Épisode 24

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La jeune femme mourrait de froid dans cette tempête alors qu'elle s'était chaudement habillée. Elle tenta en vain de se frictionner, se tournant vers ses deux subordonnés grelottant. Heureusement, ils s'étaient trouvés un abri qui les protégeait d'une grande partie de la neige mais le froid intense les faisait claquer des dents d'autant plus que l'épaisse couche de neige leur arrivait jusqu'à mi-mollet. L'Inspectrice savait qu'il était plus raisonnable de rester près de la bâtisse mais à ce train-là, ils allaient bientôt faire partie du paysage et la peur que son aide ne les trouve pas ou ne vienne tout simplement pas commençait à s'instiller en elle.

― Vous êtes certaine que cette personne va venir Inspecteur ? s'enquit une énième fois Hermep qui faisait des efforts surhumains pour ne pas claquer des dents.

― Bien évidemment qu'il va venir, répondit Nami, agressive à cause du froid. Il se dit gentleman. Sachant que je suis là, il lui semble logique de venir surtout que c'est lui qui m'a donné ce tuyau et j'en ai besoin.

Elle essayait en même temps de se persuader car plus les minutes passaient, plus elle se disait qu'il était beaucoup moins dangereux de passer par l'administration du Gouvernement pour avoir l'autorisation. Ce qu'elle allait faire était à la limite de l'illégal mais à la vue de son grade et de son palmarès, elle savait qu'on ne lui dirait rien si cela venait à s'ébruiter. Sauf que les motifs de sa venue dans cet endroit désertique la ramenaient à une conclusion difficilement concevable. Surtout après la discussion qu'elle avait eu avec Jinbei

― Il va venir, souffla-t-elle. C'est inévitable.

Au moment où Dorobo prononçait ces derniers mots, elle aperçu une silhouette sombre arriver. Elle était plutôt proche d'eux mais un bruit de moteur se fit enfin entendre, de moins en moins couvert par le boucan que faisait le vent en soufflant sur la haute tour.

La moto s'arrêta devant eux et la personne coupa le moteur. A la grande surprise des trois policiers, le conducteur était vêtu d'une simple combinaison noire. Elle n'avait pas l'air très épaisse qui plus est et tandis que la personne enlevait négligemment la neige qui lui était tombé dessus, Nami se surprit à remarquer qu'elle le moulait à la perfection. Ce qui lui permit de s'apercevoir qu'il avait mit un pantalon par-dessus la combinaison. Détail futile qu'elle regretta au fond d'elle-même.

Le conducteur descendit du véhicule et ôta son casque, passant sa main dans ses cheveux platine pour les ordonner. Il appuya sur un bouton qui se trouvait sur sa boite de commande portable et des grappins jaillirent des enjoliveurs pour se planter dans le sol. Ainsi, il n'y avait aucun risque qu'elle bouge. L'endroit avait beau avoir l'air désert, on ne savait jamais sur quel genre de personne on allait tomber.

― Bonjour Inspecteur. Navré du retard, mon avion a eut quelques soucis avec la tempête mais normalement elle va se calmer dans l'heure qui vient.

Il ouvrit le coffret installé derrière le siège et en sortit une bâche qu'il fixa au sol à l'aide de crochet et au haut de l'abri grâce à quelques attaches. Il referma le coffret et s'intéressa à nouveau aux trois officiers qui étaient fascinés malgré eux par la prunelle dorée du seul œil visible.

― Du moment que tu as pu tenir ton engagement… fit remarquer Nami.

Le motard haussa les épaules et écarta nonchalamment les deux élèves-lieutenant qui se trouvaient sur son passage. D'une main gantée, il débarrassa un pan du mur métallique de la neige qui s'y était concentrée. Il frappa pour s'assurer que la porte était bien là et continua à déblayer le strict nécessaire.

― Tu es déjà venu ici ? demanda la jeune fonctionnaire, curieuse.

― Non jamais.

― Alors comment…

― Mes relations.

Cette réponse, appuyée par un regard qui en disait plus long que n'importe quelle explication, convainquit l'Inspectrice à ne pas en savoir plus à ce sujet. Koby finit par s'approcher du nouveau venu, un peu inquiet pour son supérieur et son ami Hermep.

― Vous êtes certain de pouvoir nous faire entrer sans risque Monsieur Kuroashi ?

L'intéressé eut l'air surprit, figé net dans ses mouvements. Il était très rare qu'on lui donne du "Monsieur". Seul les personnes mortes de trouille face à lui l'appelait ainsi, sans aucun doute pour lui inspirer de la pitié ou de la compassion ce qui n'avait jamais marché. Pourtant, dans la voix du policier à l'étrange tignasse rose, il n'entendait ni peur ni appréhension. Seulement du respect. Il n'avait pas franchement l'habitude de la part d'un représentant de l'autorité. Pour la peine, le cambrioleur lui épargnerait le petit surnom dont il avait coutume de l'affubler à présent.

― Et bien, je ne peux rien garantir pour toi et ton ami le Blondin car je n'avais pas prévu que vous seriez là mais l'Inspecteur n'a rien à craindre. Toutefois, l'absence de risque ne peut jamais être garantie.

― Ah… Tant que vous pouvez assurer la sécurité de l'Inspecteur, je ne vois pas pourquoi on se plaindrait.

― C'est vrai, soutint Hermep.

― Mais dites donc ! intervint Dorobo, rouge à cause de sa gêne. Je n'ai pas besoin de Kuroashi pour me défendre. Je sais le faire seule.

― Oh oui ! J'ai pu le constaté par le passé, ricana Kuroashi. Voudriez-vous que je donne quelques exemples ?

Dorobo lui tourna le dos, bras croisés sur sa poitrine, décidée à ignorer les sarcasmes. Sans savoir que c'était le seul moyen pour Kuroashi de garder ses distances envers elle. Il eut un profond soupir et se concentra sur le pan de mur dégagé qui s'avérait être une porte. Il eut une grimace désappointé en voyant que ce qu'il cherchait n'était pas là.

― Je reviens, je vais chercher le digicode qui permet d'ouvrir cette fichue porte. Elle ne devrait pas être très loin pourtant… Ah si ! Il était à un mètre de la porte. Futé ces Déclarés…

Après cette remarque pleine d'ironie, le jeune homme débarrassa la boite fixée au mur de la neige et l'ouvrit après avoir crocheté la serrure.

― Tu as le code ?

― Ne posez pas de questions aussi futiles, Dorobo. Vous connaissez la réponse.

Non… Bien évidemment que non. Il ne l'a pas, se dit la jeune femme avec abattement.

Laissez agir un criminel faisait bouillir son sang mais elle n'avait pas le choix. L'Inspectrice voulait juste entrer dans cette fichue banque pour être au chaud. Depuis le temps qu'elle avait été contrainte à rester dans cette atmosphère glaciale.

Il sortit discrètement une étrange petite clé USB qu'il inséra dans le port juste sous le digicode et appuya longuement sur le bouton sur l'embout de la clé. Une série de chiffre défila sur la cadrant du digicode, si rapidement que personne ne sut jamais quel était le code. Une diode verte s'alluma sur le digicode et sur la porte qui s'ouvrit. Le voleur referma le boitier avec un mince sourire.

Si l'Inspectrice préféra ne faire aucun commentaire, Hermep ne put s'empêcher d'y mettre son grain de sel.

― Ce n'est pas interdit ce genre de gadget ?

― Blondin, je suis un N.D. Ma seule existence est un crime aux yeux de ton Gouvernement. Par conséquence, je n'en ai rien à foutre de tes lois.

Cette invective pleine de rancœur, d'amertume et de mépris calma les ardeurs justicières d'Hermep qui se tut. Satisfait, Kuroashi ouvrit la marche en ignorant la pitié qu'il lisait dans le regard de Koby. Je rêve où il me plaint ce mioche ? Pfff !

Les trois officiers le suivirent et la porte se referma derrière eux. Ils étaient à présent dans l'entrée, petite pièce vide où se trouvait un interphone. Kuroashi se tourna un court instant vers ceux qu'il accompagnait.

― Surtout taisez-vous.

Il se racla la gorge, la main porté sur la molette de son modulateur de voix. Il appuya sur le bouton de l'interphone qui se trouvait juste à côté de la double porte.

― Débarrassez.

Soudain, un vent d'air chaud jaillit des conduits et les trois jeunes policiers furent non seulement soulagés de la neige qui les avaient recouvert mais également plus à l'aise et réchauffé de façon optimale.

― Ouverture Sub01.

La double porte obéit alors que Kuroashi enlevait le modulateur et continuait de suivre son itinéraire. L'Inspectrice et ses subordonnés étaient stupéfaits par les connaissances que le jeune cambrioleur avait sur cet endroit.

― Il n'y a personne ici ? s'enquit la jeune fonctionnaire en s'apercevant qu'il n'y avait pas âme qui vivait dans l'immense salle où ils venaient d'entrer.

― Non, comme vous avez pu le constater, l'endroit est inhospitalier au possible et il est difficile d'entrer pour la majorité de la population et des fonctionnaires. Et puis cette banque rassemble surtout de vieux dossiers clos depuis des décennies. En tout cas, c'est ce qu'une personne un peu curieuse pense quand elle se renseigne sur cette vieille tour. Au sous-sol se trouve les dossiers dit "sensibles" dont ne veut plus personne ou "non résolu".

― Et pourquoi as-tu modifié ta voix pour parler à l'interphone ?

― Parce que c'est enregistré. Je parlais à une machine qui obéit à n'importe qui tant que cette personne possède les mots-clés pour entrer.

― Tu es vraiment très bien informé.

Kuroashi adressa un magnifique sourire à l'Inspectrice, pas peu fier du petit effet qu'il venait d'avoir sur elle.

― Depuis le temps, vous devriez savoir que je récolte le plus d'infos possible sur ma cible avant de me lancer.

Le jeune homme sortit son portable qui venait de bourdonner dans sa poche. Il avait, après plusieurs minutes d'hésitation, décidé de le laisser allumé. Si une tuile arrivait, il préférait être au courant le plus tôt possible, Dorobo ou pas. Si c'était Franky, il saurait trouver un moyen de lui parler sans éveiller les soupçons.

Il réprima avec une grande difficulté une grimace en voyant s'afficher le numéro de Zoro. Qu'est-ce qu'il me veut cet abruti à tête d'algue ? Le jeune homme s'excusa auprès de l'Inspectrice et prit l'appel.

― Qu'est-ce que tu me veux ?

― Et bien merci ! Ça fait toujours plaisir de se savoir apprécier à sa juste valeur.

― Si tu crois que je vais te remercier pour la dernière fois, tu te mets le doigt dans l'œil jusqu'au coude.

― T'es avec elle n'est-ce pas ?

Le visage de Kuroashi vira au pivoine et le jeune homme remercia la providence qui lui avait fait l'appel tout en tournant le dos aux trois policiers qui se demandaient avec une curiosité plus personnelle que professionnelle qui était l'interlocuteur du cambrioleur. Ce dernier repoussa le stupide réflexe de se tourner vers l'objet de ses pensées et répliqua.

― En quoi ça te regarde ?

― Tu ne me la fera pas à moi. Je t'appelais de la part de Franky en fait.

― Et bien dis-le au lieu de m'emmerder, tronche d'algue défraîchie ! J'ai pas de temps à perdre, je travaille contrairement à certain.

― Ohoh, t'es sur écoute, elle est pas loin ?

― Arrête de changer de sujet et dis-moi pourquoi tu m'appelles alors que tu sais pertinemment que je n'éprouve pas la moindre envie de gaspiller ne serait-ce que quelques secondes avec toi.

― Dit-il en ayant le visage d'un beau rouge tomate bien mûre.

― ...

― Je suis magnanime, je vais te faire te laisser en paix en disant juste ceci : R. sera au point de rendez-vous trois jours plus tard que ce qui était prévu.

Un ange sembla passer durant ce lourd silence.

― C'est tout ? Qu'est-ce que tu peux être pénible ! Je savais qu'il y aurait un imprévu avec tout ce qui se passe en Europe en ce moment.

― Je dois l'admettre, c'est surtout pour t'emmerder et ça a très bien marché.

― Va crever ou mieux, essaye de transmettre mes amitiés à ta fiancée.

Kuroashi éteignit rageusement son portable pour le ranger dans son sac. Il se tourna vers les trois officiers qui attendaient avec un certain amusement. Il leur fit signe de venir tout en les menaçant de les abandonner là s'ils émettaient le moindre commentaire. Dorobo se concentra sur les bribes de paroles intéressantes qu'elle avait entendues de la conversation. Ainsi donc, il avait d'autres projets outre Doflamingo.

Ils parcoururent l'immense pièce remplie de bibliothèques et entrèrent dans une nouvelle, plus petite, qui ressemblait à un bureau. Toutes avaient ce point commun : des murs nues, 100% métal 0% original, rendant l'endroit froid et invivable. Il y régnait pourtant une étrange chaleur qui mettait les officiers de police dans un sentiment plutôt mitigé.

― A présent, ça va se corser un peu plus alors je vous prierais d'être plus vigilant. La section où nous devons aller n'est normalement réservée qu'aux Hauts Dirigeants du Gouvernement et ceux qui ont la chance de posséder un pass. Des pièges au moindre faux pas nous attendent.

― Tu veux dire qu'on va plonger en plein Indiana Jones ?

Kuroashi eut un sourire à l'entente de l'antique référence de Dorobo.

― Je ne l'espère pas.

Puis son regard s'attarda une nouvelle fois sur le corps de la jeune femme qui avait enlevé son manteau. Il détourna les yeux avant qu'elle ne remarque son petit manège et se concentra sur la trappe qui ne devait pas se trouver très loin. Le jeune cambrioleur descendit les marches d'un pas assuré, sautant de temps en temps l'une d'entre elles en prenant tant de précaution que les policiers l'imitèrent, se demandant l'espace d'un instant s'il ne les menait pas en bateau. L'air concentré et sérieux de Kuroashi les convainquirent. Ils poseraient des questions plus tard.

Un long couloir, assez large d'au moins trois mètre, s'allongeait devant eux. Difficile de savoir où était la fin vu qu'à l'horizon se dressait seulement du blanc. Après les ténèbres, ils avaient droit à une intense luminosité qui, si elle soulageait l'Inspectrice et ses subordonnés, déplaisait à Kuroashi qui ne se sentait pas à sa place.

Dorobo perçut le léger tremblement qui agitait le corps du jeune homme. Après avoir passé sa vie dans l'ombre, elle comprenait aisément qu'il puisse détester être dans la lumière. Il prit une profonde inspiration et se tourna vers ceux qu'il guidait.

― Il est très important, voir essentiel, que vous copiez mes pas à la perfection. La moindre erreur vous sera fatale c'est compris ?

― Sinon quoi ?

L'œil d'or du cambrioleur se tourna vers Hermep qui était bien content d'avoir ses lunettes en toute circonstance. Ce regard semblait vous pénétrer jusqu'au plus profond de votre âme.

― Blondin, je crois que tu peux deviner par toi-même si tu te servais des deux neurones que tu possèdes. Sinon… Dis-toi que cela ne me fera ni chaud ni froid de voir tout ce blanc si pur repeint en rouge. A moins que tu ne disparaisses sans laisser de trace.

Il laissa une pause puis s'adressa aux deux élèves-lieutenant.

― Vous comprenez pourquoi j'ai dis que je pouvais garantir la sécurité de l'Inspecteur mais pas la votre ?

― Oui, répondit Koby avec sérieux. Tant que vous respectez votre parole, nous suivrons vos indications.

Nami se sentit rougir à nouveau alors qu'elle ordonnait à ses deux élèves de passer devant elle afin qu'elle puisse garder un œil sur eux. Après tout, ils étaient sous sa responsabilité et elle leur avait permis de venir ici. Dorobo se sentirait très mal si il devait leur arriver quelque chose et qu'elle n'ait pris aucune disposition pour réduire les risques.

La jeune femme, Koby et Hermep s'appliquèrent à fixer les pieds du voleur pour le suivre à la trace. Ce dernier enleva ses gants, crevant de chaud et se disant que de toute manière il avait recouvert le bout de ses doigts de colle à bois. Il connaissait par cœur le parcourt à suivre néanmoins, ses yeux restaient collés au dallage à peine plus grand que ses pieds.

Ils avaient parcourut le quart du chemin lorsque le premier dérapage survint.

De la part de Dorobo qui n'avait pas pu s'empêcher de relever les yeux vers le jeune homme qui l'intriguait par son comportement. Pourquoi était-il si distant envers elle tout d'un coup ? La dernière fois, il avait presque eu un bond en arrière, comme si la toucher revenait à toucher une pestiférée. Et ce regard empli de crainte… Peur de quoi ? Y avait-il quelque chose qu'il voulait lui cacher ? Une ultime facette de lui qu'elle ne devait pas découvrir ?

C'était sur ses questions qu'elle avait marché sur la mauvaise dalle, obsédée par cette angoisse qui avait noué sa gorge sans raison apparente. Un trou s'était ouvert sous ses pieds alors qu'un cliquetis s'était fait entendre. Elle eut la présence d'esprit de se tenir sur le bord du gouffre.

― NE BOUGEZ PAS ABRUTIS ! hurla Kuroashi en voyant les deux élèves-lieutenant se tourner vers leur supérieur pour leur porter secours.

Il poussa Koby et se reçut le mini-harpon lancé à pleine vitesse du mur face à lui. Le gentleman se jeta à plat ventre et prit le poignet de la jeune femme alors qu'elle était en train de lâcher. De sa main libre, il se tint à l'autre bord du gouffre. Il avait jeté son sac par réflexe et n'avait pas réfléchi davantage. Un autre piège s'était activé.

Les murs étaient en train de se rapprocher lentement et surement sur le quatuor.

― Tenez bon, souffla Kuroashi à l'intention de l'Inspectrice qui n'en croyait pas ses yeux.

Il sentait que le bord entaillait sa main, coupant sa peau de plus en plus profondément au fur et à mesure qu'il prenait appui dessus. A cause de la lumière trop vive, Dorobo ne pouvait pas voir le visage de son sauveur mais les gouttes qu'elle voyait tomber sur son visage étaient indéniablement du sang.

― … Koby c'est ça ? Mon sac devrait être à côté de toi, ouvre la poche avant. Tu vas trouver un boitier noir strié d'argent.

Sans bouger de la dalle où il était, l'élève-lieutenant obéit et extirpa du sac ledit boitier où se trouvaient plusieurs boutons, chacun de couleur différente.

― Presse le bouton rouge, maintient et compte jusqu'à ce que les murs s'immobilisent.

― M-mais qu'est-ce que…

― FAIS-LE !

Les murs étant à un mètre d'eux, Koby abdiqua et compta mentalement tout en priant pour que quoiqu'il fasse cela fonctionne. Un lourd bruit métallique, un grincement, comme si des engrenages venaient de s'arrêter contre leur gré se fit entendre puis les murs cessèrent leur progression infernale. Hermep et Koby eurent un soupir de soulagement.

― Bien maintenant Dorobo, passez votre bras autour de mon cou.

La jeune femme, oubliant la gêne qu'elle devait éprouver et sachant qu'il ne pensait qu'à une chose - la sortir de là - suivit son ordre et rassembla ses forces pour se tracter et approcher son visage de lui. Elle sentait à présent le souffle de Kuroashi sur sa peau aussi intensément que le voleur qui devait sentir le sien sur lui. Elle tremblait de peur mais cette présence, ce contact la rassurait. La certitude qu'il ne la laisserait pas tomber l'aidait à surmonter sa peur. Nami n'avait jamais aimé les ténèbres, elle les craignait et elle savait au fond d'elle que si sa chute s'était poursuivie, si elle avait été en vie au bout de cette chute, elle aurait été plongée dans des ténèbres insondables.

Cette main qui s'était glissée dans la sienne et qu'elle serrait avec l'énergie du désespoir, Kuroashi le voyait comme un S.O.S. Il tenta de se redresser pour la tirer du gouffre. Après cinq minutes de lentes progressions, les deux élèves n'osant pas intervenir de crainte d'être plus inutile qu'autre chose, il réussit à l'extirper du gouffre.

Pour son plus grand bonheur autant que pour son plus grand malheur, Kuroashi la garda dans ses bras. Essoufflés tout les deux, Nami avait ramené ses bras contre elle et avait caché son visage contre le cou du cambrioleur. Tremblant à l'idée d'avoir échappé de peu à l'enfer, elle en oublia leur statut respectif.

Il ne fit aucune remarque, pas même sarcastique ou dans le but de la rassurer, si cette proximité suffisait à l'apaiser…

Non, il ne fallait pas.

Il la prit par les épaules et l'écarta de lui, à regret, mais avec douceur. Elle avait ravalé ses larmes, c'était l'essentiel.

― On doit y aller.

Nami opina et il l'aida à se relever. Les jambes en coton, l'Inspectrice maintint ses bras contre elle.

― Je suis navrée Kuroashi, je…

― Ce n'est rien. L'essentiel c'est que vous n'ayez rien.

Il sortit un mouchoir et essuya avec application le sang qui était tombé sur le visage de la belle rousse. Sans arrière-pensée. Il ôta le sang qui maculait sa propre figure, ignorant la plaie à sa main gauche. Il récupéra son boitier et son sac.

― Il faut vraiment continuer alors faites plus attention.

― Et vos blessures ?

― Plus tard, sortons d'ici. Rosie, combien de temps les murs ont mis pour se stopper dès l'instant où tu as pressé le bouton ?

― 6 secondes.

Kuroashi le nota, pestant dans sa barbe imaginaire puis reprit la marche là où ils en étaient avant que tout ceci n'arrive. Koby lui avait répondu par réflexe et se demandait si c'était une bonne chose que d'avoir donné ce que voulait le voleur.

Vingt minutes plus tard, ils étaient sortis sans qu'un autre obstacle ne surgisse devant eux. Kuroashi commençait à s'inquiéter sur la soudaine lourdeur qu'il éprouvait en lui. Faire un geste lui demandait des efforts incroyables à ses yeux, tant et si bien qu'il se demandait si ce harpon n'avait pas été enduit d'un poison. Une fois ce long corridor passé, ils s'arrêtèrent dans une salle entièrement beige, du sol au plafond. Il y avait eu plusieurs portes à choisir mais sans une once d'hésitation, Kuroashi était entré dans celle-ci.

Le jeune cambrioleur s'adossa au mur, le visage rougit par la chaleur qui l'avait pris par surprise. Son dos glissa jusqu'à qu'il soit assis. Dorobo s'arracha à la contemplation de tous ces dossiers pour se tourner vers le gentilhomme qui n'était pas au meilleur de sa forme. Elle s'agenouilla, anxieuse.

― Ne vous en faites pas pour moi, affirma Kuroashi. Prenez le dossier et allons-nous-en.

― Pas tant que tu ne seras pas soigné.

Elle prit le sac du voleur et fouilla, trouvant une trousse de soin. Baissant les bras face à sa détermination, il lui fit aussi chercher aussi une seringue d'antidote, plutôt courante, faite pour éviter les étourdissements ou les empoisonnements bénin. Il en prenait toujours avant une mission importante mais avec le planning chargé qu'il avait eu, il ne se l'était pas administré.

C'est ce que fit Dorobo elle-même, allant à l'encontre des protestations de Kuroashi. Elle désinfecta la plaie et la pansa avec une telle vigilance que Kuroashi perçut un rapprochement sensible et physique. Si dérangeant.

Elle avait envoyé ses subordonnés en vadrouille, pour vérifier qu'aucun danger ne régnait dans cette pièce et si une sortie était envisageable. Le cambrioleur avait déjà la réponse mais il ne pipa mot à ce sujet, distinguant l'envie de parler de l'Inspectrice.

Il ne savait pas s'il devait être ravie qu'ils soient seul à seul ou craindre ce tête à tête. Pour éviter un dérapage, il choisit de commencer la conversation, dans le but d'orienter le sujet.

― Pourquoi voulez-vous me soignez ? C'est ridicule !

― Tu m'as sauvé la vie.

― Je l'avais garanti.

― Tu aurais pu ne pas le faire et prétexter avoir tout tenté. Me lâcher alors que Koby et Hermep ne regardaient pas. Ne me dit pas que tes principes vont jusque là.

― Bien sûr que si. Ne me faites pas dire ce que vous voulez tant entendre.

Elle passa le désinfectant sur la plaie, qui s'avérait être deux larges blessures, près du sourcil, pas très jolie à voir mais qui n'ôtait rien au charme naturel que possédait le gentilhomme. La jeune fonctionnaire, une fois la plaie soignée, rangea le tout dans la trousse et reposa ses mains sur ses genoux. Elle ne s'était pas éloignée pour autant. Cette distance ne la dérangeait pas, elle, et Nami se perdait dans cet œil dorée. Qu'importe la couleur d'ailleurs, ses yeux avaient toujours été naturellement attiré par cette prunelle plus expressive que le reste de son visage, de son corps.

― J'ai un peu chaud pourriez-vous…

― Chaud ? Pourtant il fait bon.

Dorobo allait poser sa main sur le front du cambrioleur lorsque celui-ci attrapa son poignet avec une vivacité prodigieuse pour quelqu'un qui allait faire un malaise.

― Éloignez-vous.

― Mais enfin, pourquoi es-tu aussi distant et aussi froid tout d'un coup ? répliqua la jeune femme ne se dégageant sèchement. Tu étais comme ça aussi avant mais ... pas de cette manière. Qu'est-ce qui te prend ?

― Restez à votre place. C'est tout.

― Ce n'est pas une explication.

Yeux dans les yeux, ils soutenaient le regard de l'autre sans faillir. Après une longue minute de silence, Kuroashi reprit la parole.

― Connaissez-vous l'histoire d'Icare ?

― Ne change pas de sujet.

― Bien sûr que si. C'est exactement cela.

Encore un silence. De ceux qui se faisaient de plus en plus dur à interrompre parce que les deux jeunes gens ne voulaient pas soit en dire davantage soit craignaient d'en savoir davantage. Dorobo finit par prendre la main blessée de Kuroashi et reprit la trousse.

― C'est une belle histoire ? demanda-t-elle tout d'un coup.

― Pas vraiment, c'est irrémédiablement tragique, comme plus de la moitié des histoires de la mythologie grecque. C'est plus une mise en garde contre l'orgueil. Quand on la connait, il est facile de faire un amalgame.

― De quel genre ?

― Je me suis brûlé.

Surprise par cette affirmation, elle leva les yeux, cherchant naturellement une quelconque trace de brûlure ce qui fit sourire Kuroashi.

― Si vous connaissiez, vous sauriez à quoi je fais référence.

― Alors explique-moi.

― Non, faites des recherches. Je préfère ne pas être là quand vous aurez compris.

― Cela à un rapport avec Absalom ?

― Si seulement… Si seulement cela pouvait être ça, croyez-moi, je ne serais pas en train de me torturer comme je le fais depuis un mois.

Nami haussa les sourcils, complètement perdu par les paroles de Kuroashi. Les yeux baissés sur la main du jeune homme, elle ne remarqua pas la tendresse, l'amour et le désespoir dans l'œil dorée du voleur dont l'attention était, elle, concentrée sur les lèvres de la belle. Cette bouche qu'il voulait goûter, savourer, pour savoir pourquoi étaient-elles si attirantes. L'embrasser sans son consentement ?

Impossible, cela allait à l'encontre de ses principes. Jamais il ne lui arracherait un baiser sans son plein gré. Jamais il ne pourrait lui soutirer quoique ce soit sans qu'elle l'accepte. Ce qu'il n'aurait pas. Même en rêve.

Elle allait le forcer à tout lui préciser lorsque ses deux subordonnés revinrent.

― A ce sujet au moins, il ne faut pas chercher à en savoir plus, souffla Kuroashi. Si voulez m'aider, continuez à me haïr. C'est la seule solution. Un jour je devrais vous expliquer mais pas maintenant.

― La solution à quel problème ?

Il se garda bien de répondre, trop soulagé que Rosie et Blondinet soient présents.

― Inspecteur, nous sommes en sécurité ici. Vous pouvez aller chercher le dossier.

― Ah oui c'est vrai ! J'y vais de ce pas. Veillez-le.

Hermep et Koby s'échangèrent un regard intrigué. Elle ne voulait pas plutôt dire "surveillez-le" ? Kuroashi fut lui aussi assez étonné par la jeune femme qui semblait être sortie d'un rêve. Rouge pivoine, elle tourna le dos aux trois hommes et partit à la recherche de ce fichu dossier. Kuroashi baissa la tête, honteux d'être aussi bavard. Qu'est-ce qui lui prenait ?

Le gentleman se releva péniblement, toujours adossé au mur. Il fit peu de cas de la présence des deux policiers face à lui. Si Hermep se tenait en retrait, en chien de fusil, prêt à tirer si le voleur tentait de s'enfuir. Koby s'approcha d'un pas vers le cambrioleur.

― Vous avez beaucoup de gadgets, fit-il remarquer.

Le jeune gentilhomme haussa les sourcils. Où voulait-il en venir Rosie ?

― Oui. J'ai beaucoup de moyens à présent.

― Vu tout l'argent que vous détournez, je comprend mais toutes ces choses sont interdites ou n'ont jamais existé. Vous devez payer les services d'un grand inventeur non ?

― … Tu peux me dire où tu veux en venir ? Ma réserve de patience est déjà bien épuisée alors…

― Avant vous vous en passiez non ?

― En fait, je suis l'anonyme mécène d'un petit génie. En échange de son silence à propos de l'existence de ses créations, je le paye. C'est un N.D. alors il a tout intérêt à accepter. S'il voulait déposer un brevet, il ne pourrait pas, on pourrait lui voler ses inventions.

Le jeune homme sortit une cigarette et l'alluma d'un geste mécanique. Les alarmes incendie étaient depuis longtemps calibrées pour reconnaître la fumée provenant de feu important que celle d'une cigarette allumée par un vulgaire briquet.

― Pourquoi tu tiens à savoir ça ?

― Cela me fascine. Il faut avoir beaucoup de confiance et d'intelligence pour utiliser toute cette batterie de machines sans hésiter. Ils sont encore au stade de prototype à ce que je vois.

― Je fais confiance au type. Il est connu de par chez nous.

Kuroashi brodait, mentait sans problème. Usopp ne tenait pas à être reconnu, ce genre de détail ne l'intéressait pas. En fait, plus on lui fichait la paix, mieux il se portait. Tout ce qu'il désirait, c'était que les inventions qu'il créait serve et aide. Raison pour laquelle il trépignait d'impatience en attendant le retour du cambrioleur. Ce n'était pas seulement pour pouvoir améliorer ses créations mais aussi pour s'assurer qu'elles avaient été utiles.

― C'est quelqu'un de fiable ?

― C'est un N.D.

Koby foudroya du regard Hermep qui venait de répondre à la place de Kuroashi à qui la réponse déplut fortement.

― Je lui fais confiance les yeux fermés. C'est un type droit et honnête qui a eu la malchance d'avoir des déboires avec votre justice à cause d'un de vos scientifiques Déclarés. Je l'ai sorti de la panade c'est pourquoi il est toujours d'accord pour m'aider. Je l'aide financièrement pour qu'il soit à l'abri du besoin.

Encore un magnifique mensonge.

― Il est donc au courant de vos activités, attaqua Hermep.

― Pas le moins du monde. Il pense que je suis un excentrique féru de sport extrême.

― De sport extrême ?

Kuroashi eut un rictus mauvais.

― Je possède une petite merveille qui m'a énormément facilité la vie.

Il était évident que Koby parlait en curieux et non en tant que policier. Quand il avait fouillé, involontairement, dans le sac de Kuroashi, il l'avait envié pour posséder de tels articles, tous plus intéressant les uns des autres.

Dorobo revint enfin, le dossier en main. Elle ne l'avait pas encore parcouru mais comptait bien s'y plonger dès qu'elle serait rentrée chez elle.

Le jeune cambrioleur se détourna d'elle et annonça à haute voix qu'il était enfin temps de partir. Et pour lui, enfin temps de s'éloigner de l'Inspectrice.

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à suivre...


J'angoissais -sans raison comme d'hab- pour ce passage où un autre indice à été inséré, Kuroashi continue à prendre des risques. L'intrigue avance, inéluctablement et le prochain épisode devrait vous plaire. Les révélations se font petit à petit, navré si la progression vous paraît longue mais je ne voyais pas l'histoire se dérouler autrement. Tout ira beaucoup plus vite à partir d'un certain point, ne vous en faites pas.

J'en profite pour dire que je suis navrée d'avance si je ne réponds pas aux messages ou aux reviews dans l'immédiat, j'ai quelques soucis avec leur envoi : un coup ça prendra quelques secondes puis ça prend du temps et ça ne l'envoi pas. Je ne sais pas si c'est ma connexion ou Internet qui m'en veut mais sachez que rien que voir le compteur de vue et lire et relire vos reviews me procurent de la joie. Je ne vous remercierais jamais assez, même ceux qui lisent tout simplement.

Sur ce, à samedi prochain !