Deuxième partie : Devenir chevalière
Lydwina – Chapitre 3
Elle n'avait eu le temps que de s'accrocher d'une main à une planche partiellement noircie et brûlante en sentant le plancher se dérober sous ses pieds. Un pur réflexe de survie qu'elle regrettait à présent en ressentant les douleurs atroces des brûlures sur cette main qui la retenait encore à la vie. Dans un geste désespéré, elle tenta d'assurer la prise en posant son pied sur une planche un peu plus bas mais celle-ci céda aussitôt sous son poids.
« Je ne veux pas mourir ! » fut sa seule pensée à cette seconde ... une pensée emplie de rage et de désespoir car elle ne voyait absolument pas un semblant de solution pour se tirer de ce mauvais pas. Sa robe flottante menaçait de s'embraser à tout instant car la chaleur qui montait des flammes sous elle devenait insoutenable ... même l'air qu'elle respirait lui semblait incandescent. Des larmes se mirent à couler ... Elle ne parvenait plus à se raisonner ni à maîtriser la peur qui lui dévorait les entrailles. De toutes les morts, c'était bien celle par le feu qu'elle avait toujours craint le plus depuis l'incendie qui avait coûté la vie à sa mère cette nuit maudite. Comment réagiraient ses soeurs en apprenant qu'elle aurait péri quasiment dans les mêmes circonstances ?
Elle baissa la tête et croisa au travers d'une trouée dans les épaisses fumées le regard clair de Frey, lui-même aux prises avec ce feu démentiel. Leurs regards se cherchèrent, s'accrochèrent, s'embuèrent et devinrent porteurs de leurs angoisses, attentes et espoirs respectifs.
Frey la vit se raccrocher de toutes ses forces à cette planche comme un naufragé le ferait sur une planche en pleine mer. Il avait lu à distance son courage, puis son désespoir rageur ... avait senti sa panique au moment où leurs regards s'étaient croisés. Il avait tenté, rien qu'avec les yeux, de lui communiquer sa force mais il sentait que les forces abandonnaient progressivement la jeune femme. Il devait absolument la rejoindre et la sortir de cet enfer.
Mais comment faire alors que lui-même ne parvenait pas à se dépêtrer de l'amas de planches qui se consumaient sournoisement autour de lui. Par deux fois déjà il avait tenté de s'en extraire et à chaque fois elles avaient cédé sous son poids, le faisant reculer des quelques précieux centimètres qu'il gagnait pour la rejoindre. Son manteau commençait à brûler et il ressentait les douleurs liées aux brûlures remonter le long de ses jambes. Il releva la tête en grimaçant ... Il était chevalier, par Thor ! Il devait faire quelque choses et surtout réussir à le faire vite. Son regard croisa une nouvelle fois celui de Lydwina et son sang se figea dans ses veines.
La panique qu'il avait lu quelques secondes plus tôt dans ses yeux avait fait place à une calme et sinistre résignation. Son regard était à la fois grave et serein. Ses lèvres bougèrent et il put lire distinctement « Je suis désolée ... dites à mes soeurs que je les aime ». Il vit une larme tracer un sillon clair sur ses joues noircies de suie. « Je vous aime » put-il lire enfin alors qu'elle ferma les yeux.
- Non ! Hurla-t-il en comprenant la signification de ces mots silencieux destinés qu'à lui seul
La nuit était tombée sur Odalwar, enveloppant le foyer rougeoyant d'un écrin de velours noir, lui donnant une dimension encore plus irréelle et apocalyptique. Il vit la main frêle lâcher la planche et le corps de Lydwina, enveloppé dans sa robe blanche comme dans un linceul, se précipiter vers le coeur du brasier vorace qui semblait l'attendre avec une joie intense. Il détourna le regard, ne souhaitant pas assister à cette fin aussi insoutenable à ses yeux qu'inenvisageable.
Tout était fini ... il avait échoué sur tous les points ... Albérich avait eu raison. Il n'était même pas guerrier divin, comment avait-il pu se croire capable d'assurer la protection, la formation de l'aînée des cinq héritières ? Et surtout, il n'avait pu lui dévoiler ses sentiments. Il tomba assis sur la planche effritée qui l'avait retenue tout au long du calvaire de la jeune femme. Que lui importait à présent de vivre ou mourir ?
- Chevalier ! Lui cria une voix qu'il lui semblait déjà avoir entendu.
- Frey ! Frey !
Il releva la tête en entendant les deux voix, non trois à présent qui scandaient son nom. Devenait-il fou à force de respirer ces fumées nocives ? Il tenta de se relever mais son bras gauche lui faisait mal tout comme ses jambes. En se relevant il comprit que les flammes lui dévoraient les membres. Sa douleur morale avait totalement occultée sa douleur physique.
- Oh mon dieu ! Il est là ! Cria la troisième voix, plus douce. Je le vois ... à droite de l'endroit où vous êtes ... Vite, il est en flammes !
Dans la seconde qui suivit, il ne comprit pas ce qui lui arrivait. Il eut l'impression après l'intense brûlure du feu d'être comprimé dans un étau glacé. La vision de la jeune femme tombant dans les flammes lui revint à l'esprit et se grava dans sa mémoire juste avant qu'il ne sombra dans le coma.
Les deux chevaliers et le guerrier divin étaient arrivés fourbus après leur long voyage et s'étaient attendus à un accueil plutôt chaleureux et réconfortant. Mais il n'en fut rien. En fait ils avaient d'abord manqué de se faire renverser par une troupe d'étranges cavaliers vêtus de noir avant d'être confrontés à une vision cauchemardesque. L'arrière du château d'Odalwar, qui tenait plus de la ruine que du palace à leurs yeux, était le théâtre d'un incendie qui occupait le milieu de la cour. Environ deux cent personnes se massaient autour, les yeux hagards et perdus, la main se couvrant la bouche, sans doute pour se retenir de hurler.
Le chevalier blond aux yeux glacés comprit l'urgence de la situation bien avant ses deux compagnons encore sous le choc lorsqu'il repéra une forme blanche tomber vers le centre du brasier. Se débarrassant du long manteau à capuche qu'il avait revêtu pour dissimuler son armure, il leva d'un geste brusque son bras et ouvrit sa main. Son cosmos blanc se déploya autour de lui, couvrant l'herbe et les pavés d'une fine couche de givre. De l'air froid et un vent glacial se dirigea à une vitesse difficilement perceptible pour un oeil humain vers la silhouette blafarde. Mais il eut l'impression que son intervention serait trop tardive tant la silhouette fonçait rapidement vers les flammes.
- Hyoga ... C'est trop tard, je crois ... fit la voix fluette de son compagnon de droite, qui ôta sa capuche dévoilant sa crinière verte.
- Non, regardez ... c'est ... c'est incroyable ... s'éleva la voix mélodieuse du guerrier divin qui leur servait de guide.
Un halo pourpre était apparu autour de la silhouette, l'entourant comme un cocon et semblant ralentir sa chute. Ils ressentirent un cosmos intense, violent et extrêmement puissant envelopper tous les environs.
- Qu'est ce que çà veut dire ? Murmura le guerrier
- Je ne sais pas ... mais je peux agir maintenant ...
Hyoga se jeta dans le brasier avant même que les deux autres n'eurent le temps de répliquer. Le feu, une minute plus tôt dévorant et incontrôlable se réduisit rapidement à quelques braseros isolés sous le vent glacial qui le cerna, le privant d'oxygène en tourbillonnant de plus en plus vite. Les planches se couvrirent de givre et de glace et Hyoga apparut tenant dans ses bras le corps inanimé d'une jeune femme. Il se dirigea vers ses amis mais un groupe d'hommes armés s'interposa. L'un d'eux s'avança vers lui, menaçant.
- Je ne sais pas qui vous êtes mais je vous demande de me remettre ma princesse afin que nous puissions lui donner une sépulture décente.
Le chevalier des glaces fronça ses sourcils tout en continuant d'avancer d'un pas tranquille.
- Je vous trouve bien pressés de l'enterrer. Elle respire encore ... Dégagez de ma route avant que je ne blesse quelqu'un accidentellement ...
- Comment ?
L'homme leva sa lance pour en frapper le chevalier lorsqu'une note résonna dans le silence de mort qui s'était abattu sur la cour. Quelque chose de fin et solide s'enroula autour de son bras, l'empêchant de poursuivre son geste.
- Ta loyauté envers ta souveraine est louable, mais comptes-tu vraiment combattre deux chevaliers d'Athéna et un guerrier divin avec une arme aussi dérisoire ? S'éleva la voix mélodieuse du guerrier dont le visage était toujours dissimulé par son capuchon.
- Qui ?
- Tu poses décidément trop de questions, reprit le guerrier en s'avançant vers Hyoga encerclé par les soldats d'Odalwar. Je suis le guerrier divin Mime de Benétash, venu en Odalwar sur ordre de notre souveraine Hilda de Polaris. Ces deux chevaliers sont des émissaires du Sanctuaire d'Athéna.
Sa voix était restée douce, mais d'une étonnante fermeté. Hyoga le considéra un instant et songea qu'il avait été chanceux de ne pas être tombé sur lui lors de la bataille d'Asgard. Il n'avait pas fallu moins qu'Ikki et Shun pour le vaincre. Le soldat semblait s'être statufié lorsque Mime avait négligemment fait tomber son manteau, dévoilant son armure écarlate aux yeux de tous. Shun l'avait rejoint et scrutait la cour de ses yeux inquiets.
- Où est Frey ? Je ne le vois pas ?
- Par Odin ! S'exclama le garde comme s'il revenait enfin à lui. Il était là-bas ... Il a voulu secourir notre princesse mais n'a pas réussi à monter sur l'escalier qui était déjà en feu ...
- Tu ne pouvais pas le dire plus tôt ! Grogna un Hyoga passablement énervé qui déposa Lydwina dans le bras de Shun avant de foncer vers l'endroit qui se consumait toujours mais plus lentement, aussitôt suivi par Mime.
Hyoga éteignit progressivement ce qui restait des marches, l'une après l'autre en le recouvrant de glace. Il ne souhaitait pas aller trop vite de peur d'emprisonner le chevalier. Mime consolidait les marches au fur et à mesure de leur progression.
- Chevalier, l'appela Mime
- Frey ! Frey ! Répéta Hyoga en le cherchant des yeux.
- Oh mon dieu ! Il est là ! Leur cria Shun en désignant un point sur leur droite. Je le vois ... à droite de l'endroit où vous êtes ... Vite, il est en flammes !
Hyoga et Mime parvinrent en même temps au niveau du jeune chevalier et Hyoga n'eut d'autre solution que de recouvrir son corps meurtri d'un cocon de glace jusqu'au cou. Avec d'infinies précautions les deux chevaliers descendirent le corps du chevalier jusqu'à terre. Shun les rejoignit, son précieux fardeau toujours dans ses bras, talonné de près par tous les gardes et les habitants présents dans la cour qui semblaient tous avoir retrouvé leur mobilité.
- Il est vivant, répondit Mime à leur question muette ... mais si brûlé que je me demande pour combien de temps.
- Il vivra ! Décréta une voix forte du fond de l'assistance. Laissez-moi passer, bande de poltrons et d'inutiles fainéants !
Les trois chevaliers se retournèrent, médusés de voir arriver devant eux une petite femme toute ratatinée et pleine de rides qui venait de fendre la foule avec tant de force.
- Qui êtes-vous ? Demanda respectueusement Mime après avoir confié Frey à Hyoga.
- Mon nom est Mauld ... je suis la nourrice de Lydwina et je veille sur elle depuis qu'elle est enfant ...
- Je me présente ...
- inutile de radoter, Mime ! Je ne suis pas sénile et encore moins sourde ... Suivez-moi ... il faut les mettre à l'abri et les soigner ... Ces deux-là finiront par me donner des cheveux gris !
Hyoga et Shun se regardèrent éberlués alors que Mime, une seconde déstabilisé par la verve de la vieille femme, lui emboîta le pas avec son flegme habituel. Mauld les conduisit rapidement à l'intérieur leur ouvrant largement les portes du rez-de-chaussée afin de les laisser passer. Elle gravit l'escalier menant au premier étage et les fit entrer dans une grande chambre, celle de Lydwina précisa-t-elle. Un unique et immense lit occupait la pièce. Hyoga et Shun déposèrent les deux jeunes gens l'un à côté de l'autre et Lydwina laissa échapper un faible soupir.
Mauld chercha des serviettes propres, une bassine en étain emplie d'eau claire qu'elle fourra sans ménagement dans les mains de Mime en maugréant « Rendez-vous utile au lieu de rester planté là ! ».
Shun se retint de rire en voyant la mine déconfite de l'un des plus grands guerriers d'Asgard se faire rabrouer comme un enfant par une femme qui ne lui arrivait même pas à l'épaule. Il se débarrassa de son manteau et se mit à éponger avec précaution le visage puis les bras de la jeune princesse. Il regarda brièvement ses jambes découvertes par la robe qui avait été brûlée jusqu'à mi-cuisse.
- Elle est sérieusement brûlée ...
- Lui aussi, constatait Hyoga en ôtant progressivement la glace qui recouvrait Frey. On devrait peut-être les emmener chez nous à l'hôpital ... ils ont besoin de soins urgents ...
- un hôpital ? Chez vous ? Releva Mime en fronçant un sourcil.
- Balivernes ! S'écria Mauld. Lydwina ne bougera pas d'ici. Je vais chercher notre guérisseuse ! Vous n'avez pas intérêt à les enlever durant mon absence, jeunes gens ... Asgard ne serait pas assez grand pour vous cacher !
Elle sortit dans un tourbillon de jupes et ils entendirent les portes claquer au-dessous d'eux avant que le silence ne s'installa.
- Elle est ... particulière, commenta simplement Mime en s'approchant de Hyoga. Tu penses qu'il s'en sortira ?
- Honnêtement, je ne sais pas ... Ses membres sont brûlés sur les trois quarts de leur surface. Il doit souffrir le martyr.
Hyoga frissonna involontairement. S'il y avait bien une mort qu'il redoutait plus que toute autre, c'était celle-ci.
- Hyoga ?
- mmm ... oui Shun ?
- Est-ce que tu as vu comme moi cette aura qui a enveloppé Lydwina juste avant que tu n'entres dans le feu ?
Hyoga acquiesça d'un hochement sec de la tête.
- oui, moi aussi, confirma Mime. Et je n'ai jamais été confronté à un tel cosmos ... Si cela venait d'elle, cela voudrait dire qu'elle est sans doute bien plus forte que nous tous réunis.
- oui, pourtant je ne ressens plus rien à présent. C'est étrange, j'ai eu l'impression que sa chute avait été ralentie par cette force.
- C'est exact, confirma une nouvelle fois Mime de sa voix mélodieuse. Je partage ce sentiment.
Le regard pourpre croisa et s'accrocha à celui profond et pur du plus jeune chevalier divin d'Athéna. Un ange passa dans la pièce à nouveau silencieuse. Hyoga s'était posté devant la fenêtre et observait la foule encore massée dans la cour. Ils attendaient sans doute de bonnes nouvelles de leur part. Heureusement qu'ils étaient arrivés à temps, sinon l'une des soeurs aurait péri dans ce brasier et n'aurait pu revêtir son armure pour affronter Hel.
Il posa son front contre la vitre glacée. Il avait hâte que tout çà soit fini et qu'il puisse regagner la Sibérie et sa solitude glacée. Son devoir lui pesait, il avait besoin de repos ... enfin, non ... il avait surtout besoin d'être loin d'elle depuis qu'il était revenu d'entre les morts. Elle avait fait son choix envers et contre tout. Il aurait pu s'effacer et s'incliner devant cette décision s'il l'avait senti heureuse mais il sentait qu'elle ne l'était pas vraiment.
Shun s'arracha au regard pourpre et dévisagea Hyoga, son meilleur ami depuis qu'ils s'étaient mis au service d'Athéna. Le chevalier blond l'inquiétait. Il devenait aussi sombre et renfermé que son maître. Il soupira discrètement et se remit à sa tâche. Pourvu que Mauld revienne vite avec la guérisseuse et que celle-ci ait un moyen de les sauver tous les deux. Il se voyait mal revenir au Sanctuaire et chez Hilda pour annoncer la mort prématurée de l'un des deux.
- Elle ne mourra pas ... et lui non plus, souffla Mime en prenant sa lyre et en s'installant contre le mur faisant face au lit. Je peux jouer un requiem pour emmener doucement mes adversaires vers l'au-delà mais je sais également jouer la mélodie qui les retient en vie. Je jouerai aussi longtemps que cela sera nécessaire ...
Son aura pâle s'intensifia tandis qu'il pinçait les cordes de sa lyre. Il fit courir ses doigts longs et fins sur l'instrument faisant naître une musique sublime et douce, porteuse d'espoir et d'optimisme qui envahit la pièce. Le coeur de Hyoga se serra et celui de Shun fondit.
A quelques kilomètres de là, en pleine forêt et sous la lune blanche, la vieille Mauld venait d'arriver devant la petite masure de la guérisseuse qui avait déjà tant de fois porté secours aux filles de l'Ansirik d'Odalwar. L'endroit paraissait désert, abandonné même avec les herbes folles qui envahissait les clôtures et grimpaient jusque dans les volets jamais fermés, mais elle savait par expérience qu'elle était bien là.
Un gros chat gris émit un gémissement plaintif lorsqu'elle poussa la porte contre laquelle il s'était endormi et lui jeta un regard mauvais tout en s'éloignant d'un pas claudiquant à cause de sa patte manquante. Elle sourit en voyant la véritable ménagerie qui avait pris place dans la pièce principale du modeste chalet ; outre le chat à trois pattes, il y avait un faon avec une attelle à la patte arrière droite, deux oiseaux ayant chacun une aile enrubannée et un louveteau a priori aveugle. Les proies et les chasseurs blessés formaient un tableau à la fois comique et émouvant.
- Ysolde, appela-t-elle à mi-voix, ne voulant pas troubler le repos de toutes ces malheureuses bêtes. Où es-tu ? J'ai besoin de toi ...
Mauld entendit un bruit léger dans la pièce du fond, celle où Ysolde rangeait ses ingrédients de base qui lui servaient à concocter ses potions, remèdes et parfois poisons. Elle vit la vieille femme aux longs cheveux blancs et aux étonnants yeux verts encore pleins de vitalité s'avancer vers elle de sa démarche souple.
- Mauld ? Par Odin ! Cela fait bien longtemps que tu n'es plus venue jusqu'ici ... il doit se passer quelque chose de grave ...
La vieille Mauld opina du chef tout en s'asseyant sur l'un des deux tabourets rangés sous la table en chêne massif. La route qu'elle avait dévalée depuis le château avait épuisé ses vieilles jambes. Elle eut un sourire las.
- Oui, très grave ... l'avenir est en marche ... tu dois être au courant ...
La guérisseuse alla jusqu'au chaudron suspendu au-dessus du foyer dans lequel de l'eau bouillonnait et remplit deux bols à l'aide d'une louche en bois avant d'y jeter quelques herbes. Elle revint avec le breuvage odorant et rajouta quelques gouttes d'un liquide verdâtre au bol destiné à Mauld qui le huma l'air circonspect.
- C'est un fortifiant, expliqua Ysolde d'une voix douce. Pour tes jambes ... tu dois encore tenir bon ... Nous ne sommes qu'au début de cette épreuve ...
Un voile de tristesse embruma le regard de la vieille femme qui prit une gorgée du liquide fumant en grimaçant.
- Elle est encore si jeune, Ysolde ... Elles le sont toutes encore ... bien trop pour ce combat ...
- Elles n'auront guère le choix, leur destin est désormais écrit et nous connaissons toutes les deux les enjeux de l'échéance qui approche ...
Elle marqua une pause avant de s'approcher de l'unique fenêtre de sa demeure.
- Regarde la lune ... Elle est si claire ce soir, bien plus qu'elle ne l'a été depuis ce jour funeste ... L'une d'entre elles a retrouvé son peuple ce soir et il nous le fait savoir ... encore une fois ...
- Je sais, maugréa la vieille Mauld. La lune est bien trop brillante pour que cela soit anodin. Mais il y a plus grave ... Des hommes ont tenté d'assassiner la princesse Lydwina et y seraient sans doute parvenus sans l'intervention providentielle de trois chevaliers envoyés par Hilda et le Sanctuaire ... Elle est gravement brûlée et son protecteur également. J'ai besoin de ton aide ...
- Je prends quelques affaires et je te suis. Ne t'inquiète pas, je saurais la soigner.
- Je le souhaite ... L'Ansirik est absent ...
Ysolde sourit légèrement à l'évocation du souverain d'Odalwar.
- Je sais ... Ce vieux bouc a fait tant de raffut en partant il y a quelques jours que tous les animaux de la forêt m'en ont parlé ...
Elle farfouilla dans la pièce et Mauld entendit tinter différents flacons et fioles.
- Ils m'ont également rapporté que des espions de Tyralcen cherchaient à me localiser ... sans doute pour m'interroger sur Myrna ...
Mauld caressait le faon et le louveteau qui s'étaient tous deux collés contre elle en quête de quelques câlins. Elle haussa un sourcil interrogateur.
- Tu ne souhaites pas leur parler ?
- Pas pour le moment ... L'heure n'est pas encore venue ... J'attends une autre personne ... Un guerrier rongé par le remord ... mais aujourd'hui, il ne le sait pas encore ...
Ysolde se planta devant Mauld et dispensa également des caresses à ses protégés.
- Tu parles encore par énigme, grommela Mauld en se relevant. Il n'y a que toi qui te comprennes, vraiment !
Ysolde éclata d'un rire cristallin et léger qui contrastait avec son allure de respectable vieille dame.
- Allons, ne t'énerve pas ... Tu sais très bien que je ne peux tout te dire ... pour le moment ... à chaque jour suffit sa peine, tu connais le dicton ... et pour le moment nous avons une princesse et son chevalier servant à sauver ...
Mauld désigna les animaux blessés.
- Et que va-t-il advenir d'eux ?
- Je les protège toujours ... Ils sont en sécurité chez moi ... Comme d'autres l'ont été avant eux ...
Mauld frissonna violemment en repensant à cette nuit maudite et à d'autres nuits tout aussi terrifiantes. Oui, ils n'avaient rien à craindre ici.
Shun et Hyoga s'était assis l'un sur le lit, l'autre sur le rebord de la fenêtre, la tête baissée et les bras croisés. Ils rongeaient leur frein. Cela faisait déjà plus de deux heures que la vieille femme les avait laissé là et cela faisait tout autant de temps que Mime jouait sans s'arrêter une seconde de sa lyre.
Malgré son air calme et son apparente tranquillité ils le sentaient de plus en plus concentré ... L'effort qu'il fournissait pour maintenir le même rythme dans sa musique devait être important et coûteux en énergie. Ils percevaient parfois un léger soubresaut dans son cosmos, défaut de concentration que Mime corrigeait aussitôt sans ouvrir un oeil, sans émettre un mot, sans même une expression sur son visage aussi lisse que celui d'une statue.
Shun leva les yeux et l'observa à la dérobée. A ce moment précis, il lui rappelait Shaka. La même sérénité, la même force et la même expression calme et posée. Il avait toujours beaucoup admiré Mu pour ces mêmes qualités. Ces qualités qu'il tentait lui-même d'acquérir mais il sentait que la route était encore longue avant de pouvoir ne serait-ce que les égaler. Alors que tous trois parvenaient à un certain détachement, il savait qu'il ne pourrait le faire aussi facilement. Il ne pouvait s'empêcher de ressentir de la compassion allant parfois jusqu'à l'empathie pour ses adversaires ou même pour tout être vivant qu'il côtoyait.
Il allait soupirer et reprendre sa position d'attente lorsque la porte s'ouvrit à la volée sur Mauld et une grande femme aux longs cheveux blancs et aux yeux verts.
- Odin soit remercié ! S'écria Mauld; Vous êtes toujours là ! Comment vont-ils ?
- Ils sont en vie, annonça tranquillement Mime tout en poursuivant sa musique. Pour le reste je crois que vous avez trouvé la guérisseuse.
- Oui, guerrier. Vous pouvez cesser de jouer à présent ... Je vais m'occuper d'eux.
La voix d'Ysolde résonna à leurs oreilles comme un doux bruit cristallin de cascade. Mime ne cessa pas de jour pour autant.
- Vous ne pourrez vous occuper des deux à la fois. Je poursuis afin de tenir le second ou la seconde en vie ...
Ysolde eut un léger sourire et se tourna vers le lit ou reposaient les deux jeunes gens. Malgré leurs blessures et la terrible douleur qui devait les ronger, ils avaient les traits du visage parfaitement sereins ; sans aucun doute l'oeuvre de la musique apaisante de Mime. Elle comprenait mieux pourquoi il tenait tant à poursuivre, même si elle devinait ce qui lui en coûtait. Elle devrait faire vite ... Mais avec autant de personnes présentes, la tâche s'avèrerait plus ardue.
- Je préfèrerai être seule avec eux ... Mime, si vous y tenez tant, vous pouvez rester ...
- Pourquoi ? Fit Hyoga, légèrement suspicieux. Que souhaitez-vous nous cacher ?
- Mes remèdes tiennent autant des plantes que de la magie, expliqua Ysolde sur le ton de la conversation.
- de la magie ? Répéta Hyoga en ouvrant des yeux cette fois plus que suspicieux. On vous demande de les guérir pas de leur jeter un sort !
Mauld alla répliquer lorsque Ysolde se retourna et planta ses yeux émeraudes dans ceux azuréens du jeune homme qui recula d'un pas. Son regard avait quelque chose de profondément dérangeant car elle semblait lire en lui, allant jusqu'à fouiller ses pensées les plus secrètes. Il agrandit les yeux d'horreur lorsque sa conscience fut confrontée à certaines images qu'il tentait d'oublier.
- Hyoga ? L'interrogea Shun en le tirant légèrement par l'avant-bras. Que t'arrive-t-il ?
- Votre ami a besoin de repos, annonça Ysolde juste avant que le chevalier des glaces ne s'écroula sur le sol.
- Hyoga ! Hurla Shun en s'agenouillant à ses côtés. Que lui avez-vous fait ?
- Rien ... Je lui ai juste montré des images qu'il avait enterrées bien profondément dans sa mémoire. Mauld, emmène les deux chevaliers d'Athéna avec toi ... Qu'ils se reposent tous les deux.
- Comme tu veux Ysolde ... mais sauve-la.
- Je ferai de mon mieux ...
Ysolde se tourna vers Shun qui se relevait, Hyoga dans les bras. Elle lui sourit avec bonté.
- Vous êtes un chevalier aux qualités de coeur et de courage exceptionnelles. Pourquoi voudriez-vous ressembler à quelqu'un d'autre ? Prenez soin de lui ... Il a grand besoin d'un soutien en ce moment.
- Co .. Comment savez-vous ce que je ...? Shun ne parvenait qu'à balbutier devant cette femme étrange.
Il sentait qu'elle n'était pas dangereuse, ni mauvaise. Au contraire, son regard était doux, chaleureux et empli de bonté. Il vit une légère aura verte aux reflets dorés l'entourer alors qu'elle s'occupait déjà de Lydwina.
- Venez Chevalier, le pressa Mauld. Il faut sortir maintenant.
La porte se referma sur eux, laissant Ysolde et Mime seuls avec les blessés. Mime n'avait pas bougé d'un iota. Il n'avait même pas ouvert les yeux lorsqu'il avait entendu le bruit mat du corps du chevalier du cygne lorsqu'il avait touché le sol. A présent, il ne ressentait que les douces vibrations des ondes de cosmos de la guérisseuse. D'après lui, elle cherchait à entrer en contact avec les énergies des blessés ... peut-être une manière de parvenir à les guérir plus vite.
- C'est exact murmura-t-elle sans lâcher les mains de Frey et Lydwina. Tout comme vous avec votre musique, je veux d'abord guérir leur âme. A leur stade de blessures physiques, il est inconcevable qu'ils aient une chance s'ils ne sont pas prêts à se battre pour vivre. Cette bataille sera douloureuse, surtout dans les premières heures où ils vivront un vrai calvaire. S'ils ne sont pas en état de lutter, c'est comme s'ils étaient déjà morts.
Mime ne rajouta rien mais continua de jouer, presque en sourdine afin de ne pas perturber les actes de l'étrange femme. Elle récitait une longue prière dans un dialecte qui devait être du très vieil asgardien. Il n'avait jamais rien entendu de comparable. Cela ne ressemblait même pas à l'antique langue utilisée et connue encore des seuls représentants d'Odin. Qui était-elle ?
La scène dura environ une heure. Ysolde récitait sans faiblir ses incantations tandis que Mime jouait de moins en moins fort. La musique devint quasiment inaudible et il finit par cesser de jouer. Une goutte de sueur perla à son front et coula le long de sa tempe. Il se sentait vidé et frustré. Il n'avait pas réussi à tenir plus longtemps et à présent, les deux jeunes gens allaient être confrontés à leur atroce douleur.
Ysolde lâcha leur main et commença à les badigeonner d'onguent tout en poursuivant sa litanie. Elle s'occupa d'abord de Lydwina, lui bandant progressivement les pieds, les jambes et les bras avec dextérité. Ses gestes étaient rapides, précis. Elle pencha légèrement la tête de la princesse vers l'avant et lui fit avaler quelques gouttes d'un liquide quasiment noir.
- C'est un calmant, afin qu'elle se repose un maximum durant la nuit, expliqua-t-elle en sentant le regard perplexe de Mime posé sur elle.
Elle reprit sa litanie et fit de même avec Frey, tout en doublant les quantités d'onguent et de potion. Enfin, elle se redressa et se tut. Un silence de plomb s'abattit dans la pièce, juste parfois coupé par un gémissement de Frey ou Lydwina. Ysolde posa la main sur leurs fronts baignés de sueur.
- Le plus dur est à venir dans les prochaines heures ... S'ils passent les prochaines nuits, ils seront sauvés. La suite dépend d'eux, de leur courage, de leur volonté de vivre ... Je vais veiller sur eux ... Vous pouvez partir vous reposer, Mime.
- Qui êtes-vous réellement ? L'interrogea sans détour le guerrier blond.
Ysolde lui offrit un large sourire tout en prenant place dans l'un des fauteuils de la chambre.
- Pourquoi n'êtes-vous pas intervenu quand votre ami est tombé à terre ?
- Je savais que vous ne lui aviez rien fait de mal ... Votre cosmos est particulier mais absolument pas agressif ni fourbe. Qui êtes-vous ?
- il est trop tôt pour vous apporter cette réponse qui s'imposera à vous comme une évidence dans quelques temps ...Mais je peux vous dire que l'on m'a confié la mission de protéger les princesses d'Odalwar et je le ferais.
- Votre cosmos n'a rien de comparable avec un simple chevalier ... il est bien plus puissant ... d'autant plus que vous le conteniez et n'utilisiez que le strict nécessaire, compléta-t-il en la fixant de ses yeux rouges.
- Vous êtes perspicace, Mime ... bien plus que d'autres guerriers divins. Odin a fait un choix judicieux, vous incarnez cette armure à la perfection. Mais vous devriez aller vous reposer après les efforts que vous avez fournis pour eux. Tenez ...
Elle lui tendit un petit gobelet d'étain empli d'une potion à l'odeur agréable. Il prit le gobelet et le huma d'un air circonspect.
- Ce n'est pas du poison, le rassura-t-elle. Juste une infusion de plantes favorisant la relaxation et incitant au calme. Cela vous aidera à vous reposer un peu ...
Le guerrier divin inclina la tête et but le contenu du gobelet avant de le tendre à la guérisseuse puis sortit. La réponse énigmatique d'Ysolde l'intriguait encore. L'aura de cette personne n'avait rien de comparable avec celle des chevaliers qu'il avait côtoyés jusqu'alors. Elle était puissante, encore bien plus qu'elle ne l'avait montrée car il avait senti une retenue dans son utilisation. Elle lui faisait d'avantage penser à celle d'Hilda ou d'Athéna. Se pourrait-elle qu'elle soit la réincarnation d'une déesse ? C'était si absurde, si tiré par les cheveux qu'il se garderait bien d'en faire part à quiconque avant d'en être sûr.
Si les chevaliers d'Athéna apprenait qu'une réincarnation se promenait en Asgard, il voyait déjà le scénario où toute la troupe des divins et or réunis débarqueraient à la recherche de celle qui pourrait éventuellement nuire à leur déesse. Dès lors qu'il s'agissait de protéger Athéna, il avait déjà pu remarquer que certains d'entre eux avaient tendance à frapper et poser des questions ensuite. Certes, il exagérait leur réaction, mais le mieux était de rester prudent. Peut-être devrait-il en faire part à Mu et Hilda tout de même ? Il se gratta la tête en proie à une grande lassitude et une certaine fatigue après ses efforts.
Il ouvrit la porte de la première pièce se trouvant à côté de la chambre de Lydwina et vit Hyoga étendu sur un lit, Shun assis à ses côtés. Mauld regardait par la fenêtre et se retourna lorsqu'elle entendit la porte s'ouvrir. Elle ouvrit de grands yeux interrogateurs lorsqu'elle vit le guerrier tituber légèrement avant de s'appuyer contre le mur.
- Mime ! S'exclama Shun. Est-ce que çà va ? Tu es très pâle ...
- çà ira ... Elle les a soigné ... Il faut attendre à présent, deux jours au moins, probablement plus. Après nous saurons s'ils vivront ou mourront.
- Je vais immédiatement rassurer nos gens, déclara la vieille femme en sortant rapidement de la chambre.
Mime passa sa main devant son visage et écarta d'un geste agacé les mèches rebelles qui s'y trouvaient, geste qui le déséquilibra légèrement. Shun s'approcha de lui et passa son bras au-dessous de ses épaules pour l'amener vers le lit et l'étendre d'un geste ferme mais doux.
- je n'ai pas besoin d'aide, grogna Mime.
- je crois que si, au contraire murmura Shun. Tu es épuisé.
- Je n'ai jamais joué aussi longtemps, çà doit être pour çà.
Ses pensées s'embrouillaient légèrement. Il devait parler de quelque chose à Hilda mais de quoi s'agissait-il ? Il aurait pu jurer qu'une minute plus tôt il le savait encore ...Il eut un sourire qui se transforma en rire sous les yeux ébahis de Shun qui n'y comprenait plus rien.
- Mime ... que s'est-il passé dans cette chambre ?
- je crois qu'elle m'a drogué ! Finit par dire Mime. Je me souviens de tout sauf ce qui c'est passé dans cette pièce après votre départ.
Shun regarda dans la direction de la chambre des deux jeunes gens avec anxiété.
- tu crois qu'elle leur a fait du mal ? Qu'ils sont en danger ?
Mime secoua la tête et se releva avec brusquerie. Sa tête le lança et tout se mit à tourner autour de lui. Il sentit une main douce s'appuyer contre son armure pour le repousser vers le lit et s'en saisit. Shun resta figé, tout en regardant les doigts longs et fins de Mime s'enrouler autour de son poignet. Il croisa le regard rouge, vaguement troublé du guerrier et s'empourpra légèrement.
- Tu devrais rester coucher ... pour te reposer, Mime ... J'irai voir ce qui se passe ...
- on était trois et en moins de quatre heures deux sont déjà hors circuit ! Grogna Mime en posant les yeux sur Hyoga. Il dort toujours ? Il hiberne ou quoi ?
- les cygnes n'hibernent pas, il migrent, sourit Shun. Et je crois qu'il a besoin de retourner dans son pays ... Il est très attaché à la Sibérie.
- Nous sommes tous attachés à la terre qui nous a vu naître ... pas toi ?
Shun soupira discrètement et afficha un sourire rassurant. Je ne sais pas trop d'où je viens, ni même plus où j'ai envie d'aller. Pour le moment je vis au Sanctuaire, mais je ne m'y sens pas chez moi ...
- Je ne pourrais vivre en-dehors d'Asgard ... et je crois que pour tous les Asgardiens il en va de même, nous somme liés à notre terre par des liens bien plus puissants que tout ce qu'on peut imaginer. En fait, l'idée même de partir sous de plus chaudes latitudes est une hérésie pour les Asgardiens.
- Et pourtant vous avez tous suivis Hilda lorsqu'elle a mené, contre son gré, la bataille contre le Sanctuaire pour vous amener vers des terres plus douces.
- Oui, par loyauté ... fidélité ou désir de conquête pour certains ...
- et toi ? Pourquoi l'avoir suivie ?
Mime haussa les épaules d'un air désintéressé mais Shun savait qu'il n'en était rien. Il avait souffert durant cette bataille et il savait que le guerrier souffrait encore de la vérité qu'Ikki lui avait montrée.
- par reconnaissance je suppose. Elle avait fait de moi un guerrier divin, mon ultime but.
- Et maintenant ?
- quoi maintenant ? Fit le guerrier en tentant une nouvelle fois de se relever.
- que comptes-tu faire ? Après cette guerre ...
- Je penserai à l'après quand je serai encore en vie ... Bon sang, chevalier, vas-tu me laisser me lever !
- Non ! Il te faut du repos et crois-moi, tu vas le prendre ! On a encore deux voir plusieurs jours à tenir ...
- inutile de résister Mime. Il est doux mais extrêmement têtu et horripilant quand il s'y met ! Surtout quand il est décidé ! Grogna la voix de Hyoga qui se releva d'un bond.
- Hyoga ! Toi aussi tu as ...
- Besoin de repos ... oui, je sais ! Mais comment veux-tu que je me repose avec vous qui faites bouger le lit en sautant dessus comme vous le faites ! Je vous laisse celui-ci ! Soyez sages ! Pas trop de folies ! Lança Hyoga en sortant à toute vitesse de la chambre.
Mime cligna des yeux surpris tandis que Shun rougit instantanément comme un petit garçon qui venait de se faire prendre par son père le doigt dans le pot de confiture. Ils étaient à vrai dire dans une curieuse position. Mime à moitié couché, Shun agenouillé entre ses jambes pour tenter de le recoucher, et les mains dans les mains.
- Qu'est ce qu'il a voulu dire ? L'interrogea Mime
- Aucune idée ! Mentit Shun en rougissant de plus belle avant de lâcher ses mains.
Il vit avec exactitude le moment où Mime comprit car il devint aussi rouge que son armure.
- Faut pas faire attention à lui, poursuivit Shun en se levant pour s'éloigner vers la fenêtre. Il est un peu grognon en ce moment ...
- Mmm ...
Mime n'était pas convaincu de cela, mais alors pas du tout. Mais c'était la réaction de Shun qui l'intriguait le plus. Pourquoi se mettait-il à rougir ainsi à tout propos en sa présence ? Ce petit manège durait depuis plusieurs jours déjà. Depuis qu'ils étaient partis ensemble du Palais d'Hilda. Se pouvait-il que ... Non, c'était impossible ... Son coeur fit un bond dans sa poitrine et se mit à cogner plus fort et plus vite. Il contempla la silhouette gracile de Shun qui se découpait devant la fenêtre. Ce dernier avait déjà retiré son armure. D'instinct, il semblait avoir deviné que tout danger immédiat était écarté. Il semblait encore bien plus menu sans son armure divine.
Il resta figé devant cette vision alors que de son côté Shun contemplait avec obstination la nuit encore noire. Le soleil allait bientôt se lever mais ce n'était pas ce qui le préoccupait. Tous ses muscles étaient tendus à l'extrême. Il crut même qu'ils allaient se rompre lorsqu'il entendit le bruit métallique de l'armure de Mime qui reprenait sa forme de totem. Sa nervosité croissait au fur et à mesure des secondes, puis des minutes qui passaient avec une lenteur et une constance exaspérante.
Shun avait senti avec intensité le jeune guerrier divin se rapprocher de lui et il crut même qu'il allait lui parler. Mais ce dernier semblait s'être ravisé au dernier moment et Shun entendit le matelas gémir sous le poids du corps pourtant fluet de Mime.
Mime venait de quitter son armure, tout danger ayant été écarté au moins pour quelques heures. Il avait voulu poser la question à Shun mais lorsqu'il était arrivé près de lui, il s'était trouvé extrêmement bête. Si Shun ne comprenait pas le sens de sa question, il aurait l'air d'un bel idiot. C'est donc l'esprit empli de doutes et le coeur tiraillé qu'il se détourna et se rassit sur le lit. Lui-même n'était pas sûr de lui, comment poser cette question à un homme ... non, pas un homme ... mais cet homme là. Il se mordilla la lèvre inférieure et finit par se coucher, tournant le dos à la porte.
- Je vais suivre ton conseil et me reposer, murmura-t-il Tu devrais faire de même, rajouta-t-il en trouvant sa voix inhabituellement rauque.
Les épaules de Shun s'affaissèrent un court instant avant qu'il ne retrouva sa bonne humeur habituelle.
- J'y vais également ... Mauld me trouvera une chambre. A demain, Mime. Bonne nuit ... enfin, pour ce qu'il en reste. Nous nous retrouverons dans quelques heures ...
- Oui ... dans quelques heures.
Lorsqu'il entendit la porte se refermer derrière le chevalier, Mime sut déjà qu'il ne dormirait que très peu.
Tout était blanc autour d'elle … elle avait ressentie une douleur atroce, avait ressenti la morsure des flammes sur ses chairs et avait senti l'odeur de soufre du brasier qui allait l'engloutir lorsqu'elle s'était laissée tomber juste avant de sombrer dans l'inconscience … et à présent tout était blanc.
Elle protégea ses yeux de cette lumière si vive, presque agressive et tenta de discerner une ombre, une silhouette, quoi ou qui que ce soit dans cet étrange lieu où elle semblait flotter plutôt que marcher. Une certitude vint effleurer son esprit … elle était morte. C'était pour cela qu'elle avait atterri dans cet univers étrange et qu'elle ne ressentait plus aucune douleur. C'était donc cela le monde des morts … une sorte d'univers blanc, lumineux, cotonneux et solitaire ?
Elle tenta de crier mais aucun son ne sortit de sa bouche desséchée. Elle voulut courir mais ses pieds semblaient comme englués dans ce sol si particulier. Elle perçut comme un mouvement à côté d'elle et se tourna sur sa gauche sans pourvoir bouger ses jambes.
Le souffle d'air tourbillonna autour d'elle, soulevant de fines particules de lumière qui dansèrent devant elle de plus en plus vite jusqu'à se matérialiser sous ses yeux en un oiseau couleur ébène. Son plumage noir prenait des reflets bleutés quasiment métalliques sous la lumière crue de cet étrange endroit. Les particules se remirent à danser autour d'elle et donnèrent naissance à un deuxième oiseau en tout point identique au premier. Il tournoyèrent un instant autour d'elle avant de se poser finalement à ses pieds, devant elle, dans un croassement qui lui vrilla les tympans avant de la fixer de leur regard argenté.
Elle sentit une goutte de sueur couler le long de son dos et n'osa plus bouger. Les deux corbeaux, en tout cas ils ressemblaient à cet animal que les peuples du nord craignaient et respectaient à la fois, battirent plusieurs fois des ailes, développant une envergure d'environ deux mètres ... inconcevable pour cette espèce d'oiseau. Ils s'agitèrent plusieurs fois avant de se calmer lorsqu'une main fine et gracile, surgit de nulle part pour flatter leurs têtes.
Les particules de lumière volèrent une nouvelle fois en tout sens, avant de matérialiser progressivement, un avant-bras, puis le bras tout entier et progressivement le corps et la tête, puis la robe ample d'une femme d'âge mûr devant Lydwina qui cligna des yeux devant ce spectacle inédit. La femme inclina doucement la tête de côté et fixa la jeune princesse de son regard sombre, presque aussi noir que le plumage des oiseaux à présent calmés.
- Bonjour, princesse Lydwina.
- Comment connaissez-vous mon nom ? S'étonna doublement Lydwina.
D'abord, pour la raison de sa question ensuite, pour le fait qu'elle venait de retrouver miraculeusement sa voix.
- Je sais tout, comme tous ceux qui vivent dans ce monde, au-dessus de ce monde et au-dessous de ce monde ...
Lydwina haussa un sourcil perplexe, comprenant les mots mais nullement le sens de cette phrase.
- Où sommes-nous ?
- De l'autre côté de ton monde ... à la lisière entre celui des vivants, des divins et des défunts ... tout être vivant est passé, passe ou passera par ce lieu ...
- Je suis vivante alors ? L'interrogea Lydwina, comme pour se rassurer.
- plus tout à fait ...
Lydwina déglutit péniblement et porta sa main à gorge tout en fixant la scène étrange de cette femme qui caressait les immenses corbeaux sans aucune crainte.
- Je suis morte alors ?
- pas encore, mon enfant, sourit-elle.
Si elle avait pu, elle en aurait tapé du pied de rage. La femme eut un léger sourire et s'approcha d'elle.
- Tu es d'une nature impatiente, jeune princesse, même si tu fais tout pour te corriger et te maîtriser ... mais ici, ta nature même ne peut mentir.
- Je ne comprends pas … en fait, je n'y comprends rien ... Qui êtes-vous ?
- Je suis celle qui connaît le présent et qui se souvient du passé mais qui ignore encore tout du futur ... de ton futur, de celui de tes proches ...
Lydwina réfléchit à toute vitesse à cette phrase ... une seule personne pouvait se targuer de connaître le présent et de tout savoir du passé. C'était Saga, la déesse de l'Histoire, celle-là même qui enseignait tout à Odin, le plus grand et le plus respecté des dieux du panthéon nordique ... Odin et ses deux corbeaux ... Elle coula un regard vers les deux volatiles qui la fixaient toujours ; Hugin, la pensée, et Munin, la mémoire. la légende disait que les oiseaux parcouraient le monde tout le jour et se posaient sur l'épaule de leur maître le soir venu afin de lui raconter tout ce qui se passait ou se disait de part le monde.
- Tu as raison sur toute la ligne, jeune princesse. Tu es sa digne fille, ton intelligence et ta vivacité d'esprit lui font honneur.
- mon père ... songea-t-elle en repensant à son géniteur. Je doute que ce soit un compliment, alors ! Lança-t-elle mi-figue mi-raisin en constatant que la déesse se moquait ouvertement d'elle.
Saga eut un léger sourire et caressa une dernière fois les oiseaux avant qu'ils ne s'envolent et disparaissent aussi mystérieusement qu'ils étaient venus.
- Pourquoi suis-je ici ? L'interrogea Lydwina.
- Pour voir et apprendre ... apprendre que de ta vie ou de ta mort dépend le sort de millions d'individus ... dont tes plus proches parents ...
Saga leva une main, soulevant à nouveau des milliers de particules de lumière multicolores. Lydwina ne se sentit plus entravée et put enfin bouger librement ses jambes. Elle fit quelques pas avant de s'écrouler sur elle-même. Elle échoua lorsqu'elle voulut se relever et dévisagea la déesse, affolée.
- Que se passe-t-il ? Pourquoi est-ce que je ne peux plus marcher ici ? C'est parce que je suis ... morte ?
- Tu ne l'es pas ... mais ton corps lutte contre elle et tes forces l'abandonnent progressivement ... à commencer par tes pieds et tes jambes, qui ont été gravement brûlées ...
Elle se revit fermer les yeux et lâcher prise de la seule planche qui la retenait encore au-dessus des flammes.
- Vous voulez dire que même ici, on ressent les douleurs de son corps ...
Saga s'accroupit devant elle et lui tendit la main.
- Ce n'est pas tout à fait exact. Tu ne ressens pas la douleur seulement les effets sur ton corps astral ... Il est plus faible là où ton corps physique souffre.
- C'est insensé ... Ceci n'est donc pas mon vrai corps ?
- Si ... c'est ton corps astral ... pas ton corps physique ... Seul ton corps astral peut venir en ce lieu. L'autre est dans ta chambre, soigné par la guérisseuse d'Odalwar et protégé par trois chevaliers. Regarde ...
Elle joignit ses mains dans un geste de prière avant de les ouvrir comme si elle tenait une sphère. Une image tremblante apparut entre ses doigts. Au fil des secondes elle devint de plus en plus nette et elle se découvrit effectivement allongée sur un lit, aux côtés de Frey, sous la surveillance de Mime et de deux chevaliers d'Athéna.
- Frey ... murmura-t-elle en voyant le corps bandé de celui qu'elle aimait. Si je suis ici, il doit aussi y être !
Elle tourna la tête en tous sens. Son regard, à présent habitué à la vive lumière du lieu chercha la haute silhouette familière sans pour autant la trouver.
- Pourquoi n'est-il pas ici ?
Saga soupira en joignant ses mains, mettant fin à l'image.
- il est passé ... trop brièvement pour que je puisse l'aborder ... Il a pris cette direction, rajouta-t-elle en désignant l'horizon derrière elle.
Un horizon bien plus sombre et embrumé que le lieu paisible où elles se trouvaient.
- C'est la direction du monde des défunts ...
Lydwina ouvrit la bouche, la referma puis la rouvrit sans parvenir à trouver les mots pour interpréter l'angoisse profonde qui venait de la saisir.
- Il est mort ...
- Tout comme toi, pas encore ... mais son corps physique est bien plus abîmé que le tien ... son corps astral est si ténu que seul un fil le retient encore la vie. La tâche de décider s'il vivra ou mourra reviendra aux Nornes ... Bientôt il sera devant elles ...
Lydwina tenta de se relever sans y parvenir et implora la déesse du regard.
- Aidez-moi ... Je ne peux pas le laisser y aller seul ! Je dois lui dire ...
- Lui dire quoi, jeune princesse ? Que vous avez renoncé à vivre ? A combattre ? A accepter votre destinée ? Tout cela, il le sait déjà ... c'est pour cela qu'il en est à ce point ...
- Que voulez-vous dire ? Se rebiffa Lydwina devant le ton péremptoire de la déesse, ton qu'elle était plus habituée à utiliser elle-même pour remettre les gens à leur place, à commencer par ses sœurs lorsqu'il le fallait.
Saga la contempla sans indulgence.
- Vous avez renoncé à vivre ! Lança-t-elle en insistant sur le "vous". Il a lui-même abandonné toute lutte contre les flammes lorsqu'il vous a vu renoncer, lorsqu'il l'a lu dans vos yeux. Jamais, il n'aurait renoncé sinon ! Martela-t-elle.
Chaque mot pénétra en Lydwina comme une pointe acérée, laissant son âme blessée. Saga avait raison. Frey avait lutté et luttait encore pour parvenir jusqu'à elle lorsqu'elle avait renoncé ... à cause de la douleur, de la fatigue, de la peur, par facilité, par faiblesse ou par manque de courage ... que savait-elle ? A présent, elle s'en voulait terriblement ... L'espace d'un instant, elle avait voulu tout oublier d'une manière totalement égoïste. Elle avait oublié ses soeurs, sa charge de souveraine, son peuple, sa mission, Hel et même Frey ... Elle avait tout abandonné ... l'espace d'un instant ... un si petit mais si terrible instant ... une seconde, même pas ... quelques dixièmes de secondes ... ces quelques dixièmes suffisant pour tout faire basculer ... suffisant pour déterminer l'issue de sa vie ... la vie ou la mort.
Et elle avait choisi en son âme et conscience la mort ! Saga semblait lire en elle à livre ouvert.
- Tu commences à comprendre ... Il en est de même au cours d'une bataille ... Quelques instants, quelques minuscules instants peuvent changer l'issue d'un combat ... Chacun est libre de son choix durant ces quelques instants ... mais pour quelqu'un de ton rang, ce choix peut influencer d'autres instants chez d'autres personnes ... ton choix peut influer d'une manière positive ou négative l'issue d'une bataille ... si tu en es consciente, alors tu ne seras pas venue ici en vain ... tu auras appris ...
- qu'aurai-je appris si ce n'est que mon incompétence et mon comportement égoïste auront conduit au moins une personne à la mort ?
- Tout comme toi, il n'est pas encore mort ... et il n'est pas seul ...
Lydwina reprit espoir et saisit la main de Saga.
- je peux le rejoindre ?
- toi, non ... mais quelqu'un va l'aider ... bientôt ...
Un éclair bleu déchira l'ambiance lumineuse et transperça la matière cotonneuse du sol. Une boule de feu bleue reparut aussitôt et explosa juste derrière elles. Lydwina ne cacha les yeux avec sa main qu'elle baissa dès que l'intensité lumineuse diminua. Saga s'était redressée et observait une forme allongée sur le sol.
- Que s'est-il passé ? Murmura Lydwina, les oreilles encore bourdonnantes du bruit de l'explosion.
- Un nouveau corps astral vient d'apparaître ...
- c'est toujours aussi bruyant ?
- Non, sauf quand les Valkyries choisissent quelqu'un ...
Lydwina parvint enfin à se redresser et fit quelques pas avec précaution en direction de la silhouette lorsque Saga leva le bras, lui barrant le passage.
- C'est inutile, elle va se relever ...
- Elle ? Je croyais que les Valkyries ne choisissaient que de valeureux guerriers pour le Valhalla ...
Saga se mit à rire et lui désigna la silhouette qui se redressait en secouant la tête avant de sauter sur ses pieds en position de défense. Lydwina écarquilla les yeux en reconnaissant la silhouette si familière de sa guerrière de soeur.
- Illyana ! ... C'est Illyana ! Mais que fait-elle ici ? Siegfried n'aurait donc pas su la protéger ?
Saga haussa les épaules comme si la conversation prenait un tour qui l'ennuyait profondément.
- il faut croire que non ...
Lydwina courut vers sa soeur et voulut la prendre dans ses bras mais à sa grande stupeur elle passa littéralement au travers d'elle.
- qu'est-ce que çà veut dire ? Je ne peux pas la toucher ?
Saga avançait doucement vers elle se plaça juste à ses côtés.
- non, elle ne peut ni t'entendre ni te voir ni te toucher ... C'est déjà étonnant que tu puisses la voir mais à bien y réfléchir, çà me paraît normal.
Lydwina cria plusieurs fois le nom de sa soeur et tourna autour d'elle en tentant de lui montrer sa présence sans y parvenir. Elle ne réagissait pas et ne cessait de se masser son cou tout en regardant tout autour d'elle avec attention. Son regard était extrêmement mobile, cherchant sans doute à découvrir tout danger potentiel. Lydwina vit des traces de sang sur la base du cou de sa soeur qui ne cessait de tousser.
- Que lui est-il arrivé ? Elle n'est pas comme d'habitude et ...
Elle n'eut pas le temps de finir qu'un nouvel éclair bleu frappa sa soeur qui s'écroula avant qu'elle ne disparaisse aussi vite qu'elle était arrivée. L'éclair sembla remonter vers les hauteurs avant d'y disparaître. Saga le suivit des yeux en fronçant le nez.
- C'est intéressant ... deux soeurs, le même jour ... Au solstice d'été ... mais revenons à ton choix ... As-tu décidé, jeune princesse ? Vivras-tu ou mourras-tu ? Vivras-tu en pensant chaque jour à ta mission, sans jamais baisser les bras, sans jamais renoncer pour quelque raison que ce soit ?
- Je ... Commença Lydwina en regardant les cieux et l'endroit où Frey avait disparu.
- C'est maintenant que tu dois te décider ! Quelque en soit le prix aujourd'hui ! Il ne s'agit plus de toi, ni de lui ni même de ta soeur ... Il s'agit de toi et de ta mission ...
Lydwina tourna le dos vers le pré-monde sombre des défunts. Elle lui ferait confiance pour revenir, tout comme à sa soeur ... Elle se devait d'être prête, de montrer à ses soeurs la voie de la victoire. Elle était la souveraine d'Odalwar. Toutes les quatre lui faisaient entièrement confiance, Hilda et même Athéna lui faisaient confiance, son peuple lui fait confiance ... Elle se devait de vivre pour eux mais aussi pour elle ...
- Je suis prête ... J'ai vu et j'ai appris ... J'ai compris aussi ... J'ai compris que ma vie était un bien précieux et que sa perte engendrerait des conséquences terribles pour des milliers de personnes ...
Saga eut enfin un franc et large sourire.
- J'en suis heureuse. Je vais t'aider à repartir vers les vivants ... J'aime autant de prévenir que de nombreux dangers vous guettent encore et qu'il vous faudra tenir jusqu'au jour de votre confrontation ...
- Quel est ce jour ?
- Je l'ignore ... mais bientôt, vous le saurez ... la prophétie vous le révélera ...
Saga joignit à nouveau ses mains au-dessus de sa tête créant un tourbillon de particules qui s'enroulèrent en spirale autour de Lywina.
- Quelle prophétie ? Parvint à hurler Lydwina
- la prophétie oubliée ... perdue depuis si longtemps dans le monde englouti ...
La voix de Saga se fit de plus en plus lointaine. Une explosion de lumière la fit disparaître et Lydwina ressentit avec de plus en plus d'acuité les douleurs intenses des brûlures sur ses mollets et ses pieds. Elle gémit faiblement et cligna des yeux.
- Elle revient à elle ! s'exclama une voix douce toute proche.
Lydwina ouvrit les yeux et reconnut le chevalier d'Andromède penché au-dessus d'elle.
- Bonjour, heureux de vous revoir en vie ... nous avons craint le pire ...
- depuis combien de temps ? Murmura-t-elle étonnée de trouver sa gorge si sèche que ces quelques mots eurent du mal à franchir ses lèvres.
- cela fait presque une semaine, la renseigna Shun. Je vais prévenir les autres ...
Lydwina tourna la tête vers Frey, toujours allongé à ses côtés comme Saga le lui avait montré. Même inconscient, il avait la mâchoire contractée, sans doute à cause de ses atroces brûlures. Une larme coula le long de sa joue avant qu'elle ne l'essuie rageusement. Elle ne serait plus jamais faible. Personne ne souffrirait plus à cause de sa propre faiblesse, elle s'en fit le serment.
Un croassement lui fit tourner la tête vers la fenêtre. Posés sur la fenêtre, deux énormes corbeaux l'observaient fixement de leurs regards argentés.
- j'ai vu et j'ai appris, murmura-t-elle à leur intention. Vous pouvez le dire à votre maître ... Je n'abandonnerai plus jamais. Je ne mourrai pas comme ma mère.
Un bruit de pas précipités se fit entendre dans le couloir et les deux oiseaux s'envolèrent en croassant juste avant que la porte ne s'ouvrît sur Shun et les autres. Elle ferma les yeux et songea une nouvelle fois à Saga et ce monde étrange avant de faire face à sa douleur physique et à ceux qui l'avaient sauvée.
