamais...

Cette espèce de folle blonde...

- « C'est déjà moins fort que "anéantie". »

- « C'est que tu t'es pas vu... Et avec ce qui t'es arrivé ces derniers temps j'ai de quoi m'inquiéter! »

- « Et bien je te rassure tout de suite, dis-je tout en m'étalant sur le lit, la bouteille ouverte près de ma bouche, c'est pas aussi grave que tu le penses, ça n'implique pas un couteau dans le ventre... »

- « Pour que t'ai autant l'air d'un cadavre faudrait au moins que t'en ai vu un ! »

- « Mon état implique une personne qui ressemble à un cadavre... »

- « Jean va très bien... » Répondit elle spontanément, ce qui – en d'autres circonstances – m'aurait beaucoup fait rire.

- « Arrête Sasha... J'ai pas une tête à rire là... »

Elle m'observa avec peine, me suppliant du regard. Je détestais la voir avec cette mine dévastée.

- « Dis moi ce qui t'arrive Eren, tu vois bien que t'es pas dans ton état normal... »

Elle posa sa petite main pâle sur mon avant bras avec beaucoup de douceur, peut être avait elle compris qu'elle n'obtiendrait rien par la force.

Je bus encore une gorgée, l'alcool me montant déjà au niveau du nez. Décidément je buvais un peu trop en ce moment...

- « J'ai rompu avec Levi. » Lui avouais-je d'un air détaché.

L'annonce eut comme un effet d'énorme masse qui s'abattait sur les épaules de ma camarade de toujours. Elle peina à trouver ses mots, les chercha, tenta de rassembler ses pensées et finalement me demanda avec beaucoup de sérieux :

« Tu as rompu avec lui ou lui avec toi ? »

- « Rhaa tu pinailles ! Y'a pas de différence ! C'est pas ça la question... »

Elle me fixa d'un air dubitatif.

- « Aucune différence, hein ? Eren, pas toi. Tu n'as pas le droit de mettre dans le même panier deux expressions qui n'ont clairement pas la même signification ! »

- « Est-ce que c'est vraiment si important que ça ?! »

- « Bien sûr que oui ! Pourquoi t'as autant l'air dévasté si c'est toi qui est à l'origine de cette rupture ? »

Une seule option s'offrait à moi : la fuite.

- « Lâches moi Sasha. » Lui lançais-je simplement, à bout de force.

Je fermai les yeux et l'ignorai pendant un moment. Je n'avais pas envie d'en parler avec elle, parce que... Parce que moi même je ne savais pas quoi penser de cette séparation.

Je l'entendais soupirer derrière moi. Elle resta ainsi figée pendant un bon moment. Lorsqu'elle se rendit à l'évidence que je ne comptais pas me retourner vers elle se résolue. Elle prit la bouteille de whisky et la remit dans son sac, sans un bruit. Je l'entendis ranger ses affaires avec précipitation et me retournai soudain.

- « Qu'est ce que tu fous ? »

- « Je rentre chez moi ! »

Moment d'incompréhension.

- « En train ? » Demandai-je. « J'pensais que le dernier était y a une heure... »

- « C'est le cas. Je rentre à pieds. »

J'écarquillai les yeux à sa remarque; comment ça ? Elle se rendait compte au moins de la bêtise de ses paroles ? Sans parler de l'heure qu'il était et de la distance qu'elle avait à parcourir, dans le froid qui plus est ?

- « T'es complètement folle. » Lui assénai-je, les sourcils froncés devant son caractère trempé.

- « Ouais. Et ça m'est égal. »

Au début je n'avais pas l'intention de l'arrêter. Pour moi tous mes tourments prendraient fin si elle s'en allait. Autant dire que depuis quelques minutes maintenant je n'attendais que ça.

Et puis après plusieurs secondes à l'observer ranger ses affaires je me ravisais, me rendant soudain compte qu'elle avait vraiment fait le déplacement uniquement dans le but de m'aider et non pas pour me couler. C'était vraiment très maladroit de ma part que de l'envoyer balader comme ça.

Bon, faut dire que le fait de me forcer la main n'aide pas trop mais... Elle était plein de bonnes intentions, au fond !

Je la retins en tirant légèrement sur la manche de sa chemise et lui marmonnai, d'une voix fatiguée:

« Reste ici. Je suis désolé d'avoir réagi comme ça. Je supporte pas l'idée de parler de ça avec toi, mais je supporte encore moins le fait de te laisser partir comme ça dans la nature. »

Elle stoppa ses mouvements.

- « Est-ce que tu peux au moins me dire ce qui s'est passé ? Je sais que dans ce genre de situations on a pas forcément envie d'en parler parce que ça fait remonter pleins de choses mais... Le fait d'en discuter ça va te faire du bien. T'as pas besoin d'avoir des idées très claires juste... Parles moi… »

Elle avait repris une voix douce et claire comme elle le faisait très rarement, elle non plus ne savait plus sur quel pieds danser.

Je l'invitais à s'asseoir près de moi après s'être passé un coup sous l'eau et s'être mise un peu plus à l'aise dans une tenue plus décontractée. Une fois ceci fait je décidai de mettre une petite musique de fond sur mon portable, la musique ayant la capacité de faire ressortir les émotions. Du moins c'est ce que je pense. Nous finîmes nos parts de pizza respectives et ce fut elle qui débuta la conversation.

Elle me parla de ses relations amoureuses, qui étaient au plus bas. Cela faisait plusieurs mois qu'elle n'était engagée auprès de personne, pas même le coup d'un soir, se sentant très peu à l'aise avec ce genre de pratique. C'était d'ailleurs très gênant de parler de ce genre de chose avec mon amie d'enfance. Mais l'alcool nous désinhibait suffisamment pour que je continue de l'écouter parler, ce fut seulement le lendemain que je repensais à notre échange.

Au bout de deux heures la bouteille était à moitié vide.

- « Et toi alors, avec Levi ? Comment... C'était ? »

Le choc dû à cet emploi à l'imparfait passé, je lui racontais alors ma rencontre avec le noir de jais, et ce dans les moindres détails. Sa beauté qui m'avait directement frappé. Son charme incroyable et sa prestance attrayante. J'expliquais ensuite les événements qui en découlèrent, tout en omettant bien sûr de lui parler de ses activités peu légales. J'avais beau être complètement torché je réussissais malgré tout et ce quelque soit mon degré d'alcoolémie à garder la tête sur les épaules.

Je lui fis part de nos rencontres, de nos échanges, de notre première fois ensemble aussi, et évidement du Noël que nous avions passé ensemble en lui précisant bien les endroits par lesquels nous étions passés lors de notre visite à Shiganshina.

Je n'omis pas de toucher quelque mots sur Petra, qui représentait une femme importante à mes yeux, ainsi que le repas que j'avais partagé avec elle. Là encore, aucun mots sur ses activités ou même son agression. Ainsi je ne pus parler d'Hanji ni d'M.J sans éveiller les soupçons.

- « Et vous avez fait quoi du coup à Noël ? » Questionna-t-elle, sentant le whisky à trois mètres à la ronde.

Je lui répondis de façon on ne peut plus claire: il m'avait offert un cadeau, puis il m'avait plaqué. Simple, rapide, concis. Mais cela n'eut pas l'air de satisfaire la châtain.

- « Depuis quand on offre un cadeau à quelqu'un avant de lui annoncer que l'on souhaite se séparer...? »

- « Demande à Levi ! » lui répondis-je tout bêtement, n'ayant moi même pas la réponse.

La jeune femme sembla réfléchir un moment, continuant cependant à descendre la bouteille de Ballantines. Puis elle déglutit et formula quelques mots sur ma situation:

« Écoutes, je sais pas ce qui se passe dans la tête de Levi mais de ce que tu me racontes... Il n'était sûrement pas aussi engagé dans votre relation que toi tu pouvais l'être et puis... Eren ça fait même pas quatre mois que vous étiez ensemble ! Je sais que c'est pas évident parce qu'il était spécial mais fais toi peut être une raison... »

- « Je sais pas Sasha... Je sais pas... » Murmurai-je seulement, à bout de souffle.

Mes yeux gonflés et rougis par mes lèvres n'eurent pas le temps de reprendre leur état habituel que de nouvelles larmes coulèrent le long de mes joues, avant que je n'éclates en sanglant, en silence. Je n'émettais aucun sons, seul un reniflement régulier à cause des larmes et de temps à autre un faible grognement. Mes dents du bas s'enfonçaient dans ma lèvre, maigre tentative de ne pas éclater en mille morceaux.

Ma réaction ne manqua pas à la vue de la châtain qui s'approcha alors de moi à tâtons, très peu habitué à me voir pleurer de la sorte. À croire que je n'étais composé que d'un cœur de pierre.

Elle me prit alors avec toute la tendresse dont elle était capable dans ses petits bras. Bien moins robustes que ceux de ma sœur mais plus fermes que ceux de la douce Petra. Je pouvais ressentir toute l'affection qu'elle éprouvait pour moi dans son étreinte qu'elle appuya de délicates caresses dans mon dos.

Et c'est ainsi que je me laissais aller dans ses bras, pleurant comme un bébé ma rupture avec le noir de jais.


La réveil le lendemain fut des plus ardus. À peine avais-je ouvert les yeux que la réalité me rattrapa et me fit passer l'envie de me lever. Si j'étais totalement défaitiste je dirais même que l'envie de vivre s'en était également allé. Mon manque fut grand quand je remarquais qu'à mes côtés personne ne se tenait. Levi en premier bien sûr mais la réalité me rattrapa bien tôt et balaya mes craintes quant à son absence. En revanche la non présence de la jeune femme qui avait passé la soirée à mes côtés était plus perturbante. Je me souviens que peu de temps après mon craquage – appelons ça comme ça – je m'étais endormi, épuisé d'avoir autant pleuré, et qu'elle était restée à côté de moi pour me border.

Ce n'est que quand je vis la petite note à sa supposée place que je compris: contrairement à moi elle n'avait pas le moindre jour de congé et elle était malheureusement retournée en cours. Une chance qu'elle ne commence pas bien tôt non plus, sans quoi elle aurait été en retard.

Je me rendormie alors, dans l'espoir de me réveiller sous un meilleur jour, ou qui sait; une meilleure étoile.