Coucou ! Voilà le chapitre 29 de Royaume en Perdition ! On continue de compliquer un peu les choses, parce que c'est plus rigolo, eheheh. Bonne lecture !
ROYAUME EN PERDITION
Chapitre 29 : L'appel du pouvoir
Au bord de la route, Théo et Enoch regardaient le cortège de créatures magiques continuer à avancer, inexorablement. Leurs regards vides, tournés vers les hauteurs de Castelblanc, peinèrent le paladin. Plusieurs centaines de ces personnes allaient probablement périr aujourd'hui alors même que la plupart ne cherchaient certainement pas les ennuis. Le père de Balthazar erra un moment parmi la foule. Il arrêtait de temps à autre un demi-diable qu'il relâchait quelques secondes plus tard avec dédain. Son choix se porta finalement sur un homme assez grand et à la peau sombre couverte d'écailles rouge vif. Le démon posa une main sur son front. Quelques seconds plus tard, l'inconnu cligna des yeux, perdu, avant de reculer vivement en apercevant l'armure de Théo.
"Je n'ai rien fait, je le jure ! J'ai rien fait ! cria t-il, hystérique."
Théo réfléchit un instant puis lui sourit.
"Ca te dirait de gagner une immunité à vie contre l'Eglise de la Lumière ? Alors écoute bien ce que le monsieur derrière a à te dire."
Effrayé, il hocha la tête lentement et se tourna vers Enoch, qui avait déjà arrêté quatre autre demi-démons. Balthazar sortit des fourrés avec le reste du groupe. Il lança un regard désolé aux "libérés", perdus, qui ne savaient pas trop ce qu'ils étaient supposés faire. Dès qu'ils apercevaient les ailes dans leur dos, une once de panique perçaient dans leur regard. Balthazar se sentit immédiatement coupable pour eux. Il avait déjà envie de les laisser partir loin d'ici : les pauvres n'avaient clairement aucune envie de combattre et ne restait que sous la contrainte d'Enoch et de Théo.
Le paladin rassemblait les demi-démons dans un coin, comme un berger guidant le troupeau. En quelques minutes, cinquante d'entre eux avaient été libérés du signal d'Agnar. Shinddha et Grunlek, en retrait, regardaient les demi-élémentaires passer, tendus. Certains boîtaient, d'autres étaient blessés. Ils repérèrent même une jeune femme avec une fracture ouverte continuer à avancer. Cela suggérait qu'ils aient dû forcer des barrages ou d'autres obstacles de manière inconsciente. Leurs vêtements ressemblaient à ceux de travailleurs ordinaires, de paysans ou de jeunes nobles. Ils avaient été arrachés à leur vie de force et le demi-élémentaire ne douta pas une seconde qu'ils ne pourraient probablement pu la retrouver désormais. Leur nature venait d'être dévoilée aux yeux des hommes, les Églises n'avaient plus qu'à dresser une liste et à les chasser un à un. A n'en point douter, s'ils survivaient à ça, la chasse à l'hérésie prendrait une ampleur encore jamais atteinte. Il serra la main sur son arc et fronça les sourcils.
"Que pouvons-nous faire pour aider ? demanda Aranwen, horrifiée par le spectacle. Vous avez vu leur nombre ? On ne pourra jamais tous les retenir !
- Elle a raison, intervint Balthazar. Ils continuent tout droit, un barrage ne les retiendra pas, ils vont juste se blesser inutilement. Libérons-en autant que possible pour avoir quelques alliés. C'est la seule chose qu'on peut faire."
Enoch haussa les épaule, peu dérangé par ce changement de plan. Son fils pinça les lèvre. Bien sûr. Dès que l'on parlait de faire la guerre, son père était le premier à se porter volontaire pour devenir général. Lui mettre autant de pouvoir entre les mains ne lui plaisait pas. A quoi bon arriver jusqu'à Castelblanc pour voir son géniteur et son demi-frère s'entretuer avec la moitié du peuple du Cratère ? Shin le sortit de ses pensées en posant sa main sur son épaule.
"Il y a quelque chose qui ne va pas ? lui chuchota t-il.
- Je ne sais pas, répondit le mage sur le même ton. J'ai l'impression que cette histoire va très mal finir. Enoch cherche à nous faire croire que la guerre est inévitable. Il nous manipule, Shin. Il cherche à prendre le pouvoir. Nous sommes en train de devenir des pions qu'il pourra jouer comme il le veut sur son champ de bataille. Et je n'aime pas ça.
- Moi non plus, confia Shin. On risque d'envoyer des milliers de personnes à la mort. La plupart de ces gens sont des civils. Même si on les joint à notre cause, que peuvent-ils bien faire ?"
La question resta en suspens. Un demi-diable poussa violemment Théo et partit en courant vers la plaine. Avant que Balthazar ne puisse réagir, Enoch l'abattit d'un rayon de flammes. Le pauvre homme s'écroula au sol dans un cri de pur terreur qui choqua les aventuriers. Aucun d'eux ne parvint à piper mot pendant quelques secondes, avant que le mage ne fronce les sourcils.
"Mais pour qui te prends-tu ? cracha t-il à l'attention de son père. Il avait juste peur ! Tu n'avais pas le droit de le tuer !
- C'est un élément faible, répondit son père sur un ton qui leur glaça le sang. On ne peut pas se permettre d'avoir une rébellion dans nos rangs. Nos chances de survie sont quasi-nulles, fils. Si notre armée se disperse, nous sommes morts."
Furieux, Balthazar ne sut pas quoi répliquer. Les autres demi-diables, terrifiés, s'étaient collés les uns aux autres. Plusieurs d'entre eux s'étaient mis à pleurer. Théo se redressa et s'éloigna du groupe de quelques pas, pour ne pas les effrayer davantage.
"C'est pas en faisant régner la terreur que vous obtiendrez quoi que ce soit, grogna le paladin. Les générals sont de gros connards qui pensent pouvoir sacrifier de jeunes soldats sans avoir rien à craindre. Je ne cautionne pas ça. S'ils veulent se barrer, s'ils ont peur, ils nous seront pas plus utiles.
- Dois-je vous rappeler que j'ai participé aux guerres démoniques en tant que général, paladin ? menaça Enoch. Je sais comment gérer une armée, contrairement à vous.
- Dois-je vous rappeler que la plupart de votre armée a été anéantie par les paladins et que c'est à cause de connards comme vous que Balthazar et tous les autres doivent se planquer pour survivre aujourd'hui ? répondit-il sur le même ton. Vous n'êtes pas un putain de dieu, la guerre n'est pas un jeu, des gens vont mourir. Et si je dois perdre un de mes amis à cause de vos putains de conneries, je vous assure que même votre pseudo-immortalité ne permettra pas de sauver votre cul de ce que je vous ferais."
Enoch serra les poings. Une aura sombre et inquiétante l'entourait. Balthazar finit par se placer entre eux pour éviter qu'ils ne se sautent à la gorge. Il remercia silencieusement Théo du regard avant de se tourner vers son père, qui poussa un soupir.
"Laisse-moi deviner… Tu tiens avec le paladin. Fils, tu sais comme moi que l'armée d'Agnar ne nous laissera aucune chance. Sans rigueur, nous sommes tous condamnés !
- Tu veux vraiment savoir ce que j'en pense ? On est tes plus précieux alliés à l'heure qu'il est. Pour ma part, je pense que tu ne feras pas le poids face à Agnar. Si la situation tourne mal, je n'hésiterais pas à t'abandonner à ton sort."
La remarque cinglante passa mal auprès d'Enoch, qui se tendit.
"Tu pourrais être prince du Cratère. Tu pourrais vivre à l'abri de tous soucis, tout comme eux. Si tu les abandonnes, tu les condamnes tous."
Balthazar avança d'un pas, pour se retrouver yeux dans les yeux avec lui.
"Ecoute-moi bien. Je préférerais crever plutôt que de devenir roi de ton royaume."
Enoch le gifla violemment. Théo fit un pas en avant, la main sur son épée, mais Balthazar l'arrêta d'un geste de main. Il releva la tête, le regard noir, puis fit demi-tour et s'enfonça dans les buissons. Shin le suivit immédiatement. Grunlek posa une main sur le bras du paladin, qui menaçait d'imploser.
"La claque est la défense du pauvre, dit le nain d'une voix froide. Vous savez très bien qu'il ne sera jamais comme vous. Il est temps de l'accepter désormais."
Enoch l'ignora copieusement et retourna convertir de nouveaux demi-démons, sans dire un mot. Théo se tourna vers l'ingénieur, la mâchoire crispée.
"Il est dangereux.
- Oui, répondit Grunlek. Mais n'oublie pas que nous le sommes également. Tant que nous restons unis, il n'a aucune chance contre nous.
- Toujours optimiste, hein ?"
Grunlek lui sourit timidement. Théo ne remarqua le changement dans son regard que quelques secondes plus tard. Immobile, son regard s'était vidé de vie d'un seul coup et son sourire s'était perdu sur son visage.
"Grunlek ?"
Une ombre passa derrière lui. Aranwen avançait droit devant elle, le regard tout aussi vide que le nain. Théo attrapa Grunlek pour l'empêcher d'avancer. Le nain ne le voyait plus, il avançait et le traînait derrière lui.
"Grunlek ! Grunlek !"
Balthazar et Shin, alertés par les cris du paladin sortirent des buissons. Le demi-élémentaire courut vers Aranwen pour l'arrêter. Il eut beau la secouer, elle ne répondit pas à ses appels. Le mage, à la lisière de la forêt, resta silencieux un moment, avant de relever la tête.
"Il a élargi sa barrière aux nains et aux elfes, dit-il d'une voix morte. Nous n'avons plus d'armée. Et Agnar vient de gagner une force d'arme peu négligeable."
Comme pour confirmer ses dires, les premiers soldats nains et elfes apparurent à l'horizon. Ils avançaient comme des zombies. Le mage se laissa tomber sur un rocher.
"On est foutus…"
