Et enfin, je ressuscite !

Salutation à tout le monde, vous portez-vous bien ? :D Perso, je vais plutôt bien, la fin des cours approche, même si les profs son méchant et nous donnent beaucoup de contrôles continus, ils ne peuvent JAMAIS repousser la date de fin des cours. Et ça, croyez-moi ça n'a pas de prix ! xD

Je rédigeai le chapitre tout récemment, ayant été très occupée ce mois-ci entre les cours et la recherche d'un petit job d'été, j'ai pas eu beaucoup de temps libre… Du coup ! J'ai bossé d'arrache-pied sur ce chapitre pour le faire un peu plus long que le précédent !

D'ailleurs, qu'avons-nous au menu ? (Désolée, à l'heure où je publie les nouveaux chapitres, c'est toujours vers une heure où j'ai faim…j'ai remarqué ça) Des révélations au sujet des Archanges et deux nouveaux personnages très importants pour introduire la fin de ma fic font leur apparition ! Je voulais les mettre beaucoup plus tard, mais je trouvais que ça faisait bâcler, alors j'ai préféré les introduire ici, et pouvoir amener les futurs catastrophes plus solidement !

Aussi ! petite apparition de Magnus, bon, il n'est toujours pas de retour auprès d'Alec, mais ça ne serait tarder, sûrement un chapitre ou deux à attendre !

Petite apparition de Robert également, dans une scène qui compte beaucoup beaucoup pour moi ! Et puis du Eliott et Max, parce que j'adore écrire sur eux haha ! xD Sont choux nos ados…

Bon, je me tais, je devais faire un travail sur moi-même et arrêter de donner des infos avant lecture…je tiens jamais le coup !

Passons aux remerciements et comme toujours je souhaite la bienvenue aux nouveaux :D ! :

Izzabella : réponse à ton commentaire : [ Hey ! Merci à toi te prendre le temps de t'intéresser à cette fanfic ! :) Alors oui, dans le chapitre précédent, Alec était prêt à combattre Magnus pour sauver la vie de Raphaël, qui aussi, a protégé la vie d'Alec au risque d'être blessé par Magnus qui s'était jeté sur Alec pour l'attaquer -pris d'un élan de folie- haha ! xD Peu importe qui ce serait trouvé dans cette situation, Max, Isabelle, Clary, s'il fallait repousser Magnus pour sauver une vie, fallait qu'il le fasse ! ]

malecA réponse à ton commentaire : [Coucou ! Non, non ce n'est pas une blague, il a rompu avec Magnus alors qu'il était sous sa forma animalis, car Nekomata au non, Alec a toujours considéré qu'il restait Magnus, il a accepté sa forma animals, que Magnus a eu longtemps peur de lui montrer :) Donc peu importe les raisons, si Alec voulait rompre, il lui prouve encore une fois que son apparence ne compte pas ! Par contre, le terme aller voir ailleurs, ça ne marche pas trop, vu qu'Alec a rompu. Il est adulte et libre de faire ce qu'il veut de son corps, s'il veut coucher un archange ou un loup garou, il ne trompe personne tu sais x) Mais je te rassure, oui, ma fic c'est toujours du Malec. Peu importe les aventures qu'il se passera dans cette fic, dans la description, il a écrit Malec, c'est donc du Malec, t'as pas de souci à te faire. Mais je le redis, Alec est libre de faire ce qu'il veut haha :p ! ]

Liki réponse à ton commentaire : [ Rassure-toi, Magnus reviendra, mais tu sais, moi aussi je suis fan de Malec et ça ne m'a pas rendu triste d'écrire le rapprochement entre Alec et Raphaël, tout comme d'autres lecteurs qui attendent de voir se passer plus entre eux mais qui, comme nous deux restent fan du Malec Ce que je veux dire, c'est que fan du Malec ou non, ce n'est pas ça qui aura une conséquence sur notre tristesse ou notre excitation. Je ne suis pas là pour rendre triste les fans du Malec tu sais :) Mais je comprends ta tristesse, il y a des pairings que nous n'aimons pas voir être changé ou qu'ils nous sont étranges à lire. Exemple pour ma part, j'ai du mal à m'imaginer Clary et Alec ensemble alors, je n'écrirai jamais une fanfic sur eux ou alors, ce serait de l'humour ou Alec serait très ivre…très très ivre… ! Ou bien moi je serais ivre haha ! xD]

Sophie

Zorhya réponse à ton commentaire : [ Hey hey hey ! Rah mes partiels, bientôt ceux du second semestre, croisons les doigts pour que cela se passe bien chacune de notre côté xD ! Mais merci de ton soutien c'est très touchant sache-le :D Je te laisse découvrir le nouveau chapitre, avec un bon petit gros rapprochement pour l'Archange et Alec :) ]

Phanie Miki réponse à ton commentaire : [Vouiii ça faisait longtemps ! Comment tu vas ? groui, j'ai voulu changer les rôles, dans les livres et la série, Alec était toujours celui qui se faisait plaquer, j'ai voulu inverser les rôles, pas toujours le même qui trinque xD C'est vrai que Magnus mène son combat, mais il a voulu le mener seul en éloignant Alec, une fois de plus. Pour Alec, c'était la goutte d'eau de trop, il a rompu avec lui pour cela. Ce n'est pas qu'il n'aime plus Magnus, bien au contraire c'est justement pour ça que son départ a été si éprouvant. Tout le monde réagirait mal si, son conjoint ou sa conjointe partait en ne laissant qu'un petit mot derrière, non ? Perso je l'aurai mauvaise. La fin du couple Malec ? Naooon ! Jamais, ma fic reste du Malec, t'as pas à t'en faire mon petit cookie ! Peu importe ce qu'ils vivront chacun de leur côté, cette fic reste Malec. Et je te promets des retrouvailles émouvantes, autant par la colère que par l'amour, mais ce sera émouvant ! Ah puis pour Isabelle, voir son frère être blessé de la sorte, c'est dur à voir, elle est très proche de ses frères dans ma fic :) ]

Elise

Plopy

Call

Soreiyu

Cywen

AkuNaa

Magalie

lil'brownies

ylena

CaptMalec

Tobie-Manga-Fiction

Chrome-chan96

Ekana

NiallerGirl1D

Lulu

Sissi1789

Darknesscoming

Colyne59

Cindy10000

S Stilinski22

SunWings

UneAmeVagabonde

becca015

malecxstalia

Mereryan

MyBeautifulDream

DomoNyan

Vaalgus

Le petite .ange28

Methenniel Thalionwen

Saya-chan1445

Arahila

Ylo

Ariane

hachiko97412

marco29830

Foolbeloved

ThePrincessokatz

dwspike

Lumoonwalker

lily2206

tkawaiii2013

KlainerPotterhead

Petit LuntinRose

rarastyles

youyoulita

Eihpos taro

Emeraude-san

CrazyChamalow

Foolbeloved

WarlockTumie

lagrossepo

Marjo76

shainaMeyJr

Rinkanaku

justelaura

Emiemy

Nounoursdu84

Kajol Malfoy

sakura-okasan

lyse fournel

Losas

Alesia love Archer

jalanna

Flayra

bloom night

sosso996

Emerald key

Mai chii

alice D baskerville

eden's art

prynolink

marie3000

Alexiapanda114

Bafan-chan

Laly77

Kiwiiwiwii

montiemma707

ga65800

limagination2larissa12

elenou22

Ishimaru Miharu

Flamme Eternel

DemmMyzei

valoueeeesweet

narumi112

princessethe100

Marsika

lion no kalista

Luma1709

Julie Nbs

Lynda Morlan

Praxy21

fanais

Chi No Tenshi

Scottish-Puffin

Frimoussette

LalithaHauru

Meb007

Haricotgirl

lovePEOPLEandCOWBOY

lylou26

orlane9095

Kahinoixdecoco

liz54210

lilique

Angelina56

Tyciaa

camillecfop

Erineericka

galla

chococacao

Krissa Paon

[ Avant de commencer la lecture, j'ai un mot à dire aux sujets de l'espace commentaire que certaines personnes prennent pour un tribunal. Avant la publication de ce chapitre, j'avais posté un message d'avertissement qui était couplé d'une réponse à Darknesscoming pour le manque de tact dont elle a fait preuve à mon égard. J'ai pu trouver un autre moyen de lui donner ma réponse, du coup, j'ai supprimé l'avertissement et le message, mais pour ceux n'ayant pas eu le temps de le lire, j'en refais un, car cela me semble nécessaire. Sachez avant toute chose que je ne vise personne et tout le monde à la fois. Je ne veux mettre personne dans le même panier, mais je ne tiens pas non plus à ce que cet avertissement passe pour une attaque personnelle, alors je m'adresse à tout le monde : Je n'ai jamais réclamé de commentaire, et je n'en réclamerai jamais. J'écris pour moi-même et je publie cette fanfic pour le plaisir de partager du DIVERTISSEMENT.

Mais le divertissement, c'est comme le chocolat, on aime ou on n'aime pas tel ou tel type de chocolat ou tel type de divertissement. Jusqu'à preuve du contraire, je n'ai forcé personne à lire ma fic ni à la commenter. Vous aimez ? tant mieux. Vous voulez me le dire sans étoffer ? faites, je ne peux pas vous l'interdire. Vous n'aimez pas ? tant pis. Vous voulez me le dire ? faites, je ne peux pas vous forcer à aimer ma fic. Cependant, les commentaires du type : Le Malec mérite mieux. Je vais être cash, ça dégage. Les remarques du style : Alec ne doit pas faire ça, Isabelle aurait dû faire ci ! Le Clace devrait être comme ça ! J'ai passé outre jusqu'à aujourd'hui, là je sature. Le Malec, Clace et autres abréviations de ce genre ne sont pas, en mon opinion, des tribunaux ou les fans, entre eux, vont se juger et dicter aux autres ce qu'ils doivent écrire ou ne pas écrire dans leur fanfic. Les personnages ne nous appartiennent pas bon sang ! On les aime, et les adore, mais ils ne sont pas à nous !

Alors, si vous jugez que le vrai Alec ne ferait pas ça, ou que la vraie Clary aurait dit ça, que vous pensez mieux les connaître que Cassandra Clare elle-même, et que vous ne comprenez pas mes idées pour le scénario de ma fic, eh ben écrivez la vôtre ! Une idée reste une idée. Personne ne pourra me faire changer l'idée que j'ai eu pour cette fanfic. La seule chose dont vous êtes en droit de me reprendre, c'est la FORME de l'histoire. S'il y a trop de fautes. Si c'est mal espacé. Si j'emploie mal un ou plusieurs mots. Après, c'est à moi et à moi seule de prendre la décision de suivre ou non ces conseils. Mais si j'ai pu m'améliorer jusqu'ici c'est grâce à ces personnes qui ont soulignées mes erreurs de ce type sans juger l'idée que j'ai eu pour cette histoire !

De plus, comme me l'a si gentiment rappelé Lil'Brownie, je suis reine de ma fic, j'écris ce que je veux. Je l'ai déjà dit, et je le redirai toujours, cette fic, je suis heureuse de vous la faire partager, mais je l'écris pour mon plaisir. J'ai réglé mes différents avec Darknesscoming, j'espère qu'un incident de ce type là ne se produira plus avec personne. Quitte à écrire un commentaire, essayez d'être constructif et surtout POLI. Vous êtes vulgaires avec vos proches, nous n'avons pas élevé les cochons ensemble. Donc, les "chiant" les "foutage de gueule" les "merde" évitez s'il vous plait. J'évite de vous répondre avec des grossièretés, merci de me respecter.

Je ne force pas à lire ma fic, alors ne me forcez pas à subir vos jugements. Ne me dites pas non plus que je ne suis pas obligée de répondre. Je suis assez grande pour prendre des décisions, si je veux répondre, je le fais. D'autant plus qu'avant de savoir si on veut répondre ou non, faut lire le commentaire aussi désagréable peut-il être parfois. Merci d'avoir pris le temps de lire ce message (il ne s'adresse à personne, mais à tout le monde à la fois je le redis), qui je l'espère, n'aura pas besoin d'être recopier dans de nouveaux chapitres.

Devonis ]

Après une longue attente pour ce nouveau chapitre je vous laisse vous perdre dans ces lignes :D ! On se retrouve en note de fin, comme toujours et bonne lecture à toutes et à tous ! :


Chapitre 28 : Le prix de la liberté :

Raphaël

J'ignorai qui était ce Sorcier, mais je ne pouvais m'empêcher de croire que nous nous étions déjà rencontrés. Il y avait quelque chose, de familier, pas au sens visuel du terme, mais plus abstrait qui émanait de lui. En tout cas, une chose était sûre, c'était qu'Alec le connaissait bien mieux que moi, aux vues de l'agacement qu'il éprouvait de savoir cet Edween à l'infirmerie de l'Institut. Les bras croisés, le visage fermé, Alec se tenait devant les grandes portes fenêtres de son bureau et observait l'extérieure sans dire un mot. Isabelle et Eliott s'occupaient des soins du Sorcier, tandis que Jace et Clary remettaient les barrières de l'Institut en place. Max était avec nous, assis sur le divan et examinait la tablette tactile de son frère.

-Papa vient de répondre, informa-t-il en lisant à haute voix la réponse de Robert au mail de son fils aîné lui informant de la demande d'Asile d'Edween « Le droit d'Asile n'appartient qu'à nous. Il aura beau le réclamer, tu es en droit d'ignorer sa requête. Toutefois, s'il est, comme tu me le stipules dans ton mail, un participant à la bataille d'Idris, réfléchi bien à ce que tu lui accorderas. J'ai appris de mes erreurs, essai d'en faire autant. » Signé, papa... (Max leva le nez de la tablette) Qu'est-ce qu'il entendait par « réfléchi bien à ce que tu lui accorderas ? »

-Sûrement que je ne dois pas me montrer pas trop fier..., pesta l'aîné en venant prendre des mains de Max, la tablette qu'il examina à son tour : Tu parles..., je ne sais pas vraiment dans quel camp il a participé à cette guerre.

M'apprêtant à prendre la parole, je me ravisai en jetant un coup d'œil appuyé, bien que sympathique à ce cher Max. Il comprit d'emblée que je tenais à m'entretenir seul avec Alec.

-Ose me dire que je suis trop jeune et je-

-Tu n'es pas assez haut gradé pour ce genre de conversation. Nuance ! ricanai-je en lui adressant un clin d'œil. Il pouffa en levant les yeux au ciel et s'en alla, refermant la porte derrière lui.

Une fois seul avec Alec, je lui partageai ma pensée.

-Nous sommes d'accord qu'on ne peut pas le laisser seul dehors. Si, comme il prétend, un démon supérieur est à ses trousses, il se peut que nous ayons affaire une fois de plus à un massacre de sorciers, comme lorsqu'Azazel était encore là.

-Il recherchait le sorcier qui le mènerait à la Coupe. Aujourd'hui, la guerre est finie, et tout le monde sait que les Instruments Mortels ont retrouvé leur place, auprès des Nephilim. N'en déplaise aux rebelles. Je ne crois pas un seul mot de cet homme.

Un peu agacé par son air buté, j'insistai :

-Une autre raison anime sûrement les intentions de ce démon ! Alec, réfléchi, si jamais tu te trompais, la mort de ce sorcier te pèserait sur la conscience.

-Et si jamais j'avais raison, on a peut-être affaire à un rebelle qui cherche à semer la zizanie dans cette ville ! On commence tout juste à redresser l'équilibre du Monde Obscur, je refuse de voir tous nos efforts être fichus en l'air à cause de lui !

-Mais enfin, que t'a-t-il fait !? m'exclamai-je en levant les bras au ciel.

Mon cadet, aussi soucieux fusse-t-il, se décrispa tout de même un peu. Il déposa la tablette sur son bureau, soupira profondément avant de s'asseoir sur le divan. Il retira ses chaussures et se recroquevilla dans l'angle. Même si nous nous trouvions toujours dans l'office, je vis à lui qu'il avait mis de côté son titre de chef.

-Quelque chose me dérange chez lui. Au-delà, de son attitude un peu douteuse, et des tragiques événements qui ont aussitôt suivi sa venue en ville, je ressens de désagréables frissons lorsque je m'approche de lui. Et c'est encore plus fort lorsqu'il utilise sa magie...A tel point que j'ai eu plusieurs malaises à son approche. (Il se passa une main dans ses cheveux, d'un geste préoccupé) Je me sens minable de réagir ainsi, mais je ne peux taire mon mal-être en le sachant ici.

Tout d'abord, je crus qu'Alec ressentait le même sentiment que moi, vis à vis de ce sorcier mais il semblait que cela soit très différent. Bien qu'être près de cet Edween me rendait étrange, je n'en étais ni malade ni irrité, comme mon cadet.

-De quels événements parles-tu ?

-L'attaque des Ifrits s'est produite le même jour que notre première rencontre, entre lui, Magnus et moi. Et les Ifrits ont en premier lieu attaqué la résidence de Magnus. Je sais que son père était derrière tout ça, mais même lui, a dit à Edween qu'il savait qu'il n'était pas innocent dans cette histoire.

L'air tiraillé, il me sonda du regard.

-Entre mes doutes et ceux de Magnus, je trouve que cela fait beaucoup. Je ne peux les ignorer. Mais j'ai aussi conscience qu'il nous a été d'une aide précieuse lors de la bataille d'Alicante, en somme, je devrai accepter sa requête et mettre en marche notre droit d'Asile.

Ne croyant que peu aux coïncidences, je pris en compte les mots d'Alec et compris bien mieux son hésitation au sujet d'accueillir cet homme ou non, sous le toit de cette Cathédrale. Cependant...

-S'il avait menti, je l'aurai senti.

Perplexe, Alec courba les sourcils curieusement et me laissa continuer.

-Je suis l'Archange détenteur de la vertu de la vérité. Lorsqu'une âme ment, je le ressens aussitôt. Et je vois bien une ombre poursuivre ce sorcier. Bien sûr, rien ne me prouve que ce soit un Démon Supérieur, et nous ferions mieux de l'interroger plus sérieusement à ce sujet. Mais sa détresse est vraie.

Alec ne me répondit pas aussitôt. Il sembla jauger mes paroles dans sa tête, perdu dans le lointain de ses pensées et l'air hagard. Jusqu'à ce qu'il décide à se lever du divan, remettre ses chaussures et marcher jusqu'à la porte, qu'il ouvrit mais ne passa pas.

-Si tu penses qu'il dit la vérité, alors je te fais confiance..., me confia-t-il, tout bas. Alors qu'il quittait le bureau, il ajouta : Pourras-tu lui dire qu'il peut rester ? Bien sûr, il ne devra pas être surpris d'être mis sous haute surveillance. Autant pour son bien à lui que pour le nôtre.

-Tu t'en vas ? osai-je demander.

Aucune véritable expression ne se peignit sur le visage d'Alec qui hocha simplement la tête, sans ajouter mot. Laissant la porte du bureau ouverte, il s'engouffra dans le couloir, en me laissant seul. Le simple désir de vouloir le retenir afin de parler avec lui encore quelques instants, réveilla la douleur que me provoquait ma marque et brisa mes chances de le retenir. Je poussai la porte afin de me cacher des regards indiscrets, et plaquai une main sur ma nuque qui me faisait atrocement souffrir. Pourquoi ? Seigneur, pourquoi est-ce que ça doit faire si mal !? Le regard exorbité, je perdis mon sang froid et envoya un appel de détresse à Michaël. Haletant, je finis par ne plus pouvoir tenir sur mes jambes et m'écroulai contre la porte qui se claqua bruyamment tandis qu'elle se ferma complètement sous mon poids. Soudain, les battants de la porte-vitrée par laquelle regardait Alec plus tôt, s'ouvrirent et un vent chaud s'engouffra dans la pièce. Je n'eus guère le temps de tourner la tête vers lui que Michaël me tenait déjà dans ses bras, m'aidant à me relever.

-Je savais que ce n'était pas une bonne idée pour toi de quitter le cottage ! s'écria-t-il, l'air paniqué. Cette fille…vous ne savez même pas d'où viennent ses runes et Djibril et toi osez en porter une. (Il me fit m'assoir sur le divan, et examina ma nuque) A quoi pensais-tu en acceptant une telle marque !? Si tu ne tenais pas à retourner à Eden, tu sais très bien que tu peux rester vivre parmi le Peuple sous les Co-

-Alec ne vit pas là-bas ! m'emportai-je au point d'en faire sursauter Michaël. Sûrement parce que je n'avais pas l'habitude de lever le ton…ma gorge me fit mal d'ailleurs. Je vins la frotter en fermant douloureusement les yeux. J-je savais que venir ici, sous la forme d'un terrestre n'était pas une bonne idée, pour nous autres, créatures célestes, repris-je plus calmement. Parce qu'il n'y a que sous cette apparence que des désirs naissent en nous. Des désires… qui nous font nous sentir bien plus complets qu'on ne peut l'être là-haut. Mais ça, c'est un sentiment que tu ne pourras jamais comprendre, Michaël. Parce-que tu as toujours le choix. Pas nous ! Et…Et je ne veux pas, vivre dans un endroit où Alec ne s'y trouve pas…

Marquant une pause, je croisai enfin son regard. Il eut l'air un tantinet incrédule.

-A ton avis, pourquoi les humains te fascinent-ils tant ? Pourquoi les admirer eux, et pas nous ?

Son expression changea, et je pus y lire de l'affliction.

-Parce que nous n'avions rien d'admirable en nous…voilà pourquoi. Je le sais, moi, que leur libre arbitre est ce que te pousse à te mêler à eux.

-Alors, pourquoi…souffla-t-il, pourquoi dire que ce n'était pas une bonne idée de venir sous cette apparence terrestre ?

-Parce que je les envie ! lâchai-je en serrant les poings avec rage. Eux peuvent agir comme bon leur semble, finalement, la miséricorde les sauvera s'ils le désirent ! Mais nous ? Avons-nous seulement la chance de recevoir un seul pardon si nous osions, ne serait-ce, penser comme un humain ? Gabriel a essayé une fois, le voilà maudit jusqu'au bout même de son existence éternelle ! Alors… (je déglutis) quand il est venu me voir, à la Cour de l'Hiver, avec entre ses mains, ma seule chance de posséder un libre arbitre, tu crois vraiment que j'allais refuser ?

-Tu sais très bien que la miséricorde ne leur est pas toujours proposée. Tu penses vraiment que Valentin Morgenstern aura le choix de sa destination finale ? Détrompe-toi. Et ce libre arbitre que tu envies tant, regarde dans quel état il te met aujourd'hui ! Cette marque, ne t'offrira jamais ce que tu souhaites, Refa'El. A moins de donner une contrepartie qui puisse contrebalancer son influence, tu n'auras, qu'une liberté illusoire entre tes mains !

Il me tira par le bras, afin de me lever et certainement m'emmener avec lui, mais je protestai.

-Alors je suis prêt à tout donner en contrepartie si ça peut me permettre de veiller sur lui ! (Un frisson m'électrisa subitement) Hh- !

Mon cœur se mit à battre avec force à cause de l'angoisse qui me prit. Aussitôt, je tournai la tête vers la porte d'où venait d'émaner une sensation nullement inconnue. Je me hâtai vers elle, et l'ouvris à la volé mais personne ne se trouva derrière.

-J-je…

-Moi aussi, je l'ai senti, décréta Michaël en se plaçant dans mon dos. Il referma la porte, tandis que j'eus du mal à penser tangiblement. Qu'a-t-il entendu !? Que va-t-il penser !?

Je m'écartai d'un pas, mais me retrouva acculé contre le torse de Michaël. Confus, je fixai le vide à la recherche d'une explication possible à la présence furtive de mon cadet derrière cette porte. Puis, écartant son bras du mien, je m'éloignai de lui avant de le dévisager d'un air sévère.

-Tu l'as fait exprès ? ma voix fut aussi blanche que son expression. Réponds-moi… pourquoi ne pas avoir camouflé ton aura ?

Son silence s'insupporta. Ma main partit d'elle-même et laissa une marque sur sa joue. Je serrai ensuite le poing, qu'il retint d'une poigne ferme mais sans violence. Il me sonda intensément avant de prendre finalement la parole.

-Peut-être as-tu raison, peut-être ne comprendrais-je ni tes sentiments ni ceux de Djibril.

-Hein… ?

Que venait faire Gabriel dans la conversation.

-Cependant, ta propre attitude m'apporte doute et confusion. Je comprends…ce que tu envies aux humains. Et c'est tout à ton honneur de vouloir rester auprès de l'un des leurs. Car même sous sa nouvelle condition angélique, Alec restera à jamais un humain. Il a grandi parmi eux, parmi les Nephilim. Il ne pourra changer. Mais toi, tu le désires, ce changement…

Relâchant mon poing, il agrippa à la place mon poignet et me tira plus proche de lui, nous retrouvant nez à nez. De sa main libre, il pointa mon torse, à l'endroit même où palpitait mon cœur. Puis, colla son front contre le mien.

-Esprit et cœur ne font qu'un. Pourtant, je vois ta résistance envers certains de tes sentiments.

-L-Lâche-moi !

-Comment peux-tu autant désirer être comme eux et te laisser ainsi berner par ton vice ?

D'un geste vif, il empoigna ma nuque et pressa contre ma marque qui me procura une pénible douleur.

-Tu souhaites conserver cette rune ? Soit ! Mais sache qu'en restant lié à ton vice et à ta vertu, jamais tu ne seras libre. C'est vrai, en prenant le temps d'y songer, il est bien triste pour nous autres, Anges, de n'être constitués que deux états d'âme. Imagine ce qu'éprouvent les Déchus ? Ils n'en ont plus qu'un seul et doivent absorber les souvenirs des humains pour ne pas disparaître. Tu veux finir comme eux ? Parce que si c'est ce le cas, jamais je ne le tolèrerai, Refa' El.

-T-Tu te trompes ! vociférai-je en essayant de me dégager de son emprise, mais il pressa plus fortement ma nuque et me paralysa presque. Je ne veux pas…ça, me plaignis-je.

Nous restâmes ainsi, à ne plus parler et à écouter le sifflement du vent qui transportait les rideaux en voile, passant par la porte fenêtre que laissa ouverte mon frère d'armes à son arrivée. Plus gentiment, il libéra mon poignet, et desserra son emprise sur ma nuque. Mais n'ôta pas sa main qui devint subitement très chaude.

-Tu voulais que j'apaise ta marque ? Pourquoi ne pas avoir demandé à Alec ? rit-il, narquoisement.

-Tu sais très bien pourquoi…marmonnai-je, un tantinet bougon.

Il rit plus encore en insufflant profondément son aura solaire en moi.

-Djibril et toi, êtes parfois bien étranges.


Après s'être fait renvoyer de l'office, Max gagna aussitôt sa chambre dans laquelle il rejoignit son ami sorcier qui s'était rendormi. Max le regarda, d'un œil curieux avant qu'un sourire mesquin ne se dessine sur ses lèvres. Une intrigante lueur se refléta sur les verres de ses lunettes tandis qu'il referma très doucement la porte derrière lui. A pas de loup, il s'approcha du lit, fit le tour afin de faire face au visage d'Eliott, posé de profil sur un coussin. Alors qu'il s'apprêtait à lui faire subir une de ses plaisanteries, il s'abstint de faire quoi que ce soit en voyant l'expression soucieuse de son ami. Il a si mal dormi que ça ? Accroupi à côté du lit, il posa les coudes sur ses genoux, et porta sa tête dans le creux de ses mains. Il resta ainsi, à examiner le sorcier dormir jusqu'à ce que ce dernier ressente sa présence. Il grimaça, fronça du nez avant d'ouvrir les yeux et papillonner, confus, face au Nephilim.

-D-désolé, lui dit-il, en se dressant mollement sur ses avants bras. Une marque, laissée par l'oreiller, rougit sa joue droite : Je me suis assoupi…

Les yeux de Max s'écarquillèrent de stupéfaction. Même s'il se dit qu'il devrait être habitué depuis le temps, il trouva toujours fascinant le mouvement souple que prenait la chevelure d'Eliott, dans ses états d'embarras et de confusion. De plus… il scintille si fort… sans qu'il ne contrôle son geste, sa main droite vint se glisser, caressante, dans les cheveux frisotants de son aîné. Ses doigts se perdirent dans les mèches les plus longues, et Max désira même savoir à quoi pourrait ressembler Eliott avec les cheveux longs. Ce dernier, resta complètement tétanisé sur le lit, toujours en appui sur ses coudes, ne pouvant détourner ses yeux noirs de ceux bien plus clairs de son cadet. Son cœur de sorcier se mit à battre plus vite, et d'étranges frissons le prirent aux tripes. C'était douloureux…mais peu désagréable. Mais ça lui fit peur, car il ne sut absolument pas à quoi cette souffrance était due ni doux provenait cette chaleur qui chauffait ses joues.

-Dors si t'es fatigué. Avec le brouhaha qu'a provoqué la venue de cet Edween, je ne suis pas sûr qu'on ait entraînement aujourd'hui.

Lorsqu'il retira sa main, son geste fut si lent qu'il effila chaque brin de cheveux d'Eliott, les désolidarisant, puis, une fois libres, ils rebiquèrent contre sa pommette.

-Désolé pour la nuit dernière, je te promets de faire attention ce soir, sourit Max, sans aucune arrière-pensée. Eliott le savait, la franchise de son ami, emplie par sa candeur, faisait de lui quelqu'un de très doux quand il le voulait. Il le savait, et y avait été plus d'une fois confronté…Dans ce cas, pourquoi ? Max s'installa à son bureau, et sortit ses manuels, s'apprêtant à réviser le temps que son ami ne se repose comme il fallait. Eliott se laissa retomber lourdement sur le lit, le visage entre les coussins. Pourquoi j'ai si mal, maintenant ? Au début, il fit mine de dormir, restant immobile sur le lit. Puis, il se mit à jeter de brefs coup-d'œil vers son ami qui était plongé dans sa lecture. Plus tard, il s'endormit profondément. Max resta bien à étudier consciencieusement une bonne heure. Puis, un petit ronflement, venant de derrière lui, lui fit écarquiller de grands yeux surpris et un rictus amusé se forma en coin de sa bouche.

-Dossier…, chuchota-t-il en sortant son portable. Il enregistra les faibles ronflements d'Eliott qui semblait vraiment bien dormir.

C'était toujours grâce à ces si bons moments que Max était plus qu'heureux d'être sorti vivant de la guerre d'Alicante. Lui et son ami, étaient encore bien loin d'avoir vécu pleinement ce que le destin leur réservait. Il se remit à sa lecture, mais troqua son grimoire de runes pour un manuel d'histoires et légendes antiques. Un genre de recueil que lui avait offert Magnus après avoir récupéré ses affaires dans les délabrements de son loft. « Tu en apprendras sûrement plus sur les créatures des Enfers », lui eut-il dit. En effet, aussi vieux semblait être ce livre, il regorgeait d'informations sur des démons qu'il n'avait encore, ni croisé, ni étudié en cours. Bien sûr, certains lui furent familiers, notamment le Béhémoth, dont il se souvient très bien de sa « férocité » comme décrit dans le livre. En revanche, ce qu'il ignorait, était que celui qu'il avait combattu n'était qu'un sous-fifre d'une divinité.

-Les Dieux cardinaux ?

Le Béhémoth, né d'un croc d'une des divinités cardinales, protégeant les quatre points cardinaux, n'était qu'une sous-espèce de cette divinité. Chacune des divinités, représentait un élément. Le Feu, pour la divinité du Sud. Le Métal, pour la divinité de l'Ouest. Le Bois, pour la divinité de l'Est. Et enfin l'Eau, pour la divinité du Nord. Ces divinités protégeaient depuis la nuit des temps, les racines de l'Arbre de Terre. L'Arbre, qui axait le Ciel et les Enfers en gardant le Terre comme épicentre. Régulant ainsi, le Cycle des énergies. Max fronça les sourcils, ne comprenant pas un traître mot que pouvait raconter ce livre. Néanmoins, il se promit de poser quelques questions à ses aînés. Il survola quelques pages, et tomba sur une entièrement retranscrite en latin. Aussi barbant fut l'apprentissage de cette langue, il la maîtrisait suffisamment pour lire et comprendre le contenu.

Cela faisait allusion à cette fameuse guerre Sainte qui opposa les fidèles du Ciel face aux rebelles qui ouvrirent les portes du Pandémonium afin de lever les armées démoniaques contre le Très-Haut. Le premier rebelle à déchoir, scintilla si fort, que l'on crut l'Aurore se lever. L'Aurore ? se répéta Max, perplexe. Il continua sa lecture et resta interdit quelques instants à la suite des mots suivants : L'Etoile du Matin fut pleurée par ses congénères qui finirent par déchoir avec elle. Du Paradis, filantes sous le manteau de la nuit, leur étincelle se ternit dans les entrailles des bas-fonds.

-Les étoiles… ? Leur étincelle…

Pivotant sur sa chaise, il examina d'un œil suspicieux son ami toujours endormi. Valentin… a aussi dit un truc dans ce genre-là lorsqu'il nous tenait dans la crique. Max se souvint vaguement, que son défunt ennemi eut mentionné le père d'Eliott et d'un pacte qu'il eut fait avec ce dernier afin d'user de son armée. Puis...il a dicté un passage de la bible…Lucifer ? Parlait-il de lui en son propre nom de famille ? Ou bien… avalant difficilement sa salive, il grimpa doucement sur son lit et se posta au-dessus de son aîné, qui se roula sur le côté et fut stoppé par le bras de Max qui l'empêcha de tomber du matelas. « Le premier rebelle à déchoir, scintilla si fort… » De son autre main, il s'attarda à nouveau sur les cheveux striés d'or et d'argent du sorcier.

-Impossible… ?

Dans le couloir, se firent entendre des bruits de pas et Max reconnut également la voix de son instructeur, Raphaël, qui conversé activement avec quelqu'un. Sur le moment, il songea à son frère, Alec, et, descendant du lit en essayant de ne pas réveiller Eliott, les rejoignit. Mais Max fit bien un pas en arrière à la vue de l'Archange Rouge aux côtés de l'Archange Noir.

-Max ? T'as l'air bien affolé, s'enquit Raphaël en s'approchant du jeune garçon, toujours figé sur le pas de sa porte de chambre. Michaël, son sourire bien à lui peint sur ses lèvres, adressa un poli hochement de tête au jeune brun afin de le saluer.

Il n'était pas le premier Archange qu'il voyait, d'autant plus que sous cette apparence, il était bien difficile de se douter qu'il en fût un, mais Max se sentait furieusement intimidé en la présence du Gardien du Soleil. Ou plutôt…c'était le souvenir de son aura ardente, employée durant la bataille d'Alicante, qui le faisait toujours frissonner.

Une seule vague de son aura suffît à décimer toute une armée de démons de basse classe, que les Chasseurs d'ombres eux-mêmes, peinaient à repousser, tant ils furent nombreux à se jeter sur eux. Mais lui, détenteur de l'énergie du Soleil, les fit tous fuir sans exception. Tant et si bien, que les Créatures Obscures et les Nephilim s'étaient retrouvés acculés dans un guet-apens. Ce fût l'Archange Roux qui dû aller les chercher et les faire brûler vif. Les démons, fuyaient ses ardents rayons solaires comme l'humain fuyaient la peste. Max aurait pu le trouver sensationnel si une chasseuse d'ombres n'eut pas perdu l'usage de sa main en entrant en contact avec lui. Elle tenait simplement à le remercier, à lui serrer la main. Cependant, toucher ne serait-ce qu'un ongle de cet homme, résultait à finir en cendres. Même si le « Guérisseur de Dieu » parvint à panser les plaies de cette femme, Max n'oublia jamais l'incandescence que pouvait laisser s'échapper le corps de Michaël.

-Oh…il a fini par se recoucher ?

Max revint à la réalité du moment et suivit la direction dans laquelle observait Raphaël, un air amusé plaqué sur le visage. Eliott s'était mis sur le ventre, et agrippait d'une main le coin d'un coussin.

-Ce garçon…fit une voix abasourdie derrière. Max frissonna, et se retourna hâtivement face à Michaël qui avait posé une main sur l'épaule de son frère d'armes afin de l'écarter du passage.

-Michaël ? Hé, que t'arrive-t-il ?

-C'est lui, n'est-ce pas… ?

Comme magnétisé par la seule vue d'Eliott, l'Archange Rouge, se mit à forcer le passage pour le rejoindre mais, le trouvant agité, Raphaël fit barrage tout comme Max qui sauta en un éclair sur le lit, se positionnant au-dessus de son ami, l'encadrant de ses bras et de ses jambes. Ressentant le remous du lit, le sorcier ouvrit les yeux en grognant. De plus, il se reçut en plein sur le front les lunettes de Max qui avaient glissées de dessus son nez. La confusion le prit, et alors qu'il voulut se dégager, Max resserra son emprise sur lui tout en foudroyant de ses yeux clairs, aussi froid que de l'acier, Michaël dont l'aura s'était manifestée.

-Tu ne feras pas un pas de plus, gronda Max d'une voix sourde et menaçante qu'Eliott ne lui connaissait pas. Je t'interdis de le toucher…

Michaël, revint subitement à lui et dévisagea d'un air désarçonné le jeune Nephilim, qui, malgré les tremblements de terreur qui parcouraient son corps, défiait un être qui lui était de très loin supérieur.

-Je ne suis pas comme Alec, je n'ai pas la confiance aussi aisée vous concernant toi et l'autre -il parlait de Gabriel-…pas en sachant que tout ce que tu touches meurt entre tes mains. (Il glissa une main contre le visage d'Eliott qu'il vint lover contre son torse) Alors ne t'approche pas de lui.

Aussitôt, Michaël pâlit et des sueurs froides accentuèrent grandement son malaise. Raphaël le poussa plus fermement loin de la chambre et lança un dernier regard curieux à Max, avant de fermer la porte derrière lui. Dans la chambre, les deux adolescents n'avaient pas bougé d'un centimètre. Et il semblait que Max ne soit pas tout à fait prompt à s'éloigner de son aîné. Ce dernier, sentit de très près les battements saccadés et puissants de son cadet. Du coin de l'œil, il aperçut également ce regard assassin, lequel ne parvenait pas à se défaire Max. Leur couleur… j'avais un doute depuis quelque temps…

Mais les yeux de Max étaient loin d'être bleus, en fin de compte. Parfois, quand les rayons du soleil changeaient, et, tout dépendait l'environnement qui les entourait, alors leur nuance variait irrémédiablement en un bleu très sombres, puis, plus clair lorsqu'il se trouvait proche de l'eau. Mais en cet instant, ce fût un irradient gris métallique qui entourait la pupille contractée du Nephilim. D'une caresse affective, il effleura le cou du brun afin de le faire à nouveau réagir. Max tourna à peine la tête, mais son regard devint plus doux et il parut plus détendu. Eliott s'empara ensuite des lunettes de Max, les examina avant de les porter sur son propre nez. Il rit, ne voyant plus rien.

-Que vois-tu sans tes lunettes ?

Max écarquilla de grands yeux surpris, s'attendant sûrement à ce que son aîné lui pose de plus amples questions au sujet de son comportement, qu'il sut lui-même, aux allures inquiétantes. Mais comme pour ne pas l'embarrasser, Eliott jugea bon de passer outre et le laisser se calmer.

-Un diamant…voilà, c'est à ça que je pensai cette nuit-là, sur la plage. Tu ressembles à un diamant.

Eliott se renfrogna subitement, et masqua les yeux de son cadet en plaquant -plutôt violemment- une main sur ses yeux.

-Reste myope et tais-toi…j'te jure ! pesta-t-il, les joues en feu.

De leur côté, les archanges avaient rejoint la cuisine, à l'intérieure de laquelle Michaël semblait recouvrer ses esprits. Tenant une tasse de café chaud dans ses mains, Raphaël le questionna au sujet de son étrange comportement de plus tôt, soulignant accessoirement que cela ne le ressemblait guère.

-Ne ressens-tu rien en sa présence ? Ne vois-tu rien émaner chez cette enfant ? s'outra presque le roux en tapant du poing contre la table. Il en fit sursauter son propre café et des éclaboussures la tachèrent.

-La pédophilie est durement châtié, fit le Gardien de la Nature d'une voix blanche et étouffée dans sa tasse. Michaël sentit son sang ne faire qu'un tour et gronda furieusement son frère d'arme pour son manque de tact.

-Tu crois que j'ai envie de faire de l'humour !? grogna-t-il. Franchement, j'ignore ce qu'Haniel te trouve…

Raphaël ricana mais Michaël lui intima l'ordre de se priver de faire tout commentaire. Son rire en disait déjà bien long…

-Il n'y a que mon genre féminin qu'elle aime de toute façon. (Il chassa ce sujet d'un geste de la main) Quoi qu'il en soit, je ne vois pas ce qui te perturbe autant chez ce sorcier.

-Mais comment peux-tu-

-Car peu importe son père, il reste innocent dans nos querelles qui nous opposent aux dirigeants des Bas-Fonds, l'interrompit abruptement Raphaël avant de poser sa tasse vide dans l'évier.

Dos à lui, il se fit examiner de haut en bas par le Gardien du Soleil qui restait interdit. Il reprit la parole, seulement après que le brun croise à nouveau son regard.

-Alors tu savais ?

-Je n'en étais pas sûr…mais il est difficile d'oublier une telle chevelure. Seulement, je ne m'attendais pas à ce qu'il ait un jour un enfant. Lui, qui hait tant les humains, pourquoi avoir désiré se mêler à eux ? (Il se tut, semblant mesurer ses prochains mots) Michaël, j'ignore si cet enfant est bien le fils de Lucifer, mais si c'est bien le cas que veux-tu faire ?

Sans plus de mots, les deux hommes se jaugèrent avec insistance jusqu'à ce que des pas affolés ne se fassent entendre et que la frimousse de Clary apparaisse enfin.

-Ah ! Raphaël te voilà, le Sorcier…il est pris d'un mal étrange, nous ne pouvons rien sans ton pouvoir ! s'enquit-elle, l'air paniqué. Elle remarqua Michaël et se figea, se demandant sûrement ce qu'il faisait là.

-Je viens.

-Un Sorcier ?

Soudain, Raphaël croisa le regard de son frère d'armes et haussa un sourcil, songeant à quelque chose.

-Accompagne moi, j'ai quelque chose à te demander.

Prenant la marche en tête, Raphaël guida le roux jusqu'à l'infirmerie où avait été installé Edween. Là-bas, Isabelle et Jace avaient pris en mains ses soins, mais que pouvaient-ils faire pour un sorcier ? Leurs runes n'étaient pas à même de panser ses plaies, au contraire. Clary se hâta de les suivre. Une fois dans la pièce, Edween leur adressa un regard presque horrifié. Il les avait tous deux vu combattre sur le champ de bataille et n'oubliait guère qu'ils étaient des créatures célestes. Son sang de démon en frémit… Aussitôt, Raphaël remarqua les sueurs dont était enduit son front.

-Laissez-nous, demanda-t-il en s'adressant à Jace et Isabelle. Trouvez des gardes qui seront en mesure d'assurer sa protection. Alec va user de son droit d'Asile pour accueillir cet homme sous le toit de cet Institut. Le blond opina du chef et fit signe à Isabelle de le suivre tout comme Clary. Michaël reçut des regards interrogateurs auxquels il ne répondit ni par un sourire, ni par des mots. Il était là et c'était ainsi. Une fois qu'ils furent seuls avec Edween, Raphaël ne se gêna pas pour asséner une petite remarque à l'Archange Rouge.

-Ton « arrogance » te colle à la peau, très cher.

-Quoi ?

Le brun rit aux éclats avant de passer outre. Il s'adressa enfin au sorcier blond.

-Edween, c'est bien comme ça que tu te prénommes ?

Il opina en silence.

-Nous t'avons en urgence mené ici, mais laisse-moi examiner le mal que tu portes, dit-il. Sa voix était douce et son attitude patiente. Mais au lieu de répondre à la demande de l'Archange Noir, qui venait de s'asseoir au bord du lit, il leva une main tremblante vers son visage cachant son œil noir. Raphaël resta immobile, ne sachant comment réagir à ça. Puis, de son œil doré, il toisa ceux d'Edween et remarqua enfin leur similitude. Il comprit, d'où lui vint tantôt, ce sentiment familier qu'il eut ressenti. Prenant sa main pour la retirer de son visage, il la serra avec compassion en la reposant sur le lit.

-Toi aussi, tu as perdu ton contractant ?

Le sorcier à la peau d'écailles, retira sa main et tourna vivement la tête. Une épaisse mèche blonde et bouclée vint voiler son œil noir. Puis, il releva sa longue manche pour montrer une profonde blessure à l'intérieur de l'avant-bras. Cela ressemblait à une morsure, faite avec tant de fureur qu'elle déchira plusieurs vaisseaux sanguins. Les veines pulsaient vivement et suppuraient d'un liquide noirâtre que Raphaël reconnut sur le champ.

-Du miasme…

-Un véritable venin ! pesta Michaël qui examina à son tour la blessure : Qui t'a fait ça ?

-J-j'ignore qui il est, mais sa puissance n'était pas sans rappeler celle d'un démon supérieur.

-Donc…tu ne sais pas ce qui aurait pu pousser cette créature à s'en prendre à toi ?

Edween secoua la tête, l'air affligé.

-Tu dis que sa puissance rappelait celle d'un démon supérieur, fit remarquer Michaël : Cela sous-entend que tu en as déjà rencontré un.

Raphaël haussa les sourcils, et toisa avec stupéfaction le roux qui attendait une réponse d'une expression blanche et figée. Il reconnaissait là, le Roi Soleil qui commandait à toutes les armées célestes et dont l'impassibilité pouvait devenir offensante. Il posa une main paisible sur son bras et lui demanda de le laisser se charger du sorcier.

-Il n'est pas un soldat, sourit-il.

Michaël rougit, confus par son attitude et se cloitra dans un coin, les bras croisés à observer en silence son ami ausculter le blessé.

-Et après c'est moi le bourru, ricana-t-il en usant de son aura guérisseuse pour soigner Edween. Ce dernier avait les yeux rivés sur le visage de l'Archange Noir. C'était la première fois qu'il rencontrait quelqu'un comme lui.

-Mon contractant est mort il a plusieurs temps de cela. Je ne vois presque plus rien avec cet œil. Mais toi, je peux encore distinguer ta pupille, depuis quand es-tu ainsi ?

-Il y a déjà maintes et maintes années. Je peux encore voir, mais ma magie a lourdement diminué. Viendrais-je un jour à perdre la vue ?

-Les yeux sont le reflet de notre âme. Si celle-ci a été liée à une autre lors d'un contrat, nos yeux reflèteront ce qu'il reste de nous. Et plus nous avons perdu dans ce contrat bafoué, plus nos yeux s'assombriront. C'est ainsi que fonctionne la loi de la compensation. Pour ma part, j'avais loué ma force et ma constitution divine à mon défunt contractant, qu'as-tu loué au tien ?

-Mon temps…

Derrière eux, Michaël arqua un sourcil, intrigué.

-Ton temps ? répéta Raphaël continuant de soigner le bras meurtri.

-Mon contractant était condamné. Né avec une malformation des poumons, il n'avait que peu de temps devant lui. Pour ma part, je-…

Il se tut subitement, affichant une mine effarouchée. Il n'ajouta rien de plus.

-Je ne voulais pas te mettre dans l'embarras. Je te prie d'accepter mes excuses…

-Je n'avais pas à vous raconter tout cela. Vous êtes le premier que je rencontre à être comme moi, je me suis laissé emporter par l'émois de mes souvenirs. Mais pour répondre à votre question, Ange du Soleil, oui, j'ai déjà eu affaire à une démon supérieur. Azazel, cela vous dit quelque chose ?

-Oui, il est mort sous les coups et blessures d'Alec, rétorqua Raphaël. Il lança un regard à son frère pour l'inciter à ne pas intervenir : Difficile d'oublier la présence d'un démon supérieur après avoir croisé sa route. Mais Azazel en avait après la Coupe de Raziel, tu n'as vraiment aucune idée qui pourrait nous donner un indice sur les intentions du démon qui t'a attaqué ? essaya-t-il une fois de plus.

Cependant, Edween lui répondit une nouvelle fois sur la négation.

-Je le fuis depuis des semaines alors que je poursuivais mes recherches sur les mouvements démoniaques sur Terre. J'écris un livre, qui rassemble des informations sur les créatures infernales. Mes affaires m'ont été confisquées par Alec, vous n'aurez qu'à vérifier mes carnets.

Aussitôt, Raphaël croisa le regard de Michaël qui sortit de l'infirmerie.

-C'est dans son office ?

-Normalement. Vas-y, je t'y rejoindrai.

Le roux ne s'attarda pas plus longtemps, et s'en alla en refermant la porte derrière lui.

-Ce que vous avez dit tout à l'heure est-il vrai ? Je peux vraiment rester ici ?

-Jusqu'à ce qu'on trouve qui te poursuit, Alec a ordonné à ce que tu sois mis sous surveillance. Par ce geste, nous pouvons te protéger mais aussi garder un œil sur toi. Ne le prends pas personnellement, mais des rebelles courent toujours dans les rues.

-J'entends ce que vous dites…n'ayez crainte, je sais que ces ordres ne viennent pas de vous. Aussi, je suis reconnaissant envers votre chef.

Raphaël inspecta une dernière fois le bras, d'où s'écoulait enfin le venin injecté dans les veines du sorcier blond.

-La fièvre ne devrait plus tarder à te quitter. Néanmoins, tu vas devoir te reposer encore un moment. Evite les efforts inutiles, d'accord ? Je vais demander à ce qu'une chambre te sois assignée.

-Une chambre ? s'étonna Edween.

-Tu ne vas pas rester dans cette pièce indéfiniment, il y a suffisamment de chambre dans la partie habitable de la Cathédrale pour t'y loger.

Edween sembla vouloir ajouter quelque chose mais s'abstint. Il observa l'Archange Noir découper une bande et des compresses qu'il enduit d'un baume, puis, enroula le bras avec.

-Ça anesthésiera ton mal, tu pourras t'endormir sans peine. (Il se dirigea ensuite vers la sortie) Je reviendrai te voir plus tard, lorsqu'on saura où te loger.

-Vous êtes bien le seul à ne pas vous être montré défiant à mon encontre. Pourquoi ?

Raphaël tourna la poignée et ouvrit la porte qu'il ne passa pourtant pas. Passant sa tête par-dessus son épaule il dit :

-Parce qu'il existe un endroit où je suis dévisagé de la même façon qu'ils le font avec toi. J'ai cru que cela serait ainsi éternellement jusqu'à ce que je rencontre Alec qui a su m'accepter comme je suis. Je veux en faire de même pour toi.

Sur ces mots, il sortit de l'infirmerie et laissa le sorcier se reposer. Quant à Edween, il porta une main sur son avant-bras que lui eut soigné Raphaël, et murmura quelques mots que personne ne put entendre.

Alec

Après avoir quitté l'office et laissé Raphaël, j'étais parti en direction de ma chambre, avec la ferme intention de me changer et partir retrouver le paysage obscur où j'aimai me réfugier. Pourtant, à peine avais-je atteint le seuil de ma chambre, qu'une pression angélique m'attira. Mika'El… La main sur la poignée de ma porte de chambre, je passai un rapide coup d'œil derrière moi, comme si mon regard était suffisamment perçant pour apercevoir le roux à travers les murs. Je secouai la tête, entrai dans ma chambre et me changeai. En m'asseyant sur mon lit pour enfiler une paire de chaussettes, je sentis quelque chose de froid sous la paume de ma main. Je la soulevai et trouvai le piercing de Magnus… J'ai prié pour qu'il se porte bien… Les images de la veille, me hantèrent toute la nuit. Etait-ce parce que j'eus dormi en tenant ce tout petit objet contre moi ?

A son départ, je ne pouvais que difficilement poser les yeux sur ce bijou. Me rappelant une décision que je ne comprenais pas sur le moment, et peut-être que je ne comprenais que peu maintenant. J'eus toujours cru que nous pourrions tout surmonter l'un auprès de l'autre, et non séparément. Lui qui me suppliait si souvent de ne pas le quitter, de ne pas le laisser seul comme bon nombre de ses amants l'eurent fait. Je ne pouvais lui donner une liaison éternelle à cause de mon espérance de vie qui s'accourcissait plus qu'elle ne pourrait jamais s'allonger. Mais je ne voulais pas le laisser… La blessure qu'il ouvrit en mon sein, s'était élargie hier, sur l'île de Java. Nekomata ou Sorcier, je l'aimai sous tous ses traits et ses apparences. Mais hier… Le reflet dans ses yeux, n'avait rien à voir avec l'homme dont j'étais tombé amoureux. Je n'avais pas retrouvé mes ailes pour ça ! J'avais retrouvé mes ailes pour le revoir, lui, et non cette créature remplie de folie et de rage ! Magnus était-il vraiment parti pour devenir ça ? Je ne savais plus quoi penser… Alors j'eus prié, oui, prié, pour la raison qu'il eut perdue le revienne enfin et le sauve de ses tourments. L'attendre ? Mais hier il n'y avait pas eu de Magnus à attendre.

Essuyant rageusement le coin humide de mes yeux, je terminai de me préparer et ouvris la fenêtre pour m'envoler vers le paysage obscur. Néanmoins, lorsque l'aura de Michaël devint plus pressante que celle de Raphaël, l'anxiété me prit, et je me ruai vers l'office. Avant que je ne puisse entrer, je surpris leurs éclats de voix et l'étonnement d'entendre mon aîné lever le ton me figea.

« -Alors, pourquoi… pourquoi dire que ce n'était pas une bonne idée de venir sous cette apparence terrestre ? Semblait dire Michaël.

-Parce que je les envie ! la rage dans la voix de Raphaël me perça le cœur,ils peuvent agir comme bon leur semble, finalement, la miséricorde les sauvera s'ils le désirent ! Mais nous ? Avons-nous seulement la chance de recevoir un seul pardon si nous osions, ne serait-ce, penser comme un humain ? Gabriel a essayé une fois, le voilà maudit jusqu'au bout même de son existence éternelle ! Alors… quand il est venu me voir, à la Cour de l'Hiver, avec entre ses mains, ma seule chance de posséder un libre arbitre, tu crois vraiment que j'allais refuser ?

-Tu sais très bien que la miséricorde ne leur est pas toujours proposée. Tu penses vraiment que Valentin Morgenstern aura le choix de sa destination finale ? Détrompe-toi. Et ce libre arbitre que tu envies tant, regarde dans quel état il te met aujourd'hui ! Cette marque, ne t'offrira jamais ce que tu souhaites, Refa'El. A moins de donner une contrepartie qui puisse contrebalancer son influence, tu n'auras, qu'une liberté illusoire entre tes mains !

-Alors je suis prêt à tout donner en contrepartie si ça peut me permettre de veiller sur lui ! »

L'espace d'un instant, mon aura se libéra sous l'émotion. M'empourprant, je courus m'éloigner au plus vite de la pièce en faisant taire mon énergie angélique. Une contrepartie ? Mais enfin pourquoi ? Pourquoi devrait-il donner quoique ce soit pour être libre ? Le simple fait d'avoir servi le Ciel depuis si longtemps n'était-il pas suffisant ? Seigneur, libérez-le ! Serrant dans ma main le piercing de Magnus que j'eus gardé en quittant la chambre, je hurlai en mon for intérieur : Laissez-les tous les deux vivre sans souffrance ! A ce moment, un vertige me prit. Le long couloir devant moi devint interminable et incroyablement tortueux. Que se passe-t-il ? Pourquoi mon cœur me fait-il si mal tout à coup ? La main plaquée contre ma poitrine, je sentis les battements de mon cœur prêts à fracasser ma cage thoracique. Puis, des images troublantes remplacèrent la vue du couloir. Je me retrouvai dans une jungle, à courir. Il faisait chaud, et ma lucidité n'était plus très claire.

-Ahh !

Tombant genoux à terre, mon corps entier se mit à trembler de douleur. Un rugissement gronda dans ma tête, que je vins prendre entre mes mains crispées. L'Institut me revint enfin sous les yeux. Alors que je reprenais mon souffle, je restai encore un moment accroupi, en observant comme un fou, chaque détail du décor tout autour de moi. J'ignorai ce qu'il venait de se passer, mais tout venait de revenir à la normale. Du moins, ce fut ce que je crus jusqu'à ce qu'une giclée de sang n'entache mon sweat bleu.

-Hh-…M-Merde !

La poitrine se gonflant au rythme saccadé de ma respiration, je me plaquai contre le mur et baissai les yeux en direction d'une plaie qui venait d'apparaître sur mon bas ventre. Pourtant, le tissu de mon vêtement était intact. Je surélevai l'ourlet, et eus un haut-le-cœur à la vue de l'atroce balafre qui laissait mes tripes à nu. Je pressai mes mains contre la plair afin d'éviter à l'hémorragie de s'accroitre, puis, usai de mon aura afin de tracer une iratze au plus vite. L'artefact de Magnus me glissa des mains, et son cliquètement fut étouffé par sa chute sur le tapis. Ce fut comme une cruelle révélation. Alors que ma plaie commençait à se refermer, une larme de soulagement roula sur ma joue. Alors c'est ça… Les souvenirs de la Plume du Sacrifice que j'eus offerte à Magnus, et qu'il portait encore sur lui lorsque je vins à sa rencontrer hier soir, me firent réaliser que je venais de lui éviter une possible blessure mortelle pour lui.

-Au moins je sais qu'il ne peut rien lui arriver…me dis-je, en prenant le temps de me remettre de mes émotions.

Plus tard, je nettoyai le sang laissé dans le couloir, et me changeai en restant le plus discret possible. Personne ne semblait s'être rendu compte de quoi que ce soit et ça me rassurait. La plaie ne s'était pas entièrement refermée, et l'iratze agissait toujours. Aussi, je sortis la trousse de secours de l'armoire de ma salle de bain et enroulai ma taille avec une large bande. Je remis à plus tard mon envolée pour le paysage obscur et restai un petit moment dans ma chambre afin de me reposer. Et le manque de sommeil dut à mon trouble de la nuit dernière, se fit ressentir dans l'instant. Sans peine, Morphée m'attira dans ses bras…

Pourtant, je rouvris les yeux quelques secondes après, debout au milieu de nulle part. Néanmoins, je sentis comme une présence.

-Encore vous ?

Face à moi, un tapis de neige s'étendit et des flocons se mirent à tomber. Ils n'étaient pas froids, et, malgré notre séparation houleuse, Li-Tôten semblait m'approcher en paix.

« Je devrais plutôt te poser cette question, rit-il, je ne suis pas celui qui a désiré cette rencontre. »

-Comment ? Mais j-je ne-

« Ne désirais-tu pas me revoir ? »

Si… me dis-je. Ce n'était pas sans calcul que j'avais désiré retourner au paysage obscur. J'espérai rencontrer à nouveau cet homme, avant que Raphaël ne me guide jusqu'à la Cour de l'Hiver.

-Si, c'est vrai que je désirai vous revoir à travers ce songe. Tout comme, je souhaiterai vous rencontrer en chair et en os, assurai-je, plus confiant que lors de notre première rencontre.

« Je sens qu'une question te brûle les lèvres. Qu'en est-elle ? »

-M'apprendrez-vous à devenir « un liseur de rêves », si je vous disais que je suis fin prêt à délivrer ceux qui en ont besoin, des démons qui peuplent leur sommeil ?

« Hm…ha ha ha ! »

Un rire léger se mêla au songe.

« Si la détermination avait un visage, je suis sûr que cela serait le tien », renchérit-il en toisant mon regard. « J'aime ça. Mais sache que tu ne pourras rester parmi les tiens si tu venais rejoindre mes contrées. Du moins, le temps de ton apprentissage. Ton esprit doit être isolé de toute pensée superflue. »

Je ne compris pas où il voulait en venir sur le moment, mais le pincement que ressentit mon cœur me donna une vague idée. Magnus s'est déjà éloigné de lui-même et Raphaël souffre de ce qu'il ressent…

-Je ferai ce que j'ai à faire. Pour moi, mais aussi pour eux.

« Dans ce cas sache que ma porte t'est déjà ouverte, Alexander »

Un tourbillon emporta la neige et son image, puis, le néant englouti mon esprit. Je ressentis une étrange sensation, très peu agréable. Un point lourd me coupa la respiration. Ainsi…que des poils…

-Peuh !

Me réveillant en sursaut, je crachotai une touffe de poils appartenant à la créature moustachue qui s'était vautrée de tout son long sur mon buste. Président Miaou dormait, la tête sur mon bas ventre blessé, et la queue sur mon visage. Je pouvais voir un petit bourrelé dépasser sur chacun de ses flancs.

-Gras double ! C'est fini les émincés de poulet en sauce !

Il ronronna d'un air curieux en dressant sa tête mal réveillée en ma direction. Puis, ne me prenant sûrement pas au sérieux, il laissa retomber sa tête en soupirant profondément. Je ricanai en le trouvant plus qu'adorable, et il m'était bien difficile d'avoir une once d'autorité sur lui. Ma blessure ne faisait plus autant mal. Je poussai le chat qui allait ensuite se coucher sur son fauteuil, et j'examinai mon ventre. Le bandage était défait par l'agitation du chat. Ma blessure n'était plus qu'une épaisse cicatrice entourée d'ecchymoses. Et bien que mes anciennes cicatrices et traces de mes combats en tant que Nephilim avaient été effacées par ma nouvelle condition angélique, j'étais quasiment certain que cette marque-ci, ne disparaîtrait jamais. Car elle était la preuve qu'elle ne m'appartenait pas. Mais je me suis sacrifié pour lui…

-Si ça peut l'aider à surmonter les obstacles qu'il rencontrera…

Cela me suffisait. J'eus beau souffrir de sa décision, la colère en moi n'était nullement le reflet d'une haine à son encontre. Mais plutôt celui d'un amour esseulé.

Magnus

Voilà des semaines que j'essayai de contrôler la forma Animalis sans artefact pour m'aider. Et je payai mes erreurs commises de siècle en siècle. Vautré sur le sol humide de la jungle de mon île natale, le Mángrén se tenait debout devant moi, tenant un chapelet maculé de son sang qui s'écoulait d'une plaie qu'il s'était infligé lui-même au creux de sa main. Les lèvres tremblantes par le froid et des blessures qui recouvraient mon corps nu d'humain, je lui demandai ce qu'il faisait ici.

-Je te l'ai dit, lorsque tu es venu réclamer mon aide. Si dans un mois tu n'as toujours pas maîtrisé ton sang brut, je viendrai te chasser d'ici. Le délai a été largement dépassé, et tu ne fais que te tenir comme un animal sauvage et enragé, engorgeant sans satisfaction tout ce qui passe sous tes yeux.

Un sentiment d'effrois me retourna les tripes, et un goût âpre, similaire à celui du sang me monta en bouche.

-Des relents de tes victimes ?

Une vive douleur m'étreint l'estomac avant de me faire dégurgiter une boue sombre dont la vue me procura d'autre nausée.

-Qu-qu'est-ce que j'ai fait … !? soufflai-je avec frayeur.

-Ou plutôt ce que tu n'as pas fait. Tu n'as ignoré personne, tu n'as pas pris sur toi, tu n'as pas écouté ce que te dictait ta lucidité. (Il rit) Je ne parlerai pas de côté humain, car bon nombre de fois les hommes se sont montrés plus enragés que des bêtes… Mais je te croyais différent.

-J-Je le suis ! m'écriai-je, d'une voix chevrotante et haletante : Je le suis…

Sous mes yeux, dans l'écart de mes mains, se trouvait le pendentif que m'eut offert Alec.

-Dans ses yeux j'ai vu que j'étais différent ! (Je le suppliai du regard) J'ai juste besoin de temps !

-Du temps, tu en as eu déjà beaucoup. Mais les habitants de cette île ne paieront pas tes erreurs à ta place. Pars d'ici.

-Il n'y a qu'ici que je peux le faire ! Je dois combattre mes propres démons ! Mángrén, je t'en prie !

Me fouettant le visage avec son chapelait, qui l'aida sûrement à me faire trouver forme humaine, le Mángrén se retourna et commença à s'en aller loin de moi. Je tentai de me dresser sur mes jambes mais mon corps, trop raide après avoir passé tant de temps sous ma forma animalis, ne supporta nullement le poids de mon buste et je restai au sol.

-Hai Ho Shang… ! l'appelai-je, avec fureur et désespoir. « Poisson Moine », je t'en conjure… (forçant sur mes bras en puisant dans les ressources que je ne pensai plus posséder, je me relevai) J'ai encore besoin de temps… !

La plume ballota sur ma clavicule, et un douloureux flash tapissa mon esprit avec de troublantes images. Comme-si…Alec était venu en ses lieux. Je secouai la tête, en me traitant d'idiot. Bien sûr, c'était pendant notre voyage, ressaisis-toi Magnus ! Mais le doute ne me quitta pas. Je vins agripper le pendentif, et défiait le Mángrén qui se tourna à nouveau vers moi, mettant fin à sa marche.

-Je peux y arriver…m'essoufflai-je enfin.

-Je t'avais pourtant dit de rester près de ton bien aimé.

-Et me montrer ainsi devant lui ? Jamais ! Si la Honte avait un Dieu, plutôt qu'il vienne me tuer que lui infliger ça.

-Donc, tu ne lui as pas laissé le choix ? Tu l'as privé de son droit pour lui imposer une alternative qui aura sûrement un coût, es-tu conscient de cela ?

Décontenancé, et l'esprit encore embrumé de fatigue je secouai la tête, ne comprenant pas un traître mot de ce qu'il me racontait.

-J-je…je voulais juste qu'il ne souffre pas de mes erreurs !

Un rire extatique le prit au point d'étendre sa voix en écho, malgré la dense végétation qui nous entourait.

-Dis-moi, comment vois-tu ce jeune homme ? Comme ton compagnon ou ton objet ? Hahaha !

Mon sang ne fit qu'un tour et je me précipitai vers lui, prêt à lui sauter à la gorge.

-Je te défends de- !

Son chapelet suffit à lui seul pour me repousser par une onde de choc qui m'envoya valser au loin. Je tombai contre les racines sortant de terre, d'un arbre qui peinait lui aussi à tenir debout.

-Une dernière question, reprit-il en ouvrant un Portail devant lui, « t'attendre », c'est bien cela que tu veux de lui ? Et s'il n'y parvenait pas, si la tendresse qu'il te porte venait à se changer en d'amers regrets, que ferais-tu ? Tu as laissé tant de personnes derrière toi sans jamais aller à leur recherche…

Je le fis taire sur le champ.

-Peu importe…s'il décide de m'attendre ou non. J'ai promis que je reviendrai à lui, alors…je le ferai ! Et je resterai avec lui.

Je songeai à Raphaël, cet Archange qui fut prêt à se détourner d'un Roi Divin qui pouvait le supprimer à tout moment, tout cela pour rester et veiller sur Alexander…Qui serais-je si je ne pouvais en faire autant ?

-Je veux pouvoir me tenir à ses côtés. Sans avoir peur de qui je suis… !

Sans dire mot, il ouvrit ses paupières derrière lesquelles se trouvait deux orbes voilés de gris. Il ne les posa pas directement sur moi, mais il me chercha sûrement de ses yeux aveugles.

-Dans ce cas… (Il retira l'une de ses étoles et me l'envoya) Couvre ton corps et suis-moi. Je t'apprendrai à transformer cette peur en courage. Tu as beau ne plus être un enfant, je t'accepte dans mon Pavillon.

Incrédule, je ne sus trouver les mots pour décrire l'émotion qui vint m'envelopper chaudement le cœur. D'un battement de cil, je sentis une larme s'écouler et apaiser un fardeau que je crus être capable de porter seul, loin des bras de mon aimé. Et voilà, que celui qui m'arracha déjà une fois à ma propre fureur d'antan, revint me tendre la main. Une main que je ne comptai plus refuser.

Lorsque j'eus à mon tour traverser le Portail, il le fit disparaître. Nous nous retrouvâmes face au torii qui maintenait la puissante barrière qui éloignait le danger de la tanière du Mángrén. Nous passâmes sous ce porche. Si le torii disparut, le ponton et les terres de mon aînés apparurent.

Il avança d'un pas assuré, tandis que je peinai à tenir sur mes pieds nus. Mes dents s'entrechoquaient à en tomber, tant j'avais froid et me sentais épuisé.

-Magnus, tes démons ont été vaincu depuis longtemps. Tu n'avais plus besoin de retourner sur l'île de Java.

Et il disait vrai. Mais je pensai que là-bas, je serai capable de contrôler mon sang brut, maintenant que j'avais surpassé une partie de mon esprit hanté par une de mes plus horribles vies. Une vie, qui pourtant me fit devenir l'être que j'étais aujourd'hui.

-Je te l'ai dit l'autre fois, si l'envie te prenait de sérieusement apprendre à maîtriser ce qui vit en toi, tu serais le bienvenu. Cependant, sans but précis, je t'aurai renvoyé d'où tu viens.

-Je t'en saurais gré, lui dis-je. Mais il s'arrêta en pouffant, avant de se tourner et m'adresser un sourire mauvais.

-Garde ta reconnaissance pour plus tard, sache que je ne cautionne pas les mesures que tu as prises pour parvenir à tes fins.

-Je voulais simplement éloigner Alec de tout ça ! m'enquis-je en me hâtant derrière, tandis qu'il reprit son avancée.

-Pour l'avoir éloigné, ça…

Il laissa sa phrase en suspens, mais ses sous-entendus suffirent à mon cœur pour se sentir entaillé par la pointe d'une lame. Celle du tourment. Il reprit enfin :

-Des personnes comme toi, qui ne font qu'agir sans penser à ce que peuvent réellement ressentir ceux qui les entourent, ne sauront jamais, à quel point ils ont été cruels. Tu ignores tout de la force des mots, Magnus. A quel point ils enchaînent. A quel point ils font souffrir.

-Vous plaisantez… ? Ma propre mère m'a traité de monstre ! m'offusquai-je.

Le vent se mit à souffler. Je resserrai autour de moi l'étole que me donna mon aîné, mais l'air froid vint mordre ma peau nue en dessous.

-Je ne te parle pas des mots qui sont faits de cruauté, mais bien de ceux qui entrave une vie. Tu peux dire à quelqu'un qu'il est né de la fange du Diable, il parviendra peut-être à se relever. Tu peux dire à quelqu'un que tu l'aimes ou le désire et le soumettre à ta volonté et le priver de choix.

Tel un gong, mon cœur cogna si fort dans ma poitrine que la pulsation fit écho dans ma tête. Le sang tapa à mes tempes et le rouge me monta aux joues. Furieux. Je me sentis furieux et avilissant. Encore une fois, le Mángrén me fit réaliser que j'eus beau avoir vécu plusieurs siècles je restai un grand ignorant.

-Bien sûr, je souhaite pour ce jeune qu'il trouve le moyen de se défaire des liens que tu lui as imposé.

Je m'apprêtai à rétorquer, que je n'avais jamais eu l'intention de blesser ainsi Alec, mais m'abstins. Je réalisai enfin…

-As-tu fait vivre une situation semblable à quelqu'un que tu aimais ?

Nous arrivâmes au pied du Pavillon Noir aux poutres d'or lorsqu'il me répondit :

-Je dirai plutôt que j'ai été victime de la situation que tu fais vivre à ce jeune homme.

Écarquilla les yeux de stupeur, je le regardai pénétrer son domaine, salué par les esprits qui le servaient. Ce fut le cri excité d'un jeune sorcier qui me sortit de ma torpeur.

-Chat !

-Ah-Ah non, pas encore ! M- Mángrén !

-Débrouille-toi, chat.

Le sorcier à la queue de renard me sauta au cou avant de me pincer les joues, à la recherche des moustaches du Nekomata.

-Au…checours…, pleurai-je tandis que les esprits se moquaient royalement de moi.

Plus tard, l'on m'autorisa à prendre un bain et à porter de plus chauds vêtements. Ma magie soigna mes blessures et ma peau retrouva sa souplesse et sa douceur habituelle. Je ne désirai plus qu'une chose, qu'Alec vienne recouvrir ma chair de ses caresses qui me manquaient tant. Je retrouvai le Mángrén dans son salon, assis contre l'encadrée de sa porte coulissante, délimitant de sa jambe tendue, le seuil qui séparait le salon de la terrasse qui offrait une vue sur un étang dans lequel proliféraient de géantes carpes koïs. De petits sorciers étaient accroupis au bord, jouant avec les poissons qui jaillissaient parfois de l'eau pour les éclabousser. S'il était attendrissant de les voir ainsi s'esclaffer pour les ruses d'une jolie carpe, cela l'était bien moins lorsque l'on connaissait le passé de ses enfants. Eux aussi, ont été rejetés… Il était bien frustrant, de voir Ragnor et son épouse élever Eliott comme ils le faisaient. Cela réchauffait le cœur, autant que cela pouvait aussi nous le piétiner.

-La jalousie est un sentiment bien étrange, ricana le Mángrén. Je vins m'asseoir à ses côtés, observant à mon tour les enfants qui jouaient sous la neige.

-Je n'aime pas le fait que vous puissiez lire dans le cœur dans gens…un journal intime serait peut-être plus pratique.

-Tu te joues de ma cécité, vaurien ?

-Oh, je n'oserai pas.

-Hmpf, tu n'as jamais été qu'un sale gosse… maugréa-t-il en ayant pourtant un tendre sourire étendu sur les lèvres.

Libérant sa magie, il sortit d'un placard une pipe chinoise ainsi qu'un pot en gré, rempli de tabac en vrac.

-Fumes-tu toujours ? me demanda-t-il.

-A l'occasion, (je songeai à Raphaël qui avait toujours une clope au bec) Tu savais que les Anges fumaient ?

-Ha ha ! Si tu parles du parent de Li-Tôten, c'est un tabagiste de premier ordre, ha ha !

Le laissant préparer sa pipe, je restai silencieux en me demandant où j'eus déjà entendu ce nom. Puis, me souvint de la venue fracassante de Michaël et Raphaël en ce lieu.

- Mángrén, qui est Li-Tôten ?

Le chinois porta le bout de sa pipe à ses lèvres et inhala une profonde latte qu'il recracha quelques secondes après l'avoir bloquée en ses bronches.

-Il est le premier « Liseur de rêves ». Lui, n'a besoin ni des Parques, ni des Dieux vers qui se tourner pour connaître les alternatives de ce monde. Il a de tous temps eu le pouvoir de s'introduire dans les rêves de chaque être vivant sur cette Terre. Si un démon lui-même venait à rêver sur la surface, il pourrait aisément introduire son songe et le lire. Voire, le tuer.

-Tuer ? Comment peut-on tuer quelqu'un dans un rêve ?

-De la même manière qu'un cauchemar te hante, Li-Tôten s'introduit dans ton rêve le plus intense au point de manipuler ton esprit et ainsi manœuvrer ton corps. Ne t'es-tu jamais demandé jusqu'où pourrait aller un somnambule ? Même endormi, sache que le cerveau reste en activité, et il est bien aisé pour un « liseur de rêves » de s'en approprier les commandes.

Un frisson dérangeant me parcourut.

-Super, je ne suis pas près de fermer l'œil maintenant.

-Les rêves ne se font pas qu'en dormant, crétin, lança-t-il gratuitement pour mon compte. Je lui adressai un regard assassin.

-Cependant, Li-Tôten est loin d'être ce genre de bourreau. On fait même souvent appel à ses services afin de comprendre les tourments qui peuvent nous hanter à travers nos rêves. Cela peut parfois éviter bien des catastrophes.

Il me tendit sa pipe. Je me penchai, posai ma bouche autour de l'embout et fermai les yeux afin de savourer la saveur de cette fumée caramélisée qui s'introduisait en moi. C'était si chaud et sucré… Une minute.

-Je n'avais encore jamais rencontré ce Parent, dont me parlait si souvent Li-Tôten. Il m'a eu l'air bien sage comparé à ce freluquet qui l'accompagnait.

Il doit parler de Michaël… Me dis-je en expulsant la fumée dans un petit rire.

-Dis-moi, commençai-je en regardant le contenu du pot en gré. Ce tabac, d'où vient-il ?

-Est-ce vraiment la question que tu tiens à me poser ? se moqua-t-il en me souriant malicieusement.

Je fermai les yeux, abandonnant tout autre essaie de me montrer subtil face à lui.

-A quoi sert-il ?

-Ce tabac a pour vertu de maintenir un équilibre chez les âmes dont on a privé une moitié de son essence vitale. Souvent sont ceux qui le réclament après avoir été victime d'un contrat frauduleux ou si l'un des deux contractants est mort sans avoir payer son dû.

Alors…Raphaël serait dépourvu d'une partie de son essence vitale ? J'ignorai vraiment beaucoup au sujet de cet Archange qui se dévoua à protéger Alexander. Mais j'étais convaincu que lui, le savait. Ils ont finalement appris à se connaître… Je songeai à notre rencontre à Alec et moi, ce soir-là, où même voilé par les lasers du Night-Club, son regard croisa le mien et la foudre frappa mon cœur, introduisant un puissant sentiment de désir en moi. Ce ne fut, qu'en nous mettant ensemble plus tard, que nous apprîmes à nous connaître l'un l'autre, non sans avoir essuyé quelques querelles. Curieux, je repris, alors qu'il tirait une nouvelle fois sur sa pipe.

-C'est pour ça que tu fumes ce tabac, toi aussi ?

Il cogna mon front avec sa pipe.

-Crétin, je ne fais pas de contrat à la légère ! (Il tourna le profil en direction de l'étang, où les esprits demandaient aux enfants de rentrer au Pavillon) Je te l'ai dit, les mots enchaînent suffisamment. Pas besoin d'un fardeau supplémentaire.

Ne pouvant atténuer la douleur présente dans mon cœur, je m'abstins de lui poser d'autre question à ce sujet. Je triturai mon pendentif, en l'absence de toute pensée en moi, si ce n'était que les images d'Alexander lors de notre dernière nuit avant mon départ.

-Quel est cet objet que tu portes autour du cou et envers qui tu sembles porter une profonde affection ?

-Ah, ça ? souris-je en agitant le collier qui laissa émaner de petits cliquètements. Un présent de la part d'Alec, pour Noël.

Il pinça la pipe entre ses lèvres et tendit sa main.

-Puis-je ?

-Oh, euh… (Je retirai le lacet qui maintenant le pendentif, et lui donnait) Cela représente une plume.

-Hn… ?

Après avoir enrobé l'objet de sa propre magie, il se mit à rire comme jamais encore je ne l'avais entendu. Il eut même du mal à recouvrer calme et paix, il alla jusqu'à essuyer une larme au coin de ses yeux.

-Je crois que je me suis fait du souci pour rien, pour ton jeune amant ! Haha !

-Alors là, il va falloir m'expliquer…marmonnai-je en le suspectant d'être saoul. Ce n'est pas bien de se montrer ivre devant des enfants. Je me reçus un nouveau coup de pipe sur le front : Ah maintenant, stop !

-Magnus, reprit-il d'une voix plus posée : Il est parfois bon de rester ignorant. (Il me rendit mon collier) Peu importe s'il décide de t'attendre ou non, il s'est enchaîné tout seul bien avant que tu ne dises ou fasses quoi que ce soit.

Je posai un œil intrigué sur le pendentif, et l'affolement me prit en remarquant les fines éraflures qu'il arborait.

-Mince ! Cela a dû arriver sous ma Forma Animalis ! Quel idiot, j'aurai dû vous le laisser.

-Le collier serait revenu vers toi, me dit-il, le mystère entourant ses propos. Mais ne t'inquiète pas, il est normal qu'il s'abîme. (Il soupira longuement avant de poser sa pipe, de laquelle le tabac était entièrement consommé) Je comprends bien mieux pourquoi il ne m'a pas été si difficile de te faire retrouver la raison.

-Non, vraiment, j'insiste, être ivre devant des enfants ce n'est pas bien, Mángrén.

Je le vis approcher son poing vers mon visage, que je crispai en fermant les yeux, craignant me recevoir un nouveau coup. Mais à la place, ce fut une main chaleureuse et affectueuse qui vint caresser ma joue.

-Prends soin de toi, mon enfant. Malgré tout ce que tu as enduré, et tout ce que tu endureras encore, ce jeune homme vient de te promettre un avenir où tu auras le droit de reprendre à zéro ce que tu souhaites entreprendre le plus au monde.

Il se leva soudainement, s'en allant vers l'étang et alla congédier ses serviteurs qui ne parvinrent pas à gérer le dernier enfant qui refusait de quitter le bord de l'étang, comme l'eurent fait ses frères et sœurs adoptifs. C'était le plus jeune, il tenait encore mal sur ses jambes et marchait souvent sur ses oreilles de lapin.

Dès que le Mángrén le prit dans ses bras, il calma ses pleurs. L'enfant posa sa tête contre son épaule et laissa son aîné le bercer.

-Magnus, profitons que ce soit le moment de leur sieste, pour t'entraîner.


Huit jours s'étaient écoulés depuis l'arrivée d'Edween à l'Institut de New-York. Les attaques rebelles s'étaient démultipliées, et plus uniquement de la part des Créatures Obscures. Des Nephilim agissaient également dans l'ombre de l'Enclave, ne supportant guère cette nouvelle Alliance au sein du Monde Obscur. Avec tout cela, Alec n'eut guère le temps de rejoindre Li-Tôten à la Cour de l'Hiver. Et depuis quelques temps, Gabriel ne répondait plus à ses messages de feu. Février suivit son cours, et bientôt deux mois que Magnus fut parti sur l'île de Java.

Les images de cette nuit où il le revit, lui laissait encore un goût amer. Pour lui, c'était Magnus qu'il était parti retrouver…il se demandait s'il était enfin parvenu à recouvrer la raison. S'il maîtrisait un tant soit peu son sang de démon. Un jour, par curiosité, il lui arriva de survoler l'île, à la recherche du Nekomata. Mais il ne rencontra que des léopards et des tigres. Il survola le temple qui avait été dévasté par l'attaque de Magnus, dans un excès de rage et de bestialité. Le jeune Ange songea à son aîné, Raphaël avec qui il n'avait toujours pas reparlé de ce qu'il s'était passé sur l'île. Ce dernier s'était remis de ses blessures, mais Alec se demandait pourquoi Michaël passait si souvent à la Cathédrale. Serait-ce pour les mêmes raisons qui l'ont poussé à venir l'autre fois ? Aussitôt, les bribes de leur conversation à Michaël et Raphaël lui revinrent en mémoire. « Je donnerai tout pour pouvoir veiller sur lui ! »

-Veiller sur moi ? Ne serait-ce plutôt à mon tour, Raphaël ?

Assis à son bureau, une tasse de café tiède dans une main, Alec s'occupait de clôturer les dossiers concernant les infractions des rebelles qu'ils eurent capturés ces derniers jours. Soudain, l'on vint frapper quelques coups contre la porte de son bureau. Il autorisa à entrer, et ce fut avec stupeur qu'il vit apparaître son père qui refermait la porte derrière lui.

-Papa ? (Il eut un geste de recul) Viens-tu en tant qu'Inquisiteur ou…

-Peu importe, toi, Isabelle, Max et Jace restez mes enfants.

Alec ne put s'empêcher de hausser les sourcils d'une mine dédaigneuse. Las, Robert soupira profondément puis vint s'installer devant le bureau. Il tendit une fiche noircie d'inscriptions. Son fils la saisit et commença à lire à la diagonale.

-Max a été accepté ? questionna-t-il, allègrement abasourdi.

Robert hocha la tête, un sourire plaqué sur ses lèvres.

-Il va être fou de joie quand il le saura, renchérit Alec, en relisant le document. En revanche, Isabelle va être dure à calmer.

-Je pensai qu'elle encourageait son frère ?

-Elle souhaite qu'il atteigne ses objectifs, mais elle était si heureuse depuis qu'il avait rejoint l'Institut que son départ va assombrir son humeur pendant un moment. (Il posa la feuille à part de ses dossiers) Mais je sais qu'elle a surmonté pire, et qu'elle se réjouira tout de même pour Max.

-Et toi ? fit soudainement Robert, glissant distraitement sa main sur le bord du bureau : comment surmontes-tu le départ de Magnus Bane ?

Alec resta muet, le regard figé dans le vide avant de clore ses paupières et demander d'une voix blanche :

-Tu te forces ou cela t'intéresse vraiment ?

-Alec…, soupira Robert.

-Je te demande juste.

Le père sentit une pointe s'enfoncer de plus en plus dans son cœur, tandis que l'aîné de ses enfants s'adressait à lui avec une dureté qu'il ne lui connaissait pas. Du moins, jusqu'à peu…

-Je posai la question, pour savoir comment tu allais, c'est tout. Et ne me réponds pas que j'aurai dû m'y inquiéter il y a vingt ans de cela, je le sais.

-Pourtant… Je ne te cause que des problèmes, ce n'est pas ce que tu as dit l'autre jour dans la cuisine ?

Robert plongea ses propres yeux bleus dans ceux de son fils, et tenta se souvenir de quoi fit allusion celui-ci. Puis, les haussant avec stupeur, il reprit :

-Ce n'est pas à titre personnel que j'ai dit cela. Je m'inquiétai justement pour toi, de ce que l'Enclave aurait pu faire si elle avait eu vent de ta condition angélique à cette époque. Pardon si je t'ai froissé, je ne le voulais pas.

Passer du temps avec un être qui ne pouvait mentir, permit quelque peu à Alec de s'apercevoir lorsque l'on voulait le berner ou pas. Et à la vue du profond intérêt que portait Robert à son encontre, le jeune ange soupira profondément en ne trouvant aucun argument pour faire flancher son père. Surtout lorsqu'il se montrait si sincère.

-Pas bien…lâcha-t-il en faisant mine de s'intéresser à nouveau à ses dossiers. Robert parût surpris, et le questionna du regard : Le départ de Magnus. Je le vis mal. J'ai décidé de rompre…

Vivant sa propre rupture avec Maryse, Robert crut un instant pouvoir rétorquer des paroles réconfortantes à son fils, ou bien, encourageantes pour la suite de son avenir, mais rien ne sortit. Lui-même, tout ce que l'on put lui conter, lui faire part…ne l'aida pas vraiment à surmonter son divorce. Peu importe les raisons, une rupture n'était jamais simple à surmonter. Ses sentiments…Songea subitement Robert.

-Tu as rompu…parce que la distance a tué vos sentiments ?

-Je crois qu'à l'inverse, elle n'a fait que les accroître, répliqua Alec.

Le père secoua légèrement la tête, semblant confus. Repoussant ses dossiers, ne parvenant plus à s'y plonger sérieusement, le plus jeune se passa une main dans sa chevelure ébène, et posa un regard affligé en direction de la cheminée, où seules des braises subsistaient. Il se leva, prit une buche sur le tas pilé à côté du foyer, et une vive flamme surgit sous ses yeux.

-Son départ, m'a fait réaliser à quel point j'étais dépendant de lui. A quel point je pouvais être laid sans lui.

Je l'aime d'un amour ravageur, destructeur… Dont Alec ne fut pas certain de pouvoir se relever un jour, s'il avait continué à attendre. Mais tout comme les braises de ce feu, un rien, pouvait l'enflammer. Et lorsque l'on s'approche trop près du feu, irrémédiablement, une brûlure survenait. Je refuse de blesser les autres, sous prétexte que mes sentiments pour lui soient ardents. Puis, les images de sa virulente dispute avec Jace lui revint en mémoire, ainsi que les larmes qui eurent couler des yeux d'Isabelle pour enfin songer à Max et le manque d'attention qui faillit les séparer.

D'un sourire pitoyable plaqué sur son visage, Alec s'adressa à son père qui sentit sa poitrine se serrer face à une telle expression.

-Je ne peux tout bonnement pas l'attendre, c'est pourquoi je suis parti le trouver et lui dire que c'était fini, souffla-t-il.

Sans pouvoir contrôler son corps, Robert se rua vers son fils et l'étreignit, si fort, qu'Alec en lâcha le tisonnier qui fit un raffut monstre sur le plancher.

-Pa-

-Comment peux-tu sourire dans un moment pareil alors que tes yeux sont trop secs pour pleurer ! A quel point as-tu versé des larmes pour me montrer une expression si dévastée !?

Dans ses bras, Alec se perdit dans les tréfonds de son esprit, le regard vide. Une fois qu'il ferma les yeux, il prit le temps d'humer le parfum de son père, qui le rendit fort nostalgique. Quand m'a-t-il enlacé pour la dernière fois ? Robert tremblait, mais l'hésitation n'en fut nullement la cause. Mais plutôt la force qu'il mettait dans son étreinte ainsi que le sentiment d'expiation qu'il ressentit lorsque son fils répondit à son tour, sans peur ni remord, venant l'entourer de ses bras. Ce qu'il avait grandi, se dit-il, ce garçon qui autrefois se cachait derrière lui. Se détachant doucement, il baissa les yeux un instant, collant son front contre celui d'Alec qui gardait toujours les yeux fermés, comme pour conserver dans son âme tous les trésors que venaient de lui offrir cet échange avec son père.

-Si je t'ai éduqué si durement, c'est par manque de confiance…, commença Robert, frictionnant avec affection les épaules et bras de son cadet : Tu es né, nous n'étions que des hors la loi ta mère et moi. L'Enclave nous recherchait, le Cercle aussi. Valentin était prêt à t'arracher à nos bras et te confier à l'un de ses hommes de mains pour te faire grandir au sein du Cercle. Dans la crainte de te savoir en danger, Maryse tenait à te confier, elle aussi, à des personnes sûres qui auraient pris soin de toi. (La poigne autour des épaules d'Alec se raffermit, il se crispa et sa gorge se noua) M-Magnus…était son premier choix.

A ces mots, le cœur d'Alec rata un battement et ses yeux se rouvrit sous le coup de la stupeur. Ses iris bleues prirent une teinte claire, et de milliers d'éclats blancs s'y semèrent. D'une main tendre, son père câlina sa joue, tandis qu'il lui adressait un air triste.

-Il semblerait que vous étiez depuis longtemps destinés à vous croiser.

Alec eut beau interroger son père avec ses grands yeux bleus, il ne parvenait à aligner trois mots. Sa voix resta éteinte, laissant celle de Robert s'exprimer.

-Après les rudes combats que mena Magnus contre nous, il fut naturel pour lui de lui claquer la porte au nez, refusant de prendre soin de ce « morveux » que Maryse lui présentait.

-Le salaud…, pesta comiquement Alec en fronçant les sourcils.

-Hein ? paniqua Robert, comprend-le, il-

-Comment ose-t-il me traiter de morveux !? l'interrompit-il abruptement d'une mine bougonne.

Robert le toisa avec perplexité avant de se mettre à rire aux éclats. Alec grogna, lui demandant ce qu'il trouvait de si amusant. Quand il prit place sur le canapé, le plus vieux tenta calmer son fou rire qui embarrassait son fils.

-C'est ça qui t'agace tant ? rit-il. Tu n'auras qu'à lui demander des explications, la prochaine fois que tu le verras, ajouta-t-il en plongeant son regard intense dans celui du jeune ange.

Alec, essaya de cerner les sous-entendus que fit son père. Se doutait-il, que son fils irait une nouvelle fois, à la rencontre du sorcier, ou bien espérait-il finalement qu'il l'attende ? Dans les deux cas, Alec se demandait s'il pouvait passer à autre chose. L'amour est la pire des addictions… songea-t-il. Que ce soit d'aimer ou bien d'être aimé en retour… les images de son rêve scindé par deux paysages obscurs, et deux êtres qui faisaient battre son cœur, lui revint en tête. La vie me semble n'être qu'un long chemin de rencontres et de séparations.

-Qu'as-tu dis, lorsque Magnus a refusé de s'occuper de moi ? interrogea Alec.

-Rien, fit Robert, d'une voix blanche. Je ne savais strictement rien, à propos des agissements de ta mère en ce temps-là.

-Hein ? Comment ça ?

-Pour ta sécurité, j'ai laissé Maryse fuir seule afin d'éliminer derrière elle tous ceux qui attenteraient à sa vie et la tienne. Ils m'ont cru mort, mais j'ai erré pendant des semaines un peu partout pour réduire les forces du Cercle et de ce fait, regagner les faveurs de l'Enclave. Comme je n'avais jamais été un grand fervent défenseur de la cause de Valentin, cela était moins difficile pour moi, de m'en prendre à lui que Maryse de le faire. Elle croyait beaucoup en cet homme, et attendait de grandes choses de sa part…

Sa voix se fit bien plus sourde et son regard fort lointain. Alec osa demander :

-Pourquoi avoir rejoint le Cercle, si tu ne partageais pas les opinions de Valentin ?

Robert lui adressa un regard profond sans parler. Ils restèrent ainsi un moment avant que le plus vieux rétorque enfin :

-Un homme est capable de donner sa vie par amour.

Alec tressaillit et porta aussitôt sa main à son abdomen, à l'endroit même où une large cicatrice s'était formée, à la suite de l'apparition de cette blessure qu'il sut ne pas lui appartenir.

-Mes paroles pourront te paraître présomptueuses, d'autant plus que vous êtes au courant pour la faute que fut mon adultère, pourtant je te parle bien d'une époque où mon amour pour ta mère m'a rendu aveugle et cruel.

-Pourquoi, cruel ?

-Tu te trouves laid à aimer Magnus ? Alors, je ne devais pas être plus beau que toi dans ma jeunesse… pouffa-t-il en regardant par-delà le paysage que dévoilait la porte fenêtre de l'office de son fils. Et plus fort est l'amour plus grande sera ta colère et ton chagrin si cette personne te déçois.

-Papa…, souffla Alec, n'étant pas certain des mots qu'il devait employer pour poser ses questions. Il en eut tant à l'esprit, ça se bousculait, le rendait confus au point qu'il préféra se taire et attendre que son père termine son histoire.

-Pendant que je protégeai ses arrières, j'ignorai que Maryse essayait de te trouver une « famille d'accueil », si je puis dire… Après le refus catégorique de Magnus Bane, elle ne sut pas vraiment vers qui se tourner étant donné que nous étions recherchés autant par l'Enclave, que par le Cercle. Pourtant, elle revint à Idris, et là-bas elle trouva une famille de chasseurs d'ombres, dont les enfants étaient déjà tous grands et indépendants. Les parents, eux, n'étaient plus que des instructeurs à l'Académie d'Idris. Cela faisait longtemps qu'ils n'avaient plus à s'occuper d'enfants en bas-âge. Si la femme, semblait sur le point de remettre Maryse aux autorités de l'Enclave, après avoir reconnu la marque du Cercle apposé sur son cou, l'homme lui, proposa ceci : « L'enfant, né au mauvais endroit au mauvais moment, n'a rien à voir avec tes fautes. Rends-toi à l'Enclave si tu veux sa vie sauve. »

Robert marqua une pause, et toisa son fils quelques secondes, sûrement à la recherche d'une quelconque réaction. Hormis la décontenance, Alec ne sut que dire ni quoi faire. Il reprit :

-Maryse savait très bien, que peu importe l'endroit où elle se trouverait sa vie et la tienne étaient en dangers. Cependant, ce n'étaient pas à ces gens d'endosser nos responsabilités. Je me battais, seuls depuis des semaines, justement, pour expier nos crimes ! Et elle… (Il ferma les yeux, et inspira profondément avant de poursuivre, plus calmement) Maryse t'a laissé à ces gens avant de se rendre à l'Enclave. Lorsque je me fis capturer, on m'accorda un délai d'expiation. Ils avaient eu vent de mon retournement contre le Cercle, et de la blessure que je lui avais infligée, diminuant ainsi les forces des rebelles. Maryse, quant à elle, devint espionne, jouant ainsi sur les liens qu'elle eut gardé avec le Cercle, et ceux qu'elle renouait avec l'Enclave. Le moindre faux pas nous aurait valu nos vies, mais si je me tiens encore devant toi aujourd'hui, tu te doutes bien que notre expiation nous fut acquise. Pas sans paiement, néanmoins. Tout d'abord, on nous exila d'Alicante, et nous pûmes trouver refuge en France, à l'Institut de Marseille. Celui de Paris servait de Conclave, nous ne pouvions aller là-bas à cause des liens trop étroits avec le Conseil. Nous étions terriblement mal vu… Quoi de plus normal en même temps, soupira-t-il en passant une main dans ses cheveux poivre et sel. Mais toutes les railleries que l'on pouvait bien nous balancer, je n'y prêtai guère attention les premiers temps. Mon esprit était accaparé par tout autre chose : ton absence.

Dans la cheminée, une braise éclata, libérant une large flamme qui ondula au-dessus des bûches.

-Juste après ma capture, on eut beau me sermonner et restreindre mes droits, la pire des punitions fut de ne pouvoir tenir mon fils dans mes bras. J'en voulais horriblement à ta mère d'avoir pris une telle décision. Pas que je ne comprenais pas son geste, mais ce n'était pas ce que je désirai. Et j'ignorai, que depuis le début de notre fuite, c'était ce qu'elle attendait. Une opportunité pour de confier à d'autres gens, qui ne seraient pas des hors la loi, tels que nous les fûmes. Mon amour passionné pour cette femme au charisme redoutable, se changea peu à peu en colère. J'eus beau toujours l'aimer, la décision qu'elle prit sans prendre en considération mon désir, me frustra. Je croyais sincèrement…que nous pûmes surmonter cela, tous les trois, termina-t-il la gorge serrée.

Le silence poursuivit son récit. Le crépitement des flammes ré-haussaient sa douleur. Mais les sanglots de son fils le brisèrent. Alors qu'il se tenait assis, les mains jointes, posées sur le plat de ses cuisses et la tête basse, il releva son regard déconfit sur Alec qui grimaçait, pinçant ses lèvres et crispant les poings le long de son corps, essayant sûrement de contrôler ses pleurs. Ainsi, Robert revit le petit garçon, qui, après de longues heures d'entraînements à se faire blâmer pour sa maladresse et le manque de résultat aux yeux de son père, pleurait, tenant son shinaï en bambou d'une main, et essuyant rageusement ses yeux de l'autre. Il ne courait jamais se réfugier dans les bras de son père, et Robert ne vint jamais le consoler. Cependant, après avoir eu une telle conversation avec son fils aîné, Robert se dit, qu'il y avait des premières fois à tout.

Il se leva du canapé, s'approcha d'un air assuré et entoura d'un bras, la tête de son cadet, qu'il obligea sans force à venir poser son épaule.

-Avec cette tête-là, je ne peux en vouloir à Magnus de t'avoir traité de morveux, plaisanta-t-il en sentant les mains d'Alec agripper son boléro cintré.

Les dents serrées, et les yeux plissés, Alec pleura une part de sa propre frustration. A travers le récit de son père, il fut confronté à une facette de lui-même, dont il réalisa l'existence. Je suis en colère… se répéta-t-il. Je comprends ce qu'il cherchait à faire en partant… Il revit le sourire de son ancien amant, étendu dans l'herbe, au bord de la rivière mentholée où ils se donnèrent si souvent rendez-vous. Alec repensa, à toutes ces fois où Magnus le supplia de ne jamais l'abandonner. Mais c'est toi qui est parti ! Et je ne le désirais pas !

Il eut un tantinet honte, de se soucier de son propre chagrin, tandis que son père venait de lui partager une partie importante de son passé. Que pouvait-il y faire après tout ? Il le savait, aimer Magnus l'avait rendu ainsi. « Tu es si beau lorsque tu es amoureux » Les mots de Raphaël, firent écho à ses battements de cœur et calmèrent ses pleurs. Ses pommettes se mirent à rosir en se demandant ce que l'Archange put trouver de beau en lui.

Plus tard, Robert continua de se dévoiler à son fils, comme il l'eut fait avec Jace et Isabelle. Alec comprit mieux, pourquoi sa petite sœur grandit en se confiant que peu aux autres. Tant de secrets en elle, n'importe qui se renfermerait dans un solide mutisme. Et même si certaines rancœurs subsistaient, cet échange, avec son père, semblait offrir à Alec une promesse de paix et de confiance qui naîtraient peu à peu dans leur relation. Le soleil se couchait quand Robert regagna Alicante. Il promit à ses enfants de rester dîner avec eux la prochaine fois.

-Je voulais vraiment qu'il goûte mon soufflé à la carotte, soupira Isabelle en regardant son plat qui fumait, dressé dans une assiette posée sur la table.

-Ouais, bah, ne m'en veux pas mais avec Clary on s'est réservé une table ! s'enquit Jace, en recevant un regard interrogateur de la part de son amante qui ne semblait pas comprendre de quoi il parlait.

-Hein !? brailla la brune : Tu sais combien de temps j'ai mis à préparer ça ?

-Sûrement plus de temps qu'il n'en faudra pour mourir si on y goûte ! rit le blond, en évitant habilement les couteaux que lui jetait avec dextérité sa sœur cadette.

Une des lames fut projetée dans le couloir, et tous, eurent peur que quelqu'un ne soit blessé. Entra un grand brun à la mine fâchée qui tint le couteau perdu entre deux doigts.

-Qui ? dit simplement l'Archange. Isabelle se ratatina sur son tabouret, en faisant mine de n'être au courant de rien.

-T'es blessé ? demanda Clary.

-Non, mais si vous tenez tant que ça à jouer avec des lames, pourquoi ne pas venir vous entraîner avec moi ? Je m'encroûte, et mes élèves sont « HS », j'ai besoin de me dégourdir là.

-Wah j'suis chaud ! s'écria Jace en trottinant jusqu'à sa chambre pour se changer.

-Et ton restau' avec Clary !? s'offusqua Isabelle.

-Izzy, l'appela son amie : Il a menti, rit-elle.

-Mais pourquoi ? (Elle devint soudainement rouge et des rides de lion apparurent sur son front) Oh le vilain ! Pour la peine le perdant mangera mon soufflé ! pesta-t-elle en imitant son frère.

Penché au-dessus du plat, l'Archange humait le parfum de carotte qui s'en échappait.

-Ma foi, ça sent bon.

-Elle en fait des efforts, intervint une voix que les deux autres reconnurent aisément.

Souriant d'un air plus que serein, Alec fit son entrée dans la cuisine. Comme à chaque fois depuis la fin de la guerre d'Idris, Clary détournait son regard en la présence d'Alec. Ce dernier, s'y était bien rendu compte, et n'avait jamais cherché à connaître la raison qui poussait la jeune femme à agir ainsi. Jusqu'à ce soir.

-Clary, l'appela-t-il doucement : Excuse-moi, si j'ai pu te blesser dernièrement.

La chasseuse d'ombres releva hâtivement la tête, plongeant son regard curieux dans celui bleu-marine de son aîné. Il n'affichait aucune agitation, seulement un grand calme et une sincérité qui lui était propre. Clary ouvrit la bouche comme pour parler, mais sa voix resta éteinte. Elle secoua simplement la tête puis lui sourit en retour avant de rejoindre les autres qui devaient déjà se trouver en salle d'entraînement. Il ne restait plus qu'eux deux, Alec et Raphaël, dans cette pièce redevenue silencieuse. Le plus jeune, se sentit heureux d'avoir ses proches pour animer cette Cathédrale si morose.

Alec sortit une fourchette avant de goûter un morceau du soufflé que venait de préparer sa petite sœur. Son sourire ne le quitta pas, Raphaël était là pour témoigner. Il l'observait, sans dire un mot. Puis, il haussa un sourcil en voyant son cadet ricaner en voilant sa bouche d'une main.

-Elle amoureuse ! déclara-t-il, en mâchonnant sa bouchée.

-Pardon ?

-Izzy, elle doit être amoureuse pour avoir fait un plat si salé !

Curieux, Raphaël demanda pour emprunter sa fourchette à Alec, mais ce dernier lui trancha un morceau qu'il piqua et présenta de lui-même à la bouche de son aîné. L'Archange s'avança d'un pas, et approcha son visage du couvert avant d'entrouvrir les lèvres. Le bout de sa langue sortit partiellement avant qu'il ne prenne en bouche le morceau de soufflé. Alec venait de découvrir une nouveauté chez son aîné, qui fit la grimace en avalant le soufflé.

-J'sais pas si elle est amoureuse mais elle a fait tomber la salière !

-Peut-être, mais ce n'est pas non plus mauvais je trouve… dit Alec en reprenant un morceau. En soi, il est bien fait ce soufflé.

Avant qu'il n'ait pu manger son autre morceau, l'Archange posa une main sur son bras pour lui faire abaisser. Alec croisa son regard, l'interrogeant en silence. Tous deux détaillaient le visage de l'un l'autre. Timide, le plus jeune osa lever sa main et effleurer le contour de la mâchoire de son aîné qui ferma les yeux en savourant le frisson qui le parcourut. « Je suis prêt à tout donner pour rester auprès de lui ! » Ce ne fut guère dans ses intentions, d'épier ses aînés, mais il n'était pas non plus parvenu à détourner l'oreille de leur conversation. Et le peu qu'il surprit, suffit à Alec pour prendre une décision.

-C'est moi qui t'ai demandé de revenir, murmura-t-il en libérant un peu de son aura. La nuit où tu as regagné Eden. J'ai fait un souhait, celui de te voir revenir. Mais je pense, que j'étais trop ignorant pour comprendre à quel point vous n'êtes pas libre de faire ce que bon vous semble…J'ai été naïf. (Ses doigts chutèrent le long du visage de Raphaël) Me pardonneras-tu de m'être montré si égoïste ?

L'Archange rattrapa la main de son cadet dans la sienne, et revint la poser contre son visage, laissant son aura répondre à sa jumelle.

-Je voulais revenir, répondit Raphaël sur le même ton comme pour ne pas briser la bulle d'intimité qui venait de se former autour d'eux. Je pensai que cette rune, aussi étrange soit-elle, me permettrait de réaliser mon souhait, mais j'ai comme la conviction que ce n'est pas suffisant…

La fin de sa phrase ne fut qu'un souffle, une complainte même, qu'Alec ressentit comme un appel de détresse. Il comprit enfin, que le vice de Raphaël ne cesserait jamais de torturer celui-ci s'il n'agissait pas maintenant. Qu'il ne serait jamais à même de vivre comme le souhaite ce cœur humain qu'il préservait sous cette forme, qui n'était pas réellement la sienne. Du moins, pas tant que cette voix lui dictera ces mots qui l'enchaînent à son vice…

-Rassemble tout le monde dans le hall, trancha Alec en posant la fourchette sur le bord du plat. Raphaël le toisa curieusement, lui demandant les raisons qui le poussaient à faire un rassemblement maintenant.

-Je pense qu'il est temps pour moi de rendre visite à Li-Tôtent, sourit-il simplement, en venant poser son front contre l'épaule de son aîné. Celui-ci opina en silence et plus tard, ils se retrouvèrent sur le promontoire du hall, face à tous les résidents encore présents dans l'Institut, n'ayant pas été envoyés en mission. Edween était là lui aussi, bien plus en retrait, adossé contre un pilier, et entouré de gardes qui le surveillait vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Les bras croisés, il observait du coin de l'œil l'assemblée.

-Si j'ai tenu à attirer votre attention ce soir, c'est que nécessité m'y oblige. Deux annonces importantes, ont besoin d'être faites devant vous tous, afin qu'aucune surprise ne surgisse et ne trouble l'atmosphère de notre Institut. Parmi ces deux nouvelles, une très bonne, donnera lieux à des réjouissances futures, (il ajouta un clin d'œil à Max, qui parut confus) à mes frais !

Certains spéculaires joyeusement, peu importe les raisons qui les pousseraient à prendre part à des festivités, tant qu'ils pouvaient décompresser. Mais le timbre plus grave de leur chef les calma d'une traite.

-En revanche, celle qui vient fera sûrement naître de nouvelles responsabilités pour chacun d'entre nous. Voici plusieurs mois maintenant que tout le monde est au courant pour notre véritable nature à Raphaël et moi.

Des regards perplexes se croisèrent, ne sachant où voulait en venir Alec, le public se mit à angoisser. Jace, qui eut gardé les bras croisés jusqu'à maintenant, les déplia avant de poser son attention sur ses mains. Si ses semblables se posaient des questions au sujet de Clary et lui, le blond n'était pas sans reste. Il avait bien conscience du pouvoir qui circulait dans ses veines. Mais d'autres tourments balayaient rapidement ses pensées, à chaque fois qu'il essayait d'y songer. La voix de son aîné le sortit de sa transe.

-Pour celles et ceux essayant de maîtriser l'aura angélique, sachez avant tout quand ce faisant vous vous confronterez à une responsabilité par la suite. Celle de maîtriser le don qui naîtra de votre aura. J'ai appris à mes dépends, que mal employé, votre don peut se retourner contre vous. (Il réprima un frisson en repensant à l'attaque de l'Institut et de sa vision qu'il ignora) C'est pour cela que moi-même, je vais devoir quitter l'Institut quelques temps. Mon propre don me fait défaut et je me dois de le maîtriser.

Depuis sa place, Edween arqua un sourcil, semblant bien plus intéressé par l'annonce qu'il ne fut au début. De son côté, Max interrogea sa sœur du regard, mais celle-ci lui répondit par un haussement d'épaules. Alec reprit :

-Mais je ne vous laisse pas sans surveillance ne rêvez pas (des rires se firent entendre) Raphaël restera ici, étant mon second, il prendra la tête de l'Institut pendant mon absence.

L'archange tint à protester mais Alec ne lui laissa pas le temps d'agir :

-Et il aura pour seconds, ou comme sous-chefs, Clary Fairchild et Jace Hérondale.

Les deux amants écarquillèrent les yeux, ronds comme de soucoupes en se jetant des regards médusés. Raphaël se retint de lui demander si le soufflé ne l'avait rendu malade, pourtant, il s'impatientait intérieurement. Son air crispé, n'échappa pas à Isabelle et Max qui se retenaient de ricaner. Alec s'en amusa un peu, mais s'obligea à garder une mine sérieuse.

-Pour des raisons de sécurités, je ne donnerai le nom du lieu où je me rends qu'à eux et eux seuls. (Il se garda bien de leur dire qu'il mettrait sa sœur et son petit frère dans la confidence, mais ça, tous devaient s'en douter) Néanmoins, tout message de votre part, qui me sera adressé, passera par Raphaël seulement. De plus, ne pouvant nullement gérer le rôle de chef et celui d'Instructeur à la fois, Raphaël se verra épauler par Isabelle Lightwood ainsi que par Kirk Wildsteam.

Le concerné redressa fièrement le nez, non sans rougir.

-Ça va, on se doutait tous que tu passeras à ce poste, fulmina Isabelle qui secoua sa longue chevelure ébène.

-J'ai le droit d'être content, non ? rétorqua l'autre.

-Et enfin… (reprit Alec en haussant le ton pour calmer le brouhaha) … venons-en à la nouvelle porteuse de réjouissances : Maxwell, si tu veux bien me rejoindre.

-Allez, va ! l'encouragea sa sœur, comme le jeune brun rougissait à devoir subir tous ses regards braqués sur lui. Il remonta ses lunettes, tira sur sa frange d'un geste nerveux qui agaçait Jace, au point qu'il le menaçait toujours de lui couper les cheveux. Le blond mima une paire de ciseaux avec ses doigts. Max lui fit une grimace avant de s'assagir, lorsqu'Alec posa ses yeux sur lui.

-Lui aussi, nous quittera bientôt.

Pour le coup, Jace cessa lui aussi ses pitreries et lança un regard noir à Alec. Ce dernier lui fit signe de se détendre.

-Après avoir passé haut la main le concours d'entrée, j'ai l'honneur de vous annoncer que mon frère marque une page dans l'histoire des Nephilim. Dans quelques jours, il devra se préparer à entrer à l'Académie d'Idris, dans laquelle il suivra une formation qui le conduira jusqu'aux rangs de la Force des Shadowhunters.

Des exclamations à la fois de stupeurs et d'excitations jaillirent de l'assemblée. Puis, très vite, suivirent les sifflements joyeux de Clary et les applaudissements de Jace qui entraînèrent tous les autres membres dans leur entrain. Fier, Max ne put pour autant s'empêcher de baisser la tête en tirant sur sa frange. Alec rit aux éclats en lui ébouriffant les cheveux. Max eut beau être très grand physiquement, il ne fallait pas oublier qu'il allait avoir douze ans, et que cela restait jeune. C'était toujours dur, à cet âge, de cacher un trop plein d'émotions.

-T'as de la chance, tu ne t'entraîneras plus avec moi, le charia Raphaël. Max secoua la tête et lui donna une tape amicale sur bras alors qu'il ne trouvait pas les mots pour remercier son instructeur angélique.

Alec sut, qu'en annonçant l'admission de son petit frère au sein de l'Académie d'Idris, il calmerait quelque peu les doutes que pourraient engendrer son propre départ. Même si ce n'était pas définitif, il ne pouvait inquiéter ceux qu'il considérait encore comme les siens, au sujet de sa condition angélique et de son don qui le tourmentait. Même si certains regards, ne se détournaient pas de lui. Il croisa celui de Jace, de Clary, d'Isabelle puis de Raphaël qui lui firent comprendre qu'ils attendaient au plus vite de plus amples explications. Qu'ils eurent plus tard, après qu'Alec eut annoncé que la fête de départ de Max aurait lieu demain soir.

Tous, se retrouvèrent dans l'office du jeune ange qui chouchoutait son chat, le câlinant dans ses bras, près de la cheminée. Max fut le dernier à entrer et ferma à double tour la porte derrière lui.

-Désolé pour le retard, j'ai voulu contacter Eliott mais je suis tombé sur son répondeur.

-Ne t'excuse-pas, tu ferais mieux d'aller le voir chez ses parents plus tard, sourit Alec en s'asseyant sur le canapé. Isabelle ne se priva pas pour prendre place sur le siège de bureau au large dossier rembourré, croisant les jambes et posant ses coudes comme une véritable Présidente d'Etat.

-Tu fais ton Magnus ? questionna-t-elle d'un ton un peu dur que lui reprocha l'Archange d'un regard, las.

-Suis-je parti sans rien vous dire ? rétorqua tout de même Alec, sans rancœur dans sa voix. Isabelle se sentit bête, et reposa sa question.

-Pourquoi tu t'en vas ?

-Tu dis ça comme s'il ne reviendrait pas, souligna Jace, assis sur le bord du bureau, les jambes ballant dans le vide.

-Tu as parlé de ton don, renchérit Clary.

-Pour être franc, reprit alors Alec : Il y a quelqu'un du Peuple en dessous des Collines qui peut m'aider à maîtriser mon don. Et il y a certains songes dont j'aimerai mettre la lumière.

Tous se turent, mais eurent la même pensée : Parfois, ils oubliaient que le jeune ange était capable de prédire certains événements dans ses rêves. Jace repensa à leur virulente dispute qui les poussa à s'éloigner plus encore. Puis, il pensa à ses propres rêves, ou cauchemars devrait-il dire, qui l'empêchaient si souvent de fermer l'œil, si Clary n'était pas près de lui.

-Je ne parviens pas à les comprendre, et surtout, je ne parviens pas à les voir entièrement. Pour cela, je dois absolument devenir un « liseur de rêves » et seul Li-Tôten peut me venir en aide.

-Li-Tôten ? répéta Max, curieux.

Alec échangea un regard avec l'Archange qui reprit pour lui :

-Le premier « liseur de rêves ». Si, mon frère Gabriel peut voir l'avenir, il n'a nullement appris à lire dans les rêves et à entrevoir toutes leurs facettes. Bien qu'il ne se soit jamais trompé malgré ce point.

Son cadet courba soucieusement ses sourcils à l'entente de ces mots. En soi, ce que disait Raphaël n'était pas tout à fait juste, mais il laissa sous-entendre que cela n'était bel et bien pas la faute de Gabriel. Cependant, lorsqu'il adressa un sourire chaleureux à son aîné, Alec ne reçut qu'un regard un tantinet distant.

-Quoi qu'il en soit, si tu parles d'aller le rejoindre c'est qu'il a dû venir te voir en rêve, je me trompe ? reprit Raphaël.

-Euh…oui.

-Houlà, ça devient mystique vos machins, pouffa Isabelle. Il est mignon ? Tes enfants sont du genre craquant, ajouta-t-elle à l'attention de Raphaël qui ne se priva pas de la remercier et d'ajouter un : « qu'est-ce que tu crois, aussi beaux et surprenants que la Nature ».

Fier de ses progénitures, songea Alec.

-Se sont vraiment tes enfants ? questionna Max, suspicieux. Comment t'as fait…enfin, je veux dire…

-On s'éloigne du sujet, interrompit Alec en laissant le chat gagner les genoux d'Isabelle.

-Pourquoi quand c'est moi qui pose des questions, personne ne veut jamais me répondre ? maugréa le plus jeune du groupe.

-Boude pas frangin, je t'apprendrai comment on fait ! s'amusa Jace qui reçut les foudres de son amante. B-Bah quoi … ?

-Mais je sais faire ! lâcha Max en surprenant tout le monde autour de lui. En-enfin je sais comment on…j-je…

-Oh oh, je serais curieux de savoir comment tu as procédé pour t'informer à ce sujet, Maxwell, renchérit le blond en se faisant pincer par Clary et Alec en même temps : Aïe ! Mais mince, je peux bien apprendre la vie à mon petit frère !

-Oui, bah, il apprendra quand ce sera le moment, pesta la jeune rousse en tortillant nerveusement ses cheveux autour de son index. Ce que Jace pouvait se montrer lourd quand il s'y mettait…

-En fait le plus tardif c'était Alec, souligna subitement Isabelle.

-N-non mais vous avez fini tous les deux !? Pis, ça veut dire quoi, « j'étais le plus tardif » !? Tu crois peut-être qu'à douze ans je ne savais pas comment on faisait les bébés !?

Un blanc, des plus gênants alourdi l'atmosphère. Ou la rendit plus légère pour certain, notamment Raphaël qui éclata de rire sans pouvoir se contrôler.

-Haha ! C'est la meilleure conversation qu'on n'ait jamais eue ! Haha !

Clary pouffa à son tour, cachant tout de même son sourire derrière une main, tandis qu'Alec était en train de mourir de honte en réalisant à quel point sa phrase sonnait enfantine et innocente. Je vais avoir vingt-ans, bravo la crédibilité ! hurla-t-il en son for intérieur. A côté, Max n'était pas mieux, se masquant le visage dans le creux d'une main, il priait tous les anges et les démons pour qu'on vienne le sortir de cette scène horriblement embarrassante.

-V-vous savez, j'n'ai jamais autant eu honte de faire partie de cette famille ! râla-t-il

La soirée termina sur une note plutôt joyeuse, malgré le départ des deux frères Lightwood. Certaines questions restèrent tout de même en suspens, comme celle de ne pas avoir choisi Isabelle comme sous-chef, et justement, pourquoi deux ? Alec regagna sa chambre en sentant la fatigue l'assaillir. Néanmoins, il se sentait apaisé d'avoir pu passer un moment si léger avec ses proches. Ce ne fut peut-être pas grand-chose, mais depuis plusieurs semaines rares furent les fois où il eut le cœur à rire ainsi.

Il était en train de se changer lorsque Max lui rendit une petite visite. Il frappa trois coups contre la porte, avant de l'ouvrir timidement.

-Alec ? appela-t-il en chuchotant.

L'interpellé passa un coup d'œil par-dessus son épaule et termina rapidement d'enfiler ses vêtements pour la nuit.

-Un problème ? T'as du mal à dormir avec tout ce que tu as appris ce soir, je suppose, lui dit-il en l'invitant à entrer. Après avoir refermé la porte derrière lui, il s'installa sur son lit, en tailleur à côté de son petit frère qui retirait ses pantoufles avant d'étendre ses jambes sur les draps.

-Ouais, je… (il chercha ses mots) Je ne sais pas encore comment réagir. C'était très flou dans ma tête quand tu as annoncé tout ça.

Se massant la nuque d'un air soucieux, Alec demanda s'il lui en voulait d'avoir annoncé son admission à l'Académie d'Idris devant tout l'Institut. Aussitôt, Max lui fit comprendre que ce n'était pas ça qui le rendait si confus.

-N-non ! De toute façon, ils auraient été au courant le jour de mon départ, alors…

-Et Eliott ? Tu as pu le contacter ?

Le plus jeune se mordit la lèvre inférieure en secouant la tête.

-J'ai laissé un message sur sa boîte vocale et je lui ai envoyé un texto aussi, mais je n'ai toujours aucune réponse.

Triturant les plis des draps, le jeune Nephilim essayait de s'imaginer toutes les raisons possibles qui empêchaient son ami à lui donner une réponse. Puis, ses réflexions datant d'il y a peu, refirent surface, alors que l'image du jeune sorcier se placardait derrière ses paupières. « L'étoile du matin fut pleurée par ses congénères… » Le texte du livre offert par Magnus ne cessait de défiler en boucle dans son esprit.

-Ça te fais peur ?

La voix de son aîné le sortit de ses sombres pensées.

-Pardon ?

-Ton départ, ta formation pour entrer dans la Force… tu as peur ?

Max haussa une épaule.

-J'sais pas trop…Je suis content d'avoir réussi l'examen et de marquer une page de notre histoire. Mais je dois mal percuter ce qui m'arrive, j'ai l'impression de ne pas être entier, rit-il sans joie, en se massant la joue, comme si cela essuierait son malaise.

Soudain, quatre grandes ailes auréolées d'une lumière argentée striée d'ondes bleues, l'entourèrent.

-Wah ! Tu m'as fichu les j'tons ! paniqua-t-il en se reculant un peu pour mieux apercevoir les membres plumés.

-Elles sont du genre à réclamer de l'attention, je ne voulais pas te faire peur, s'excusa Alec en frictionnant les plumes de l'une de ses ailes.

D'autres taquinèrent Max en soulevant ses mains, désirant elles aussi des câlins. Le plus jeune sourit avec tendresse en se laissant aller à des gestes affectueux.

-Moi non plus je ne savais pas comment réagir lorsque je suis devenu…ce que je suis devant toi, expliqua le jeune ange. Cependant, même si j'ai pu me montrer capricieux par moment, je ne regrette pas un seul instant les choix que j'ai fait et qui m'ont conduit jusqu'à ce jour. Cela n'a pas toujours été facile, et cela ne le sera sûrement pas non plus dans le futur, mais j'ai compris que des gens comptaient sur moi et que je n'avais pas le droit de n'en faire qu'à ma tête.

Max adressa un regard interrogateur à son frère et demanda s'il faisait allusion à son départ pour la Cour de l'Hiver.

-Si j'avais vraiment voulu choisir la facilité, crois-moi je laisserai mon don de côté.

-Pourquoi ? s'offusqua presque Max : tu vois l'avenir dans tes rêves ! Ça te donne un coup d'avance sur tout le monde.

Alec soupira.

-Au début, je voyais ça comme de la curiosité malsaine, mais j'ai vite compris que tout dépendait de mes intentions. Mais il y a certaines images, difficiles à oublier.

-Pas besoin de cauchemarder pour ça, trancha Max d'une voix blanche qui surpris Alec. Ce dernier incrusta son regard hébété dans celui si intense de son petit frère. Ses iris étaient sombres, rappelant le ciel noircit par l'orage qui menaçait d'éclater et de déverser ses foudres sur ses victimes naïves, qui pensaient ne rien risquer à se promener en dessous. Alec déglutit bruyamment, tandis que Max reprenait : Je comprends ce que tu veux dire. Et je n'ai pas la prétention de dire que tes rêves sont aussi ordinaires que les nôtres, nous qui ne pouvons lire les songes. Mais tu as bien fait de ne pas t'arrêter là. Si nous cessions de chasser les démons sous prétexte qu'il est difficile d'oublier ou bien d'apaiser notre esprit, je ne sais pas si les Shadowhunters existeraient encore aujourd'hui.

Tremblantes, les ailes d'Alec glissèrent d'entre les doigts de Max pour venir se recroqueviller derrière leur maître. Le Nephilim soutenait toujours le regard de l'Ange, avec une ardente détermination qui ne pouvait qu'ébranler la personne qui en était témoin. J'ignore tout de ce qui l'attend, se dit Alec : Mais une chose est sûre, il a beau être fier d'être un Chasseur d'ombres, je doute qu'il ne se rebelle pas contre Raziel si celui-ci venait à lui barrer la route. L'angoisse qui naissait en lui, fit cogner son cœur, douloureusement dans sa poitrine. Alec ne craignait pas Max…Mais il ne pouvait s'empêcher d'avoir peur pour lui, en cet instant. En tant que guerrier, il a…tant grandi depuis cette guerre.

-Bon, soupira le plus jeune en s'étirant de tout son long sur le lit de son frère : Je vais passer chez Eliott avant d'aller au lit.

-Ne traîne pas, s'enquit Alec : et prends des armes au cas où. (Il sourit) Tu n'auras qu'à en profiter pour aider Karine à faire sa ronde, ta dernière avant le grand départ pour Alicante.

-Hein !? Mais non…

-Dernier ordre de ton chef !

Max jaugea son aîné avec défiance avant de lever les yeux au ciel et s'en aller. Il ajouta tout de même avant de refermer la porte derrière lui :

-Est-ce que Eliott pourra continuer de venir étudier ici ?

-Mn ? Oui, bien sûr. Répondit Alec, d'un air curieux : Mais ne serait-il pas mieux avec ses parents pour son apprentissage en sorcellerie ? Il ne doit pas y avoir beaucoup de manuels utiles pour lui.

Son petit frère sourit d'un air bien mystérieux avant de lui dire, de ne pas s'en faire pour ça. Alec trouva cet échange des plus étranges. Vraiment épuisé, il passa outre et s'apprêtait enfin à aller se coucher. Puis, plus tard dans la nuit…une petite tête blonde se faufila dans son lit.

-Pss…tu dors ?

Alec dormait, en effet.

-Alec…tu dors ?

L'interpellé inspira profondément alors qu'il se réveille enfin. Il eut à peine besoin de tourner la tête pour comprendre que Jace se trouvait dans son lit.

-Plus maintenant.

-Moi non plus, je ne dors pas.

-Sans rire… ?

Un silence s'immisça entre eux. Tout petit, car Jace reprit :

-T'as pas annoncé le jour de ton départ…souffla-t-il, en observant la silhouette d'Alec -qui était de dos- après que ces yeux de Nephilim se soient habitués à la pénombre de la chambre.

-Je sais…je comptai le faire après que Max soit parti. Je veux que tous aient consciences des nouvelles tâches qui leurs sont attribuées.

-Histoire de partir l'esprit tranquille ? ricana le blond.

-Je reste le directeur de cet Institut. Je ne veux pas qu'ils pensent que je les abandonne pour mon plaisir.

-Ton plaisir ? Je n'ai pas l'impression que tu partes pour t'amuser… et nous l'avons tous ressentit au timbre de ta voix, pendant ton annonce.

Alec jeta un coup d'œil en coin, comme s'il pouvait apercevoir son cadet, mais resta dans la même position.

-Ce que je ne comprends pas, reprit le plus jeune Pourquoi nous avoir choisi, Clary et moi ?

-Clary a fait preuve d'un mental solide et d'un leadership exemplaire durant la guerre d'Idris, il me semblait judicieux de la nommer, d'autant plus qu'elle a gagné rapidement la confiance et le respect de bons nombres de clans, ici, à New-York, une ville qu'elle connaît bien.

-Et moi ? Je ne suis pas le meilleur leader que cet Institut connaisse, tu le sais très bien. J'ai déjà du mal à m'occuper de moi.

L'Ange gloussa.

-Au moins tu le reconnais !

Il se reçut une tape dans le dos, le faisant se cambrer.

-Aïe ! Prends pas la mouche…

-Alors ! Pourquoi moi ?

-Ne me dis pas que c'est ça qui t'a poussé à venir squatter mon lit !? pesta Alec en chuchotant, comme si d'autres pouvaient les entendre parler. Ils revenaient quelques années en arrière, tapis sous les draps à lire des œuvres sur les exploits des Nephilim ayant marqué une page de leur Histoire.

Un nouveau blanc surgit. Puis, Jace le combla une fois encore :

-Si.

Alec marmonna dans sa barbe, semblant dépasser par l'attitude de son frère. Un soupire se fit entendre, avant que le silence ne règne à nouveau dans la chambre. Jace patienta, mais lorsqu'il n'eut aucune réaction de la part de son aîné il capitula et laissa le sommeil clôturer ses paupières. Quand soudain, une douce chaleur l'enveloppa. Papillonnant d'un air décontenancé, il découvrit son corps être enveloppé d'un halo de lumière argentée striée de nuances bleues. Ce n'était pas étouffant, ni trop intense mais suffisamment consistant pour l'apaiser et chasser ces mêmes images qui le hantaient encore et toujours. Cette sensation de vide…de froid et de mort, fut chassé par la douceur et la bienveillance de l'aura angélique d'Alec. Sans prévenir, la sienne entra en résonnance, et l'or se mêla une nouvelle fois à l'argent. Ne dormant pas, Alec glissa sa main sur la cicatrice qu'il gardait au ventre, songeant à la plume qu'il eut donnée à Magnus.

-S'il m'arrivait quelque chose, il n'y a que toi qui pourrait reprendre les rênes, Jace, souffla-t-il tandis que derrière lui, il sentit le front de son frère, et meilleur ami, se nicher contre sa nuque.

Jace, dormit profondément, et sans peine.


De son côté, Max courrait sur les toits des immeubles et des commerces, telle une ombre dansant avec la nuit. Les pans de sa veste en cuir flottaient dans sa course. Il ne m'a toujours pas répondu… Bien que son frère l'eût assigné à aider l'une de ses collègues durant sa ronde, il n'omit pas de se rendre chez Eliott avant. Le vent soufflait cette nuit-là, et le froid mordait ses joues. Autant il se traça une rune de célérité, autant celle pour se réchauffer, il passa outre, se disant que courir suffirait. Et surtout, voir Eliott au plus vite, semblait être sa priorité. Bien plus que de se réchauffer. Il restait quelque trace de neige, mais la pollution reprenait peu à peu le dessus. Il se rapprochait de l'immeuble habité uniquement par Eliott et sa famille, et sourit en remarquant son ami encore debout, posté à son balcon. Il ne voyait pourtant aucune lumière émaner du salon, ni dans les autres pièces. Est-il le seul à ne pas être couché ? Au début, il pensa que son ami le remarquerait courir sur les toits, mais le Sorcier semblait trop absorber à contempler ses mains. Max en profita pour se cacher discrètement sur le balcon supérieur. Mais lorsqu'il se pencha pour effrayer son ami, il se retint en constatant que ce qu'il observait n'était pas ses mains, mais son téléphone portable. Surtout… Le message que je lui ai envoyé ? Eliott soupira profondément, tandis qu'il composait le numéro de son répondeur, afin d'écouter -une nouvelle fois- le message vocale laissé par Max, en plus de son précédent texto.

« Elly, t'as du temps libre maintenant ? C'est chaud, 'faut que je t'annonce une nouvelle de dingue ! Enfin, je dis ça, mais pour tout de dire je suis assez partagé, j'ai vraiment besoin de te voir ! Réponds aussi vite que tu peux, à plus. » - Message archivé. Vous n'avez pas de nouveaux messages. Pour r-

Eliott pressa la touche « raccrocher » tout en soupirant encore et toujours en relisant le texto : « Je pars pour Idris, j'ai été reçu à l'Académie. T'en penses quoi ? On peut se voir dans la soirée ? »

-Ce que j'en pense ? fit Eliott pour lui-même : Qu'est-ce que j'en sais…

Lui qui n'avait jamais été à l'école, ne comprenait pas ce besoin, non, cet engouement à vouloir entrer dans une académie bien précise. Bien qu'en soit, il comprenait Max, il n'y avait que celle-ci pour lui permettre d'entrer dans la Force des Shadowunters, à défaut de ne trouver que des écoles pour terrestres dans le monde normal. Lui-même, hormis rechercher à tout prix son père biologique, n'avait pas d'autre objectif. Il étudiait auprès de Ragnor pour maîtriser ses pouvoirs, mais n'avait aucune ambition derrière. Il existait bien le Labyrinthe en Spiral, où certains Sorciers s'adonnaient à l'enseignement, mais en quoi avait-il envie de spécialiser ? Son père adoptif, était doué en tout, mais surtout en invocation et en sorcellerie dimensionnelle. Catarina, lui conta qu'elle ne choisit pas vraiment sa vocation, que sa magie n'était faite que pour guérir ou empoisonner. La voie de la biologie lui était donc toute tracée, bien qu'elle sache également maîtriser des sorts de communication. Mais moi… tenant son portable d'une main il détailla les traits de l'autre.

-Je n'ai jamais utilisé ma magie pour autre chose que me battre…

-Ah bon ?

S'écriant de stupeur, Eliott tressauta sous la surprise et fit tomber son portable par-dessus le balcon. Il ne réagit que trop tard, et ne fit que suivre la chute de l'appareil. Max lui, bondit de son perchoir pour rattraper l'objet qu'il lança de toutes ses forces en direction du jeune Sorcier qui le rattrapa au vol. Mais dans la panique il libéra sa magie qui forma une liane grotesque à laquelle Max parvint à s'agripper. Son cœur de Sorcier battait à tout rompre dans sa poitrine, et sa voix trembla lorsqu'il cria le prénom de son ami.

-Max ! T-Tu …

-Attends je remonte, s'exclama le plus jeune en s'aidant de la liane de magie pour escalader le mur jusqu'au balcon de l'appartement où vivait Eliott.

Max agrippa la rambarde, y prit appui et vint s'y installer tel un corbeau. Eliott s'apprêtait à lui crier dessus, afin d'exprimer la frayeur ressentit par sa chute, mais le brun le devança.

-Tu vois, tu viens d'utiliser ta magie pour me sauver.

Eliott haussa les sourcils, et écarquilla les yeux, encore sous le choc de ses précédentes émotions mais surtout, ne s'attendant pas à recevoir de tels mots maintenant. Puis il se souvint qu'il s'agissait de Max, dont la spontanéité défiait toute logique. Eliott baissa les yeux sur l'écran éteint de son téléphone portable, qu'il tenait dans ses deux mains. Elles se mirent à trembler, et il vint nicher son nez dans les plis de son écharpe. Ses cheveux, déjà souples et ondulés, scintillèrent d'une faible lueur qui fascina toujours autant le Nephilim. Et sans se soucier à quel point ces gestes pouvaient troubler le Sorcier, il glissa une main contre sa joue et la remonta le long de sa tempe jusqu'à glisser derrière l'oreille une épaisse mèche de cheveux, dégageant ainsi le profil d'Eliott.

-Tu ne sais toujours pas quoi me répondre ? susurra-t-il. Dans ce cas, procédons par élimination : Es-tu content que j'entre à l'académie d'Idris ?

Eliott secoua la tête.

-Dans ce cas : es-tu fâché ?

Son ami secoua à nouveau la tête. Pourquoi devrait-il être content ou fâché ? Ce n'était pas lui qui entrait là-bas, mais il n'en voulait pas à Max, il n'avait aucune raison de lui en vouloir. Cependant, la douleur dans sa poitrine était si intense qu'elle parvenait à nouer sa gorge et à brûler ses yeux. Pourquoi ? Cela ne sembla pas échapper au chasseur d'ombres qui sourit avec tendresse.

-Ne pleure pas, ou je serais triste moi aussi.

Lui aussi ? Se répéta avec curiosité le plus âgé. Sous-entendait-il qu'Eliott l'était également ? Il l'interrogea du regard.

-Quoi ? Avec une tête pareille, tu ne peux qu'être triste, pas vrai ? s'amusa Max en essuyant une larme qui menaçait de perler du coin de l'œil de son ami. Elle resta posée sur sa phalange intermédiaire et il lui présenta.

-C'est quoi ton problème ? pesta Eliott en s'essuyant rageusement ses yeux. Tu cognes les canards à coup pierre, tu fais pleurer les sorciers…en plus tu oses être plus grand que moi, et j'suis le plus vieux ! Non, vraiment, j'n'ai pas de raison d'être triste.

-Eh ben souris ! s'agaça Max en pinçant les joues d'Eliott, afin de lui étirer manuellement un sourire.

-L-Lâ'he 'oi ! grogna l'autre.

-Souris ! ordonna le brun.

-T'es 'rai'ent qu'un ga'in !

-C'est toi le sale gosse ! demande à ta mère, elle te dira que j'ai raison ! (Il se tut en sentant de l'eau couler sur ses pouces) Elly…

Doucement, il relâcha les joues de son ami qui fondit en larmes sans être en mesure de se contrôler.

-T-T'as intérêt à rentrer les jours de permission ! pleura le sorcier en arborant une moue des plus contrariées.

S'abandonnant à l'affection plutôt qu'aux chamailleries, le Nephilim sauta de son perchoir pour venir serrer contre lui son ami qui semblait avoir bien perdu l'habitude de pleurer. C'est vraiment étrange… Se dit Max. Eliott a raison, je dois vraiment avoir un sérieux problème. Il étreignait toujours son ami, et souriait avec sérénité. Il est triste de me voir partir, et moi… Le jeune Nephilim, se sentit plus heureux que jamais. Il sécha les larmes d'Eliott, sans jamais cesser de sourire, et ne pouvant pas non plus taire le bonheur qui jouait avec son cœur. C'était une sensation si étrange. Eliott, maladroitement, vint cacher son visage derrière son portable, le collant contre son front, tandis que Max vint y plaquer le sien contre la coque. Ce petit appareil de communication, deviendrait, dans un futur proche, leur seul moyen de partager leurs pensées.

Le soir suivant, Raphaël Santiago et Ragnor acceptèrent de privatiser le Pandémonium afin de célébrer l'admission de Max à l'Académie d'Idris. Tous ne purent pas y aller, et des roulements seraient faits afin de maintenir la sécurité au sein de la Cathédrale et que tous, puissent plus ou moins passer un bon moment. Bien sûr, le carré VIP n'était réservé que pour les proches de Max soit, ses frères, sa sœur, Raphaël et Clary accompagnée de Jocelyne et Luke. Eliott et ses parents, et s'ajoutèrent Simon et son aîné Santiago

-Je n'ai jamais vu autant d'enfants de Raziel dans ce club que ce soir, râla le Sorcier cornu en soupirant profondément.

-Oh, tu vas devoir t'y habituer, avec la nouvelle Alliance, les chasseurs d'ombres semblent positivement curieux et cherchent à mieux connaître les créatures obscures ! souleva Luke.

Alec balaya la salle d'un rapide regard. Pour une fois que les membres de son Institut pouvaient se détendre, cela le réjouissait.

Ils en vinrent à parler des épousailles de Jocelyne et Luke, dont la date approchait à grand pas. Le Loup osa demander si Magnus serait finalement présent ou non. Bien sûr, tous regardèrent Alec, mais celui-ci répondit simplement qu'il n'avait aucune idée de quand se déciderait son ancien amant à rentrer à Brooklyn.

-La dernière fois que j'ai survolé les environs, l'île était vide de sa présence.

-Et toi ? tu pars longtemps ?

-Je ne sais pas, mais je ferai sûrement des coupures enfin, j'espère pouvoir me libérer pour votre cérémonie en tout cas, sourit-il, en trinquant ensuite à la santé des deux futurs époux.

L'Archange, assis à ses côtés, se leva soudainement, pris le bac à glaçons et annonça qu'il allait en chercher d'autres mais aussi demander à ce qu'on lui prépare un cocktail.

-Je peux m'en occuper, tu sais, intervint Ragnor.

-Sans façon…, marmonna Raphaël, vos mixtures sont aussi terribles que l'absinthe ardente des tavernes elfiques.

-Oh ! s'extasia Ragnor : j'en ai goûté une fois, je me suis retrouvé à converser avec chameau imaginaire !

Tous, le jaugèrent avec scepticisme. Le Sorcier se racla la gorge, et dit à l'Archange qu'il pouvait poursuivre sa démarche. Ce dernier sourit en coin avant de rejoindre le bar où un serveur l'accueillit. Il lui confia le bac à glaçons et passa commande.

-Tiens, le bac. Et pour ton cocktail, je m'occupe de resservir les quatre là-bas et je suis à toi.

-Pas de souci.

En attendant, Raphaël rapporta le bac au carré VIP. Lorsqu'il s'apprêtait à retourner au bar, une main le retint sans force, attirant son attention. C'était Alec, qui s'excusa aussitôt et retira sa main farouchement.

-Désolé, je ne voulais pas te tirer comme ça…

-Ce n'est rien, assura l'aîné.

Alec lui demanda où il allait comme ça, mais comme il ne parlait pas très fort pour ne pas déranger la conversation des autres, Raphaël fronça les sourcils, se pencha et lui demanda de répéter. Les lèvres de son cadet caressèrent son lobe, alors qu'il réitérait sa question. Sensible à cet endroit, il ne lui fallut pas plus pour tressaillir et se sentir rougir. Les lumières étaient moins vives du côté du carré VIP, et Alec remarqua le subit embarras de son aîné qui lui répondit qu'il retournait simplement chercher son cocktail.

Mais il ne bougea pas, trop absorber à soutenir le regard fiévreux du jeune Ange qui avait conscience de le troubler. Sa nuque se fit douloureuse, mais il parvint à passer outre en se focalisant sur la musique. Il fit tout de même signe à Alec de le suivre, ayant certaines petites choses à lui dire, et peut-être à lui demander.

Sans hésiter, son cadet prit la main qu'il lui tendait et tous deux se glissèrent entre les chasseurs d'ombres qui se déhanchaient sur la piste. Raphaël ouvrait la marche, sa main pendue derrière lui, toujours accrochée à celle d'Alec qui le suivait de très près. Une fois arrivés au comptoir, ils prirent place sur un tabouret et se tournèrent de façon à être bien face à l'autre, et suffisamment proches pour qu'ils s'entendent. Même si cette promiscuité les troublait sans qu'ils ne puissent se mentir. Entre un qui ne pouvait pas et l'autre qui ne savait pas, c'était peine perdu…

-Je sais que t'as l'impression que je t'évite, mais ce n'est pas ce que je souhaite…commença le plus âge, toujours en ressentant cette désagréable sensation dans la nuque.

-J'ai surtout l'impression que tu ne cesses de lutter, mais je ne sais ni contre quoi…ni contre qui, rétorqua Alec. Si c'est pour te voir souffrir, je ne préfère même pas entamer quoi que ce soit moi non plus.

-Mais tu en souffres également, renchérit Raphaël. Tu n'as pas besoin de ça, surtout en ce moment.

Le plus jeune secoua la tête, semblant désabusé mais sourit malgré tout.

-J'ignore encore combien de temps ce que j'éprouve pour Magnus restera, ni même si cela me quittera un jour, mais tu ne dois pas t'en soucier. Ce n'est pas ton combat.

-C'est là que tu te trompes, Alec…se permit de dire son aîné, en venant reprendre sa main. Tu vas devoir garder en tête, que tout ce qui touchera Magnus, nous concernera toi et moi. (Sa voix s'adoucit) Tout ce qui me touchera, vous concernera lui et toi. (Il baissa les yeux, vers les doigts qu'ils nouaient entre eux) Et tout ce qui te touchera, nous concernera…lui et moi.

Les spots traçaient la salle de leurs lasers aux couleurs criardes, transcendant la silhouette de la foule sur la piste de danse, comme des spectres apparaissant et disparaissant dans l'ombre et la lumière. Ils dévoilaient des aspects, en camouflaient d'autres…Et la musique, n'était là que pour leur rappeler que ce qu'ils se disaient, ne devait pas être entendu.

-Lève les yeux, dit Alec.

Raphaël senti la rune sur sa nuque brûler sa peau. « Non, tu ne dois pas, Refa'El ».

-J-je ne peux pas, se plaignit-il.

-Si, lève les yeux, regarde-moi.

« Qu'as-tu à donner en échanger de ce souhait ? »

-J-je…

-Raphaël, insista Alec, d'une voix ferme.

« Retourne à Eden. Refa'El. »

Il agrippa si fort sa nuque que ses ongles entaillèrent sa peau, laissant couler de fins filets de sang. « Tu n'as rien à offrir, tu ne dois pas aller plus loin. Rentre. » L'Archange luttait, et tremblait de part et d'autre en tentant de relever les yeux vers le visage de son cadet. Mais une poigne invisible maintenait sa tête inclinée. « Ne te mens pas, tu ne peux pas mentir. Tu es convaincu que tu ne peux rien faire de plus que rentrer à Eden. Alors, rentre. »

-Je suis…, reprit-il en ne sentant même pas les mains d'Alec encadrer son visage : …convaincu que je ne-

« Tu ne peux aimer personne. Tu ne peux rester plus longtemps. Le rêve doit cesser. Tu-… »

Une chaleur familière calma ses maux.

-Tu peux lever les yeux.

Cette voix sembla plus portante que la musique qui devint de plus en plus sourde à ses oreilles. Comme allégé d'un poids, Raphaël releva lentement la tête, tandis qu'un acouphène ne lui laissa comme unique son, les battements effrénés de son cœur. Un cœur, qui reprit peu à peu son calme, lorsque ses yeux vairons croisèrent l'expression paisible du jeune Ange. Il cligna des yeux d'une lenteur patiente, tout comme le sourire qu'il lui adressait. Il n'entendait plus cette voix dans sa tête, il n'entendait plus ni son vice ni sa vertu. La chaleur qui l'entourait…Raphaël réalisa enfin qu'il s'agissait de l'aura angélique d'Alec, qui avait posé une main sur la sienne, toujours agrippée à sa nuque. Ce fut à ce moment précis qu'il comprit qu'une personne capable de le guider vers une nouvelle lumière, s'était présenté à lui. Que celui qui avait le plus besoin de l'autre, n'eut jamais été Alec, mais bel et bien lui-même.

-Aide-moi…

Ils se confrontèrent un moment du regard, puis Alec tira sur le tabouret de son aîné pour venir le rapprocher entre ses jambes, et l'enlacer avec force et amour.

-Ton cocktail ! surgit le serveur en glissant le verre à côté de Raphaël.

Les deux hommes s'écartèrent légèrement de l'un l'autre, sans pour autant briser leur contact, et toisèrent curieusement le troisième qui essuyait ses verres en souriant. Presque heureux d'avoir gâché l'ambiance.

-Je te sers quoi ? Un long-island comme l'autre fois ? proposa-t-il à Alec qui soupirait.

-Pourquoi pas, ouais, capitula-t-il sous l'air amusé de son aîné, qui sortait son paquet de cigarettes.

-Pas dans l'établissement, intervint le serveur.

-Tss…on peut fumer nulle part ma parole. L'Institut, les boîtes de nuit, les hôtels…

-Les hôtels ? s'enquit Alec, un tantinet intrigué. Quel hôtel ? tu crèches à l'Institut…

L'Archange fit mine de n'avoir rien entendu et sirota son cocktail du bout des lèvres.

-En fait, je n'préfère pas savoir, soupira une fois encore le jeune Ange non sans ricaner. Il posa sa joue contre le comptoir, et triturait distraitement entre ses doigts, les plis du pantalon de son ami, dont les jambes se mêlaient aux siennes, entre les pieds des tabourets de bar.

-Et un long-island, un ! s'enjoua le barman avant de se remettre à essuyer ses verres.

-Merci…, il jeta un coup d'œil à son aîné qui le regardait également en buvant son verre. Tous deux avaient envie de poursuivre leur conversation, mais le serveur ne semblait pas vouloir les lâcher.

Au début, Alec se dit que c'était sûrement parce que l'Archange lui avait tapé dans l'œil -connaissant un peu le serveur, il avait eu vent de son penchant pour les hommes- mais, constatant leur silence impatient, le serveur avoua :

-J'aime les histoires d'amour compliquées, alors…si vous pouviez reprendre votre conversation, sachez que je me ferai tout petit.

Raphaël manqua s'étrangler avec son cocktail, tandis qu'Alec laissa s'échapper un rire nerveux avant de se calmer avec une gorgée de son breuvage.

-Niveau indiscrétion, je pensai avoir touché le fond avec Isabelle, mais là !

-C'est le summum, renchérit l'Archange en se levant de son tabouret. Je vais fumer, tu fais quoi, tu me rejoins ou tu comptes lui présenter ta sœur pour qu'ils fassent les commères ?

-Roh, vous n'êtes vraiment pas gentils avec moi…bouda faussement le serveur qui partit chercher de nouveaux potins ailleurs.

Alec siffla son verre avant de suivre son aîné qui écarquilla des yeux ronds comme des soucoupes.

-Doucement, ce n'est pas de l'eau, rit-il en incitant l'Ange à passer son bras derrière sa taille, venant ensuite faire de même avec ses épaules.

-Alors là, quand tu sors sept mois avec un Sorcier, crois-moi, n'importe quel alcool lambda devient de l'eau.

Bien que la salle soit privatisée, il y avait tout de même un videur, afin d'empêcher les indésirables de s'introduire en douce dans le club. Il laissa passer Alec et Raphaël, sans imposer aucun tampon sur leurs mains, sachant pertinemment qu'ils étaient les organisateurs de cette soirée.

Même si cela ne se limita qu'à des étreintes chastes, les deux hommes semblaient pouvoir profiter de l'un l'autre, avec plus d'allégresse qu'auparavant. Raphaël tenait sa barrette de nicotique d'une main, mais ne la portait que rarement à ses lèvres, préférant les poser contre la tempe de son cadet, qui avait glissé ses bras sous sa veste afin de le tenir tout contre lui. Même s'il eut beau dire que l'alcool de tout à l'heure n'était pas aussi fort que les boissons qu'avaient l'habitude de préparer Magnus, l'avoir bu si vite apporta son petit effet secondaire. Pris d'un fébrile tournis qui ne permettait pas de garder ses esprits clairs très longtemps, il osa se montrer quelque peu aguicheur.

-On se trouve…au même endroit où Michaël m'a embrassé.

-Ah oui tiens, j'avais oublié ça. (Il tira une latte qu'il recracha quelques instants après) Il m'a raconté que tu l'avais giflé.

-Tu le savais ?

L'Archange opina, et lui sourit en croisant son regard.

-La fumée te gêne ?

L'Ange réfuta, et lui sourit également.

-Et toi ? susurra-t-il en ne pouvant détourner ses yeux de la bouche de son aîné. Ça te gêne ?

-Qu'il t'ait embrassé ? Raphaël se pencha vers lui, et remonta une main le long du dos d'Alec qu'il porta à sa nuque : Tu n'imagines même pas à quel point…

Leurs paupières se plissèrent de plus en plus alors qu'ils rapprochaient leurs visages entre eux. Leurs souffles se trouvèrent, ainsi que le bas de leurs lèvres. Soudain, un éclair fendit l'air et le ciel, et une explosion résonna jusqu'à eux.

-Qu'est-ce qu'il se passe !? s'exclama Ragnor suivit de près par tous les autres, arborant la même expression confuse que lui.

-L'Institut se fait attaquer ! S'écria Alec qui retrouva ses esprits avec violence et affolement. Il déploya ses ailes et s'envola en direction de la Cathédrale.

-Alec ! l'appela l'Archange qui l'imita.

Sous leurs yeux, deux nouveaux éclairs les éblouirent.

-Ce ne sont pas des éclairs ordinaux, n'est-ce pas ? fit Alec.

-Tu l'as remarqué, alors. On vient d'invoquer une créature infernale.

-Un démon ? pesta le plus jeune en fronçant les sourcils.

-Je dirai plutôt un familier ! intervint une voix qui leur était inconnue.

Les deux créatures célestes se stoppèrent en plein vol, et cherchèrent des yeux la propriétaire de cette voix. Suspendue dans le vide, se présenta une femme, dans une longue redingote cintrée, en velours et d'une profonde et sombre couleur. Le halo du clair de lune permit de distinguer sa teinte bleue. Son fuseau noir et à rayures de la même couleur que son manteau, était de taille haute et maintenu par des bretelles noires, qui surplombaient une chemise tout aussi obscure. Ce qui tapait à l'œil en revanche, fut incontestablement le jaune vif de ses gants dont la coupe s'arrêtait au dos de la main. Ils se fermaient au niveau de ses poignets par une fine sangle.

-Comment vas-tu…Refa'El ? sourit la femme dont la chevelure était similaire à celle de l'interpelé.

L'Archange, se cambra aussitôt, ne pouvant contrôler son sigil qui l'obligea à endosser son armure de commandant. La douleur au niveau de sa nuque revint aussi vite qu'un cheval confus dans sa course effréné. Un rire extatique raisonna dans l'air, faisant frissonner Alec qui s'était rué vers son aîné qui ne put garder le contrôle de sa conscience.

-Tu ne peux luter face à ton « ombre »…Pauvre Refa'El.

Son ombre ? se répéta Alec, incrédule.

-Ha- ! Ngh… ! Alec, va-t-en ! hurla l'Archange dont l'apparence et la voix se confondirent entre tous les genres.

-R-Raphaël, je t'en prie dis-moi ce que tu as !? s'écria le jeune Ange ne sachant quoi faire pour aider son ami.

-Tu sais très bien que tu n'es fait que pour m'abattre. Demande à ta vertu ! rit l'autre qui s'était comme téléportée sous le nez de l'Archange, dont les yeux étaient cachés derrière son casque. Mais où ai-je la tête, moi aussi je dois te tuer !

Un fulgurant coup de poing vint s'écraser tout contre le visage de la femme qui tournoya dans le vide jusqu'à s'écraser sur le toit d'un immeuble. Alec n'eut pas le temps de comprendre ce qui venait de se passer, pourtant, Gabriel se trouvait devant lui.

-Refa'El ! s'époumona-t-il au point de brasser l'air qui créa des ondes autour de lui, faisant trembler Alec qui protégea son visage de la bourrasque.

Aussitôt, le Gardien de la Nature retrouva la raison, et put endormir son sigil et revêtir sa précédente apparence masculine. Alec, complètement désarçonné, jonglait du regard entre le brun et l'argenté dont l'expression était des plus sinistres. Il eut l'irrésistible besoin de se retourner pour jeter un coup d'œil affolé à la lune. Elle, qui venait d'entrer dans un nouveau cycle, n'aurait pas dû être pleine avant la semaine prochaine. Pourtant…Elle est énorme… Le disque laiteux était si large qu'il était impossible de ne pas vouloir tendre la main, afin de s'assurer s'il n'était pas possible de la toucher. Ce que fit Alec, le bras tremblant, les muscles crispés.

-G-Gabriel… toussa Raphaël qui semblait s'être calmé.

Alec sortit de sa transe et agrippa les épaules de son aîné afin de l'éloigner un peu.

-J-je vais bien, assura l'Archange aux yeux vairons.

-A d'autres ! Est-ce que tu vas enfin m'expliquer ce qui se passe ? (Il adressa un regard noir à Gabriel) ça fait des jours que tu refuses de répondre à mes messages de feu, pourquoi es-tu là !? Qui est cette femme !?

Mais l'Archange blanc ne prit nullement la peine de lui répondre qu'il fondit pour venir agripper par le col de son manteau, la femme qu'il venait de mettre dans un piteux état.

-Parle, que cherche-t-il à faire !? vociféra l'Argenté.

Mais sa proie ne semblait pas à même de parler. Arriva Michaël, dans un tourbillon flamboyant et habillé de son armure. Lui aussi, ne sentit pas d'un bon œil cette nova dont faisait preuve la lune.

-Michaël, pourquoi Xezbeth est ici … ? demanda Raphaël, qui semblait avoir du mal à garder les yeux ouverts. Alec le soutint avec force, tout comme ses ailes qui se mêlèrent à celle de son aîné.

-Je ne sais pas, mais Djibril semble plus au courant que nous…marmonna le roux.

En contre bas, il observa son amant qui assénait, coup sur coup, de puissantes gifles à la femme évanouie. Pris d'un frisson de dégoût, il fonça pour retenir son prochain geste.

-Arrête ça ! Un tel sadisme ne te ressemble pas ! aboya Michaël.

-Ha…haha…

Les deux hommes tressaillirent en entendant la femme se mettre à rire, alors qu'elle se trouvait prisonnières des griffes de son assaillant.

-T'as la mémoire très courte, Mika'El. La « Force de Dieu » ? rit-elle en redressant la tête pour croiser son regard haineux dans celui de son bourreau : Une véritable calamité !

Tandis qu'il s'apprêtait à nouveau à la frapper, Gabriel se fit attaquer par une chaîne qui agrippa son poignet, avant de le tirer si fort qu'on l'envoya contre un le géant panneau publicitaire de l'immeuble en face.

-Il suffit, intervint une autre voix qui appartenait à un homme, manipulateur de la chaîne qui eut entravée le Gardien de la Lune.

-Adramélech ! Qu'est-ce que tout cela signifie !? s'écria Michaël : Nous n'avons enfreint aucune règle ! Pourquoi venir sur notre territoire !?

-Vous n'avez enfreint aucune règle ? Votre territoire ? Tu fais honneur à ton vice : arrogant que tu es, Michaël, se moqua ouvertement l'homme qui flotta dans le vide, jusqu'à poser un pied sur le toit où se trouvait ladite : Xezbeth.

Raphaël demanda à Alec de les faire s'approcher eux aussi, tout en s'agrippant fermement à son cadet. Ce dernier, sentit son aîné très affaibli, sans qu'il ne puisse comprendre pourquoi. Il tenta néanmoins de garder contenance, même si la confusion était de mise pour cette nuit. Il atterrit sur le toit, rangea ses ailes, tout comme Raphaël qui finit par s'écrouler à genoux.

-Refa'El ! s'affola le Gardien du Soleil qui accourut pour l'examiner : T'es blessé ?

-O-occupe-toi plutôt de Gabriel, répondit d'un souffle poussif le brun.

Michaël fronça les sourcils, tandis qu'il jeta un coup d'œil vers le panneau publicitaire d'en face. Il pesta avant de s'envoler secourir son amant. Soudain, une ombre passa et le stoppa.

-Djibril ! s'écria le roux en se retournant vers les autres.

Derrière lui, le nouveau venu se fit surprendre par Gabriel qui était revenu à la charge, enroulant sa gorge de sa propre chaîne.

-Ghhg- !

-Maintenant vous allez me dire ce que recherche Lucifer…je sais que ça a un rapport avec cette humaine, gronda-t-il en serrant la chaine. Son visage était poissé de son propre sang après avoir percuté de plein fouet le panneau publicitaire.

-U-une humaine… !? Ahh- !

-Lâche-le ! cria la femme qui fonça sur Gabriel afin de libérer son comparse. L'Archange bondit sur le côté et se retrouva aux côtés de son amant et tous deux firent barrage entre leurs amis et les deux autres qui sautèrent à bonne distance du quatuor angélique.

-Je ne vois pas de quelle humaine tu parles ! reprit le manipulateur de chaînes, nous sommes là pour le « Destructeur » !

Aussitôt, il pointa son doigt en direction d'Alec qui ne put cacher son incompréhension. Tout comme Raphaël qui luttait pour ne pas s'évanouir dans ses bras. Il se demandait comment en étaient-ils arrivés là…Cette nuit, aurait dû n'être que réjouissance et tout se transforma si vite en chao. L'Institut… Alec devait vite regagner la Cathédrale. Il était certain que Jace et les autres y furent, mais dans quel état ? Avaient-ils, eux aussi, rencontré des êtres semblables à ceux qui se trouvaient sous ses yeux ?

-Lightwood, appela la femme, dont les blessures se refermaient déjà : Toi, le Nephilim devenu Ange, nous savons que tu n'as toujours pas porté allégeance au Très Haut. Le Seigneur des Bas-Fonds nous envoie te porter un message. Le voici : Bestialité ou Auréole, tu ne pourras jamais te détourner de ton nom. Si les lumières t'accueillaient, cela serait en contrepartie de ton bien le plus précieux. Si les ténèbres en viennent à t'attirer, tu n'auras rien à donner. A toi de voir si Alexander tu veux rester, ou Gideon* tu oses t'affubler.

-AAAHHHH !

Dès qu'elle prononça son deuxième prénom, Alec se mit à subir une douleur insupportable qui le poussa à se cogner le front contre les dalles du sol comme si cela était le seul moyen de tuer le mal en lui.

-Alec ! s'écria Raphaël qui fut projeté par une vague d'aura sombre striée de bleu. Michaël le réceptionna avant qu'il ne percute la bordure du toit. Tous deux ne purent qu'être spectateurs, n'ayant aucune idée de ce qui arrivait à leur cadet. Le brun se débattit pour rejoindre Alec, mais le roux le retint avec force.

-C'est bien trop violent pour que je te laisse l'approcher, Refa'El !

Mais le Gardien de la Nature continua sa lutte, hurlant le nom de son cadet qui se laissait engloutir par cette aura sombre si peu familière à celle qu'il avait l'habitude de dégager. Quant à Gabriel, il s'avança d'un pas lent mais sûr en direction de l'Ange noir qu'était devenu Alec.

-Je savais…que j'aurai dû renaître dans ton corps, Alec, dit-il tout en laissant sa propre aura brute l'entourer pour le protéger de celle du brun, qui ne semblait plus capable de contrôler ni son corps ni sa conscience. Il était à genoux, sur un sigil qui n'était pas le même que le jour de sa renaissance en Ange, au Mont Shasta. Dans son dos, sortirent de grands os et articulations dénués de plumes. Mais maculés d'un sang poisseux et si sombre qu'il était difficile, de savoir s'il était rouge ou noir.

-Alec, répéta le Gardien de la Lune, le visage torturé entre l'angoisse et l'abnégation : Ne m'oblige pas à te tuer.

-DJIBRIL ! s'égosilla l'Archange Noir, maintenant revêtu de son armure et armé de sa hallebarde. Il fonçait droit sur l'argenté qui esquiva de justesse la lame, manquant de lui trancher la gorge.

-Non ! s'écria Michaël qui voulut intervenir, mais son amant l'en dissuada d'un geste de la main.

-Alors voilà, tu me hais au point de vouloir me tuer, moi, l'un de tes frères.

-Tu m'as pris Sara… persiffla Raphaël entre ses dents serrées, tu ne me le prendras pas, lui.

Un éclat de rire raisonna.

-Regarde, Adramélech ! Ils se battent entre eux ! Haha !

-Toi ! pesta Michaël, qu'as-tu fait à Alec !?

-Mais rien, s'outra la femme : Je n'ai fait que l'appeler par son prénom ! S'il préférait un pseudonyme, il n'avait qu'à le dire !

-Il est si dangereux d'avoir deux prénoms, renchérit l'homme à ses côtés. : Protecteur, ou Destructeur ? à lui de décider. (Il fit disparaître ses chaînes et s'envola avec la femme aux gants jaunes) Notre travail ici est fini, Mika'El, au plaisir !

Adramélech disparut en premier, sous un manteau brumeux qui se dissémina dans l'air.

-Refa'El, appela Xezbeth, nous avons été interrompus, mais j'espère pouvoir te revoir très très vite.

A son tour, la même masse brumeuse lui permit de se retirer. Ne restaient plus que les trois Archanges et leur cadet dont les ossements dans son dos brassaient l'air comme s'ils essayaient de prendre leur envol. Raphaël délaissa le Gardien de la Lune et courut aux côtés de son cadet. L'aura noire le repoussa avec violence, abattant un éclair bleu qui déchira sa peau et ses vêtements. Il manqua de chuter, mais prit appui sur sa hallebarde au dernier moment. Son armure disparut, mais ses longs cheveux noirs flottèrent autour de lui et de son visage à demi caché sous les mèches.

-Ne t'approche pas ! prévint Gabriel qui voulut le retenir mais son frère d'armes le repoussa d'un geste virulent. Il échangea également un regard avec Michaël, le dissuadant de l'empêcher d'avancer.

Alors qu'il fit un pas en direction d'Alec, un objet brillant sous l'éclat intense de la lune, attira son attention. C'est tout ce qu'il me fallait… se dit-il, en titubant jusqu'au petit bijou qu'il ramassa. Il les a toujours sur lui… Un sourire, difficile à cause de sa fatigue et ses blessures, apparut en serrant dans son poing, l'Artefact de Magnus, enroulé dans la plume que Raphaël offrit à Alec comme preuve de son amour pour lui. Les enrobant de sa propre aura, une aura pure, sans aucune mauvaise intention cachée, il fit léviter le bijou et la plume jusqu'à Alec. Ils passèrent au travers la tornade ténébreuse et une fois au-dessus de sa tête, l'Archange éteignit son aura et laissa la gravité faire le reste. Si la plume se fit ronger par la violente énergie d'Alec, l'artefact, lui, chuta sur les cuisses du jeune homme. Comme vidé de toute conscience, il articula sa nuque afin de baisser sa tête et observer curieusement le bijou.

Alexander. Semblait l'appeler une voix suave et tellement aimante. Tu comptes dormir encore longtemps ? s'amusa l'homme qui lui parlait. Allez, ouvre les yeux. Alexander. Il sera trop tard sinon, tout le monde t'attend. Tout ceci, le rendait si nostalgique…

-Ma… parvint-il à formuler.

Le Gardien de la Nature sourit, et osa glisser une main au travers l'aura. Bien sûr, elle tenta de la repousser, mais il se ficha bien de la douleur que provoquait la brûlure. Il tenait à l'atteindre, à le sortir de cette impasse.

Comment ça j'en fait des tonnes ? Je ne suis pas si dramatique, Alexander ! se plaignit la voix.

-Ma…Magnus…

Raphaël parvint à briser le champ de force qu'eut créé l'aura ténébreuse qui disparut enfin, tout comme le sigil obscur. Il ne restait que des ligaments et des os sur son bras, quand bien même il n'interrompit pas son geste. Cependant, engourdi, son bras tomba le long de son corps, et l'Archange dut lever la main gauche.

Je te l'avais dit que tu serais en retard...Mais c'est vrai, que je voudrais te retenir encore un peu. Si tu le veux.

-Magnus…

Alexander.

La main douce, et caressante qui se glissa contre son visage, le ramena enfin à lui. Epuisé, Raphaël se laissa tomber à genoux, et nicha son visage entre l'écart du cou et de l'épaule de son cadet qui vint aussitôt l'étreindre avec force et désespoir. Il frotta son visage tout contre cette main qui tremblait de fatigue.

-La plume…murmura-t-il d'une voix plaintive.

-Si seulement…mon vice ne venait pas entacher ce que je ressens pour toi. Je pourrais te le crier, ici et maintenant, sourit son aîné.

Alec sentit son cœur se briser, et resta encore un petit moment assis par terre, à étreindre Raphaël qui s'était évanoui. Tout fut si flou dans son esprit. Que venait-il de lui arriver ? C'était à la fois si effrayant et pourtant tellement familier. Tout cette obscurité qui émana de lui…J'ai eu l'impression d'expulser en moi toutes ces ignobles émotions que j'ai pu ressentir tout au long de ma vie !

Lorsqu'il se sentit capable de bouger, ce fut un Institut délabré qu'ils retrouvèrent, lui, Gabriel et Michaël qui portait son frère d'armes dans ses bras. Sur place, Jace se rua vers Alec pour le prendre dans ses bras.

-Tu es vivant… ! soupira-t-il, semblant se libérer d'un poids. Je ne te voyais pas arriver ! Et je ne ressentais plus ton aura, j'étais…

Le brun rassura son cadet du mieux qu'il put sur le moment, alors que sous ses yeux, des corps gisaient au sol, baignant dans leur propre sang mais aussi l'ichor d'une créature qui fut réduite en poussières, vu les grains de sable noir qui couvraient les débris.

-Isabelle ? Max… ? ne put seulement dire Alec.

-En vie, rétorqua Jace en s'éloignant de son frère. Mais…

Il s'écarta pour laisser passer Alec qui découvrit alors le corps d'Eliott allongé sur le dos, portant sur son corps de multiples morsures et entailles si profondes que certains de ses os étaient visibles même de là où il se trouvait. Sa tête reposait sur les genoux de Max qui pleurait contre le torse de son ami. Dans le fond, accroupi dans un coin, Ragnor se tenait la tête dans ses mains, désemparé, le regard exorbité et inondé de larmes. Son sang ne fit qu'un tour dans sa poitrine et son pouls s'accéléra. J'avais promis de le protéger ! se hurla-t-il en son for intérieur. Une promesse qu'il comptait tenir, depuis le premier jour où le jeune Sorcier et lui s'étaient rencontrés à la raffinerie. Pourquoi… ? Cette nuit ne devait pas se dérouler comme ça ! Lorsqu'il balaya le hall des yeux, il remarqua qu'une personne manquait. Edween…

-Où est-il ? demanda-t-il d'une voix grave.

-Qui ça ? s'inquiéta Jace.

Arriva son amante, accompagnée de Simon, tous deux l'air très affolé.

-On a besoin d'aide, il y a des survivants coincés sous les débris de la serre !

Aussitôt, des chasseurs d'ombres les rejoignirent, tout comme Jace et Alec, qui posa un dernier regard amer sur le corps d'Eliott. Il croisa celui de Max, rempli de désarroi et de haine. Il marqua un arrêt dans sa course, et se mit à trembler. Il ne pouvait laisser son frère dans une telle détresse, cependant, des survivants attendaient aussi de l'aide. Gabriel accourut pour prêter main forte à la serre, tandis que Michaël confia le corps de Raphaël à un garde à qui, il demanda de le poser dans un coin plus tranquille.

-Qu'est-ce que tu veux faire… ? s'enquit Alec.

Mais le roux resta muet, l'air soucieux, tandis qu'il s'approchait du corps du jeune sorcier. Aussitôt, Max sortit sa dague et la planta droit dans l'épaule de l'Archange qui ne broncha pas.

-Max ! s'affola son frère aîné, mais Michaël le dissuada gentiment de ne pas approcher.

-Je…t'ai déjà dit…que tu ne le toucherais pas…vociféra le jeune Nephilim qui, malgré que ses lunettes ne soient plus sur son nez, défiait le Gardien du Soleil de ses yeux d'où naissait une véritable tempête.

-Laisse-moi l'aider, dit-il à Max. Je te promets…de ne pas le blesser.

-L'aider… ? fit Ragnor dans une profonde confusion autant dans sa voix que dans ses yeux : Mais il…est mort ! Un sourire incrédule et fou s'étira sur ses lèvres : Comment veux-tu aider un mort ? Tu te prends pour qui ? Dieu !?

A ses mots, Alec réagit et obligea Max à laisser Michaël s'approcher. Mais le plus jeune se débattit lorsque son aîné tenta de l'éloigner en le prenant sous les aisselles.

-Lâche-moi ! cria-t-il.

Il parvint à toucher le visage de Michaël avec son pied, et Alec dut user de plus de ferveur pour le tirer loin d'Eliott.

-Il n'est pas encore mort, Max ! s'exclama Alec qui concentra son aura autour d'eux. Je ressens encore sa magie !

Ragnor haussa les sourcils de stupeur avant de serrer les dents avec rage. Une fois de plus, le contrecoup du talisman qui piégea sa magie pendant des années, lui laissa un goût âpre dans la bouche. Si ça continue…il ne restera rien de ma magie ! A cause de sa puissance qui diminuait de jour en jour, il ne put déceler celle de son fils adoptif qui luttait afin de maintenir en lui, un maigre souffle de vie. Traçant son sigil au sol, Michaël vint y déposer délicatement en son centre, le jeune sorcier dont la chevelure se mit à luire avec intensité.

-Je vais maintenant savoir si tu es bien son fils…

Lorsqu'il se releva, il retira la dague que lui eut plantée Max, et la suspendit au-dessus du visage d'Eliott. Max fronça les sourcils, mais la force qu'employait Alec pour le maintenir dans ses bras, l'empêcha de remuer.

Le filet de sang sur la dague, s'écoula en plusieurs gouttes qui tombèrent sur le coin des lèvres d'Eliott. Le peu qui s'infiltra dans sa bouche, suffit à émettre une réaction chez lui. Ses yeux s'écarquillèrent et il eut un hoquet de surprise, amassant le plus d'air qu'il put en accueillir dans ses poumons.

-Par l'Ange…souffla Alec, n'ayant pas perdu ses anciennes habitudes de chasseur d'ombres.

Ses bras l'en tombèrent, et il dut bien laisser son petit frère retrouver son ami qui regardait tout autour de lui, une panique véritable lisible dans ses grands yeux noirs.

-L-Le démon…

-Elly…souffla Max en venant l'étreindre avec force dans ses bras.

Au-dessus d'eux, le Gardien du Soleil ne put s'empêcher de voir d'un mauvais œil, ce que laissa le rituel qu'il venait d'exercer sur l'adolescent, afin de l'empêcher de plonger au Royaume des Morts. Son sigil, avait changé d'apparence.

-Ces inscriptions…, fit Ragnor en se ruant pour éloigner son fils et son ami du cercle.

A son tour, Max jeta à un coup d'œil sous ses pieds, et le texte qu'il lut des jours de cela, défila, telles les pages d'un livre que l'on tournait nonchalamment. « Le premier rebelle à déchoir, scintilla si fort, que l'on crut l'Aurore se lever. » Il posa un anxieux regard à son ami qui avait perdu beaucoup de sang, et qui risquait de tourner de l'œil à tout moment. « L'Etoile du Matin fut pleurée par ses congénères qui finirent par déchoir avec elle » De son côté, Ragnor se mit à genoux, presque avec affliction, tandis qu'il frottait du plat de sa main le sigil et retraça les contours avec ses doigts. « Du Paradis, filantes sous le manteau de la nuit, leur étincelle se ternit dans les entrailles des bas-fonds. »

-Pourquoi… ? ce n'est pourtant pas toi, questionna le Sorcier à l'encontre de Michaël qui avait détourné le regard. Où est passé ton sigil ?

-Parce-que le sang d'Eliott a réagi avec celui de Michaël, intervint Gabriel, qui portait sur son dos Edween, grièvement blessé. Clary, Simon et Jace revinrent eux aussi avec les derniers survivants.

-Quoi son sang ? s'enquit Ragnor, ne voulant plus du tout comprendre ce que disait cet Archange.

-Vous êtes un Sorcier, vous devez pourtant reconnaître ce sigil.

-Ça suffit ! intervint Alec, dont la voix raisonna dans les ruines de la Cathédrale. C'est assez pour cette nuit. Que tous ceux encore disposés à marcher aident les blesser. Isabelle, va vérifier si l'internat est encore habitable. Clary, assure-toi qu'il ne reste personne de prit sous les décombres. Simon, je vais aussi avoir besoin de tes services…

-Vas-y, assura le jeune Vampire.

-Peux-tu contacter Catarina Loss ? Je vais avoir besoin de-

-Tout de suite ! s'enquit Simon qui partit aussi vite que l'éclaire.

Alec n'eut pas le temps de le remercier. Il croisa ensuite le regard de celui qui fut encore, il y a quelques mois de cela, son Parabataï et lui demanda de l'aider à s'occuper de déblayer les corps.

Il ne laissa pas non plus les Archanges se tourner les pouces.

-Quant à vous deux…autant j'ai des questions à vous poser, autant j'aimerai que m'aidiez maintenant. Je peux compter sur vous ?

-Quel question, fit le Gardien de la Lune, mais son cadet l'ignora tout bonnement en s'affairant à rassembler les corps de ses Shadowhunters.

Au final, tous passèrent une nuit blanche. Luke et Jocelyne qui étaient restés auprès de Sunniva et de Raphaël Santiago, relayèrent les chasseurs d'ombres ne tenant plus sur leurs jambes, et afin de s'occuper des autres blessés, desquels grouillait l'infirmerie de l'Institut.

-C'est incroyable, nous qui comptions encore beaucoup de chambres vides, voilà que certains se retrouvent à quatre dans la même ! Comment va-t-on faire pour reconstruire la Cathédrale ? demanda Isabelle qui pansait les plaies d'une jeune femme sous anesthésie.

-Ça va nous coûter cher, mais en demandant à Lorenzo Rey, tout devrait rentrer dans l'ordre, répondit simplement Alec, qui, depuis l'encadrement de la porte, réfléchissait à tous les évènements de cette longue nuit qui marqua les esprits. Il s'adressa ensuite à Catarina : Je peux te les confier ?

-Où vas-tu ? Mais oui, avec ta sœur je devrais pouvoir m'en sortir.

Les deux femmes se sourirent d'un air complice.

-J'ai besoin d'éclairer cette histoire…

D'un pas assuré mais surtout impatient, il déambula dans le couloir en direction de la bibliothèque qui avait été miraculeusement épargnée. Là-bas, s'étaient réunis Michaël, Gabriel, Ragnor et Sunniva qui avait tenue à rejoindre sa famille. Elle ouvrit en grand ses bras pour étreindre Alec qui répondit sans retenu à son élan d'affection.

-Je commençai à m'inquiéter, ils ont eu beau dire que tu allais bien, depuis mon arrivée je ne t'ai vu nulle part !

-J'étais occupé avec les blessés, dit Alec en s'éloignant de son amie. T'ont-ils enfin parlé d'Eliott ?

Sunniva plissa douloureusement les yeux en se tournant vers son époux qui semblait toujours autant dévasté. Il s'était exilé sur un fauteuil, loin des Archanges qui observaient Alec les rejoindre non sans leur adresser un regard froid.

-Alec…commença Gabriel.

-C'est moi qui parle le premier, l'interrompit le brun sans réserve. Cela fait des jours que j'essaie de te contacter, tu me laisses sans nouvelle. Il faut que deux terroristes infernales débarquent pour que tu pointes enfin le bout de ton nez, c'est quoi ton problème !? Pour quelqu'un qui disait vouloir m'aider, t'as du culot de faire comme si de rien n'était.

Le Gardien de la Lune ne cacha pas son agacement, cependant, lui-même savait que son cadet avait raison.

-Si je ne répondais pas à tes messages de feu, Alec, c'est tout simplement parce je n'avais pas la condition physique pour bouger. Michaël m'en est témoin. Et sache qu'en ce moment même je prends beaucoup sur moi.

L'Argenté se tourna, releva ses cheveux et montra la rune que lui avait tracée Clary. Elle était toute enflée et vu les ecchymoses qui l'ornaient, Alec n'eut aucune peine à s'imaginer la douleur que devait ressentir son aîné. Il repensa alors à ce qu'il s'était passé au Pandémonium, avec Raphaël qui ne cessait de masser sa nuque.

-Je sais que tu nous as surpris, dans ton bureau, Raphaël et moi l'autre fois, reprit Michaël : Il a eu une crise, et seule une aura qui n'était pas la sienne pouvait calmer la douleur. Une aura, qui n'était ni empreinte de sa vertu, ni de son vice. Et il en est de même pour Gabriel.

-Tu crois que c'est sa blessure au bras qui rend Raphaël si mal en point ? l'interrogea l'argenté.

Bien sûr, une question purement rhétorique. Alec le sut bien. Outre la blessure faite au bras droit, l'Archange ne fut pas touché par les deux autres créatures hargneuses qui étaient venues à leur rencontre. Il se remémora également qu'après avoir soulagé les maux de son aîné, celui-ci fut plus à même de se livrer à Alec. Par la suite, Raphaël sembla avoir perdu le contrôle de lui-même.

Inspirant profondément, Alec relâcha ensuite la pression, se sentant honteux d'en avoir autant voulu à Gabriel. Cependant…

-Il y a tout de même quelque chose dont je dois être sûr, Gabriel. J'ai comme l'impression que tu connaissais le père biologique d'Eliott depuis le début.

Michaël intervint.

-Avec le sigil qui est apparu, impossible pour nous de nous tromper.

-Je ne parlais pas de ça, coupa le plus jeune.

Face à lui, son ancien possesseur arbora une mine sans expression.

-Tu cherchais à connaître les plans de Lucifer, c'est d'ailleurs pourquoi tu t'es montré si violent avec cette femme. Je suppose qu'elle est une démone à la solde du Seigneur des Bas-fonds… Néanmoins (il marqua une pause et posa ses yeux sur Sunniva qui écoutait attentivement leur conversation), tu as mentionné une humaine…

Depuis son fauteuil, Ragnor tourna légèrement la tête, semblant plus à l'écoute également. Alec passa un bras derrière Sunniva pour l'obliger à s'avancer.

-Tu parlais d'elle ?

Enfin, le visage de Gabriel changea d'impassible à soucieux. Il ferma les yeux, puis opina silencieusement. De son côté, Michaël restait interdit, bien qu'il se souvînt de la prédiction qu'eut faite Gabriel il y a plusieurs ères de cela. « Ton frère s'entichera d'une femme… » Lui qui éprouvait une véritable haine pour le genre humain, il se demanda comme il en fut arrivé là.

Ils discutèrent tous, de ce que gardait pour lui le Gardien de la Lune depuis longtemps maintenant. Alec ressortit de la bibliothèque seul, encore trop secoué, mais en tant que chef de l'Institut, il était hors de question pour lui de laisser montrer la moindre faiblesse. Surtout pas après une telle nuit chaotique. Ses chasseurs d'ombres étaient suffisamment tourmentés ainsi, il n'avait pas besoin de venir ajouter son grain de sel pour rehausser l'amertume de leur cœur. Cependant, pour trouver un brin de tranquillité, il s'enferma dans la chambre de Raphaël, dans laquelle se reposait ce dernier, seul, sous l'ordre d'Alec. Il offrit sa propre chambre aux autres convalescents, tout comme Max, qui partait dans quelques heures pour Idris et n'en aurait donc plus besoin avant un moment. D'ici son retour, Alec espérait que tout serait revenu à la normale.

Raphaël avait le bras bandé jusqu'à l'épaule et autour de son torse, pour maintenir au mieux les pansements. Tout comme pour les autres blessés, Alec avait insufflé au sein de son aîné, un peu de son aura afin d'aider sa constitution à se régénérer. Si cela fut des plus efficace pour les Nephilim qui guérissaient bien plus vite qu'avec une simple iratze, il remarquait que pour l'Archange, cela semblait plus difficile. Après s'être assis au bord du lit, une jambe pliée sur le matelas, l'autre ayant le pied posé au sol, Alec glissa ses doigts entre ceux de Raphaël, dont la peau meurtrie dégageait encore une vive chaleur due à sa brûlure. Je ne me souviens que de peu d'éléments… Il se pencha, vint coller son front contre celui de son aîné et de sa main libre, vint tenir son menton.

Doucement, il lui entrouvrit la bouche, et libéra une volute d'aura d'entre ses propres lèvres qui s'introduit sans douleur en Raphaël. Il l'entendit, ce soupir qui manifestait le soulagement ressentit par l'Archange en cet instant. « Aide-moi ». Alec eut beau s'être promis de laisser Raphaël, après ce qu'ils avaient partagé la nuit dernière, autant en tendresse échangée qu'en danger vécu ensemble, il ne se sentait plus à même de contenir ses sentiments. Et en ayant vu son aîné si réceptif, après qu'il lui ait un court instant soulagé des maux de cette rune, c'était loin d'être décourageant. Néanmoins… « J'aimerai te retenir encore peux, si tu le veux. Alexander. » Il comprit qu'il ne parviendrait pas tout de suite à en aimer un sans l'autre. Puisse-t-il être en colère, frustré et attristé… Seul l'amour pouvait ainsi devenir passionnel. « Alexander… »

Alec

Dans le courant de l'après-midi, toutes les chasseuses et tous les chasseurs d'ombres valides, me firent leur rapport au sujet du drame de la nuit dernière. Les mêmes éléments revenaient : la barrière fut brisée, un cercle d'invocation engloba la Cathédrale et une créature infernale naquit du sol, dévastant tout sur son passage. Il semblait aussi aliéné, voire possédé, répétant sans cesse les mêmes mots : « Me venger ».

-Ce venger ? Mais de quoi ce familier voulait-il se venger ?

Assis sur une table dans la bibliothèque, j'étudiai tous les rapports auprès de Gabriel. Michaël, après notre précédente discussion et sur toutes les révélations que nous eut faites Gabriel, s'était bloqué dans un profond mutisme et s'en alla au chevet de Raphaël.

-Les deux démons qu'on a croisé n'ont mentionné aucune vengeance…, soulevai-je.

-Je suis presque certain que l'attaque de ce familier a eu lieu indépendamment de la volonté de Xezbeth et d'Adramélech, me dit Gabriel tout en lisant plusieurs rapports. Le portrait-robot de cette créature…je le reconnais. C'était le familier d'Azazel.

-Pardon… ?

Ahuri, je pris le dessin entre mes mains et l'examinai sous tous ses traits.

-Mais comment un familier a-t-il pu venir jusqu'ici sans que son maître ne l'invoque ? C'est insensé.

-Une taupe ?

-Quoi, tu voudrais dire que l'un de mes Shadowhunters aurait osé pratiquer de la magie noire ici ? Mais pourquoi ? Et puis, je ne suis pas certain qu'ils sachent manipuler la magie démoniaque. Ce sont des Nephilim, sans passer par l'intermédiaire d'un Sorcier, cela leur sera compliqué d-…

Répétant ces mêmes mots dans mon esprit, je soulevai une hypothèse qui m'eut déjà traversé l'esprit.

-A quoi tu penses ? me questionna Gabriel.

-Edween…il est sous l'aile de l'Institut depuis que j'ai fait valoir mon droit d'Asile pour le protéger. Mais sans te mentir, je n'aime pas le savoir ici.

-Pourquoi le protèges-tu ? Tu penses qu'il serait capable d'invoquer un monstre de cette puissance ?

Je haussai les épaules.

-Je l'ignore, il combattait dans les rangs de Magnus durant la bataille d'Alicante. Je ne l'ai jamais vraiment vu à l'œuvre. En tout cas, je sais qu'il maîtrise les sorts dimensionnels. Il peut ouvrir des Portails et ça ne lui semble pas vraiment pénible.

-Mais là, on parle d'invoquer un familier. Et pas n'importe lequel, celui d'un Prince, un démon supérieur… Et puis, s'il l'avait vraiment invoqué, nous ne l'aurions pas trouvé dans un si piteux état, lui aussi. Les invoqués ont pour règle de ne pas s'en prendre à leur invocateur. Sinon, ils pourraient se retrouver piéger entre deux mondes.

Gabriel marquait des points, je ne pus le nier.

-Dans ce cas, le cercle d'invocation n'a pas été tracé depuis la surface… dis-je, un peu sur la réserve.

-Mais d'en dessous.

Si Gabriel reprenait si assurément ma proposition, cela voulait dire que c'était tout à fait plausible. Encore savoir quel démon eut bien pu faire venir ce familier ici.

-Je reste sur ma position, reprit mon aîné : Je suis certain que Xezbeth et Adramélech n'ont rien à voir là-dedans.

« Nous sommes là pour le Destructeur ! » Aussi confus soient ces mots, je ne pouvais les jeter hors de mon esprit.

-Vous ne m'avez toujours pas dit, qui été ces deux démons…

Gabriel posa les rapports et le portrait-robot du familier, et s'assit de biais sur le bord de la table où j'étais installé. Les bras croisés et le regard lointain, il sembla détailler nos rangées de livres et d'objets rares mis en exposition, tous, très liés à l'histoire des Enfants de Raziel.

-Si au Ciel il existe le rang d'Archange, alors les Archidémons sont nos alter égos en Enfer.

-Les Archidémons ? Mais je croyais qu'une Monarchie avait été mise en place, entre Prince, Duc et Chancelier.

-Ce qui est vrai, cependant, les Archidémons étaient là bien avant que Lucifer ne décide d'instaurer une Monarchie aux Enfers. (Il baissa les yeux, l'air absent) Enfin, disons qu'il était inévitable pour eux de devenir ce qu'ils sont aujourd'hui…

Distrait, il glissa ses doigts dans mes cheveux et les enroba de son aura angélique. N'ayant pas dormi, je me sentis très vite attiré par la douceur et la volupté de son énergie qui m'apaisa irrémédiablement.

-Beaucoup pensent que les sept princes, détenteurs des sept péchés capitaux sont les éternels rivaux des sept archanges, gardiens du Paradis. Ce n'est pas faux, mais ceux contre qui nous ne pouvons éviter le conflit, ce sont nos alter egos infernaux. Ou plutôt, nos « ombres » comme ils aiment s'appeler. Une fois démunis de leurs vertus, ne restèrent que leurs vices respectifs. Des vices, qui sont le paradoxe de nos vertus à nous, Archanges. Tu te souviens, sur l'île de Java, nous avions parlé du vice et de la vertu que portait tous les anges en eux. Je t'ai aussi dit, que ceux que je trouvais cruels de posséder étaient ceux de Raziel, t'en rappelles-tu ?

-Raziel possède le bien et le mal en lui.

-Si nous autres, Archanges, devons lutter contre des « ombres » faits d'un vice et de chair, lui, est en constant affrontement contre lui-même. (Il se tourna un peu plus vers moi et je vins poser ma tête contre ses genoux) Pour en revenir à cette nuit, Xezbeth a fait exprès de provoquer Raphaël. Même si son attitude avait l'air d'un jeu, sache qu'au fond, elle non plus ne pouvait faire autrement en le croisant.

-Serait-elle « l'ombre » de Raphaël ?

Il opina silencieusement, d'un simplement hochement de tête, continuant à parcourir ma chevelure de ses doigts. Je repensai à la violence dont il avait fait preuve, ou plutôt, à l'acharnement. Lui dont les gestes étaient si tendres et doux en cet instant, comment eut-il pu changer si vite et si cruellement ?

-Elle s'est montrée sous une apparence de femme, sûrement pour contredire l'apparence masculine de Raphaël, mais elle est comme lui. Un être sans genre ni sexe. Quant à son vice, je te laisse le deviner…

-Le mensonge, soufflai-je sentant mes paupières s'alourdir de plus en plus. Que voulaient-ils dire…par « Destructeur » ?

Mes idées se mélangeaient, il m'était de plus en plus difficile de maintenir une conversation cohérente et surtout, de l'écouter avec attention. Il me sembla l'avoir vu sourire, peu avant que je ne m'endorme. Un sourire…tellement triste.

Je me réveillai dans un lit, qui n'était pas le mien. Groggy, je tâtai autour de moi comme si cela m'aiderait à comprendre où j'étais. Soudain, mes doigts entrèrent en contact avec une matière chaude et douce. Mais surtout…nue.

Allongé sur le côté, la tête reposant sur un bras, Raphaël me souriait d'une mine amusée. Sous son bras que je touchai, Président Miaou ronronnait contre lui, en réclamant des câlins. Sa pate avant était toujours entouré d'un bandage, après qu'il se soit fait blesser par les éboulements à la suite de l'attaque du familier d'Azazel.

-J'ai cru devoir te donner un baiser pour te réveil, cher Prince.

-Qu'est-ce que je fais dans ton lit … ? m'enquis-je, légèrement anxieux.

-Quelques idées pas très propres m'ont traversé l'esprit, mais rassure-toi, je n'ai rien fait que tu ne voudrais pas me faire ! m'assura-t-il d'une voix guillerette.

-Ça ne veut pas dire que tu ne m'as rien fait pour autant ! maugréai-je, me sentant rougir.

-Oh, dois-je en conclure que de sales idées te traversent aussi la tête à mon égard ?

-Tes disciples ont raison, tes lourds quand tu t'y mets…

Mon aîné rit aux éclats en venant s'allonger sur le dos, toujours son bras derrière sa nuque pour relever sa tête. Le chat s'étira, le piétina avant d'aller se rouler en boule au pied du lit. Raphaël n'était qu'à quelques centimètres de moi, complètement nu -si on ne comptait pas ses pansements et bandages-, mais je disais que l'approcher maintenant ne serait pas raisonnable. Raisonnable ? Comme si Magnus avait attendu qu'on sorte ensemble pour me tripoter…

Même en me disant cela, une voix dans ma tête me hurlait de ne pas le brusquer. Il pouvait faire le fanfaron, je savais que Raphaël ne me ferait jamais rien tant qu'une relation officielle ne naîtrait pas entre nous. Et, aussi impatient fus-je de découvrir l'amour avec Magnus, la tranquillité de notre relation entre mon aîné et moi me fascinait. Je veux prendre le temps de le voir sous toutes ses coutures... Cependant, il m'était difficile de nier…que certaines de mes envies me titillaient en ce moment. Je savais, qu'après de tels évènements passés, il n'était pas correct de désirer si ardemment un tel réconfort. Mais il parut si serein, que j'eus envie qu'il m'en fasse partager n'en serait-ce qu'un peu.

-Vu ta confusion, mes espoirs de savoir que tu te faufiles en douce dans mes bras se volatilisent…pauvre de moi !

-T'es très provocateur…murmurai-je suavement.

Il me toisa taquinement du coin de l'œil.

-Je n'entends plus mon vice… et de ce que je vois, mon bras est presque guéri. J'ai beau être le « Guérisseur de Dieu », j'étais très épuisé, je n'aurai pas pu me régénérer si vite. Tu y es pour quelque chose, n'est-ce pas ?

-Avant d'étudier les rapports avec Gabriel, je suis passé voir comment tu allais. Et comme tu semblais souffrir de tes brûlures, je t'ai partagé mon aura, expliquai-je d'une demie-voix.

Personne ne pouvait vraiment nous entendre, mais je ne parvenais pas à parler plus fort, j'avais peur de brusquer le calme du moment. Fixant le plafond d'un air évasif, il ne répondit rien.

-Gabriel m'a expliqué pour les Archidémons…Pour Xezbeth… On ignore, cependant, quel lien peut avoir l'attaque de l'Institut avec son apparition à elle, et Adramélech. D'après Gabriel, il n'y en aurait aucun.

Je le vis fermer les yeux, et poser sa main gauche contre son torse, tout près de ce qui restait de sa blessure à l'épaule droite. Mon cœur se serra, en me souvenant que j'étais en partie fautif de son état.

-Je te prie d'accepter mes excuses, glissai-je tout bas. Du peu que j'arrive à me souvenir, je sais que c'est moi qui t'ai blessé…

Raphaël tourna lentement sa tête et croisa enfin mon regard. Mais je ne pus contenir mon alarment en le voyant si dévasté par l'inquiétude.

-J'ai eu tellement peur que tu ne te perdes dans les limbes… de ne pouvoir ramener ta conscience…

Ne contrôlant plus mon corps, je vins l'enlacer, me couchant à moitié sur lui tandis qu'il s'agrippait avec force et désespoir à mes vêtements. Son visage tout contre mon buste, je savais qu'il pouvait entendre les battements effrénés de mon cœur. Depuis sa chevelure, une de mes mains serpenta sa nuque pour venir toucher son dos. Je le sentis frissonner à mon contact. Mon pouls se fit plus violent encore, et le sang me monta à la tête. Ma gorge se serrait, mes lèvres tremblaient j'avais l'impression de me consumer, rien qu'en le touchant. Dans un murmure chevrotant, je vins lui demander :

-Entends-tu…ton vice ?

-Pas pour le moment, me répondit-il d'une voix chaude.

La main dans ses cheveux s'agrippa plus fort à ses mèches et je le sentis resserrer notre étreinte.

-Est-ce mal si te tiens encore un peu dans mes bras ? osai-je quémander, un tantinet craintif.

-Aussi longtemps que je ne serai pas prisonnier de mon vice ou encore de ma vertu, sache que l'homme que tu tiens dans tes bras… (Il leva la tête et ancra intensément son œil doré dans mon regard) …Te désire tout entier.

Cédant à mes pulsions je fondis sur ses lèvres dans un baiser brûlant. Je lui arrachai un soupire rauque, tandis que nos langues s'étaient, sans retenue, percutées dans notre échange buccal. Il n'y eut aucune lutte, que de l'avidité et de l'appétit. Nos nez se frôlèrent au fur et à mesure que nos visages s'inclinaient pour venir emboîter plus fougueusement encore nos bouches l'une contre l'autre. D'un bras, il me souleva pour venir me coucher sur le matelas qui grinça sous le remous de nos caresses. Le goût de ses lèvres, cette odeur de sucre chaud qui le collait, l'assurance dans ses gestes, tout…tout me rendait fou.

De plus, le savoir nu ne me laissait nullement indifférent…j'eus envie que sa peau recouvre plus concrètement la mienne, qu'il me débraille et se noue à mon corps. Je le désirai si fort… Sa chevelure pêlemêle par l'exploration de mes mains entre ses mèches, chatouillèrent mon visage alors qu'il glissait sa langue dans mon cou.

Raphaël tira si fort sur mon sweat-shirt qu'il dénuda une épaule contre laquelle il déversa toute sa passion, l'embrassant, la massant et la mordant. J'étais à deux doigts de me consumer…chaque partie de mon corps avec laquelle il entrait en contact me brûlait.

Haletant, des soupirs libidineux m'échappèrent, ne faisant qu'accroître cette chaleur lancinante en mon sein. Désireux de l'entendre plus, je faufilai une main entre nos corps et commençai à masser son ventre qu'il contracta aussitôt, comme si cela l'eut surpris. Je sentis ses lèvres s'éloigner de ma peau, mais mon aîné garda son visage tout près de mon cou. Doucement, je guidai mes doigts jusqu'à l'intérieur de ses cuisses, mais sa main vint aussitôt me retenir et relever le bras conte la tête du lit. Raphaël tremblait…

Nos regards se croisèrent une dernière fois, avant qu'il n'attrape les draps afin de les enrouler autour de sa taille et il partit s'enfermer dans sa salle de bain, ne laissant derrière lui, que le souvenir de son contact sur moi et quelques larmes contre ma joue. Des larmes, qui eurent embué son visage…

A suivre…

[Gideon* : Ne criez pas au scandale, je sais que ça ne veut pas dire ça, mais je fais référence à une personnage biblique nommé aussi: Gédéon, qui, pour sauver le peuple d'Israël, employa force, cruauté et sang froid pour vaincre ce qui se trouvait sur son chemin. D'où le terme: "destructeur" ]


Bouhou ! Je vous laisse sur cette fin xD Bon, vous l'aurez compris, le prochain chapitre sera dédié aux départs de Max et Alec, ainsi qu'à un peu de douceur entre lui et l'Archange Raphaël !

Au fait ! La saison 3 de Shadowhunters est là, et personnellement j'ai bien aimé cette reprise Je l'ai trouvé…efficace xD Non, je plaisante, il y a eu pas mal d'action, et ils n'ont pas perdu de temps pour nous mettre dans le bain avec les cauchemars de Jace et les doutes d'Alec au sujet de sa résurrection. Oh puis pour la reine des Fées et Simon, je suis contente, ça se rapproche un peu de ce que j'aimerai faire avec lui dans les prochains chapitres, y a du détail qui diverge bien sûr !

J'espère que vous n'êtes pas trop trop soucieux au sujet de la plume de Sacrifice d'Alec offerte à Magnus, en tout cas, il comprendre que peu importe sa colère, il s'est lié à lui. C'est le Mangren qui l'a dit xD !

Pour ce qui est de la révélation de Gabriel, c'est en partie avec le retour de Magnus, que je souhaiterai vous dévoiler tous les détails. En soi, les personnages dans l'histoire sont au courant de certains éléments que vous autres lecteurs, devrez attendre encore un petit peu avant d'en être informé :)

Dans le prochain chapitre, on va retrouver notre Isabelle et la signification du rêve qu'a eu Alec son égard. Bon par contre, comme c'est la dernière ligne droite avant la fin des cours…je ne sais pas quand sera publié le prochain chapitre, je m'en excuse d'avance s'il y a beaucoup plus de temps d'attente …

J'espère que ce chapitre vous aura plu, moi, je retourne réviser et je souhaite du courage à tous ceux et celles qui auront bientôt des tests, des examens et qui, comme moi, se noient sous les bouquins xD ! Et bonne chance pour trouver un job d'été (celles et ceux qui le souhaitent) ! Nous l'auront notre contrat :D !

Gros bisous à vous tous, merci à tous ceux qui ont pris le temps de s'intéresser à ma fic récemment et à ceux qui la suivent depuis longtemps maintenant (plus d'un an) C'est que du bonheur ! A très bientôt j'espère ! ~