Note de l'auteur: Hey tout le monde ! Désolé pour le retard, mais la longueur du chapitre et ce qui se passe dedans devraient compenser ! ;) Comme toujours je vous remercie de me suivre aussi fidèlement, ça me fait chaud au cœur. Mais sans plus attendre, voici le nouveau chapitre !
Disclaimer : Euh, non toujours pas !
Point de vue de Casey Nott :
Elle a un rencard…encore.
Et ça me rend dingue !
Je fais les cent pas dans sa chambre à l'attendre.
Elle ne le fera pas entrer ici, s'il y a une chose que Leighton n'est pas, c'est une fille facile, elle a trop de principes pour ça, ou en tout cas, elle veut avoir l'air d'avoir des principes.
Ça fait plus d'un mois qu'elle passe tous ses week-ends avec lui, et maintenant elle sort en semaine aussi, je sais que c'est probablement hypocrite de ma part de penser ça vu que quand on était à la fac je passais toutes mes nuits dehors peu importe le jour de la semaine, mais ça manque de professionnalisme.
Je suis jalouse, horriblement jalouse. Et j'ai horreur de me comporter comme une petite amie possessive alors qu'on est même pas ensemble, mais je sens que quelque chose me déchire de l'intérieur, j'ai l'impression que je vais exploser si elle ne se montre pas dans les cinq prochaines minutes. En fait je pourrais bien faire exploser quelque chose si elle ne se montre pas dans les cinq prochaines secondes !
Parce que qu'est-ce qu'elle croit ? Que je vais la laisser reprendre sa romance adolescente sans rien dire ? Je pense avoir été assez patiente, j'ai été sage, et gentille et attentionnée, et tout ce dont elle rêverait de la part de James, alors pourquoi ne peut-elle pas comprendre ? Pourquoi ne veut-elle pas comprendre ?
Je suis à deux doigts de perdre mon calme. J'en ai assez de jouer, j'en ai assez de souffrir juste parce que c'est trop dur pour elle de concevoir que je puisse avoir des sentiments. On tourne en rond depuis des mois, et ça me rend folle.
Un bruit se fait entendre, et je m'arrête.
J'écoute le son des voix qui résonnent hors de la chambre. Elle l'a fait entrer dans le salon, c'est la première fois. Je serre les dents, pour me retenir de leur faire savoir ma présence quand je perçois un rire.
- J'ai vraiment passé une merveilleuse soirée, James.
Il y a un mois, peut-être même deux semaines, j'aurais roulé des yeux à l'entente d'une phrase aussi cliché dite d'un ton aussi mielleux, mais maintenant je prends des respirations profondes pour m'éviter de vomir. Je ferme les yeux en espérant que cela accélère le temps de son départ.
James répond sûrement par une formule d'usage ce à quoi elle répond par un autre rire, creux et forcé. Puis le silence. Il ne me faut qu'une demi-seconde pour comprendre. Il l'embrasse.
Et ça me rend malade.
Il devient plus laborieux de lutter contre la bile qui monte dans ma gorge, et je serre les poings tellement fort que je serais surprise si la trace de mes ongles n'est pas imprimée dans la paume de mes mains.
Et alors que je croyais que cette torture ne s'arrêterait jamais, je distingue le bruit d'une porte qui se ferme. Il est parti.
Et comme par magie la tension accumulée dans tout mon corps disparaît ! Mais pas ma colère.
Leighton rentre dans la chambre, et se pose contre la porte une fois celle-ci fermée, je déduis de son manque de remarque cinglante qu'elle n'est pas surprise par ma présence.
Il n'y a pas de sourire sur son visage, pas de preuve que tout ce qu'elle ait dit à James sur l'incroyable soirée qu'elle a passé soit vrai. Non, elle a l'air fatiguée. Ses yeux sont fermés, et ses sourcils froncés, faisant apparaître des rides précoces, et je lui ferais remarquer habituellement mais je ne suis pas dans l'humeur d'une dispute superficielle. Il est temps de parler, pour de vrai.
Mais quand mes yeux rentrent en contact avec les siens, les mots restent coincés dans ma gorge. Ses beaux yeux brun foncé sont résignés, et pour la première fois depuis des années je peux dire avec certitude qu'elle n'a pas envie de se battre.
- C'est fini.
Les mots passent au travers du silence comme un poignard traverserait mon cœur. Une boule se forme dans mon estomac et mon cœur accélère d'une façon désagréable. Et il y a ce sentiment de vide qui m'envahit, je connais ce sentiment, je l'ai déjà ressenti une fois.
- C'est fini.
Mon père pose sa main sur mon épaule, d'une manière qui se veut réconfortante, mais comment pourrait-il me consoler alors que lui-même a le cœur brisé ?
Il serre mon épaule avec plus d'insistance, et je lâche le cercueil à contre cœur. Mes doigts glissent sur le bois, comme dans un ralenti, jusqu'à ce que tout ce que je ressente soit le vide au creux de ma main. Et à la seconde où tout ce que je peux sentir est l'air, le temps reprend sa course.
La gravité fait son œuvre, et mon cœur qui jusqu'à présent flottait dans l'espace, maintenu par une force abstraite, s'écrase au sol pour se briser en mille morceaux, comme s'il était fait de cristal.
Je ne sens rien, et je sens tout en même temps. J'ai l'impression que mon univers vient d'exploser sous mes yeux et que j'ai été incapable de l'arrêter. Ou peut-être que si, peut-être que si j'avais dit quelque chose, peut être que si j'avais fait quelque chose... Mais c'est trop tard et rien n'a de sens maintenant. Absolument plus rien.
Un éclair jaillit, et d'un coup il pleut.
La plupart des invités vont se mettre à l'abri, et bien vite je me retrouve seule sous la pluie mais je ne trouve pas la force de bouger.
Ma robe est trempée en quelques minutes, l'eau la faisant se coller à ma peau d'une manière déplaisante. Et le vent glace ma peau humide. Mais je ne m'en soucie pas.
Tout ce à quoi je suis capable de penser à cet instant c'est que je n'ai plus rien. Je me sens vide et je crois que c'est pire que d'avoir mal, parce qu'au moins avoir mal permet de savoir qu'on est en vie, mais moi, je ne suis pas certaine de l'être en ce moment.
Soudainement, je sens une main se glisser dans la mienne. Une main aussi petite et délicate que la mienne. Et l'état de transe dans lequel j'étais se brise, tout revient en accéléré, et c'est maintenant que je sens les morceaux de cristal brisés me déchirer de l'intérieur.
Et après une tentative futile de résister, où ma gorge me serre au point où je suis à deux doigts de suffoquer et mes yeux me brûlent malgré l'air froid qui m'entoure, l'humidité que je sens sur mon visage ne vient plus de la pluie.
Je pleure, je pleure de façon incontrôlable, mes épaules tremblent et je n'arrive quasiment plus à respirer à cause des sanglots qui me prennent. Je suis en train de perdre pied.
Mais alors, elle entremêle nos doigts et serre ma main, elle serre fort, au point où ça en serait douloureux si ce n'était pas ma seule source de réconfort. La seule chose à laquelle je puisse m'accrocher.
Je me souviendrais toujours de cette journée comme du jour où mon cœur s'est brisé pour la première fois.
J'aurais dû me douter que la seconde fois que ça arriverait, Leighton serait encore présente.
Mais je ne suis plus une gamine de quatorze ans, je ne vais pas m'effondrer et pleurer sous la pluie. Pas tout de suite.
À la place, je serre les dents, et lutte pour me débarrasser du nœud qui se forme dans ma gorge.
Je ne serais pas faible cette fois, je ne pleurerais pas. Je vais faire ce que je fais toujours quand je suis triste, me mettre en colère.
Ma voix tremble, mais le volume est tellement bas qu'elle ne peut sûrement pas en distinguer l'origine.
- Tu crois vraiment que tu peux te débarrasser de moi comme ça ? Que tu peux décider pour moi ?
Je prends un pas vers elle, puis deux, jusqu'à que je ne sois plus qu'à quelques centimètres d'elle. Je la vois déglutir, et essayer de tenir mon regard, mais ce n'est pas vraiment dans une optique de défi pour une fois. Non j'ai l'impression qu'elle essaie de me faire passer un message, mais après un moment elle soupire et finit par baisser les yeux.
- Casey…
Sa voix se casse avant qu'elle ait pu ajouter quoi que ce soit.
Et cela ne sert qu'à alimenter ma colère. Si elle en souffre aussi alors pourquoi ? Pourquoi nous faire ça ? Pourquoi briser nos deux cœurs pour quelque chose qu'elle ne veut même plus ?
Ma main se place rapidement sur la porte au dessus de son épaule, de manière à ce qu'elle n'ait aucune solution de sortie quand je poserais la question.
- Pourquoi ?
Elle avale sa salive et se force à rétablir le contact entre nos yeux. Et après quelques secondes, elle me pousse pour replacer une distance entre nous, et quand elle passe une main dans ses cheveux je sais qu'elle est prête à se battre. Sa voix est remplie d'une fausse assurance et elle hausse le ton.
- Tu sais pourquoi ! Cette histoire ? C'est ridicule ! Il fallait bien que ça finisse un jour ! On ne pouvait pas continuer cette farce éternellement !
Ça fait mal, qu'elle traite notre relation de farce. Même si elle ne le pense pas, pas vraiment, je la connais depuis assez longtemps pour savoir que ce n'est pas moi qu'elle veut convaincre, non c'est elle-même.
- James m'aime ! Il m'aime et… et je l'aime, et c'est comme ça que c'est censé se passer.
Si ses paroles précédentes me blessaient, celles-là reviennent à piétiner les débris de cristal reposant sur le sol avec des escarpins de luxe. Parce qu'elles pourraient être vraies, parce que c'est ce que Leighton pense vraiment.
Et je ne sais pas si j'ai plus envie de rire ou de pleurer ! Comment ai-je pu être assez stupide pour penser qu'elle pourrait ne serait-ce qu'envisagerait un futur avec moi ? Je ne suis même pas une option dans son plan bien établi, juste un obstacle.
Et maintenant je me souviens pourquoi j'avais tellement besoin de faire de sa vie un enfer !
- Tu crois qu'il t'aime vraiment ? Qui te dit qu'il ne partira pas en courant à la première occasion ? Hmm ?
Elle détourne son regard et croise les bras sur sa poitrine comme si ça pouvait empêcher mes paroles de l'atteindre, et je tire une satisfaction sournoise quand je m'aperçois que mes mots la blessent.
Et peut-être que ça devrait m'inquiéter que mes vieilles habitudes, que mon envie de lui faire mal reviennent aussi facilement tel un réflexe défensif. Mais si je souffre pourquoi pas elle ? Et avant même de m'en rendre compte, d'autres paroles venimeuses quittent mes lèvres.
- Après tout, te laisser en plan sans raison ça n'a jamais eu l'air de le déranger ! Oh mais attends, ça vous fait un point commun, non ?
Elle secoue la tête, sûrement pour éviter à mes mots d'accéder son esprit, mais ne répond pas, et j'allais continuer, mais d'un coup elle se jette sur moi. Elle me pousse, encore et encore de plus en plus désespérée à chaque poussée.
Je finis par perdre l'équilibre, et tombe mais j'attrape sa veste pour ralentir ma chute, l'entraînant avec moi. Nous nous retrouvons sur le sol dans une lutte pittoresque, comme une bagarre de collégiennes, elle griffe et tire mes cheveux et je fais de même. Nos gestes sont sans but précis, le seul objectif étant de blesser l'autre par tous les moyens. Mais après tout, c'est l'essence même de notre relation.
Elle est au dessus de moi, jusqu'à ce que j'arrive à renverser nos positions. J'attrape ses poignets l'empêchant de lutter, alors qu'elle se débat.
Et c'est là que ça me frappe. Cette impression de déjà vu !
La dispute à propos de James, la bataille désespérée, cette position…
Tout se passe exactement comme la première fois.
Et à cette pensée j'arrête soudainement de bouger, c'est la fin, peu importe ce que je peux dire ou faire pour essayer de la convaincre, c'est fini. La boucle est bouclée.
Et c'est ça, cette réalisation qui me fait la lâcher, à quoi bon dépenser autant d'énergie pour la garder si je l'ai déjà perdue ?
Je me relève, et après un dernier regard dans sa direction, où elle est sur le sol, ses genoux remontés contre sa poitrine, et l'humidité sur ses joues mise en évidence par le clair de lune, j'abandonne.
Je ne me souviens pas d'être rentrée dans mes quartiers, je ne me souviens pas de m'être déshabillée et rentrée dans la douche ou d'avoir augmenté la température de l'eau jusqu'à ce qu'elle brûle ma peau.
Mais je me retrouve là, dans ma douche à essayer d'oublier les dix dernières minutes de ma vie, ou peut-être bien les dix dernières années. Après tout quelle serait la différence ?
Je reste immobile sous le jet, la chaleur devenant de plus en plus insupportable et pourtant elle ne réchauffe pas le froid glacial que je ressens à l'intérieur de mon être.
Maintenant le choc passé je me sens… vide. Et le plus étrange, c'est que ce sentiment familier, ou plutôt le manque de sentiment, et la seule chose à m'apporter du réconfort. Parce que je connais cet état, j'ai passé la moitié de ma vie dans cet état. Et peut-être qu'en fin de compte je n'aurais jamais dû essayer d'en sortir ! Ma vie n'était pas parfaite, en fait, ma vie est un immense foutoir mais au moins je ne souffrais pas, et les émotions n'obstruaient pas ma vision des choses.
Je crois qu'au final je n'aurais jamais dû essayer de changer. Ne dit-on pas, chassez le naturel il revient au galop ?
J'arrête l'eau, et sors de la douche. Et quand je rencontre mon regard de glace dans le miroir de la salle de bain, je sais ce qu'il me reste à faire maintenant.
La garce est de retour !
Dans les jours qui suivirent je saisis toutes les occasions imaginables pour faire de la vie de Leighton un enfer, allant jusqu'à lui faire manquer une réunion. Et chaque fois qu'elle m'envoie un regard meurtrier ou blessé, un sentiment de satisfaction m'envahit. Et pourquoi me retenir ? C'est la seule façon dont je peux lui faire admettre ma présence.
Bizarrement l'impression de revenir huit ans en arrière n'est pas si désagréable que ça.
J'avance dans le couloir d'un pas décidé, j'ai passé la nuit à fixer le plafond de ma chambre sans jamais trouver le sommeil. Mais peu importe, ça fait des nuits que je n'arrive pas à dormir.
Les élèves s'écartent de mon passage quand ils me voient arriver, les professeurs baissent le regard. Quand je rentre dans ma salle de classe le silence se fait dans la pièce. Et je me sens puissante, invincible, comme j'en avais l'habitude lors de mes études.
- Ouvrez vos livres à la page soixante quatorze, et préparez la potion.
Personne ne bouge, ils sont sûrement trop intimidés par le ton glacial de ma voix. Et après quelques secondes, ce manque d'activité commence à m'agacer.
- Tout de suite !
Ils finissent par tous bouger en même temps et ça en serait presque comique. Mais je ne suis pas d'humeur à rire. Quelques minutes plus tard un d'eux à l'impertinence de lever la main pour poser une question. Pour une fille aussi intelligente, Rose Weasley n'a absolument aucun talent pour détecter quand il vaut mieux se taire.
Je claque des doigts pour lui signaler de parler.
- Désolée professeur, mais cette potion est d'un niveau nettement supérieur au nôtre… je veux dire, elle n'est pas dans le programme et…
Elle continue de m'exposer ses arguments de première de la classe et ça commence à m'irriter, et dire que c'est cette fille qui peut rendre Alexia pathétique au point de ne plus pouvoir réfléchir correctement. Le pire c'est qu'elle ne s'en rend même pas compte.
Et est-ce que c'est malsain si je fais un parallélisme ?
- Et bien, Mademoiselle Weasley, si le programme vous fascine tant que cela peut-être que je devrais vous laissez aller en discuter avec votre mère.
Elle est clairement surprise par le venin dans mes paroles, mais une fois que mes mots sont enregistrés, elle fronce les sourcils.
- Je vous demande pardon ?
Elle a compris le sous-entendu, elle est assez intelligente, mais ça doit probablement être la première fois qu'elle se fait coller, et j'en tire une satisfaction vindicative, elle va peut-être briser le cœur d'Alexia mais au moins elle ne le fera pas avec un dossier scolaire parfait.
- Mercredi prochain, quinze heures.
Mon ton est sec, et sans appel, mais elle proteste, et je dois avouer être interloquée par autant de rébellion, peut-être qu'Alexia a de l'influence sur elle finalement.
- Mais c'est injuste !
La vie est injuste.
Mais avant de pouvoir doubler ses heures de retenues, la fille à côté d'elle s'évanouit, se retrouvant sur le sol, et Rose et le mec que je pense être son petit-ami, se pressent à ses côtés.
Je roule des yeux, je n'avais vraiment pas besoin de ça ! Je vire les élève qui s'attroupent autour d'elle, et en envoie un aller chercher l'infirmière. Et après une dernière hésitation, m'accroupis pour vérifier son état.
J'essaie de me souvenir de son nom mais rien ne me vient. Donc je finis par quelque chose de neutre.
- Hey… toi.
Weasley m'envoie un regard réprobateur, qui me rappelle désagréablement ceux que Leighton me donnait quand on était encore étudiantes, avant de serrer la main de son amie.
- Erin ! Erin tu m'entends ?
La fille sur le sol, Erin apparemment, commence à s'agiter et son copain totalement paniqué jusqu'à présent, fait sortir un soupir de soulagement.
- J'ai eu tellement peur.
Un sentiment bizarre me prend le ventre à ses mots, à la façon dont il la regarde, et caresse ses cheveux. Ce mec est un crétin fini la plupart du temps, mais il est amoureux de sa copine, et cette vue me rend malade !
Je congédie tous les élèves observant la scène, et quelques minutes plus tard l'infirmière arrive et après les contrôles de routine emmène Erin à l'infirmerie pour plus de tests. David la suit comme s'il était perdu sans elle. Et le voir si pathétique alors qu'il est d'habitude arrogant et imbu de lui-même… c'est juste la preuve que l'amour peut nous faire faire n'importe quoi !
Je ferme les yeux de toutes mes forces comme si ça pouvait retenir cette soudaine vague d'émotions qui menacent de m'envahir.
- Professeur ?
Je réouvre les yeux, Rose est toujours là, avec une expression curieuse, et j'ai l'impression qu'elle essaie de résoudre un problème avec la façon dont elle a de m'étudier, et il n'y a rien de plus agaçant !
- Tu es toujours collée ! Mais tu n'as qu'à voir ça comme une opportunité de passer plus de temps avec ta mère !
Elle secoue la tête, contrariée mais n'ajoute rien.
La journée passe, et il ne me tarde rien de plus que de revenir à mon lit vide et froid, à fixer le même plafond tout aussi vide et aussi froid dans le même silence accablant, à penser à une façon de faire regretter son choix à Leighton.
J'ai déjà saboté un de ses cours, instauré la zizanie entre elle et Lavende Brown, le professeur d'astronomie, et j'ai soudoyé un élève pour qu'il introduise des souris dans sa chambre, elle déteste les souris. Et tout ça en seulement quatre jours, mon moi adolescente aurait été fière.
J'avais oublié à quel point c'était facile de trouver comment faire enrager Leighton. À quel point les regards coléreux et blessés qu'elle m'envoie juste parce qu'elle sait que c'est moi la coupable sont appréciables. Et je sais que c'est immature et peut-être même un peu névrosé, mais j'ai besoin de ça, j'ai besoin qu'elle souffre comme je souffre en la voyant avec lui. Et je me fiche que ce soit à cause de quelque chose d'aussi futile que sa robe préférée qui prend feu.
J'arrive dans le grand hall et m'apprête à monter les escaliers quand j'entends quelqu'un appeler mon nom. Je m'arrête mais ne me retourne pas, je connais cette voix.
Il ne manquait plus que ça pour que ma journée soit vraiment pourrie !
- Hey, Casey !
Je prends une inspiration profonde et me retourne avec un sourire hypocrite.
- James ! Ça c'est une surprise !
Il me sourit, ne remarquant rien d'étrange dans mon comportement.
- Tu n'aurais pas vu Leighton ? Je dois l'emmener dîner.
Mon cœur se serre quand je l'entends prononcer son nom, mais je m'efforce de continuer à sourire au point où cela devient presque douloureux de garder cette expression faciale en place.
Il a l'air heureux, et je serais contente si ce n'était pas à cause de lui que Leighton m'avait brisé le cœur. Je m'éclaircis la gorge pour cacher le mépris qu'il m'inspire à cet instant précis.
- Non, désolée.
Et je ne suis pas désolée du tout ! Je lui fais un signe de tête et me prépare à partir, mais il reprend.
- Je sais que je ne devrais pas te demander ça, mais… tu ne la trouves pas distraite ces temps-ci ?
Sa question retient mon attention. Je penche la tête sur le côté et essaye de déchiffrer son attitude. Mais ce qui me frappe le plus c'est l'ironie de la situation.
Le petit copain de la fille qui vient de me plaquer me demande de lui expliquer pourquoi elle agit bizarrement. Oui c'est… incroyablement malsain.
Et ça pourrait me servir.
Un plan se forme dans ma tête, c'est un réflexe, dès que je sens une opportunité de ruiner la vie de Leighton je ne peux pas m'empêcher de l'exploiter. C'est pour ça que je ne suis pas directement responsable des mots qui vont quitter mes lèvres.
- En fait… si.
Il semble étonné, et je ne sais pas très bien si c'est parce qu'il ne s'attendait pas à ce que je lui en parle ou si c'est parce qu'il ne pensait pas que j'aurais remarqué si quelque chose ne va pas avec Leighton.
Mais je décide d'ignorer sa surprise et lui offre le sourire le plus sincère dont je suis capable en essayant de ne pas ressembler à un requin. Il suffit juste qu'il pose la bonne question et tout ce pour quoi Leighton a travaillé si dur, le copain parfait et célèbre, l'image publique, sera détruit.
- Et tu sais pourquoi ?
Je ne peux pas lui dire directement, il est inattentif mais pas stupide. Donc j'évite son regard et fais semblant d'avoir l'air indécise.
- Je… je ne pense pas que ce soit à moi de t'en parler...
Il fronce les sourcils, clairement inquiet, et je me mords la lèvre pour ne pas montrer ma satisfaction quand je le vois avaler sa salive difficilement.
- Est-ce que… est-ce que tu sais si, elle, elle voyait quelqu'un, avant ?
Bingo !
James est trop fier pour supporter qu'elle ait pu l'oublier durant leur rupture, et pour lui si elle ne lui a rien dit ce sera pire, alors en définitive, il me suffit d'un mot.
Un mot et Leighton souffrira comme j'ai souffert quand elle m'a dit que c'était fini. Une seule syllabe et elle me reviendra. Trois lettres et tout redeviendra comme avant, mais en mieux.
J'ouvre la bouche lentement, pour laisser durer l'anticipation. Mes lèvres prenant la forme nécessaire pour que la bonne phonétique soit entendue, et le son voyageant de mon œsophage jusqu'à mes lèvres.
- James !
Malheureusement pour moi, la voix de Leighton est la seule chose qu'il a perçue.
Je me retourne pour voir Leighton quelques marches au dessus de moi dans l'escalier, elle me regarde prudemment, comme si elle savait déjà ce que je m'apprêtais à révéler à son précieux petit-copain, et c'est probablement le cas. Parce qu'après tout si je la connais assez bien pour savoir tout ce qui peut la mettre dans une colère noire, elle, elle sait quand j'ai prévu de faire quelque chose de mal.
Elle descend les marches, sans jamais détourner son regard du mien. Et c'est probablement la première fois depuis quatre jours qu'elle me regarde dans les yeux. Je peux y voir sa détermination a faire comme si rien ne s'était passé, et sa colère à peine déguisée concernant ce que je m'apprêtais à faire. Et absolument aucune once de regret.
Quand elle me dépasse, elle va directement dans les bras de James et l'embrasse sous mes yeux. Et je crois que je vais être malade ! Mon estomac fait cette chose, où il se retourne sur lui-même, et un frisson désagréable me parcourt quand je vois le sourire qu'elle lui offre.
- Tu es prêt ?
Je me mords la lèvre au point où elle saigne quand j'entends sa voix mélodieuse, et la façon dont elle passe sa main sur son épaule me fait serrer les poings.
- Toujours pour toi.
Je ravale la réplique venimeuse qui me vient et fausse un sourire quand James se retourne vers moi.
- Ça a été un plaisir de te parler Casey.
Je hoche la tête parce que je ne fais pas confiance à ma voix. Je suis tellement furieuse que je ne pense pas être capable de former des mots complets.
Ils partent main dans la main, et je les regarde s'en aller, Leighton se retournant au dernier moment, avec un sourire arrogant.
Et pour elle ce genre de sourire ne veut dire qu'une chose « J'ai gagné ».
Pour moi ça veut dire que tout est redevenu comme avant, comme si on était toujours élèves ici.
Et si c'est ça alors…
J'ai besoin d'alcool !
Je n'ai pas droit à la drogue si je veux garder mon travail, mais l'alcool ne se verra pas sur le test de la directrice.
Donc je me dirige vers ma salle de cours à grand pas, toute personne que je rencontre s'écartant de mon passage.
Mais bien sûr il faut qu'il y ait déjà quelqu'un ! Non mais sérieusement quels sont les risques qu'un élève veuille être dans une salle de cours après les heures de cours ?
Et quels sont les chances pour que ce soit elle ?
Alex est assise à un des bureaux du fond comme à son habitude, mais elle ne dessine pas, elle fixe le bout de papier devant elle, je ne sais pas ce que c'est, mais vu son regard et la façon dont ses doigts tambourinent contre la table avec une énergie nerveuse non contrôlée, cela doit être important.
Je m'approche assez pour voir que cela ressemble à une interro, et d'après les croquis extrêmement précis qui y sont dessinés je dirais que c'est de la botanique, mais je ne distingue pas la note.
Elle réfléchit et c'est assez rare chez elle, elle est plutôt du genre à agir puis réfléchir ensuite. Sauf… sauf quand ça concerne Weasley.
Et je comprends tout maintenant, si la note qu'elle a eu est bonne elle aura rempli son contrat avec la directrice, et par conséquent elle n'aura plus besoin de Rose. Mais si elle est mauvaise, elle devra continuer jusqu'à la prochaine occasion. Et j'avoue ne pas savoir ce qui serait pire pour Alex.
Par contre ce que je sais, c'est que ça m'agace. Ça m'agace que cette fille l'ait rendue aussi pathétique.
- Un problème avec ta Juliette, Romeo ?
Elle sursaute, surprise par ma présence, puis fronce les sourcils quand elle a enregistré mon commentaire.
- Je ne vois pas de quoi tu parles.
Elle est bien trop sur la défensive, et elle doit s'en rendre compte parce qu'elle abaisse son regard aussitôt que les mots ont quitté ses lèvres. Elle est vulnérable, et tout ça à cause de cette fille.
Elle recommence à parler, à me donner des excuses, mais je n'écoute pas, je l'observe, elle est toujours aussi belle, on ne peut pas lui enlever ça, mais elle a une mine effroyable. Les cercles sous ses yeux, ses geste imprécis, son incapacité à cacher ce qu'elle ressent. Alors c'est ça ?
C'est tout ce qu'il aura fallu pour détruire la grande Alexia ? Une fille. Une fille bien trop honnête et obsédée malgré elle par l'image qu'on a d'elle. Une fille, intelligente et pourtant naïve au point de ne pas s'apercevoir que quelqu'un la désire à en perdre la raison.
Je ne sais pas pourquoi, mais ça me met hors de moi. Comment peut-elle se laisser faire comme ça ? Comment peut-elle se laisser détruire par ses émotions ? Elle qui passe son temps à les nier.
Elle sort avec tellement de personnes en même temps que je serais surprise qu'elle ait le temps d'apprendre leurs noms, elle essaie d'oublier ce qu'elle ressent tout en se laissant guider par ses sentiments. Je connais Alex et je sais qu'elle ne s'abaisserait pas à ça si elle n'était pas totalement perdue.
L'amour… l'amour l'a rendue pitoyable… m'a rendue pitoyable.
Et il est temps d'y mettre un terme.
- Arrête !
Elle s'arrête brusquement au son de ma voix. C'est bas et dangereux, mais je suis juste tellement en colère, contre elle pour ne pas être assez forte, contre Leighton pour ne pas m'aimer, mais plus que tout contre moi-même, pour avoir été assez stupide pour m'être ouverte à elle.
Et je sais qu'au fond Alex n'y est pour rien, mais j'en ai besoin, j'ai besoin de me débarrasser de la colère que je traine depuis ses quatre derniers jours.
- Arrête de vouloir fuir la vérité ! Tu es amoureuse de cette fille, et ce que tu fais là, coucher avec la moitié de l'école, ça ne résoudra pas le problème ! Ça ne te fera pas oublier ce que tu ressens, alors arrête !
Je peux voir la difficulté avec laquelle elle avale sa salive, avant de relever la tête et de me fixer avec son masque d'arrogance.
- Qu'est ce que t'en sais, hein ? C'est rien, ok ? C'est juste… un béguin, ça va passer.
Je me demande un moment si elle croit ce qu'elle dit, parce que si c'est le cas c'est qu'elle ne s'est pas regardée dans un miroir depuis un bail. Mais la connaissant c'est encore moins vraisemblable.
Et je ris à son essai pathétique de me mentir. Et je devrais me sentir coupable de m'attaquer à la seule personne qui m'a toujours soutenue, mais je ne ressens rien.
- S'il te plaît Alex, ne te fais pas passer pour plus stupide que tu ne l'es, on sait toutes les deux que ça ne va pas passer. Alors pour éviter plus de tentatives désespérées de ta part de nier la réalité je vais te raconter ce qu'il va se passer. Tu vas tomber de plus en plus amoureuse d'elle à chaque moment passé en sa présence, et vous allez devenir proches, très proches, au point où tu pourras presque en venir à croire qu'elle t'aime aussi. Mais un jour elle va rencontrer son prince charmant, le mec dont elle aura toujours rêvé, ils vont tomber amoureux et partir dans le soleil couchant. Et c'est comme ça que l'histoire fini, elle a un happy ending et toi un cœur brisé.
Ses bras sont croisés sur sa poitrine comme un moyen futile pour se protéger de la froideur de mes paroles. Et ses doigts serrent ses biceps tellement fort que je suis sûre qu'elle doit laisser des marques. Mais vu son regard je ne pense pas qu'elle s'en soucie. Je l'ai blessée, ou peut-être la vérité de mes mots l'ont blessée. Peu importe ce que je sais, c'est que je viens probablement de me mettre à dos la seule personne qui ne me détestait pas.
Elle secoue la tête puis reporte son regard sur moi, elle est en colère, c'est vraisemblablement quelque chose qu'on a en commun, être en colère quand on a mal. Je sens le venin dans ses mots aussi clairement que si j'avais été mordue par un serpent.
- Wow, et moi qui croyais être une peste, je m'incline ! T'es vraiment la reine des garces si tu t'en prends à la seule personne dans cette école qui t'apprécie.
Elle se lève et me bouscule en passant jusqu'à ce que je sois la seule personne dans la pièce.
Je reste immobile quelques minutes, le temps d'enregistrer ce qu'il vient de se passer.
Et cette vague d'émotion revient, comme quand j'ai vu David s'inquiéter pour sa copine, ou Leighton accueillir James, cette sensation que mes sentiments vont m'emporter et que je ne serais plus jamais capable de m'en débarrasser.
Et c'est ça qui me pousse à bouger, à rentrer dans la réserve, déplacer les flacons à contenance glauque sur le côté et saisir la bouteille de whisky qui se trouve derrière.
Mes mouvements sont rapides, je n'ai même pas à penser pour que mon corps agisse, il sait déjà ce qu'il faut faire pour calmer la douleur.
Je prends un bécher pour me servir de verre, et verse le plus de liquide possible à l'intérieur avant de le porter à mes lèvres et de boire sans une seconde d'hésitation.
Le liquide me brûle la gorge mais ça ne m'arrête pas, je préfère ça à la froideur qui m'envahit. Je bois jusqu'à ce que le bécher soit vide, la chaleur qui accompagne la boisson chasse la douleur et m'apporte une familiarité réconfortante.
Mon esprit commence à s'embrumer juste après le second verre, et il y a trois ans j'aurais probablement eu honte d'avoir si peu d'endurance, mais c'est exactement l'effet que je recherche alors je l'accueille ouvertement.
Et pour une fois l'impression de déjà vu n'est pas désagréable.
Je ne sais pas très bien quelle heure il est quand je me décide à rentrer dans mes quartiers, juste qu'il fait noir, que les couloirs sont déserts et que ma bouteille est quasiment vide.
Je passe le portrait, et me dirige vers la chambre, et ce n'est que quand je suis sur le lit, que je m'aperçois que ce n'est pas ma chambre.
La mienne n'est pas aussi décorée et personnalisée. Pas aussi chaleureuse.
L'odeur de Leighton est partout, elle m'entoure et je dois me concentrer pour ne pas suffoquer.
La seule chose qui n'est pas ici, c'est Leighton elle-même.
Et je sais que je dois partir avant qu'elle ne revienne, mais je suis tellement fatiguée, et cette chaleur est bien plus agréable que celle de l'alcool. Même son plafond est plus joli que le mien. Et mes yeux se ferment tout seuls, ce que je suis incapable de faire depuis des jours.
- Qu'est ce que tu fais ici ?
Sa voix me réveille, bien que je ne sois pas vraiment sûre de m'être endormie en premier lieu. Je me relève, trébuchant à moitié à cause de mon manque d'équilibre.
Mais après je la vois, ses lèvres gonflées, ses joues rougies, et certaines de ses mèches qui ne sont pas à la bonne place, le malaise dont j'avais réussi à me débarrasser revient. Et je suis incapable de rester impassible.
- La question est, toi qu'est-ce que tu faisais dehors ?
Elle roule des yeux.
- J'ai passé une soirée très plaisante avec James et je ne suis pas d'humeur à me battre Casey.
Elle va à sa coiffeuse et enlève ses bijoux, m'ignorant totalement, et je déteste quand elle fait ça. Quand elle fait comme si je n'existais pas.
Alors je fais ce que je fais toujours quand elle fait ça, je la provoque.
- Vraiment ? Parce que si je me souviens bien ce n'est pas un très bon coup.
Étonnamment, elle n'a pas l'air dérangée par ce commentaire. Elle se retourne lentement, mais pas de réplique mordante, non juste de la curiosité.
- Qu'est-ce que ça peut te faire ?
Et c'est cette simple question qui ranime ma colère.
Je ris, alors qu'il n'y a rien de drôle, notre situation est tragique. Je ris parce que son entêtement à vouloir nier que j'ai des sentiments est probablement la chose la plus blessante qu'elle ait jamais faite.
- À ton avis ?
Elle ouvre la bouche mais je l'interromps. Et je ne peux pas empêcher les tremblements dans ma voix.
- C'est vraiment si dur pour toi ? D'admettre que je peux avoir des sentiments ?
Elle secoue la tête, et Merlin ça me tue !
- Arrête Casey, c'est ridicule.
Je la sens. La vague qui s'apprête à m'envahir. Mais maintenant c'est un véritable tsunami, et je sais que je ne peux rien faire pour empêcher mes émotions d'être déversées.
- Pourquoi ?
Pourquoi est ce qu'il lui est impossible de concevoir que j'ai des sentiments pour elle ?
- Parce que le ciel est bleu, et que les chiens restent avec les chiens. Parce que tu es toi ! Et que je suis moi ! Et ça ne peut pas arriver, jamais !
Elle serre ses bras sur sa poitrine et balance des excuses que je ne suis même pas capable d'entendre à cause du bourdonnement dans ma tête. Et je sais ce qui va arriver. Chaque mot qu'elle prononce ne fait que pousser mes limites. Et le bourdonnement dans ma tête s'est transformé en tambour, au point où ça en est quasiment douloureux de me taire. Mais elle continue, encore et encore, et sa voix s'ajoute au boucan. Jusqu'à ce que…
- Je t'aime.
Le silence.
- Quoi ?
L'expression de choc complet sur son visage aurait été comique si ce n'était pas un moment aussi crucial. J'avale ma salive quand je voie son expression paniquée, la façon dont elle secoue la tête frénétiquement, je sais déjà ce qu'elle va dire. Et je compte à rebours mentalement le nombre de secondes qu'il reste avant qu'elle brise mon cœur définitivement.
Trois.
Elle ouvre et referme la bouche plusieurs fois, aucun son ne sortant.
Deux.
Ses lèvres se pincent et ses sourcils se froncent.
Un.
Elle relève la tête, et me fixe avec un regard déterminé avant de parler d'un ton clair, mais d'où je peux encore percevoir l'affolement.
- Non, non, non, tu ne m'aimes pas. Tu délires, tu es ivre, tu es…
Son expression se durcit une fois qu'elle en vient à cette réalisation. Elle fronce le nez, et plisse les yeux, et je la vois m'analyser avec cet air désapprobateur qu'elle porte si bien.
- Oh mon Dieu, Casey tu es ivre !
Je soupire, parce que ça ne change rien ! Ça ne changera pas comment je me sens, c'est juste une excuse pour éviter de répondre à ma déclaration.
- Et alors ? Ça ne change rien.
Elle ferme les yeux et passe une main dans ses cheveux.
- Bien sûr que si ça change quelque chose ! Tu ne sais pas ce que tu dis ! C'est juste… un autre de tes stratagèmes pour m'ennuyer.
Je ris à cette réflexion parce que vraiment, c'est ironique qu'elle dise ça la seule fois où je dis la vérité.
Mais maintenant que je suis lancée je ne vais pas me retenir. J'en ai assez de cacher ce que je pense, ce que je ressens, assez de mentir et de jouer à des jeux débiles où il n'y a aucun gagnant.
Il est temps de dire la vérité, quelque chose que je ne me suis même pas avouée à moi-même.
- Je t'ai toujours aimée.
Elle s'arrête totalement à ces mots. Comme si elle était figée dans l'espace. Et après ce qui me semble être une éternité sa voix résonne dans le silence.
- Tu mens.
Si seulement c'était vrai… Mais pour la première fois de ma vie j'y vois clair, et je sais que c'est ça la réponse à toutes mes actions présentes et passées. Donc je réponds calmement.
- De nous deux je crois que c'est clairement moi la plus honnête…
Elle passe tellement de temps à vouloir prouver mes mensonges qu'elle oublie qu'il m'arrive de dire la vérité.
- Arrête !
Elle hausse le ton pour me faire taire et ça veut dire que mes mots l'atteignent enfin, donc je ne vais pas lui obéir, je vais continuer encore et encore jusqu'à ce qu'elle comprenne. Je me rapproche d'elle mais elle est trop occupée à essayer de bloquer le son de ma voix pour s'en apercevoir. Jusqu'à ce que je prenne ses mains dans les miennes.
- Je t'aime, je t'aime, je t'aime, je t'aime…
Elle secoue la tête et essaie de se défaire de mon emprise, et ça fait mal, mais je ne lâche pas. Et je continue à dire ses mots qu'elle refuse si obstinément d'entendre, même lorsque ma voix est trop usée et finit par se casser.
Leighton continue à se débattre mais de plus en plus faiblement jusqu'à ce qu'elle n'ait plus la force de lutter.
Je pose mon front contre le sien et continue à répéter la même déclaration chuchotée. Nos visages sont si proches et il suffirait que je penche ma tête de quelques centimètres pour atteindre ses lèvres. Mais pour cela il faudrait que j'arrête de parler, et je me suis assez tue jusque là.
- S'il te plaît…
Sa voix est faible et si je n'étais pas si près je ne l'aurais probablement pas perçue, mais je l'ai entendue et je relève la tête pour croiser son regard. Et ce que j'y vois stoppe les battements de mon cœur, et par une réaction en chaîne ma voix.
Ses yeux sont remplis de larmes et maintenant que mon attention n'est plus focalisée sur ses lèvres, je peux voir les traces qu'elles ont laissées sur ses joues.
- Je suis désolée… je ne peux pas…
Elle retire ses mains des miennes et brise le contact.
L'état de transe dans lequel nous étions se brise, tout revient en accéléré, et c'est maintenant que la douleur en suspens comme une épée de Damoclès ces derniers jours frappe. Et les morceaux de cristal de mon cœur brisé me déchirent de l'intérieur.
Je savais que ça ferait mal, que ce serait pire que les vagues de mélancolie qui m'envahissaient ponctuellement, mais j'avais oublié à quel point réaliser que c'est la fin était pénible.
Je tente futilement de résister, mais ma gorge se serre au point où je suis à deux doigts de suffoquer et mes yeux me brûlent malgré l'air froid qui m'entoure, accentuant l'humidité que je sens sur mon visage.
- Tu devrais partir…
Leighton fait face à la direction opposée à la mienne, et je suis incapable de voir son visage, mais au moins ça veut dire qu'elle ne peut pas voir le mien.
Je hoche la tête et pars pour la seconde fois en moins d'une semaine.
Je me demande vaguement si l'alcool fait encore effet, parce que je suis bien trop lucide à mon goût. Mais je suis trop fatiguée pour aller chercher une autre bouteille.
Je m'effondre sur mon lit et fixe le plafond, comme ces quatre dernières nuits. Mais cette fois-ci tout ce que je distingue c'est le flou au travers de mes larmes.
Car je pleure, je pleure de façon incontrôlable, mes épaules tremblent et je n'arrive quasiment plus à respirer à cause des sanglots qui me prennent. Je suis en train de perdre pied.
Et cette fois ci il n'y a personne pour me tenir la main.
Et voilà !
Qui est triste pour Casey ?
Et pour le prochain chapitre : Rose !
