— Thorïn ! L'avant-poste Est vient de nous contacter par radio, ils ont retrouvé Argon !
— Vivant ?
— A peine…

Accourant au bas de l'X-16 qui se stabilisait tout juste, après que l'équipe eut passé une demi-journée à fouiller la zone du crash, sans succès, un jeune rebelle sauta dans l'appareil, donnant à Thorïn les coordonnées de l'avant-poste tandis que Nori redécollait immédiatement.

Ils ne mirent que vingt minutes pour rejoindre le camp installé sur une falaise en hauteur, et tout autant de temps pour faire embarquer Argon, inconscient et plus mort que vif, car le terrain ne permettait aucun atterrissage stable.

— Où l'avez-vous trouvé ?
— Sur les berges de la Vivarûn, il y a une heure…
— Seul ?
— Gullïn et Moarber sont encore en train de remonter la rivière pour s'en assurer, mais aucune trace de votre fils… Ni des orcs…

Anticipant les questions de Thorïn, le sergent qui avait embarqué dans le X-16 en même temps qu'Argon tâchait de se montrer le plus précis possible, tout en s'occupant du jeune rebelle évanoui à qui il retira les bandages de fortune que les éclaireurs avaient posés sur son abdomen, faute de posséder du matériel de soin plus adapté.
Une plaie mal placée se découvrit au niveau du flanc, la balle avait traversé le corps, mais elle avait fait de gros dégâts dans son sillage et sa gorge portait une nette balafre déjà soignée.

— Il a perdu trop de sang et il est à bout de force… C'est un miracle s'il est encore en vie… Mais j'ai peur que ça ne soit plus pour longtemps…

Sans un mot, Kili s'approcha pour poser une main réconfortante sur le front brulant qu'il caressa doucement, la gorge serrée mais le regard dur. Puis, secondé par Dis qui leur fournit la trousse de soin de l'appareil, il s'occupa à son tour des premiers soins.

Lorsqu'ils rejoignirent Dale, ni Dis, ni Kili n'attendirent que l'engin soit totalement stabilisé avant d'en sortir, portant Argon sur une civière de fortune qu'ils amenèrent au bâtiment qui servait d'hospice improvisé, déjà bondé, où les attendait Khaenïn. Même s'il ne dit un mot, le vieux leader ne put cacher la manière dont son visage se décomposa à la vue du corps inerte de son petit-fils :

— Il va s'en sortir ?
— Il a pris une balle… Mal placée…

Oïn, le soigneur du groupe qui les rejoignit à ce moment, n'eut aucun mal à analyser d'un regard la gravité de l'état d'Argon, mais il ne se prononça pas plus et, sans attendre, ils commencèrent les soins vitaux, usant de tous les moyens qu'ils avaient à disposition pour réparer les dégâts du tir de sniper.

Comme il venait de le faire pour Aska, qui se trouvait elle aussi dans le bâtiment, Khaenïn, malgré son âge, ne rechigna pas retrousser la manche pour un don de sang conséquent, sa bonne constitution lui permettait de ne courir aucun danger dans l'opération et de partager suffisamment de forces à son petit-fils.

Toutefois, malgré tout leurs efforts, le souffle du jeune nain s'allégeait de manière alarmante, sa peau, normalement hâlée, avait maintenant la couleur de la craie et était dénuée de toute chaleur, alors, un par un, les soigneurs improvisés, lucides, cessèrent leurs soins, le regard grave.

— Son cœur ne bat plus…

Le murmure de Dis amena un silence blanc dans la salle, où l'ambiance devint soudain de plomb. Impuissants face à la gravité de la blessure, les nains offrirent au jeune guerrier un silence meurtri comme simple recueillement.

Silence brusquement coupé par l'irruption de Thorïn dans la pièce, trainant derrière lui un vieillard chapeauté qui n'eut aucun mal à comprendre ce que l'on attendait de lui.

oOo

— Vidalinn… Quelle bonne surprise.

Les dents serrées, aucun son ne s'échappa du blond lorsqu'il fut violemment jeté à genoux aux pieds de Rasmus et, trop fier pour lever les yeux vers son ennemi, il les garda résolument baissés.
Toutefois, il fut contraint de lever le visage vers le plus vieux lorsque celui-ci, d'une main doucereuse, posa ses doigts sous son menton pour plonger son regard maudit et sans âge dans son œil unique.

— Je pensais que tu avais retenu la leçon la première fois que tu avais essayé de te détourner de moi…

Bien qu'intimidé, Vidalinn ne retint pas un demi-sourire narquois et il susurra méchamment :

— Il n'y a pas eu de première fois, Rasmus… Juste une seule fois…
— Tsss.

La main sur son menton se crispa un instant, puis elle affermit sa prise lorsque l'autre s'abattit brusquement sur sa mâchoire, le poing fermé. Encore une fois, aucun son ne filtra des lèvres closes de Vidalinn qui sentit le gout exécrable du sang envahir son palais et déborder sur sa lèvre inférieure, qui éclata lorsque le second coup vola, plus violent que le précédent.

Instinctivement, il se tendit, prêt à riposter malgré ses poignets liés dans son dos, mais la main lourde de la sentinelle de Rasmus, qui se tenait derrière lui, se posa sur son épaule pour le contraindre à l'immobilité, tandis que le leader de la GITM s'éloigna en grimaçant :

— Ça me désole… Un si bon élément… Si impliqué… J'avais des grands projets pour toi et ton petit historien, autant à la Moria qu'à Erebor… Quel gâchis…

Encore, Vidalinn resta muet, se contentant de feuler dangereusement lorsque Rasmus revint sur lui pour attraper sa gorge. Avec une facilité bluffante, celui qui avait l'apparence d'un vieil homme souleva le soldat, pourtant grand et de bonne constitution, d'une seule main, ses ongles durs plantés dans la peau blanche qui se perça, laissant de fin sillons écarlates glisser le long de la nuque.
A court de souffle et sans défense, Vidalinn écarquilla les yeux, accrochant le regard gourmand de son ennemi qui sembla se délecter de voir, enfin, l'apparente confiance du blond se craqueler alors qu'il découvrait, seulement, la monstrueuse force de celui pour qui il avait travaillé de si longues décennies.

— Ton nouveau maître semble avoir omis de t'apprendre un petit détail à mon propos, mon pauvre Vidalinn… Mais ne t'inquiète pas, tu n'es pas le premier à qui il confit une tâche d'apparence simple alors que, en réalité, il s'agit d'une mission suicide…

Privé d'air, la gorge mortellement prise par cette poigne si puissante, Vidalinn commença à suffoquer, mais, avant que l'inconscience ne le prenne, Rasmus se contenta de le jeter à terre. Il lui laissa quelques secondes de répit, tournant autour tel un rapace, puis il lui donna un coup de pied dans les flancs pour le faire rouler sur le dos, et il s'agenouilla à côté de lui pour lui parler avec douceur :

— Parce que, quels que soient tes ordr-

Mais Rasmus ne put finir sa phrase car, avec la vivacité et l'agilité qui le caractérisait, le descendant elfique frappa sans prévenir, visant le nez. Le vieil homme évita de justesse le coup de tête qui lui aurait fracassé le visage et, sans attendre, il répliqua d'un coup d'une puissance inhumaine, jetant le blond au tapis une nouvelle fois. Puis, sans attendre, il posa son pied sur la gorge offerte de Vidalinn, qu'il écrasa cruellement, ne laissant que le minimum pour le garder conscient malgré ses ruades et il demandant d'un ton venimeux.

— A toi aussi j'aurai dû te passer une laisse… Du moins, j'aurais du le faire plus tôt… Je me disais naïvement que si je te laissais ta conscience, tu n'en serais que plus efficace… Mais ça ne change plus rien, désormais… J'ai un nouveau projet pour toi, Vidalinn, auquel je pense depuis un moment déjà…

Le blond, étouffé, cessa de se débattre pour lui lancer un regard mortel, sa peau dangereusement pâle couverte d'une fine pellicule de sueur et son œil maintenant voilé par la douleur et le manque d'oxygène, et, tout en ajustant la pression sur sa gorge, le leader de la GITM se contenta de lui poser une simple question :

— J'aimerai que tu me dises… Que sais-tu à propos de l'antique race des Uruk-Haï ? Ces créatures qui eurent autrefois été des elfes, torturés et mutilés, avilies à la cause du Seigneur noir…

Le soldat se contenta de lui répondre d'un feulement dangereux, dévoilant ses dents aiguisées, ses dernières armes. Vidalinn était un combattant, fier et indompté, et il ne comptait pas laisser sa vie lui échapper sans la défendre chèrement

oOo

— Ôte-toi de mon chemin, misérable !
— De une, je ne suis pas dans votre chemin, de deux, c'est pour votre bien que je dis ça… vous foncez droit dans un mur !

Suivant de loin la dragonne aveugle qui se trainait lourdement en boitillant, même si elle tâchait de rester digne, vers la salle des gardes d'un pas déterminé, Bilbo cherchait rapidement des arguments suffisamment valables pour l'amener à changer son programme. Car, sur un coup de tête, la bête avait décidé de sortir de la montagne, et ce, par le même passage qu'elle avait emprunté pour y entrer, quelques dizaines de siècles plus tôt. Elle se souvenait bien de la désolation de Smaug, ce grand désert qui avait entouré Erebor lorsqu'elle était arrivée, et elle avait du mal à croire que ce désert était maintenant une chaine de montagne noyée dans une jungle impitoyable. Et que ladite chaine de montagne obstruait maintenant la sortie.

— Vous êtes tous les mêmes, vous, les voleurs… Menteurs et sournois…
— Je vous répète, madame, que je ne suis pas un voleur !
— Silence, voleur ! je n'écouterai pas un mot de plus !

Incapable de trouver les mots pour calmer la dragonne, Bilbo ferma la bouche en soupirant. Ça avait bien commencé, pourtant. Il avait pu lui poser des questions qui n'intéressaient que lui, mais très révélatrices sur certains événements du deuxième temps qui avaient été, jusqu'alors, oubliés. Elle lui avait donné quelques noms de chevaliers, aussi, qui avaient tenté de la tuer lors de l'âge d'or des chasseurs de dragons, pâles imitations de leurs ancêtres, bien plus petits reptiles dont le feu était moins puissant, qui avaient proliféré à cette époque, avant de s'éteindre sous les arquebuses des humains. Mis à part pour ceux qui s'étaient cachés, puis endormis, à l'instar de Lobélia, nom que Bilbo, très inspiré, avait donné à sa dragonne faute de connaître le sien véritable.

oOo

— Vidalinn est ici…
— Seul ?

D'une petite voix, Orianne avait posé sa question en détournant les yeux, sursautant légèrement lorsque l'AS déverrouilla sèchement son arme, ses gestes menaçants étaient emprunts d'une assurance implacable et mortelle, rien à voir avec l'homme brisé et dérangé qui filtrait durant la nuit. Droit et fier, il se tourna vers elle pour la gratifier d'un regard dur qu'elle ne put soutenir, et, affolée, elle baissa les yeux au sol lorsqu'il s'approcha d'elle pour l'attraper par les cheveux et la forcer à lever son visage vers lui :

— Tu attends de la visite, petite ?

Maintenant qu'il s'était entièrement coulé dans son rôle d'agent impitoyable, prêt à terrasser ses ennemis, Heljar possédait une prestance et une aura écrasante, comme si les situations dangereuses sortaient le prédateur qui était en lui. Elle resta silencieuse et tenta à nouveau de détourner les yeux, mais il la rappela à l'ordre d'une pression exigeante.

— Répond-moi.
— Je n'ai rien à vous dire.

La mâchoire crispée, elle refusa de plonger dans le regard dément de son ravisseur et garda les yeux résolument baissés, avivant la fureur de ce dernier qui la jeta au sol en fulminant :

— Sale peste ! Tu sais pourtant qu'il est venu ici ! C'est Vidalinn qui l'a conduit à toi !

A terre, son souffle se bloqua, les yeux écarquillés, sans comprendre et il se pencha sur elle avec un sourire tordu :

— Dwalin est ici… Pour toi… Mais, comme d'habitude, il arrive trop tard…

Elle déglutit, se sentant trembler lorsqu'elle croisa, enfin, son regard fou, noyé dans une démence désespérée qui ne connaissait aucune loi et, soudain lucide, la gorge serrée, elle ne put que murmurer dans un souffle :

— Vous allez me tuer.
— Gagné. Retrouver un cadavre encore chaud… Ou pire… Assister au départ de l'âme aimée… Passer le reste de sa vie à maudire encore et encore ces cinq minutes de retard qui auraient pu tout changer… Il n'y a rien de pire…

Le sourire devint cruel alors que, avec douceur, il posa son arme sur la tempe de la jeune naine qui retint un sanglot en fermant les paupières. La mort, imminente, troublait ses sens, mais lui offrit une clarté d'esprit qu'elle n'avait jamais imaginer posséder et, au moment ou le doigt de son ravisseur glissa sur la gâchette, elle ouvrit les yeux pour demander franchement :

— C'est ce qui vous est arrivé, avec Mabel ?

Soudain, la main hésita, Orianne le sentit clairement, tout comme elle sentit que cette hésitation n'était qu'un répit. Un répit d'une seconde. Ou moins. Une brève seconde qui lui offrit la vie.
Son instinct de conservation prit le contrôle de son corps et, avec l'énergie du désespoir, elle attrapa le poignet de l'AS qui la surplombait, couvrant sa main de la sienne pour incliner l'arme, au moment où il appuya sur la gâchette.

La détonation lui perça les tympans mais la balle siffla sans la toucher et elle ne se laissa pas intimider. Usant de l'effet de surprise, elle agrippa le poignet qu'elle tenait pour se jeter sur ses pieds, déstabilisant Heljar qui manqua de perdre son équilibre et qui, tentant de reprendre le contrôle et de maitriser la naine, ne put empêcher cette dernière d'appuyer à nouveau sur la gâchette.
Le tir se perdit et, jetant Orianne au sol, il se dressa au dessus d'elle avec un rictus étrange, comme s'il hésitait entre donner la priorité à l'agacement, l'amusement ou bien la difficile gestion de sa folie éveillée qui s'était embrasée à l'annonce du nom oublié.

— Loupé… Sois sage maintenant. Les tirs vont l'attirer ici…

Il ne voulut pas perdre de temps et la mit en joue immédiatement mais, cette fois-ci, ce fut l'attitude de la naine qui le fit hésiter, lorsque, plus inquiétée par quelque chose qu'il ne cerna pas, elle ne se sentit même pas menacée par son arme et se contenta d'attraper la lourde couverture du lit à côté duquel elle était tombée :

— Qu'est-ce que-

Interpellé par un crépitement soudain, Heljar fit volte-face, avant de fermer les yeux en se jetant au sol. Mais il fut tout de même soufflé par la déflagration incandescente qui explosa dans la salle et qui le propulsa sur plusieurs mètres.

Protégée par l'épaisse couverture en feu sous laquelle elle s'était cachée, Orianne entendu le cri de souffrance de l'AS frappé par les flammes, piégé par la fumée embrasée, et elle compta mentalement jusqu'à cinq, avant de s'éjecter de son abri de fortune.
La pièce entière était en proie aux flammes, crépitantes et ardentes, et elle se rua vers la sortie, sa manche plaquée sur les orifices respiratoires pour ne pas s'intoxiquer.

Elle avait très peu de temps, elle le savait. A l'insu d'Heljar, elle avait fouillé cette pièce de fond en comble, lorsque l'agent n'y était pas, et avait rassemblé suffisamment d'éléments pour confectionner plusieurs bombes, qu'elle avait ensuite disséminé judicieusement.
Lorsqu'elle avait brièvement pris le contrôle de l'arme de son ennemi, elle s'était simplement contentée de viser l'explosif le moins offensif, pour faire diversion, et le tir supposé perdu avait en réalité été parfaitement maitrisé.
Il lui restait maintenant à sortir du bâtiment avant que les suivantes n'explosent à leur tour à cause de la chaleur.
Parce que ça allait faire beaucoup de dégâts.
Sans forcément s'en vanter, elle se savait capable de détruire une cuisine simplement en confectionnant une soupe censée inoffensive. Alors quand elle s'appliquait réellement à faire les plus belles déflagrations, elle pouvait désintégrer les bâtiments les plus solides.

Agressée par l'air brulant et les flammes qui enflaient, dévorants le chaos qu'Heljar avait entassé là au fil des décennies, elle voulu rejoindre la sortie. Mais elle avait sous-estimé la force du feu, embrasé par l'air qui entrait par les fenêtres qui avaient éclaté dans l'explosion, et elle se retrouva au centre d'un ouragan de flammes, sentant sa poitrine se comprimer d'effroi lorsque le grésillement caractéristique de ses autres bombes qui s'activèrent commença à se faire entendre.
Suffoquante, elle refusa cependant de céder au désespoir et n'hésita pas à se diriger vers les flammes pour les traverser et rejoindre la sortie.
Mais elle repéra, à quelques mètres d'elle, le corps recroquevillé d'Heljar, qui avait perdu toute sa superbe, blessé, tétanisé et affolé, comme s'il était saisi d'une peur phobique et pétrifiante du maelstrom qui l'entourait.

Elle fit encore un pas mais, en jurant, elle tourna les talons et se jeta sur l'AS, prostré au sol et, sans aucun ménagement, elle lui donna une première gifle, puis une deuxième. De toutes ses forces.
Avant de lui attraper le bras en hurlant pour couvrir le bruit de l'incendie :

— Tu vas mourir si tu restes là !
— Mabel, non ! Ne-
— Ta gueule et marche !

Ne lui autorisant aucune jérémiade, elle le tira avec elle à travers les flammes, incapable de retenir un cri de douleur lorsqu'elle sentit sa peau s'embraser et sentant des larmes chaudes dévaler ses joues. Les yeux fermés, elle parvint tout de même à rejoindre la porte et ce fut Heljar, retrouvant ses esprits, qui, d'un coup de pied puissant, la dégomma plus qu'il l'ouvrit, avant de prendre la jeune naine par les épaules pour l'entrainée avec lui vers un lieu plus sécurisé.

Les alarmes du bâtiment résonnaient autour d'eux, le système anti-incendie s'était mis en route, et les quelques agents présents sur les lieux s'amassaient tous vers les sorties de secours mais, sans lâcher Orianne, Heljar se fraya un passage à contre sens afin de rejoindre les salles, disséminée un peu partout dans les bâtiments de la GITM, qu'il savait construites pour survivre à ce genre de chose.
Au moment où les déflagrations suivantes se firent entendre, enflammant toute l'aile du bâtiment dans laquelle ils se trouvaient, il poussa Orianne dans un salon aux portes blindées, qu'il ferma derrière eux.

— L'incendie sera vite contenu… Ces bâtiments sont à la pointe de l'innovation en terme de sécurité, et nous ne risquons pas de-

A nouveau glissé dans son rôle d'agent implacable et sans faille, Heljar avait parlé d'un ton assuré, mais il se tut lorsque son téléphone sonna et, après une brève hésitation, il répondit en fronçant les sourcils :

— Rasmus… Oui, je suis sur les lieux… C'est… Je n'ai pas encore identifié l'origine des explosions…

Plissant la lèvre, il garda un court silence, baissant son regard pour accrocher celui d'Orianne, qui s'était laissée tombée au sol, une bonne partie de son épiderme sur l'épaule et le bras pulsant de douleur à cause des brulures qui l'en recouvrait et, figée, la jeune fille ne réagit même pas lorsque, sans hésiter, l'AS souffla d'un ton éteint à son employeur :

— Non… La naine n'a pas survécu… Mais ce n'est pas une grande perte, elle m'ennuyait. Il faut que je m'occupe de son copain maintenant. Tchao.

Sans cérémonie, il raccrocha au nez de Rasmus avant que celui-ci ne lui donne un ordre quelconque auquel il n'avait pas envie de se plier, puis il se tourna vers la plus jeune qui, à bout de force, lui envoya un regard effaré. Il garda un instant son téléphone en main, parfaitement maître de lui, comme si aucune folie n'avait jamais gouverné son corps, regardant pensivement la naine silencieuse, agenouillée à ses pieds, avant de remarquer brusquement :

— Tu es blessée.

oOo

— Que… Que s'est-il passé ?
— Hé bien, mon gars, on peut dire que tu reviens de loin…

Oïn s'était voulu réconfortant, mais il ne parvint pas à alléger l'ambiance si lourde dans la salle de soin. Allongé sur le lit, Argon tenta de se lever, mais Dis posa une main sur son épaule pour l'inviter à rester alité, son torse intégralement recouvert d'un bandage blanc. A côté de lui, Thorïn ne perdit pas de temps avant d'interroger le blessé d'une voix pressée :

— En réalité, nous attendions que toi tu nous dises ce qu'il s'est passé…

Encore une fois, le jeune nain tenta de se redresser pour répondre à son roi, mais Kili, de l'autre côté de sa couche, le repoussa à son tour sur le matelas pour éviter qu'il n'use trop de forces. Docile, il se laissa faire en récupérant doucement ses esprits, retrouvant facilement et de manière très nette ses derniers souvenirs. Il resta silencieux un instant, avant de déglutir bruyamment et il voulut, encore, se relever, mais Dis et Kili, sèchement, le repoussèrent sur le lit où il resta immobile, le regard fuyant.

— Argon… Dis-nous. Que s'est-il passé ? Où est Fili ?

Il déglutit encore, toujours très pâle et, d'une voix cassée, il murmura du bout des lèvres :

— Il est mort.


oOo

Merci d'avoir lu !

La suite au prochain épisode !

Je ne peux pas m'attarder ici, il ne me reste que 2 min de batterie, j'aimerai poster avant que l'ordi s'éteigne,
Mais merci aux reviewers !