Salut tout le monde, voici la suite mais avant un grand merci à Maggy , Laorah et Fooldance pour leurs gentilles reviews. Merci de continuer à me suivre les filles et sachez que si la publication est lente ce n'est pas parce que les chapitres ne sont pas écrits mais bien parce que l'écart entre le nombre de lectures et celui des commentaires, m'enrage chaque fois. ^^

Maggy: oui comme tu dis. Mais on en apprend davantage sur ses réelles pensées dans ce chapitre-ci! Merci beaucoup pour tes impressions et tes gentils compliments sur ma façon d'écrire. J'imagine qu'elle n'est pas au goût de tout le monde! J'espère que ce chapitre ci te plaira. ^^

Bonne lecture à tous!

Seuls Zini, Marcus et Eleonor m'appartiennent. Tout le reste est à JKR!

Chapitre 29 : Cendrillon n'ira plus au bal

Pour aussi saoule qu'elle soit, son sang ne met pas longtemps à se glacer quand elle réalise ce qui est en train de se passer. Tout défile à une vitesse folle dans sa tête emplie des vapeurs d'alcool… Il avait raison. Il a toujours eu raison. Depuis le début. Elle ne se voile pas la face : au fond d'elle-même, elle le savait… Dès qu'Il lui en a parlé, elle a su qu'Il ne mentait pas. Mais il était déjà trop tard pour qu'elle recule face au défi, impossible de faire marche arrière et revenir sur sa déclaration. Elle devait Lui ramener la preuve que malgré l'abandon de sa mère, l'insuffisante raison qu'elle constituait de rattacher son père à la vie, malgré le mépris des gens en général et le Sien en particulier pour sa petite vie, elle était à même d'éveiller sinon l'affection, à tout le moins l'intérêt de quelqu'un.

De toute évidence, elle se fourvoyait.

Elle ferme les yeux, attendant la suite des évènements. Sa seule consolation, c'est qu'Il ait décliné l'invitation. Elle ne supporterait pas qu'Il assiste à la mise à mort de son rêve de liberté, de ses vains espoirs de reconnaissance.

- Je te l'avais bien dit Drago… que je parviendrais à soumettre ta souillon en un tour de mains, entend-t-elle murmurer Marcus Malefoy tout près du jeune garçon au nez pointu.

Son estomac se contracte en percevant les sonorités polaires, méconnaissables, qui percent dans la voix du jeune courtisan qu'elle a côtoyé quelques jours plus tôt. Elle ne peut décemment pas s'en étonner. Après tout, Zini elle-même ne l'avait-elle pas mise en garde ? Dans quelle espèce de fierté mal placée a-t-il fallu qu'elle se drape pour se jeter tête baissée dans la gueule du loup ? Elle cherchait juste un peu de considération… que Cet homme cesse enfin de la rabaisser au rang de jouet à peine divertissant… d'autant qu'elle... Il la trouble au moins autant qu'elle Le hait. Et ça, elle ne parvient pas à se le pardonner.

- Alors la voilà la boniche qui se prend pour une princesse, raille la voix de Drago Malefoy si haut que les convives des premiers rangs commencent à rire grassement entre eux.

Elle n'a pas besoin de se retourner pour deviner que la moitié d'entre eux l'ont invitée à danser un peu plus tôt dans la soirée… Quelle bande d'hypocrites !

- Toi l'insignifiante servante, continue la voix trainante, comment as-tu pu croire l'espace d'un instant qu'un Malefoy pouvait jeter son dévolu sur toi ?

Oui, comment, elle se le demande. Mais sa raison lui intime de ne pas répondre à la question qui n'attend sûrement que son silence pour céder la place à une nouvelle remarque condescendante. S'efforcer de ne pas croiser son regard est probablement la meilleure des attitudes à adopter, bien que son amour propre lui hurle de se relever et de faire face. Elle est seule en terrain hostile et même si ne devoir compter que sur elle-même est un peu le crédo de sa vie entière, elle ne s'est jamais retrouvée entourée d'autant de gens qui semblent lui vouloir du mal.

Il ne lui a définitivement pas menti et même si elle a tenté de s'en persuader, il lui apparait clairement maintenant qu'imaginer le pire est très certainement en-dessous de ce dont ces gens sont capables.

L'atmosphère s'est alourdie. Un silence de plomb pèse sur l'immense salle pourtant comble. Elle entend les pas lents du jeune homme se rapprocher alors qu'il descend les marches avec une telle lenteur que chaque battement de son cœur semble suspendu à chacun des bruits de talon qui heurte le marbre. Elle tente de calmer sa respiration, résistant à son envie de lever la tête pour le voir arriver. Elle s'arrête de respirer lorsque les mocassins vernis apparaissent enfin sous ses yeux. Les secondes s'égrainent dans une lenteur torturante. Elle peut sentir son regard empli de dédain et de méchanceté brûler sa nuque. Elle ne pourrait être plus exposée. Une minute de terreur s'écoule lentement durant laquelle elle pourrait jurer que toute l'audience n'entend que sa respiration sur laquelle elle a à présent perdu tout contrôle.

- Regarde-moi ! intime-t-il d'une voix forte et suffisante.

Elle réprime un tremblement mais garde la tête baissée… Elle voudrait disparaitre dix pieds sous terre. Elle les déteste, elle les déteste tous tellement ! Peut-être que si elle ne répond pas, il oubliera sa présence…

- J'ai dit : regarde-moi !

Le rugissement du jeune homme cède la place au cri de surprise mêlé de peur qu'elle laisse échapper quand il tire brutalement ses cheveux en arrière de sorte que leurs regards se croisent. Accroupi sur la marche supérieure, ses doigts fermement arrimés à la crinière brune, il la jauge avec un rictus empli de dégoût. Ses lèvres agitées par un tic nerveux lui donnent l'air de contenir une sourde colère.

- Tu croyais pouvoir t'en tirer comme ça petite traînée ? marmonne-t-il à voix basse.

Elle ne peut s'empêcher d'assimiler sa façon de montrer les crocs à celle d'un roquet prêt à mordre. Elle tressaille mais tente de conserver le contrôle des émotions qu'affiche son visage.

- Tu aurais mieux fait de te montrer plus docile lorsque nous étions deux, parce que ce soir, ils seront bien plus nombreux !

La couche de blush dont l'a fardée sa maquilleuse ne suffit certainement pas à dissimuler la pâleur de cadavre de son faciès lorsque toute trace de couleur déserte son visage. La panique la saisit au ventre avec une telle violence qu'elle laisse échapper un gémissement d'anticipation. Avec une nausée prononcée, elle se demande vaguement si elle n'aurait pas préféré que Zini la laisse dans le brouillard concernant le sujet…

- Ton Maître ne t'a peut-être pas mise au parfum mais, il n'y a ici que des sorciers d'une puissance que tu ne soupçonnes même pas. Bien au-delà de ton petit numéro de l'autre jour, sale cracmole, crache-t-il avec une répugnance évidente. Lorsque tout ce petit monde en aura fini avec toi, il te faudra au mieux un déambulateur pour te déplacer, au pire un fauteuil roulant pour palier l'usage de tes jambes.

Ses organes internes sont en train de se liquéfier, son cerveau de fondre de peur. Ils ne peuvent pas faire ça ! Ca ne se peut pas ! Quand il l'apprendra…

- Tu ferais peut-être mieux de me tuer, s'entend-t-elle marmonner d'une voix assurée dont elle peine à croire qu'elle est réellement la sienne. Parce que lorsqu'il saura que tu as cassé son jouet fétiche, la prochaine réception en ton honneur pourrait bien se dérouler à l'occasion de tes funérailles !

Elle sent ses propres lèvres se tordre en un sourire plein d'assurance qui lui fait pourtant mal à en pleurer. Celui du jeune homme s'efface lentement tandis que dans un mouvement d'humeur, il la gifle formidablement.

Sonnée, une douleur lancinante à l'intérieur du crâne, elle réalise qu'elle est tombée des escaliers et qu'elle est même partie s'écraser aux pieds des invités les plus proches. Elle porte un doigt à sa lèvre inférieure qu'elle devine gonflée. Du sang…

Elle n'a pas le temps de reprendre ses esprits qu'un cri sauvage lui échappe quand ses os commencent à se tordre sous sa peau. Qu'est-ce qu'il se passe ? Le craquement sinistre que produit sa nuque se répercuté en écho dans ses oreilles. Mon Dieu, il faut que ça s'arrête ! C'est insupportable! Elle ne peut même plus respirer : la douleur la transperce de toute part. Elle voudrait lui crier de mettre un terme à tout ça, mais les seuls sons qui parviennent à sortir de sa gorge sont des hurlements dont on pourrait douter qu'ils proviennent d'un être humain. Ses côtes s'enfoncent lentement dans ses poumons alors qu'elle sent ses phalanges céder les unes après les autres. Prise de convulsions, elle se contorsionne comme un vers sur le marbre. Les silhouettes autour d'elle ne sont plus que des ombres sans présence, sans cohérence. Les cris redoublent d'intensité quand ses tibias sont réduits en miettes par une pression invisible. Incapable de penser désormais, elle ne peut que faire le constat lorsque les battements assourdissants de son propre cœur malmené commencent à ralentir, qu'elle n'en sortira pas vivante.

Tout s'arrête alors aussi soudainement que ça a commencé.

La tension forcée de ses muscles s'apaise, ses poumons retrouvent peu à peu leur usage, les os ont cessé d'être broyés. Pourtant, la souffrance, inhumaine, demeure à chaque mouvement, à chaque respiration. Recroquevillée sur le flan, elle ne pense même pas à se redresser. Ses yeux noyés de larmes fixent ses mains de manière absente : ses doigts n'ont pas l'air d'avoir été brisés comme elle s'y attendait…

Est-elle morte ou bien a-t-elle définitivement perdu la raison ?

Je t'en prie Seigneur, fais que tout ça s'arrête !

Le souffle court, les cheveux emmêlés collés à son visage ruisselant de sueur, elle ne parvient pas à retrouver une respiration normale. Les particules d'oxygène qui s'infiltrent dans ses bronches sont autant de flammes qui carbonisent sa poitrine. Tant bien que mal, elle parvient à se redresser maladroitement sur les genoux. Les yeux encore égarés dans les tourments d'une douleur qu'elle n'avait jamais connue, elle entend de nouveau la voix sifflante s'adresser à elle. Elle comprend qu'il est juste derrière elle.

- Tu devrais apprendre à tenir ta langue chez moi ! Ton maître n'est pas là pour te sauver la mise cette fois.

Tirant une nouvelle fois sur sa chevelure, il plante ses yeux froids dans les siens.

- Tu pourras te farder autant que tu voudras, cacher la misère sous des costumes d'apparat tous plus luxueux les uns que les autres, tu resteras toujours aussi laide !

Elle sent les lacets de satin sombre céder entre chaque œillet dans son dos. Elle n'a pas la force de retenir le corset lorsqu'il tombe à ses genoux.

- Force est de constater que quelqu'un avait déjà compris où est ta vraie place ! reprend Malefoy d'une voix forte et elle sait qu'il fait allusion au patchwork de cicatrices impressionnantes qui marbrent son dos.

Elle a déjà entendu ces mots. Et elle sait. Elle sait qu'il n'a pas tort… Si sa mère s'était seulement donné la peine de terminer la besogne avant de s'enfuir !

Sa gorge se serre.

Elle ne peut s'empêcher de se dire que si elle l'avait fait, elle n'aurait pas eu à endurer tout ça : le rejet d'une mère qui ne voulait pas d'un monstre hybride pour enfant, la perte de la seule personne qui se souciait d'elle, la vie dans la rue pendant dix sept années, la violence… puis le rejet à nouveau dans ce monde auquel elle aurait pu appartenir mais qui ne nourrit que peu de considérations pour les êtres inachevés et hideux dans son genre, les vexations, les déceptions, la mésestime, la douleur… Elle note avec un brin d'ironie que sa vie etière n'est qu'un risible carnage !

Oh papa si tu m'entends, je t'en supplie viens me chercher ! Il avait promis de veiller toujours sur elle, alors où était-il à présent ? Si la magie existe, peut-être les morts ont-il le pouvoir de rappeler les vivants à eux…

S'Il pouvait la voir, Il se gausserait… Il avait raison. Il a toujours eu raison : sa mère aurait mieux fait de l'achever et son père aurait dû avoir la décence de l'emmener avec lui dans la mort plutôt que de la laisser livrée à pareil destin ! C'est comme si son existence n'avait aucun sens, comme si le seul but de sa présence sur terre était de ne jamais connaître un seul moment de bonheur. En dix sept ans, elle ne se souvient pas avoir eu une seule fois une sincère envie de sourire.

Soudain elle se sent happée par le bras sur sa droite tandis qu'une main s'est agrippée à son épaule gauche. Tirée en tous sens, elle préfère ne pas regarder. Elle ne veut pas voir les visages de ces gens, de ces ordures déguisées en hommes qui vont l'entrainer lentement mais sûrement vers la folie. De toute façon, même si elle le voulait, elle n'en aurait pas la force. Ses jambes ne sont plus capables de supporter son poids et si elle tient debout c'est uniquement grâce à la pression qu'exercent sur les différentes parties de son corps, les sorciers qui se pressent autour d'elle.

Quoiqu'il arrive, elle espère seulement ne plus jamais avoir à croiser Son regard méprisant après ça. La mort serait sans doute une issue moins pénible, moins humiliante. Elle ne veut pas voir la moue mesquine se dessiner sur Ses lèvres quand Il ne manquera pas de lui envoyer qu'Il le lui avait bien dit, qu'il n'aurait pu en être autrement, qu'elle ne pouvait servir qu'à ça, qu'elle ne méritait que ça…

Pas de Lui. Seigneur, pas de Lui !

Si seulement elle pouvait ne plus jamais rouvrir les yeux !

- Je pense que c'est suffisant ! claque une voix au timbre autoritaire et déplaisant.

Les têtes se tournent vers l'origine de la voix tandis qu'ils cessent de tirer sur ses membres.

- J'ai dit que cela suffisait ! lâche-t-elle encore une fois, basse mais parfaitement audible.

Elle sonne comme un avertissement.

Libérée de ses multiples bracelets de chair, elle retombe instantanément et lourdement au sol. Son corps tremble tellement qu'elle ne peut pas même se tendre vers l'origine de la voix familière. Elle voit les robes noires s'éloigner et bientôt une lourde et sombre cape s'écrase sur elle. Elle vacille et tout en serrant les pans de l'étoffe épaisse autour d'elle, tourne légèrement la tête en direction de l'homme qui vient d'interrompre les réjouissances. Elle connait cette voix.

- Je pense qu'elle a eu son compte pour ce soir, lance Lucius Malefoy sur sa gauche d'une voix qui ne souffre aucune contestation.

- Père, s'interpose son fils, laisse-moi profiter un peu du cadeau de mon cousin !

Face à l'immobilité du géniteur trouble-fête, le jeune homme trépigne.

- Cette fille…

- … ne t'appartient pas ! termine Malefoy sénior le ton ferme et définitif.

Le fils toise le père du regard, publiquement humilié. Les ailes de son nez frémissent, ses sourcils blonds se froncent. Ses yeux oscillent alternativement entre ceux de son sauveur improbable et ceux de sa jeune victime.

- Je suis certain…, tente une nouvelle fois le garçon.

- … qu'il n'apprécierait pas que l'on abîme ses affaires ! l'interrompt une nouvelle fois l'homme aux cheveux longs. Tu sais qu'il ne le permettrait pas s'il était présent et je ne te permettrais pas non plus de rabaisser ton sang et ton nom en touchant à ça !

Drago Malefoy fulmine de rage. Elle voit qu'il tente de se contenir. Il passe une main pâle dans ses cheveux platine, cherchant un nouvel argument à avancer. Finalement, de dépit, il frappe le marbre du pied et tourne les talons, vaincu.

- Lève-toi ! ordonne sèchement l'homme à l'adresse de la jeune femme.

Elle se remet sur ses jambes flageolantes avec difficulté et lui fait face.

- Rends-toi aux cuisines. Un porteauloin t'attend ! Tu prendras dans tes mains le petit vase blanc sur le rebord de la cheminée et tu atterriras à deux pas de chez ton Maître, précise-t-il devant les prunelles emplies d'incompréhension.

Il lui tourne le dos et s'apprête à partir dans l'autre sens.

- Maintenant va-t-en ! Tu as suffisamment créé de problèmes !

oOoOoOoOo

Lorsqu'elle atterrit le nez contre la pelouse humide, loin de toute cette pression, loin du manoir… loin de Marcus, elle réalise à quel point ses muscles sont endoloris. Elle ne se relève pas de suite. Elle n'en a ni le courage ni l'envie. Elle ne veut pas Le voir. Il posera forcément les questions qu'elle ne veut pas entendre. Il ne pourra pas s'empêcher de la confronter. Elle le sait et tient à éviter Son sourire narquois, Ses remarques sarcastiques… pour ce soir en tout cas. Un instant, elle se demande même si elle pourra un jour remettre les pieds dans cette maison. Elle se redresse péniblement et observe les fenêtres tristes au travers desquelles filtre une lumière terne. Elle les regarde longtemps, debout dans la fraîcheur d'une nuit de fin d'été. Elle devine la silhouette haute et mince s'affairer dans son laboratoire, son visage fermé, les sourcils froncés… il a toujours les sourcils froncés. Il a toujours l'air d'être incommodé ou d'avoir mal quelque part. Ce n'est peut-être pas qu'une apparence.

Elle aperçoit quelque chose bouger derrière le rideau et tout son corps se fige, une pierre vient de tomber dans sa poitrine. Elle se rend compte d'à quel point il lui sera impossible de franchir cette porte de nouveau. Elle fait demi-tour et s'enfonce dans le petit bois derrière la maison et une fois qu'elle est assurée de ne plus voir une seule brique rougeâtre, elle s'assied sur une table de pique-nique et resserre un peu plus fort la cape autour de ses épaules. Il fait froid et la nuit est d'encre. Son expérience de la rue lui appris que demeurer isolée dans de telles circonstances pourrait lui valoir bien des ennuis. Elle replie ses genoux sous son menton et enfouit son nez dans le tissu au parfum étrangement rassurant. Elle a la sensation que rien ne pourrait lui arriver de pire que ce qui s'est passé ce soir de toute façon. Elle respire l'odeur apaisante et tente de calmer les tremblements de son corps encore sous le choc. Faire le moindre geste génère une douleur sans nom, mais manifester sa souffrance lui coûterait encore davantage. Alors elle reste immobile, le dos voûté, la fatigue du contre-coût l'écrasant chaque seconde un peu plus. Elle est en train de glisser dans un demi-sommeil quand elle entend des bruits de pas alentour. Ses paupières s'ouvrent mais elle ne lève pas la tête, espérant que l'individu passe rapidement son chemin afin qu'elle puisse se rendormir.

Mais le craquement des brindilles a cessé.

- Cendrillon est rentrée du bal bien tôt, ronronne une voix de velours sur l'acier.

Elle décolle les lèvres de ses genoux mais ne lève pas ses yeux sur lui. Un mince sourire étire ses lèvres tuméfiées.

- Minuit est passé depuis longtemps, marmonne-t-elle d'une voix qu'elle ne se reconnait pas. Le carrosse est redevenu citrouille.

Et voilà ! Alors que parler de ça était la dernière chose qu'elle voulait… La brise nocturne lui glace les os. Elle frissonne.

Il est curieux qu'il ne réagisse pas plus vite. Elle s'attendait à ce qu'il se rie d'elle dès son retour à Spinner's End, qu'il la taxe d'imbécile pour avoir eu l'audace de croire qu'elle pouvait attirer la sympathie de quelqu'un, qu'il lui fasse remarquer avec un sourire méchant qu'il a gagné son pari, sans surprise… Mais rien ne vient. Si elle n'avait pas la certitude qu'il ne la laisserait pas s'en tirer à si bon compte, elle pourrait croire qu'il s'est retiré. Puis, les minutes s'écoulant sans qu'aucun mot ne soit prononcé, prise d'un doute, elle lève la tête et croise les yeux sombres. Instantanément, elle détourne le regard, sentant son estomac se contracter. Il était en train de l'observer. Adossé au tronc d'un cèdre situé à deux mètres de son point de chute, il la jauge en silence. Impossible d'accepter ce regard sur elle, si indiscret, si avilissant, ce regard qui la juge depuis sûrement un bon moment déjà… Si d'habitude, elle s'efforce de ne pas céder aux tentatives d'intimidation des prunelles sombres qui vrillent les siennes, là en revanche, elle sent qu'elle fondrait sur place si les pupilles brillantes s'arrimaient aux siennes.

- Vous êtes venus vous repaître du spectacle ? lance-t-elle soudainement sur la défensive.

Ce silence est anormal il l'incommode.

- Rassurez-vous, je n'ai pas l'intention de m'échapper. J'ai pris acte de ma défaite et serai comme d'habitude debout à 6 heures pour être à mon poste à 7.

- Je doute que tu sois en état de t'enfuir même si c'était ton intention, répond-t-il d'une voix inhabituellement vierge de toute hostilité.

Elle ne peut que noter la remarque mais ne la relève pas.

- On vous a raconté le déroulement des réjouissances ? demande-t-elle amère.

- …

Elle braque sur lui des yeux de faucon furieux.

- J'en ai eu vent, se contente-t-il de dire en faisant quelques pas en sa direction.

Elle détourne de nouveau le regard quand elle sent les larmes affluer. Combien d'humiliations devra-t-elle encore supporter ?

- J'imagine que c'est une profonde satisfaction pour vous, n'est-ce pas ? cingle-t-elle.

Mue par une soudaine colère, elle descend de la table pour aller à sa rencontre. La douleur dans ses os se réveille et elle trébuche. Se rattrapant au bord du banc au dernier moment, elle se redresse les dents serrées. Hors de question de lui laisser voir qu'elle souffre.

- Inutile de t'en cacher, l'entend-t-elle. Je suis bien placé pour savoir que le Doloris est un véritable cauchemar à vivre.

- Le doloris…

- Le sortilège auquel tu as été soumise.

- Je vois qu'on vous a bien renseigné !

En quelques rapides foulées elle est devant lui, son nez à quelques centimètres à peine du sien, les pupilles noires lui renvoyant son reflet… son reflet de folle.

- Vous êtes en quête des détails croustillants ? continue-t-elle, son irritation amplifiée par la chute ou la déclaration… les deux peut-être.

- J…

- Oui vous aviez raison à propos de Marcus Malefoy et de sa famille, l'interrompt-elle. Vous aviez raison concernant ses intentions à mon égard et vous avez gagné notre pari !

Elle entend sa voix trembler, mais tant pis !

- C'est ce que vous attendiez non ? s'écrie-t-elle. L'aveu de ma stupidité ? Mais expliquez-moi à quoi ça peut bien vous servir puisque vous en avez été témoin ?

D'un mouvement d'épaule qui lui arrache une grimace, elle se débarrasse de la cape qui la protège du froid et la lui tend.

- Je vous la rends !

Maigre satisfaction de la soirée les yeux sombres se plissent. Il ne s'y attendait visiblement pas.

- J'ai su que c'était vous à l'instant où son père l'a déposée sur moi.

Il se contente de la fixer, sans répondre, sans reprendre son bien non plus. Elle la lui fourre de force entre les bras et recule d'un pas.

- Je m'occupe de vos lessives depuis deux mois. C'était idiot de ne pas penser que je reconnaîtrais l'odeur de vos vêtements.

Elle le dépasse rapidement et fait route vers la sortie du petit bois quand une poigne de fer la rattrape. Elle fait volte face et reçoit le long manteau de sorcier en pleine figure.

- Je n'ai pas besoin d'une domestique encombrante parce que toujours malade !

Elle ne rebondit pas sur la réflexion. Elle ne parvient pas à s'ôter de la tête qu'il a assisté à toute la scène, depuis le début. Si elle nourrissait encore l'espoir de s'être trompée, sa réaction vient de le lui confirmer de façon péremptoire.

- Pourquoi avoir menti sur le fait que vous ne viendriez pas ce soir ? C'était plus confortable d'épier la petite idiote à son insu ? Le spectacle étant d'autant plus grisant que je n'avais pas conscience de votre présence dans la salle ? Il n…

Sa voix se brise et à nouveau elle tente un repli vers la maison. A nouveau, il ne lui laisse pas le loisir de s'échapper. Il la tire à lui si fortement qu'elle se cogne contre son torse mais alors qu'elle essaye de reculer, il la maintient fermement contre lui. Elle a la sensation que son bras est à deux doigts de se transformer en poussière. Quand les yeux bruns croisent les yeux noirs, une sensation de malaise profond l'envahit. Elle sait que ses joues sont probablement en train de gagner une teinte rose qui va lui mettre la puce à l'oreille. Dans un ultime geste désespéré, elle prend appui sur la poitrine de l'homme pour se dégager, mais ne réussit qu'à se faire emprisonner entre le tronc du gros cèdre et son corps imposant.

Elle siffle entre ses dents, l'écorce écorche son dos nu. Ainsi prise au piège, elle n'ose lever les yeux sur lui. Elle sait qu'il peut sentir que son cœur s'est emballé. Elle sait qu'il la toise de toute sa hauteur.

- Laissez-moi partir, risque-t-elle d'une voix où perce le manque d'assurance.

- Non, répond-t-il laconique.

Elle continue de faire pression contre son buste, mais il ne bouge pas d'un pouce. Excédée, épuisée et les membres perclus de douleur, elle finit par craquer.

- Quoi encore ? s'emporte-t-elle. Ca ne vous a pas suffi de me voir me traîner aux pieds de ce sale type ? D'entendre tout ce beau monde rire de moi à gorge déployée ? Puisque je vous l'ai dit : vous avez gagné ! crie-t-elle en affrontant le regard impassible. Qu'est-ce que vous voulez de plus ?

- Pour commencer que tu baisses d'un ton, marmonne-t-il avec un calme qui contribue à attiser son irritation.

Elle ferme les yeux et tente de retrouver une respiration plus modérée. Sa cage thoracique en se gonflant, presse un peu plus le corps de l'homme qui la maintient toujours aussi étroitement. Quand elle réalise pour la troisième fois consécutive qu'elle n'a aucun moyen de se soustraire à sa volonté, elle sent toutes ses forces, son énergie combative et sa hargne l'abandonner. Comme avec Marcus, la proximité l'embarrasse… un peu différemment cependant. Elle se dégoûte en repensant au sentiment de sécurité qui l'enveloppait lorsqu'elle s'était emmitouflée dans sa cape. Ses pensées deviennent de plus en plus incohérentes… Seigneur, elle n'a jamais détesté quelqu'un aussi fort que cet homme !

- Oui tu avais tort, oui je t'ai vue au manoir. Maintenant que les choses sont éclaircies, je ne vois pas l'intérêt de revenir sur le sujet.

Ses yeux bloquent sur un point au-dessus de son épaule. A-t-elle bien entendu ?

Cet homme là ne peut être qu'un imposteur !

- Ne t'en déplaise, reprend-t-il, je ne suis pas venu te chercher pour te mettre le nez dedans mais pour t'informer qu'il faudrait préparer les valises cette nuit.

- Les valises…, chuchote-t-elle sans comprendre.

Elle laisse sa tête basculer contre le bois brut. Finalement, elle avait faux sur toute la ligne. Elle a toujours cru qu'il la haïssait mais à la vérité, il ne lui témoigne même pas suffisamment de considération pour la faire bisquer. Depuis le début, elle n'a eu pour utilité que de le distraire durant les vacances d'été. Il n'a jamais pris le challenge au sérieux… Il s'en fout !

- Vous auriez… vraiment dû me laisser là-bas ! lâche-t-elle absente.

Quelle importance cela pouvait-il bien faire qu'elle revienne après tout ? Dire qu'elle pensait lui apporter la preuve qu'elle pouvait susciter de l'intérêt chez quelqu'un… alors que lui… ne lui accorde même pas assez de considération pour s'appesantir deux secondes sur ce qu'elle vient de vivre... Elle aurait presque envie de rire si la boule dans sa gorge ne menaçait pas de la faire fondre en larmes dès lors qu'elle aurait ouvert la bouche. Tout ça pour rien... Ridicule !

Papa, s'il te plait, fais-moi disparaitre !

- Il est hors de question que je laisse qui que ce soit poser les mains sur ce qui m'appartient ! crache-t-il d'une voix soudainement dure. Personne n'a le droit de prendre ce qui me revient, insiste-t-il en la transperçant du regard.

Elle laisse échapper un petit rire cassé.

- Pense ce que tu veux, anticipe-t-il ses paroles, ce n'est pas comme si j'avais pu intervenir plus tôt. Tu t'y es mise dedans toute seule.

Elle étudie l'expression du visage cireux. Serait-ce un reproche ?

- Je ne pensais pas à ça, avoue-t-elle. Je me disais simplement que vous aviez raté le coche concernant Marcus Malefoy.

Elle voit les sourcils noirs se froncer. Il la dévisage intensément. Elle le sait dans l'attente.

- Vous êtes arrivé trop tard... Quand je pense que c'est ce minable qui aura eu mon premier baiser…

- Il a quoi ?!

- Oui, j'imagine que ce n'est rien d'autre qu'une bêtise de petite fille pour vous, commence-t-elle désabusée, mais…

Il s'empare de son menton d'un geste brusque et lève rudement le visage féminin vers le sien.

- Tu lui as offert tes lèvres ?

La voix est sèche, désagréable. Elle retrouve le vieil aigri qu'elle connait. L'instinct bafoué du propriétaire se réveille.

- Il ne m'a pas vraiment demandé ma permission vous voyez, lâche-t-elle.

- Tu veux me faire croire qu'il t'a forcé la main ?

Les yeux noirs ne sont plus que deux fentes.

- C'est qu'il m'a prise au dépourvu, précise-t-elle un peu vexée sans qu'elle comprenne vraiment pourquoi.

- Quand ?

La voix suave n'est plus qu'un murmure qui fend la brise. Un murmure froid qui brusquement la glace. Pourquoi a-t-elle soudainement peur de cet homme?

- Quand on m'a préparée pour le bal.

L'homme en noir expire bruyamment par le nez, signe qu'il s'efforce de ne pas sortir de ses gonds.

- Quoi d'autre ? interroge-t-il sèchement et elle peut sentir que la prise sur son bras droit s'est durcie.

- Juste ça, répond-t-elle en grimaçant de douleur. Il a collé sa bouche sur la mienne et…

- Et ?

- Et il a fait ce truc dégoûtant avec sa langue.

Elle n'aurait pas cru que ce soit encore possible ce soir, mais malgré la faible luminosité elle perçoit dans les obsidiennes une lueur de folie qui la fait frémir et la dissuade d'arrêter là son explication.

- On aurait dit qu'il essayait d'écarter mes lèvres avec sa langue, précise-t-elle avec un rictus dégoûté.

Il la jauge un instant, les sourcils froncés à l'extrême, les muscles de sa mâchoire saillants tant il serre les dents. Durant un moment, elle est persuadée qu'il va la frapper. Puis, il s'écarte et la toise de bas en haut comme on évalue une marchandise à la fraîcheur douteuse. Pour la première fois, sa nudité la met mal à l'aise et elle referme ses bras endoloris autour de sa poitrine. Sans trop savoir pourquoi mais mue par un sentiment de trouble et de nécessité absolus, elle baisse les yeux.

Sans dire un mot, il saisit énergiquement son poignet et la traîne derrière lui. Sans une explication, elle le suit, courant presque du fait des grandes foulées du sorcier. Plusieurs fois elle manque de se casser la figure en se prenant les pieds dans les racines, mais il ne ralentit pas l'allure pour autant. Il ne s'arrête même pas devant la porte de la maison, cette dernière s'ouvrant à la volée sur leur passage, claquant derrière eux. Ils traversent plusieurs pièces à toute vitesse et après avoir monté une volée de marches, il les entraine dans la salle de bains qu'il verrouille d'un coup de baguette.

Le cliquetis de la serrure fait naître en elle une peur irraisonnée. Elle peut sentir le danger… Mais avant qu'elle ait le temps d'objecter quoi que ce soit, il la pousse à l'intérieur de la baignoire et un jet d'eau brûlant s'abat sur le sommet de son crâne. Elle pousse un cri de surprise plus que de douleur quand la douche l'arrose.

- Miss, tambourine l'elfe à la porte. Miss, est-ce que tout va bien ?

- Va-t-en Zini, répond le mage noir sans quitter des yeux la jeune femme qui ne comprend pas ce qui lui arrive.

Il est furieux, c'est clair ! Elle se doutait bien que l'information ne lui ferait pas plaisir mais là… elle ne comprend plus rien. Alors qu'il darde son regard au fond du sien, il s'adresse à elle la voix à peine plus élevée qu'un murmure.

- Tous ces sorciers qui ont touché ta peau… je croyais pourtant avoir été clair…

Une minute... Il n'est quand même pas en train de lui reprocher ce qui s'est passé au manoir ! Pétrifiée, elle ne peut détourner le regard.

L'eau s'arrête de couler et il saisit de nouveau son poignet avant qu'elle réalise ce qu'il se passe, la trainant de nouveau à sa suite à travers les couloirs obscurs, trempée jusqu'aux os. Il pousse une porte et alors qu'elle entre à sa suite, elle se sent plaquée contre le panneau de bois. Elle n'a que le temps de lui lancer un regard chargé de questions avant que des lèvres sèches ne viennent sceller les siennes.

Les yeux agrandis par l'incrédulité, elle ne répond pas au regard lourd de reproches que lui sert son aîné. Qu'est-ce que c'était ? C… non ! Non, elle l'a rêvé ! Alors qu'elle prend conscience de ce qu'il vient de se passer, elle sent quelque chose se tordre douloureusement dans son ventre. Son visage tout entier s'est soudainement embrasé. D'un geste tremblant, elle porte une main à ses lèvres... Elle n'a pas besoin de porter une main à son poignet pour savoir que la pompe à l'abri derrière ses côtes, n'a jamais fonctionné aussi vite.

- V…

Il plaque les mains de chaque côté de sa tête comme pour la contraindre au silence. Elle a l'impression dérangeante que les yeux noirs la fouillent. Elle rêve où ils se sont de nouveau posés sur sa bouche ?

- Entrouvre tes lèvres, intime-t-il.

Le timbre de sa voix la fait tressaillir. Elle sent la chair de poule envahir sa peau humide quand il saisit doucement son visage et de son pouce, ouvre légèrement sa bouche.

- Mais qu…

- Tu es à moi, susurre-t-il son souffle lui arrachant un frisson incontrôlé.

- J…

- Ferme tes yeux.

- Qu'est-ce qu…

De nouveau, il la réduit au silence en pressant ses lèvres contre les siennes. Instinctivement, elle clôt les paupières, ses pensées tournées vers la main qui a glissé de son menton à sa nuque pour resserrer l'étreinte. Elle échappe un gémissement surpris quand elle sent une langue chaude s'introduire dans sa bouche. Tétanisée, elle n'ose pas bouger. Toutes sortes de sensations qu'elle n'a jamais connues viennent agiter son estomac, s'insinuant progressivement vers son bas ventre. La tête lui tourne légèrement. Ses jambes qui en ont trop supporté pour la journée cèdent sous son poids quand un bras puissant se faufile derrière sa taille pour coller son bassin contre le sien.

Cela semble avoir duré une éternité. Quand elle ouvre les yeux, elle n'est pas sûre de l'endroit où elle se trouve, encore haletante du peu de répit qu'il lui a laissé. Plus que jamais, les deux onyx rutilants la gênent terriblement. D'autant qu'elle se sait peu vêtue. Même si elle a le bon goût de rougir, il ne détourne pas les yeux. Il pose son index sur les lèvres rougies de leur premier véritable baiser et après quelques secondes de silence, se penche à son oreille.

- Je ne laisserai personne avoir une autre de tes premières fois.

oOoOoOoOo

J'espère que ce petit chapitre vous aura plus et qu'il vous aura donné l'envie de connaître la suite et de laisser un petit commentaire en guise de salaire. ^^ Toute façon, si ce n'est pas le cas, la suite mettra encore trois plombes et demie à sortir alors c'est vous qui voyez! (oui, c'est du chantage mais j'assume! :p) Alors qu'idéalement, je pourrais même la poster demain...