Kaisuky: pas grand-chose à dire, sinon que voici la suite!!! Merci de suivre!
Sabine02: ben, ça peut sembler bref, mais merci.
Serleena: Non, pas de réponse pour l'instant. Meilleure chance la prochaine fois. Sauf qu'en prix de consolation, vous gagnez, le nouveau chapitre!! Merci de suivre et bonne lecture.
Whyle: merci pour le conseil. Je prend en note. Et merci pour la review. Je suis contente de t'avoir fait plaisir avec mon chap…
En quelques mots, voici la suite de la fic. Bientôt le chap 30. Je sais pas pour vous, mais moi j'ai hâte… Allez, bonne lecture et à plus
Vollständig Metall Alchimist
Vollständig Metall Liebhaberin
Full metal lovers – Double enlèvement
Doppelte Entführung
Kapitel Zwanzig Neun
Chapitre 29
Roy eut un choc quand il apprit la nouvelle. Dans un mois, il travaillerait en partenariat avec le lieutenant Eagle pour une mission secrète de l'armée. Il sut que Hawkeye participerait également à la mission. Tous les généraux de la section des bleus seraient inclus dans l'opération et personne de l'armée n'était au courant de rien. Il eut beau racler tout ses fonds de tiroir et vérifier parmi tous ses informateurs, personne ne savait que les Ishbaliens s'apprêtaient à s'allier aux habitants de Xin…
L'annonce était donc difficile à avaler, mais il la reçut comme il pouvait. Sa première envie fut de s'enfermer une heure dans son bureau avec Riza pour savoir de quel droit elle ne lui avait rien dit. Mais les disputes avec son premier lieutenant ne lui plaisait pas tant que ça et il préférait encore comprendre par déduction qu'elle avait reçu l'ordre de ne rien dire à qui que ce soit. Cela n'empêchait pas que Roy était bien décidé à avoir une discussion avec la dame de ses pensées. En sortant de son bureau vers la fin de l'après-midi, il lui proposa donc de la raccompagner jusque chez elle. Cette fois, il comptait bien être celui qui conduirait.
Havoc observa cet échange avec un sourire, appréciant de voir Riza résister beaucoup moins qu'à l'habitude aux avances du colonel. Elle souriait en acceptant l'offre de son supérieur. Et pour une première fois, elle abandonna un dossier sur son bureau et suivit Mustang dans le couloir, alors que la fin de sa journée venait tout juste de sonner. Normalement, elle s'attardait toujours au moins une heure après la fin des heures de travail.
-Je conduirais, glissa Roy, tout poliment.
Elle ne répliqua pas, ne s'inquiétant même pas à l'idée qu'il puisse prendre des détours pour faire durer leur voyage plus longtemps. Ce fut tout juste si elle l'empêcha de l'aider à enfiler son manteau avant de sortir. Et chacun dut faire de grands efforts pour ne pas tomber dans les bras de l'autre avant qu'ils ne soient hors de vue de toute activité militaire. Sur le chemin de la sortie, ils croisèrent Edward Elrick, qui coursait au milieu des couloirs, l'air excessivement pressé. Ils durent presque faire un trou dans le mur pour éviter cette furie blonde qui se dirigeait au pas de course vers le bureau de la généralissime. Il allait si vite que ce ne fut que sa taille qui fit comprendre aux deux soldats de qui il s'agissait. Ils le regardèrent passer en se demandant ce qu'il avait à faire de si urgent.
Mais, comme ils étaient plus concentrés à se lancer de discrets regards enflammés, ils ne portèrent pas longtemps attention à ce qu'Edward pouvait vouloir faire.
-Dites-moi colonel. Vous vouliez m'entretenir de quelque chose en précis? Demanda Riza, l'air toute solennelle avec son œil au beurre noir.
-Les fenêtres sont relevées lieutenant et nous sommes à un kilomètre du QG. Je crois qu'il n'y a rien à craindre à s'appeler par nos prénoms.
-Vraiment? Ce n'est pas que pour ça que vous tournez en rond autour de ce pâté de maison.
Le soldat se gara presque aussitôt, pour qu'ils puissent discuter un peu plus sérieusement. Elle lui sembla soudain très fatiguée quand il put la regarder les yeux dans les yeux. La pauvre avait vécu toute une suite de traumatismes et n'avait presque pas eut de temps pour s'en remettre.
-Riza, si je te parle de la mission du mois prochain, tu as une idée de ce que je sous-entends?
-Je ne suis pas censé vous en parler, se rembrunit-elle, prenant l'air encore plus fatiguée.
-Riza, ça suffit avec les vous, j'ai tout juste 30 ans.
-Eh bien, je ne t'en parlerais pas plus.
-Qu'est-ce qui t'arrive?
Elle lâcha un profond soupir avant d'essayer d'éclaircir son visage d'un sourire qui se voulait réconfortant. Mais elle était terrifiée.
-Je ne sais pas comment je tiendrais, Roy. Ils disent que dans un mois, je devrais cesser de travailler pour toi pour me mettre directement sous les ordres de la généralissime. Cette mission, ils racontent que c'est un test. Je ne peux pas l'échouer. Si je quitte l'armée, je ne pourrais pas te protéger. Mais si je suis muté, tu devras t'occuper de toi tout seul.
Le pauvre ne sut quoi répondre. Elle avait passé sa journée à ruminer de sombres pensées à son sujet. Elle s'en faisait encore plus pour lui que pour elle. Alors qu'à peine quelques jours auparavant, il avait risqué sa vie et son intégrité, il avait risqué toute sa joie de vivre sur un coup de dé pour une mission stupide donnée par sa mère. Il se sentit s'attendrir au fond de lui-même. Cette impression de fondre doucement, comme une glace laissée au soleil. Il ne l'avait plus ressentit depuis si longtemps. Pour ne pas dire qu'il n'avait pas souvenir de l'avoir déjà ressentit. C'était agréable de fondre. De se sentir vulnérable. De deviner la fragilité de cette femme qui le protégeait jour et nuit sur le front. Il eut envie de l'embrasser pour la calmer. De changer tout son univers d'un claquement de doigt. Ou tout simplement de s'abandonner à elle, pour lui donner tout ce qu'il avait de meilleur. Mais même cela contrevenait aux lois de leur travail. Et aucun n'était prêt à sacrifier la carrière de l'autre.
Pas après tous les efforts qu'ils avaient déjà fait…
-Riza… Tu ne dois pas prendre ma protection si à cœur. Je peux m'occuper de moi tout seul. Et…
-Non, je ne devrais pas, mais je ne peux pas m'en empêcher. Roy, je crois que ta mère a déjà compris ce qui nous liait et qu'elle veut nous séparer. Elle me donne l'impression de tout savoir sur tout. Quand nous avons attrapé Bernard Stein, elle savait déjà comment j'avais conduis alors que nous venions d'arriver.
-Si les choses sont vraiment comme tu le penses, ne t'inquiètes pas, je ne la laisserais pas nous séparer. Rien ni personne ne…
-Non, le coupa-t-elle ne posant une main ferme sur sa bouche. Pas de grandes promesses. Je ne veux que du vrai, du réaliste. Je veux la vérité, Roy.
Elle dit son nom d'une façon terrible, dévastatrice. Il avait l'impression de ne pas être le même homme. Qui avait déjà prononcé son nom ainsi? Personne. Mais ce ton intransigeant et sensuel tout à la fois le bouleversait. Il ne pourrait pas désobéir à ce qu'elle lui dirait de faire. Il ne lui résisterait pas. Il avait trop souvent voulu l'entendre dire son prénom. Et chaque fois, c'était plus fort que lui, il craquait.
-Riza…souffla-t-il, subjugué. Il en avait presque oublié tout ce qu'elle venait de lui dire.
-La vérité, Roy, c'est que nous ne devrions même pas être ensemble dans cette voiture alors que notre journée de travail est finie. La vérité, c'est aussi que je travaillerais avec ton demi-frère dans un mois, sous les ordres du général Sarah. La réalité c'est que je devrais tuer encore des gens pour en protéger d'autres et que je finirais par me perdre dans tous ses meurtres. La vérité, c'est que j'ai peur de t'aimer à cause de tous les interdits qui nous séparent. Non seulement, notre métier nous empêche d'être ensemble, mais en plus, tu es tellement…
-Oh, ça suffit, si tu m'aimes, les choses s'arrêtent là. Je n'ai jamais aimé une femme autant que toi, et je ne veux plus t'entendre te déprécier comme tu apprécies tellement le faire. Et je ne veux pas non plus que tu me dises comment j'ai été un dom juan jusqu'à maintenant et comme tu as peur de n'être qu'une parmi un million.
Elle se mordit la lèvre à l'entendre ainsi se fâcher. Elle avait pourtant fait un énorme effort pour se confier ainsi. Pour une fois qu'elle admettait qu'elle ne pouvait pas tout faire et qu'elle avait peur. Il aurait du être content. Mais elle comprit bien vite que la vive réaction de son colonel n'était qu'une tentative de se calmer lui-même à l'idée de tout ce qui les menaçait. Il la prit dans ses bras, l'attirant sur ses genoux, malgré le fait que des passants pourraient les voir en se collant aux vitres teintés. Roy devait se dire que les passants auraient été bien malintentionnés de se coller le nez à ses fichues vitres pour oser les dénoncer au QG de Central. Peut-être se disait-il seulement qu'il se fichait bien d'être découvert par l'armée.
-Qu'est-ce que tu veux Riza? Dis-moi juste ce que tu veux.
-Être avec toi, fit-elle tout bas, au creux de son cou, se frayant un chemin jusqu'à sa peau sous son manteau, sa veste et sa chemise. Être tout le temps avec toi. Dans un monde où il n'y aurait pas de guerre.
-C'est ce que je veux aussi Riza. Et nous pouvons le faire, ce monde sans guerre. Toi et moi, ensemble, nous pouvons tout faire.
-Non. Nous ne sommes que des humains.
-Après tout ce que nous avons traversé, tu crois vraiment que nous ne pouvons pas changer notre pays?
-Tu as de l'influence Roy, mais pas encore assez.
-Ça viendra. Avec toi pour me seconder, je ne crains pas que le moment viendra où je pourrais faire la différence.
Ils restèrent un long moment collé l'un à l'autre, à se serrer très fort. Le froid de la nuit commençait à percer les portes de métal et venait leur mordre les épaules et leurs cheveux. Ils sentaient la fraîcheur sur leurs jambes. Ils demeurèrent dans cette pause si longtemps qu'ils eurent bientôt le bout des pieds gelés. Alors, Riza finit par repousser l'étreinte de Roy avec douceur, pour récupérer sa place et faire comme si de rien n'était. Il la laissa faire, la suivant du regard, devinant déjà dans ses yeux ce qu'elle dirait.
-Ramènes-moi chez moi, maintenant.
-À vos ordres madame.
Il redémarra la voiture, docilement et la conduisit jusqu'à chez elle, se fiant à ses indications vers la fin du parcours, puisqu'il n'avait jamais eu l'audace de vérifier où elle habitait. Il connaissait son adresse et son numéro de téléphone par cœur, pour avoir besoin de la rejoindre en tout temps en cas de danger. Mais il n'avait jamais eu besoin de venir frapper à sa porte jusqu'à maintenant. Il s'arrêta finalement devant le bloc appartement de la jeune femme, après avoir échangé quelques mots avec elle. Des commentaires sur les directions, de petites confidences sur son propre lieu de résidence, des pensées pour le chien qu'elle avait laissé au QG pour la soirée, puisque Fuery voulait encore s'occuper d'Hayate un soir avant de le rendre à sa maîtresse.
Puis vint le moment de grand malaise, le moment où toute la magie du voyage se brise sur quelques mots mal lancés. Riza descendit de la voiture, se suffisant d'un bref merci, qui manquait un peu de chaleur. Le froid du soir mordait trop fort les joues de la jeune femme pour qu'elle demeure chaleureuse. Roy eut l'impression qu'il avait perdu son temps à la raccompagner chez eux. Bien qu'il l'ait fait uniquement par esprit chevaleresque, il aurait bien voulu avoir une petite récompense. Leur discussion les avait apaisé, mais il manquait quelque chose. Un élément essentiel à leur toute nouvelle relation.
La jeune femme grimpait les marches qui conduisait à la porte de son appartement et Roy redémarrait le moteur de sa voiture, n'ayant pas osé raccompagner sa belle à la porte comme il le faisait normalement, pour la bonne raison qu'il était gêné de faire comme avec toutes les autres femmes. C'est à ce moment fatidique où cette belle promenade en voiture semblait vouer à l'échec que Riza se retourna et dévala ses marches au pas de course. Elle s'empressa jusqu'au véhicule de son colonel pour le retenir un peu. Il baissa la fenêtre, inquiété par son expression d'urgence. Mais il sut bien vite qu'il ne s'agissait que d'une fausse alerte. Elle souhaitait juste lui demander une petite chose.
-Vous… Elle secoua la tête avant de se reprendre. Tu voudrais entrer un moment, pour boire quelque chose?
Une bien charmante défaite pour le garder chez elle un moment. Roy s'empressa d'ôter les clés du contact et de la suivre jusqu'à sa porte. Les obstacles les séparant leur semblèrent si risibles à ce moment. Il ne leur fallait franchir que quelques étapes bien simples pour qu'ils arrivent en un lieu où ils pourraient agir librement. Les escaliers furent un premier défi, qu'ils gravirent bravement, évitant de trop se coller pour ne pas attirer les ragots des voisins. Dans la petite cage, c'était peu aisé, mais encore faisable. Ensuite, le problème arriva à la porte qu'il fallait ouvrir et dont le serrure ne voulait rien entendre, surtout pas les cliquetis de la clé.
-Ça a du geler à cause du froid, observa Riza.
Son colonel régla le problème d'un claquement de doigt et d'une brève flamme, qui réchauffa juste assez la serrure pour qu'elle laissa passer la clé de la jeune femme. Ils entrèrent en silence dans le petit hall d'entré de la soldate. Le noir qui régnait à l'étage était inspirant. Roy se sentit prit de quelques idées peu catholiques, mais attendit un signe de la maîtresse des lieux pour oser agir de quelque façon que ce soit.
-Je vais tirer les rideaux, fit-elle en lui lançant un clin d'œil dans le noir.
Le pauvre homme ne sut pas comment interpréter cette phrase ou cette œillade. D'une autre femme, même, de n'importe quel autre femme, il aurait su à quoi s'attendre. Mais de la part de Riza, tout était différent. Elle était unique et imprévisible. Il la voulait unique et imprévisible. Et elle l'était, comble de joie. Il resta donc là, sur le pas de la porte, au seuil des doutes qu'éprouvent tous les malheureux étrangers qu'une femme veut bien faire entrer dans sa maison et qu'elle abandonne quelques secondes, pour lui préparer une agréable surprise. Ou une moins agréable surprise…
Pour Roy, ce ne serait ni l'un ni l'autre. Riza allait fermer les rideaux uniquement pour être certaine que personne ne pourrait dire qu'un autre soldat qu'elle avait mis les pieds dans les lieux. Et si jamais ils venaient à s'embrasser ou à faire quoi que ce soit de « grave », il ne devait pas y avoir de témoin. Elle n'avait pas de plan précis en tête. Elle retira sa veste de soldat et se changea rapidement pour être plus confortable. Elle oublia de préparer quelque chose à boire et rejoignit son colonel aussi vite que possible. L'idée d'allumer une lampe pour éclairer l'appartement ne lui vint pas. Elle attrapa l'homme par la main et l'entraîna à sa suite, à travers les quelques pièces de son appartement.
-Riza… hésita-t-il en se raccrochant à son bras pour ne pas trébucher sur les obstacles invisibles qui se dressait sur le chemin qu'elle empruntait.
-Je suis là, fit-elle dans le noir, en l'attirant à elle tout en douceur.
Il se laissa entraîné, encouragé par les mains de la jeune femme qui détachait son uniforme. Entre la timidité et la fébrilité, il se prenait à revivre la journée d'amoureux qu'ils avaient passé ensemble. Il devina que rien ne déboucherait vraiment plus loin ce soir. Mais elle ne le laisserait pas partir. Elle murmura à son oreille qu'il ne devait pas rentrer tout de suite. Le temps qui leur était imparti à vivre ainsi, en fugitifs, à devoir se cacher pour se toucher et se chuchoter des douceurs, semblait déjà réduit de moitié. Et encore plus que de moitié. Il leur restait peut-être tout juste un mois. Ce n'était pas suffisant.
-Tu veux que je reste? Finit-il par demander, pour être bien sûr.
-Reste pour ce soir. Pour toujours…
-Je ferais ce que tu voudras, lui promit-il.
Ils s'étendirent l'un contre l'autre, malgré la loi et les règles, malgré la raison et leur devoir. Ils ne voulaient plus être seuls. S'endormir en solitaire leur semblait si dur tout à coup. Leur souffle mélangé au bout de quelques baisers, ils se lovèrent simplement sous les couvertures, ne poussant pas plus loin la soirée. Ils étaient un soir de semaine et le lendemain, ils auraient du travail à faire. Malgré toute la volonté qu'il pouvait mettre à ne pas obéir aux ordres, ils demeuraient deux soldats rompus à leur patrie. Au petit matin, ils se lèveraient en silence pour retourner au QG et faire comme si de rien n'était, même si cela les mettait au supplice.
-Ça ne durera pas, fit-il en glissant son visage dans le cou de la jeune femme.
-Qu'est-ce qui ne durera pas?
-Ce besoin de mentir, de se cacher. Je ne le laisserais pas durer.
Elle sourit dans le noir. Et leur ventre gargouillèrent tout à coup, leur rappelant qu'ils devraient peut-être manger un morceau avant de partir en grande vers le pays des rêves.
-Vous avez faim mon colonel?
-Seulement si tu as faim.
-Alors, nous devrions nous préparer quelque chose à manger.
-Nous? répéta-t-il, pris par surprise.
-Si tu penses que je vais tout faire toute seule, tu te trompes…
-Mais non voyons… Enfin…
Laissons le se dépêtrer de cette délicate situation tout seul. Ils méritent bien un peu d'intimité. Puis, nous ne devrions rien voir de ce qui se passe dans cette appartement, puisqu'il y fait noir comme en plein milieu de la nuit. Et disons que le titre de ce chapitre doit faire valoir sa raison d'être. Avais-je mentionné un enlèvement…?
Edward ne se doutait encore de rien à ce sujet quand il traversait le QG à toute vitesse. Il déboula dans le bureau de la généralissime en oubliant presque de frapper à la porte. Elsa Sciez était en grande discussion avec le général Black Stallion, mais elle offrit son plus beau sourire à l'adolescent en le voyant arriver comme un coup de vent.
-Si ce n'est pas justement le fullmetal, déclara-t-elle d'un air enjoué. Vous tombez bien Edward, nous parlions justement de vous.
-De… de moi, bégaya-t-il, pris de cours.
Le pauvre cherchait son souffle, et eut du mal à identifier l'homme qui se trouvait déjà dans le bureau d'Elsa. Il eut beau scruté cet individu, son teint pâle et ses cheveux en bataille ne lui rappelaient qu'une personne. Cependant, ce ne pouvait pas être lui. Les yeux de braise qu'il croisa l'encouragèrent pourtant à croire que ce type avait un lien quelconque avec le colonel casse-pieds qu'on surnommait le flame alchemist.
-Oui, de vous, monsieur Elrick. Nous parlions d'une mission qu'il faudrait vous confier.
-Encore? En voyant le duo sourciller devant son emportement, il tenta de se reprendre. Je veux dire, je viens juste de sortir d'un déraillement de train et je n'ai pas réussi la dernière tâche qu'on m'avait donné à faire. Puis, je ne suis pas un soldat à proprement parl…
-Les alchimistes d'État sont des soldats au même titre que n'importe quel officier de l'armée de Central, le coupa Stallion d'une voix forte et ferme.
Il avait un ton impérieux et sans appel. Edward croisa son regard dur et réitéra sa pensée. Cet homme ressemblait vraiment à Mustang.
-Écoutez, Elrick, ce n'est pas quelque chose de bien terrible. Je voudrais seulement vous envoyer en éclaireur vers des regroupements Ishbaliens. Les survivants du peuple se réunissent de plus en plus dans des villes de Central. Dernièrement, on en a vu un très grand nombre dans la région de Resembol. Ils s'installent là avec la vocation de fermier, mais nous doutons tous de ce que cela signifie réellement. C'est pourquoi…
-Hé, doucement là, ce n'est pas parce que j'ai raté ma dernière mission que vous devez tout de suite m'en donner une autre. Je le ferais, mais avant, je dois mettre quelques trucs au clair avec vous. Il y a des types pas nets qui s'introduisent au QG de Central. Vos autres alchimistes d'État terrorisent mon frère et sa nouvelle amie alors qu'ils auraient mieux à faire en les mettant de leur côté. Vous m'obligez à donner des cours d'alchimie à une fille qui n'en a absolument pas besoin et…
Il ne sut pas quoi ajouter à sa lancée.
-Je sais que la situation est difficile pour un jeune comme toi, admit Black Stallion, mais tu dois obéir à la généralissime. Tu as fait le choix de te joindre à l'armée pour tes intérêts personnels et bientôt, tu en seras récompensé, mais en attendant, tu dois servir ton pays. Je ne dis pas que tu dois ressentir de sentiment patriotique, tu es encore jeune pour ça. Mais c'est pour le bien des gens d'Amestris que nous devons t'envoyer en reconnaissance.
Étrangement, Ed apprécia beaucoup ce que lui dit l'alchimiste d'État aux yeux de braises. Il parlait d'un air moins condescendant qu'Elsa. Il s'adressait à l'adolescent un peu comme à un être humain, contrairement à la généralissime. Quand celle-là partait dans ses trips de pouvoirs, elle pouvait vous en faire voir de toutes les couleurs. Cependant, Edward fut convaincu par l'homme aux cheveux d'ébènes. Il se calma et baissa le bras qu'il avait levé tout en protestant. Maintenant, il voulait bien écouter.
Madame Sciez ne sembla pas apprécier de voir que le blondinet réagissait mieux au discours du général qu'au sien. Mais elle ravala son soupir et accepta la fatalité. Elle était un peu trop mordante parfois, il fallait bien l'admettre. Après avoir lancer un petit coup d'œil agacé à Stallion, elle reprit la parole.
-Elric, je ne veux pas que vous partiez tout de suite. Le plus tôt sera le mieux et avant le mois prochain, de tout évidence, nous ne pourrons pas retarder cette mission davantage. Pour le reste, je vous donne carte blanche. Ainsi, nous reparlerons de votre tâche dans quelques jours. Pour l'instant, j'imagine que vous êtes venu me voir dans un but précis.
-Euhm…
Il n'aima pas voir comment Elsa écartait la question de sa mission. C'était réglé maintenant qu'il s'était calmé. Il ne lui restait plus qu'à serrer les dents en silence et accepter cette contrariété de plus. Il en aurait des choses à dire à Alphonse quand il rentrerait…
La femme fronça le nez, se retenant pour ne pas paraître plus énervée que cela par l'hésitation du jeune garçon. Elle attendit un instant, avant de frapper ses doigts sur le bois de son bureau, à un rythme régulier. Le tac-tac stressa assez Edward pour qu'il en oublie son rendez-vous avec Envy. Ç'aurait pourtant du rester sa première priorité.
-Pour la pierre philosophale. Je voudrais savoir ce que vous en savez. Émilie est impressionnable et je préférais ne pas aborder ce genre de matière avec elle. Juste au cas.
-Une belle défaite pour tout savoir aussi vite que possible. Tu connais déjà les résultats des recherches de Marcoh, non? C'est le moyen le plus simple de recréer la pierre. Sinon, il faut se servir de vie à l'état pur. Et cela implique encore de tuer. Bernard Stein en connaît un rayon sur le sujet. Il s'est un peu assagi, alors si tu veux, je m'arrangerais pour que tu puisses le rencontrer prochainement. Disons, avant ton départ pour Resembol, qu'est-ce que tu en penses?
-Ce serait sûrement intéressant…
Il ne s'attendait pas à avoir une réponse aussi vite. Mais peut-être qu'il avait l'air plus déterminé encore qu'il ne l'avait cru. Reprenant confiance en lui-même et retrouvant son propre répondant, qu'il avait de la difficulté à garder devant la généralissime, il se tint un peu plus droit et osa regarder Elsa droit dans les yeux. Il se passait tellement de choses que trop de questions lui venait à l'esprit. Il ne pouvait pas tout assimiler. Il ne comprenait pas tout non plus. Mais au moins, il savait ce qui comptait le plus.
-Et l'organisation qui se trouve derrière Stein? Qui sont-ils vraiment? Des humains ou…
-Que voudrais-tu qu'ils soient d'autres? Répliqua Elsa, un peu trop vivement.
Ses yeux noirs ne formaient plus que deux fentes pleines de soupçons qui menaçaient l'adolescent. Edward comprit qu'il ne devait pas aller plus loin en voyant Stallion baissé la tête jusqu'à avoir sa frange noire sur les yeux. Puis, alors qu'il pensait peut-être parler des homoncules, il eut l'impression que mieux valait attendre d'être au pied du mur pour prendre ce risque. Oui, tout à coup, faire la simple mention du mot homoncule devant Sciez lui semblait représenter un grand risque.
-Je ne sais pas, il pourrait y avoir des chimères avec eux. Si j'ai bien compris, il y avait des trucs pas trop nets dans le centre de détention où on gardait Émilie et, l'organisation liée à son grand-père à quand même l'air pire que ce centre…
-Tu n'as pas tort du tout. C'est pourquoi je te suggère de ne jamais faire à faire avec ces gens, mon garçon. Je te ferais rappeler pour ton entrevue avec Stein. Prends garde à ne pas faire de folie d'ici là. J'aime savoir où son mes effectifs.
Cette façon décousue de parler convainquit Ed que la généralissime était encore plus bizarre qu'il ne l'avait d'abord cru et ce n'est qu'une fois qu'il fut sorti et eut rejoint le bureau du colonel Mustang qu'il sut le pire dans toute cette histoire. Cette folle de généralissime n'était nulle autre que la mère du flame alchemist. Alors ça, il fallait vraiment le faire. Quand Fuery le lui dit, après l'avoir salué, le pauvre jeune décida de se réfugier dans une bonne douche bien chaude pour se calmer les nerfs.
C'était un peu trop de choses en même temps pour l'adolescent. Mais le malheureux n'était pas encore au bout de ses peines.
En effet, il avait toujours rendez-vous avec Envy à minuit. Il décida de tuer le temps en révisant ses dernières notes d'alchimie. Il passa un bon quatre heure à écrire et faire des calculs, édifiant une nouvelle théorie pour ses propres transmutations. Il avait bien vu Émilie Stein faire. Trop d'alchimistes géniaux surgissaient de partout. S'il voulait rester au niveau, il lui fallait travailler. Et pas qu'un peu.
-Et merde! Cria-t-il au bout de ses 4 heures de travail.
Il était presque 11 heures du soir. Non seulement, son frère n'était pas rentré, mais si lui-même ne partait pas tout de suite, il ne serait jamais à l'heure à ce rendez-vous. Et si vous y avez déjà pensé, Edward se doutait bien qu'il s'agissait d'un piège. Mais il ne pouvait faire autrement que de se jeter dedans. Ne serait-ce que pour répondre à sa curiosité de scientifique.
Il abandonna donc ses notes et ses calculs, ayant déjà tout mémorisé de toute façon. Le jeune homme développait souvent de nouveau principe sur le tas. Il avait reçu un entraînement draconien durant son enfance et gardait confiance en lui-même. Il avait passé une journée suffisamment affreuse pour vouloir casser du Envy.
Ed quitta le QG à onze heure et quart. Et il ne rentra pas de la nuit…
De son côté, Envy était dans une humeur massacrante. Il avait voyagé en train avec Jealousy pendant plusieurs heures pour arriver à Central alors que midi sonnait. Ils avaient emprunté différentes formes, toute inventé sur le coup du moment, pour se pratiquer au maximum, bientôt, la jeune homoncule n'aurait plus rien à apprendre de lui. Sauf la traîtrise et la haine. Parce qu'elle avait ce problème de n'aimer la violence que par sadisme. Il fallait pouvoir se laisser guider par le feu de la haine aussi parfois. Il lui montrerait bientôt. Leur cible était déjà toute désigné. Bientôt, l'homoncule emmerdant que sa mère lui avait toujours préféré ne serait plus de ce monde pour s'en vanter…
Maintenant, il avait repris son propre visage pour se préparer à son entrevue avec Elrick. Il brûlait d'impatience. Et pourtant, il trouvait l'air cruellement froid. Avoir choisi une rue peu passante en soirée n'était pas fou, mais le vieil homoncule n'était plus en état de faire ce genre de chose depuis le calvaire dans lequel Bradley l'avait plongé. Et cette fois, il n'y avait pas Lust à quelques pas, pour se moquer gentiment de lui. Jealousy était stressée et revenait le voir par intermittence, faisant les cent pas sur son bout de trottoir. Pour elle, c'était une sorte de grand examen qu'il lui faisait passé. Le vent du soir soufflait sur ses cheveux blancs et lui donnait l'air d'un ange dans la nuit.
-Calmes-toi un peu, si ça tourne mal, j'assurerais tes arrières, finit-il par lancer, énervé de la voir entamer un énième tour sur elle-même pour poursuivre ses cent pas. Elle devait en avoir fait 1000 déjà!
J releva la tête vers lui et s'arrêta net, devinant qu'elle l'ennuyait. Mais elle ne pouvait pas s'empêcher d'être angoissée. La dernière fois qu'elle avait fait ce genre de test, ses arrières étaient assurés par un Ishbalien qui faisait deux fois la taille d'Envy et manipulait l'alchimie. De plus, elle n'était confrontée qu'à une adolescente désemparée, alors que cette fois, elle ferait face à un alchimiste d'État. L'enfer savait ce que ces gens pouvaient faire. En bonne homoncule, Jealousy était terrifiée par les alchimistes. C'était des gens comme eux qui l'avaient créée. Et de toute évidence, il n'y aurait qu'eux sur toute la planète qui pourrait la détruire.
-Je suis stupide. Je sais.
-Non… Allez, cesses de te faire des peurs pour rien. Tout ce que je te demande, c'est de ne pas le tuer et il est hors de doute qu'il sera capable de te faire du mal. C'est un gamin geignard, mais il suffira que tu lui fasses une démonstration pour qu'il comprenne.
-Ne m'encourage pas comme ça, c'est trop bizarre.
Ne l'écoutant pas, Envy poursuivit avec ses instructions, sachant d'avance qu'il n'essayait pas d'encourager J autant qu'il aurait pu le faire. Honnêtement, il ne voulait pas lui monter le moral tout de suite. Il savait qu'au fond, elle serait gagné par cette excitation morbide qu'il ressentait quand venait l'heure de la torture. Et il en avait un peu honte maintenant qu'il se souvenait ce que faisait la torture. Pourtant, à la pensée que bientôt, Edward Elrick souffrirait à cause de lui, il se réjouissait.
-Il faudra juste faire attention pour qu'il ne fasse pas de crise cardiaque. Je ne voudrais pas qu'il meure d'anxiété. Les humains sont tellement fragiles des fois…
Comme il parlait, son regard devint vague. Le vent soufflait dans ses cheveux verdâtres et il se sentit emprunté. Il avait de la difficulté à accepter ce corps qu'il s'était choisi, entre l'homme, la femme et le monstre. Il se rappelait de plus en plus celui qu'il avait été autrefois. Une toux profonde lui grattait la gorge. Mais comme il détestait l'idée de dépendre de J, il n'en dit rien. Sinon, il lui aurait donné une de ses pierres et elle l'aurait regardé avec des yeux tristes et compatissants. Et il ne pouvait voir de pitié dans le regard de son double féminin.
-Tu es sûr que ça ne te gêne pas, si je…
Il lui donna un petit coup de poing à l'épaule, voulant lui faire comprendre qu'elle serait mieux d'arrêter de se poser des questions. Il y avait des fois dans leur vie où venait le moment d'agir sans réfléchir.
-Tu sais, tu pourrais me frapper pour me faire mal encore. Ça ne me dérange pas tant que ça, fit-elle doucement.
Mais Envy fit celui qui n'entendait pas, pour éviter qu'elle comprenne à quel point il était gêné de savoir qu'elle aimait souffrir de sa main. C'était un jeu dangereux. Elle était si étrange. Parfois, elle prenait ses airs d'ange, puis tout à coup, elle devenait diablesse. Lust était plus facile à suivre. Elle était la luxure. Ça s'arrêtait là. Jealousy était plus complexe. D'abord, le fait qu'elle ait été créée à partir d'une partie de ses ossements rendait Envy nerveux. Ils n'en avaient pas trop parlé. Au fond, ils n'avaient pas parlé. Ils s'étaient tenus par la main pendant une partie du voyage dans le train. Elle avait regardé les paysages défilant par la vitre, tandis qu'il s'endormait dans son siège.
Puis, l'idée qu'une fille adore qu'on la fasse souffrir jusqu'à un certain point, c'était encore trop bizarre pour lui. L'homoncule jeta un coup d'œil à l'horloge de la boutique de mécanique derrière eux. Le panneau fermé s'affichait dans la porte toute neuve qu'on avait installée. Les aiguilles indiquaient 11h35. Il était temps qu'ils se mettent en place.
-J, tu peux te tenir prête maintenant, il va arriver d'un instant à l'autre, déclara Envy avant de prendre la forme d'un hibou et de s'élever dans le ciel.
Il ne s'était pas posé sur le toit de la boutique qu'Edward déboulait dans la rue des guignols. Jealousy eut juste le temps de prendre la forme qu'elle devait avoir pour remplir le plan de son mentor. Elle se noircit sous la lune, perdant toute sa lumière et gagnant ce corps un peu squelettique qui se fondait dans le noir. Elle frissonna en sentant le vent sur son ventre et ses bras. Mais cela ne parut pas aux yeux de l'alchimiste d'État qui venait vers elle. Car elle n'était plus seulement une elle. Elle était un autre.
-Envy, s'exclama furieusement Ed, transformant son bras d'acier tout en courant, déjà prêt à sauter à la gorge de l'homoncule qu'il voyait.
-Tu es en avance, fullmetal, lui répondit J, de la même voix que la jalousie l'aurait dit. Tu me surprends beaucoup. Je pensais que tu ne viendras pas. Et… La copie d'Envy jeta un coup d'œil au ciel, pour voir un hibou gesticuler avec ses grandes ailes. Alors, elle se tourna vers son attaquant, levant un bras qui se prit aussitôt la forme d'une faux d'argent. Et elle dit : Tu es venu seul, en plus.
Edward fut pris par surprise par cette remarque et les réflexes très vaillants de son adversaire. Il se rappelait que les dernières qu'ils s'étaient croisés, Envy semblait faible et malade. Maintenant, tout au contraire, il était en pleine forme. Et l'adolescent comprit qu'il aurait mieux fait de prévenir au moins une personne d'où il allait tandis que J le repoussait violemment, le jetant à terre en gagnant leur lutte statique.
-Pourquoi m'as-tu fait venir ici? Voulut savoir Ed en se relevant aussi vite que possible.
-Parce que nous devons parler un peu, tu ne crois pas? De ta famille pour commencer.
-Laisses ma famille en-dehors de nos affaires, rugit l'adolescent en transmutant son bras en une lame bien plus menaçante que la faux d'Envy.
-Non, c'était joué d'avance. D'abord, ton père, qui t'a donné cet os que tu as si cruellement rejeté. Puis ton frère, que tu as laissé partir cet après-midi.
-Puisqu'on en parle, c'est quoi cette histoires d'os? Tu as bien failli me tuer avec ta cochonnerie.
Tout en parlant, ils se jetèrent l'un sur l'autre, pour entamer la suite de leur combat. Jealousy gardait ses distances tout en se faisant provocante, tourbillonnant sur elle-même comme le gymnaste qu'Envy était. Ed essuyait des coups de pieds et de poing, sans compter que les membres de son ennemi prenaient toutes les formes possibles pour le blesser. Il repoussait heureusement tous ses assauts sans trop de problème, car visiblement, l'intention de J n'était pas de lui faire du mal, pour l'instant, mais surtout de le fatiguer.
-Ce n'est pas ma faute, ton organisme a réagi avec cet os parce qu'il vient de ton père. Hohenheim a…
-Arrêtes de me parler de lui! Le coupa sèchement Edward.
Dans son nouvel accès de colère, il laissa ses yeux dorés devenir comme deux pièces d'or et, son regard étincelant de fureur, il s'attaqua à Envy avec l'intention de lui faire mal. Et il ne rata pas son coup cette fois. Alors qu'elle exécutait jusque-là des mouvements fluides et rapides qui lui permettaient d'éviter toutes les offensives, J fut frappée de plein fouet par l'arme effilée qu'Ed avait faite de son bras. Le sang gicla de la blessure creusée dans le flan de la copie d'Envy. Son cri retentit dans la nuit. Et alors, un hibou s'agita furieusement, déployant ses ailes pour calmer la fureur de son demi-frère. Ce n'était quand même pas pour rien qu'il détestait l'aîné des Elrick. Il le haïssait pour avoir le même sang qu'Hohenheim dans les veines. Pour être son demi-frère de près de 400 ans d'écart. Et maintenant, il le haïssait pour avoir fait du mal à sa protégée.
L'alchimiste d'État comprit bientôt que le piège se refermait sur lui quand deux serres gigantesques lui encerclèrent les épaules et que des griffes gigantesques se plantèrent dans son dos. Il se figea sur place et entendit la voix sifflante identifiable entre toutes de son pire ennemi. Il eut de la misère à démêler cet imbroglio, mais il le reconnut bien tandis que ce dernier le menaçait de ses serres difformes. Envy…
-Oublies ton vieux pour le moment, fullmetal nabot. Parlons plutôt de ton frère. Tu sais ce qu'il lui est arrivé cet après-midi? Il s'est fait attaqué. Alors qu'il comptait un peu fleurette à cette autre armure, des chimères leur sont tombés dessus et un homoncule rebelle les a capturé.
-Envy? Tu mens! Tu fais exprès de…
-Il dit la vérité, l'arrêta Jealousy en se redressant, une main toujours posée sur son flan, mais ses cheveux redevenus argentés et son visage de nouveau angélique, avec ces yeux démoniaques qui faisaient tout son mystère.
Ed ne savait plus à quoi porter son attention. Il ne pouvait pas se débarrasser des serres d'Envy, puisqu'il était incapable d'attaquer les deux en même temps et encore bien moins avec la même force. Son bras d'acier était un peu plus résistant que son membre de chair. Il ne pouvait pas non plus courir le risque d'énerver l'homoncule qui le tenait par les épaules, sous peine d'être réduit en charpie. Et cette fille homoncule qui avait le même pouvoir qu'Envy, elle pouvait l'attaquer à tout moment. Le pauvre Edward était dans une impasse. Il serra les poings, pour s'empêcher de se débattre et de se faire mal. Jusque-là, les serres refermées sur son dos ne lui faisaient pas trop de mal. Mais elles pourraient facilement faire du dégât…
-Pourquoi est-ce que vous me dites tout ça? Qu'est-ce que ça veut signifie ce rendez-vous?
-Vous, les humains, vous n'êtes que quelque pièces sur l'échiquier du pouvoir, répondit la fille aux cheveux de lune. Nous sommes divisés, tout comme vos peuples. Mais nos actions peuvent vous atteindre encore plus facilement qu'une guerre. Un rebelle de l'organisation fait cavalier seul et il a enlevé ton frère.
-Il veut se servir d'eux pour obtenir la vie éternelle, poursuivit Envy en secouant son gigantesque corps d'oiseau, faisant presque tomber Edward à genoux. Au moment où je t'en parle, ils sont déjà loin d'ici. Et tu ne risques pas de pouvoir les retrouver avant un moment.
Choqué, l'aîné des Elrick releva la tête pour dévisager la créature qui le maintenant en son pouvoir. Envy avait pris la forme d'un rapace gigantesque. Il avait des plumes d'un noir tirant sur le vert et ses pattes immenses se conformaient dans un réseau d'écailles coupées comme des morceaux de casse-tête. Sa tête se trouvait loin, au-dessus de ses minces épaules emplumées et ses ailes déployées frottaient les bâtiments entourant la rue des guignols. Si quelqu'un devait passer, il verrait un très drôle de spectacle. Cependant, Envy ne voulait pas faire dans la subtilité. Il préférait de loin sentir les tremblements d'Edward au travers de ses griffes plantées dans sa chair et son souffle court dans l'air qui ébouriffait son plumage.
-Mais, à quoi ça rime de me le dire?
-Ce n'est pas seulement pour te voir souffrir. C'est même surtout parce que nous ne pouvons pas non plus intervenir dans les agissements de cet homoncule et de ces chimères. Nous te prévenons. Nous sommes tes ennemis, mais pendant un temps, il se peut que nous ayons les mêmes buts ou que nous viendrons à travailler ensemble. Si je ne t'en préviens pas tout de suite, tu n'y croiras pas quand cela arrivera, expliqua Jealousy.
-Et elle, qui c'est elle?
-Une nouvelle adhérente du club des monstres, répondit simplement Envy.
D'une torsion, il envoya Edward rouler par terre, le lâchant pour se poser au sol et reprendre sa propre forme. L'adolescent blond se frappa contre un mur avant d'arrêter son mouvement. L'homoncule n'y avait pas été de main morte. Ed se redressa lentement, avec du sang sur le visage. Ils lui laissèrent le temps de se remettre sur pied et gardèrent leur distance, comme pour lui faire comprendre qu'ils ne l'attaqueraient plus. Mais rien n'était moins sûr. Ces deux-là faisaient une belle paire de fourbes.
-Il fallait que je le vois pour y croire, souffla Ed en comprenant ce que tout cela signifiait.
Envy n'était pas seul. Il y avait d'autres homoncules et encore plus que ce que les frères Elrick pensaient. Jusque-là, son ennemi juré lui avait semblé n'être qu'un solitaire parmi la bande qui jouait son propre jeu. Mais au contraire, il venait de se trouver une puissante alliée qui avait les mêmes pouvoirs que lui.
-Fullmetal, tu ferais mieux de prendre garde à toi. Nous ne sommes plus les seuls à tirer les ficelles, fit J en croisant ses bras minces sur sa poitrine.
Elle se tenait tout près d'Envy, comme pour puiser un peu de sa force et de son autorité et prendre l'air dur et revêche qu'elle affichait. De son côté, la jalousie originelle semblait éprouver quelques difficultés. Ed vit clairement la sueur qui glissait sur son visage trop blême et sa poitrine qui se soulevait à toute vitesse pour chercher son air. Il avait fait un gros effort pour effectuer sa dernière prestation…
-Et pourquoi est-ce que vous me prévenez comme ça? S'empourpra l'alchimiste.
Envy reprit la parole, sur le ton tranchant qu'il aimait tant. Mais pour son corps malade, la moindre tâche était douloureuse.
-C'est simple, pour que tu trouves qui mène le jeu à notre place. Si tu t'en débarrassais toi-même, ça nous rendrait même service. Mais ce n'est pas obligatoire. Puis, ne t'inquiète pas. Un beau jour, je te tuerais de mes propres mains. Sauf qu'en attendant, commença-t-il, avant de s'interrompre brusquement, ayant la gorge trop sèche.
-En attendant, récupéra Jealousy au vol, désirant masquer la fatigue de son homologue. Hohenheim et les Ishbaliens devraient être ta priorité. Tu verras que nous aurons à reparler de ton père.
Ed aurait voulu l'interrompre, fâché d'entendre cette fille parler ainsi de SON père. Non, mais enfin, il en avait assez d'Hohenheim et on ne cessait de le nommer, de lancer son nom. Et elle, que savait-elle de lui? Que pouvait-elle dire qu'il ne savait pas déjà? De quel droit…?
-Après tout, tu es un peu mon frère toi aussi, conclut Jealousy, arrachant à Envy un grognement alors qu'Edward se figeait de stupeur.
Sa rigidité ne dura pas très longtemps.
-QUOI?! Qu'est-ce que tu as dit?!
Les deux homoncules n'attendirent pas qu'il se jette sur eux pour voir comment il réagissait. Envy virait déjà au noir alors que J rapetissait sur place. Avant que l'aîné Elrick ait pu les atteindre, les deux monstres avaient changé de forme, prenant l'apparence de deux chats. Les animaux, l'un noir, l'autre blanc, bondirent vivement jusqu'à être monter dans sur les toits de la ville et ils disparurent dans la nuit, avant qu'Ed ait seulement pu décidé de les suivre ou pas.
À bout de nerfs, le jeune homme leva les bras au ciel en poussant un hurlement de colère et de dépit. Son cri se répercuta dans la ville, suivant les homonculi. Envy feula de plaisir à entendre le désespoir de son rival.
-Tu as bien joué J. Maintenant, il va être encore plus soupçonneux que d'habitude. Si on lui laisse les indices qu'il faut, il nous mènera pile là où on veut.
-Et pourquoi est-ce qu'on ne fait pas comme Greed?
-Parce qu'on ne veut pas la pierre philosophale. On veut s'assurer que plus personne ne puisse nous donner d'ordres.
-Oui, c'est vrai, mais Envy…
-Quoi?
-Si nous n'avons plus de maître, il viendra un moment où nous n'aurons plus de pierres.
Le chat noir qui courrait devant elle s'arrêta et se retourna, ses yeux mauves étincelant dans le soir. Il considéra la chatte un instant, l'air prêt à lui donner raison. Et, sans avertissement, il se jeta sur elle pour l'attaquer sauvagement. La victime sortit ses griffes pour se défendre. Ils se transformèrent pour mieux s'affronter et comme ils reprenaient leurs formes adolescentes, le toit trop vieux sur lequel ils s'étaient arrêtés s'effondra sous leur poids conjugués.
À bout de forces, Envy cessa les hostilités, s'étant cogné la tête dans sa chute. Étendue sur lui, Jealousy mit un moment à se relever. Elle s'était blessée à l'épaule et à la jambe. Quand elle eut guéri ses blessures, elle inspecta les alentours du regard. Il faisait sombre, mais comme l'indiquait le toit brisé au-dessus de leur tête, l'endroit était plutôt vieux. Pour ne pas dire, sal et désaffecté.
-Ça va? S'enquit-elle en se tournant vers son mentor.
-Non. Mais tu as raison. Nous avons besoin des pierres pour être invincibles. Enfin, j'en ai besoin. Mais toi, tu es plus jeune que moi. À coup sûr, elle t'aura mieux fait que moi.
-Je suis comme toi, Envy. En fait, je ne suis même pas aussi parfaite que toi. Tu as vu comment il a pu me blesser tout à l'heure?
-Je n'aurais sûrement pas fait mieux. Je ne suis pas trop en état, la calma-t-il malgré l'impression qu'il avait de parler comme un autre.
Elle lui donna une pierre rouge en voyant la sueur qui faisait briller son visage. Il l'accepta et quand leurs mains se touchèrent, ce fut comme si l'enfer se déchaînait autour d'eux. Merde qu'elle pouvait l'énerver cette fille. Elle lui était trop semblable. Depuis qu'ils avaient passé une journée ensemble, elle s'occupait de lui avec une prévenance inspirant des envies de meurtre à Envy. Et le pire, c'était qu'elle serait bien capable de lui chuchoter sensuellement quelque chose comme…
- Tues-moi…
Juste pour voir sa réaction par exemple. Que peut-on faire contre quelqu'un de ce genre? Envy était perdu face à Jealousy. Il avala sa pierre et ne lui parla plus. Ils devaient tout deux dormir. Et le ciel voulait certainement que ce soit dans cette pièce sombre et sale, dont la poussière était digne de remplir le désert d'Amestris.
-Envy, tu m'as vraiment appris tout ce que tu sais faire?
-Oui. Maintenant, si tu veux me tuer, vas-y.
-Non, je ne veux pas. Tu es sur une voie que je préfère de loin comparée à celle de Bradley ou de Dante… Au fond, je pense même que…
-J. Essaies d'être toi-même pour quelques jours encore. Ne me parle pas de sentiments, parce que ce serait de la faiblesse. Je suis en train de devenir un poids. Et si je le deviens vraiment, tu devras tracer ta route en solitaire.
-Ne parles pas comme ça.
-Je parlerais bien comme je veux!
Ils se regardèrent un moment, tous les deux heureux de voir le vrai Envy revenir à la charge. Alors, ils n'échangèrent plus une parole. Cela ne servait pas à grand-chose. Ils ne faisaient que répéter les mêmes choses et s'insulter. En se jaugeant, ils parlaient davantage. Leurs yeux criaient un millier de choses. Ils s'endormirent dos à dos. Et pour sûr, ils se retourneraient dans leur sommeil. Si quelqu'un devait venir à passer, leur septième sens les préviendrait et ils se métamorphoseraient tout les deux en quelque chose d'immonde ou de banal qui leur éviterait d'être capturé par des humains stupides ou malintentionnés. Pourtant, avant de sombrer dans le sommeil, Envy repensa aux questionnements de Lust. La jeune femme se demandait souvent si les êtres humains étaient si stupides. S'ils étaient si dérisoires. Et il les enviait. Pourquoi portait-elle tant d'attention à des gens pareils à ce qu'elle ne serait jamais? À quoi cela l'avançait-elle? Haussant les épaules, il ferma les yeux. Ça ne le regardait plus.
Alphonse suivit Axia dans le compartiment de train qu'empruntait Dorchatte, intimant ses gestes à l'armure féminine en se déplaçant avec difficulté dans cette grande carcasse de fer. Greed suivait le petit cortège, Kimblee sur les talons. Roa menait la bande et les gens sur le quai de la gare observaient cette procession étrange de trois hommes et de deux armures. Ils sortaient de l'ordinaire, hors de tout doute. Quand ils eurent tous prit place dans le train et que la locomotive se soit ébranlée, Greed prit ses aises, croisant les bras derrière sa nuque et s'étirant les jambes.
-Eh bien messieurs, dames, il semblerait que l'armée n'a aucune idée de ce que nous avons faits. C'est du beau travail mes amis, félicita-t-il ses chimères.
Kimblee avait croisé les bras sur son torse et s'appuyait contre la vitre, regardant le paysage défilé à l'extérieur. Il essayait de mettre autant de distance que possible entre lui et l'homoncule, qui avait fait en sorte qu'un banc soit réservé à eux seuls… Les deux armures étaient assises face à eux, leur bras de métal se frottant dans des grincements peu engageants. Al aurait donné beaucoup pour parler à Axia, mais devant autant de témoins, il n'osait pas. La jeune fille, de son côté, demeurait muette. Pour leurs deux invités non désirés, la situation se révélait très embarrassante. Ils avaient l'impression d'attaquer la dignité de ces deux adolescents. Finalement, le cadet des Elrick n'y tint plus, et après une heure de voyage, il brisa le silence qu'entretenait leur petit groupe.
-Pourquoi nous avez-vous enlevé? Demanda-t-il.
Greed sourcilla, l'air choqué par le terme. Kimblee siffla entre ses dents et Roa se tint prêt à intervenir en cas de rébellion. Mais Al ne comptait pas se fâcher maintenant. Il le ferait certainement à la première occasion venue, sauf que pour l'instant, son emportement pourrait mettre des gens en danger. Des innocents qui n'avaient rien à voir avec lui. Il attendit plutôt la réponse de l'homoncule aux dents pointues.
-Vous manipulé l'alchimie et vous pouvez me donner ce que je veux. En travaillant ensemble, nous pouvons obtenir d'excellent résultat. Je ne demande qu'à voir deux maîtres à l'œuvre.
-Je crois que vous ne m'avez pas bien compris. Si vous ne vouliez que ça, vous n'auriez…
-Ne parlons pas de ce que je veux, mon jeune garçon. La liste est beaucoup trop longue. Je te ferais un résumé. Je veux le pouvoir, la richesse, et par-dessus tout, tout ce qui m'est interdit. Les femmes, la boisson, l'or, l'immortalité. Toutes ces petites choses banales et quelques autres encore…
Il avait eu un peu de ferveur dans la voix en énumérant ses différents désirs. Mais sa fougue était retombée avec sa conclusion. Axia, plongée dans ses pensées jusque-là, eut un sursaut de colère, avant de se calmer pour passer sa frustration dans les mots.
-L'immortalité, rien que ça?! Vous ne savez pas ce que c'est de vivre éternellement.
Al fut surpris par le timbre tremblant de son amie. Elle paraissait furieuse.
-J'ai quand même un peu plus de 100 ans, répliqua-t-il, en regardant ses ongles, son poing replié, comme s'il parlait seulement d'un nouveau morceau de linge qu'il venait de s'acheter.
Sa remarque replongea la jeune fille dans ses pensées. Près de 100 ans? Alors, il aurait vraiment pu être…? Non, impossible, se répéta-t-elle pour s'encourager. Mais elle était incapable de retrouver le moindre courage. Comment pouvait-elle accepter une telle désillusion?
-Vous êtes un homoncule, n'est-ce pas? s'enquit Alphonse en espérant qu'Axia n'allait pas aussi mal qu'elle en avait l'air.
-Ne le dis pas trop haut, mais oui petit. Et… Hey Kimblee, voilà notre arrêt! C'est fou ce que le temps passe vite. Allez, vieux loup de mer, passes devant, nous te suivons!
En levant les yeux au ciel, l'ancien soldat se leva, tout droit encore de son entraînement militaire. Il avait des jours il marchait avachi comme un saoulards et d'autres où il reprenait cette fierté du combattant aguerri. Ça aussi, Greed le lui enviait. Mais voilà qu'ils devaient descendre à Dublith, alors, tout le beau petit monde que formait leur cortège se tut. Ils quittèrent la gare et rejoignirent les rues les plus malfamées de la vile, Kimblee et Greed en tête du groupe. Roa suivait les deux armures, prêt à les rattraper si elles cherchaient à s'enfuir. Alphonse et Axia obéirent silencieusement, très sensible aux menaces que leur faisait Martel et Dorchatte. Bien sûr, ils auraient pu tuer les deux adultes qui les gardaient prisonniers, mais un tel acte n'aurait pas été digne d'eux-mêmes. Alors, ils se laissèrent emprisonnés dans la cave d'un bar miteux de Dublith.
Ils les laissèrent attacher leurs chaînes à des murs opposés. Mais quand vint l'heure du discours de Greed, ils étaient prêts à poser leurs questions. Cependant, ils ne s'attendaient pas à ce qu'il leur montrerait.
-Vous voyez les jeunes, je suis un homoncule. Mais malheureusement, il semble que vous ignorez jusqu'à ce que ce mot signifie.
-Au contraire, intervint Alphonse. Les homoncules sont des êtres humains artificiels. Et si j'ai bien compris, vous êtes tous nommés selon chacun des 7 péchés capitaux. Vous, par exemple, vous êtes Greed, la cupidité.
-Pas mal. Quel âge as-tu déjà toi? 14 ans? Tu t'en tires bien. Et ton amie silencieuse aussi, elle est plutôt bonne en alchimie. Pour le fait d'être des armures, j'imagine que vous comptez lancer une mode?
-Ne vous moquez pas! Je ne suis pas une armure parce que je voulais en être une, lui répondit Axia, sa colère bouillonnant au fond de son âme.
Elle avait beaucoup de misère à parler à Greed. Il la dégoûtait. D'ailleurs, le sentiment était un peu réciproque. L'homoncule avait de la difficulté à regarder l'armure femelle en face. Elle évoquait quelque chose de lointain qu'il ne pouvait accepter. Il n'arrivait pas à comprendre de quoi il s'agissait au juste, mais il ne devait pas saisir le lien qui le rendait mal à l'aise face à elle. Il se souvenait encore du cri de détresse qu'elle avait poussé quand Dorchatte s'était mis à la démembrer. L'horreur le fit frissonner, mais il se contint et ses mains ne tremblèrent qu'un court instant.
-Les homoncules sont des hommes artificiels. Ils sont créés par des alchimistes. Mais il y a des circonstances bien particulières qui permettent de nous fabriquer.
Axia n'écoutait que d'une oreille. Elle détaillait la pièce du regard pour oublier le spectacle qu'elle avait devant les yeux. Les murs étaient en briques, noires et grises. La poussière et les toiles d'araignée y régnaient, ayant délimité un vaste territoire de grisaille et de saletés. Le sol était humide et glissant. Le plafond suintait tout en demeurant d'un noir d'ébène. Des rats faisaient grincer leurs dents contre la pierre, dans un trou à l'intersection de deux cloisons. Et dans un autre coin, il y avait un grande masse, recouverte d'une bâche blanche qui jaunissait à vue d'œil. Des bruits venaient de cette forme rectangulaire qui restait là, presque complètement immobile dans la pièce désertée de toute vie et de toute chaleur. Quelque chose était cachée sous cette bâche. Et Axia eut le pressentiment qu'elle ne voulait pas savoir de quoi il s'agissait.
-Il faut qu'un alchimiste ou plusieurs d'entre eux effectuent une transmutation humaine, déclara Greed, d'une voix théâtrale.
La nouvelle ne tomba pas dans les oreilles de sourds. D'abord, les principaux intéressés n'avaient pas d'oreilles et enfin, il ne pouvait pas non plus faire la sourde oreille à pareille déclaration. Alphonse eut un mouvement de panique et se redressa sur ses genoux, prenant Martel par surprise. Elle se frappa la tête contre le métal de l'armure qui l'abritait. Dorchatte s'en tira mieux, puisque le mouvement d'Axia fut moins rapide. Cependant, il se faisait déjà assez mal en se tenant sur les genoux à l'intérieur d'une carcasse de métal, sans la moindre protection.
-Quoi?! S'exclama Al.
-Ce n'est pas vrai! Protesta Axia.
Ils avaient beaucoup trop peur de croire que Greed puisse leur dire la vérité. Puisque dans ce cas, cela signifiait qu'ils auraient tout deux aidé à créer des homoncules.
-Oh que si, c'est bien vrai. Tenez, j'ai un exemple juste-là, continua l'homme aux cheveux noirs, en replaçant ses lunettes sur son nez, avant de faire un petit signe de tête à Roa.
Ce dernier se dirigea vers la forme rectangulaire masqué par cette fameuse bâche. Et il retira le tissu qui recouvrait ce qui se révéla être une cage! Un enfant y était enfermé et dès que la lumière le toucha, il se mit à se débattre, en s'accrochant à ses barreaux tout en hurlant. Ses cris étaient déchirants. Al et Axia lâchèrent un hoquet de surprise presque en même temps. Le pauvre petit n'avait que la peau sur les os et ses cheveux lui arrivait en bas de la taille. En voyant Greed, il se mit à crier encore plus fort qu'il ne le faisait déjà et son bras droit se métamorphosa pour fusionner avec les barreaux auxquels il s'accrochait.
-Du calme, petit imbécile! S'énerva le bouclier ultime en lui flanquant un coup de griffe d'une main qui n'avait rien d'humain.
Les deux armures suivirent la scène, bouleversés par ce qu'elles voyaient. Le petit garçon se tapit au fond de sa cage avec un gémissement de douleur, replier sur lui-même. Il était tout blême et rageur en même temps. Il avait une cicatrice à l'épaule et son corps maigre revêtu de chiffons. Il faisait peine à voir.
-Vous n'avez pas le droit de lui faire ça, s'emporta Alphonse, en sautant presque sur ses pieds tellement la fureur l'emportait en lui.
Axia était trop choquée pour parler, mais elle fit signe qu'elle était bien d'accord avec son ami. Greed afficha un petit rictus supérieur, prenant plaisir à torturer le gamin devant eux.
-Oh, mais que feriez-vous de moi si vous aviez le champ libre? Que feraient tout les braves alchimistes de l'État s'il pouvait mettre la main sur un homoncule? Ils le mettraient en cage pour pouvoir l'étudier. Et ce gamin est sûrement le plus misérable d'entre nous tous. Une femme qui avait perdu son enfant à la naissance a tenté une transmutation humaine pour ramener son bébé à la vie. Le processus a échoué et en a résulté Wrath, une petite boule de colère qui est traumatisé dès qu'il entend un enfant pleurer. J'ai réussi à l'attraper avant le reste des homoncules et je crois que cela vaut mieux pour lui. Il n'aura pas encore été corrompu par Envy et les autres…
-Mais il ne mérite pas d'être enfermé ainsi! Ce n'est pas sa faute s'il est ce qu'il est et ce serait inhumain de le garder comme ça…
-Mais je ne suis pas humain, répliqua Greed. Puis, ce petit là nous sera tous très utile. Voyez, je ne suis pas complètement sans cœur. Le gamin passe son temps à passer à deux doigts de la mort et mieux vaudrait écourter sa vie pour lui éviter trop de souffrances. Il ne comprend rien au monde qui l'entoure. C'est un enfant sauvage. Puis, pour faire ce que je veux, je crois que vous devrez utiliser une sorte de sacrifice. Alors…
-Je ne ferais aucun sacrifice peu importe vos arguments pour me pousser à le faire, intervint brutalement Axia. Que ce soit un homoncule ne change rien pour moi. Je ne lui ferais pas plus de mal qu'à un être humain.
Al n'eut pas à dire qu'il était du même avis.
-Vraiment, nous verrons ce que vous en direz la semaine prochaine, quand Wrath crèvera de faim. Parce que j'ai tout mon temps moi. Je suis presque déjà immortel, vous savez. Je veux juste être assuré de mon invincibilité. Vous devriez être content de servir une noble cause comme celle-ci. Après tout, cela pourrait vous servir à vous-mêmes. Puis, je ne suis pas complètement ingrat. Vous serez récompensé pour vos peines. En temps voulu.
-Je ne vous comprends pas! Vous ne pensez pas quand même pas que nous allons vous aider et…
-Non mon garçon, je sais que vous allez m'aider. J'ai vu comment vous avez pu improviser une solution alchimique tout à fait hors du commun en près de 15 minutes. Je ne vous demande pas l'impossible. Vous aurez tout le temps et tout le matériel que vous voulez. Si vous n'avez pas besoin de vous servir d'un sacrifice, Wrath sera libéré. Mais en attendant, je préfère mettre tous les avantages de mon côté.
-Mais… commença Alphonse.
Greed s'approcha des deux armures, ses deux mains maintenant complètement transformés en pattes griffues et noires. Il était terrifiant.
-Je crois que tu n'as pas tout à fait compris dans quelle situation tu te trouves. Tu n'es pas en situation pour marchander. C'est moi qui vous dit quoi faire et vous le ferez. Et si vous essayez de me doubler, je vous le ferais payer.
Il dit cela en ne regardant que l'armure masculine, sa voix forte transperçant l'acier d'Al. Le jeune garçon retomba assis par terre, devant la menace qui brillait dans les yeux rouges de Greed, derrière ses lunettes noires. Il n'avait jamais vu un homoncule d'aussi près. Il n'avait jamais vu tant de cruauté dans une seule personne. Il était ébranlé par tous les malheurs qui s'acharnaient sur lui. Axia, elle, sentait sa colère enfler en elle. Elle fit grincer ses chaînes et se racla la gorge, enfin, autant pour dire qu'elle pouvait produire un tel son.
-Greed, n'est-ce pas? lança-t-elle. Menacez-nous tant que vous le voulez! Vous ne pourrez pas nous atteindre. Vous pouvez nous obliger à faire les pires atrocités, mais nous ne serons jamais comme vous. Et cela signifiera toujours que nous valons mieux que vous. Quoi que vous fassiez.
Elle était si sûre d'elle que Greed ne trouva rien à répondre. Il eut un rire mal à l'aise, avant de se détourner et de se diriger vers la porte.
-Surveilles-les, intima-t-il à Roa. Quant à vous deux, réfléchissez bien. Je reviendrais demain. Nous reparlerons de tout cela. Et vous plierez.
La porte claque derrière lui. Son résonnement leur aurait glacé le sang s'ils en avaient encore eu…
À suivre
Ps dsl pour le retard
