Hello ! Merci à tous pour vos reviews, désolée de n'avoir pas répondu au chapitre dernier, j'ai eu très peu accès à internet ces derniers jours.
Je vous livre ce soir un tout nouveau chapitre, tout frai, tout beau, j'espère qu'il vous plaira !
Disclaimer : Harry Potter est la propriété de JK Rowling.
Résumé des chapitres précédents : Dans la pensine, les garçons s'allient avec Bridget Maugrey alors que Lily approfondit sa relation avec Tom, mais pendant ce temps dans le présent, l'enquête de poursuit autant pour les aurors que pour Rita, et à Poudlard Teddy est attaqué par un sorcier.
Playlist : Harry Potter and the Sorcerer's stone : The chess game - Yann Tiersen : L'absente - Ibeyi : Oya - The Touré Raichel Collective : Diaraby
Pour si grande que soit la supériorité intellectuelle d'un homme, il ne peut pratiquement et durablement dominer d'autres hommes sans jouer une sorte de comédie toujours un peu vile.
Herman Melville, Moby Dick
30 Janvier 2025
—Elle a fait quoi ? hurla Harry en arrivant au ministère.
Les regards se tournèrent vers lui et Selena Candle qui tremblait de tous ses membres en lui tendant l'exemplaire de la Gazette du Sorcier. En première page, une Rita Skeeter rayonnante, annonçait la couleur en déballant une demi douzaine d'informations qu'elle avait réussi à collecter dans son dos. Qui était l'agresseur de Mrs Bittersweet, en émettant des hypothèses sur comment Voldemort était entré, ce qu'il avait fait, le type de blessure, les raisons de la disparition de Veronica Madone et elle terminait par une annonce.
Une annonce sur son livre à venir sur Les Trois Potter, sobrement intitulé, et là encore, elle lâchait une bombe. Elle clamait noir sur blanc à qui voulait l'entendre que Lily portait la Marque des Ténèbres dans son dos.
Harry retint un cri rageur. Il mit feu au journal. Selena Candle se fit encore plus petite. Où était-elle allée chercher ça ? Pourquoi le crachait-elle maintenant ? Il n'eut pas le temps de faire stopper la vente des journaux pour entrave à la justice, car tout le monde déjà avait son exemplaire en main, surpris de revoir Skeeter sur le devant de la scène. Ils lisaient chaque mot la bouche grande ouverte, et quand Harry passa près d'eux, la mine furieuse, il vit s'allumer en eux la colère et la peur.
À nouveau un vent de panique soufflait les murs glacés du ministère et ce vent provenait de la plume vitriolée de Skeeter.
Les gens pépiaient, s'affolaient. Il sentit un tourbillon se former rapidement autour de lui tandis que Candle couinait, terrorisée, les gens venaient en sifflant, houspillant récréant l'émeute s'étant produite quelques jours plus tôt. Harry se sentit rapidement oppressé, les bruits des cris, des voix contre son oreille le rendaient presque sourd, il n'entendait pas leur complainte, ne sentait plus que sur lui les corps pressés, la peur de leur voix, leur sueur glacée de colère se diffusant partout.
—Je vais faire une annonce ! hurla-t-il enfin. Le bureau des Aurors va s'exprimer cet après midi.
Quelques sorciers s'écartèrent à peine rassurés. Harry en profita pour prendre l'ascenseur vers l'étage de la Justice Magique. Il fut alpagué une nouvelle fois, le brun crut qu'il allait jeter un sort à cette personne. Mais il s'agissait de Percy tenant dans sa main serrée le journal. Les deux hommes dans l'ascenseur se toisèrent une seconde, pleins de gêne.
—Je suis désolé Harry. As-tu une idée de comment Skeeter a eu ces informations ? Tu veux une escorte de magicogarde pour ta protection ?
—Pas question, grinça-t-il. Je ne vais pas m'entourer de magicogarde comme un… criminel. Je me charge personnellement de Skeeter. Il faut que tu fasses une annonce toi aussi pour rassurer la communauté sorcière. Les gens paniquent en haut. Le Ministère est en train d'arrêter de tourner.
—Je n'en ai pas le pouvoir. Je ne suis que Sous Secrétaire d'État, si je devais faire une annonce ce serait en tant que candidat… et nous savons tous les deux que nous ne pouvons pour l'instant aborder publiquement ce sujet. Susan Bones a envoyé des notes à Melissandre Soapberry de la Coordination Nationale pour que soient imprimés des notes à distribuer dans tout les foyer d'Angleterre. Avec l'état catastrophique de Bittersweet, le tableau le reliant à la Ministre Moldue a été déplacé dans le bureau de Susan. Elles vont bientôt s'entretenir. C'est à elle qu'échoient beaucoup de responsabilités car c'est la moins encline à s'intéresser au pouvoir.
Ensuite Percy se tut. L'ascenseur s'arrêta. Harry en descendit ainsi que Percy. Ce dernier se pencha vers lui et souffla :
—Courage. Albus a été transféré avec James et Lily. Il risque de passer aujourd'hui. Je vais m'assurer que tout se passe pour le mieux. La sécurité du procès a été doublée, nous nous en assurons.
Son cœur se serra d'appréhension. Harry se tourna vers le roux qui déjà s'esquivait vers une porte annexe.
—Attend. As-tu croisé Bittersweet récemment ? Même malade et touché comme il l'a été, il doit réapparaître !
—Non, il me donne quelques directives par lettres c'est tout. Et toi ?
—Je devais essayer de le voir hier, puis j'ai dû annuler… Vu ce qui est arrivé à Teddy…
—Il va s'en sortir, Harry… Hugo a bien agi. Tu m'entends ?
Harry l'entendait vaguement. Hugo avait suivi Ted et son agresseur et fait s'écrouler un pan de mur sur lequel l'Avada Kedavra s'était écrasé. Ted avait été frappé à la tête par un débris, et l'intrus s'était enfui car au même moment des aurors étaient arrivés. Hugo ni les aurors n'auraient su dire à quoi ressemblait la silhouette encapuchonnée, et seul Teddy encore évanouis à St Mangouste pourrait éventuellement les aider. Il le fallait. Les lettres de parents inquiets allaient irrémédiablement arriver. McGonagall avait beau avoir sécurisé durant la nuit le château, elle allait sans doute s'exprimer.
Harry, plein d'appréhension rentra. Ses trois enfants se trouvaient là. De Lily figée à James les dents serrés en passant par Albus pâle comme un spectre de la mort. Le brun s'assit près de Ginny en évitant les commentaires sirupeux. Il ne daigna pas regarder Skeeter qui devait arborer son air le plus victorieux sur son visage affaissé et ridé.
Quand son nom fut appelé, Albus leva son nez maladroitement. Il esquissa l'ébauche d'un sourire pour se donner courage.
oOo
Albus en caleçon, assit sur son lit, observait sa jambe sous toutes les coutures.
Il avait encore en visu les traces bien nettes que lui avaient fait les crocs du chien. Les boursoufflures étaient encore rouges, cerclées de noir et par endroit la cicatrisation douloureuse et dégoûtante commençait couvrant sa peau de cloques blanchâtres dans le meilleur des cas, ou violacées comme un légume en train de flétrir. Là où les sorts de Grindelwald l'avaient atteint, le constat était encore plus sinistre, des crevasses sombres et des croutes purulentes ravageaient sa peau en profondeur, signe avancé de magie noire, et dessinaient des traces de brûlures. Du bout des doigts, Al redessina les glyphes de magie noire laissées à jamais dans sa peau comme un tatouage sinistre et atrocement douloureux. Les boursoufflures frémirent dès qu'il les frôla. Il se retint de hurler.
Il était boiteux.
C'était désormais un fait.
Albus se leva. Il prit une canne que lui avait laissé Bridget près d'un petit secrétaire en bois blond complètement cabossé, puis s'habilla du mieux qu'il put. Il tenta de prendre appuis sur son lit, mais les vieux livres soutenant le matelas à la place d'un des pieds manquants glissèrent et il s'étala par terre.
Il grogna en se disant que sa journée allait être mauvaise. Il se releva puis descendit. En bas, il entendit le cliquetis des pas de Bridget Maugrey sur le sol en vieux bois. Il l'a trouva affairée à récupérer des affaires qu'elle avait laissé trainer ici et là, prête à partir pour le ministère à en juger par son uniforme d'auror. Alastor Maugrey mangeait dans un coin des œufs et des saucisses que James avait préparé, là haut sur la mezzanine. En le voyant, le brun cracha :
—Salut l'intello, ne compte pas sur moi pour te nourrir.
À nouveau ils se toisèrent. Bridget passa par là, récupéra un châle trainant dans une vieille corbeille. Lui tendit des bonbons en guise de petit déjeuner, puis prit ses lunettes de soleil qu'elle plaça en équilibre sur son chapeau de sorcière tordue.
—Je reviens cet après midi. Vous deux pas de dégâts. Vous allez dans la cave vous entraîner. Al', quand le débile là aura fini par t'exaspérer, tu as le droit d'aller dans la bibliothèque. Il y a tous les articles récents à propos de Tu-Sais-Qui.
Albus et James eurent un instant de bug, avant de comprendre que la femme ne voulait pas prononcer le nom de Grindelwald devant son frère. Ils frissonnèrent de concert. Bridget ne le remarqua pas. Elle se regarda vaguement devant un miroir en fer forgé décoré d'yeux de tritons avant d'ajouter :
—Je vous ai permis de passer les protections de la maison, mais sortez le moins souvent possible. Je n'ai pas envie d'aller vous chercher partout, c'est clair ? Alastor tu restes sage, hein ? Ne va pas embêter le chat des moldus à côté, il ne t'a rien fait !
—Oh la ferme !
—C'est ça. Bonne journée les garçons.
Elle cliqueta jusqu'à la porte, la prit, puis transplana une dizaine de mètres plus loin. Alastor les toisa, mécontent :
—Je ne sais pas ce que vous fichez encore ici, mais on se fiche mutuellement la paix, et tout ira bien.
Puis il se leva brutalement, manquant d'éclater son assiette laissant James et Albus seuls dans la cuisine. Al puisa maladroitement dans le bol de friandises et en sortit un chocogrenouille. Il avala le bonbon au vol, et retourna la carte. Salazar Serpentard.
Le fondateur de sa maison arborait une expression sérieuse comme jamais sur ce petit bout de carton doré entre ses pouces. Il semblait le regarder de haut, le toiser comme un insecte dédaigneux. Quand Albus ne put soutenir ce regard, il disparut de l'encadré et James choisit ce moment pour s'asseoir sur un fauteuil en évitant les ressorts suintant hors du tissu en chintz. Il prit une cigarette et un drôle de mélanges de fioles qu'il fuma, et avala dans un ordre incertain.
Le cadet des Potter rangea la carte de serpentard puis affronta son frère :
—Tu devrais ralentir ta consommation.
—Non.
—Ce… n'est pas bon… Tu te fais du mal.
—Non. Au contraire, je me fais du bien, pauvre type. Tu peux pas comprendre. Je suis tellement mieux avec toute cette merde. C'est ma merde.
Albus ne comprenait rien. Il piocha une des Dragées de Bertie Crochue, puis l'avala. Goût citron.
—Non… je ne comprends pas. Est-ce que tu peux m'expliquer… s'il te plait ?
L'ajout de politesse lui coûta. James le toisa avec la même répugnance que l'avait fait Serpentard avant de dire du bout des lèvres :
—Tout dépend de ce que je consomme, mais ça me rend plus intelligent… plus puissant. Je sens les choses.
Il devait être dans d'extrêmement bonnes dispositions pour accepter de lui répondre. Albus décida de pousser plus loin :
—Quelles choses ? Je ne suis pas sûr de comprendre.
—Bien sûr que tu ne comprends pas, siffla soudainement J. Tu ne comprends rien c'est normal car tu n'as jamais rien compris. Je sens les choses, en humain comme le ressent mon animagus. Je ressens tout tellement mieux. Tu vois ce plancher pourri ? Je sens son odeur, l'odeur du bois, la moisissure dessous, le vernis qui a été utilisé fut un temps et qui est picoré par les vers, sur ce vase en verre, je sens les différents condiments qui y sont passés et qui ont été mal nettoyés, je vois la poussière qui danse autour d'un halo de lumière et c'est la plus belle chose que je vois au monde à chaque fois, pareil partout. Je ressens tout autour de moi au point d'oublier mon propre corps. Je suis partout grâce à ces cachets, ces pilules, ces potions.
—Ce n'est qu'une illusion, enfin !
—Ça c'est ton avis, un avis pourri, mais le tien !
James se leva brutalement. Il frappa d'un coup sec sur la table avant de partir. Al vit qu'il prenait en route le sabre de Gurt Krauss. Que faisait-il avec ça encore ? Albus abandonna ses bonbons, il suivit vaille que vaille son aîné vers la cave. Sa canne tapait le sol dans un tic tac agaçant, puis ensuite, voyant que la discussion était bien close, il commença à s'entraîner.
Grindelwald ne l'aurait… plus jamais.
Il allait faire ce qu'il faut pour ça.
…
…
.
.
Est-ce que se dresser effrontément face à Grindelwald ne risquait pas d'altérer les choses ? se demandait Al. Le Temps était quelque chose de complexe et ça, les trois Potter l'avaient bien compris. Ils avaient été punis et avaient failli mourir en partie à cause de leur origine.
Quelque part la punition était suffisante, maintenant il fallait se protéger de cette menace. Albus avait passé quelques heures à s'entraîner contre ces mannequins sans doute volés dans un campement d'Auror. Les mannequins étaient corrects, mais n'étaient pas un véritable adversaire.
Durant sa cinquième année, Al avait pensé à diriger le club de Duel après une proposition de quelques camarades, mais avait refusé, peu intéressé par la chose. Avoir du pouvoir ne l'avait que peu intéressé. Peut être maintenant devait-il regretter ce choix ? Il replongea dans la lecture de tous les articles sélectionnés par Bridget. Certains remontaient à plus de vingt ans et n'étaient même pas anglais ! Des notes traduisaient des articles roumains, bulgares ou allemands parlant de la naissance d'une menace, un jeune homme inquiétant nommé Gellert Grindelwald au moment où Belladona Flaminia disparaissait.
Le brun nota les informations avec assiduité sur une petite feuille de parchemin. De ses plus récentes activités, à ses premières. D'autres fichiers ressortaient, parmi eux des alliances ayant périclité, des disparitions soudaines de mages noirs, comme la sorcière vaudou Marijoie Ladon aux États Unis, mais il ne s'intéressa pas à ces papiers là. Grindelwald s'attaquait uniquement à l'Europe.
En ayant conscience de son but principal, devenir le Maître de la Mort, Al se rendit compte que chacun des coups répertoriés semblait avoir un but bien précis. Entrer par effraction chez Gregorovitch, s'attaquer à d'anciens descendants supposés de Beedle le Barde, centraliser le pouvoir des artefacts magiques. Il s'était assuré de tout maîtriser en Europe.
L'Angleterre était un des seuls pays à résister encore à cet envahisseur.
L'esprit d'Al vagabonda entre les vieux journaux et les parchemins desséchés de la bibliothèque. Avec sa canne, il tira un fauteuil pour s'asseoir près de la fenêtre. Une légère bruine recouvrait le ciel. Cela n'empêchait pourtant pas Alastor Maugrey de frapper sa batte de batteur sur un vieux cognard.
James assis sur une chaise en fer forgée complètement tordue sous son poids l'observait une cigarette aux lèvres. Il la jeta ensuite par terre. À vrai dire, le jardin de La Coquetière n'était pas un joli jardin alors ça ne faisait pas grande différence. Des mauvaises herbes poussaient de partout, un arbre chétif tentait vainement d'atteindre la véranda du premier étage, et des pots de plantes fanées étaient disposées ici et là. Alastor s'entrainait sur du gravillon grisâtre et peu accueillant.
—Arrête de me surveiller comme ça !
—Tu tiens mal ta batte.
—Je la tiens comme je veux.
—Si tu veux entrer dans l'équipe de ta maison c'est raté !
Alastor poussa un cri rageur. Il jeta sa batte dans un vieux pot en terre cuite couvert de runes, shoota dans le cognard dégonflé de magie qui alla s'écraser quelque part dans le jardin puis sortit rejoindre un moulin abandonné plus loin.
Albus retourna en souriant légèrement à ses notes. La marque de Grindelwald était dessinée en tête d'un article allemand, le signe des reliques de la mort. Il avait le petit trait grossièrement dessiné, et eux le triangle, mais qui avait le rond et comment faire fonctionner ce petit dessin ensemble ?
C'était confus.
Aussi confus que le regard de James quand il monta et le trouva dans la bibliothèque.
—Ah t'es là.
Il le sentait mal.
—Tu vas aller surveiller Lily. Je veux savoir si elle va bien.
—Va-s'y toi même, je ne suis pas ton chien !
—Si j'y vais, je boxerais Jedusor une fois de plus. Tu me dois la vie, tu fais ce que je dis.
Albus resta figé. Oui. C'était vrai. Il lui devait la vie. Pourtant ça ne justifiait pas de transplaner jusqu'à Londres pour les beaux yeux de son frère qu'il craignait et détestait.
Mais voilà, il le craignait, et le voir murmurer pour lui même une sorte d'insulte, puis grogner à une personne invisible, fit peur à Al. Quand James était dans cet état, il était dur de savoir de quoi il était capable.
Alors… peut-être valait mieux pour une fois obtempérer ? À nouveau James grinça quelque chose dans le vide, ses yeux cherchant un point dans la bibliothèque, comme atteints de folie. Al se résigna d'office. Il descendit en boitant, sortit de la baraque, puis transplana.
…
…
.
.
Quand il rouvrit les yeux, il eut la satisfaction de se trouver sur une petite annexe de Tottenham Court Road, non loin du British Museum. Il se souvenait bien qu'âgé de neuf ans, tante Hermione les y avaient emmené Lily, Rose et lui avec Papy Arthur.
Il avait été fasciné par les momies égyptiennes et les sarcophages chatoyants, tandis que Lily et Rose avaient largement préféré le large espace consacré aux peintures contemporaines. Ils en étaient ressortis les yeux brillants, alors que James et Hugo avaient préféré suivre Ginny rencontrer une ancienne collègue à elle, ce jour là.
Le bon vieux temps. Où le fossé entre J et lui n'était pas infini. Il jugea ses vêtements sorciers assez potables pour être portés chez les moldus, puis descendit, aidé de sa canne vers Whitechapel, du peu qu'il savait de l'orphelinat de Jedusor.
En chemin, il utilisa ses quelques livres au fond de ses poches pour s'acheter quelque chose de sucré à se mettre sous la dent et en profita pour demander au vendeur où pouvait-on trouver l'Orphelinat Wool.
L'homme, un type bourru, parut le prendre en pitié avec sa jambe boiteuse et lui manifesta une franche sympathie en ventant son courage. On le prenait pour un soldat blessé au front. Non, il n'était pas courageux. Le bonbon eut un goût affreux dans sa bouche. Il ne le finit pas et en donna un autre bout à un chat errant.
En voyant l'animal se saisir de sa sucrerie, Al se changea dans une ruelle et bondit du mieux qu'il put sur les toits. Sa patte suivait mal, mais mieux valait être un chat, qu'un estropié soumit au regard d'autrui.
Satisfait d'être enfin en Animagus, malgré son peu d'utilité, Al bondit de toits en toits, lisant les écriteaux. Il longea Leman Street, pour déboucher sur l'ancienne North Street.
Et là quelque chose attira son attention.
Lily.
Lily, sous la bruine légère, ses cheveux presque blonds volant dans le vent, suivant sa course effrénée entre les voitures, les enfants, un policeman, et deux vieilles dames. Elle souriait, suivie par la forme reconnaissable de Tom Jedusor. Albus sur les toits les suivit, inquiet. Ils finirent par arriver devant les grilles de l'Orphelinat Wool.
Lily entra puis disparut, suivie toujours par un Jedusor à l'air furieux. Dans la cage d'escalier ouverte sur l'extérieur par une mince fenêtre, Albus put suivre leur course, il contourna le bâtiment jusqu'à trouver la chambre où les deux se dirigeaient.
Toujours sur les tuiles glissantes du toit, Al se figea. Tom Jedusor semblait tenir fermement sa petite sœur et son visage ne semblait nullement amical, et pourtant, peu de temps plus tard, leurs lèvres se joignirent et Lily attira le brun à elle en une étreinte passionnée.
Pudiquement, Al détourna les yeux et sauta du toit. Cela ne le concernait plus. Lily était heureuse, et c'était tant mieux. Elle avait bien le droit.
Il lui souhaitait le meilleur du monde. Al bondit sur un balcon délaissé, se retransforma et disparut dans un petit pop sonore.
…
…
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.
Quand il retourna à la Coquetière, il sut que Bridget était rentrée. On entendait des éclats de rires, des insultes et des cris. Alors qu'il ouvrait la porte, il vit la jeune femme, finement saoule, un verre d'alcool de mauvaise qualité à la main lever sa jambe métallique en même temps qu'elle gloussait.
Plus loin, James, vautré sur le fauteuil défoncé n'était clairement pas mieux. Son visage était rougi, et un sourire complètement idiot avait pris place sur ses lèvres. Il grimaça. Dans un coin, Alastor se servait une bonne portion de pâtes à la sauce tomate, une expression contrariée sur son visage acnéique.
—Al ! T'es làààà. Viens boire avec nouuuus.
—Non merci.
—T'es pas drôle !
Bridget tenta de se lever, son verre brandit vers le plafond de travers comme si elle souhaitait porter un toast, mais la gravité terrestre la rattrapa, elle finit au sol dans un hoquet hystérique. Il était parti juste deux heures. Deux malheureuses heures où les deux « adultes » avaient semblait-il perdu la raison dans la démesure.
Albus avança avec sa canne dans la cuisine, il se servit à manger sous le regard noir du plus jeune Maugrey et de J'.
—Lily, aboya ce dernier à demi conscient, elle bien va ? Va bien ? Euh…
—Elle est au mieux.
Sans doute leur aurait-elle tourné le dos si elle avait vu son aîné dans un tel état. Il soupira, enfourna une bouchée de pâtes puis tenta d'occulter le bruit fait par les deux ivrognes à ses côtés. À en voir la mine exaspérée d'Alastor, sa sœur se mettait souvent dans de tels états, alors pourquoi Dumbledore jugeait bon de les confier à cette femme ? Était-elle vraiment digne de confiance ainsi ? La brune se releva, puis se resservit faisant grincer sa jambe métallique.
—À quoi est due cette fête ? demanda Albus sévèrement.
—Mon nouveau boss a dit que je n'étais pas à la hauteur de mes parents ! Je l'emmerde. J'emmerde tout le monde ! C'est mon whisky et moi pour la vie de toute façon !
—Hein ?
La jeune femme risqua à nouveau de glisser de son piédestal et ce fut Alastor qui se borna à grincer :
—Nos parents étaient aurors. De bons aurors. Pas comme elle.
—La femme Alastor ! Je suis douée à ma manière !
L'autre ricana en finissant son assiette, sa sœur but encore plus et James fumait cigarettes sur cigarettes en lampant de grandes gorgées. L'atmosphère de la petite cuisine fut bien vite irrespirable entre toutes ces effluves nauséabondes, Al se chargea de les évacuer d'un sort.
—De toute façon, s'ils étaient si doués, raisonna Alastor d'une voix morne, ils ne seraient pas morts.
Quelque chose toucha Albus, un endroit sanglotant et honteux plus vieux et putréfié que ses blessures. Ses parents à eux étaient morts, pas par faiblesse, la leur du moins.
—Je t'interdis de dire ça. Ils étaient très puissants. Les plus puissants du bureau, sûrement, mais ils n'ont pas eu de chance.
—Alors si Petra et Fergus Maugrey, les plus puissants du bureau sont morts, toi tu ne feras pas long feu, cracha Alastor avant de sortir précipitamment pour rejoindre l'étage.
Albus fut scié par ces paroles mauvaises dans la bouche d'un si jeune gamin. Il y décelait tellement de tristesse et de colère que c'en était difficile à appréhender. Bridget soupira, puis rebut.
—Ça m'fait délirer. Dumbledore nous a envoyé chez toi pour qu'on s'entende en tant que frères, mais ton frère, peut pas te blairer, remarqua James rendu belliqueux par la boisson.
Albus fut encore une fois désolé de telles paroles de son aîné, car abrutie par l'alcool la femme n'eut pas le réflexe spontané de coller un taquet à James.
—Je n'ai pas dit que je m'entendais bien avec mon frère pour que Dumbledore pense à moi. Les relations entre frères et sœurs sont les plus complexes qui soient, c'est ainsi et cela traverse les générations… hic ! Les gens dans une famille ne sont pas faits pour rester ensembles, ils sont contraints de grandir et de se côtoyer, d'accepter les différences de cette personne du même sang, avant même d'appréhender celles d'autrui. C'est la pire leçon, -hic !- de l'humanité.
Albus n'était pas sûr d'avoir tout compris, mais il trouva ça beau. James grogna. Ils reburent encore, tandis que le brun finissait son assiette. Les pâtes avaient peu de goût et peu d'attraits, mais c'était mieux que rien. Bridget continuait de glousser, encore et encore. La nuit avait beau être tombée, la bouteille presque vide et James à moitié assommé sur une table, elle gloussait.
—J'ai vu… dans la bibliothèque que tu… avais beaucoup de journaux sur Grindelwald. Ta famille s'y intéressait beaucoup n'est-ce pas ? Plus que des aurors normaux je veux dire.
Bridget tourna sa tête allongée vers lui.
—Ouaip. Ils s'y sont pas mal intéressés, ouais, du coup moi aussi. J'ai… des trucs à régler.
James gloussa à son tour, il roula de la table et tomba sur le parquet pourri.
—Ça tombe bien, nous aussi.
…
…
.
.
—Alors vous deux vous êtes hollandais ?
Le Chef du Bureau des Aurors, Thaddeus Nott, un grand homme au long nez et aux cheveux blonds rares sur son crâne les toisa. James, Albus et Bridget plus loin souriaient l'innocence incarnée. Ou du moins ce qu'ils espéraient le plus donner comme allure innocente. Ce n'était pas gagné.
—Ma foi ce n'est pas tous les jours que nous avons des aurors Hollandais dans le coin ! Les Européens depuis quelques mois se font rare à cause de la guerre.
—Ja, lança James.
C'était de l'allemand.
Al eut envie tout comme Bridget de se masser l'arête du nez. Thaddeus Nott n'y prit pas attention, il continuait de soliloquer en lisant leur dossier inventé de toute pièce avec l'aide de Bridget et quelques personnages douteux de l'allée des Embrumes.
Mieux valait assurer une identité viable et discrète pour s'assurer de pouvoir avoir accès aux dossiers les mieux conservés sur Grindelwald et ses activités.
Le chef des Aurors tapa dans ses mains en sortant de son bureau pour rameuter ses subalternes. Ils le suivirent, puis Nott prit la parole :
—Mes poussins, j'ai deux personnes à vous présenter. Ally et Jamesie Pieters, deux jeunes aurors hollandais en échange en partenariat avec le Ministère Hollandais-Norvégien et Suédois. Faites leur bon accueil. Bridget mon chou ? Vous avez tout arrangé, vous savez que je n'aime pas la paperasse n'est-ce pas ?
—Oui, boss.
—Bien, bien, vous montrerez à nos tout mignons étrangers le QG. Oh et mon chou, ne venez plus avec un tel décolleté, vous ne travaillez pas dans l'allée des Embrumes.
La femme rougit de gêne devant tous ses collègues pour beaucoup masculins, elle tourna aussi sec les talons James et Al à ses trousses. Al n'avait vu que dix minutes Thaddeus Nott et cela lui avait suffit pour classer cet homme comme un parfait imbécile, imbus de lui même. La femme s'allumait un cigare contre sa jambe métallique, tandis que quelques curieux venaient les saluer. Al ne retenait aucun nom, à la différence de James qui évoluait comme un poisson –drogué, certes- dans l'eau au milieu de cette masse curieuse. Quand les quelques sorciers et sorcières se furent lassés, elle leur présenta rapport et cartes à voix basse.
—Bien. Voici les zones que je pense intéressante pour vous mes petits aurors débutants. Ce sont les lieux où les criminels étrangers peuvent apparaître et où vos compétences seraient utiles.
Traduction, les sbires de Grindelwald. Sur beaucoup de point, elle se contentait de leur faire des clins d'œil, signifiant qu'ils en reparlaient plus tard, à la « maison » comme elle disait. Al n'était que peu à l'aise avec ce terme. Elle leur donna aussi deux badges d'aurors provisoires avec leur identité dérisoire, et tenta de les instruire à un jargon d'hommes de lois qu'ils ne connaissaient pas, pour assurer la crédibilité de leur couverture.
On aurait pu craindre qu'ils fussent entendus, mais les aurors semblaient complètement déconnectés. Nott passait de temps en temps comme pour se pavaner avec des vêtements coûteux, des ordres idiots et un sourire faux collé sur ses rides. Pourtant, dans la soirée, alors que certains aurors partaient chez eux ou en mission, il vint les interrompre.
—Pieters… Pieters, je rumine ça depuis ce matin, fit le Chef des aurors, quelque chose me dérange…
Al, James et Bridget furent glacés d'effrois, puis l'homme fut prit d'illumination :
—Ah mais oui. Auriez-vous une sœur à Poudlard par hasard, les champions ?
Ils firent oui de la tête, méfiants.
—C'est ça, Lila, ou Lily quelque chose, Pieters ? Mon fils m'en a vaguement parlé cet été. Ils sont dans la même maison je crois. Une fille gentille à ce qu'il m'a dit. Il lui transmet ses amitiés.
Sur son visage se lisait une part de mensonge et de dédain que les trois jeunes sorciers notèrent.
—Nous lui dirons, fit Al aussitôt.
—Il est bon d'être bien entouré et bien vu à Serpentard, clama l'homme. Mon fils l'a très tôt compris, il s'intéresse aux bonnes personnes. J'ai pu rencontrer un jeune homme de sa classe, ce jeune Jedusor est un jeune homme remarquable. Je voudrais sincèrement l'avoir dans mon service une fois qu'il aura ses ASPICs, car croyez-moi, nous entendrons parler de ce jeune homme dans les années à venir !
Aucun de sorciers présents, ne savait à quel point il avait raison.
oOo
—Une pause, souffla Albus Potter, d'une voix lasse et fatiguée.
Sa gorge enrouée ne laissait passer qu'un mince filet. Il semblait terriblement fatigué, des cernes maculaient son visage plus encore que ses tâches de rousseur, son menton tremblait, signe d'épuisement. Rita ne songea pas un instant à se demander ce que faisait ce garçon encore malade ici, elle pensa au contraire que de nombreux regards s'attardaient sur elle, plutôt que sur les jeunes gens.
Car ils admiraient son audace, sa langue bien pendue et voulaient ce livre qu'elle était en train d'écrire. Oh oui, c'était aussi doux qu'une liqueur, ces regards là.
—Je prends sa place ! fit Lily Potter avec virulence. Laissez-moi prendre sa place !
Durant ces quelques jours, après des insultes, des tentatives de coups, et pis encore, Lily Luna Potter avait changé, une flamme s'était allumée dans ses yeux. Elle ne vacilla pas une seconde quand le fraichement de retour Arterton la pointa sur elle.
oOo
En quelques secondes, le monde s'effondra. Lily ouvrit les yeux quand autour d'elle tout parut s'écrouler, un bruit tonitruant lui obstrua les oreilles. Elle tomba du lit de Tom. Pendant une seconde elle ne vit, ni n'entendit plus rien, un horrible sifflement avait envahi son crâne, et refusait de s'éteindre.
À nouveau, une secousse eut lieu et un nouveau bruit d'enfer éteignit le sifflement. Là, une violente lumière blanche cingla le ciel.
—Des bombardements, Lily. Lève-toi !
Un tremblement, une bombe, ébranla le sol, brisant les vitres de l'Orphelinat. Tom reçut un éclat près de son épaule. Il jura, puis l'aida à se relever. La rousse ne se fit pas prier. Ils sortirent en trombe dans le couloir et là c'était le chaos. Des enfants hurlaient de partout. Mrs Cole bombardait d'ordres les sœurs en prenant dans ses bras plusieurs gamins en train de pleurer.
—La cave ! Allez tous à la cave !
La peur tordit les entrailles de la rousse. Tous les enfants, les gens criaient, pleuraient, étaient échevelés. Tom saisit le bras de Lily, poussa deux fillettes terrorisées et les jeta tous les deux dans l'escalier. Le ciel blanchit d'éclairs et l'orphelinat emplis de bruits assourdissants, de hurlements, de sirènes, puis de cracs furieux, laissa à peine le temps à Lily de hurler à défaut de pouvoir chuchoter :
—Je croyais que l'orphelinat était protégé par le Ministère !
—Je le pensais aussi. Le quartier est bombardé, peut être que les protections ont sauté !
Un nouveau missile explosa, et les vitres du bas furent tout bonnement expulsées, plusieurs enfants hurlèrent de terreur, la rousse protégea son visage de sa main. Ils s'engouffrèrent dans l'escalier étroit menant à la cave. La jeune fille sentit son corps se geler. On y voyait pratiquement rien à l'intérieur, les enfants, et les plus grands étaient massés contre les murs.
Mrs Cole continuait à hurler, mettre les enfants en sûreté, et les compter l'œil alerte, ses cheveux coupés en carrés hirsutes au dessus de sa tête. Quand elle fut sûre du compte, elle referma la trappe, puis alluma la lampe.
Dehors le bruit était aussi assourdissant et affreux et rien ne semblait le stopper, ni la destruction des bâtiments, ni les prières de quelques sœurs qui sanglotaient croix levée vers le plafond. Leurs prières avaient beau être jointes par les supplications de quelques pensionnaires, rien n'y faisait. Tout s'éclatait, la cave trembla et les jeunes gens crièrent presque tous, tous sauf Tom et Lily.
Car Lily était plaquée contre le mur, la respiration de plus en plus difficile. Elle transpirait, et une nausée lui vint. Elle tomba à genoux. La cave. La cave. La cave. Elle était de retour dans la cave après tout ce temps. Elle hurla. Sa vision se troubla et elle eut l'impression de voir les orphelins disparaître pour être remplacés par la chaudière, l'espace lui parut plus réduit, plus chaud, plus insupportable et les sirènes assourdissantes et les craquements se mêlèrent à ses souvenirs comme les sorts des meurtriers de ses parents.
—N-n-non… Nooon.
La cave. Le vomi non loin, les cris, leurs parents morts et…
Un visage.
—Al ?
—Non c'est Tom. Calme-toi ! C'est fini. Calme-toi.
Il saisit brutalement son visage, la forçant à le regarder. La rousse hoqueta de stupeur. Ses doigts tremblaient, ses dents claquaient et ses yeux tournaient, incertains, dans leur orbite. Il la serra si fort qu'elle ne tarda pas à suffoquer, et d'un coup à reprendre pied. Ils étaient dans une cave, mais pas la cave du 12 Square Grimmauld.
Et le bruit s'était arrêté. Il n'y avait plus un son, comme en passant au milieu de l'œil d'un cyclone.
Ce fut à ce moment là, à bout de souffle que Lily remarqua que Mrs Cole les fusillait du regard et que bon nombre de pensionnaires les observaient d'un drôle d'œil. Car si Tom était plus ou moins habillé d'un bas de pyjama, Lily remarqua qu'elle ne portait que le haut du dit pyjama.
…
…
.
.
La laverie, et le marché voisins avaient été entièrement détruits. Il ne restait que des restes fumants de ces édifices que déjà dans les premières lueurs de l'aube les plus hardis tentaient de déblayer. Lily sentit sa main la piquer. Elle retira un bout de verre saignant et éprouva de la colère envers ces moldus.
Ils détruisaient tout. Peut être que Tom avait raison.
Tom qui subissait actuellement le courroux d'une moldue, Mrs Cole. La jeune fille colla discrètement sa tête contre la porte où la femme lui avait ordonné d'attendre. Dès qu'il fut sûr que le bombardement avait cessé, la femme les avait tous les deux trainé derrière elle en pestant et depuis quelques minutes le brun et la femme étaient enfermés alors que la vie tentait de reprendre son cours à l'Orphelinat Wool.
—…Comme si j'avais besoin de ça ! J'accueille ton amie avec toute bonté et voilà ce qui arrive ! Je te faisais confiance Tom ! Tu étais bien le dernier auquel j'aurais pensé pour faire ça ! hurlait-elle.
Et la voix de Tom refusait de répondre, comme si ses récriminations étaient indignes de sa personne. Un groupe d'adolescent passa et jeta un regard torve à Lily.
—Est-ce que vous vous êtes protégés au moins ?
—Oh tais-toi donc stupide femme !
Ça y est la voix de Tom explosait comme celle de Mrs Cole de l'autre côté de la porte.
—Me taire ? Ça c'est la meilleure ! Ah ça non Tom Elvis Jedusor, je ne me tairais pas. As-tu une seule seconde pensé à ce qui arriverait si ton amie tombait enceinte ? Non tu n'y as pas pensé. En pleine guerre, tous les deux sans le sous ? Je refuse de m'occuper d'un bébé de plus parce que vous agissez comme des enfants stupides !
—Elle ne tombera pas enceinte, alors mêle toi de tes affaires, femme !
—Tu tiens donc tant à reproduire les erreurs de tes parents ?
—J'ai dit la ferme !
Mrs Cole hoqueta sous la violence du garçon. De l'autre côté de la porte, Lily avait la main pressée contre la poignée, craignant d'intervenir.
—Je vais vous renvoyer tous les deux, c'est ce que je vais faire, tiens. Tu iras t'engager dans l'armée et elle ira aider les lavandières de Serpentine Road. Je ne peux pas cautionner de tels actes. Tu peux m'insulter autant que tu veux, mais tu n'échapperas pas au regard de Dieu !
Un gloussement déchira le silence, un gloussement glacé qui fit frémir Lily et à n'en point douter Mrs Cole, et ce son terrifiant émanait de la gorge de Tom.
—Au regard de Dieu ? Que ces mots sont ironiques venant de ta bouche, vieille folle. Que dirais ce Créateur que tu admires en sachant que tu entretiens une relation avec la voisine ? Mrs Cumbert, c'est ça ? J'ai trouvé des lettres enamourées, et crois-tu que j'ignore pourquoi il y a toujours une clef sous le pot de fleur ? Non, au regard de votre morale idiote et de la loi tu es la dernière personne à pouvoir me juger ! Je n'ai besoin que d'un toit quelques temps, tu peux me jeter dehors, mais toi, que perdrais-tu si je révélais ce que je sais ? Sais-tu ce qu'on fait aux gens comme toi, qui souillent la morale publique ? Oui, tu le sais, tu perdrais tout, tu serais emprisonnée, traitée pour ton anormalité, et tu ne regagnerais jamais ce que tu as perdu. Jette moi dehors avec elle, et je parle. Jette-moi dehors et tu préféreras être morte. (1)
Lily fut gelée d'effroi. Tom laissait planer un silence victorieux, et la rousse devina qu'il devait sourire derrière ce simple panneau en bois. Ce silence dura quelques secondes où sans doute Mrs Cole devait évaluer tout ce qu'elle risquait de perdre, par le simple fait d'aimer une femme, puis elle lâcha douloureusement :
—Tu es le mal en personne Tom Jedusor.
Il avait gagné.
—Garde donc tes compliments pour une autre.
Il ouvrit la porte brusquement, tombant nez à nez avec Lily. La jeune fille se retourna vers Mrs Cole alors qu'il lui saisissait le bras pour l'emmener à sa suite. Lily remarqua qu'elle se retenait de pleurer.
…
…
.
.
Les jours suivants furent monotones et gris. Le quartier de Whitechapel paraissait avoir beaucoup de mal à se remettre des bombardements. Les morts se comptaient sur les doigts de deux mains, huit, mais c'était assez suffisant pour traumatiser enfants et adultes alentours. L'Orphelinat avait été protégé de la destruction par quelque chose de mystique aux yeux des gens, quand l'on voyait qu'il tenait encore et toujours debout malgré les débris l'entourant.
Des ouvriers venaient assurer les réparations de l'immeuble, confinant beaucoup d'Orphelins dans la salle de réfectoire. Lily ne pipait mot depuis la confrontation entre Tom et Mrs Cole. Tout cela lui avait parut tellement malsain. Il avait menacé ouvertement la femme, et même si elle n'aimait pas cette moldue, la trouvant peu sympathique et trop stricte, elle ne méritait pas de subir un tel outrage.
La femme passait justement en tenant un nourrisson dans ses bras, des cernes sombres maculant son visage pâle et peu gracieux. Elle le tendit à une des sœurs, puis hoqueta en se retournant, car Jedusor se trouvait à l'entrée du réfectoire.
Comme à chaque fois qu'il apparaissait quelque part, la température tomba de plusieurs degrés. Amy et sa camarade se lorgnèrent horrifiées. Le brun les ignora, un léger sourire aux lèvres, il alla s'asseoir en face de Lily qui lisait un livre qu'elle avait dû cent fois lire auparavant, Moby Dick.
—Tu es fâchée…
—Je ne suis pas fâchée, je suis agacée. Ce que tu as fait avec Cole était mal ! chuchota-t-elle, mais quand bien même, les gens avaient quitté la table à l'approche de Tom. Tu n'avais pas à dire de telles choses… Est-ce que tu y as pris du plaisir ?
Il ne répondit rien, l'air de considérer sa question. Lily ferma les yeux et inspira en craignant qu'il ne réponde que oui, oui cela l'avait amusé.
—J'ai agis par pragmatisme pour m'assurer une sécurité.
—Nous aurions pu discuter avec elle ! Et pas l'insulter, cette femme t'a élevé bon sang.
—Si tu as à redire sur celui que je suis maintenant, alors elle a dû faire un très mauvais travail, alors. Et qu'importe de toute façon ? Il ne te reste encore que quinze jours à tirer ici, tout comme moi. Ce sont mes affaires, arrêtes de t'en mêler.
La rousse referma son livre d'un coup sec.
—Que veux-tu que je fasse ? Que je laisse couler ?
—C'est l'idée, oui.
La jeune fille ferma ses paupières du bout de ses doigts. Elle pesa le pour et le contre, car évidemment, Tom n'accepterait pas qu'elle continue sur cette lancée. Il lui avait déjà fait comprendre où étaient les limites. Des limites stupides, mais qu'elle n'était pas souvent désireuse d'emprunter. Et puis, au milieu de ce réfectoire bondé, à quoi bon ?
—Ne refais plus ça, dit-elle pour clore la joute. Il y a d'autres moyens. Tu n'as pas à écraser les autres de la sorte.
—C'est cela, Lily Luna.
Il lui sourit légèrement pour signifier que la discussion était close, puis commença à écrire un brouillon sur un parchemin avec un crayon à papier.
—Tu vas travailler ici ? Avec tous ces gens autour ?
—Crois-tu franchement après tout ce temps passé ici qu'ils vont regarder ce que je fais ? Je ne peux pas accéder à ma chambre, j'utilise mon temps correctement.
—Tu passes ton temps à travailler.
—Il faut bien. J'ai des facilités depuis toujours, alors pourquoi ne pas pousser plus loin en travaillant d'autant plus ?
Son ton un peu prétentieux fit lever un sourcil à Lily. Il sourit légèrement. Il plaisantait, mais qu'à moitié. Amy et sa camarade passèrent, accompagnées d'un grand et gros garçon à l'air peu commode, ils s'installèrent plus loin, Tom ne leur accorda pas un dixième de seconde d'attention, toujours légèrement souriant. Son crayon coincé à la commissure de ses lèvres était une des plus belles choses du monde. Tout respirait à la fois arrogance, noblesse, froideur et beauté chez lui, ses cheveux délicatement bouclés, ses longs doigts, son nez fin, ses yeux sombres. Lily songea avec regret qu'elle ne saurait être fâchée longtemps contre lui.
—Toi, tu passes ton temps à lire des romans. J'en ai lu étant enfant, mais quel plaisir y trouves-tu alors que tu es adulte ?
—Je cherche la beauté de leur histoire, et leurs leçons. Je pense… qu'elles permettent de mieux comprendre les choses. En visitant un autre monde, on comprend avec un œil neuf comment les choses peuvent se passer.
Il leva un sourcil sceptique. Ils replongèrent dans le silence. Toute cette beauté, et cette insolence, inspirèrent à Lily l'envie furieuse de l'embrasser là maintenant, mais elle se contint.
Une sœur passa à toute vitesse derrière lui puis alluma un antique poste de radio qu'elle régla sur une fréquence précise :
« Ici Londres, les Frrrrançais parlent au français. Radio Paris ment ! Veuillez écouter tout d'abord quelques messages personnels… »
Lily hoqueta.
—Pourquoi parlent-ils en Français sur cette radio anglaise ?
—Sœur Marie est française. Ils branchent la fréquence pour elle. Les moldus résistants communiquent ainsi en France. Ainsi tu parles français ?
—Je le comprends. Je le parle très mal. James s'en sort bien mieux que moi, répondit la rousse modestement.
—C'est vrai que tu as voyagé en France.
—Oui, en effet, sourit Lily en se remémorant cela. Je suis allée à Paris, tu sais ? La ville m'a déçue. Les parisiens sont très compliqués, mais la Provence est beaucoup plus simple et plus belle. À un moment, je ne voulais plus quitter les plages d'Antibes, j'y étais tellement bien, avec le soleil et la mer. Puis mon oncle m'a parlé des plages brûlantes et blanches du Sénégal, et il y a encore quelques années, mon rêve était d'aller m'y installer pour profiter du soleil tous les jours.
Sa tante Gabrielle et son compagnon, le Ministre de la Magie Français, originaire du Sénégal, Philippo Demba, lui avaient fait miroiter des plages immaculées, des paysages grandioses et un peuple mixte et heureux qu'elle aspirait à rencontrer. Une toute petite maison en bord de mer, et ça aurait été le paradis. Évidemment ce rêve s'était depuis bien longtemps effondré.
—Excuse-moi, je parle trop.
—Il n'y a pas de mal. J'aime t'écouter, tu es passionnée, c'est étonnant. Tu aimes la mer c'est ça ? Moby Dick ?
—Oui, ce doit être mon petit côté rêveur, j'aimerais voyager, un peu comme le capitaine dans ce livre.
—À la recherche d'une chimère ?
—Donc tu l'as lu, pointa-t-elle. À la recherche d'un accomplissement, Tom, c'est ce que nous recherchons tous.
—Pour voyager jusqu'en Afrique, le français saurait certainement t'être utile. Le français est une langue intéressante, c'est un mélange multiculturel puissant. Des dizaines de cultures et croyances ont circulé à Paris, ce qui en fait une langue magique, souffla-t-il pour qu'elle seul soit en mesure de l'entendre.
Elle sourit. Tante Fleur et tante Gabrielle lui avaient dit exactement la même chose, non sans une certaine vanité.
—Parle français.
—Que veux-tu que je te dise ?
—Ce qui te passe par la tête.
À nouveau, Tom avait ce regard brûlant et effrayant à la fois, alors sans s'en rendre compte, Lily déblatéra des mots en tout genre, de gros mots, des formules de politesses, du mot aimer, au mot putain. Tout ce qu'elle savait, elle lui donna.
—Comment dit-on mourir ? demanda-t-il.
—Mourir. Les français appellent ça, la Mort. Tu n'as pas des mots plus sympathiques à demander ?
Tom rit légèrement. Ce son fut assez déstabilisant pour que Lily se fige. C'était un beau rire. Il ne ricanait pas, ne gloussait pas dédaigneux. Au contraire. C'était simple et d'une beauté terrifiante. Il inscrivit les mots qu'elle avait cité sur son papier, non sans garder un demi sourire.
—Comment dit-on prendre quelque chose ou quelqu'un ?
—Dérober, soustraire, voler, ravir, piller, tu as un nombre infini de synonyme dans cette langue. Non décidément, je n'aime pas le français.
Quand elle eût finit sa phrase, la radio diffusant ses messages en français s'éteignit, la bonne sœur et Mrs Cole s'en allèrent, laissant les jeunes gens sans surveillance. Il ne fallut qu'une dizaine de seconde pour que la situation ne dérape.
—Tiens, Jedusor s'est trouvé une petite amie. C'est mignon.
Le gros garçon de tout à l'heure, semblait sûr de lui en se levant, faisant racler bruyamment sa chaise sur le sol.
—Charmant. Et tu es ? cingla Lily.
—Tommy Fletcher, ma p'tite. Ta petite copine prend ta défense Jedusor ? Tu ne réponds rien ?
—Pourquoi m'ennuyer à répondre alors qu'il est plus qu'évident que si j'essayais tu ne comprendrais rien ? fit le brun avec mépris.
—Ça veut dire quoi ça ? questionna le dénommé « Tommy ».
—Rien. Absolument rien. Sur ce.
Alors qu'il s'apprêtait à se lever, le garçon saisit Tom par sa chemise. La température baissa encore plus, et Amy et ses complices, blêmirent. Sans doute une confrontation n'était jamais arrivée de la sorte. Lily se leva brusquement.
—Tu te la joues Jedusor, tu as peut être réussi à ramener une fille aussi tarée que toi, mais personne ici oublie ce que t'es. Un monstre, et Cole l'a enfin comprit à la façon dont elle te regarde… Et tout le monde a vu ton père se tirer, car il a aussi vu que t'étais qu'un monstre, même pas bon à être fichu en foire ! Retourne donc dans ton asile, tu prends de la place et de la nourriture. Qui a envie de nourrir un monstre ?
—Tom !
Lily vit toute amabilité envolée du visage du brun. Il serra la mâchoire et la jeune fille le vit chercher à tâtons sa baguette dans sa poche. Eut-il pu jeter un sort de mort qu'il l'aurait fait, mais il n'en eut pas le temps. Mrs Cole revint, et toisa étrangement les deux garçons.
Elle ne gronda pas le dénommé Tommy car quelque part, si Tom pouvait être battu, elle aurait donné franchement son accord. Mais le gros garçon le relâcha, il s'étala sur son visage de crapaud un air de pur contentement, auquel Tom ne répondit pas tandis que quelques gamins souriaient, soulagés. Il le poussa, et sortit à grandes enjambées.
Il ne l'avait pas attaqué ? C'était là la réaction la plus bizarre de Tom Jedusor.
—Je t'avais dit que les gens que tu terrifiais pouvaient s'allier contre toi. Arrête ce comportement stupide ! siffla la jeune fille en se mettant à sa poursuite.
—Demain je vais au Chemin de Traverse, lâcha-t-il. Tu viens si tu veux, maintenant excuse-moi, j'ai des choses à faire.
Lily fut prise d'un terrible pressentiment.
(1) Au Royaume Uni, durant les années 40 à 50, les homosexuels furent persécutés, et firent l'objet de condamnations pénales, et médicales visant à les « traiter ». Parmi eux, le mathématicien Alan Turing, inculpé pour indécence manifeste et perversion sexuelle dut subir une castration chimique très douloureuse. Ce n'est que depuis 1965, que l'homosexualité est dépénalisée au Royaume Uni. La menace de Tom envers Mrs Cole est donc évidemment très sérieuse.
Merci d'avoir lu ! On se retrouve bientôt pour la suite :)
Love,
Hugs,
Review ?
La chauve souris transgénique
