Beaucoup plus qu'un Granger

Written by FerPotter
Translated by Cixy

Résumé: Les répercussions du monde parallèle et l'adaptation de Nathan hors du pays des rêves.

Note de la traductrice:si vous saviez combien je suis soulagée que Nathan soit enfin réveillé. Vraiment, j'en avais marre de passer du style italique au style normal xD N'oublions pas non plus que le pauvre petit ne pouvait pas rester à jouer à la Belle Au Bois Dormant indéfiniment, donc ouf, il est réveillé!

Pour celles qui auraient été distraites lors des derniers chapitres, je vous rappelle que l'histoire originale en anglais ne comporte pour l'instant que 29 chapitres. Celui-ci est donc le dernier, en attendant que le 30 soit publié. Sachant que le chapitre 29 est sorti en avril dernier, le suivant ne devrait pas tarder (sauf qu'à partir d'aujourd'hui, je pars 3 semaines en vacances donc s'il sort pendant ce laps de temps, il faudra attendre encore un peu plus^^). En tout cas, merci d'avoir lu et reviewé cette traduction depuis ces derniers mois et à la prochaine :)

Hermione-Severus: Merci à toi d'être aussi assidue dans la lecture de cette fic, j'espère que ce chapitre te satisfera tout autant :)

Shéra: Hé oui, jusqu'à maintenant il y avait un chapitre par semaine, maintenant ce sera heu...sûrement tous les quelques mois^^' Hauts les coeurs, le chapitre 29 est quand même là aujourd'hui ^^

&Mayelle: Merci pour ta review, c'est sûr que ce chap28 était vraiment bon, riche en émotion avec Severus qui se comporte enfin comme un père face à Nathan :)

Yuuri: Le bon côté des choses c'est que tu ne manqueras aucun chapitre en fait vu que le prochain ne sera pas là avant au moins quelques semaines (heu oui, c'est LE bon côté des choses^^'). J'espère que l'attente d'ici là sera supportable :p

Eileen19: En effet c'était assez surprenant que Nathan l'appelle comme ça, mais quelle bonne surprise! Et Severus? Sa réaction? Chapitre 29 pour vous servir, merci beaucoup pour toutes tes reviews aussi :)

Khalie: Bien sûr, l'histoire est toujours en cours et pour ma part, je continuerai aussi à traduire, ma motivation n'a pas pas baissé! Merci pour toutes tes reviews et tes encouragements au fil des chapitres :)

Miss xxX: Mon Dieu, si Severus venait à mourir à cause de ça, ce serait vraiment...bête non? Lol Plus sérieusement, je suis ravie que l'histoire te plaise toujours autant :)


Chapitre 29: Sans retour

« Papa! »

Le petit mot atteignit les oreilles de Severus, se fraya un chemin à travers son cerveau mais ne trouva son foyer que lorsqu'il atteignit son coeur, qui manqua un battement. La rigidité de sa posture était aussi étrange que ses mains sur la tête et le dos de son fils – un geste qui n'était pas seulement du au réflexe des bras du garçon s'enroulant autour de lui...

Severus se souvint qu'il était important de respirer.

« Je l'ai fait marcher, Papa. »

Severus avait fermé les yeux au moins un instant cette fois. Il entendit Hermione lâcher un halètement et sentit une une étrange constriction dans sa poitrine. Respire, mon vieux.

Retirant les bras autour de lui, Severus prit son fils par les épaules. Ce sourire rayonnant, même plus brillant encore que ces yeux satisfaits, était pour lui et personne d'autre. Cela lui fit presque oublier où il était, qui était là avec eux, et ce qu'il devait faire. « Reposez-vous, maintenant, » dit-il en conduisant son fils vers le matelas.

« Mais je viens juste de me réveiller! » protesta Nathan.

« Vous ne dormiez pas, » insista Severus, un sentiment d'urgence grandissant en lui. Cela devint presque insupportable quand elle – Hermione – se pencha au-dessus de Nathan pour écarter ses cheveux de son front et plaça une main entre les omoplates de Severus, le prenant au piège entre eux.

« Je viens juste de me réveiller, Maman. » La protestation était davantage une plainte maintenant.

Toujours incapable de fuir, Severus fut contraint de sentir, à travers le poids brûlant de sa main, un tremblement lorsqu'elle prit une profonde inspiration.

« Écoute ton père, mon chéri. Va dormir; repose-toi maintenant. »

Il ne pouvait simplement pas rester là plus longtemps. Severus recula du lit, forçant la main de la jeune femme à le quitter dans un chemin brûlant comme un éclair, espérant que la distance transformerait l'orage en un calme ciel d'hiver. Respire doucement. Ses traits retrouvaient déjà leur position glacée.

Granger murmura des paroles pour rassurer Nathan, Poppy revint en portant des potions et l'arrière des jambes de Severus atteignit le lit voisin.

Papa.

Le simple souvenir de la façon dont ce mot avait sonné, comme une rafale de vent soufflant contre les nuages noirs, perturbant son calme ciel d'hiver. Il n'était pas assez loin; il n'était pas assez seul. Poppy le regardait pendant qu'Hermione murmurait quelque chose à celle-ci, penchée au-dessus de Nathan. Il regarda le visage de son fils, recevant la confirmation qu'il s'était endormi, de manière naturelle cette fois.

« Je vais préparer une nouvelle fournée, » leur dit Severus, ayant l'air de sortir de nulle part en se rendant compte qu'en fait il avait écouté leur conversation – Pimentine pour son fils.

Il prit congé immédiatement, marchant vite, ne s'arrêtant que quand il eut traversé le bas seuil de ses quartiers dans les cachots. Severus tomba lourdement sur le canapé en se tenant la tête entre les mains.

Pourquoi prétendre qu'il y aurait assez de distance physique pour effacer ce que le fait d'entendre son fils l'appeler Papa avait fait à son coeur qui le faisait toujours souffrir suite à ce coup? Admettant la défaite, il sortit le flacon plat de sa poche et caressa sa douce surface avec un pouce. Son contenu d'un bleu-vert clair le réchauffa, faisant fondre ce qui restait de son frêle hiver.

« Oui, tu l'as fait marcher, fiston. » En refermant la main autour du flacon, il souhaita, « Fais de beaux rêves, mon garçon. »

~o0oOo0o~

Il versa le liquide rouge dans de petits flacons et ne leva pas les yeux de sa tâche quand la porte s'ouvrit, le bruit des pas se rapprocha et s'arrêta.

Severus remplit un autre flacon.

« Je pars ce soir. »

Il se servit de la louche pour rassembler autant de ce qui restait de la potion que possible; il restait un flacon à remplir.

Un flacon qui aurait du être sur la table de travail à gauche du chaudron mais qui n'y était pas. Severus regarda autour de la table, à sa recherche. Il fut finalement contraint de lever les yeux et de la regarder, et il était là en train de se balancer dans sa main. Hermione lui tendit le flacon et lui sourit.

« Je voulais te remercier, Severus, » lui dit-elle en le regardant droit dans les yeux.

Il prit le flacon dans sa main et commença à y verser la Pimentine. « Cessez de me remercier pour tout ce que je fais. »

« Je dois te remercier chaque fois que tu fais quelque chose de merveilleux, tel que sauver l'âme de ton fils. Tu devrais y être habitué maintenant, » lui dit-elle simplement par-dessus le bruit de la louche heurtant la bouteille en verre puis le chaudron vide. Il put sentir le sourire le jeune femme avant même de le voir s'afficher sur son visage. Elle était adossée au bord de la table, le regardant d'un air présomptueux et il n'eut pas le temps de l'empêcher d'ajouter un espiègle, « Papa. »

Il grogna et ce fut un son étrange, même pour lui. Qu'espérait-elle atteindre avec ça? Hermione pencha la tête, l'air de l'étudier semblait-il. Severus prit le chaudron sale qu'il fallait laver, espérant que le fait de l'ignorer la ferait partir. Il n'y avait rien à dire.

« Je ne sais pas ce qu'il s'est passé entre vous deux pendant que tu étais inconscient mais j'ai le sentiment qu'un simple merci n'est pas suffisant pour tout ce que tu as fait. »

Il fronça les sourcils en direction du chaudron qui se remplissait d'eau, en attendant de savoir ce qu'elle allait dire par la suite.

« Félicitations, Severus. »

Il soupira d'un air grave en se tournant vers elle de façon accusatrice pour...

« Ne commence même pas, » anticipa-t-elle. « Nous sommes clairement au-delà de ça maintenant, tu dois l'accepter. Juste... » elle sourit tendrement en s'approchant de lui. « savoure le. »

Severus se figea en l'absence de réaction pendant seulement un court instant. « Oh, je vais savourer les retenues qu'il va effectuer. » Il eut recours au sarcasme pour se redonner une contenance.

Hermione leva les yeux au ciel mais ne sembla pas déconcertée. « Je suis sûre que ses oreilles résonnent encore du sermon que je lui ai fait quand il s'est enfin levé. Je n'arrive toujours pas à croire qu'il se soit ensorcelé comme ça. A quoi pensait-il? »

« De toute évidence, il ne pensait pas. »

« Je pense que les choses ont changé cependant. Quel que soit ce qui l'a poussé à le faire, c'est réglé maintenant. Il semble heureux d'être de retour; il était tout sourire et d'humeur câline, et tu es enfin Papa. »

Ignorant ce rappel, Severus commenta, « Il a un problème avec mon filleul. » Peut-être Hermione serait-elle capable de mettre un peu de plomb dans le crâne obtus de Nathan.

« Tu es parrain? » demanda Hermione.

« Oh, le ton de la surprise, » se moqua-t-il.

« Je...C'est surprenant, oui. Nathan n'en a jamais fait part. »

Hé bien, Severus, lui, n'était pas surpris. Il savoura la tension engendrée par son silence; il savait qu'elle avait envie de demander, il pouvait sentir qu'elle retenait à peine sa curiosité. La bouche de la sorcière s'ouvrit et se ferma plusieurs fois. « Si vous partez, au revoir, » dit-il enfin, savourant la façon dont elle restait bouche bée.

Elle se reprit bien trop tôt et fronça les sourcils d'indignation. « Qui est ton filleul? »

« Devon Malefoy, » répondit-il nonchalamment en organisant les flacons dans une boîte pour les transporter pendant qu'il savourait le petit halètement qu'elle lâcha.

« Malefoy?! »

« Ce n'est pas un secret de onze ans, » se moqua-t-il. Ce n'était pas aussi satisfaisant que si elle y avait vraiment prêté attention, et ses yeux écarquillés, son regard dans le vague lui dirent que c'était nettement le cas.

« Ça explique beaucoup de choses. Toutes ces bagarres, les retenues, les paroles haineuses... » elle leva enfin à nouveau les yeux vers lui. « Tu aurais du me le dire. »

Son indignation l'agaça. « Ne revenons pas à ce qui aurait du être dit, Granger. Vous ne pouvez pas gagner ce débat. »

A sa plus grande déception, elle se contenta de soupirer. Déception... Il se sentit irrité quand il analysa sa propre réaction. Déception à cause de quoi? Comme si la taquiner était quelque chose qu'il faisait pour s'amuser.

« Je vais lui parler au sujet de Malefoy, » lui dit-elle, puis elle tint visiblement sa langue mais ne partit pas. Elle soupira à nouveau, abandonna et demanda tout de même, « Il y a-t-il quelque chose que je devrais savoir avant que je ne parle à Nathan de tout ça? »

« La retenue sera demain à sept heure. » Maintenant, partez, Granger, pensa-t-il mais il n'en dit rien.

Elle leva les yeux au ciel. Il prit la boîte de flacons et se dirigea vers la sortie. Si elle ne partait pas, il le ferait.

Elle l'arrêta d'une main sur son bras.

« Penses-tu que ce soit une bonne idée? » interrogea-t-elle. Il la regarda - dans ses yeux anxieux – il y vit qu'elle savait que Devon partagerait la retenue de Nathan. « Severus, quels sont tes plans? »

« Porter ces potions à Poppy. » Il lança un regard appuyé à la main sur son bras. « Si vous voulez bien m'excuser. » Quand il fit mine de s'en aller à nouveau, elle lui pressa le bras.

Il la regarda dans les yeux. « Mr. Malefoy est en retenu pour au moins une semaine pour cette stupide farce dans la bibliothèque. Tout ceux qui sont impliqués seront punis, y compris Dubois, Brown et votre petit Granger, » expliqua-t-il.

« Qu'espères-tu obtenir à les mettre en contact comme ça après ce qu'il s'est passé? » insista-t-elle.

« J'attends d'eux qu'ils se conduisent comme de jeunes sorciers civilisés. Cela ne peut pas être trop demander, surtout avec la punition pour leur rappeler d'arrêter d'agir comme des imbéciles! » Il espéra que sa véhémence montrerait à la sorcière que la punition des gamins n'était pas négociable.

Elle hésita avant de relâcher son bras. Il partit immédiatement, espérant qu'Hermione aurait quitté le château avant la soirée.

~o0oOo0o~

« Il va devoir prendre une dose de Pimentine tous les jours pendant encore trois jours mais ce n'est qu'une mesure de précaution. Il va récupérer rapidement. »

« Merci, Madame Pomfresh, » dit Hermione. « Vous avez été vraiment compréhensive au long de ces derniers jours, et je ressens le besoin de m'excuser- »

« Tout va bien, ma chère, » affirma la médicomage à Hermione en lui tapotant le bras. « Pourquoi ne l'amèneriez-vous pas à sa salle commune? » Elle fit un geste de la tête vers l'endroit où Nathan était assis sur le lit, en train de balancer ses jambes dans une nette démonstration d'impatience. « Je suis sûre qu'il est prêt. »

Hermione sourit à l'infirmière. « Merci. » Elle se dirigea ensuite vers Nathan, ses pensées revinrent à ce que Severus lui avait révélé.

« Madame Pomfresh dit que tu peux quitter l'infirmerie. » Nathan sauta du lit. « Pas si vite! » l'arrêta Hermione. « J'aimerai te parler pendant un moment. »

Ses épaules s'affaissèrent, il s'attendait probablement à recevoir un autre sermon, présuma-t-elle. Hé bien, il avait presque raison là-dessus.

« J'ai parlé à ton père tout à l'heure de tes problèmes avec son filleul, »lui dit-elle en mettant l'accent sur le fait qu'elle savait à présent qui était vraiment Devon Malefoy, et attendit.

« Qu'y a-t-il à dire? » marmonna Nathan en réponse, de toute évidence mal à l'aise avec ce choix de sujet.

« Est-ce pour cette raison que vous faites tout ça pour vous attirer des ennuis? Parce qu'il est le filleul de ton père? »

« Je ne fais pas tout ça pour m'attirer des ennuis, » fut tout ce qu'il dit.

« Nathan... » le prévint-elle. S'accrocher à des rivalités enfantines n'était jamais sain.

« Il était méchant et irrespectueux avec moi avant même que je sache que le professeur Rogue était mon père, d'accord? C'est lui qui me cause des problèmes. » De mauvaise humeur, il croisa les bras sur sa poitrine.

« Surveille ton ton, » le réprimanda vaguement Hermione en réfléchissant à la meilleure manière d'aborder le sujet. « Tu te rends compte qu'avec le fait qu'il soit le filleul de ton père, tu vas devoir trouver un moyen de t'y accommoder, n'est-ce pas? » Nathan ne donna aucune indication qu'il répondrait, alors elle demanda à nouveau, « n'est-ce pas, Nathan? »

« Il m'a détesté en premier. »

« Et maintenant tu le déteste aussi, c'est ça ce que tu es en train de me dire? »

Nathan leva enfin les yeux vers elle. Il se mordilla la lèvre inférieure, de toute évidence en train de réfléchir à comment s'en sortir en disant 'oui'.

Hermione soupira et reposa ses hanches contre le lit que son fils venait de quitter. « Cela ne peut pas continuer, Nathan. Peux-tu imaginer comment ça serait si Lily, Sirius et toi vous vous haïssiez? Combien nous serions dévastés, Harry, Ginny et moi? »

« Je ne peux pas juste écouter toutes les conneries - »

« Langage. »

« - que dit Malefoy tout le temps et ne rien dire. Tout le monde va penser que ce qu'il dit est vrai et que je suis un froussard. Et même si ce qu'il disait n'était pas des mensonges, la façon dont il me parle – et à tous, d'ailleurs – n'est absolument pas correcte. »

« Ton père va lui parler. » Hermione s'en assurerait.

Nathan ricana et Hermione n'aima pas cette démonstration d'incrédulité. « Ça ne changera rien. Ça n'a rien fait jusqu'à maintenant de toute façon. Tout ce que Malefoy a à faire c'est de tirer une tronche pitoyable et de gémir et tout est oublié. »

Hermione fronça les sourcils. « Je suis sûre que ce n'est pas comme ça, Nathan. Ton père ne tomberait pas dans le panneau pour ça. »

« Mais Oncle Severus, » gémit Nathan dans une imitation moqueuse de l'autre garçon. « c'est écoeurant, Maman, » ajouta-t-il.

Le jeune Malefoy semblait être autant le stéréotype du Serpentard qu'elle se souvenait que ses parents avaient été mais c'était toujours dur à croire que Severus se laisserait avoir ainsi. Bien qu'Hermione puisse se rappeler combien Severus s'était toujours montré indulgent quand Drago était concerné quand ils étaient étudiants, elle pensait que cela avait à voir avec la guerre, et même là, Hermione avait voulu que Severus la respecte autant qu'il avait l'air de respecter les Serpentards. Ah... Elle comprit enfin. « Tu es jaloux, » fit remarquer Hermione.

« Non, » répliqua Nathan avec véhémence. « Pourquoi serais-je jaloux de ce pompeux... crétin...albinos?! » C'était sans aucun doute de la jalousie, Hermione en était sûre maintenant. Elle attendit patiemment que Nathan l'admette. « C'est juste que... » commença-t-il. « Le professeur Rogue finit toujours par l'appeler Devon au lieu de Mr. Malefoy, et tout est résolu. Moi, de l'autre côté, je suis toujours Mr. Granger. Il n'y a pas moyen de gagner. Malefoy ne sera jamais puni. » Sa voix s'éteignit de frustration et de déception.

Hermione sourit; ils étaient si semblables à la fois. « Comment peux-tu espérer qu'il t'appelle Nathan si tu ne laisses pas tomber les formalités toi-même? As-tu déjà essayé 'Papa' au lieu de 'Professeur Rogue'? »

« Gryffondor ne gagnera jamais plus la coupe, Maman, » dit Nathan le plus sérieusement du monde.

Le sourire d'Hermione s'élargit devant la bêtise de son fils.

« Il n'y a pas eu de points retirés les deux dernières fois que je t'ai entendu appeler Severus 'Papa', » fit-elle remarquer.

Le regard de Nathan se perdit dans le vague pendant qu'il se remémorait, sans aucun doute, les moments qu'il avait partagé avec Severus après s'être réveillé de l'influence du sort. Il était si jeune et plein de rêves... Hermione se rappela de ces moments qu'ils avaient passé à discuter de l'avenir – une conversation redoutée à cause du chemin qu'elle prenait toujours: le père inconnu. Maintenant qu'elle n'avait plus à craindre les rêves de Nathan, maintenant qu'Hermione était libre de rêver elle-même, de laisser les fantômes du passé à leur place... Elle voulait que Nathan rêve autant qu'il voulait. Elle sourit et l'attira à ses côtés. Oui, il était temps de regarder vers l'avant et de se battre pour leurs rêves. « Allons-y mon chéri. Nous pouvons en parler pendant que nous marchons vers la Tour. »

~o0oOo0o~

Hermione ne put retenir un sourire quand Severus sursauta quand il entra dans la pièce et la trouva là.

« Bonjour, » salua-t-elle avec plus d'entrain que d'habitude.

« Que diable faites-vous ici? »

Son sourire se tordit en un sourire narquois comme un de ceux dont il la gratifiait parfois. « Je t'ai manqué? » demanda-t-elle en appréciant peut-être un peu trop son irritation. Ce n'était pas tous les jours qu'elle avant l'occasion de prendre le sorcier au dépourvu.

« Immensément, » ricana-t-il et entra enfin dans son bureau. « Je pensais que je serais débarrassé de vous maintenant. Par le passé, vous étiez une femme de parole, Granger. »

Il s'installa derrière son bureau sans même accorder un regard dans sa direction, ce qui était aussi bien parce qu'elle savait que son sourire n'aurait fait qu'exaspérer davantage le sorcier.

Elle garda le silence, attendant.

Il grogna enfin en lui accordant sa complète attention. « Que voulez-vous? »

« Je pensais que c'était clair la dernière fois que tu m'as demandé ça, Severus. »

Il se contenta de la regarder et la gaieté d'Hermione disparut lentement, laissant place au sérieux.

« Je réfléchissait à tout ce qu'il s'était passé cette semaine et... j'ai besoin de toi avec moi, Severus, à mon côté. » Ces aveux étaient toujours maladroits, ou du moins, ils en avaient l'air. Peut-être était-ce pire pour Hermione parce qu'elle admettait qu'elle avait besoin de lui pour ce qu'il était, comme si la ténacité dont elle avait fait preuve jusqu'à maintenant n'était qu'une façade. Elle voulait vivre sa vie comme elle l'avait été cette semaine-là: avec Severus. Était-ce un crime?

« Votre côté? Qu'est-ce donc, un pari de Quidditch pour lequel il faut que je prenne parti? »

Bien sûr, il n'allait pas lui faciliter la tâche.

« Je parle sérieusement, Severus. Ces derniers jours, je... » Hermione soupira. « Être seule était plus facile quand... » Elle essayait. « Avant, je n'avais que le souvenir de travailler avec toi, un souvenir lointain, facilement disproportionné, mais maintenant... Maintenant, Severus, nous élevons Nathan ensemble. » Elle espéra que la façon dont elle relevait le menton le ferait garder son refus pour lui-même, c'est pourquoi son hochement de tête résolu la surprit.

« J'ai pris Nathan sous ma responsabilité, et je pense que nous pouvons être d'accord sur la plupart des choses qui le concernent. »

Elle se mordilla la lèvre. « Mais ce n'est pas tout, » lui dit Hermione en ayant besoin qu'il comprenne ce qui était écrit entre les lignes.

« Si, c'est exactement ça, Granger. »

« Pourquoi, Severus? Est-ce l'idée de mon affection qui te repousse autant? » Elle sut bien à ce moment qu'elle avait tout gâché. L'expression de l'homme lui répondit et Hermione se leva pour pouvoir partir pendant qu'il lui restait un peu de dignité. « Ne répond pas, » le supplia-t-elle sans rencontrer son regard.

« Je ne vous comprends pas, » lui dit-il. « Pourquoi insistez-vous sur cette folie, Hermione? »

« Non, tu ne comprends pas, » convint Hermione, lasse de se justifier, honteuse que son coeur soit exposé comme cela. Elle fut soudain soulagée qu'il n'y ait aucune réunion de famille prévue pour ce soir-là. Elle devait retourner chez elle comme elle avait promis qu'elle le ferait la nuit précédente. « Passez une bonne semaine, professeur Rogue. » Elle hocha la tête de manière formelle et partit précipitamment avant que la gêne ne se transforme en larmes.

~o0oOo0o~

Severus poussa un soupir quand la porte se ferma. Pourquoi fallait-il qu'Hermione insiste là-dessus? Si Severus était moins intelligent, il aurait vraiment cru en ses propres accusations disant qu'elle était folle. Elle n'était pas folle, bien sûr, alors, qu'était-ce? Une conviction religieuse? Un complexe de culpabilité? Des impulsions masochistes? Quoi?

Peut-être que c'était un effort fait pour Nathan – ce que Severus avait appelé une fois les conneries de famille. Mais il ne pensait plus ainsi à présent, et comment l'aurait-il pu après que Nathan l'a (1) appelé Papa? Ils étaient une famille, son fils et lui mais cela n'incluait pas Hermione. Severus se renfrogna. La famille de Nathan incluait Hermione, mais Severus ne le faisait pas. Une telle chose pourrait-elle exister sans hypocrisie?

Il ferma son journal de recherche et s'appuya contre le dossier de sa chaise en regardant la porte close, contemplant la femme qui venait de partir.

Ils interagiraient, il n'y avait pas d'autre moyen, et en toute sincérité, aussi longtemps qu'elle restait sur ce sujet – Nathan – il ne pouvait pas la mettre dans la catégorie des problèmes. Une amitié alors? Severus pensa que c'était acceptable; Nathan le méritait. Ils partageaient aussi un intérêt professionnel commun; elle était capable de tenir une conversation intéressante à l'occasion...

Il grogna. Qui essayait-il de tromper? Elle était la seule qui ait vraiment essayé d'avoir une sorte de relation avec lui, mis à part les Malefoys. Severus supposa qu'il pouvait vivre avec sa présence. C'était elle qui sacrifiait quelque chose après tout, pas lui.

Si seulement il comprenait pourquoi...

Severus réouvrit son journal de recherche. Il y aurait de nombreux moments pour analyser Granger, il en était certain. Il ne pensait pas qu'elle était prête de disparaître de sitôt.

~o0oOo0o~

Hermione transplana dans la ruelle près de son appartement. Elle pleurait comme une adolescente ridicule en parcourant à l'aveugle le chemin bien connu vers son immeuble en grimpant les marches aussi rapidement qu'elle le pouvait. Elle lutta avec ses clés et eut presque recourt à la magie pour ouvrir la porte – presque. Elle inspira profondément, suffisamment pour stabiliser ses mains et lui permettre d'entrer dans l'appartement. Tout contrôle fut rompu au moment où elle sut qu'elle était seule à l'abri pour se vautrer dans l'auto-apitoiement.

Hermione commençait à croire Severus quand il disait qu'elle était folle. Comment quelqu'un pouvait-il être rejeté encore et encore comme elle l'avait été et continuer à y revenir? Quelle genre de femme malade ferait ça? C'était malsain!

Malsain et douloureux, comme perdre pied, tomber sans s'arrêter. Quand avait-elle laissé une place aussi importante à Severus dans sa vie au point qu'elle dépendait maintenant de lui pour respirer correctement?

Quelqu'un frappa à la porte.

Hermione essuya ses larmes et lutta pour reprendre contrôle à nouveau.

Encore un coup à la porte.

D'autres respirations apaisantes. C'est ridicule. Elle faisait une tempête dans un verre d'eau.

« Hermione? »

C'était Erica, sa voisine.

« Hermione, ça va? »

La jeune femme se leva du canapé et ouvrit la porte pour son amie. Elle dut offrir une vision effrayante car Erica écarquilla les yeux au moment où elle la vit. « Que s'est-il passé? Est-ce que Nathan va bien? »

Hermione recommença presque à pleurer à la mention de son – leur – fils. Avait-elle fait autant d'efforts parce que Severus était le père de Nathan? S'il ne l'avait pas été, aurait-elle été aussi loin dans sa plaidoirie? Elle laissa échapper un sanglot et les bras d'Erica l'entourèrent, la guidant vers le canapé. « Nathan va – va bien, » lui dit-elle d'une voix étouffée.

« Oh, merci mon Dieu, » soupira son amie de soulagement tout en faisant des caresses circulaires dans le dos d'Hermione. Cela aida. « Ton ami William est venu te voir et il m'a dit que tu avais été appelée parce qu'il y avait un problème avec Nathan, et tu reviens tout à coup après des jours, en pleurant... je pensais... je ne sais même pas à quoi je pensais. »

Hermione était plus calme à présent. Elle renifla devant l'affection procurée par son amie. « Nathan était malade. J'étais avec lui. »

« Que s'est-il passé? » s'enquit Erica.

Hermione se leva du canapé. « Du thé? » proposa-t-elle. Elle connaissait bien Erica et était sûre qu'elle pouvait se confier à elle, mais les vieux secrets avaient la vie dure...

« Je vais faire le thé. Va te passer un peu d'eau sur le visage et enfile quelque chose de confortable. » Erica la chassa de la pièce et Hermione put entendre le bruit du métal s'entrechoquant dans la cuisine alors qu'elle traversait sa chambre pour aller dans sa salle de bain.

Le fait de se regarder dans le miroir lui fit fermer les yeux; seul un bain intégral pourrait faire quelque chose pour ça, songea-t-elle. Hermione se passa tout de même de l'eau sur le visage. L'eau l'aida à clarifier ses pensées, à défaut de ses yeux rougis. Elle retourna dans sa chambre et se vêtit de quelque chose de léger et chaud, même si elle tremblait toujours. Elle inspira une dernière fois profondément avant de retrouver Erica.

Une tasse de thé fut poussée dans sa direction quand elle s'installa sur le sofa. Hermione le sirota et fit la grimace.

« Je sais que tu préfère avec du sucre dedans, mais je pense qu'une boisson forte te fera aller mieux pour l'instant, » se justifia Erica. « Es-tu plus calme maintenant? »

Hermione acquiesça et posa la tasse sur la table basse qui faisait face au canapé. « Merci. »

Erica s'assit à côté d'elle sur le coussin et la regarda, l'air d'attendre. Hermione savait que son amie voulait savoir ce qui l'avait autant peinée mais qu'elle était trop embarrassée pour demander. Hermione soupira en laissant ses yeux se fermer brièvement.

« Je suis folle, » avoua-t-elle.

Après quelques instants de silence, Erica demanda, « Que veux-tu dire? »

« J'ai perdu la tête, et avec ça, tout sens de fierté ou d'auto-respect, » élabora Hermione. « Oh, et je dois mentionner mon coeur, cette chose. J'en veux à cette stupide chose pour tous les ennuis qui conduisent à ma folie. »

« Les hommes? » questionna Erica.

Hermione renifla. « Est-ce un homme? Je me demande. Est-ce qu'une telle créature sans coeur, faite d'acier et de glace peut être qualifiée d'humain? » Elle grimaça avant d'abandonner et de laisser tomber sa tête sur le coussin derrière elle. « Severus, » dit-elle, la voix teintée par la défaite.

« Ça ressemble à un nom d'homme pour moi, » commenta son amie. « Un nom que je n'ai jamais entendu jusque là mais un nom d'homme, j'en suis presque sûre. »

La tête d'Hermione tomba sur le côté et elle ouvrit les yeux pour regarder Erica avant de dire, « c'est le père de Nathan. »

Erica écarquilla les yeux pendant un moment. « Est-ce qu'il...? A-t-il...? Tu pleurais. A-t-il - »

« Jamais. Il n'est pas comme ça. » Hermione évita le regard de son amie. « Je suis une idiote. »

« Je suis désolée, je ne sais pas quoi penser. »

« Pas de problème, » lui assura Hermione. « C'est un salaud mais pas comme ça. »

« Hermione. »

Quand Erica s'arrêta à son nom, la sorcière soupira et se redressa sur le canapé pour atteindre sa tasse de thé fort. Après l'avoir siroté et grimacé à nouveau, elle commença, « Je ne l'ai revu qu'après que Nathan a commencé son année au pensionnat; il est enseignant là-bas. C'était compliqué comme tu peux l'imaginer, surtout après qu'il a tout découvert à propos de Nathan. »

« Il ne savait pas?! » Hermione baissa les yeux vers sa tasse sous le ton accusateur d'Erica. « Désolée. Je veux dire, je me doutais que c'était quelque chose d'aussi compliqué que ça, mais... Oh bon sang, » jura son amie en échouant dans sa tentative de s'excuser.

« Je sais. C'est un désastre total. Nathan souffre, Severus souffre et c'est entièrement de ma faute. » dit Hermione et elle eut mal pour eux trois. C'était encore plus douloureux parce que le fait d'en parler à quelqu'un d'autre faisait sembler ses sentiments pour Severus encore plus mal placés, ou mal calculés, du moins.

« Ils s'y font maintenant, » poursuivit Hermione en essayant de trouver du bon dans tout ça. « Nathan a appelé Severus 'Papa'. » Elle tenta de sourire.

« Tu l'aimes? » demanda Erica et le coeur d'Hermione se serra dans sa poitrine, des larmes se formèrent à nouveau dans ses yeux.

« Je suis folle, » répondit-elle.

« Oh, ma chérie. » Erica lui prit la tasse des main et la prit dans ses bras. Hermione sanglota sur l'épaule de son amie et laissa la frustration prendre le contrôle de ses larmes qui ruisselaient; larmes idiotes mais libératrices. Mais elles finirent par se tarir, laissant Hermione vidée mais apaisée.

« Alors, il est professeur, » dit Erica après le silence qui était devenu suffisamment confortable pour pouvoir être interrompu. « Je ne peux pas dire que je suis vraiment surprise. »

« Il est tellement comme Nathan: intelligent, têtu... »

« Et je pensais que c'était de toi que Nathan tenait ça. »

Hermione ne put retenir le sourire qui grandissait, étirant les commissures de sa bouche. « Les cheveux noirs, les yeux, les mains gracieuses... » poursuivit-elle. « Nathan est sans aucun doute le fils de Severus, » poursuivit-elle. « Non pas que j'en ai jamais douté, » ajouta-t-elle rapidement en se rendant compte combien cette dernière déclaration pouvait être mal interprétée.

Erica sourit, acceptant les certitudes d'Hermione. Elle était une bonne amie; elle n'avait jamais jugé Hermione même si l'identité du père de Nathan avait été complètement inconnue. Cela la poussa à se demander ce qu'Erica penserait de Severus. Toutes deux étaient proches en âge; son amie avait toujours été une source de soutien sur ses problèmes de coeur, aidant Hermione sur son sentiment d'insécurité et ses peurs concernant les relations qu'elle avait eu par le passé. Pouvait-elle l'aider à faire le point sur ses sentiments pour Severus, cette masse de confusion, de douleur et de clarté qui s'était emparé de son coeur et ne voulait pas partir?

Hermione se rendit compte que Erica l'avait observée minutieusement, sans doute curieuse à propos de Severus. La jeune sorcière jugea que les choses ne pouvaient pas être pires que ce qu'elles étaient déjà.

« Depuis que je l'ai revu, j'ai perdu le contrôle de mes pensées, de mes rêves... c'est comme si j'avais attendu toute ma vie pour ce moment où j'allais rencontrer Severus et... me réveiller pour... » C'était plus difficile à expliquer que ce que Hermione pensait.

« L'amour au premier regard? » proposa Erica.

« C'est ce que je pensais mais je n'en suis plus sûre maintenant. Je perds la tête, Erica. Il dit que je suis folle, et je commence à penser qu'il a raison. »

« Il a tort. L'amour n'est pas rationnel, Hermione. Tu n'es pas folle, » la sermonna son amie. « Peut-être que tu l'aimais déjà avant. Peut-être que tu n'as jamais cessé de l'aimer, même après toutes ces années passées chacun de votre côté. »

« Je... » Comment Hermione pouvait-elle expliquer qu'aucun amour n'avait été impliqué dans la conception de Nathan? « Il n'y avait rien avant, Erica, » commença-t-elle. « Severus et moi n'avons jamais été un couple. Nathan... Nous avons passé une nuit ensemble et Severus ne m'a plus jamais parlé, jusqu'à récemment. »

« Et tu étais sans aucun doute blessée par son attitude, » supposa Erica.

Non, elle ne l'avait pas été. C'était elle qui s'était enfuie du monde sorcier – de lui. « Je n'ai jamais cherché à le revoir non plus. Il n'y avait rien entre nous. »

« Il y avait certainement quelque chose entre vous, » réfuta Erica. « Je n'arrive pas à t'imaginer passer une nuit avec un homme que tu ne connais pas. »

« Nous travaillions ensemble; j'étais son assistante sur quelques travaux. » Hésita Hermione, son visage s'empourpra avant qu'elle n'ajoute, « Avant ça, il était mon professeur. »

Une lueur malicieuse éclaira le visage d'Erica.

« Ce n'était pas comme ça, » dit Hermione en roulant des yeux. « Je n'avais pas de béguin pour lui quand j'étais à l'école, ou quoique ce soit du genre. Mauvais professeur, » elle marmonna cette dernière partie. « J'admire Severus pour son intelligence, son intégrité, il est brillant. Il est respectable en tant qu'homme et dans son domaine de compétence. C'est un professeur exigeant et je doute qu'il soit le préféré d'un seul de ses élèves – bien que ses cours aient toujours été les préférés de Nathan, » ajouta Hermione comme après réflexion, puis elle essaya de se rappeler pourquoi elle n'avait pas remarquer combien Severus était brillant dès le début.

Ah, oui. Il a tout fait pour être odieux avec Harry et ses amis, y compris elle-même.

« Il ne pouvait pas me supporter en tant qu'élève, et je lui en voulais pour ça, » admit Hermione. « Ce n'est qu'après être sortie de l'école et avoir commencé à travailler avec lui que j'ai commencé à vraiment comprendre pourquoi il était tellement salaud en tant que professeur. »

« Et alors, tu es tombée amoureuse de lui, tu as partagé son lit et... » Erica s'arrêta à la moitié de sa phrase comme si la lumière s'était faite dans sa tête. « Il est marié, c'est ça? »

« Non! » L'énergie que mit Hermione pour réfuter cette idée la surprit elle-même. « Je veux dire, non, il est célibataire. Je suppose qu'il n'avait pas beaucoup de temps pour des relations à cette époque, et Severus est très réservé, il ne fréquente pas beaucoup les gens. » Elle n'avait jamais examiné la vie amoureuse que Severus avait pu avoir. Non pas qu'elle ait beaucoup considéré sa vie loin de Poudlard. Il ne semblait même pas quitter le château, bien qu'il devait le faire en quelques occasion. Le fait que Severus ait un filleul dont elle n'était pas au courant prouvait qu'il avait une vie sociale hors de ces murs de pierre.

Hermione fronça les sourcils. Était-il marié? Divorcé? Tout à coup, elle éclata de rire. Il ne l'était pas ou alors il aurait utilisé le prétexte de l'épouse pour la repousser.

« Qu'est-ce qu'il y a de drôle? » demanda Erica, de toute évidence désorientée.

« Severus avec une épouse, » répondit Hermione en souriant toujours, puis elle reprit son sérieux. « C'est un solitaire qui maintient à distance quiconque essaye d'entrer dans sa vie. » Dans cette optique, Hermione se remémora les nombreuses disputes qu'ils avaient eu concernant Nathan. « Je ne pense pas qu'il se considère lui-même digne qu'on se soucie de lui. »

« Et toi, tu te soucies de lui. »

« Mais lui non. Il me l'a fait comprendre très clairement plus d'une fois. »

« Tu en es sûre? Tu es une femme tellement adorable, Hermione... »

Le compliment la fit sourire. « J'en suis tout à fait sûre, Erica. Il l'a dit avec de nombreux mots. » Hermione baissa les yeux vers sa tasse à thé vide posée sur la table basse, son coeur se serra dans sa poitrine. « Je vais l'accepter et passer à autre chose. »

~o0oOo0o~

Nathan venait juste de sortir de l'infirmerie, appréciant l'excitation d'être de retour de ce côté du monde, d'être à nouveau capable d'interagir avec ses amis, et il était déjà attendu dans le bureau de son père pour une retenue. Au moins, il n'y serait pas tout seul cette fois – Kevin et Andy était aussi convoqués.

« Je n'arrive pas à comprendre pourquoi je devrais aussi être en retenue, » se plaignit Andy. « Tout ce que j'ai fait c'était de vous dire que vous alliez vous attirer des ennuis. Maintenant, vous les avez eu et je dois payer pour avoir eu raison. »

« Arrête de te comporter comme un Poufsouffle pleurnichard et avance plus vite, Andy. Ça ne va rien arranger si nous sommes en retard d'une seconde, » lui dit Kevin.

« Ce n'est pas si terrible que ça, » Nathan rassura ses amis inquiets. « Ce ne sera que pour quelques heures. »

Il se sentait responsable du fait que ses amis aient écopé d'une retenue mais il ne pouvait rien y faire actuellement. Il ne savait pas de quelle humeur serait le revêche professeur, et la seule chose à laquelle Nathan pouvait penser pour le moment était de ne pas avoir à faire face à l'homme seul à seul. Il n'avait pas vu son père depuis qu'il s'était réveillé et il ne pouvait se rappeler que trop bien comment il s'était accroché à lui, incapable de rester éloigné de ce papa soudainement attentif.

Comment son père allait-il le saluer à présent? Allaient-ils revenir à 'Mr. Granger' et 'Professeur Rogue'? Nathan avait eu peu de temps pour songer à tout ce qu'il s'était passé durant son séjour hors de son corps, et pour lui, de nombreuses choses avaient changé – son âme avait changé.

Il atteignirent la porte du bureau, elle était ouverte. L'anxiété que ressentait Nathan sur le fait de revoir son père fut rapidement remplacée par une irritation instantanée.

Malefoy était là.

Nathan et ses amis entrèrent, se joignant au Serpentard devant le bureau du professeur Rogue. D'un mouvement de la main, Rogue ferma la porte derrière eux. Le maître des Potions se leva de sa chaise et commença à circuler autour des quatre élèves.

« Vous êtes ici ce soir à cause de votre mystérieuse incompétence à comprendre et à suivre les règles; après qu'elles ont été rappelées soigneusement à certains d'entre vous. » La dernière partie fut dite très près de l'oreille de Malefoy. Le professeur Rogue fit une pause et recommença à marcher. « Malheureusement, votre absence de sagesse ne peut pas être surveillée quand elle atteint des proportions qui mettent en danger la vie de quelqu'un. » Cette fois, les derniers mots furent dit directement dans l'oreille droite de Nathan. Après une pause éloquente, le professeur Rogue vint se placer devant les quatre garçons. « Il y a plusieurs chaudrons sales qui vous attendent dans la salle de classe. Puisque votre intelligence et votre discernement sont douteux, je ne peux pas vous autoriser à utiliser vos baguettes. Le travail stupide et manuel semble bien mieux coller, n'êtes-vous pas d'accord? » Il haussa un sourcil.

Aucun ne se sentit l'envie de répondre à la question.

« Les chaudrons ne vont pas se nettoyer tout seuls! » aboya le professeur Rogue et les garçons commencèrent à se diriger vers la porte tous à la fois. « Mr. Granger, » appela l'homme et Nathan resta derrière, se tenant près de la porte de sortie. Ce ne fut que quand les autres furent partis que son père lui fit signe, « Nathan, venez par ici. »

Les épaules du garçon se détendirent légèrement à l'utilisation de son prénom. Il retourna vers le bureau de son père et attendit.

« Comment vous sentez-vous? »

La question était agréablement surprenante. « Je vais bien, » répondit Nathan.

Son père l'observa intensément et attestant probablement de la véracité de sa courte réponse, il acquiesça et tendit la main vers une fiole de potion rouge sur son bureau.

« Buvez ceci, » lui dit l'homme en lui tendant la fiole déjà débouchée. « C'est de la Pimentine et vous en prendrez une fois par jours pendant les trois prochains jours. »

La potion eut pour effet secondaire que de la vapeur s'échappa des oreilles de Nathan. Son père hocha à nouveau la tête d'un air approbateur.

« Vous êtes attendus dans mon bureau tous les soirs après le dîner pour la prendre. »

Nathan acquiesça. « Merci... » il ajouta presque un 'Papa' après son remerciement mais ne le fit pas. Cette nouvelle situation le faisait toujours se sentir un peu gêné, ne sachant pas comment réagir autour de l'homme, en dépit de ce qu'avait dit sa mère. D'abord il était traité de sombre crétin sans sagesse, puis il était considéré avec une préoccupation paternelle. A qui avait-il affaire, au professeur Rogue ou à son papa? A qui devait-il s'adresser?

« Venez, » dit son père en le soulageant de ce dilemme et en le poussant vers la porte d'une main douce. « Vous avez encore des chaudrons à nettoyer. »

Ils se dirigèrent ensemble vers la salle de potions. Nathan poussa un soupir dès qu'il vit qu'il serait obligé de prendre le chaudron situé sur la même paillasse que celui de Malefoy. Le jeune garçon ne voulait pas décevoir sa mère, ni son père mais il détestait toujours Malefoy pour tout ce qu'il avait fait. Le blondinet ne détourna pas son attention de sa tâche pendant qu'il approchait, et ce fut ce qu'il y avait de mieux pour Nathan.

Il se mit au travail, essayant aussi d'être isolé dans ses pensées, et bien qu'il ait réussi à se sortir Malefoy de la tête, il ne pouvait pas en dire la même chose de son père. Nathan voulut regarder vers l'avant de la salle de classe où il trouverait son père. La gentillesse avec laquelle il avait été traité plus tôt provoqua un sentiment de manque vis-à-vis de son papa – l'âme libre de son père. Il voulait parler à ce Severus Rogue à nouveau; il voulait que les choses soient comme elles l'avaient été dans la Tour d'Astronomie, pour toujours. Nathan récura le chaudron et passa par toutes les questions qu'il n'avait pas posées alors et qui lui brûlaient les lèvres à présent.

Patience: c'était ce qu'avait demandé l'âme de l'homme. C'était aussi ce que lui avait demandé sa mère avant de partir mais sa demande concernait un autre sorcier. Nathan jeta un coup d'oeil à Malefoy. Connaissait-il son papa – l'homme derrière cette apparence sévère? Nathan espérait que non. Il voulait cette part de Rogue pour lui tout seul.

Le jeune garçon fit une pause pour reposer ses bras fatigués. Il regardait son père quand l'homme en question leva les yeux quelques instants plus tard et croisa son regard. Il semblait fatigué, songea Nathan, et il se sentit aussitôt responsable. Il recommença à frotter le chaudron, pour terminer rapidement cette retenue pour que son papa puisse se reposer. Mon Papa. Et Nathan sourit tendrement.

Peu de temps après, une chaise racla le sol mais Nathan poursuivit son travail, imperturbable. Il sentit une cessation de mouvement à côté de lui et se rendit compter que Malefoy avait soudainement arrêté de travailler. Ce fait attira son attention. Nathan leva la tête à temps pour voir le regard plaintif que Malefoy adressa au professeur Rogue et il fut heureux de ne voir aucune sympathie se refléter dans celui de son père.

Nathan frotta le chaudron d'un air absent et observa la scène qui se déroulait devant lui. Son père lança un regard noir à son filleul; Malefoy baissa les yeux et recommença, lentement, à frotter. Nathan eut un sourire narquois et entendit immédiatement son père pousser un soupir. Rapidement, l'homme se tint devant leur paillasse, faisant obstruction à la plupart de la lumière.

« Nous sommes ici ce soir parce que vous ne parvenez pas à être civil l'un envers l'autre, » leur dit le professeur Rogue.

Jetant un dernier long regard vers les yeux fatigués de son père, Nathan sentit sa culpabilité s'accroître à nouveau et reporta son attention ailleurs.

« Vous comprenez bien que rien de ce que vous faites ne changera la situation, n'est-ce pas? »

Du coin de l'oeil, Nathan vit Malefoy acquiescer. Il braqua son regard sur l'oreille gauche de son père, incapable de croiser son regard, et acquiesça à son tour.

« Nathan est mon fils, Devon, et j'aimerais que tu le traite en tant que tel, » dit son père au Serpentard.

« Oui, Oncle Severus, » approuva le garçon d'une voix à peine plus haute qu'un murmure.

« Nathan, Devon est mon filleul et j'aimerais que vous le traitiez en conséquence, » lui dit son père.

« Oui, Monsieur, » répondit-il docilement.

Apparemment, trop docilement d'après le regard intense de son père. Nathan se mordit la lèvre inférieure alors que l'incertitude s'emparait à nouveau de lui, le laissant anxieux.

« Je parle sérieusement, Nathan, » réitéra l'homme.

« Je sais, Monsieur. Je comprends, » essaya-t-il de le rassurer en sentant ses joues le brûler. Il voulait que son père retourne à son bureau pour que la gêne s'en aille également. Nathan reprit rapidement son travail en gardant les yeux sur le chaudron. Il ne s'était pas rendu compte à quel point la salle de classe était devenue silencieuse jusqu'à ce que le bruit reprenne autour de lui. Il se mordilla la lèvre inférieure, frottant plus fort.

Après ce qui sembla une éternité, il termina son travail, s'approcha du bureau de son père et dit, « Le chaudron est propre. Puis-je partir, Monsieur? »

L'homme porta son attention sur lui. Nathan cacha ses mains dans ses poches en déplaçant son pied sur la jointure entre deux pierres du sol et en baissant la tête pour le regarder.

« Vous vous sentez bien? »

Nathan arrêta de bouger. « Je suis un peu fatigué, je suppose. »

« Très bien, » concéda son père. « Vous pouvez partir. »

« Merci, Monsieur. »

Nathan ne songea même pas à attendre ses amis, et pour être honnête, il ne se rappela d'eux que quand il entra dans le dortoir qu'ils partageaient. Il poussa un soupir exaspéré, se trouvant stupide d'avoir agi comme un bébé dans les cachots. Le professeur Rogue, son père, son papa – il avait pu voir les trois dans l'homme ce soir, et sa tête le faisait souffrir. Nathan retira rapidement ses chaussure, ses robes et fut bientôt prêt pour aller au lit.

Dormir, cet heureux état d'inconscience lui permettrait de se sentir bien.

Et rêver pourrait le mener à son papa. Nathan sourit et se laissa porter au pays des rêves.

~o0oOo0o~

Avec le temps, les choses revinrent à une certaine normalité. Nathan avait décidé qu'il suivrait son père et verrait ce que ça faisait. Il l'appellerait 'Professeur Rogue' et 'Monsieur' à chaque fois qu'il s'adressait à lui en tant que 'Mr. Granger' et il l'appellerait... rien du tout chaque fois que son père utiliserait son prénom.

C'était logique.

Quelques fois, surtout avant d'aller au lit, Nathan pesait le pour et le contre de changer le 'Rien du tout' en 'Papa' et songeait aux conséquences.

Les conséquences... Il pouvait s'imaginer dans les bras de son père, englouti d'amour et d'acceptation. Il pouvait aussi s'imaginer être repoussé et n'être jamais plus appelé autrement que 'Mr. Granger'. C'était trop risqué. Son papa lui avait demandé d'être patient pour une bonne raison.

Il avait été patient pendant la première semaine, avait docilement rencontré son père pour prendre sa potion, avait partagé un dîner embarrassant avec ses parents le dimanche et était passé par le cours de Potions sans aucun incident. Malefoy se tenait à l'écart, probablement trop horrifié à l'idée de nettoyer d'autres chaudrons, et Nathan n'aurait pas pu y accorder moins d'importance.

Le mercredi suivant Nathan avait retrouvé son père pour le thé et une conversation guindée. Cette nuit-là, il souhaita vivement d'avoir une chance d'être à nouveau avec son papa et s'était endormi dans l'espoir que ses rêves prendraient ce chemin et qu'il aurait la chance de se souvenir de leur rencontre le lendemain matin.

Nathan avait accepté cela comme étant la nouvelle normalité de sa vie, même après s'être réveillé de nombreux matin en se sentant vide. Il avait essayé de combler ce manque en jouant avec ses amis et écrivant des lettres aux gens qu'il aimait. Son parrain avait été doué pour éviter le sujet de Rogue, tout comme Oncle Ron. Cela n'avait pas beaucoup aidé, se rendit compte Nathan. Il voulait quelqu'un avec qui il pourrait discuter de son père. Il était allé au bureau du professeur Lupin.

« Professeur Lupin, vous êtes là? » La porte n'avait pas été fermée. Nathan avait scruté ce qui semblait être une pièce vide. Il avait décidé d'entrer mais au même moment, une porte s'était ouverte de l'autre côté de la pièce et le professeur Lupin était entré, seulement, il avait été accompagné par le père de Nathan.

« Nathan? » avait dit le professeur Lupin, visiblement surpris de sa présence ici.

« Bonjour, Professeur Lupin, » avait-il salué, puis il avait hoché la tête vers son père. « Salut. »

Son père avait hoché la tête en retour et les deux professeurs avaient attendu que Nathan révèle la raison de sa visite.

« Heu... J'étais... en train de faire mes devoirs et j'...avais des questions à ce sujet. »

Son père l'avait observé intensément et Nathan avait gigoté, nerveux. Pourquoi avait-il fallu qu'il soit dans le bureau du professeur Lupin au moment exact où il avait décidé d'aller voir son Directeur de Maison? Ça l'avait irrité alors et c'était toujours le cas.

« Je pourrais demander demain en cours, Monsieur. Bonne soirée. »

Il s'était enfui avant qu'aucun des deux sorciers ne puisse émettre d'objection. Nathan n'était pas un froussard; non, il en était presque sûr. Ce qu'il avait fait avait simplement prouvé qu'il pouvait toujours être patient et attendre. Il était sorti et s'était dirigé vers la Tour Gryffondor, et le jour suivant, il avait inventé une question pour le Professeur Lupin sur le devoir qu'il leur avait donné.

Le vendredi, il avait enlacé sa mère plus longtemps que d'habitude. Elle l'avait embrassé sur le front et il avait fermé les yeux.

« Qu'y-a-t-il? » avait-elle demandé, inquiète.

« Ce n'est rien, » lui avait-il dit. « Tu m'as manqué. »

« Est-ce que tout va bien entre ton papa et toi? »

Le petit mot l'avait blessé mais Nathan était parvenu à sourire. « Oui. »

Elle avait eu l'air satisfaite de sa réponse et avait abandonné toute autre question qu'elle pouvait avoir en tête sur ce qu'il ressentait.

Le dîner familial de cette semaine avait semblé encore plus déconnecté de la réalité que le précédent. C'était quand il avait senti que sa mère n'agissait pas comme d'habitude qu'il avait songé, mais non pour la première fois, que peut-être il s'était réveillé dans une autre dimension. Il était Nathan Granger mais le monde autour de lui était celui d'une autre version de lui-même, comme dans les films. Cela expliquerait pourquoi le dîner dans les appartements du professeur Rogue avait eut l'air d'être un événement aussi normal ce week-end-là. Là ou dans la Grande Salle, l'expérience aurait été la même, d'après Nathan.

Il avait observé sa mère attentivement alors. Cachait-elle quelque chose? C'était généralement ce que signifiait son silence... ou peut-être qu'il ne s'était pas comporté comme le Nathan de cette dimension et qu'ils allaient le confronter à n'importe quel moment. Elle avait été polie, comme toujours, mais trop silencieuse et toute la soirée s'était déroulée avec ses parents l'interrogeant à tour de rôle sur les choses les plus banales. Avaient-ils été en train d'essayer de découvrir s'il était celui qu'il prétendait être?

Ce n'était pas un film fantastique.

Que se passait-il...?

« Je ne vais pas pouvoir venir la semaine prochaine, » avait annoncé sa mère après que les plats ont disparu.

« Pourquoi? » avait demandé Nathan alors que son appréhension augmentait.

« Il y a une conférence à Madrid le week-end prochain, » lui avait-elle dit en souriant. « William et moi avons quelques présentations à faire. »

« Oh. » Nathan n'avait pas voulu qu'elle s'en aille mais il n'avait rien trouvé de mieux à dire ou à protester à ce moment-là.

Son père, d'un autre côté... « Tous vos autres rendez-vous vous ont fait faux-bond? »

Elle avait ignoré cette étrange question, gardant son regard posé sur Nathan. « Que puis-je te ramener d'Espagne? »

« Hmmm. Une épée? Une épée de roi. » Il avait sourit, réconforté par la familiarité de cette tradition. Chaque fois que sa mère avait du voyager pour une conférence et avait du le laisser derrière, elle lui demandait ce que serait sa compensation pour avoir été un gentil garçon pendant qu'elle n'était pas là. Il avait une collection de porte-clé de toute l'Europe grâce à ça.

« Une épée de roi? » Elle avait fait semblait d'être étonnée. « Ce sera une tâche difficile. Je suppose que tu sais qu'on ne peut pas acheter d'épée de roi? Je vais devoir défier en duel le roi en personne! »

Nathan avait souri devant les pitreries de sa mère. Il avait été sur le point de répondre quand son père l'avait devancé.

« Pas recommandé si le chevalier que vous choisissez est un Moldu. »

« William peut t'aider à acheter l'épée, Maman. Il saura laquelle acheter, » avait dit Nathan à sa mère et il avait reçu un sourire éclatant en retour.

Son père était devenu muet après ça et était demeuré distant depuis. Pendant la visite pour prendre le thé de cette semaine-là, il avait été formel et plus froid qu'auparavant, si cela était possible. Cela avait amené Nathan à se demander... mais il avait beau réfléchir tant qu'il pouvait, il n'arrivait pas à comprendre ce qu'il avait pu faire pour mériter ça. Il se passait quelque chose et il n'arrivait pas à ne serait-ce que commencer à comprendre ce que c'était. Le dernier dîner familiale avait été aussi lointain que si son esprit était parti, et cela n'avait pas été d'une grande aide. Nathan n'avait rien fait ou dit pour contrarier son père – du moins, c'est ce qu'il pensait; il ne pouvait jamais être sûr avec le professeur Rogue.

Peut-être avait-il été contrarié parce que sa mère ne viendrait pas le week-end suivant. C'était une possibilité parce que le dimanche suivant, Nathan s'était approché de son père, assis à la Grande Table pendant le déjeuner.

« Dois-je vous retrouver dans votre bureau ou directement dans vos appartements ce soir? » avait-il demandé. Il n'avait pas su quoi faire sans sa mère pour l'accompagner à ce rendez-vous.

« Pour quoi faire? » avait rétorqué son père en fronçant les sourcils.

Nathan avait fait de même en retour. « Pour dîner, » lui avait-il rappelé, irrité.

« Votre mère n'est pas là. »

« Mais je suis toujours là, » avait-il fait remarquer. « Et vous êtes là aussi. » En y repensant maintenant, cela avait été une manière assez impolie de présenter les choses mais vraiment, les mots étaient sortis avant que Nathan ne puisse en trouver de mieux.

Malgré tout, au lieu d'une réplique fâchée, Nathan avait reçu un regard adouci de la part de l'homme. « Mes appartements, si vous connaissez le chemin. »

« Je le connais, » avait dit Nathan avant de retourner à la Table des Gryffondors.

Il avait songé à ne pas se rendre au rendez-vous après ça, mais finalement, il y avait été. Le silence – inconfortable, pesant – voilà comment définir cette soirée.

Rétrospectivement, depuis qu'il s'était ensorcelé lui-même, les choses avaient pris la direction opposée à celle que Nathan espérait. Pensées illusoires mais il avait voulu sourire à son papa, plaisanter avec lui, agir comme quelqu'un qui n'avait pas de problème. Cette année commençait à être aussi nulle que la précédente.

Pour prouver que ses conclusions n'étaient pas erronées, Nathan s'était rendu plus tôt au bureau de son père ce jour-là pour leur thé habituel et l'avait regretté à l'instant où il avait vu l'homme penché sur son bureau, presque caché par des parchemins et des livres.

« Si vous êtes trop occupé, nous pouvons annuler le rendez-vous d'aujourd'hui, » avait proposé Nathan. Cela l'avait peiné à ce moment-là, et c'était toujours le cas, quand son père avait visiblement pris en compte cette proposition. Il ne voulait pas être une obligation sur le programme de l'homme.

« Je vais faire une pause, » avait été sa réponse tardive. Ils s'étaient rendus à ses quartiers et le thé avait été servi, comme d'habitude.

Nathan avait essayé de lancer une vraie conversation mais tout ce qu'il avait obtenu de son père avait été des grognements et des réponses d'un mot. Son père n'avait pas du tout été là – et son papa, encore moins. Il était hors de vue, complètement hors de portée de Nathan.

Il aurait du retourner à la salle commune mais le jeune garçon avait choisi un autre chemin. Il avait prévu d'aller à la Tour d'Astronomie mais n'était pas parvenu à s'y rendre non plus. Ses pas avaient peu à peu ralenti jusqu'à ce qu'il cesse d'avancer complètement.

Parce que son papa ne serait pas à la Tour d'Astronomie.

Son papa était prisonnier dans le corps de son père et était actuellement dans les cachots.

Nathan regarda autour de lui et se rendit compte qu'il se tenait de l'autre côté du couloir avec la grande fenêtre qui offrait la plus belle vue du parc, de la forêt et du village de Pré-Au-Lard. C'était son lieu préféré dans le château, là où il venait toujours pour réfléchir sans être dérangé. Il s'assit sur le rebord et regarda le vent souffler dans les arbres, agitant les feuilles enneigées en cette froide soirée.

Patience, patience. Il n'en pouvait plus d'être patient. Que pouvait-il y avoir de si difficile bon sang? Nathan savait que son pouvait être extraordinaire s'il le voulait; c'était ce qu'il était au fond de lui! Une nouvelle fois depuis qu'il s'était réveillé, Nathan songea à relancer le sort pour libérer son âme à nouveau, juste pour une nuit, et courir pour trouver son papa, pour lui dire de se dépêcher, de se dépêcher de trouver un moyen de prendre le contrôle parce que Nathan ne pouvait pas attendre davantage.

Il était à court de patience.

Attendre était une perte de temps et ils avaient déjà perdu trop de temps. Être patient ne les amenait nulle part. Nulle part!

Il appuya son front contre la vitre qui gardait la plupart du froid à l'extérieure et observa son souffle embrumer la vue qu'il avait du parc en bas.

Nathan était fatigué.

Il laissa pendre une jambe, la laissant se balancer contre le mur de pierre.

Nathan était fatigué d'attendre. Il était fatigué que ses attentes soient brisées, infondées.

Il était tout simplement abattu.

~o0oOo0o~

Severus soupira bruyamment. « Je commence à penser que vous aimez nettoyer des chaudrons. » A ces mots, la jambe du garçon cessa son mouvement de pendule, mais lentement, recommença à se balancer.

Severus s'approcha en disant, « Je suis certain que vous savez que vous ne devriez pas être ici. » Son corps faisait obstruction à la lumière provenant d'une torche enflammée située sur le mur opposé. La jambe s'arrêta une fois de plus. « Alors, tout ce qu'il reste à savoir, c'est la raison pour laquelle vous êtes là, malgré tout. »

« N'y-a-t-il aucun autre professeur qui patrouille dans les couloirs? » Nathan leva enfin les yeux vers lui pour ajouter, « pourquoi faut-il toujours que ce soit vous? »

Les sourcils de Severus se froncèrent légèrement, agacé par le geste de défi de son fils. « Que faites-vous ici, Mr. Granger? »

« Je regarde les lumières de Pré-Au-Lard, » répondit le garçon en se retournant à nouveau vers la fenêtre. « Monsieur. »

« Pourquoi? »

« Parce que, » répondit Nathan en balançant à nouveau sa jambe.

Quand Nathan garda le silence, la patience de Severus fut à bout et il gronda, « parce que quoi? »

« Juste parce que. »

Gamin impertinent! Pensa Severus. « Ne testez pas ma patience, Mr. Granger. »

Son fils repoussa sa tête de contre la vitre et s'assit face à lui avec ce qui semblait être un gros effort. Chaque mouvement forcé que faisait Nathan était clairement un affront et cela ne plaisait pas à Severus. En le regardant dans les yeux avec un regard qui trahissait le calme de ses mouvements, Nathan dit, « Vous avez trop de patience, Monsieur. » En se levant, il ajouta, « Moi, je n'en ai plus. » Il essaya de s'enfuir mais Severus l'attrapa par les robes.

« Pas si vite. » Il attrapa Nathan par le bras puis le fit se tourner à nouveau vers lui. « Quand je vous demande quelque chose, j'attends une réponse! Ne croyez pas que vous êtes au-dessus des règles de cette école ou que vous avez la liberté d'agir comme bon vous semble. » Il fit une pause en scrutant le visage de son fils à la recherche d'une réaction. « Je ne tolérerai pas votre effronterie, jeune homme! Je suis votre père et vous me devez le respect! »

Nathan se libéra de son emprise. « Maintenant vous vous souvenez? » Severus observa les narines de son fils frémir. « Quand vous voulez que je vous obéisse et que je sois respectueux et amical avec votre filleul, alors là, vous êtes mon père? »

Severus voulut lui dire de surveiller son ton quand il lui parlait mais au lieu de ça, il serra les lèvres. « Vous n'êtes pas raisonnable. Ne venons-nous de passer quelques heures ensemble? Vous êtes- »

« Vous n'étiez même pas là! » hurla le garçon. « Nous n'avons pas eu de conversation depuis... »

La douleur dans les yeux de Nathan fit suffoquer Severus et tout d'un coup, la fenêtre vers l'âme de son fils se ferma derrière de lourds verrous. Le garçon baissa la tête, essayant probablement de réfréner ses émotions et tout ce à quoi Severus pouvait penser était... pourquoi? Pourquoi son fils avait-il de la peine? Qu'avait-il fait pour faire souffrir son fils cette fois?

« Nathan... »

« S'il-te-plaît, Papa. S'il-te-plaît, » supplia Nathan dans un murmure précipité sans quitter les yeux de Severus, faisant totalement s'effondrer ses défenses.

« Qu'est-ce qu'il y a? » demanda Severus aussitôt alors qu'il se rapprochait de son fils affolé. Des bras surgirent autour de lui, interrompant son avancée, le tenant là, fermement.

« J'ai été patient. Je l'ai été! J'attendais comme j'ai dit que je le ferais mais je ne crois pas... Papa, je ne peux plus attendre. S'il-te-plaît, ne t'en vas pas. »

Severus posa ses mains dans les cheveux de Nathan et cela eut l'air de détendre l'étreinte désespérée que le garçon maintenait sur lui. Severus n'avait pas compris ce que Nathan avait essayé de dire à travers tous ces balbutiements mais il se rendit compte que le garçon avait besoin de temps avant qu'il ne soit cohérent et prêt à répondre à nouveau.

Il attendit. En apparence, immobile mais en son for intérieur, tout allait très vite, il attendit. Bouger signifierait partir et Nathan l'avait supplié de ne pas le faire – ça, il l'avait parfaitement compris, mais et pour tout le reste, à propos d'attendre et de patience? Il ne bougerait pas et ne quitterait pas les bras de son fils mais maintenant, comment cela aiderait-il Nathan? Severus n'était pas suffisamment chaleureux, il ne l'avait jamais été.

Il tint le garçon en silence et espéra qu'il faisait ce qu'il fallait. Il ne pouvait qu'espérer.

Nathan tourna sa tête de gauche à droite contre sa poitrine mais ne fit aucun mouvement pour le relâcher. Severus prit ce mouvement comme étant un signe qu'il pouvait libérer ses questions.

« Qu'y-a-t-il, Nathan? »

« Tu me manques, Papa, » répondit son fils. Severus n'arrivait pas à comprendre ce qu'il voulait dire par là.

« Comment pourrais-je te manquer? » essaya-t-il.

« Parce que j'espérais que je ne te perdrais pas; je pensais que tu serais là quand je me réveillerai mais là, c'était comme si tu n'avais pas du tout été à la Tour d'Astronomie. »

A la mention de cet endroit, Severus se raidit inconsciemment. Il ne voulait pas que Nathan soit au courant des évènements qui s'y étaient déroulés et avaient changé sa vie. Son fils ne pouvait pas savoir. Il n'y avait aucune chaleur en lui; Severus voulut que le garçon ôte ses mains de lui. Il n'avait pas besoin que son enfant fasse partie de la froideur.

Il poussa Nathan par les épaules mais juste assez loin pour croiser son regard.

« Pouvons-nous parler? » demanda le garçon.

Non! Pensa aussitôt Severus. La réponse dut se lire sur son visage.

« Vous ne vous rappelez vraiment pas, n'est-ce pas? »

Comment pourrais-je oublier...

« Vous dormiez. Il n'y avait que nos âmes. Vous ne vous rappelez pas de m'avoir fait sortir de l'infirmerie? Nous sommes allé à la Tour d'Astronomie ensuite. »

Severus fronça les sourcils, incapable de faire le lien entre ces évènements dont parlait son fils et la nuit où Albus...

« Vous étiez le meilleur. » Le garçon sourit. « Nous sommes restés debout dans le vent. Vous m'avez raconté des histoires sur quand vous étiez un Première Année. Vous m'avez parlé de vol en balais et de la fois où vous êtes rentré dans les branches d'un arbre parce que vous aviez perdu le contrôle de votre balais pendant le cours de vol, et comment vous avez passé la nuit à l'infirmerie à cause d'une jambe cassée. »

Severus écarquilla les yeux quand son fils pouffa de manière inhabituelle. « Qui vous a dit ça? » demanda-t-il, alarmé que Nathan soit au courant d'un tel épisode de son enfance.

Nathan reprit son sérieux mais garda un léger sourire. « Vous, mais vous ne vous en souvenez pas, n'est-ce pas? » Son sourire s'effaça lentement. « Vous dormiez. Pour vous, tout ça n'était qu'un rêve, seulement, ça n'en était pas un. Votre âme était avec la mienne. Nous y étions et je peux me rappeler de tout parce que je ne dormais pas – c'était le sortilège. Je me souviens de tout. Ce n'était pas un rêve. »

Severus commençait à saisir un peu ce que racontait Nathan, mais il restait encore de nombreuses choses incompréhensibles. « Mon âme était avec la vôtre mais nous ne sommes jamais sortis de l'infirmerie. »

« Non, pas quand vous étiez sous l'emprise du sort mais quand vous dormiez, » lui dit Nathan. « C'est vous qui me l'avez expliqué. Quand le corps dort, l'âme est libre. Maman était là aussi mais elle n'est pas venue avec nous à la Tour d'Astronomie. »

Des théories bon marché. Ce que racontait Nathan, ce n'était que des théories inventées et suivies par les gens comme Sybille Trelawney. Severus ouvrit la bouche pour le faire remarquer mais s'interrompit au dernier moment quand sa logique fut mise à contribution.

Comment Nathan saurait-il pour l'accident de balais en première année?

« Je ne vous mens pas, » lui affirma Nathan. « Vous y étiez avec moi, pendant que vous dormiez. »

« Je... » commença Severus. Comment pouvait-il y croire? Comment pouvait-il en douter? « Le couvre-feu est passé. » Il avait besoin de temps. « Nous devrions laisser cette conversation pour un moment plus approprié. Vous devriez être dans votre lit. »

« J'espérais que vous vous rappelleriez. » Déception: cela flottait dans l'air entre eux deux, gagnant en froideur à mesure que son fils desserrait son étreinte. Les yeux de Nathan était tout aussi froid que le château autour de lui. Le garçon lui tourna le dos et demanda, « Quand dois-je venir pour une retenue, Monsieur? »

Un sentiment de perte totale s'empara du coeur de Severus. Il soupira bruyamment dans le couloir. « Je ne veux pas vous donner plus de retenues, Nathan. » Il fixa du regard l'arrière de la tête de son fils, essayant de déchiffrer ce qu'elle contenait. Il voulait comprendre ce qui avait été autant de travers, la raison pour laquelle Nathan se sentait si perdu, mais pour l'heure, ce n'était pas le bon moment.

« Dix points en moins pour Gryffondor, » marmonna-t-il. « Je vous raccompagne à votre salle commune. » Plaçant une main entre les omoplates de Nathan, Severus l'amena à obéir, les conduisant tous deux lourdement à travers les couloirs vides.

Ce que Nathan avait décrit était effectivement ce dont il rêvait. Autant, Severus voulait croire que tous ces moments qu'il avait partagé avec son fils dans son esprit rempli d'illusions s'étaient vraiment passé, il voulait croire qu'il avait été capable de faire rire son fils, autant, c'était surréaliste.

Il regarda le garçon marchant devant lui. Severus avait rêvé qu'il pouvait rire avec son fils, et bien qu'il voulait que ses rêves deviennent réalité, l'homme qu'il prétendait être en rêves n'était pas réel – il ne savait pas comment être cet homme.

Severus était détruit, c'était quelque chose qu'il avait accepté il y a longtemps. Rien ne pourrait le réparer; il n'y avait aucune rédemption pour lui et il devait vivre sa vie en pénitence.

Il regarda Nathan entrer dans la Tour Gryffondor, les épaules basses, la tête baissée, et il eut l'impression de recevoir un coup dans le ventre.

Severus était en train de détruire son fils, comme il savait que ce serait le cas, et Nathan n'avait rien fait pour mériter une telle punition. C'était ce qui arrivait à ceux qui essayaient de faire partie de sa vie, pourtant. Alors qu'il marchait seul dans le couloir, Severus se rendit compte qu'il était vide parce que son coeur était resté derrière, à la merci des petites mains de son fils.

Plus tard, en se retournant dans son lit, incapable de trouver le repos car à chaque fois qu'il fermait les yeux, un regard déçu lui envahissait l'esprit, Severus sut qu'il ne pourrait se reposer tant que cette souffrance persisterait.

Il avait su dès le début que ce moment allait venir, et il s'était battu de toutes ses forces contre ce pouvoir irrésistible. Severus avait atteint un point de non-retour, où sa vie dépendait de la faculté de son fils à être heureux. Plus de lutte. Il n'y avait pas de retour et il le savait.

Il respirerait pour voir Nathan respirer. Il mourrait (2) pour le rendre heureux, ou, avec l'aide de Merlin, il essaierait de vivre.


(1) Je sais que cela peut sembler bizarre dans la forme, mais après 'Après que', il faut mettre de l'indicatif, pas du subjonctif ;)

(2) La différence entre l'imparfait et le conditionnel du verbe 'mourir' n'est pas flagrante, mais ici, c'est bien du conditionnel (juste histoire de lever toute ambiguïté possible)


Note de l'auteur: Voilà, voilà, Severus. Tout va bien se passer. Tu commences juste à apprécier la paternité :0P

A venir... Severus prend une décision qui va changer sa vie – et celle des autres – de façon irrévocable.