CHAPITRE 29 : Requiem pour une réconciliation

Il n'est pas encore tout à fait midi quand je redescend dans le salon. Aria a fini par se rendormir. Je lui ai demandé si elle se souvenait de ce qui s'était passé et elle m'a répondu que l'un des hommes a pointé sa baguette sur elle. Après quoi, elle a vu le papillon.

Je suis sous le choc de ces révélations parce que maintenant, je sais que la mort d'Eloïse Midgen et de Hannah Londubat ne sont pas accidentelles ou causées par une maladie magique encore inconnue mais sont bien l'œuvre de sorciers et d'un sortilège apparemment aussi désastreux que les sortilèges interdits. Mais plus encore, je suis sous choc parce que c'est à ma fille qu'ils s'en sont pris. Le message est clair, je ne me fais pas d'illusion. J'ai refusé de me plier à leur volonté en détruisant le dossier d'Eloïse Midgen et en évinçant Isobail. Etant donné qu'elle leur a échappé, ils se sont rabattu sur la première personne sans défense qu'ils ont trouvé à disposition : Aria.

La colère et la haine m'envahissent.

Alors que j'arrive au bas des escaliers, Oncle Harry me pose une main sur l'épaule et serre doucement. Ce simple geste me réconforte bien plus que n'importe quelle parole. Je comprends à quel point j'ai été idiot. Harry n'est pas mon ennemi mais il doit manœuvrer avec le ministère tout entier. Si je rejette les mains qui me sont tendues, alors je ne vaut pas mieux que ceux que je blâme.

J'acquiesce doucement et, sans même prendre le temps de retourner m'asseoir dans le salon, je raconte à mon oncle tout ce que ma fille vient de me dire. Il m'écoute dans un silence presque religieux, ne me coupe pas une seule fois, même lorsque j'enchaîne sur la façon dont j'ai retrouvé Isobail, sur Vector, et sur les moldus de Vitruve.

Lorsque je termine enfin, le silence s'abat entre nous. Durant un long moment, il me semble s'étirer et j'ai presque envie de secouer Harry pour qu'il me dise, enfin, ce qu'il pense de tout ça. Mais il finit par me devancer, ou peut-être a-t-il lu mon impatience dans mon regard, dans mes traits, dans la couleur de mes cheveux, qu'importe. Il pose un doigt sur son menton puis hoche doucement la tête.

« Colin Crivey, finit-il par dire. Voilà un nom que je n'ai pas entendu depuis bien des années.

_ Phil m'a dit que tu le connaissais et qu'il t'aurait suivi les yeux fermés. »

Un sourire vaguement nostalgique se dessine sur les lèvres de mon oncle. J'aimerais en savoir plus mais je dois maîtriser ma hâte. Dans ce genre d'affaire, je crois qu'il n'est jamais bon de se précipiter. Bien que le temps presse maintenant.

« Colin avait un an de moins que moi. Il est arrivé à Gryffondor alors que j'étais en deuxième année. A cette époque, il passait tout son temps avec son appareil photo à la main pour essayer d'obtenir une photo dédicacée. On ne peut pas dire que le professeur Lockhart m'avait donné un coup de main non plus. Il était persuadé lui aussi que je ne cherchais qu'à devenir une star. »

Je hausse les sourcils.

« Et c'était le cas ? »

Le sourire d'Harry s'élargit puis disparaît rapidement, comme si penser à ce qui est finalement arrivé à Colin efface tout le reste.

« Non, je n'ai jamais voulu être le centre des conversations. Mais après dix ans passés dans un placard sous un escalier, je ne peux pas dire qu'être un sujet d'intérêt ne m'ait pas flatté. J'étais un adolescent à l'époque, je ne savais pas bien ce qu'il convenait de faire et si je n'avais pas eu Ron et Hermione pour m'aider à garder les pieds sur terre, je crois que j'aurais fini complètement névrosé. Ou complètement fou.

_ Et Dennis ?

_ Il a fait partie de l'A.D. mais je ne l'ai pas réellement fréquenté.

_ L'A.D. ? »

Il y a mille questions qui se bousculent dans mon esprit. Le placard sous l'escalier, d'abord, je n'en ai jamais entendu parler. En fait, à cet instant, je me rends compte que mon oncle a jusqu'ici été plutôt laconique sur son passé. Je suis évidemment au courant de la majeure partie des évènements qui se sont déroulés à Poudlard au cours de sa scolarité, bien que cette histoire d'A.D. m'assure que j'en ignore encore beaucoup, mais jamais Harry ne m'a parlé de la façon dont il avait vécu chez son oncle et sa tante. Je sais que, de temps à temps, il reçoit une lettre de son cousin, généralement pour les vœux et c'est le seul moment où il envoie du courrier par la poste moldue. Mais il ne semble avoir gardé aucun contact avec son oncle et sa tante et quoi que l'on en pense, à mon avis, c'est tout de même très significatif.

« Plus tard, finit-il par dire. Pour l'instant, ce qui importe, c'est de trouver le moyen d'aider Aria. »

Est-ce que Victoire nous a entendu ? Nous ne sommes pas très loin du salon et je pense que c'est effectivement le cas. Elle se lève du canapé dans lequel elle était assise auprès de grand-mère Molly et s'approche de nous. Ses yeux sont rougis. Elle doit avoir beaucoup pleuré. Et je la comprends tout à fait, je suis prêt à parier que les miens ne présentent pas mieux.

« Est-ce qu'elle a dit quelque chose qui pourrait t'aider ? »

J'enfonce mes mains dans mes poches. Faute de mieux. Je ne sais juste pas trop quoi faire. J'ai affreusement envie de prendre Victoire dans mes bras ou de lui saisir la main mais j'ai peur que ce geste soit mal interprété. Et puis, Isobail est toujours là, pas très loin, et par respect pour elle et ce qu'elle m'a dit il y a quelques heures, je pense que ce ne serait pas judicieux. D'autant que j'en suis presque à clamer à grands cris que je ne suis plus amoureux de Victoire Weasley, ce qui, tout à coup, me semble être un énorme mensonge.

« C'est un sortilège. Je ne sais pas comment il agit, mais il tue a… »

Je me tais tout à coup en me traitant mentalement d'imbécile. Je sais depuis le début que quelle que soit la nature du papillon, c'est mortel. Mais je viens de me rendre compte que ce n'est absolument pas le cas de Victoire.

Ce que je viens de lui dire lui fait l'effet d'un seau d'eau glacé ou d'un coup de poing dans le ventre. Ses yeux sont écarquillés et fixés sur moi. Je n'arrive pas à déchiffrer son regard. Est-ce qu'il s'agit de colère ? D'angoisse ? De haine ? De tout ça en même temps ?

Je baisse piteusement la tête. J'aimerais réussir à m'exprimer mais une boule de culpabilité se forme dans sa gorge et les mots semblent ne pas vouloir passer. C'est Harry qui prend finalement les choses en main, Merlin le bénisse !

« Quel que soit ce sort, Victoire, je te promets qu'on trouvera le moyen de sortir Aria de là. Je vais mettre les meilleurs experts sur le coup. On ne laissera pas les choses mal tourner. D'accord ? »

Victoire acquiesce mais ses yeux luisent de larmes. J'ouvre la bouche pour ajouter que je vais faire mon maximum mais je suis coupé par l'arrivée d'un hibou. Il vient taper furieusement du bec contre la vitre. On dirait qu'il est pressé. Harry va lui ouvrir et l'animal se perche sur son épaule en tendant la patte. Il prend la lettre, la déplie et pâlit si soudainement que je crains un instant qu'il ne s'évanouisse. Lorsqu'il lève les yeux, le silence s'est abattu et tous les regards sont tournés vers lui.

« C'est Nott, dit-il. Une nouvelle victime a été amenée à Sainte Mangouste. »