Bonjour bonjour^^ Me revoilà avec le chapitre suivant =) J'espère qu'il vous plaira^^

Et encore une fois, merci pour vos reviews^^

Morghana : Merci pour cette précision (je ne m'en souvenais plus ). Quant au père des jumeaux de Nasuada, ce n'est pas un personnage du livre (parce que j'avais en tête une idée bien précise de son profil, et que je ne trouvais personne lui correspondant. Donc je l'ai inventé^^'). On en parle un peu dans ce chapitre, mais je développerais probablement son histoire et celle de Nasuada un peu plus tard si j'en ai l'occasion^^

Sur ce, bonne lecture !

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Chapitre Vingt-huit : Telle mère, tel fils

Aberon, dans la soirée.

Alvéric sortit de la salle du conseil, l'air passablement agité. Il n'était pas le seul à contenir son agacement ou son excitation devant la situation : Le conseil des Vardens allait enfin parvenir à une solution concernant les attaques urgales qui sévissaient dans le pays depuis des mois. Mais Alvéric savait qu'il aurait dû, plus que quiconque, contenir son émotion. Tous le connaissaient comme quelqu'un de calme et de posé. De plus, il représentait sa mère dans cette affaire. Cela pouvait inquiéter les autres de le voir en proie à une telle agitation. C'est la raison pour laquelle il avait profité d'une pause dans la réunion – qui durait depuis trois heures déjà – pour s'éloigner des membres du conseil. Comme à son habitude, il faisait les cent pas en jetant de temps à autre des coups d'œil dans son dos. C'est ainsi qu'il vit arriver sa mère.

Nasuada quitta la salle du conseil avec des sourires amicaux pour les membres qui les soutenaient, son fils et elle. Les quelques anciens qui approuvaient encore le seigneur Orrin n'avaient eu droit qu'à des regards polis, mais sans plus. Aucuns d'eux n'avaient jadis fait partie des Vardens.

Mais quelle utilité la reine des Vardens avait-elle de réunir encore régulièrement ses chefs, me direz-vous ? Après la chute de Galbatorix en effet, les rebelles n'avaient plus aucune raison d'être. Ils pouvaient enfin vivre libres. Orrin leur avait offert de les accueillir au Surda. La plupart avaient acceptés et quelques autres, comme les habitants de Carvahall, avaient rejoints Roran à Urû'baen, ou s'étaient installés un peu partout dans l'Alagaësia. Pour beaucoup, la période qui suivit la mort de Galbatorix fut synonyme de paix et de joie. Les Vardens et leurs alliés – Elfes, Nains, ainsi que dragons et Dragonniers, bien sûr – n'avaient plus aucune raison de se cacher. On baptisa cette époque « L'An Libre ». An qui, contrairement à ce qu'il signifie, dura plus d'une année. Les attaques urgales ne survinrent que bien plus tard, mais on estime que la période de réelle insousiance durant trois ans. Puis la vie reprit petit à petit son cours normal. C'est-à-dire qu'on entendit à nouveau parler de pillages et d'attaques d'humains à humains ou de quelques urgals disparates. Ces derniers étaient liés par serment aux Vardens, aux Elfes et aux Nains, de sorte que ceux qui l'enfreignaient étaient considérés par leur peuple comme des parjures et chassés au même titre que n'importe quel bandit. Mais dans l'ensemble, on pouvait dire que les peuples de l'Alagaësia et du Surda vivaient en paix, car leurs rois savaient maintenir l'ordre. Pour Roran, cela semblait être une qualité innée que de diriger ses semblables. Quant à Orrin, il était habitué depuis longtemps à régner sur son peuple, et ne manquait pas de suivre les conseils de Nasuada. Jusqu'à l'arrivée de l'Ombre.

Nasuada s'arrêta à quelques pas de son fils. Certes, les Vardens n'avaient plus aucune raison d'être. Seuls les plus anciens se présentaient encore comme tels. En réalité, ne subsistait que leur conseil, auquel s'étaient d'ailleurs mêlé d'autres alliés du Surda. Mais Nasuada n'avait pu se résoudre à effacer le nom d'un peuple bien plus vieux qu'elle-même. Elle n'était d'ailleurs pas la seule. Avec un sourire un peu crispé, elle se souvint que le père de ses enfants, Norvel, l'avait soutenue dans cette démarche. Il n'avait pas été seul. Le vieux Jörmundurl'avait approuvé lui aussi. Elle savait à présent qu'ils avaient eu raison de l'encourager dans cette direction.

Nasuada n'était restée reine qu'à titre symbolique. Elle n'avait pas réellement régné sur son peuple – puisqu'il s'était égaillé un peu partout en Alagaësia et au Surda. Mais elle avait participé à la vie politique du Surda, et à l'occasion à celle de l'Alagaësia lorsque Roran lui demandait conseil. Elle était restée en contact avec les Elfes et les Nains, et était devenue une amie proche d'Orik et de Roran, ainsi que de Katrina. Elle ne comptait plus les messages qu'ils s'étaient envoyés ou les visites qu'ils avaient faites. Visites qui étaient devenues bien plus rares ces temps-ci. Nasuada le déplorait, mais elle savait aussi qu'elle avait un devoir envers le peuple du Surda bien qu'elle n'en ait jamais été la souveraine. Le Surda les avaient accueillis, les Vardens et elle, lorsqu'ils étaient en fuite. À présent, c'était à elle de leur rendre la pareille.

- Je vous demande pardon.

Son fils l'accueillit avec des excuses, et son habituel sourire. Nasuada s'approcha de quelques pas encore puis le jaugea un instant en silence, avant de répondre :

- Tu n'as pas à t'excuser. Tu as été parfait.

- Je n'en suis pas sûr.

Elle balaya cette affirmation d'un geste de la main :

- Moi, si. Et je ne suis pas la seule. Alvéric, tu as parfaitement rempli ton rôle. Je ne vois pas ce que l'on pourrait te reprocher. Nous sommes tous un peu sur les nerfs, ces temps-ci. Tu n'as pas à t'en cacher. C'est ce qui te rend humain. N'aies pas peur de le montrer car, parfois, il est rassurant pour tes alliés de savoir qu'ils ne sont pas dirigés par un surhomme, mais que celui qui les guide est comme eux.

Alvéric afficha un sourire crispé :

- Je sais, dit-il en croisant les bras.

Il faisait toujours cela lorsqu'il essayait de se protéger de quelque chose. Lorsqu'il était enfant, il avait parfois eu affaire à des gamins qui s'étaient moqués de son air trop passif. Alvéric n'avait jamais usé de violence face à leurs quolibets. Il se contentait toujours de croiser les bras, comme pour ériger un mur entre les autres et lui. Nasuada se retint d'afficher une grimace. Son fils ne montrait que rarement son embarras. Il se contentait de sourire ou de rire pour donner le change. Une attitude aussi rare trahissait donc l'importance de son malaise.

- Mais je ne parle pas de cela.

Il marqua une pause et jeta un coup d'œil embarrassé en direction des membres du conseil, regroupés un peu plus loin pour discuter. Puis il reporta son attention sur sa mère :

- D'accord, promets-moi de ne pas le dire à Raven, dit-il en changeant radicalement de ton. Elle sera furieuse si elle apprend que je t'en ai parlé. Elle dira… elle dira que je suis allé pleurer dans tes jupons, mais…

Il grimaça encore. Le changement dans son attitude n'était pas pour la rassurer, et Nasuada savait mieux que quiconque que son fils détestait se plaindre.

- Mais ce n'est pas cela, s'empressa-t-il de corriger, comme s'il avait lu dans ses pensées. Maman, jure-moi simplement que tu garderas ça pour toi. Si on apprend que j'en ai parlé à quelqu'un, je passerai pour un pleurnichard, sourit-il afin de détendre l'atmosphère.

Mais Nasuada ne l'écoutait déjà plus. À la mention du « maman », un mot qu'elle n'avait plus entendu depuis des années, elle avait senti un frisson lui courir le long du dos.

- Qu'y-a-t-il ? réussit-elle à articuler, en proie à une grande inquiétude.

Alvéric se rendit aussitôt compte de son erreur :

- Pardon, dit-il plus calmement. Je savais bien que je n'aurais pas dû te dire cela. Ou du moins, pas comme ça. Mais le conseil, ça m'a…

Il marqua une pause et laissa son regard flotter en direction de la salle qu'il venait de quitter. Certains jeunes filles ou garçons de son âge se sentaient tout retournés lorsqu'ils tombaient amoureux. D'autres ressentaient la même exaltation lorsqu'ils parcouraient un champ de bataille. Rien de tout cela n'avait encore réussit à émouvoir Alvéric. La seule chose capable de faire battre son cœur plus de que coutume, c'était cela. Le conseil. Parler, planifier, agir. Il n'était pas mauvais combattant, mais on ne pouvait pas dire qu'il se distinguait sur un champ de bataille. En revanche, il était bon parleur, et excellent stratège. Il savait tout cela. Mais il n'ignorait pas non plus que ceux qui l'entouraient ne comptait pas uniquement sur ses capacités de meneur pour juger s'il était apte ou pas à les diriger. Alvéric s'était longtemps moqué de ce que l'on pensait de lui. Aujourd'hui encore, il avait du mal à ne pas rire en entendant ce que l'on disait dans son dos. Même si cela le blessait. Le problème, c'était que les chefs des Vardens, ceux du Surda – les membres du conseil, en somme – ne voyaient pas les choses du même œil. Un jour, il n'y avait pas si longtemps de cela, son père l'avait prévenu : « Un homme ne se forge pas uniquement sur le champ de bataille. Mais peu d'entre eux le voient de cette façon. Si tu veux te faire respecter en tant qu'homme, tu dois être vu comme tel. Sous tous tes aspects. » Alvéric serra un peu plus ses bras autour de lui. À l'époque, il n'avait pas compris l'entièreté des paroles de son père. À présent, il savait ce qu'il voulait dire. Et il avait honte de reconnaître à haute voix qu'il n'était absolument pas un modèle de virilité.

- Mère, reprit-il sur un ton plus posé, vous savez que je ne suis pas très bien vu sous certains points de vue… Les gens se posent des questions sur, hum… mes goûts en matière de femmes parce que je ne m'intéresse à aucune d'elles, dit-il d'une traite.

Il vit sa mère pincer les lèvres. Cela le rassura ; elle était au courant. Il s'apprêtait à continuer, mais elle fut plus rapide que lui :

- Ne sois pas idiot, Alvéric. Certes, certains membres du conseil restent assez stupides pour te juger sur cela, mais ils ne sont pas seuls. Nous sommes beaucoup à penser que tes "goûts en matière de femmes", comme tu le dis, ne regardent que toi.

Elle laissa planer un silence, et Alvéric lui fut reconnaissant pour ce qu'elle venait de dire.

- Je pense que c'est en partie une chance, ajouta-t-elle avec un air plus détendu. Pour avoir notre confiance à tous, tu devras prouver que ce n'est pas cela qui fait de toi un bon chef. Si tu y arrives, alors tu auras le soutien du conseil dans son ensemble. Je m'en porte garante.

Alvéric sourit devant l'air sérieux de sa mère :

- J'espère que vous n'aurez pas trop de mal.

- Les cartes sont entre tes mains, sourit-elle. Alvéric, à une époque, on t'aurait forcé à prendre femme pour prouver que tu étais, hum… un "homme". Je sais qu'à ta place, j'aurais été outragée. Je tenais à ma liberté autant que toi, je peux t'en assurer. C'est pour cela que je te laisse une chance.

Elle marqua une pause et ajouta, sur un ton faussement réfléchi :

- Hum, et aussi parce que tu es mon fils et que j'ai confiance en toi.

Alvéric sourit de plus belle.

- Merci maman, dit-il presque timidement.

Nasuada se détourna pour rejoindre la salle du conseil. Jörmundur lui tint la porte. Elle essaya de sourire, mais sans succès. La situation de son fils lui rappelait trop la sienne. Elle avait aussi subit quelques pressions afin de trouver un époux. Elle avait réussit à retarder l'échéance jusqu'à la fin de la guerre contre Galbatorix. Mais sa situation avait été des plus compliquée. Laisser ouvertement sa liberté à son fils pouvait s'avérer problématique étant donné ce qu'elle avait du affronter en étant plus jeune. Mais d'un autre côté, elle savait également qu'après ce qu'elle avait dû faire pour que Norvel soit accepté comme le père de ses enfants, elle était capable de surmonter n'importe quelle situation. Alors ce n'étaient pas des commérages sur son fils qui l'empêcheraient d'accéder au trône qui lui revenait.

* * *

Désert du Hadarac.

Un mois. Ou peut-être était-ce plus ? Ou moins ? Il n'en savait rien. Evidemment, puisqu'il ne voyait pas la lumière du jour ! Mais être enfermé au fin fond des cachots de la forteresse de l'Ombre avait ses avantages. Par exemple, il y faisait frais. Il n'avait pas chaud. Cela s'enlevait à la liste de toutes les choses dont il souffrait. Premièrement, il avait faim. Non, il était affamé. Ensuite, il avait sommeil. Il ne s'endormait généralement que pour une ou deux heures et se réveillait en sursaut aux bruits de pas dans le couloir, ou simplement aux battements de son cœur, accélérés suite à un cauchemar. Ces deux sons lui étaient familiers, à présent. Le premier était celui qui annonçait la venue de Dre'ya, qu'il redoutait tant. Elle prenait un malin plaisir à lui apporter à manger, une fois par jour, mais jamais à la même heure. Et elle s'amusait à l'appâter avec la nourriture. « Dis "s'il te plaît" ! » était le meilleur de ses ordres. Seth se força à concentrer toute la haine qu'il ressentait sur l'abjecte personne qu'était cette prétendue Dragonnière. Mais il n'y arrivait pas.

Premièrement, parce qu'il avait bien trop peur d'elle. Deuxièmement, parce que la rancune qu'il éprouvait à l'égard de lui-même dépassait toutes les autres. Il avait été stupide, mais cela ne remontait pas à hier.

Premièrement, il n'aurait jamais dû amener Jorine jusqu'à Urû'baen. Deuxièmement, il n'aurait pas dû suivre Dre'ya jusqu'ici. Malgré tout, il y avait deux points positifs dans sa situation :

Premièrement, il ne souffrait pas de la chaleur. Deuxièmement… Larme était à l'extérieur. De là à dire qu'il était en sécurité… C'était encore un bébé dragon – du moins aux yeux de son Dragonnier. Mais il pouvait se débrouiller. Seulement, tant qu'il n'aurait pas réussit à rétablir le lien qui les unissait, il n'en saurait rien. Ce vide dans sa tête le faisait souffrir plus que n'importe quel autre mal. Qui eut cru, lorsque son œuf avait éclot pour lui, qu'il souffrirait autant de l'absence de son dragon ? Pas lui, en tout cas. Seth ferma brièvement les yeux. Il ne pouvait pas rester ici sans agir, c'était au-dessus de ses forces. Il allait devenir fou. Il devait sortir, pour Larme, pour Jorine et pour lui-même. Et aussi pour étrangler Dre'ya.

Il inspira à fond, expira puis rouvrit les yeux. Il avait déjà essayé de s'échapper. Un mois, imaginez-vous ! Mais sans succès. Pour autant qu'il le sache, la seule à ouvrir la porte fermée à double-tour était Dre'ya. Et elle avait entravé la magie qui lui venait de Larme d'un seul mot en Ancien Langage. C'était pathétique. Il était pathétique.

* * *

Pour la troisième fois depuis le lever du jour, Murtagh essaya de contacter Seth par le biais du miroir qu'il lui avait donné. Et, comme à chaque fois depuis qu'ils s'étaient séparés, c'était sans succès. Il faillit balancer l'objet d'un geste rageur mais se retint. Il avait ramené les enfants d'Eragon à Urû'baen, avait entreprit le chemin inverse, seul malgré leurs protestations, et en était arrivé là. Au milieu du désert du Hadarac. Et seul, bien entendu. Mais c'était bien la seule pensée qui le réjouissait. Bizarrement, ni Isla ni Brom n'avaient tenté de le retenir. Ils devaient comprendre sa situation.

Murtagh s'assit sur un rocher à peu près plat pour se reposer. Il ne voulait pas dormir. Cela lui paraissait trop dangereux, si près du repaire de l'Ombre. Du moins, d'après ce qu'il imaginait. Et il ne pouvait pas manger, car il avait épuisé ses dernières ressources le jour précédent. Il n'allait tout de même pas passer son temps à chasser le scorpion… ! En l'occurrence, il ne lui restait pas grand-chose à faire en dehors de réfléchir à sa situation plutôt… décourageante. Mais pas encore désespérée. Elle le serait s'il mourrait ou s'il se laissait capturer par les sbires de l'Ombre. La première option n'était même pas envisageable. Il ne mourrait pas. Pas avant d'avoir retrouvé son fils et s'être assuré qu'il était sain et sauf. Et de lui avoir infligé une sale correction… s'il en avait l'énergie. Quant au deuxième choix, ma foi… c'était possible. Presque inespéré. Mais plutôt humiliant. Inutile d'y songer maintenant, donc.

Et puis, il aimait bien la solitude. Elle faisait écho au vide que lui avait laissé Thorn en mourant. Il savait qu'il était dangereux de s'y laisser glisser, même si c'était aussi très tentant. Mais il ne s'était jamais laissé aller à ce point. Depuis qu'il avait rencontré Agacie, il n'avait jamais été seul. Il avait toujours eu quelqu'un à qui se raccrocher. Murtagh soupira. Penser à Agacie était bien la dernière chose qu'il souhaitait.

* * *

Agacie justement remontait les couloirs de la Forteresse, comme on l'appelait. C'était Ar'zan qui avait eu l'idée de ce nom. La « Forteresse », avec une grande majuscule. Elle avait toujours été un tantinet mégalomane, comme tous ceux qui possèdaient le pouvoir. Agacie soupira. Elle n'avait jamais aspiré à de telles choses. Elle n'avait pas ce genre d'ambitions. À l'heure actuelle, elle n'était même pas sûre de savoir pourquoi elle agissait. Mais contre qui, ça oui : Contre Murtagh. Bien piètre consolation à ce qu'il lui avait fait, que d'aider l'Ombre à capturer son fils pour en faire un… un… Elle n'osait même pas y songer. En fin de compte, elle se retrouvait dans la position de son ex-compagnon : Elle trahissait les siens. Mais lui avait dû se battre par obligation pour Galbatorix. En était-il de même pour elle ? Agacie tâta les pièces de monnaie qui remplissaient sa bourse. Non, elle n'était pas comme Murtagh, cela était certain. Elle l'avait d'ailleurs répété maintes et maintes fois. Elle n'était pas comme le Traître. Elle était pire que lui.

Un instant, elle imagina ce qu'il aurait pu lui dire s'il avait su ce qu'elle avait fait. Cela lui arrivait régulièrement, de se mettre dans cette situation : « Si Murtagh était là, que dirait-il ? » se demandait-elle. C'était presque pour se donner bonne conscience. Eh bien, si Murtagh était là, il serait furieux non pas parce que tu l'as trahi, mais parce que tu as livré son fils à Ar'zan, lui fit justement remarquer une petite voix dans sa tête. Elle savait cela depuis longtemps. Elle y avait songé bien avant d'agir. Mais elle ne voulait pas mettre Seth en danger. L'Ombre elle-même avait promis de ne pas lui faire de mal. Mais qui aurait pu prévoir que Seth deviendrait Dragonnier ? Qu'il entrerait dans les plans de l'Ombre ? En réalité, Agacie le savait. Elle l'avait toujours su. Mais c'était parce qu'elle avait sans cesse refoulé cette idée qu'elle s'était piégée elle-même.

En silence, elle passa devant les gardes qui restaient jour et nuit devant la porte de Dre'ya et entra sans frapper.

* * *

Un coup toqué à la porte de sa cellule tira Seth de son demi-sommeil. Il se redressa vivement et jeta un coup d'œil à travers le judas. Un garde lui faisait signe de se reculer. Le jeune homme optempéra sans broncher, mais réfléchit à toute vitesse. Habituellement, c'était Dre'ya qui venait le voir. Il la reconnaissait à ses pas presque sautillants et aux trois coups qu'elle frappait contre le battant : Toc toc-toc. En conséquence, Seth était quelque peu déstabilisé. Le garde entra après s'être assuré qu'il était bien à une distance raisonnable de l'entrée et déposa devant lui un plateau de nourriture – nourriture composée d'un bol de soupe rassie et d'un verre d'eau. Mais c'était mieux que rien. Aujourd'hui cependant, Seth se disait qu'il sauterait bien un repas.

- Où est Dre'ya ? questionna-t-il.

Sa voix, déjà presque rauque habituellement, avait l'air de sortir d'une caverne. Mais il ne prit pas la peine de se racler la gorge pour enchaîner :

- C'est elle qui vient, d'habitude.

- Dre'ya est occupée, coupa le visiteur. Et l'Ombre rentre ce soir – Seth avait remarqué qu'en-dehors de la Dragonnière, personne ici n'appelait Ar'zan par son prénom – alors elle tenait à ce que tu aies l'air en forme. À peu près, ajputa-t-il après avoir jeté un bref regard au garçon.

Seth ne répondit pas mais fixa son maigre repas comme s'il allait lui pousser des pattes et qu'il allait s'enfuir en courant.

- Mange, ordonna le garde.

Seth tendit un bras pour prendre le plateau puis leva les yeux vers lui.

- Eh bien quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? questionna l'homme, mal à l'aise devant l'adolescent.

- J'aime pas.

D'un bond, Seth se leva et lui lança le plateau. Le garde recula de quelques pas, tandis que le jeune homme se baissait pour rattraper le bol et le lui fracasser sur le crâne, sans succès. Cependant, l'homme lâcha son arme en se protégeant d'un bras. Sans réfléchir, Seth l'attrapa. C'était une lance pourvue d'un manche en métal. Elle s'enfonça sans résister dans le ventre du garde. Il s'effondra dans son sang. Seth grimaça mais ne ferma pas les yeux en retirant la lame pour la lui planter dans le crâne. Le garde avait presque atteint la porte en tombant ; il aurait de la chance s'il ne s'était pas fait repérer. Mais fort heureusement, les cachots étaient profondément enterrés dans la terre du Hadarac. Et sa victime n'avait pas crié.

En y réfléchissant bien, frissonna Seth, c'était la première fois qu'il préméditait un meurtre. C'était assez effrayant.

Il se glissa dans l'embrasure de la porte et, pour plus de sécurité, enferma le garde à sa place dans le cachot. Le couloir qui y menait était désert et frais grâce aux murs de pierre qui l'entouraient. Seth essaya de ne pas penser aux tonnes de sables qui l'engloutiraient s'ils s'effondraient et remonta le couloir à grands pas, sa lance entre les mains.

* * *

Dans une autre aile de la forteresse, Ar'zan claquait une porte. Celle menant aux appartements de Dre'ya. Elle était passablement agacée que cette fillette ait été incapable de contenir Agacie. Mais ce qui la mettait en rage était de savoir que Seth n'avait pas été traité comme il le fallait.

« C'est un Dragonnier, au même titre que toi ! » avait-elle crié à la jeune femme aux cheveux gris. « N'es-tu pas traitée selon ton rang ? Alors pourquoi l'as-tu fais enfermer dans les cachots ? Ne viens pas te plaindre si sa mère pleure après lui, alors que tu l'as laissé croupir en bas pendant tout ce temps ! » Ar'zan grommela pour elle-même. Une affaire à Vroengard avait demandé toute son attention. Elle était donc absente lorsque Seth était tombé dans les pattes de Dre'ya. Mais elle avait fait assez confiance à la Dragonnière pour la laisser régler les choses par elle-même en attendant son retour. Elle se rendait compte à présent de son erreur. Encore heureux qu'elle soit rentrée plus tôt que prévu afin de constater les choses par elle-même !

Après avoir rassuré la mère du garçon – qui ne cessait de tempêter depuis qu'elle avait appris, de la bouche de Dre'ya en plus, les conditions dans lesquelles vivait son fils depuis plus d'un mois – Ar'zan se dirigea elle-même vers les cellules afin de régler la situation une bonne fois pour toutes. On mettrait le Dragonnier dans de beaux appartements, au deuxième étage, et tout le monde serait content – elle la première. Ensuite, elle punirait Dre'ya pour lui avoir fait perdre un temps considérable. Le garçon devait être dans un état lamentable ; il allait lui falloir encore des semaines pour récupérer, alors que s'il avait été bien traité en son absence, Ar'zan aurait pu l'interroger dès le début. Mais après tout, elle avait encore le temps. Et une fois qu'elle saurait où se trouvait le bébé dragon, tout irait mieux. Après tout, elle avait déjà le dernier œuf en sa possession, bien en sécurité à Vroengard avec Urzak et Valen, ces deux imbéciles. Avec Dre'ya et Seth de son côté, l'Ombre savait qu'elle n'aurait plus qu'à trouver qui était le dernier Dragonnier, et elle avait sa petite idée à ce sujet. Si le fils de Murtagh était à ses côtés, pourquoi n'en serait-il pas pour l'un des enfants d'Eragon le Tueur d'Ombre ? Et ensuite, le nouvel Empereur Noir apparaîtra. Il ne pourrait que s'allier à elle. Oui, tout s'annonçait pour le mieux pour Ar'zan.

C'est donc avec un calme implacable, et presqu'avec bonne humeur, qu'elle remonta le couloir menant aux cachots. Et soudain, un bruit attira son attention sur la gauche. L'apparente jeune femme s'autorisa un détour dans cet endroit dépourvu de gardes et pénétra dans les cuisines de la Forteresse. Personne. Elle releva la tête, soupira puis traversa la pièce encombrée d'ustensiles en tout genre et repoussa d'un geste la porte qui menait au garde-manger. La scène qui l'attendait là la surprit plus que tout ce qu'elle avait eu à observer ce jour-là. Assis sur la table qui trônait au centre de la pièce, entre des étagères bourrées d'aliments plus variés les uns que les autres, se tenait un homme. Enfin, un jeune homme ; malgré son visage sale et émacié, il était clair qu'il n'avait pas vingt ans. Ar'zan était si silencieuse qu'il ne l'entendit pas arriver. Du reste, il était très concentré sur le fruit qu'il mangeait. L'Ombre se doutait qu'il ne s'était même pas demandé s'il était encore bon ou pas. Elle pencha la tête sur le côté, sourit brièvement puis donna une petite tape sur la table. L'intrus se retourna dans un sursaut, de sorte qu'elle put à loisir le détailler du regard. Ses cheveux noirs et en bataille auraient eu non seulement besoin d'être lavés, mais d'une bonne coupe. Même à cette distance, il ne sentait pas la rose. Lorsqu'il se leva un peu maladroitement, Ar'zan constata qu'il était plus grand qu'elle, ce qui expliquait en partie pourquoi il avait l'air aussi dégingandé. Malgré tout il avait les épaules larges, ce qui lui laissa supposer qu'il prendrait du muscle au fil des ans. L'Ombre sourit. Il ressemblerait probablement plus à son père ainsi. Malgré tout, son visage avait encore quelque chose d'enfantin qui rappelait sans nul doute Agacie. Et dans ce visage, ce furent ses yeux qui intriguèrent le plus Ar'zan. Ils étaient bleus, mais d'un bleu très pâle. Très beaux. Voilà qui était fort dommage.

Clignant des paupières sur ses pupilles rouges, l'apparente jeune femme lui sourit poliment. Il répondit par un pas en arrière.

- Vous êtes une Ombre, affirma-t-il.

Il avait une voix grave et très rauque. L'Ombre hocha la tête en silence.

- Ar'zan, avança encore le jeune homme.

Nouvel hochement de tête.

- Et toi, tu es Seth. Enchantée.

Il cligna des yeux. Ar'zan sourit.

- Je comprends ta méfiance, mais j'ai beaucoup à te dire. Premièrement, que ce cachot ne t'était pas destiné. Il était réservé à ton père.

Seth ouvrit de grands yeux.

- Tu vois, je me montre honnête avec toi. Tu peux continuer à manger, ajouta-t-elle, car mon récit risque d'être long.

- Je ne suis pas sûr d'avoir envie de l'entendre, osa articuler le Dragonnier.

L'Ombre sourit. Voilà le genre d'attitude qu'elle appréciait.

- Je pense que tu devrais, répondit-elle simplement.

Et Seth, probablement accaparé par ses pupilles rouge sang, hocha la tête en silence.

* * *

Il ne vit pas le temps passer. Lorsque L'Ombre marqua une pause, arguant qu'ils auraient tout le loisir de parler lorsqu'il se serait reposé, il se rappela où il était, et en compagnie de qui. Il ne savait plus comment il l'avait imaginé avant de la rencontrer, mais Ar'zan était très loin de l'idée qu'il se faisait d'une Ombre. En-dehors de ses yeux, rien ne laissait deviner qu'elle était le réceptacle de démons.

- Vous avez les cheveux noirs, lui fit-il remarquer lorsqu'elle lui tint la porte du cellier afin de le laisser passer.

Elle sourit lorsqu'il regagna les cuisines, avec quelques fruits supplémentaires entre les mains.

- Je croyais que les Ombres avaient les cheveux et les yeux rouges, continua Seth en s'essuyant la bouche d'une manche de sa chemise, jadis blanche et à présent grise.

- Ils pratiquent aussi la magie, répondit Ar'zan en ouvrant la marche dans le couloir qui menait des cachots aux cuisines, puis à l'étage supérieur. Je change ce qui me plaît.

- Pas vos yeux ?

- Il est important de se rappeler qui l'on est, fit-elle avec un sourire énigmatique. Et d'où l'on vient. En parlant de cela, quelqu'un veut te voir, ajouta-t-elle en le guidant à travers la forteresse labyrinthique.

Seth la suivait sans bien comprendre, lorsqu'un cri attira son attention. À la voix, il crut tout d'abord qu'il s'agissait de Jorine. Il se rappela un peu en retard que la jeune fille avait une voix plus aigue. Du reste, la femme qui s'avançait vers lui n'avait rien d'une Jorine.

- Maman !

Agacie se précipita sur son fils. Ar'zan recula de quelques pas et, dès qu'elle fut certaine que la femme l'avait vue, tourna le dos et disparut dans le dédale de la forteresse. Une fois qu'elle eut regagné ses appartements, elle s'accorda un bref coup d'œil dans le miroir et un bref sourire satisfait.

* * *

Agacie n'en croyait pas ses yeux. Voilà des années qu'elle n'avait pas revu Seth. Six ans, plus exactement. Et maintenant, elle le tenait dans ses bras. Qu'il avait grandi ! La dernière fois qu'elle l'avait serré contre elle, il n'avait que dix ans. Il ne lui arrivait même pas à la hauteur du menton. Et à présent, il était plus grand qu'elle. Quel âge avait-il ? Seize ans ? Ou dix-sept, déjà ? Agacie se serait probablement effondrée, tant elle était atterrée, si Seth n'avait pas eu besoin qu'elle reste debout. Car son fils avait beau être devenu un homme, il pleurait comme s'il avait encore quatre ans.

- Maman, maman..., sanglotait-il sans pouvoir s'arrêter.

- Je suis là. Ça va aller mon chéri, je suis là, répétait-elle en boucle tout en lui caressant les cheveux.

Seth étant dans les parages, elle se doutait bien que ces retrouvailles auraient lieu. Elle les espérait presque autant qu'elle les redoutait.

- C'est de ma faute, articula Seth, le nez dans sa robe blanche. C'est de ma faute. Jorine, Larme… C'est de ma faute. Maman !

Il pleura de plus belle. Agacie le serra fort dans ses bras en se demandant pour la énième fois ce que cette ordure de Dre'ya lui avait fait subir. Elle l'avait toujours vue comme une gamine grandie trop vite, en proie à des pulsions sadiques. Elle l'avait toujours détestée, pour ce qu'Ar'zan avait faite d'elle. Mais ce n'était rien en comparaison du ressentiment qu'elle éprouvait à cet instant. Si elle avait eu le pouvoir de la tuer, elle l'aurait fait. On ne touchait pas à son fils, c'était une règle. Ar'zan l'avait enfreinte en portant son attention sur Seth, mais elle avait en partie réparé ses torts en promettant d'améliorer sa situation. Dre'ya, c'était autre chose. Elle avait volontairement tourmenté Seth, parce que c'était une sale gamine sadique. Agacie grommela en son for intérieur. La Dragonnière la prenait pour une simple espionne, toujours en retrait, jamais dans le secret et un peu inutile sur les bords. Elle n'ignorait pourtant pas qu'elle avait fait partie des Vardens, et que la vie n'était pas si facile à cette époque. Son peuple avait mené un dur combat contre l'Empire. Ils avaient tous dû se battre pour survivre. La peur, la faim parfois et la mort les tourmentaient. Mais Dre'ya s'en fichait pas mal.

Certaines valeurs se perdaient.

Agacie faillit en rire, tant cette pensée était absurde. Mais de quel côté était-elle, à la fin ? Voilà qu'elle parlait des Vardens comme si elle en faisait encore partie. Alors qu'elle était à présent du côté de leurs ennemis ! En vérité, elle faisait une bien piètre espionnne, et une mère encore plus pitoyable.

* * *

Forteresse du Hadarac, deux heures plus tard.

Agacie marchait le long d'un interminable couloir. Elle venait de quitter Seth. Si elle se considérait comme une mère minable, il n'en était pas de même pour son fils. Il lui avait fallut plusieurs bonnes minutes pour retrouver son calme, et Agacie avait bien vu qu'il était soulagé qu'elle soit là, même s'il ne lui avait posé aucune question à ce sujet. Peut-être en redoutait-il les réponses. Peut-être avait-il compris en voyant qu'Ar'zan lui permettait de se promener en toute liberté dans la Forteresse. Ou peut-être savait-il déjà tout, simplement. Cela aurait été la solution de facilité, songeait Agacie. Elle savait pourtant que l'heure des explications viendrait un jour.

Et plus tôt qu'elle ne le pensait.

En passant devant une des rares fenêtres de l'étage – le premier de la forteresse – Agacie s'arrêta et essaya de distinguer autre chose que de la terre ou du ciel à travers la meurtrière. Peine perdue. Elle laissa alors vagabonder son esprit sur les récents événements. Ce qui l'avait le plus frappé étaient les changements survenus chez Seth. Il avait beaucoup grandi durant ces dernières années, un peu vite semblait-il. Et il ressemblait de plus en plus à son père. C'était inévitable, bien sûr. Il lui semblait qu'elle l'avait su dès le premier jour, lorsqu'elle l'avait tenu dans ses bras pour la première fois. Il n'empêchait que c'était de plus en plus évident. Agacie soupira. Tout semblait converger pour que le destin du père soit le même que celui du fils. Elle-même avait à présent un point commun avec lui : elle était prisonnière. Elle appuya son front contre la meurtrière et fixa sans le voir le désert désespérément vide. En-dehors de quelques plantes désséchées et d'un arbre, bien sûr. Minute. Elle cligna des yeux et se pressa un peu plus contre l'ouverture minuscule. Cet arbre n'était pas là une seconde plus tôt, elle en était persuadée. Elle plissa les yeux pour tenter de le distinguer un peu mieux. Était-ce réemment un arbre ? Son regard s'écarquilla lorsqu'elle comprit que « l'arbre » grossissait à vue d'œil. Sans réfléchir, elle dévala les marches quatre à quatre et sortit à l'air libre. Là, quatre gardes faisaient plus ou moins leur travail. Les deux premiers, assis à l'intérieur, jouaient aux dés. Les autres, avachis à l'extérieur, regardaient l'horizon d'un œil morne. Il fallait dire que la Forteresse était déjà bien dissimulée. Mais même sans cela, il était rare de voir venir des visiteurs. Agacie leur jeta un bref coup d'œil puis, comme personne ne faisait attention à elle, s'éloigna de quelques pas. Elle allait contourner l'un des murs lorsqu'un garde la héla :

- Où est-ce que vous allez ? s'exclama-t-il.

Agacie ne répondit pas. Apparemment, l'homme n'avait pas l'air de vouloir la suivre.

- Il n'y a rien dans cette direction, vous savez ? fit son collègue.

L'autre rigola :

- Justement, laisse-la faire. Quand elle en aura marre, elle rentrera. Ça lui fera du bien de prendre l'air.

Avec un air moqueur, il ajouta :

- Dites, vous rentrez pour le dîner ou on doit prévenir l'Ombre de ne pas vous attendre ?

Son compagnon éclata de rire. Agacie ne s'était même pas retournée. Elle se détendit pourtant légèrement en tournant au coin du mur, échappant par la même occasion à leurs regards. La silhouette qui se rapprochait lui était familière, mais cela elle l'ignorait encore. Elle était bien trop loin d'elle. Agacie jeta un regard préoccupé derrière elle. La Forteresse comptait trois étages et un nombre incalculable de sous-sols. Le premier palier se situait au niveau du sol. Le second était le mieux loti. Quant au dernier, il était exclusivement réservé à la propriétaire des lieux. La forteresse était construite en profondeur plus qu'en hauteur ou en longueur, de sorte qu'elle se confondait presque avec les rochers qui l'entouraient. En raison de sa situation, peu de gardes l'entouraient. À vrai dire, les quatre hommes qu'Agacie avait croisés étaient les seuls à être encore de service. Les autres erraient probablement dans leurs quartiers, au deuxième sous-sol.

De ce côté-ci du repaire de l'Ombre, il n'y avait personne. Personne en-dehors d'Agacie, qui regardait avec appréhension la petite silhouette grandir, et grandir encore. Ar'zan était extrêmement confiante en ce qui concernait sa sécurité personnelle. Ce que les gardes ne pouvaient protéger, elle le faisait elle-même. Contrairement à Galbatorix, elle n'hésitait pas à reléguer ses subordonnés aux oubliettes et à faire le travail toute seule. C'était ainsi qu'elle avait commencé, et peut-être serait-ce ainsi qu'elle finirait. Dans tous les cas, Ar'zan avait assez confiance en ses pouvoirs pour ne pas se souciers des visiteurs impromptus : Elle avait entouré sa forteresse de plusieurs sortilèges, dont Agacie ignorait tout. Du reste, elle ne tenait pas à connaître leurs effets. Se sachant ainsi parfaitement seule à fixer l'horizon, elle fut prise d'une soudaine et froide résolution. Sans se soucier de ce que sa robe blanche traînait dans la poussière – pour ne pas changer – elle alla calmement à l'encontre de l'inconnu. Inconnu qui, en définitive, lui était plutôt connu. C'était Murtagh.

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Parce qu'un peu de suspense ne fait jamais de mal x]

J'espère que vous avez aimé ce chapitre. Votre avis ?^^

Dans le chapitre suivant, face-à-face entre Agacie et Murtagh bien sûr, mais aussi le retour en force d'Isla et Brom^^

À bientôt =)