« Des nouvelles ? » demanda Tsunade.
Il était inutile de poser la question : elle connaissait déjà la réponse. Le Jonin face à elle baissait la tête d'un air penaud.
« Non Madame. Toujours aucune trace. »
L'Hokage perdait patience.
« Mais enfin ça fait deux jours, elle n'a pas pu se volatiliser comme ça ! Comment est-ce possible que vous n'ayez trouvé aucune trace de son passage ?! »
Le Jonin face à elle ne disait rien. Que pouvait-il lui répondre ? Il avait fait de son mieux et elle avait sous-estimé la jeune femme. Mais elle ne pouvait se permettre de laisser l'hôte de Jûbi dans la nature. Il fallait qu'elle la rattrape.
D'un geste, elle congédia le Jonin. Elle soupira en massant ses tempes.
« Shizune ! »

L'interpellée sursauta.
« Oui Maître Tsunade ? »
« Combien d'équipes doivent encore nous faire le rapport ? »
« Une seule, celle d'Asuma. »

Assise en tailleur dans l'herbe verdoyante, les yeux clos, Lisandra s'enivrait du parfum de la forêt. Prenant une profonde inspiration et se délectait de ces fragrances boisées et florales. Une brise souffla doucement, semblant caresser sa chevelure d'une main maternelle. Elle ouvrit les paupières et leva les yeux vers la végétation dense qui faisait comme un toit au dessus de cette nature, comme un écrin se refermant sur un secret. Des éclats dorés scintillait derrière cette muraille de branches et de feuilles. Lisandra savourait enfin le bonheur de cette solitude éphémère. Elle était dans une bulle qui la libérait enfin de toute surveillance, de toute intrigue, de tout calcul.

Jusque là chaque porte qui s'était ouverte, espoir d'un éventuel retour chez elle, s'était avérée être un trompe l'œil. Kakashi n'était pas la solution, et quand à Itachi… Elle secoua la tête pour dissiper ce nom de son esprit comme on dissiperait d'une main une fumée dérangeante. Elle commençait à peine à lui faire confiance que…
Un bruit la sortit soudain de ses réflexions. Il lui semblait soudain entendre quelqu'un approcher. Elle fut parcourue d'un étrange frisson. Elle ne se sentait pas prête à retourner au village. Pas tout de suite.
Elle se leva et s'éclipsa avant qu'ils n'arrivent. Elle se sentait étrange comme poussée par un instinct qui la dépassait. Elle se sentit soudain poursuivie et accéléra sa course. Elle les entendait sans les voir. Lorsqu'elle essayait d'apercevoir ses assaillants, elle n'apercevait que des ombres furtives qui s'évanouissaient. Quelque chose n'allait pas. Même cette forêt qui lui paraissait si paisible était soudain devenue un labyrinthe menaçant. Quelque chose n'aillait pas. Dans sa course effrénée, le paysage n'était devenu qu'un tourbillon vert, interminable. Ses pas la guidèrent dans une clairière aux herbes hautes. Elle s'arrêta soudain, sans réellement comprendre pourquoi. Puis elle distingua ces ombres entre les arbres qui bordaient les lieux. Elle était encerclée.

Son cœur battait, la situation lui paraissait irréelle. Une peur la saisissait, une peur qu'elle ne comprenait pas. Elle était essoufflée, l'atmosphère au dessus d'elle semblait peser des tonnes. Elle avait l'impression d'étouffer. Sa tête lui tournait et elle avait l'impression d'être sous l'emprise d'une drogue. Une ombre se détacha parmi les arbres et Lisandra la regarda avec stupeur.

« Toi ! » s'exclama-t-elle
« Surprise de me revoir ? »

Hidan s'avançait vers elle, un rictus aux lèvres. Lisandra recula de quelques pas.

« Je ne… Qu'est-ce que tu fais là ? »
L'esprit de Lisandra s'embrouillait de plus en plus, elle luttait pour rester debout. Soudain, elle ressentit une douleur au bras : quelque chose l'avait éraflée et du sang en coulait. Ceci sembla la ramener à la réalité. La clairière se révéla telle qu'elle était réellement, non pas verdoyante mais asséchée, désolée. Les arbres feuillus n'étaient plus que souches mortes. Les herbes hautes disparurent pour laisser place à une terre nue de toute verdure et sur laquelle était tracé un gigantesque cercle avec un triangle incrusté au milieu duquel la belle brune se trouvait désormais. Les ombres avaient disparu et seul Hidan demeurait. Celui-ci regardait quelque chose derrière elle avec un sourire victorieux. La belle se retourna et vit avec effroi un autre Hidan. Il venait juste de rappeler son étrange faux qui lui avait éraflé le bras et léchait une minuscule goutte de sang qui perlait sur sa lame. Au même moment, son clone s'empara de Lisandra et l'immobilisa tandis que le véritable Hidan s'avançait vers eux. Au moment où il entra dans le cercle, la brune sentit quelque chose d'étrange, comme si elle était à la fois elle même et quelqu'un d'autre. Elle vit la peau d'Hidan se transformer, comme si un squelette avait été peint sur son corps. Elle se débattit, tentant de se défaire de l'emprise du clone tandis que les deux Hidan éclataient de rire. Lisandra sentit avec horreur que cette hilarité raisonnait même dans son propre corps comme si quelque chose en elle prenait part à ces rires. Ecumant de rage elle se dégagea enfin de cette étreinte et élimina le clone avant d'essayer de sortir du cercle. Mais soudain ses pas s'immobilisèrent. Elle eu beau lutter, elle était incapable d'avancer. Le jashiniste sourit, puis rit franchement.
« C'est si simple… j'avoue que je suis assez déçu… »
Il voyait dans son regard la lutte mentale qu'elle menait afin de reprendre le contrôle de son corps. Un éclat de satisfaction éclaira les prunelles du déserteur face à ces vains efforts.
« Vois-tu j'ai été envoyé en mission. Notre route traversait la région de… ton nouveau refuge, si je puis dire. Tu parles d'une putain de coïncidence ! Je me suis dit qu'une petite visite s'imposerait sur le chemin du retour… »
La jeune femme restait silencieuse. Elle le fixait avec une rage qu'elle avait du mal à dissimuler.
« Et me voilà ! » reprit le jashiniste en écartant les bras. « Mais tu te demandes certainement comment j'ai pu te retrouver ? »
Elle ne répondit pas mais il sentait sa curiosité. Son sourire s'élargit.

« Ce sont tes protecteurs qui t'ont trahi. Pas volontairement, je te rassure. J'allais vers ton putain de village de pecnos quand j'ai remarqué des ninjas en pleine battue dans la forêt. Je n'avais qu'à tendre l'oreille pour les écouter et comprendre que tu leur avais faussé compagnie à eux aussi. »
Il avançait doucement vers elle. Elle voyait de nouveau cet air lubrique et écoeurant s'emparer des traits du jashiniste. Loin de se décourager face à son silence, il poursuivit.
« Je t'ai donc traqué, avec plus d'efficacité que ces branquignoles. Je m'étais juré que je t'aurais et je suis un homme de parole… »
Hidan s'approcha d'elle et posant une main sur sa nuque il approcha son visage à quelques centimètres du sien.
« Tu ne pourras pas t'enfuir contre ma volonté. » lui chuchota-t-il à l'oreille.
Lisandra était complètement désorientée. Elle sentait sa main sur sa nuque mais aussi sa nuque sous la sienne. Elle entendait ses paroles, sentait le souffle de son murmure mais elle avait l'impression de les avoir prononcées également.
« Qu'est-ce que tu m'as fait ? »
« Tu le sais. »
« Qu'est-ce que tu veux ? » demanda-t-elle d'une voix tendue.
« Tu le sais. » lui réponda-t-il à nouveau.
Elle senti alors son désir lubrique qui résonnait en elle. L'effroi qui l'avait saisie avait du résonner en lui car il ajouta :

« Tu vois… On pourrait se passer de mots. »
Elle resta immobile, tendue. Il enserra alors sa taille et passa sa langue dans le creux de son cou.
« Ta crainte est aussi délicieuse que ton sang. »

Elle sentait son plaisir malsain comme il devait sentir son dégoût. Ce sentiment ne sembla pas déplaire au Jashiniste. La rage montait en elle et soudain elle explosa. Irradiante du chakra de jûbi, la robe du démon se formait déjà. Cette force soudaine projeta Hidan à terre. Il souriait et elle haïssait son sourire. Elle se jeta sur lui, il ne chercha pas à esquiver son attaque. Elle concentra son chakra dans ses mains et enserra le cou d'Hidan. Elle sentait l'horrible brulure qu'elle lui infligeait, elle sentait l'étranglement mais elle était prête à souffrir. Elle était prête à mourir pour ne pas subir ce qu'il comptait lui infliger.
« Pas moi. » gronda en elle une voix ténébreuse.