guest : le voilà le nouveau chapitre, merci pour ta review.
Je voulais vous dire que le poste des chapitres se fera plus lentement, je suis actuellement très occupées.
Bonne lecture à tous.
Chapitre 29
Les journées s'égrainaient avec une lenteur désespérante de l'avis de Castle. Cela faisait maintenant cinq jours qu'il était coincé dans cette chambre et il allait devoir y rester encore une bonne semaine. Le chirurgien était passé, son bilan était bon et l'opération était programmée pour le lendemain matin 8h45. Il s'ennuyait, malgré les visites régulières de ses proches, mais aussi de ses amis comme le Maire et ses partenaires de poker. Le seul point positif était qu'on lui avait ôté ses perfusions et les électrodes qui contrôlaient ses fonctions vitales. Comble du luxe, il pouvait enfin prendre des douches, du moins pour l'instant, car dès demain il devrait encore patienter deux, trois jours que les cicatrices ne risquent pas de s'ouvrir, avant de pouvoir en reprendre.
Le matin du troisième jour Kate était arrivée, lui avait déposé un rapide baiser sur la bouche et s'était éclipsée dans la salle d'eau. Elle en était ressortie avec un de ces haricots métalliques rempli d'eau et une serviette. La jeune femme avait posé le premier sur la table roulante et passer la seconde autour du cou de Rick. Puis sous le regard étonné de ce dernier, elle avait pris dans son sac une bombe de gel et un rasoir. Castle avait souri quand elle lui précisa qu'à moins que Martha ne décide de monter une pièce sur Robinson Crusoé et de lui donner le premier rôle, il était hors de question qu'il garde cette horrible barbe. Pour la coupe de cheveux qui s'imposait également, cela pouvait attendre qu'il sorte.
L'écrivain avait eu aussi la visite de son agent Paula et en avait profité pour régler le «cas Gina». Il lui avait donc demandé de lui trouver une nouvelle maison d'édition, ce qui serait facilité par le fait qu'il n'avait pas encore renouvelé ces deux contrats, ni pour Nikki Heat ni pour Derrick Storm. Il avait prévu de le faire après son retour de voyage de noce et sa tournée promotionnelle. Gina n'allait pas être ravie et encore moins son patron, surtout que «Tempête sauvage» venait de battre des records de ventes sur un mois. Son agent lui avait fait remarquer que c'était en grande partie à cause de sa «mort», il lui avait répliqué que le prochain se vendrait aussi bien puisque, à l'instar de son héros, il était bien vivant. Ajoutant que ce parallèle serait la meilleure des promotions ce qui la convainquit rapidement.
Mais, ces visites étaient surtout un dérivatif pour lui car, une fois seul, ses démons revenaient à la charge. Il ne pouvait pas et surtout ne voulait pas en parler, la culpabilité le rongeait déjà suffisamment. Alors pourquoi faire souffrir ses proches en leur parlant de ce qu'il avait enduré, ce qu'il avait cru ou pas? Expliquer ses espoirs, ses doutes et ses peurs? Jamais il ne pourrait supporter de les voir s'inquiéter pour lui. Mais jusqu'à quand pourrait-il donner le change? Depuis deux nuits des cauchemars le réveillaient régulièrement.
Kate était assise dans la salle d'attente située à l'étage des blocs opératoires. Cela faisait presque trois heures que l'on avait amené Rick dans l'un d'entre eux. Elle ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter, même si une infirmière était venue la voir. Elle lui avait dit que l'opération n'était pas dangereuse mais risquait néanmoins d'être longue. Enfin le chirurgien arriva.
- Bonjour. L'opération s'est bien déroulée, je ne sais pas qui lui a bandé son épaule mais cela a évité l'aggravation de son état. Pour l'instant Mr Castle est en salle de réveil, il sera ramené dans sa chambre plus tard.
- Combien de temps, devra-t-il encore rester ici?
- Une semaine, le temps que la cicatrisation se fasse comme il faut. Ensuite le kiné devra voir avec lui pour les séances de rééducation.
- Vous avez dit qu'il pourrait retrouver presque toute sa mobilité.
- C'est toujours le cas, rassurez-vous.
- Merci Docteur.
- Je vous en prie. Il ne sera pas dans sa chambre avant quatre bonnes heures, vous devriez faire une petite pause, sortir d'ici.
Le médecin la salua et partit. Kate prit son téléphone et appela d'abord Martha, puis Alexis pour les rassurer. Ensuite elle composa le numéro de Lanie.
Une heure plus tard la légiste poussait la porte du restaurant «chez Remy's» et se dirigeait directement vers la table où Kate l'attendait.
- Eh!
- Salut Lanie.
- Bon si tu m'as appelée et insisté pour que l'on se voie, c'est que quelque chose te tracasse. Dis-moi tout.
- Je me fais du souci pour Rick, il n'est …
Elles furent interrompues par l'arrivée de la serveuse, les deux femmes commandèrent leur plat et attendirent qu'elle s'éloigne.
- Donc, tu disais.
- Il n'est pas bien Lanie, quelque chose a changé…
- Vu ce qu'il a traversé c'est normal, tu ne crois pas?
- Non, enfin si, mais ce n'est pas ça. Je veux dire naturellement qu'il essaie de paraître bien en notre présence. Il n'a toujours pas fait ne serait-ce qu'une petite allusion à ce qu'il s'est passé. Mais il y a autre chose, je peux le voir dans son regard.
- Comment ça?
- Je ne sais pas comment l'expliquer. C'est comme si par moment je pouvais voir son âme tourmentée dans ses pupilles. Il est arrivé quelque chose Lanie, j'en suis sûre. Je le sens au plus profond de moi.
- Tu as tenté de lui suggérer de voir un psy?
- Non, mais sa mère l'a fait…
- Et?
- Il a fait ce qu'il fait toujours, il a aussitôt changé de sujet. Ce que je craignais arrive, il se renferme.
- Kate, écoute. Il a été retenu prisonnier dans cette cave trois semaines, maintenant il est obligé de rester dans cette chambre d'hôpital, il n'a plus de repaires. Bien sûr vous lui rendez visite, mais ce n'est pas suffisant. Laisse-lui encore un peu de temps, qu'il soit revenu au loft. Peut-être quand étant dans un endroit familier il se sentira plus en sécurité, plus rassuré.
- Et si rien ne change?
- Alors il faudra sans doute le forcer à parler.
- Il va s'énerver si j'insiste.
- C'est possible, mais la colère est déjà un moyen d'exprimer un sentiment que l'on ressent. même si ce n'est pas la meilleure façon de le faire.
- Cela ne va pas être facile…
- Kate tu es bien placée pour savoir qu'il n'y a rien de plus difficile que de vouloir aider une personne qu'on aime à aller mieux. Surtout si cette dernière rejette tout soutien quel qu'il soit et quelle que soit la personne.
Une semaine plus tard.
Rick était dans la salle d'eau, il venait de prendre sa douche et de se raser. Il allait mieux physiquement, ses côtes étaient moins douloureuses, ainsi que sa blessure par balle à la jambe, bien qu'il boitât encore légèrement. Son épaule cicatrisait normalement et bien que la mobilité de son bras fût limitée, le kiné était plutôt optimiste. Son visage avait retrouvé un aspect normal et mis à part la petite cicatrice sur sa pommette droite, rien ne rappelait sa mésaventure. Pour les autres marques de coups, les bleus disparaissaient peu à peu. Il soupira, si toutes ses pensées pouvaient s'effacer aussi facilement… il enfila son caleçon et retourna dans la chambre où l'attendait l'aide-soignante.
- Alors content de nous quitter?
- Oh oui… pas que vous n'êtes pas tous très gentils mais…
- Pas besoin de vous excuser c'est normal, rassurez-vous. Rien de tel que de rentrer chez soi pour se sentir mieux. Dit-elle avec un grand sourire.
- C'est vrai.
Avec patience, elle refit son pansement, l'aida à s'habiller et à remettre l'attelle d'immobilisation pour son bras, puis elle quitta la pièce. Castle ouvrit aussitôt le tiroir et saisit les deux papiers et les glissa dans la poche de son pantalon. En attendant l'arrivée de Kate, il commença à ranger le peu d'affaires qu'il avait dans un sac. Il terminait juste lorsque la jeune femme entra poussant un fauteuil roulant.
- Le carrosse de Monsieur est avancé, annonça-t-elle avec emphase tout en souriant.
- Tu ne ressembles pas vraiment à un chevalier en armure et ce truc n'est pas un fier destrier. Mais comme je ne suis pas non plus une demoiselle en détresse ça suffira. Rétorqua-t-il en l'enserrant de son bras libre et en l'embrassant.
- Pressé de partir?
- Tu ne peux pas imaginer à quel point…
- Oh, avec le regard que tu me lances j'en ai une idée précise.
- Tu m'as manquée, soupira-t-il, ton corps, tes caresses, ta peau si douce, énuméra-t-il en déposant des baisers dans son cou.
- Toi aussi, dit-elle en lui prenant le visage entre ses mains.
Leurs regards se croisèrent et comme à leur habitude ils se livrèrent à l'une de leur conversation silencieuse. Les mots étaient inutiles pour dire à quel point ils s'aimaient et combien ils s'étaient sentis seuls sans l'autre. Elle approcha ses lèvres des siennes, le baiser d'abord empli de tendresse se fit plus profond et fougueux. Un raclement de gorge les fit se séparer brusquement et ils avaient l'air de deux enfants pris en fautes lorsqu'ils se tournèrent vers l'infirmière qui les observait en souriant.
- Inutile de vous demander comment vous allez, je crois l'avoir deviné.
- Je…
- Ne vous en faites pas, j'en ai vu d'autre en 20 ans de service! Lança-t-elle en riant. Tenez, elle lui tendit une enveloppe. Voici vos ordonnances pour vos médicaments et pour vos soins à domicile, ainsi que vos rendez-vous avec le kinésithérapeute pour les deux semaines à venir.
- Merci.
- Vous n'avez plus qu'à signer vos papiers de sortie en partant et vous êtes libre. Dit-elle avant de s'en aller.
Aussitôt Castle s'assit dans le fauteuil.
- Filons d'ici avant qu'ils décident de me garder.
- Tu as pris toutes tes affaires? Demanda Kate en déposant le sac sur ses genoux.
- Oui, n'oublie pas le tigre.
- Difficile vu sa taille, et le ballon?
- Dans mon sac.
- Très bien dans ce cas, allons-y.
Durant le trajet en taxi qui le ramenait enfin chez lui, Rick resta silencieux, regardant par la vitre, l'agitation de la ville. Plus ils s'approchaient de leur destination, plus il angoissait. Pourtant il était sincèrement heureux de rentrer enfin chez lui, de retrouver sa mère et sa fille. Dans la solitude de sa chambre, il pouvait se laisser aller, craquer lorsque ses cauchemars le hantaient, personne n'était témoin de sa détresse. Mais maintenant, comment allait-il faire? Il ne pourrait pas le leur cacher et en particulier à Kate. Il allait devoir se montrer discret, trouver le moyen de s'isoler de temps en temps. C'est la main de Kate caressant sa joue, qu'il le ramena à la réalité.
- Ça va?
- Oui, mentit-il. Je suis juste un peu fatigué, les antidouleurs me rendent un peu groggy.
- Tu vas pouvoir te reposer un peu, nous sommes arrivés. Dit Kate, faisant semblant de croire à son excuse.
Quelques minutes plus tard, ils étaient devant la porte du loft. Kate s'écarta pour le laisser ouvrir la porte, il la remercia d'un sourire. Il appuya sur la poignée et poussa le battant.
- Surprise! S'écrièrent les personnes réunies dans le salon.
- Au-dessus d'eux une banderole aux lettres colorées disait «BON RETOUR À LA MAISON»
