Dimanche 2 avril 2017
Hemhem... Je suis désolée de ne pas avoir écrit durant si longtemps. Plus d'une année sans mettre à jour un journal, ce n'est pas très responsable, je m'en rends bien compte. Mais je n'ai pas vraiment d'excuse. Je pourrais dire que je n'avais pas le temps. Entre la fin des études, ma relation avec Sabo qui tient toujours, l'entrée à l'unif, mes retrouvailles avec mon père, j'aurais pu ne pas avoir de temps. Mais j'en avais. Donc ça ne compte pas.
Non, en réalité, j'avais juste perdu le goût de tenir un journal, je n'en ressentais plus le besoin. Pourquoi revenir écrire aujourd'hui alors ? Parce qu'il manque plein de pièces au puzzle. Je n'ai pas encore écrit ce qu'il s'est passée après ce dimanche 21 février 2016. Et j'ai envie de clore cette part de ma vie, de la laisser s'envoler et partir où bon lui semble. Elle fut importante, j'ai presque envie de dire capitale, et il serait dommage de la laisser inachevée.
Par où commencer ? C'est là tout le problème lorsqu'on doit faire une grosse mise au point. Par le commencement serait une sage décision, non?
Les jours qui ont suivi ma rencontre avec mon père au Snap furent, je cois que c'est logique, chargés en émotions. Mais pas comme ce à quoi ont pourrait s'attendre. On s'envoyait pas mal de SMS, on s'entendait parfois au téléphone après mes heures de cours, mais il a fallu attendre le weekend suivant pour se revoir. Et c'est à cet instant, en passant la porte de la brasserie où nous nous étions donné rendez-vous, que je me suis rendue compte à quel point l'homme que j'avais connu avait vieilli. Ses cheveux, autrefois seulement parsemés de cheveux gris, étaient à cet instant argenté sur toute leur surface ou presque. Ses mains, reposant de part et d'autre de son assiette, étaient abimées par les années. Mais ce qui me marqua par-dessus tout, c'était son expression alors qu'il ne m'avait pas encore remarqué. Il avait l'air fatigué. Pas comme s'il n'avait pas assez dormi. Plutôt comme si toutes ses années lui pesaient.
J'ai appris le prix à payer pour être libre, pour avoir la vie que mon père a vécue. Je ne m'en rendais pas compte en tant qu'enfant, mais c'était ma mère qui nous permettait d'avoir quelque chose dans nos assiettes chaque soir. Une carrière de musicien est difficile à obtenir et encore plus à conserver. Il faut du talent, un bon entourage, mais aussi un ange qui veille sur vous et vous porte chance. Mon père avait le premier, le deuxième à moitié, mais pas le troisième.
J'aurais voulu vous dire qu'il est un père formidable, un homme sans faute et irréprochable dès qu'il en vient de sa famille. Mais non. Il a ses défauts, comme tout un chacun. Et je me rend compte que ma vie n'a pas énormément changé depuis ce jour de février. Je ne sais pas exactement à quoi je m'attendais. Peut-être que j'espérai un peu trop que cet homme était un magicien pouvant tout effacer et nous permettre de recommencer à partir d'une toile blanche. Quoi qu'il en soit, je l'adore. Je l'adore malgré sa vie ressemblant à celle d'un vagabond, malgré son regard fatigué certains jours, malgré ses longues périodes de silence. Je l'adore.
Puis vient la question de l'autre côté de la famille. Je crois qu'on peut affirmer, sans trop se tromper, que mes relations avec eux ont évolué. Je parle plus facilement avec ma mère, j'ai cessé de lui faire la tête pour toute cette histoire avec mon père. Et ont s'en porte bien toutes les deux. Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est aussi bien qu'ava-. Non, en fait, c'est même mieux. Avant, je ne la voyais pas tant que ça, puisque je passai tout mon temps avec mon père. Aujourd'hui, on peut aller au cinéma ensemble, voir une comédie romantique bien pâteuse et s'amuser comme des idiotes, ou faire de la plonger parce qu'on en a simplement envie.
Mon beau-père, ça va aussi déjà mieux. On ne s'entend toujours pas à merveille, mais je comprends son geste d'avoir voulu rompre le contact avec mon père. Je ne l'approuve pas, loin de là, mais je le comprends. Mon père n'est pas exactement ce qu'on pourrait appeler un modèle. Quant au fond de notre relation, il s'agit toujours, selon moi, de simple politesse l'un envers l'autre afin de rendre ma mère heureuse.
Avec Ethann aussi on s'est calmé. On ne s'apprécie toujours pas, mais au moins on se contente de se nier l'un l'autre. Même si je crois que le fait qu'il se soit trouvé un copain a pas mal dû aider.
Puis viennent les études, je crois. J'ai terminé mes humanités avec succès en option Latin-Langues Modernes. Je n'aurai qu'un échec en géographie en travers de la gorge. Aujourd'hui, c'est à l'unif que je suis, toujours en langues. Et pour être tout à fait honnête, je me demande ce qu'il m'a pris. Français, néerlandais, anglais, allemand, espagnol, japonais. Bon, une chance que j'en parle trois couramment et une plutôt pas trop mal sinon je coulerai. Je ne sais pas trop à quoi ça va me servir plus tard de décortiquer de la poésie, mais ça me plaît. D'ailleurs, en parlant d'avenir, je n'ai aucune idée de ce qu'il me réserve ou de ce que je voudrais en faire. Je veux voyager et être avec ceux que j'aime, c'est tout ce dont je suis certaine.
Ceux que j'aime, il est temps d'en parler, non? Law et Bonney ont officialisé leur relation fin juillet après des années de drague. Quant à Ace et Nojiko, ça c'est contenté d'en rester à un amour de collège. Sabo et moi... bah, ça tient encore. On se demande nous-même un peu comment, vu le peu de temps qu'on a pour nous deux ces derniers mois. Mais oui, tout tient encore, avec l'aide d'un peu de super glue et de scotch, mais tout tient encore ensemble.
Law est en fac de médecine, comme prévu. Bonney est en année sabbatique pour l'instant. Elle ne savait pas quoi faire et ne voulait pas commencer des études qu'elle ne poursuivrait pas. Entre-temps, elle fait quelques petits boulots au noir. Ace est partis aux States. Après avoir sacrément hésité, il s'est finalement décidé à faire du sport en pro. Il en fait un paquet, ça se concrétisera avec le temps. Nojiko n'a pas surpris grand monde en annonçant faire de la psycho. Elle sera parfaite là-dedans. Et pour finir, Sabo... Bah, Sabo, il a surpris pas mal de personnes en se décidant à faire de l'astronomie. Il ne pense pas aller dans l'espace un jour, mais je lui dis de ne pas baisser les bras trop vite. On est jeune après-tout. On vit encore chez nos parents pour la plupart. On est encore perdu et incertains.
Bah, oui, dix-neuf ans, c'est quoi dans une vie?
