Bonjour à tous!
Nouveau lundi, nouveau chapitre! (ça m'avais manqué de dire ça ^^)
Merci à tous pour vos reviews et bienvenu aux nouveaux lecteurs!
Je vous laisse découvrir ce chapitre 29, en espérant qu'il vous plaise!
Bonne lecture à tous et Joyeuse Pâques!
XXIX -
Ça fait déjà une semaine que j'ai repris les cours et que Lexa est retournée travailler dans les bureaux de chez Wood. Il n'aura pas fallu longtemps pour que certaines choses nouvelles deviennent des habitudes, comme le fait de nous endormir ou de nous réveiller dans les bras l'une de l'autre, ou bien de prendre notre petit-déjeuner ensemble avant que Titus ne viennent nous chercher pour me déposer sur le campus avant d'amener Lexa dans ses bureaux.
Même si parfois elle finit tard, elle a insisté pour que je ne rentre jamais seule et que Titus vienne me chercher après mes cours pour me déposer à l'appartement. La plupart du temps je profite de ce temps seule pour travailler et préparer un bon repas. J'avais presque oublié comme il était agréable de cuisiner pour quelqu'un que l'on apprécie.
Hier soir, elle a réussi à se libérer plus tôt et en a profité pour me faire une surprise en venant me chercher directement devant mon amphithéâtre avant de m'emmener manger en ville dans ce restaurant grec dont elle me vante les mérites depuis si longtemps. Il faut avouer qu'ils n'ont pas volé leur réputation et que leurs plats sont absolument divins. Je crois même que c'est mon restaurant préféré maintenant, juste avant le petit italien chic du côté de Waterfront dont le risotto est à tomber.
A première vue, tout est parfait. Même si Roan est toujours dans les parages, jusqu'à présent aucun signe de Nia. Je sais que Lexa et son équipe de détectives continuent de la surveiller étroitement mais rien ne laisse présager un quelconque danger pour le moment.
Non, la seule ombre au tableau est cette fichue limite entre nous que Lexa s'obstine à ne pas vouloir franchir. Cette situation devient de plus en plus compliquée à gérer, car j'ai bien plus de mal qu'elle à lutter contre mes instincts et mes désirs. Garder mes distances avec elle me devient presque impossible malgré tous mes efforts pour respecter son choix et le pire dans tout ça c'est que je sais qu'il en va de même pour elle. Les regards brûlants qu'elle m'adresse par mégarde parfois ne trompent pas, tout comme certains de ses gestes, de ses contacts qui se font plus présents, plus intimes. La tension et l'attraction entre nous en devient insoutenable par moment, mais d'une façon ou d'une autre elle arrive toujours à garder le contrôle et à ne pas céder, si bien que j'ai peur de finir folle littéralement, comme ce matin par exemple.
J'étais tranquillement en train de préparer deux cafés quand Lexa est sortie de la salle de bain encore trempée et simplement entourée de sa serviette, trop attirée par l'odeur. Je ne l'avais pas entendue arriver jusqu'à ce que je me retourne avec les deux tasses à la main et tombe littéralement nez à nez avec elle, alors qu'elle voulait simplement se pencher au-dessus de mon épaule pour savourer l'odeur du café chaud. Cette rencontre inattendue m'a plus que surprise et j'aurais lâché les tasses si Lexa n'avait pas refermé ses mains autour des miennes, m'empêchant d'ouvrir les doigts. Je me suis retrouvée littéralement coincée entre le plan de travail dans mon dos, les deux yeux émeraudes brûlants posés sur mon visage, et les lèvres d'un rose tendre terriblement attirant à tout juste quelques centimètres des miennes, si bien que je pouvais sentir son souffle caresser mon visage.
Je suis restée hypnotisée, incapable de faire le moindre mouvement jusqu'à ce que mon cerveau se remette à fonctionner, portant tous mes sens à ébullition. Une seconde de plus et j'aurais perdu tout contrôle, mais encore une fois Lexa a réagi pile au bon moment pour faire redescendre la tension et remettre une distance raisonnable entre nous, me laissant plantée là, baignant dans ma frustration.
- Ne m'attends pas pour manger ce soir, j'ai une réunion par vidéoconférence qui risque de se terminer très tard.
Je me tourne vers Lexa assise sur la banquette arrière de la voiture à côté de moi. Je déteste quand ses réunions s'éternisent mais je sais à quel point cette entreprise est importante à ses yeux, alors je ne dis rien et me contente de hocher la tête.
- Je te laisserai une assiette prête dans le frigo pour quand tu rentreras, tu n'auras qu'à la réchauffer.
- Tu sais que tu n'es pas obligée de faire ça ? Je peux aussi prendre quelque chose en ville sur le chemin du retour.
- Je sais, mais ça me fait plaisir.
Elle m'adresse un sourire adorable que je lui retourne volontiers.
- Toujours aucune nouvelle de Nia ?
Son visage change pour reprendre un air sérieux et très professionnel qu'elle utilise à chaque fois que l'on aborde ce sujet de près comme de loin.
- Rien dont tu ne devrais te soucier, non. J'ai promis de te tenir informée s'il y a du nouveau alors ne t'inquiète pas de ça et concentre-toi sur les examens qui approchent.
Ce genre de réponse est devenu monnaie courante. Je sais qu'elle cherche juste à me protéger mais j'ai beaucoup de mal à accepter qu'elle me tienne à l'écart de la sorte. Je n'insiste pas pour autant, n'ayant pas envie de la mettre de mauvaise humeur de bon matin. Titus se gare à sa place habituelle, non loin du bâtiment principal de la section des sciences du vivant où se déroule la majorité de mes cours.
- Merci Titus.
Je détache ma ceinture et me tourne vers Lexa pour poser un baiser appuyé sur sa joue. Je ne me lasse pas de voir l'effet que ce simple geste a sur elle. Inévitablement le rose vient colorer ses joues, et même si l'effet de surprise ne fonctionne plus, elle garde cette petite expression légèrement troublée adorable.
- Bon courage. A ce soir.
- Merci, toi aussi. Passe une bonne journée.
Je sors de la voiture le sourire aux lèvres, prête à affronter cette nouvelle journée de cours.
OoOoO
Je profite de la pause de 10h pour rejoindre O' et Raven à la cafétéria du campus, à mi-chemin entre nos salles de cours respectives.
- Hé, salut les filles !
- Salut Clarke ! Comment tu vas ?
- Ce cours de génétique m'a fait bouillir le cerveau mais sinon ça va bien et vous ?
Octavia jette un coup d'œil amusé à Raven qui ne semble pas totalement dans son assiette ce matin.
- Oh, moi ça va mais la demoiselle à mes côtés est plutôt grognon aujourd'hui.
- Je ne suis pas grognon !
J'échange un regard entendu avec O'. Non en effet, Raven ne semble pas rayonner de bonheur.
- Qu'es-ce qui se passe ?
Je regarde Raven hésiter un moment, ne sachant visiblement pas bien quoi dire.
- C'est rien, je crois que c'est juste cette nana qui me tape sur le système.
Mon esprit tourne à une vitesse folle pour comprendre de quoi elle parle. Depuis une semaine qu'on apprend vraiment à se connaître, elle n'a parlé que très peu des ses collègues de classe, si ce n'est de ce garçon Kyle sur qui elle semble avoir des vues. La seule fille qui me vient à l'esprit n'a pas grand-chose à voir avec les cours et je ne comprends pas bien ce qu'elle pourrait avoir fait dès ce matin pour énerver Raven.
Octavia prend le relais et m'explique la situation avant que je n'aie le temps de poser plus de questions ou que Raven le fasse d'elle-même.
- Anya a réussi à faire foirer le rendez-vous de Raven avec Kyle hier soir. Elle ne l'a toujours pas digéré.
- Oh…
- Elle savait très bien ce qu'elle faisait ! Maintenant Kyle pense que je ne vois en lui qu'un ami et que je suis intéressée par les femmes ou plutôt par une femme en particulier, ce qui est parfaitement ridicule !
Je ne suis pas sûre que ça soit si ridicule que ça mais je garde cette remarque pour moi.
- Pourquoi ne pas lui dire tout simplement ?
- Crois-moi, je serais bien allée lui coller mon poing dans la figure, mais elle est partie pour affaires et ne revient que dans deux jours…
- Euh… En fait je parlais plutôt de Kyle. Mais crois-moi, je peux comprendre ton envie de lui casser le nez.
Je rigole avec Octavia tandis que les joues de Raven virent au rose. La frontière entre les émotions est tellement étroite qu'on peut facilement se tromper. Je sais de quoi je parle, j'en ai fait l'amère expérience. Raven a beau dire qu'elle déteste Anya, je pense plutôt qu'au fond, elle tient à elle. Mais pour le moment, je me garderai bien de le lui dire parce qu'elle ne semble pas prête à l'entendre, et ça aussi je sais ce que c'est. Je me promets pourtant de ne pas la laisser faire les mêmes erreurs que moi, mais pour l'instant le mieux que je puisse faire c'est détourner son attention vers un sujet moins épineux.
- Vous avez prévu quelque chose ce soir ? Lexa rentre tard, je me disais qu'on aurait pu se faire un cinéma entre filles avec Harper et Zoé. Vous en pensez quoi ?
- C'est une excellente idée ! Lincoln aussi travaille alors j'ai ma soirée de libre.
- Je suis partante également, de toute façon je n'ai rien de mieux à faire maintenant que Kyle m'a rangée dans sa friendzone …
- On se donne rendez-vous à 19h devant le cinéma du centre ville, celui sur Burrard Street ?
- Ça marche pour moi !
- Pour moi aussi.
Je finis mon gobelet de café et jette un coup d'œil sur mon téléphone.
- Bon, je crois qu'il est l'heure d'y retourner.
Je me lève, rapidement suivie d'Octavia et de Raven.
- A ce midi les filles.
- A plus, Clarke.
OoOoO
Les deux heures de biochimie qui suivent sont tout simplement ennuyeuses à mourir. Alors que la voix monotone du professeur m'offre un bruit de fond réconfortant, mon esprit divague. Je repense à cette histoire entre Anya et Raven. Elle me rappelle à quel point j'ai pu être aveugle quand j'étais à sa place et que j'étais incapable de comprendre les sentiments exacts qui me liaient à Lexa.
Aujourd'hui la situation a bien évolué et je suis persuadée que si je n'avais pas été autant dans le déni à l'époque, je ne serais pas aussi frustrée en ce moment. Cette soirée loin de Lexa et avec mes amies devrait me faire du bien. J'ai besoin de prendre un peu mes distances avant de devenir complètement folle à rester aussi proche d'elle sans pouvoir obtenir ce que je désire réellement.
Les paroles de Raven viennent résonner en moi. Elle a dit qu'Anya n'était pas en ville aujourd'hui, ce qui signifie que Lexa va se retrouver seule au bureau toute la journée. Enfin, seule… Pas exactement, mais je la connais assez bien pour savoir que sans sa cousine dans les parages elle va se plonger dans le travail jusqu'à en oublier de manger si personne ne l'en empêche..
Une idée me traverse alors l'esprit et j'attrape rapidement mais discrètement mon téléphone pour taper un message :
" Je ne mangerai pas avec vous ce midi mais on se voit toujours ce soir."
La réponse d'Octavia ne tarde pas à arriver, aussi prévisible que déroutante :
" Tu as mis plus de temps que je ne le pensais pour te décider. Amuse-toi bien avec Lexa mais ne faites pas trop de folies, il ne faudrait pas que tu t'endormes en cours cet après-midi ou pire, au cinéma ce soir ! )"
C'est du Octavia tout craché ! Je commence à m'habituer à ce genre de petites blagues et ma réponse s'impose d'elle-même :
" Si seulement…"
J'hésite à ponctuer ma phrase d'un bonhomme qui pleure de rire, ou qui pleure tout court pour finalement ne choisir aucun des deux et envoyer ma réponse telle quelle avant de ranger mon portable.
Je passe le reste du cours à réfléchir à ce que je vais bien pouvoir lui apporter à manger. Je pourrais partir sur quelque chose de sûr comme les sushis qu'on commande régulièrement mais je trouve que l'idée manque d'originalité. Je pourrais prendre italien ou indien ? Peut-être thaï sinon? Non, je sais ! Mexicain ! Ça va faire une éternité que je n'ai pas mangé de burritos et je me souviens que Lexa m'avais dit en raffoler également, surtout ceux au poulet, bien épicés.
Je suis une des premières à sortir de l'amphithéâtre ce midi. J'attrape le premier bus en direction du centre ville, avant de descendre à quelques pas du petit restaurant mexicain que j'avais préalablement repéré sur internet.
Je n'hésite pas longtemps sur la commande et en sortant du restaurant, je jette un coup d'œil à l'heure de mon téléphone. La tour Wood n'est pas très loin d'ici, à peine quinze minutes à pied, ça sera probablement plus rapide que d'attendre un bus.
Au détour d'un rue, mon regard est attiré par un visage qui me semble familier mais qui disparaît dans un restaurant aussi vite qu'il est apparu. Je suis presque sûre que cette chevelure brune appartient à Ontari. Par réflexe j'observe autour de moi pour voir si Nia serait dans le coin, mais rien. Je reprends mon chemin d'un pas un peu plus rapide, toute mon attention tournée vers les gens qui m'entourent, juste au cas où.
Finalement, il ne me faut que dix minutes pour franchir la grande porte vitrée qui ouvre sur le hall de la tour Wood. Le vigile m'adresse un sourire en me voyant entrer. Malgré sa taille imposante et son air menaçant, il m'a toujours été sympathique. Peut-être que c'est à cause du respect que je peux lire dans son regard quand il salue Lexa, ou juste parce que je lui suis reconnaissante de travailler pour la sécurité de la femme qui compte actuellement le plus dans ma vie ? Quoi qu'il en soit, j'apprécie cette homme. Je lui retourne son sourire en le saluant poliment avant de me diriger vers l'ascenseur.
Arrivée au bon étage, je franchis les derniers pas qui me séparent de la porte du bureau de Lexa et frappe.
- Entrez.
Sa voix est froide, nette et autoritaire, tout ce qu'il y a de plus professionnelle, sans aucune once de la légèreté que je peux lui connaître. J'ouvre sans plus attendre, un grand sourire sur le visage.
- Clarke ?! Mais qu'est-ce que tu fais ici ?
- Je viens partager quelques burritos avec toi.
Je ferme la porte derrière moi et m'avance vers elle. Elle semble tiraillée entre la surprise et la joie de me voir ici, ce qui lui donne un petit air que je trouve absolument craquant.
- J'ai entendu dire que ta cousine n'était pas là aujourd'hui alors comme je n'étais pas certaine que quelqu'un serait capable de te rappeler de manger ce midi, j'ai préféré m'en charger moi-même.
Comme pour confirmer mes dires, elle pose une main sur son estomac qui se met à gargouiller bruyamment.
- Je pense que tu as eu une excellente idée.
Elle se lève de son fauteuil pour venir me rejoindre dans le petit coin salon de son bureau. Je pose notre repas sur la table basse en bois sombre avant de me laisse tomber dans le confortable canapé à ses côtés.
- Ta matinée de cours s'est bien passée ?
- C'était long mais intéressant, encore que je ne suis pas certaine d'avoir bien suivi ces deux dernières heures de biochimie.
- Clarke !
- Je n'y peux rien si le prof est aussi soporifique. Heureusement que j'ai de l'avance sur le programme parce que ce n'est clairement pas grâce à lui que j'aurai mes examens.
- Je sais, sa réputation n'est plus à faire sur le campus, mais quand même. Ce n'est pas parce que tu es une de ses meilleures élèves que tu peux te permettre de ne pas écouter.
Je lève les yeux au ciel suite à sa remarque. Je ne sais pas d'où lui vient cet instinct presque maternel mais même si ça pouvait me déranger avant, maintenant je trouve ça plutôt mignon. Je sais que si elle agit ainsi c'est uniquement parce qu'elle tient à moi, ce qui m'empêche de lui en vouloir.
- Et toi, comment se passe ta journée ?
Le burrito dans lequel elle s'apprêtait à mordre une nouvelle fois s'arrête à quelques centimètres de ses lèvres.
- Hum… Pas terrible en fait.
Je la regarde poser son repas en attendant plus de précisions.
- On a reçu un appel de l'hôpital ce matin. L'homme qui était dans l'autre voiture est mort. Son cœur a finalement lâché.
Tout d'un coup je n'ai plus faim.
- Clarke, je suis désolée.
Je reste un instant sans rien dire. J'avais beau savoir que cet homme ne s'en sortirait probablement pas, apprendre sa mort me fait quand même un choc. La main de Lexa vient trouver la mienne dans ce geste réconfortant devenu familier.
- Moi aussi.
C'est la stricte vérité. Je suis désolée que cet homme soit mort, pour sa famille qui l'attend peut-être quelque part et qui ne saura jamais ce qui lui est arrivé, mais aussi pour Lexa qui comptait sur lui pour trouver des réponses aux questions qui la hantent depuis si longtemps maintenant.
- On n'aura peut-être pas nos réponses grâce à lui mais on finira par savoir la vérité, je te le promets. Mais Clarke, s'il te plaît, ne te blâme pas pour sa mort. Tu n'y es pour rien.
Ce n'est pas tout à fait vrai. Si je n'avais pas été aussi stupide, si je n'avais pas demandé à Finn de venir me chercher ce soir là, nous n'aurions jamais croisé la route de cet homme, et à l'heure qu'il est, il ne serait très certainement pas mort. Alors si, quelque part, c'est bel et bien ma faute. Pourtant j'acquiesce silencieusement.
- Il me semble avoir vu Ontari en ville tout à l'heure. Est-ce que Nia est là également ?
- Quoi ?!
- Je ne suis pas sûre, mais je crois l'avoir vue entrer dans un restaurant à quelques pas d'ici. Tu savais qu'elle était dans le coin ?
A en juger par la contrariété qui obscurcit son visage, je devine facilement que la réponse est non. Elle ne prend pas la peine de me répondre avant de se lever et d'attraper le téléphone sur son bureau.
- Dites-moi où est Ontari en ce moment ?! … Et pourquoi personne n'a jugé bon de m'en informer ?! Bon sang, je paie une fortune ces détectives pour être tenue informée des moindres faits et gestes de cette femme et de son entourage proche, ce n'est pas pour apprendre de la bouche de Clarke elle-même qu'Ontari est en ville ! … Je me moque bien de connaître les raisons, que vous en soyez certains ou que vous ayez juste le moindre doute, je veux être informée immédiatement de ce genre de choses ! Ca ne doit plus jamais se reproduire, on est bien d'accord ?... Bien, alors envoyez-moi les derniers rapports avec les mises à jour et trouvez les raisons de leur présence !
Elle repose le téléphone, le faisant presque claquer sur son support. Cette fois elle semble réellement furieuse. En décidant de venir faire une surprise à Lexa ce midi, je ne m'étais clairement pas attendue à ce que ce repas finisse comme ça. Je l'observe tandis qu'elle vient se réinstaller à côté de moi, luttant pour se calmer. J'ai toujours trouvé fascinante la façon qu'elle a de gérer sa respiration pour reprendre le contrôle sur ses émotions alors je l'observe en silence, lui laissant le temps de se reprendre.
- Ontari est arrivée en ville hier.
Je n'avais donc pas halluciné. C'est bien elle que j'ai croisée tout à l'heure.
- Elle est seule ?
- Elle l'était jusqu'à aujourd'hui. Ils ne sont pas encore certains, mais il est fort probable que Nia soit là également. Elle serait arrivée dans la matinée. Son jet privé a décollé de Toronto il y a quelques heures mais ils n'ont pas réussi à obtenir le plan de vol. Ils cherchent encore dans quel aéroport privé elle a pu atterrir.
- Donc ce n'est même pas sûr qu'elle soit ici, c'est bien ça ?
- Non en effet, mais… Tu veux bien me faire plaisir ? Laisse Titus te redéposer en cours et ne cherche pas à rentrer seule ce soir. Envoie-lui un message quand tu as fini pour qu'il vienne te chercher. Tu ne peux pas te balader seule en ville alors que Nia est dans les parages.
Je suis tiraillée entre l'agacement et la compréhension. Je sais pourquoi Lexa fait tout ça, mais malgré toutes ses bonnes raisons, je ne peux pas faire taire cette petite partie de moi qui ne supporte pas qu'on lui dicte quoi faire et comment le faire. Je ne me sens pas en danger. Je comprends pourquoi Lexa a peur, mais jusqu'à preuve du contraire rien ne dit que ses craintes sont fondées. Son aversion pour cette femme remonte à la disparition de Costia, et si Nia a effectivement eu un rôle important dans cette tragique histoire, rien ne prouve qu'elle a également un rôle dans l'accident de ses parents et encore moins dans le mien. Pourtant, je suis incapable de lui reprocher de s'inquiéter de la sorte, alors je joue la carte de la diplomatie.
- Je t'ai promis d'être prudente et je le serai, mais tu ne peux pas me garder enfermée, même si c'est pour me protéger. Comme tu ne seras pas là ce soir, j'ai proposé aux filles une soirée au cinéma…
En face de moi Lexa s'apprête à me couper la parole mais je lève la main pour l'en empêcher.
- Je ne vais pas annuler juste parce que cette femme est peut-être dans les parages, mais si ça peut te rassurer je ferai appel à Titus pour me déposer et venir me chercher. Je te promets d'éviter les transports en commun ou de me balader seule. D'accord ?
Je sais que ce que je lui demande est difficile à accepter pour elle. Je peux voir sans mal l'effort qu'elle fournit en ce moment-même et je lui en suis très reconnaissante. Quand un souffle vient franchir ses lèvres, tout son corps se détend sous l'effet de la résignation évidente.
- Très bien. Est-ce que tu pourras au moins garder ton téléphone avec toi et me tenir informée d'où tu es ?
Sur son bureau la sonnerie du téléphone ne me donne pas l'occasion de lui répondre. Lexa souffle une nouvelle fois avant de se lever et d'aller décrocher.
- Oui ? … Très bien, j'arrive. Merci.
- Le travail t'appelle ? Je suppose qu'il est aussi l'heure pour moi de retourner en cours.
Le regard qu'elle pose alors sur moi me frappe en plein cœur. L'inquiétude qui marque ses traits est troublante, et l'espace d'un instant j'ai envie de tout annuler : ma soirée cinéma avec les filles et même mon après-midi de cours, juste pour rester là avec elle et lui éviter tous ces tourments, mais je ne peux pas faire ça. Je ne dois pas faire ça. Ce serait absurde et complètement déraisonnable.
- Je vais demander à Titus de me déposer sur le campus. Ne t'en fais pas pour moi. Concentre-toi sur ton travail, on se verra ce soir.
Je comble la distance qui nous sépare et la serre dans mes bras. J'aimerais pouvoir faire disparaître toutes ses craintes grâce à ce simple geste mais je sais que c'est utopique. Alors je me contente de la garder là, son corps chaud collé contre le mien, et j'essaie de lui faire passer toute l'affection que j'ai pour elle dans l'espoir de la rassurer au moins un peu.
Pendant de longues secondes elle ne bouge pas, profitant simplement de notre étreinte silencieuse. Finalement elle recule et plante son regard dans le mien avant de déposer un baiser sur ma joue, frôlant le coin de mes lèvres.
Le temps s'arrête, tout comme ma respiration, tandis que mon cœur s'emballe dans ma poitrine.
Douloureusement je la sens s'éloigner de moi jusqu'à rompre tout contact physique mais ses yeux n'ont pas lâché les miens. Je force un timide sourire sur mon visage tandis que l'envie de faire disparaître les quelques centimètres qui nous séparent devient presque insoutenable.
- A ce soir ?
- A ce soir.
OoOoO
Tout l'après-midi j'ai lutté pour rester concentrée sur mes cours mais mon esprit revenait inlassablement vers Lexa. Je déteste l'idée de l'avoir laissée seule dans cet état. Quand le professeur annonce enfin avoir terminé, j'envoie un message à Titus et range mes affaires en vitesse. Avec un peu de chance, la soirée en compagnie de O', Raven, Harper et Zoé passera plus vite que ces dernières heures. A vrai dire je ne peux compter que sur ça, parce que rien que l'idée du temps qu'il me reste à patienter pour retrouver Lexa me rend dingue. Il faut que j'arrive à me changer les idées parce que cette situation et mon comportement frôlent le ridicule.
Je m'avance jusqu'au point de rendez-vous où je dois retrouver Titus et profite de l'attente pour écrire un SMS à O'.
" Je passe à l'appartement pour y déposer mes affaires de cours. On se retrouve devant le ciné d'ici une heure ? "
" Parfait, tu veux que je passe te chercher ? "
" Pas besoin. Titus me déposera. "
Cette fois la réponse n'arrive pas tout de suite. Une berline noire que je connais bien maintenant s'arrête devant moi, et je grimpe à l'avant en saluant le conducteur tandis que dans ma main mon téléphone vibre.
" Je te demanderais bien pourquoi mais je suis sûre que tu m'expliqueras tout ça quand on se verra. A tout à l'heure."
Evidemment qu'elle se pose des questions, qui ne le ferait pas après tout ? Je n'ai a priori aucune raison de me déplacer partout avec le chauffeur/conseiller de Lexa, surtout quand elle n'est pas là. Sauf qu'en réalité, j'ai bien une raison, mais ça Octavia l'ignore. Je sais que je n'échapperai pas à son interrogatoire alors autant réfléchir tout de suite aux réponses que je peux - ou veux - lui donner.
Le trajet jusqu'à l'appartement se fait dans le silence, moi perdue dans mes pensées et Titus concentré sur la route. Il n'a jamais été un homme très bavard et je ne suis moi-même pas d'humeur très causante ce soir, alors quand finalement après s'être garé sa voix se fait entendre, je suis presque surprise.
- Je retourne au bureau. Appelez-moi quand vous êtes prête à partir.
J'acquiesce et le remercie avant de sortir et de fermer la portière du véhicule qui ne démarre que lorsque j'ai franchi la porte sécurisée de l'immeuble. Lexa n'y est sans doute pas pour rien et ça ne m'étonnerait même pas qu'elle ait dit à Titus de veiller sur moi comme sur sa propre vie. Ce constat m'amuse presque, et je retrouve une certaine légèreté d'esprit le temps que l'ascenseur me monte jusqu'au cinquième étage. Je suis bien décidée à profiter de cette soirée avec mes amies, Nia ou pas, Ontari ou pas !
Je glisse la clé dans la serrure de la porte d'entrée et toutes mes bonnes résolutions s'envolent. La porte n'est pas verrouillée, ce qui est étonnant connaissant le sérieux de Lexa. Elle n'est pas du genre à oublier de fermer à clé.
J'hésite un instant, le téléphone à la main. Si je l'appelle elle va tout de suite s'inquiéter ,alors qu'il ne s'agit peut être que d'une étourderie de Sienne ou de la femme de ménage qui a dû passer ce matin. Par excès de prudence, je présélectionne quand même le numéro de Titus avant d'entrer.
Mes yeux balaient la pièce rapidement sans trouver rien d'anormal. Tout semble parfaitement à sa place.
- Sienne ?
L'appartement reste silencieux. Je ferme la porte derrière moi et m'avance plus loin dans le salon. Je jette un rapide coup d'œil vers la cuisine avant de me diriger vers ma chambre. Au passage j'ouvre les toilettes et la salle de bain mais tout semble calme et parfaitement normal.
Je dépose mon sac sur mon bureau tandis que mon appréhension tombe d'un cran. Il faudra penser à dire à la femme de ménage de bien fermer la porte en sortant. Ce n'est pas que l'immeuble n'est pas assez sécurisé mais on n'est jamais trop prudent, surtout par les temps qui courent.
En regagnant le salon, je tape un message pour prévenir Lexa que je suis bien rentrée et que je pars bientôt rejoindre les filles en ville. Je lui précise même le cinéma dans lequel on s'est donné rendez-vous et le film qu'on va voir. J'ouvre le frigo en finissant de taper mon message et attrape un yaourt. J'ajoute un smiley qui sourit et un autre qui envoie un bisou et clique sur envoyer.
Un sourire idiot vient se coller sur mon visage quand je reçois pour simple réponse le smiley qui envoie un bisou, mais quand je me retourne pour m'installer sur l'îlot central de la cuisine, tout se fige : mon sourire, ma respiration, le temps.
En face de moi se tient un homme au regard glacial et au sourire menaçant presque aussi effrayant que l'arme qu'il tient pointée droit sur moi.
