LIVRE II
The Goblet of Fire
Chapitre XV – Open secret
« Enceinte ? De… Qui ?
- A ton avis ?
- Oui, Remus, » dit-il en secouant la tête. « Evidemment. Mais… Comment ?
- Je dois vraiment t'expliquer ?
- Tu l'as revu depuis que tu as quitté la maison ?
- Oui, » avoua-t-elle. « Il est passé à Poudlard. En février. »
Il passa une main sur son visage incrédule. Toute sa colère semblait s'être évanouie, au profit d'une stupéfaction teintée d'inquiétude. Elle détourna les yeux. Après la surprise viendrait l'agacement, puis la moquerie. Elle connaissait son frère. Elle le connaissait très bien. Elle attendit que la tempête commence… Mais elle ne commença pas. Elle n'arriva pas. Elle sentit sa main se poser sur son dos, doucement, comme s'il avait peur de la blesser. Elle risqua un regard vers lui. Il n'était pas agacé. Et il n'était pas moqueur. Il avait juste l'air anxieux. Comme au début de l'époque de l'Ordre, où la moindre nouvelle l'emplissait de peur à son égard. C'était avant que l'on s'éloigne l'un de l'autre. Elle déglutit. Une vague nausée monta en elle. Au moins savait-elle pourquoi, désormais.
« C'est… Une… Sacrée nouvelle. » Il semblait ne pas trouver les mots. Quelque part, elle lui en était reconnaissante. « J'imagine que tu ne le savais pas ?
- Non, avec… Ce qui s'est passé cette année, je ne m'en suis pas rendu compte.
- Remus est au courant ?
- Non, » souffla-t-elle. « J'ai peur de ce qu'il va dire. »
Il ouvrit la bouche comme pour ajouter quelque chose mais se ravisa. Il s'éclaircit la voix et caressa sa nuque d'un air distrait. Il ne pouvait que la comprendre. Il connaissait Remus aussi bien qu'elle, et il savait à quel point sa maladie l'obsédait… Qu'il le montre ou non. Et il n'avait jamais cessé de s'en vouloir pour ce qu'il avait fait treize ans plus tôt. Elle frissonna. Elle était terrifiée à l'idée qu'il s'enfuie. Il en serait capable. Après tout… N'était-il pas parti une première fois ? Non… Non, ça n'a rien à voir. Bien sûr que si, ça avait à voir. Elle posa la tête sur l'épaule de Sirius et ferma les yeux. Elle pouvait au moins compter lui, quoiqu'il arrive. Il venait de lui prouver. Même s'il devait toujours lui en vouloir… Et elle le comprenait. Lui aurait-il fait un coup semblable au sien qu'elle n'aurait pas attendu qu'il se réveille pour l'assassiner de ses mains.
« Il ne te laissera pas.
- Comment peux-tu le savoir ? Tu étais le premier à me dire de ne pas lui faire confiance.
- Je sais. » Il rejeta une mèche de ses cheveux derrière son oreille. « Mais quoiqu'il puisse faire ou dire il ne s'autorisera pas à partir une seconde fois.
- Et je ne l'autoriserais pas à revenir.
- Justement.
- Il va paniquer, » lâcha-t-elle avec une certaine lassitude. « Il va encore répéter que je ne devrais pas être avec lui et qu'il ne me mérite pas.
- Remus est mélodramatique quand il est question de toi ou de sa maladie. »
Elle haussa un sourcil et tourna la tête. Sirius souriait, presque moqueur. Elle lui lança un regard empli de reproches. Il ne trouva rien de mieux à faire qu'éclater de rire. Elle se mordit la lèvre mais finit par faire de même. Mélodramatique… C'est le mot. Même si l'entendre de la bouche de son frère équivalait pour l'hôpital à se foutre de la charité. De toute leur bande, c'était probablement lui, le plus dramatique. Toujours à surjouer. Toujours à pousser de hauts cris pour peu de choses. James l'encourageait dans son délire. Peter en rajoutait. Remus, plus calme, accumulait les petites piques sarcastiques. Elle était la seule à réussir à le battre et ce n'était pas toujours volontaire.
Merlin, qu'ils avaient tous changé. Elle se demandait parfois comment seraient James et Lily s'ils étaient encore vivants. Si le premier serait toujours cet imbécile fier et orgueilleux qu'il était plus jeune. Si la seconde lui tiendrait toujours tête avec le sourire. Elle aurait tout donné pour que l'un comme l'autre soit avec eux, dans cette maison. Oh Lily, toi tu saurais quoi faire. Quelle joie ça avait été, à l'époque, que l'annonce de sa grossesse. Et même si l'effervescence avait très vite été remplacée par de l'inquiétude, rien n'avait vraiment pu ternir l'excitation qui entourait la naissance d'Harry. Sirius avait manqué de perdre connaissance, quand il avait su. Quand James avait ajouté qu'il voulait qu'il soit le parrain, les deux hommes avaient bien failli s'embrasser. Elle s'était sobrement contentée de fondre en larmes quand il l'avait avertie qu'elle serait la marraine. Elle et Remus avaient littéralement couvert le bambin de tous les jouets possibles et imaginables. Quelle vie se profilait alors, pour Harry ! Quelle vie il aurait pu vivre, si ce monde n'avait pas décidé de s'abattre sur lui !
Etait-ce vraiment le destin qui était réservé à l'enfant qu'elle portait ? Perdre ses parents, ou l'un d'entre eux, dans une énième guerre dont il ne comprendrait jamais vraiment le sens ? Comment pouvait-on imaginer voir naître un bébé dans un tel climat ? Son sourire s'affadit avant de disparaître. Ce n'était certainement pas le moment, mais elle n'avait pas le choix. Le destin se jouait d'elle depuis tellement de temps qu'elle n'arrivait plus vraiment à distinguer son acharnement de son cours normal.
Elle était sur le point de se relever quand un fracas caractéristique retentit dans l'entrée. Son frère sursauta et sauta sur ses pieds, sa baguette à la main. Il s'avança jusqu'au hall, une main derrière lui pour l'inciter à ne pas bouger. Aussi obéissante qu'à l'ordinaire, elle le suivit néanmoins et se détendit en reconnaissant le directeur de Poudlard. Il leur adressa à tous les deux un sourire joyeux et replaça les plis de sa robe en s'avançant dans leur direction. Elle échangea un regard avec Sirius et ils regagnèrent le salon. Dumbledore s'assist avec une certaine élégance dans un des fauteuils et leur fit signe de faire de même. Elle resta debout, bras croisés sur sa poitrine. Elle avait la fâcheuse impression qu'il venait d'interrompre un moment d'intimité tel qu'il n'y en avait pas eu entre son frère et elle depuis de trop longues années.
« Sirius, Vega, une joie de vous voir, » sourit-il sans se préoccuper de sa réticence. « Ravi de vous voir en forme.
- Ravie de l'être. Je pensais que Remus était avec vous.
- Il l'était, jusqu'à il y a peu de temps. Je l'ai envoyé aller réunir les Weasleys.
- Les Weasleys ? » Sirius haussa un sourcil. « Pourquoi ?
- Ce sont actuellement les plus susceptibles d'aider Harry et donc d'aider notre cause.
- Je vous arrête, professeur, mais quelle cause ? Nous reformons donc l'Ordre, c'est décidé ? »
Elle s'était faite plus cassante qu'elle ne l'avait voulue. Il ne s'en formalisa apparemment pas et hocha la tête. Sa gorge se serra. Evidemment. Il n'avait pas dû être trop compliqué à convaincre. Sans doute attendait-il avec impatience qu'elle se propose pour ouvrir la demeure à la future résistance. Ou l'ancienne, selon le point de vue. Elle détourna la tête et son regard s'accrocha aux cadres pendus au dessus d'une console. C'était d'anciennes photos de Poudlard. Elles avaient remplacé les antiques portraits d'ancêtres Black plus ou moins illustres. Le passé les poursuivait où qu'ils aillent. Elle attendit un instant avant de reprendre.
« Je ne veux pas qu'ils sachent tous que je suis Gardienne du Secret. J'écrirai l'adresse sur un morceau de parchemin et vous le ferez lire à ceux que vous voudrez mais ils ne doivent pas être au courant.
- Ce qui est compréhensible, » lui assura-t-il, son habituel sourire calme aux lèvres. « Nous ferons comme vous le voudrez. Après tout, c'est vous la Gardienne.
- En effet.
- Vega, je ne crois pas que ce soit une bonne idée que tu t'impliques autant dans ton…
- Je n'ai plus dix-sept ans, Sirius. »
Elle lui lança un regard insistant et récupéra un parchemin et une plume. Elle se força à écrire en majuscules, de sorte qu'il était impossible de deviner qui les avait tracées à leur graphie. Le quartier général de l'Ordre du Phénix se trouve au 12, square Grimmaurd. Elle attendit que l'encre sèche pour vérifier que le mot était aussi anonyme que possible. Elle sentait l'attention de Dumbledore se concentrer de plus en plus sur elle et, craignant qu'il ne devine ou qu'il ne pose trop de questions, elle retourna vers lui pour le lui coller dans la main. Il l'observa un instant et acquiesça, satisfait.
« C'est tout ce dont j'avais besoin. Je dois maintenant aller le faire lire à vos futurs colocataires. Vous avez besoin d'aide pour tout organiser, peut-être ?
- Nous nous débrouillons.
- Très bien, alors j'imagine que je peux y retourner. A très bientôt, jeunes gens. Ne vous fatiguez pas trop. »
Il avait adressé son dernier conseil à Vega, les yeux rieurs. Elle se tendit instantanément tandis qu'il disparaissait dans un nouveau fracas. Espèce de… Elle se retint et s'éloigna avant que Sirius n'ait le temps de dire quoi que ce soit. Ils avaient des chambres à préparer avant que n'arrive tout ce beau monde que Dumbledore considérait comme ses alliés. Elle n'était pas certaine de connaître tous les membres de l'ancien Ordre par cœur, aussi n'essaya-t-elle pas de le reconstituer ne serait-ce que mentalement. En fin de compte, il manquerait toujours les plus importants.
Elle s'arrêta en bas des escaliers et s'éclaircit la voix. Elle n'avait pas revu Kreatur depuis son départ de la maison et elle n'avait qu'une envie relative de s'exécuter mais ils avaient besoin de lui s'il voulait que tout soit prêt à temps. Ne serait-ce que pour s'assurer que toutes les chambres étaient habitables – ils n'avaient évidemment pas eu le temps de faire le tri dans toutes les pièces de la maison. Elle l'appela et il ne fallut pas plus de quelques secondes pour qu'il apparaisse devant elle, toujours aussi rabougri et peu engageant.
« Bonjour, Kreatur. J'ai besoin que tu ailles ouvrir des chambres, disons… » Elle fit le compte rapidement. « Quatre, dans l'immédiat.
- Bien sûr, Kreatur est toujours heureux d'obéir à ses maîtres et de s'occuper de la noble maison des Black… Même si Kreatur a entendu, tout entendu, et sait que des traîtres à leur sang amis des moldus vont venir souiller la demeure de sa maîtresse, oh pauvre maîtresse…
- Assez. J'attends de toi que tu sois respectueux de nos invités.
- Respectueux… Oui, Kreatur le sera puisque sa maîtresse Vega Black le lui demande. »
La sincérité ne transpirait pas de ses propos mais il finit par monter les marches jusqu'à disparaître dans la pénombre de la cage d'escaliers. Elle secoua la tête de dépit et se dirigea vers leur pièce de stockage, où une grande majorité des draps et des oreillers étaient rangés. Le portrait de Phineas Nigelus n'était plus pendu là – Dumbledore avait sans doute demandé à Sirius de le ramener dans un endroit un peu plus digne de sa position. Hm. Il était pas si mal, dans le réduit. Elle récupéra une pile de couvertures et les empila dans le couloir. Elle y ajouta suffisamment de linges pour tous les nouveaux arrivants et appela Sirius pour qu'il l'aide à tout monter. Il râla, tergiversa, mais finit par accepter. Elle lui demanda de préparer n'importe quelle chambre du premier étage pendant qu'elle s'occupait du second. Elle fit flotter devant elle le tas de draps dans les escaliers et ouvrit la première pièce qu'elle trouva.
Par chance, il y avait deux lits jumeaux placés l'un à côté de l'autre. C'était la chambre qu'occupaient deux de ses cousines quand elles venaient en vacances chez leur oncle et tante. Elle était attenante à une autre pièce un peu plus petite dans laquelle dormait la troisième sœur, souvent Andromeda, d'ailleurs. Sa cousine préférée. La moins glaciale. La moins… Black, finalement. Elle était plus vieille qu'elle de presque dix ans, de sorte qu'elle ne la connaissait que mal. Elle avait fui ses parents pour épouser un né-Moldu, au grand désespoir de toute la famille. Ça n'avait été que le début, après tout Sirius était à peine rentré à Poudlard et, du même coup, déçu leurs propres parents, mais rétrospectivement, ce scandale familial avait comme annoncé tous les autres. Elle aurait aimé la rencontrer de nouveau. Elles auraient sans doute beaucoup de choses à se dire, désormais.
Elle rejeta ces pensées et fit les lits avec difficulté. Elle n'était pas très douée en sortilège ménager et elle n'était de toute façon pas douée en ce qui concernait les tâches ménagères en général. Elle y parvint néanmoins, au terme d'une bataille pour ainsi dire acharnée contre les plis et les bosses, le tout agrémenté de grimaces de sa part. Ses cicatrices tiraient encore un peu et elle peinait à rester pleinement concentrée. Elle vérifia que tout était propre, mais s'il y avait bien une chose qui ne pouvait être reprochée à Kreatur, c'était bien sa maniaquerie. Il ne laissait rien passer, ne serait-ce que pour que sa vieille maîtresse continue d'être fier de lui. Elle récupéra une feuille vierge dans le bureau et y inscrivit d'une écriture appliquée le nom de l'hôte qui y dormira. Ron Weasley. Elle la fixa sur la porte et héla Sirius.
« Tu en es où ?
- Je me bats avec tes fichus draps, » grogna-t-il. « Je ne vois pas l'intérêt d'être un sorcier si… Raaaah merde !
- Sirius ?
- Je me débrouille ! »
Elle éclata de rire et convoqua le reste du linge pour s'occuper des dernières chambres. Celle de Ginny et celle des jumeaux. Elle ne redescendit que lorsque tout fut près et elle n'eut guère le temps de se reposer puisque l'on frappa à la porte à peine cinq minutes après qu'elle soit redescendue. Elle soupira et, d'un coup de baguette, l'ouvrit. La famille Weasley presque au complet entra alors, les parents en premier. Elle leur sourit et leur fit signe de passer dans le salon. La joyeuse troupe obéit alors et elle put passer en revue tous ces gamins qu'elle avait eu dans sa classe. Elle leur sourit mais sentit leur gêne, tandis qu'ils s'installaient dans les canapés. Elle jeta un œil aux valisettes qui flottaient derrière eux. Elles avaient dû subir un sortilège d'extension pour pouvoir contenir toutes leurs affaires mais elle leur était plutôt grée. Au moins n'encombraient-elles pas l'entrée.
Son frère mit quelques instants avant de descendre à son tour et un silence pesant s'installa. Elle le brisa en proposant du thé. Molly l'interrompit alors pour venir l'aider et les deux femmes rejoignirent la cuisine – comme si deux personnes étaient nécessaires pour préparer une pauvre boisson chaude. Au final, elle dut laisser la mère de famille faire mais resta avec elle. La tension était moins importante ici, quoiqu'elles se jaugeaient quelque peu l'air de rien. Ce fut Vega qui, encore une fois, prit la parole pour la première.
« J'espère que vous vous plairez, ici, » dit-elle lentement. « Nous avons essayé de rendre la maison habitable mais… Il y a encore du travail.
- Vous avez fait du bon travail.
- Oh je vous en prie, tutoyez-moi, Molly.
- Vous êtes professeure. » Elle se tourna dans sa direction, un sourire bienveillant aux lèvres. « Je ne pense pas y arriver à tutoyer une professeure.
- Et une amie ? Ce serait possible ?
- Oh… J'imagine. »
Elle sourit et hocha la tête. Elle n'était pas très douée en ce qui concernait les relations humaines, mais elle savait que Molly était quelqu'un de bien et une femme dévouée. Si elle était ici, en connaissance de cause et de sa pleine volonté, c'est qu'elle était prête à soutenir Harry et à faire partie de ce nouvel Ordre que Dumbledore tenait tant à mettre en place. Elles échangèrent un regard complice et amenèrent les tasses au salon, où Sirius avait déjà commencé à discuter avec leurs invités. Arthur, légèrement en retrait, regardait ses enfants entourer le jeune homme et le harceler de questions. Lui semblait ravi qu'enfin il y ait de l'animation chez lui. Elle revint près de lui et lui adressa un clin d'œil. Ses lèvres se tordirent en un rictus amusé et il répéta le récit de son évasion avec force détails. La moitié d'entre eux était fausse, bien sûr, et aucun des enfants Weasley n'était vraiment dupe, mais son histoire provoqua les rires de l'assistance et la dissipation du malaise ambiant.
Elle n'avait pas la moindre idée de qui devait se joindre à eux, mais elle ne pouvait pas nier qu'elle était tout aussi heureuse que son frère d'entendre raisonner des voix vivantes dans la maison. C'était le dernier coup de pinceau apporté à la rénovation de la demeure. Maintenant seulement elle ne paraissait plus peuplée de fantômes et de vieux souvenirs. Elle-même se dérida, oubliant qu'elle était épuisée et que ses blessures la faisaient encore souffrir. Quelque part, elle retrouvait l'ambiance qu'elle laissait à Poudlard à chaque fois que les grandes vacances arrivaient.
Remus ne tarda pas à revenir, plus souriant que jamais. Lui aussi semblait touché par la bonne humeur environnante et il se précipita vers elle sitôt qu'il l'eut aperçue pour la serrer dans ses bras. Elle sentit son cœur se serrer à l'idée qu'elle allait devoir rompre la magie de ce début de vacances, à un moment ou à un autre, pour lui annoncer la nouvelle. Ça ne devrait pas être si terrible. C'était sensé être une bonne nouvelle, pas un secret si sombre qu'elle n'osait pas même l'aborder. La façon dont Sirius observait son ami lui laissait comprendre qu'elle n'allait pas devoir tarder à s'exécuter, au risque qu'il comprenne que quelque chose se tramait au manque cruel de discrétion de son frère. Elle leva les yeux au ciel quand il la regarda et se lova un peu plus dans les bras de son amant.
Elle se rendit compte que personne n'était au courant à la manière dont ils les regardèrent en silence. Ron eut l'expression la plus mémorable : un mélange entre de la stupéfaction, de l'horreur et de l'incompréhension. COMMENT ? Mes professeurs ONT UNE VIE ? Ne pouvant plus se retenir, elle éclata de rire et entraîna tout le monde avec elle. Elle passa une main sur sa nuque et se redressa, échappant alors à l'étreinte de Remus.
« Ah oui, nous ne l'avons dit à personne. Remus et moi…
- Convolez pour ainsi dire en juste noce, » soupira Sirius. « Oui, je crois qu'ils ont compris.
- Tais-toi, Patmol.
- Changeons de sujet, » intervint-elle avant que les choses ne dégénèrent. « Qui doit nous rejoindre, exactement ?
- Alastor Maugrey, le vrai. Mondingus Fletcher. Kingsley Shacklebot. Nymphadora Tonks.
- Nymphadora Tonks ? La fille d'Andromeda Black ?
- Elle-même. » Remus lui adressa un regard en coin. « Elle a insisté pour faire partie de l'Ordre et elle est une Auror très douée. Il y en a d'autres, mais Dumbledore se charge de les contacter.
- Pro… Vega ? J'ai proposé à Hermione de venir, pour les vacances. J'espère que ça ne vous dérange pas ?
- Bien sûr que non. Elle partagera ta chambre, Ginny. »
La jeune fille acquiesça, un sourire aux lèvres, tandis que son frère parut brusquement soulagé. Il allait falloir un peu de temps avant tout le monde ne s'habitue à cohabiter, mais les vacances s'annonçaient sous de relativement bons auspices. En dépit de Remus et de tout le reste. Comme si tout le reste n'était pas important… Elle attendit que tous les thés soient finis pour aider les Weasley à monter leurs affaires. Elle leur indiqua leur chambre et les incita une nouvelle fois à faire comme chez eux. Après tout, ce n'était pas vraiment chez elle, alors… Elle les laissa s'installer et rejoignit sa propre chambre. Son amant été en train de ranger ses affaires dans une des armoires récemment vidées. Elle s'arrêta dans l'encadrement de la porte et l'observa.
Il avait plutôt bonne mine, en dépit des récents évènements. Il y avait bien sur de lourds cernes sous ses yeux et il était un peu pâle, mais il était souriant. De bonne humeur. Elle s'approcha et se laissa tomber sur son lit. Il lui lança un coup d'œil et il se rembrunit légèrement en la voyant grimacer. Elle ne le vit pas, occupée à relever son haut pour voir sur son buste les enchevêtrements des cicatrices qu'avait laissé le sortilège de Croupton. Et pour essayer de percevoir ce qui grandissait en elle. Evidemment, rien n'était visible, pas en quelques heures. Elle soupira et se décala pour laisser Remus s'allonger près d'elle. Il effleura ses stigmates et replaça son pull. Il pouvait toujours les cacher, elles étaient là et elles le resteraient.
« Comment tu te sens ?
- Ça va, » mentit-elle à moitié. « Ça tire juste un peu.
- Vega.
- Je t'assure, ça va. J'ai passé suffisamment de temps à dormir.
- Qu'a dit le Magicomage ? » Il releva les yeux vers elle. « Pas de mensonge.
- Il m'a dit de me reposer. Tout simplement. Je suis solide, Remus.
- Tu n'es pas passée loin. C'est tout ce que je dis. »
Elle baissa le regard. Oui, bien sûr. Sirius lui avait fait la leçon et il s'était abstenu d'en rajouter, mais évidemment, il n'en pensait pas moins. Elle s'étendit un peu plus en feignant de ne pas avoir saisi le sous-entendu. Il leva les yeux au ciel. Il la connaissait assez pour savoir qu'elle fuyait tout simplement la conversation, et elle le connaissait assez pour savoir qu'il n'allait pas se laisser abuser par sa technique. Mais elle n'avait vraiment pas envie de s'appesantir sur ça pour l'instant. Elle était trop fatiguée pour ça, surtout maintenant qu'elle pouvait se poser sans avoir à attendre que quiconque arrive. De toute façon, à partir de maintenant, la maison allait devenir un moulin. Kreatur ne va pas du tout aimer ça, songea-t-elle avant de se rappeler qu'il n'aimait de toute façon pas grand chose.
Elle feignit d'être passionnée par la décoration de sa chambre pour ne pas avoir à soutenir le regard de Remus. Si elle devait vivre enfermée là avec son frère, il allait falloir faire quelque chose. Rendre la maison habitable avait été une chose, mais il fallait maintenant la rendre vivable et, si possible, agréable. C'était réalisable. Ce serait juste une question de patience et d'inspiration. D'ailleurs…
« Vega, ne fais pas semblant de ne pas me comprendre.
- Hmmm. » Grillée. « Ecoute, je n'ai pas envie d'en reparler. Sirius…
- A été assez clair, oui, je sais. Il n'empêche. Que tu n'aies rien voulu lui dire à lui, je peux le concevoir. J'aurais sans doute fait pareil. Mais à moi ? Tu ne me fais donc pas confiance ?
- Bien sûr que si. Ça n'a rien à voir.
- Bien sûr que si, » soupira-t-il. « Pourquoi tu t'es sentie obligée de tout faire toute seule ? J'aurais pu t'aider.
- Non, justement. Si qui que ce soit s'était mis à tourner autour de Mau… Croupton en même temps que moi, c'est Harry qui aurait trinqué.
- Tu as trinqué, Veg.
- Ah oui ? Sans rire ? »
Elle haussa un sourcil, l'air immensément sarcastique. Il n'ajouta rien et se contenta de la serrer un peu plus contre lui. Un autre homme lui en aurait sans doute beaucoup plus voulu d'avoir mis sa vie en danger aussi inutilement. Un autre homme ne serait pas là. Elle sourit légèrement, mais son sourire se figea quand elle sentit ses mains glisser de sa taille à son ventre. Il fallait toujours y revenir, quoiqu'il arrive. Bientôt, se jura-t-elle. Bientôt.
