Chapitre 14
Après son rendez-vous avec Izaya, Shizuo est aux anges : ils se sont embrassés. Pourtant en rentrant chez lui, il fait la rencontre d'une femme hystérique qui le menace. En retournant chez lui, il parle enfin avec Kasuka et ce dernier lui dit qu'il accepte d'aller voir une psychiatre. Le lendemain, Tom lui annonce qu'un certain Shiki souhaite le rencontrer. Mais lorsque cette dernière a lieu, le blond tombe sur une scène... qu'il n'aurait très certainement pas du voir.
Shiki s'approcha de lui, une poche de glace dans la main, puis la lui colla sur la joue. Il eut envie de se reculer devant le changement de température, mais se retint. Leurs yeux se rencontrèrent et Izaya ne put s'empêcher de détourner les siens. La pièce était sombre et il avait l'impression que toutes ses sensations étaient décuplées. La peau du quarantenaire lui paraissait bien trop brûlante à côté du froid qui le faisait frissonner tout entier.
Il grimaça lorsque l'homme appuya davantage sur sa blessure, et ce geste rouvrit sa lèvre qu'il sentit saigner à nouveau. Shiki leva sa main, et du pouce, il recueillit la goutte qui longea son menton, puis effleura prudemment sa pommette. Le brun ne cilla même pas.
– Izaya..., commença t-il.
Mais un claquement résonna dans le silence de l'appartement, l'interrompant. Il fronça les sourcils un instant, mais Izaya ne le vit même pas.
Quand tout à coup, un clic lui fit ouvrir les yeux en grand.
Cette fois-ci, il tressaillit sans pouvoir s'en empêcher. Shiki le regarda, puis, semblant se rappeler de quelque chose, jura tout bas :
– Merde.
Il se recula de quelques centimètres avant de poser la glace sur le plan de travail juste à côté du brun.
– Haruya ?
Il ne répondit pas, continuant de regarder Izaya dans les yeux. De l'extérieur, il devait vraiment avoir une sale tête, il en était sûr.
Un homme apparut dans l'embrasure de la porte mais le brun ne lui lança même pas un regard et se contenta de tourner la tête dans l'autre sens. Une migraine commençait à poindre derrière ses yeux et il avait juste envie de s'allonger. Ses côtes le faisaient affreusement souffrir et il se demanda quand le médecin qu'avait appelé Shiki quelques instants plus tôt allait arriver.
Il voulait juste dormir jusqu'à pouvoir s'oublier lui-même.
– Et bien tu es là. Ça t'arrive de répondre quand on t'appelle ?
Izaya ferma les yeux, reconnaissant enfin la voix d'Akabayashi. Pourquoi fallait-il qu'il soit toujours dans les parages celui-là ? Lorsque le brun était plus jeune, il avait bien dû passer des heures entières à se disputer avec lui – jamais il n'avait pu le supporter plus de quelques instants, et il savait que ce dernier ne comprenait pas pourquoi Shiki l'appréciait autant.
Alors, lorsque sa voix résonna à nouveau, il fut étonné de déceler une certaine inquiétude.
– Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Le brun ne put s'empêcher de relever la tête, légèrement curieux. Était-il perturbé par l'air sombre qu'arborait son ami, ou alors était-ce réellement de la préoccupation à son égard ?
Mais alors, il croisa l'œil que l'homme avait posé sur lui, et se figea en apercevant quelqu'un derrière lui. Son souffle se bloqua dans sa gorge, et la douleur de son ventre redoubla durant une seconde. Ses yeux s'écarquillèrent doucement, avec effroi, et ses mains agrippèrent durement le bar sur lequel il était assis.
Shizu-chan ?
Il eut l'impression de dire ces mots, mais personne ne réagit. Une panique qu'il ne comprit pas comprima son cœur et il voulut dire quelque chose. Que faisait-il là ? Comment pouvait-il se trouver ici ? C'était impossible, Shizu-chan ne devait pas se trouver là, il ne devait pas se trouver de ce côté-ci du monde, il était –
Sa lumière. Sa lumière ne pouvait sombrer en même temps que lui, c'était impossible.
Il vit le désarroi passer sur son visage, puis un vide effrayant qui sembla dévorer son regard. Ses doux yeux miels paraissaient si sombres. Si noirs. Et soudain, une rage sans nom sembla l'avaler tout entier et Izaya ne put que tressaillir à nouveau.
Il avait envie de hurler.
Des images de leur rendez-vous s'imposèrent à son esprit : ses rougissements, ses bégaiements, son regard si attentionné lorsqu'il se posait sur lui. Le baiser qu'ils avaient échangé. Tout se passait si bien.
Et il sentait ce qu'ils avaient peu à peu construit, ce petit début de quelque chose, se briser à leurs pieds en un millier de morceaux.
Izaya essaya d'imaginer la situation autrement, comment cela pouvait bien apparaître à ses yeux, mais cela était trop dur. Il ne voulait pas croire que tout était terminé.
Lorsqu'il vit le regard du blond changer à nouveau, il tenta de se lever, de bouger, de le retenir, mais son corps lui donna l'impression de s'affaisser sur lui même tant la douleur le cloua sur place. Il voulut parler, pour le retenir, pour tenter de s'expliquer – et de lui demander également des explications – mais rien ne sortit, et seul un silence oppressant emplis la pièce.
Il n'avait pas voulu le lire, l'étudier. Izaya avait préféré garder cette part de mystère qui semblait entourer son amant, laisser le temps décider de leur futur, essayer, pour une fois, d'être normal.
Au diable la normalité, car à présent, il sentait son cœur se déchirer peu à peu, comprenant par la même occasion l'importance qu'avait gagné le blond au fil des jours. Ils ne s'étaient pas vu souvent, ils n'avaient pas partagé quelque chose d'extraordinaire, mais pour lui, c'était ce qui se rapprochait le plus d'un début de vie banale. D'une relation qui n'allait pas se terminer dans le sang et les larmes.
Il vit Shizuo se détourner, ses muscles tendus au possible, son visage fermé et froid, puis entendit ses pas s'éloigner dans le couloir.
Un sanglot inattendu remonta dans sa gorge mais il le ravala.
Poussant de toutes forces, il sauta au sol, faisant sursauter Shiki qui se baissa pour se mettre à sa hauteur. Un frisson douloureux avait traversé son dos, mais Izaya le repoussa puis s'élança vers l'entrée de l'appartement, le corps en feu et le cœur au bord des lèvres. Il avait envie de pleurer, de hurler, et il sentait ses émotions ainsi que sa maîtrise de soi lui échapper peu à peu.
Mais lorsqu'il arriva devant l'ascenseur, ce dernier affichait simplement rez-de-chaussé.
Shizuo était parti.
– Shizu-chan...
– J'ai essayé de te joindre toute la semaine, grogna Shiki.
Le médecin se recula enfin, et Izaya lui imagina un grand sourire sadique. Il ne pouvait pas réellement savoir ce qui se trouvait sous ce masque étrange, mais il l'imaginait bien tout le temps en train de sourire. Pourquoi avait-il fallu que cet homme soit le père de Shinra ?
Le brun fit comme s'il ne l'avait pas entendu et continua de fixer l'immeuble qu'on pouvait apercevoir à travers la fenêtre et qu'il regardait depuis trente bonnes minutes à présent. Il se sentait vide, et n'avait pas vraiment envie d'une remontrance.
– Tu t'es bien amoché dis-moi, ricana le médecin, et Izaya eut envie de lui balancer son poing dans la figure.
– Merci Shingen, l'interrompit Shiki. Mais maintenant je dois lui parler, alors tu pourrais aller attendre dans le salon ?
Ce dernier ne se fit pas prier, et sortit de la chambre d'un pas léger, fredonnant une chanson d'idole à la mode.
Shiki se leva, s'approchant doucement de lui. Son visage demeurait fermé mais Izaya n'était pas bête et il le connaissait bien depuis le temps.
Il est vraiment dans une colère noire.
– Pourquoi tu as ignoré mes messages ? demanda t-il.
Sa voix était sourde, grave et basse, et Izaya baissa un peu plus la tête. Il ne voulait pas lui répondre. Il ne voulait pas lui avouer que tout cela était arrivé à cause de sa foutue fierté. Qu'il avait failli être tué à cause de quelque chose d'aussi frivole.
À présent, alors que l'image de Shizuo lui tournant le dos dans cette pièce sombre semblait être restée collée sur sa rétine, il désirait simplement dormir. Il ne sentait pratiquement plus rien, à part l'aiguille de la perfusion qui semblait lui découper le bras. Il était persuadé que ce fou l'avait fait saigner exprès.
Une main se posa sur sa joue, et l'obligea à tourner la tête, rencontrant ainsi un regard acéré.
– Izaya, gronda t-il. Que s'est-il passé ?
Mais derrière sa question, le brun remarqua autre chose. Plus subtile et discrète, qu'il tentait de lui cacher.
– Pourquoi as-tu essayé de me contacter tant de fois ? demanda t-il, et sa voix lui parut toute petite, comme à deux doigts de se briser.
Apparemment, Shiki eut la même impression car il s'assit à ses côtés, sur le bord du lit, et le regarda d'un air préoccupé et un peu coupable.
– Je suis désolé, commença t-il. Je... Il s'est échappé. L'homme que nous avions attrapé, le russe. Dimitri. Il s'est échappé peu après que nous soyons sortis, et il a disparu. J'ai pensé que... je voulais juste que tu en sois informé. Je ne sais pas pourquoi je n'ai même pas pensé à la possibilité qu'il veuille t'atteindre.
Il toucha distraitement le bleu qui recouvrait sa pommette. Son regard s'était fait plus doux.
– Je voulais venir te chercher aujourd'hui. Tu ne répondais pas, mais les hommes que j'ai envoyé pour te surveiller m'assuraient que tu allais bien. Je ne comprends toujours pas pourquoi tu refusais de répondre.
Izaya ne se formalisa pas du fait qu'il l'ait fait suivre car il avait remarqué ces hommes dès le premier jour. Et en un sens, il le comprenait presque.
– Je..., commença t-il mais sa voix s'érailla.
Il se racla la gorge.
– J'avais honte, je crois.
Sa réponse entraîna un silence étrange, et on put entendre Shigen chanter à tue tête dans le salon.
– Tu avais... honte ? Toi ?
Il avait répété cette phrase comme s'il n'en comprenait pas le sens, comme si elle n'en avait aucun. Le faisait-il exprès ?
– J'ai échoué, expliqua t-il en fronça les sourcils, irrité d'avoir eu à le dire à haute voix. Je n'ai pas réussi à faire ce pourquoi tu me gardes. Je ne sais pas ce que voulait cet homme, ni après qui il en avait.
Shiki le regarda, les yeux grands ouverts. Il est réellement étonné ?
– Tu te fous de moi ? demanda t-il, sa colère revenue. Tu m'as ignoré pendant tout ce temps parce que tu croyais que je t'en voulais ? Mais tu te rends compte que même si comme tu dis tu n'as pas réussi à trouver sa cible, tu as tout de même trouvé son nom simplement en le regardant !
Il se leva, réellement irrité, avant de se mettre à faire des allers et retours dans la pièce.
– Et tu penses réellement que je te garde simplement parce que tu m'es utile ? Qu'au moment même où je n'aurais plus besoin de toi, je te jetterais simplement dehors, à la rue ?
Même si c'était Izaya qui payait l'internat de ses sœurs grâce au salaire qu'il touchait Chez Finnegan, son appartement lui venait bel et bien de Shiki et de ce qu'il faisait pour lui. Et bien sûr qu'il pensait cela : après tout c'était à cause de ses capacités que ce dernier l'avait recueilli ce jour là.
En voyant la tête que le brun faisait, le quarantenaire sembla imploser davantage encore.
– Je rêve ! s'écria t-il. Après toutes ces années, tu ne comprends toujours pas ? Je ne ferais jamais tout cela pour quelqu'un qui m'est simplement ''utile'', abruti !
Il se rapprocha de lui, puis agrippa son menton entre ses doigts avec fermeté. Izaya réprima un gémissement de douleur.
– Tu es la personne la plus importante pour moi désormais, lui dit-il d'une voix grave, les yeux dans les yeux. Et je ne permettrai pas qu'il t'arrive quelque chose.
Le brun resta figé, même lorsque Shiki le lâcha. Il tenait à lui ? Comme une personne ? Il n'avait jamais envisagé de l'abandonner après son erreur de la dernière fois ?
Il repensa à son adolescence, à tous les moments qu'il avait passé dans cet appartement, bons ou mauvais, de ce jour où Shiki lui avait proposé de jouer aux jeux vidéos avec lui, de toutes leurs joutes verbales à base de gamin ou de le vieux. De ce jour où il lui avait dit, en lui ouvrant la porte et en lui donnant les clés : Tu peux considérer cet endroit comme ta maison désormais.
Il s'était toujours interdit de le penser. Car par moment, l'attitude du plus vieux pouvait être si froide qu'il avait toujours considéré cela comme un rappel à l'ordre, comme une façon pour lui de lui rappeler qu'il acceptait simplement sa présence. Cet homme restait l'une des têtes de la mafia japonaise, et il n'y avait juste aucun moyen pour qu'Izaya soit rien de plus qu'un gosse trouvé dans la rue.
Il baissa la tête, honteux.
– Je...
Il ne savait pas quoi dire. Il avait toujours considéré Shiki comme son sauveur, même s'il ne lui avait jamais montré d'aucune façon. Leur relation n'était pas celle d'un père et de son enfant, mais pas celle d'un couple non plus. Il n'avait jamais cherché à définir ce qu'ils étaient l'un pour l'autre, car dans sa tête il parvenait plus ou moins à faire la part des choses et à placer des limites et des barrières. Mais en un sens, s'il devait un jour faire une liste des personnes qui avaient le plus d'importance pour lui, Shiki viendrait très certainement en troisième, après ses sœurs.
– Je suis désolé, souffla t-il finalement. Tu es important pour moi aussi.
L'homme soupira. Il le fixa quelques instants, puis revint s'asseoir à ses cotés.
– Raconte moi ce qu'il s'est passé.
Et Izaya lui raconta alors les grandes lignes. Il garda pour lui les détails, le sang, et la bagarre qui avait précédé. Il réprima le frisson de dégoût qui commençait à se former sur ses bras.
– Tu es certain que c'était un russe ? lui demanda Shiki lorsqu'il eut terminé.
Izaya savait bien qu'il lui demandait ça simplement pour être sûr d'avoir bien compris et non car il doutait de lui.
Il hocha la tête.
– Ils tenteront de t'atteindre à nouveau, lui dit-il finalement, en pleine réflexion. Tu vas rester ici. Ton appartement n'est pas du tout sécurisé.
Le brun ne tenta pas de résister. La simple pensée de retourner vivre dans cet endroit lui retournait l'estomac.
Même s'il avait l'impression dérangeante d'être toujours sous tension, son corps tendu comme une arbalète, les médicaments qui entraient dans ses veines à travers la perfusion commençaient sérieusement à l'assommer. Ses yeux lui brûlaient et les mots de Shiki ne parvenaient plus jusqu'à lui correctement.
– Tu le connaissais ? lui demanda t-il soudainement.
Sa question le ramena quelque peu sur terre. Il haussa un sourcil pour lui faire comprendre qu'il ne savait pas de qui il parlait.
– Heiwajima. Le blond, celui qui est arrivé tout à l'heure. Tu le connaissais, n'est-ce pas ? Lui aussi avait l'air de te connaître.
Izaya fut étonné de constater que Shiki ignorait ce qu'il s'était passé entre eux. Il était persuadé que ses hommes lui avaient tout rapporté à la seconde où ils s'étaient quittés devant son immeuble. Mais en y repensant bien, il n'avait pas eu l'impression de les reconnaître durant cette soirée. Peut-être ne les avaient-ils pas suivit cette fois-ci ?
– Pas vraiment, murmura t-il.
Ses pensées commençaient à nouveau à se disperser et il sentit alors ses yeux se fermer. Une main se posa sur sa tête avec douceur et lui caressa prudemment les cheveux.
– Maman ?
– Oui ?
– Tu penses qu'elles vont m'aimer ? Quand elles seront là ?
– Comment ne pas aimer un grand frère comme toi, chéri ? Je suis sûre qu'elles t'adoreront.
Izaya se réveilla en sursaut, le corps trempé de sueur. Dehors, il faisait nuit, et il pouvait apercevoir le ciel sans étoiles, noir comme de l'encre. Se passant une main tremblante sur le visage, le brun arracha l'aiguille de sa perfusion puis sortit de la pièce.
Il se sentait mal, nauséeux, et ne pouvait empêcher ses jambes de trembler.
Avançant lentement jusqu'aux toilettes au bout du couloir, il s'y laissa tomber et se pencha en avant s'en pouvoir s'en empêcher. Il fallait que cela sorte.
Il lui suffisait de fermer les yeux pour sentir à nouveau tout ce sang couler sur lui, ce poids mort qui le clouait brutalement au sol. Cette odeur moite et rance.
Il tenta de se retourner mais le corps au dessus de lui pesait bien trop lourd et le clouait littéralement sur place. L'odeur du sang parvint jusqu'à ses narines et son estomac se retourna.
Il se pencha à nouveau et vida ce qui lui restait dans la cuvette. Il se sentait sale, dégoûtant, et même après plusieurs douches la sensation poisseuse du sang ne se décidait toujours pas à disparaître. Il avait envie de se gratter la peau jusqu'à pouvoir l'arracher, et remplacer ce sang étranger par le sien.
L'homme ne bougeait plus, ne respirait plus, et plus le temps passait, plus Izaya pouvait sentir ce liquide chaud et poisseux couler sur lui, traversant ses vêtements et se collant à sa peau.
Il serra la mâchoire et colla son front au mur des toilettes. Il lui semblait glacé à côté de la moiteur de son épiderme.
Il avait tué quelqu'un. De ses mains. Lui qui s'était toujours interdit d'en arriver là, n'était au final pas si différent de tous ces hommes qu'ils voyaient passer entre les mains de la mafia depuis son enfance.
Il se dégoûtait, et même si dans les faits, il n'avait fait que se défendre, cela ne changeait rien. Il aurait pu l'assommer, s'enfuir, le mettre simplement hors course. Depuis ses treize ans, il avait subit des entraînements parfois très violents aux côtés de Vorona, et il savait qu'il était parfaitement capable de se défendre.
J'aurais pu faire autre chose.
Lorsqu'il retourna dans sa chambre, il ne parvint pas à se rendormir tout de suite, et accueillit les premiers rayons de l'aube avec épuisement.
Izaya [06H14] : Salut ~ Je suis désolé mais ça te dérangerait de me remplacer cet après-midi ? J'ai quelque chose d'urgent à régler.
Dotachin [06H57] : Ça ne me dérange pas, c'est rare que tu me demandes ça. J'appellerai Namie tout à l'heure.
Izaya [07H03] : Merci Dotachin ! Je te revaudrai ça.
Izaya recula, se baissant afin d'éviter le coup de pied qui fusait vers lui, puis tenta à son tour de lui couper les jambes, s'appuyant sur ses bras balancer son corps dans la direction inverse. Vorona évita aisément, attrapa le tissu du pantalon qui recouvrait les jambes du brun, puis l'immobilisa en quelques secondes, le clouant au sol en appuyant son genou dans le creux de son dos.
Le brun serra les dents.
– Tu pourrais être plus gentille, lui fit-il remarquer. Je te signale que je suis toujours en convalescence.
Le visage inexpressif de la blonde se fit légèrement plus froid et Izaya crut voir ses sourcils se froncer.
– Tu n'auras pas eu besoin de rester immobile pendant plusieurs jours si tu n'avais pas volontairement loupé nos derniers entraînements.
Elle m'en veut vraiment.
Elle se leva, le libérant ainsi de son emprise, et il en profita pour s'allonger de tout son long sur les tapis qui recouvraient le sol, le souffle court. Une analyse plus complète n'était pas nécessaire pour qu'il puisse déjà affirmer que son corps allait être recouvert de bleus dans les prochains jours. Une fine pellicule de sueur recouvrait son front, et il se sentait faible.
– Tu es maigre comme un clou et je peux sentir tes côtes quand je te frappe. Tes mouvements sont lourds et peu précis. Tu bouges comme un vieillard, lui assena t-elle en croisa les bras sur sa poitrine.
Ses cheveux étaient relevés en une queue de cheval assez désordonnée, et il se rappela son étonnement lorsqu'il l'avait vu ainsi pour la première fois, lors de leur première séance. Elle qui semblait toujours si tirée à quatre épingles.
– Shiki m'a demandé, il y a longtemps, de t'endurcir un peu, pour que tu puisses te défendre en cas de besoin. Je t'ai enseigné tout ce que je sais, et je peux t'assurer que tu es de loin le meilleur élève que j'ai pu avoir. Tu es agile et tu comprends vite.
Elle fronça les sourcils.
– Alors j'aimerais bien savoir comment tu as pu te laisser avoir aussi facilement ?
Ses mots étaient durs mais vrais. Il se savait assez fort pour envoyer quelques personnes au tapis, alors pourquoi avait-il été si dépassé cette nuit-là ? Il se redressa pour s'asseoir en tailleur avant de baisser la tête. Vorona avait été là durant de nombreuses années, le grondant pendant son adolescence et l'emmenant au collège puis au lycée chaque matin. Il la connaissait donc plutôt bien, et savait que si elle était aujourd'hui si en colère, c'était car elle s'était fait un sang d'encre durant ces dernières semaines.
Ce serait mentir que de dire qu'il ne s'en voulait pas.
– Je suis désolé Vorona, lui dit-il, penaud.
Il l'entendit pousser un grand soupir, vit ses épaules s'abaisser, puis aperçut ses pieds s'avancer dans sa direction. Elle s'assit dans la même position, face à lui. Son débardeur laissait apparaître quelques cicatrices blanches sur ses bras ainsi que sur sa poitrine, et le brun se demanda encore une fois comme une femme aussi mince et petite pouvait être à la fois si forte.
– Nous sommes arrivés aux côtés de Shiki-san presque en même temps, l'informa t-elle. Parfois, j'ai l'impression de te voir comme un petit frère. Et je n'ai pas envie qu'il t'arrive quelque chose.
Il s'apprêta à lui répondre que lui aussi l'appréciait beaucoup, mais elle ne lui en laissa pas le temps.
– Tu devrais arrêter toutes ces recherches. Toutes ces questions. Tu ferais mieux de te concentrer sur tes études et d'arrêter de te foutre dans la merde comme ça.
Izaya ouvrit grand les yeux, étonné au possible. Elle s'inquiétait pour lui, cela crevait les yeux, mais était-elle réellement en train de lui conseiller de...
D'abandonner mes recherches ? De tout laisser tomber ? De rester dans l'ignorance ?
Depuis toutes ces années, depuis que le brun était entré dans ce salon sombre où il avait découvert les corps sans vie de ses parents, trouver la personne responsable avait été son seul objectif. Bien sûr, il voulait avoir une vie après cela, mais cela ne pouvait décidément pas se faire sans qu'il ne comprenne d'abord ce qu'il s'était passé.
Il se leva brusquement.
– Je suis désolé, répéta t-il. Mais ça ne change rien au fait que je vais trouver celui qui a fait ça.
Son regard se fit plus dur.
– Même si je sais bien que vous ne le voulez pas.
Il fit volte-face puis marcha d'un pas rapide vers les vestiaires, attrapant son sac au passage.
Je ne peux pas abandonner maintenant. Pas alors que leur réaction me montre bien que je m'approche.
Izaya suivit du regard l'un des passants, une homme d'une trentaine d'années qui marchait d'un pas rapide, un grand sourire aux lèvres.
Il va demander sa fiancée en mariage.
Le brun baissa la tête, fixant son regard sur le bout de ses chaussures usées, et prit une grande inspiration. Assis sur le petit muret de la gare, il regardait depuis vingts bonnes minutes les voitures, les femmes, les hommes et les enfants passer, attendant le bon moment pour se lever et enfin traverser la route.
Face à lui, alors que le vent soufflait sans répit et qu'il commençait à ne plus sentir ses oreilles et les bouts de ses doigts, se trouvait le petit conbini où travaillait Shizuo. Il essayait, en cherchant au plus profond de lui, de trouver un peu de courage. Le soleil commençait à décliner doucement dans le ciel, lui rappelant qu'ils étaient désormais au cœur de l'hiver.
Deux semaines s'étaient écoulées, et il n'avait toujours eu aucune nouvelle du blond. Pas de message, pas de visite surprise à son école, rien. Alors cette fois-ci, en considérant que jusqu'à maintenant cela avait toujours été Shizu-chan qui avait effectué le premier pas, il s'était décidé à aller le voir. Le blond lui avait une fois dit dans ses messages qu'il travaillait dans ce petit magasin à temps partiel, alors Izaya s'était échappé de chez Shiki quelques heures – en semant les hommes qui avaient commencé à le suivre discrètement – et était venu ici, s'asseoir jusqu'à ce qu'il puise assez de courage pour entrer.
Relevant la tête, il inspira un coup puis se remit sur ses pieds, attrapant son sac à dos au passage. Il attendit que le feu soit vert puis traversa la route en même temps qu'un autre groupe de personnes.
En arrivant devant le magasin, il entra tout de suite avant de se dégonfler.
– Bienvenue !
Izaya tourna la tête, surpris, puis sentit immédiatement poindre en lui un sentiment de déception. Un vieil homme à l'air aimable se trouvait de l'autre côté du comptoir, un petit sourire son son visage.
C'est lui le propriétaire. Il tient ce magasin pour sa retraite. Gentil de nature.
Le brun hocha la tête pour lui rendre poliment son accueil, puis décida tout de même de faire un tour dans le magasin afin de ne pas avoir l'air trop étrange. Si cet homme se tenait là, cela voulait dire que Shizuo ne travaillait pas aujourd'hui. Tout cela pour rien : il commençait sérieusement à croire que le destin faisait tout ce qu'il pouvait pour les empêcher de se voir.
Attrapant une boîte de chewing-gum au hasard, il se dirigea vers la caisse en sortant son porte-monnaie.
– Cela fera 200 yens s'il vous plaît, lui annonça l'homme.
Il paya rapidement, puis s'apprêta à tourner les talons.
Mais il s'arrêta soudainement.
– Excusez-moi ? tenta t-il en se retourna.
– Oui ?
– Un garçon travaille à temps partiel ici, n'est-ce pas ?
L'homme hocha la tête, et Izaya put lire sur son badge Yodogiri Jinnai.
– Vous pouvez me dire quand il travaillera à nouveau ?
Il parut surpris, et le brun put facilement voir qu'il hésitait à lui répondre. Bien évidemment, il n'était pas censé divulguer la vie privée de ses employés.
– Shizuo-kun a pris une semaine de vacances pour Noël, déclara t-il finalement. Je suis désolé petit, mais je ne peux pas vraiment t'en dire plus.
Izaya hocha la tête pour lui signifier qu'il comprenait parfaitement. Il le remercia avant de tourner les talons.
En sortant du magasin, il sortit son téléphone puis composa un numéro.
Noël ? Il avait complètement oublié. Peut-être Shiki voudrait-il le fêter avec lui ?
Deux sonneries, puis enfin :
– Oui ?
Izaya sourit.
– Mikado-kun ? Tu me reconnais ?
Il y eut un silence, puis le garçon grogna :
– Izaya-san ? Que veux-tu ?
Le brun traversa la rue.
– J'ai besoin d'un service, tu te trouves où là ?
Des bisous ! Et merci à toi Personne Inconnue pour tes reviews, sache qu'elles me font très plaisir !
