Hello!
KYAAAAAAH Le chapitre 29 enfin!
Non, je ne suis pas morte, je ne vous ai pas oubliés et je n'ai pas perdu le mot de passe de mon compte ^^
Mais j'ai eu des petits soucis d'écriture avec ce chapitre, et j'espère que vous aimerez, parce que j'ai pris du plaisir à l'écrire!
Et puis bon, entre temps, j'ai été perturbée par d'autres OS ^^ Tiens, d'ailleurs à ce propos, est-ce que vous aimeriez que je fasse un OS sur "l'entraînement" des Sang-Pur? Je me posais la question, l'autre jour...
Bon, trêve de bavardages!
Merci à Juls: Merci de ta review! Ravie que ça te plaise toujours autant! Et je suis contente d'avoir pu te surprendre un peu ^^ Reste encore, Blaise n'a pas fini de jouer son rôle dans cette histoire ^^ A bientôt!
Merci à Sevy: Merci de ta review! Ravie que tu aimes Blaise, il va prendre un peu plus d'importance, maintenant! Ah le fameux chapitre du Sectumsempra... Pas pour tout de suite, il va falloir encore attendre un petit peu ^^
Merci à Marie: Merci de ta review, ravie que ce chapitre t'ait plu et j'espère que celui-là te plaira autant! En tout cas, j'espère que tu auras des réponses ^^
Je dédie ce chapitre à tous ceux et celles qui triment pour leurs examens (bac, fac, grandes écoles...)! Courage! Fight!
Et merci encore à vous toutes et tous qui suivez cette fic! Merci de votre fidélité et de votre patience!
Sur ce, bonne lecture!
Chapitre 29: La nouvelle lubie de Drago Malefoy
Drago ne savait plus quoi penser. La gêne qu'il avait ressentie chez Hermione durant la séance de transplanage le torturait, sans qu'il voulût se l'avouer. Que s'était-il passé ? Avait-il été trop entreprenant en lui prenant la main sur le chemin de l'aller ? Avait-il fait quelque chose qui l'avait heurtée ? Avait-elle deviné ses sentiments ? Ou l'avait-il gênée ? Ils étaient rentrés en silence, l'un derrière l'autre. Aucun mot n'avait été échangé, mais ils avaient cogité chacun de leur côté.
Et ça ne s'améliorait pas. Drago avait passé une bonne partie de la nuit à tourner et retourner dans son lit à baldaquin. Tout autour de lui sentait l'odeur d'Hermione Granger, ce qui n'arrangeait rien. Elle semblait partout. Comment pouvait-elle être présente alors qu'elle se trouvait dans un cachot loin, très loin au-dessous de lui ? Il rumina intérieurement. Il allait la laisser à Weasley. Mais était-ce possible ? Evidemment, pour le bien hiérarchique dans lequel ils se trouvaient, pour ne pas renverser l'ordre préétabli des choses, il était bien plus facile d'accepter la logique du monde et ne pas moufter. Accepter. Subir sans rien dire. On lui avait enseigné tout ça toute sa vie. On lui avait appris à courber la tête devant l'autorité paternelle, devant l'ordre du monde. On lui avait vainement enseigné que le faible se faisait frapper par le fort et qu'il lui devait obéissance. On lui avait mis une baguette dans les mains et on lui avait dit qu'il fallait être supérieur. Il ne fallait même pas, d'ailleurs. Il l'était, de fait. Oui, Drago Malefoy était le dernier hériter d'une lignée vieille et noble, issu d'une famille de Sang-Pur et qui se gargarisait d'être rare. Une famille comme il en existait peu, finalement, dans cette communauté. Une famille dont il devait être fier. Et fier, il l'était. Il respectait son père, il respectait sa mère. Il leur obéissait sans vergogne. Il acceptait leurs ordres et il s'exécutait. « Marie-toi à Astoria plutôt qu'à Daphné », avait dit son père, et il avait obéi. « Ne montre pas tes sentiments, c'est pour les faibles », avait dit son père, et il avait obéi. « Sois digne de ton rang, les Sang-de-Bourbe ne sont pas une race fréquentable », avait dit son père, et il avait obéi. « Comment peux-tu admirer cette fille aux origines douteuses qui t'a humilié à ce point en ayant de meilleurs résultats que toi ? » avait demandé son père, et il avait eu honte. Finalement, n'était-il que ça ? L'ombre de son père ? Il faisait les choses en fonction de lui, pour lui plaire. Il n'avait jamais réfléchi que de cette façon « qu'en penserait mon père ? » Cela avait toujours été ainsi. Pourquoi ça changerait-il ?
Ça avait déjà commencé à changer. Cette année, Lucius était en prison. Il était loin, il ne donnait plus d'ordre. Il subissait. Voldemort aurait pu le relâcher. Il ne l'avait pas fait. Il attendait de réserver son jugement sur son fils. Rien n'aurait dû se passer comme ça. Son père devrait encore être là, et Drago n'aurait pas à choisir entre son honneur et sa volonté de vivre. « Tu mourras pour l'honneur. L'honneur est maître de vertu » On lui avait rabâché ça sans arrêt. On lui avait rentré dans le crâne qu'un homme sans honneur n'était plus qu'un demi-homme. Mais qu'est-ce que l'honneur ? La stupidité de rester et mourir, le courage de faire face à son destin, ou l'intelligence de fuir et de rester en vie encore quelques jours de plus ? Etait-ce la mort qui déterminait le degré de bravoure et d'honneur ? Quel était l'intérêt d'être aussi honorifique quand on bouffait les mandragores par la racine ?
Tant de choses avaient changé dans l'esprit de Drago. Ou plutôt, il venait de découvrir de nombreuses choses. Et des faits importants. Ce qui avait façonné sa vie. Ce qui avait fait de lui ce qu'il était désormais. Il en avait conscience, mais le vivre d'un point de vue extérieur était quelque chose d'assez différent. Et permettait de comprendre à quel point il s'était fourvoyé. Le culte du pouvoir et de l'appartenance. Qu'est-ce que ça voulait dire, finalement ?
Qu'est-ce que ça voulait vraiment dire maintenant qu'il avait eu la preuve par excellence que quelque chose de plus fort et de plus important à ses yeux valait toutes les valeurs possibles qui avaient façonné sa personnalité au cours des années. Hermione Granger. Cette fille si détestable qui ne reculait jamais devant son destin.
Drago eut un léger sourire. Il en était convaincu, à présent. Sa mère avait eu raison. Hermione Granger aurait pu suivre l'entraînement sans aucun problème et elle aurait fait une Lady avec une grâce et un port peu communs. Son assiduité, sa ténacité, même son acharnement. Il avait tout de suite vu en elle une combattante hors pair : celle qui prenait des coups mais qui résistait, peu importe ce qu'il advenait. Pire : elle en redemandait, essayant de convaincre les autres et les rallier à sa cause. Il avait vu son manège en première année. Sa façon de coller aux basques de Potter et Weasley qui ne loupaient aucune occasion pour enfreindre le règlement. Son opiniâtreté à leur rappeler les règles et à rendre elle-même justice. Et puis, il avait pu le voir également, lorsqu'il s'était mis à lui infliger des critiques acerbes et aiguisées. Hermione était de la race des battantes. Comme une mauvaise herbe qui ne demande qu'à repousser, peu importe le nombre de fois qu'on l'arrache. Elle restait en travers de son chemin. Et finalement, c'était peut-être pour ça qu'il en était tombé amoureux.
Il admirait son courage, il aimait sa joie de vivre, son caractère trempé. Il ne supportait pas la voir se relever après chaque coup. Il la détestait quand elle riait. Ce rire fluet et innocent, comme si rien ne l'atteignait. De la haine à l'amour, il n'y a qu'un pas, avait-il lu une fois dans un livre. Plus il la détestait, plus il se mettait à l'aimer. Cette satanée Granger. Et maintenant, elle était dans cette galère, avec lui. Merlin qu'il l'aimait. Il aurait voulu la garder pour lui seul pour toujours. Peut-être que c'était pour ça qu'il lui avait proposé de fuir ensemble. Il la voulait en vie pour lui. Il la voulait avec lui pour toujours. Et il s'en voulait d'être aussi faible et de n'avoir pu refuser ce que lui proposait Weasley. Certes, Ronald avait raison, mais c'était tellement injuste. Pourquoi les choses sont-elles toujours aussi compliquées ?
Et puis, Hermione, d'abord, que pensait-elle de tout ça ? Elle n'avait d'yeux que pour le rouquin. Il était hors de question qu'elle pense une seule fois à l'aimer, lui, pauvre imbécile. Et Drago Malefoy n'était certainement pas le genre de garçons à faire des déclarations enflammées. Il ne savait même pas ce qu'était l'amour, il y a peu. Mais ce sentiment de vide à chaque fois qu'elle regardait Ron avec des yeux amourachés, ça, il ne connaissait pas ce que c'était, il ne pouvait mettre de terme dessus, mais Merlin que ça faisait mal. Et inconsciemment, il comprenait ce que ça voulait dire.
- Debout Hermione ! chantonna une voix amusée.
La brunette émergea de sous ses couvertures. Ah. Elle avait passé sa nuit à ressasser. Elle avait donc passé une nuit blanche. Génial.
- Oh par Merlin, tu as une tête abominable ! se moqua gentiment Parvati en la dévisageant.
Drago la fusilla du regard et se regarda dans un miroir. Bon, sa camarade de chambrée n'avait pas tort. Il avait eu une tête à faire peur. Ça lui apprendra à ne pas dormir. Des cernes noires, les cheveux défaits et l'œil terne. Hermione Granger dans toute sa splendeur.
Il soupira, enfila (pour la première fois de sa vie) ce qui lui passait sous la main et sortit du dortoir. En passant dans la salle commune, il ne vit aucune trace de Ron ou d'Harry. Soit il était très tôt, soit il était très tard. Soit ils étaient affamés et n'avaient pu l'attendre pour descendre petit-déjeuner. Drago cocha la troisième case et sortit par le tableau qui pivota.
Mais il n'avait pas fait cent pas qu'une voix rêveuse l'accosta.
- Ah, Hermione !
Luna Lovegood trottinait d'un pas léger vers elle. Un diadème de champignons divers lui seyait le crâne et emmêlait un peu plus ses longs cheveux d'un blond sale. Drago renonça à lui demander s'il s'agissait de vrais. La jeune fille lui tendit un parchemin qui semblait avoir subi pas mal de troubles.
- Tiens !
Drago remercia Luna et s'empressa d'ouvrir la missive. C'est sans peine qu'il reconnut l'écriture fine et penchée du directeur de Poudlard.
Chère Hermione,
Il serait bon que tu passes me voir dès que tu auras pris connaissance de cette lettre. Je te remercie.
Bien à toi,
Albus Dumbledore.
PS : il y a de plus en plus de vanille des îles dans les couloirs…
Drago soupira : le directeur avait toujours des idées tordues quand il s'agissait de mot de passe. Il rangea le parchemin dans sa poche et redescendit les étages en compagnie de Luna qui gazouillait gentiment.
Dumbledore lissait sa barbe avec inquiétude. Le mystère Granger-Malefoy était encore complet et il n'arrivait toujours pas à comprendre comment ces deux-là s'étaient acoquinés. Pire encore, les deux tentatives d'assassinat qui s'étaient passées sous ses yeux tourbillonnaient dans son esprit. Or, il ne pouvait convoquer Drago Malefoy dans son bureau. Les sbires de Voldemort rôdaient, il en avait conscience. Le convoquer, émettre des doutes sur la culpabilité de l'héritier équivalaient à une résolution d'énigme explicite, et mettraient en danger la vie du jeune homme blond, mais également de sa famille. Et peut-être même, celle d'Hermione Granger. Aussi, il n'avait d'autre choix que de convoquer encore et toujours la jeune fille. Dumbledore se persuadait qu'elle n'était pas aussi surveillée que le Serpentard.
On toqua à sa porte.
- Ah, bonjour Hermione ! fit-il en souriant avec bienveillance.
Drago répondit poliment à ses salutations, en s'approchant vers le bureau du directeur. Il n'avait jamais autant franchi cette porte-là. Une légère inquiétude transparut sur ses traits. Albus Dumbledore dévisagea son invité de ses yeux pénétrants, alors qu'il lui offrait un siège. La brunette semblait passablement exténuée. Tout comme le fils Malefoy qu'il avait vu rôder dans les couloirs. Le directeur resta impassible, mais il ne pouvait s'empêcher de bouillir intérieurement : il aurait voulu poser directement les questions aux deux. Je sais que vous voulez ma mort, alors pourquoi ? Comment avez-vous fait pour vous lier, vous qui vous détestiez ? Mais rien. Il ne pouvait dire ça comme ça.
- Vous vouliez me parler, professeur ? demanda Drago, d'une voix incertaine.
Pour être franc, il ne savait pourquoi il était encore dans le bureau de Dumbledore. Il ne savait pas. Ou plutôt il se cachait la vérité. Il savait bien qu'il avait des doutes et que le directeur cherchait désespérément à savoir plus de détails sur la mission. Parce qu'il ignorait les raisons, mais il était certain que Dumbledore savait que sa tête était mise à prix. Ce qu'il ne comprenait pas, c'est pourquoi il ne convoquait pas plutôt les Serpentard, notamment son propre corps. Car il était assez extraordinaire qu'Hermione n'ait jamais été mandée pour venir dans ce bureau.
- Oui, en effet, sourit Dumbledore. C'est à propos d'Harry.
A propos d'Harry ? Drago se crispa sur son siège. Qu'est-ce qu'il y avait à dire, à propos d'Harry ? Il fronça les sourcils. Le vieil homme scrutait le visage de la brunette à travers ses lunettes en demi-lune. Il avait décidé d'y aller en cercles de plus en plus restreints. Il ne voulait pas qu'elle découvre qu'il la suspectait d'être mêlée à la mission de Voldemort. Alors il avait opté pour lui parler de ses amis. Pour commencer. La mettre en confiance.
- Harry ? répéta Drago, incrédule.
- Oui, je suis sûr qu'il t'a parlé de nos petites soirées, décréta Dumbledore de façon rhétorique.
Son interlocuteur hocha la tête. Une idée lumineuse lui traversa l'esprit : il pouvait se renseigner allègrement sur le travail qu'il avait confié à Harry !
- Est-ce qu'il mène bien sa mission ?
- Vous voulez parler… des souvenirs du professeur Slughorn ? s'enquit Drago, mal à l'aise en gigotant sur son siège.
Dumbledore secoua lentement la tête, un mince sourire sur les lèvres.
- Oui, il essaie, mais il ne trouve jamais un moyen efficace d'y arriver… Ce n'est pas faute de le lui rappeler.
Le directeur s'amusa devant la mine outrée de Drago. Peut-être… Non, il avait cru un instant que… Mais peut-être s'était-il trompé. Hermione Granger ressemblait parfaitement à Hermione Granger. C'était impossible. Une brillante idée lui vint en tête.
- Est-ce qu'Harry suspecte toujours Drago Malefoy ? demanda soudain Dumbledore.
Drago se crispa légèrement sur sa chaise, mais ne cilla du regard.
- Oui, plus que jamais. Il tourne à un semblant de paranoïa avec cette histoire, avoua-t-il faiblement.
- Et qu'en penses-tu, Hermione ?
La brunette inspira longuement. Ce qu'elle en pensait ? Elle réfléchit rapidement : que dire ?
- Hé bien… Pour l'instant, on n'a pas encore de preuve, donc…
Drago se mordit les lèvres. Quelle piètre excuse ! Mais Dumbledore ne resta pas en reste.
- Qu'en pense Ron ?
Là, il ne trouva rien à répondre. Qu'en pensait Ron ? Ils n'avaient jamais discuté de ce sujet entre eux. Ils avaient été bien plus accaparés par le sujet « Hermione Granger » et leur secret. Drago baissa les yeux.
- Mh… Je dirais… qu'il pense la même chose ? tenta-t-il vainement.
Dumbledore dodelina de la tête, dubitatif. A l'évidence, Hermione Granger n'aurait pas eu ce genre de propos. Elle discutait de beaucoup de choses avec Ron Weasley, il en avait eu la preuve l'année dernière, dans les quartiers de l'Ordre du Phénix. Le doute s'insinua dans son esprit et il sourit légèrement. Après tout, il allait enfin éclaircir cette histoire : rien ne valait un ami pour savoir si Hermione était réellement Hermione. Il réfléchit à grande vitesse : Harry ne serait pas le meilleur dans cette optique-là. Il était trop focalisé sur des sujets plus profonds et n'aurait certainement pas fait attention à ça. Mais Ron Weasley… Dumbledore se promit de s'entretenir avec lui rapidement. Il replongea son regard azuré dans les yeux noisette de Drago.
- Bien, Hermione. Je compte sur toi pour le surveiller.
Ah. C'était tout. Drago fut soulagé. Alors qu'il s'apprêtait à prendre congé, Fumseck poussa un petit cri. La brunette lui adressa un sourire et ses yeux s'attardèrent quelques instants sur le phénix.
- Vous avez un très bel oiseau, professeur.
Il approcha lentement la main vers l'animal qui hésita, défiant Drago du regard, puis se laissa caresser doucement. Dumbledore tiqua. Hermione Granger connaissait l'existence du phénix, et connaissait son nom, il en mettait sa main à couper (enfin, celle qui était déjà consumée, quitte à choisir). Ses doutes se confirmaient. Si Hermione Granger n'était pas Hermione Granger, et si Drago Malefoy était lié à Hermione Granger alors… non… impossible. Dumbledore prit peur et pâlit légèrement. Il n'avait plus besoin de questionner Ron Weasley…
Le fil des pensées du directeur échappa à Drago qui continuait de caresser tendrement le phénix. Mais alors qu'il relevait ses yeux noisette, quelque chose attira le regard de Drago. Une étagère. Ou plutôt des livres. Certains livres. Il fronça les sourcils. Non, il ne rêvait pas. Il pouvait les voir, ces livres. Des volumes qui avaient dû être extraits de la réserve de la bibliothèque. Des ouvrages de magie noire. Drago lut de loin les titres sur les tranches. Il manqua un battement de cœur. Parmi eux se trouvaient plusieurs livres sur les horcruxes.
Drago perdit soudain l'appétit. Alors qu'il repensait activement à une façon de consulter les livres qui trônaient sur l'étagère de Dumbledore, il ne se dirigea pas vers la Grande Salle, mais alla directement dans la bibliothèque, dans l'espoir de trouver une solution.
- Que fais-tu là, à cette heure ?
Il sursauta face à cette voix grave et traînante. La sienne. Hermione le fixait de ses yeux cendrés, une moue étonnée sur le visage. Elle tenait dans ses mains un gros volume.
- Je te retourne la question, rétorqua Drago en jetant des coups d'œil de part et d'autre.
- On est seuls, rassura Hermione. La bibliothèque est toujours vide à cette heure-ci.
Si Drago fut soulagé, il ne laissa rien voir et haussa les épaules.
- J'ai de nouveau été convoqué par Dumbledore… (Hermione se raidit) Mais ce n'est pas le plus important. Ecoute : il y a des livres sur les horcruxes dans son bureau. Je suis sûr qu'ils contiennent des informations précieuses pour… enfin, tu vois de quoi je veux parler.
Il avait chuchoté tout bas et s'était redressé un peu trop rapidement au passage de Madame Pince qui replaçait un ouvrage à la bonne place et les regardait d'un œil soupçonneux. Hermione hocha la tête nerveusement. Il y avait à l'intérieur certainement des informations que Dumbledore donnerait à Harry pour sa prochaine mission, si Drago ne se trompait pas en disant qu'il devrait finir le travail du directeur. Mais alors pourquoi n'avait-il encore jamais parlé de ça ? Elle fronça les sourcils.
- En effet… C'est bizarre que Dumbledore ait demandé à Harry de rapporter ce souvenir de Slughorn… Il y avait tout ce qu'il fallait pour savoir comment faire dans ces bouquins…, reprit Drago qui réfléchissait également.
Hermione secoua la tête.
- Ce n'est pas parce que Dumbledore ne sait pas ce que Slughorn a dit à Voldemort qu'il lui a demandé de rapporter ça. Je pense que c'est une sorte de… comme une sorte de test, confia-t-elle.
Ils se dévisagèrent, éberlués. Dumbledore le mettait-il à l'épreuve ? Drago écarquilla les yeux. Est-ce qu'il essayait de voir si Potter était digne de lui succéder ? Ou bien faisait-il ça pour savoir s'il était potentiellement compétent et capable de soutirer des informations à des gens contre leur gré ? Décidément, ce directeur était bien plus qu'un simple grand-père gâteau qui couvait ses élèves comme un Père Noël en mal d'enfants.
- Et toi, tu fais quoi, là ? demanda brutalement Drago.
- Je… Je cherchais des informations, dit Hermione en détournant les yeux.
Elle resserra un peu plus ses bras sur le livre qu'elle tenait. Drago fronça les sourcils : il pouvait lire entre ses bras Illustres familles de sorciers purs. Il haussa un sourcil en sa direction.
- Tu t'intéresses aux familles de Sang-Pur, Granger ? argua-t-il avec un sourire narquois.
- Mais… Mais pas du tout, nia-t-elle en s'enflammant.
S'il y avait une chose qu'elle aurait souhaité, c'aurait été de n'avoir pas montré à Malefoy qu'elle avait voulu se renseigner un peu sur sa famille et sur les coutumes pour-le-moins étranges des sorciers pure souche. Elle avait choisi exprès ce moment dans la journée, alors qu'elle était persuadée d'être seule, pour pouvoir étudier à loisir sans être dérangée. A priori, Malefoy avait eu du nez. Drago ne releva pas. Il émit un rire moqueur et disparut dans une rangée de livres.
Hermione attendit quelques instants de recouvrer son calme. Puis elle s'avança vers la table la plus proche et ouvrit le volume. Illustres familles de sorciers purs. Ça lui était venu en tête plus tôt, ce matin : elle n'avait pas très bien dormi, se réveillant sans cesse. La proposition de Drago Malefoy ne la quittait pas. Comment un noble aussi ancré dans ses traditions pouvait lui demander de fuir avec lui ? Leurs vies étaient en jeu et pour lui éviter de tuer, pour lui éviter de devenir un assassin, il lui donnait une chance de s'enfuir. Et puis, pourquoi ? Pourquoi faisait-il ça ? Evidemment qu'il avait envie de sauver sa peau. Mais il pourrait la pousser à tuer. Il pourrait l'entraîner. Ou la forcer à s'entraîner avec quelqu'un qui lui apprendrait le troisième sort impardonnable.
Drago Malefoy était un mystère entier à lui tout seul. Un mystère qu'elle comptait bien percer à jour. Elle avait compris qu'il n'était pas ce qu'il semblait être. Elle avait vu un pan de son histoire à travers les souvenirs qu'il lui cachait. Elle avait appris certains codes des Sang-Pur. La curiosité avait toujours fait partie de ses défauts ou de ses qualités, dépendamment de la façon dont on voyait les choses. Et elle était bien décidée à en apprendre davantage. Tout d'abord pour le comprendre, mais peut-être également parce qu'elle avait envie d'en connaître plus sur lui. Pour se rapprocher.
Hermione secoua la tête, chassant de ses pensées l'image de Drago Malefoy souriant et prévenant. Elle posa les yeux sur la table des matières et entreprit de chercher le nom des Malefoy.
- Que cherches-tu ? s'enquit une voix grave et posée.
Hermione sursauta et releva vivement le regard vers un grand noir qui la fixait avec curiosité. Le jeune homme blond rougit, sentant son pouls s'accélérer et détourna bien vite la tête pour masquer sa gêne de s'être fait surprendre. Décidément, la bibliothèque était très peuplée, ce matin.
- Je… Je vérifiais juste quelque chose, bredouilla Hermione en prenant un air dégagé.
Blaise Zabini la considéra un instant, mi-songeur, mi-moqueur et prit la liberté de s'asseoir devant elle. Hermione continua de chercher le nom de Drago, quand elle releva la tête et planta son regard cendré dans les pupilles sombres du Serpentard.
- Tu as besoin d'aide ? Tu cherches quelque chose ? demanda-t-elle d'un ton poli.
- Je te regarde.
Le jeune blond se crispa sur la page qu'il tenait dans les mains. Le garçon en face de lui semblait décontracté au possible.
- Tu n'as rien d'autre à faire ? riposta Hermione, mal à l'aise.
Blaise émit un petit rire condescendant.
- Je peux peut-être t'aider. Sur qui cherches-tu des informations ? C'est surprenant de voir Drago Malefoy ouvrir un tel ouvrage. Si tu vois ce que je veux dire, finit-il en baissant la voix avec un air entendu.
Hermione voulut répliquer mais elle ne trouva rien à dire et ferma la bouche. Oui, c'est vrai. De tous les Serpentard, Blaise Zabini pourrait certainement être celui qui connaissait le mieux Drago Malefoy. Elle leva un timide regard dans sa direction.
- C'est vrai ? Je peux te poser… des questions ?
Elle avait un regard plein d'espoir et son interlocuteur se sentit soudain très puissant.
- Ça dépend sur qui et sur quoi, lâcha-t-il d'un ton roublard, mais je peux avoir des réponses. Potentiellement celles que tu recherches.
Il jouait avec un gallion qu'il faisait rouler sur la table. Hermione hésita. Elle se mordit les lèvres. Est-ce qu'elle pouvait faire confiance à Blaise ? Après tout, il pouvait être à la solde de Voldemort…
- Parle-moi de Malefoy.
Le visage du noir s'assombrit et il la dévisagea gravement, comme s'il étudiait si elle valait vraiment la peine qu'il lui parle de l'héritier blond. Puis, après un temps qui sembla infiniment long à Hermione, il arrêta brutalement de faire tourner le gallion sur la table, jeta des coups d'œil dans les diverses allées et murmura :
- Pas ici.
Il lui fit signe de le suivre, et Hermione lui emboîta le pas jusque dans le parc nuageux. Blaise sembla se détendre et ils marchèrent vers le lac d'une allure agréable. Il subsistait une légère brume qui rendait l'air ambiant très humide. Hermione resserra sa cape sur ses épaules.
- Alors, que veux-tu savoir ? questionna-t-il enfin.
- Est-ce que… vous vous connaissez depuis longtemps ?
Blaise ne répondit pas, mais il s'arrêta, se tourna vers elle et évalua ses connaissances en plissant les yeux.
- Que sais-tu des Sang-Pur ? finit-il par demander, incapable de mesurer ce qu'elle savait réellement.
Hermione déglutit, essayant d'être logique. Elle fronça les sourcils.
- Je sais… que vous fonctionnez selon des codes très précis. Vous ne redoutez pas un sang plus qu'un autre, vous méprisez simplement les personnes qui ne suivent pas les mêmes codes que vous. Ensuite, euh…
Elle ne savait comment aborder ce sujet-là, ni comment expliquer ça, mais elle décida de se lancer.
- Vous avez une sorte d'école pour apprendre les bonnes manières et comment être lâche et…
- Il t'a parlé de l'entraînement ? s'exclama Blaise, ahuri.
Hermione se raidit, et il essaya de se reprendre, encore estomaqué que le fils Malefoy ait pu parler d'une telle chose à une fille qu'il considérait encore l'an dernier comme une moins-que-rien.
- Enfin, j'imagine que Drago t'a parlé de ça… ? reprit-il en toussotant.
Elle acquiesça en silence.
- Tout comme j'ai appris certaines phrases. Comme… « mettre son honneur en droit » ou… « demander clémence pour son repenti ».
Hermione venait de souffler la fin de sa phrase. Elle sentit Blaise se raidir. Il avait compris à quoi elle faisait allusion. Alors, Drago lui avait aussi parlé de ça ? Ils devaient être bien intimes… ce qui était totalement impossible. Mais où par Merlin cette fille avait pu dénicher ces informations ?
- Que veux-tu savoir sur Drago ? Tu as l'air d'en savoir beaucoup, déjà, articula lentement le grand noir en fronçant les sourcils.
- J'ai besoin de savoir si je peux lui faire confiance.
Blaise manqua de s'étouffer.
- A Drago ? Faire confiance à Drago ?
Il rit de bon cœur. Granger qui lui demandait une telle chose !
- C'est certainement la personne la plus entêtée, la plus immature et la plus énervante que je connaisse. Il est rancunier, hautain, mauvais perdant, souvent aveuglé par la colère, et il est totalement perdu… mais je lui confierai ma vie. Sans hésiter. Il est digne de confiance, ça oui.
Il lança une œillade à Hermione qui restait plongée dans ses pensées, muette.
- Pourquoi ? s'enquit-il d'un ton plus sérieux. Il t'a dit quelque chose ? Concernant la mission ?
Le jeune blond déglutit.
- Il veut…
Mais il se stoppa dans son élan, la fin de sa phrase mourant sur ses lèvres. Non, décidément, Hermione ne pouvait ameuter toute l'école avec ses états d'âme. D'abord Mimi qui était au courant, puis Blaise qui l'avait démasquée… Jusqu'où dévoilerait-elle ses secrets ? Et puis, elle n'était même pas sûre que Blaise ne soit pas un mangemort déguisé. Après tout, ils pullulaient à Poudlard… Elle se mura donc dans un silence éloquent. Quelques minutes plus tard, Zabini venait de comprendre le trouble de l'adolescent blond et soupira en levant les yeux au ciel.
- Ecoute, Granger. Je ne te porte pas spécialement dans mon cœur. Pour tout t'avouer, tu m'es totalement indifférente. Mais je ne suis pas non plus le genre de personne à te poignarder dans le dos. (Il marqua à un temps, songeur) Pas pour des choses importantes, en tout cas, reconnut-il en dodelinant de la tête.
Il ne manquerait plus que Granger le prenne pour un espion ! Alors qu'il ne voulait que les aider !
- Et si tu avais des doutes, reprit-il sur la défensive, je ne suis pas non plus ici en tant qu'espion de Tu-sais-qui. Ma mère n'a jamais adhéré à ses idées, et mon père (sans compter les innombrables substituts de père que je me trimballe) n'était pas non plus un partisan. Alors tu peux me parler franchement.
Les yeux sombres et sincères de Zabini eurent raison de la résignation d'Hermione. Le noir lui offrait son soutien et essayait d'être le plus aimable possible. En plus, quelque part, quelque chose lui disait que ce Serpentard disait la vérité et qu'elle pouvait lui faire confiance. Elle se laissa convaincre.
- Malefoy veut qu'on s'enfuie, lâcha-t-elle à voix basse. Il m'a proposé ça hier soir.
Blaise ne répondit rien, mais son regard enjoignit Hermione à continuer.
- La mission est trop difficile, soupira-t-elle en détournant le regard. Je n'y arriverai pas. Il ne peut pas m'aider à couvert. Il… C'est trop dangereux. On va mourir.
Elle se laissait aller au désespoir et s'assit dans l'herbe, au bord du lac noir, la tête dans les mains. Zabini lui mit une main sur l'épaule, déconcerté.
- Calme-toi, Granger, intima-t-il d'une voix douce. Je ne comprends rien. En quoi consiste votre mission ?
Hermione eut un regain de méfiance : devait-elle tout dire au Serpentard ? Elle se perdit dans son regard velouté et elle fut certaine d'une chose : il ne la trahirait pas. Il était sincère. Elle détourna les yeux, avant de commettre l'irréparable.
- On doit tuer Dumbledore. En duel. En l'occurrence, je dois tuer Dumbledore. C'est insensé, non ?
A l'évidence, Blaise Zabini s'était attendu à une réponse du genre, car il ne sembla pas surpris. Il faut dire que la conversation qu'il avait surprise entre Dumbledore et Rogue l'avait déjà mis au parfum. Et Voldemort était un être pourvu d'une exceptionnelle capacité à trouver des missions toutes plus tordues les unes que les autres. Il eut une moue consternée.
- En effet, articula-t-il enfin. Et parce que Drago et toi prenez peur, vous vous posez la question de fuir, c'est ça ?
Il dévisagea Hermione qui pâlissait à vue d'œil. Elle restait prostrée, dans le vague. Lentement, elle acquiesça en silence. La voix de Blaise la sortit de sa torpeur.
- De quoi tu aurais envie, Granger ?
Hermione se tourna vivement vers lui.
- De quoi… Mais enfin, Zabini, tu n'écoutes pas ? s'indigna-t-elle.
Le noir la toisa d'un regard dubitatif.
- Si. J'écoute, au contraire : Drago flippe, donc il veut que vous vous enfuyiez. Mais tu n'as pas l'air d'en avoir envie.
Il marqua une pause et lui jeta un regard entendu.
- Est-ce que c'est ce que tu veux, toi ? Est-ce que tu as envie de ça ? Les caprices de Drago ne sont pas forcément obligés d'être respectés, tu sais…
Il émit un rire discret. Hermione gardait les yeux baissés. Elle serra les poings.
- Je n'ai pas envie de tuer Dumbledore, murmura-t-elle d'une voix douloureuse. Je n'y arriverai même pas. Mais c'est impossible de fuir. Je ne peux pas tout abandonner. Pas comme ça. Pas pour vivre quelques instants de plus. C'est impossible.
Un long silence s'ensuivit.
- Alors il faut lui dire, déclara Blaise d'une voix grave. Lui dire que tu préfères mourir cette année. Comme lui, si j'en crois bien tes dires. Si tu refuses de t'enfuir avec lui, tu le condamnes lui aussi à mort, c'est ça ?
Blaise Zabini avait l'art et la manière d'être le plus franc possible et également de pointer des vérités qu'elle aurait voulu ignorer. En effet, Hermione se rendit compte de l'aberration dans laquelle elle se trouvait. Il n'y avait aucune porte de sortie. Elle se prit la tête dans les mains et les larmes lui picotèrent les yeux.
- C'est une catastrophe, geignit-elle d'une voix étouffée. Tout est si… compliqué.
- Sinon ce ne serait pas drôle, répliqua le noir avec un sourire désabusé.
Rectifions : Blaise Zabini avait l'art et la manière d'être aussi très caustique. Il semblait prendre tout ça à la légère et Hermione le foudroya du regard. Mais en même temps, le fait d'être aussi détaché lui permettait de prendre un peu de recul et elle se sentit soulagée d'un poids de lui avoir raconté ce qui la torturait depuis un moment.
- Ecoute, finit par dire le Serpentard, nous ne sommes qu'en avril. C'est juste ça, la mission ?
- N-non, balbutia Hermione, il faut aussi que nous fassions rentrer des mangemorts à Poudlard. L'Armoire à Disparaître nous sera utile.
Un long silence s'installa entre eux. Les deux adolescents étaient plongés dans leurs pensées. Ce fut Blaise qui émergea le premier.
- Je ne sais pas vraiment si je suis en position de donner des conseils, s'excusa-t-il. Mais peu importe si tu veux fuir ou non, continue de jouer le jeu et de faire avancer la mission. Comme ça, personne ne te soupçonnera, si jamais quelqu'un te surveille. Et ce n'est qu'au moment du départ que tu pourras décider pleinement d'arrêter ce rôle.
Hermione soupira avec abattement.
- Encore un rôle ?
Il la jaugea du regard, incertain.
- C'est dingue comme vous ne fonctionnez que par convention, par rôle, par masque…, expliqua Hermione, blasée. D'ailleurs, pourquoi vous avez autant de codes ? Que vous méprisiez les nés-moldus, je comprendrais, à la limite… Mais pourquoi les Sang-mêlé aussi ?
Blaise sursauta et cligna des yeux, incrédule.
- On n'a rien contre les Sang-mêlé, voyons, rétorqua-t-il avec une moue interloquée. Il y a toujours une partie pure en eux qui leur permettent de connaître certaines règles. Rogue en est un exemple frappant.
Ce fut au tour d'Hermione de tressaillir et d'écarquiller ses yeux cendrés. Il était assez surprenant de voir le visage de Drago Malefoy arborer autant d'expressions, mais il continua quand même :
- Tu ne savais pas ? Rogue est un Sang-mêlé. Et pourtant, il a été très vite dans les petits papiers de Tu-sais-qui.
- Rogue est un Sang-mêlé ?! ne put s'empêcher de répéter Hermione.
- Bah oui, répondit Blaise en haussant les sourcils, comme si c'était l'évidence même. Sa mère était une sorcière très reconnue dans le milieu. Jusqu'à ce qu'elle s'entiche d'un garçon peu complaisant et qu'elle l'épouse. A partir de là, la vie a été un peu plus dure pour elle, ses parents l'ont reniée et elle a dû s'installer dans une périphérie moldue.
- Comme Androméda Black, coupa Hermione d'un ton froid.
- Comme Androméda Black, répéta Blaise, plus conciliant. Mais à une différence près. A ce qu'on raconte, son mari était violent et brutal. Histoire que l'on s'empresse de raconter aux enfants pour qu'ils restent entre personnes de leur rang. C'est une histoire connue également des milieux mondains… que Rogue apprécie particulièrement, d'ailleurs.
Il eut un sourire narquois, en repensant à la mine d'enterrement de l'ancien maître des potions lors de la soirée de Slughorn.
- Qui était la mère de Rogue ? demanda Hermione en fronçant les sourcils.
Blaise fit mine de réfléchir.
- Une certaine Prince. Laisse-moi me souvenir… Eileen, je crois.
Le jeune blond pencha la tête sur le côté, élevant un sourcil.
- Tu en sais beaucoup sur elle. Sur eux.
Le grand noir haussa les épaules, en se renfrognant.
- Si j'en crois les vieux ragots de mon acariâtre mère, elle était en classe avec elle. Mais aussi avec Lily Evans, que tu dois connaître, et Cassiopée Potter, la mère de Daphné et Astoria. D'après elle, elles formaient le triangle d'or des potions, ricana Blaise, condescendant.
Hermione se figea.
- Attends… Tu as bien dit Potter ? s'étonna-t-elle.
Zabini lui sourit avec malice.
- Oui. C'est une cousine de James Potter. Pas étonnant que tu n'en aies jamais entendu parler. Les Greengrass ont bien vite passé sous silence ce sujet sensible. James Potter n'a jamais été le Sang-Pur le plus fréquentable de l'histoire, ni ses parents d'ailleurs… Et puis, bon, avec ce qui s'est passé… Tu sais, on perd vite son courage quand on ne veut pas finir dans la ligne de mire de Tu-sais-qui.
Hermione restait bouche bée devant tant de révélations.
- Autrement dit, Harry Potter a un lien de parenté avec Daphné et Astoria Greengrass, oui. Sauf qu'il n'en sait rien, et que personne ne serait assez fou pour le lui faire remarquer à l'heure actuelle.
Le cerveau du jeune blond était tout retourné. Il bégaya un peu, et l'image de Drago Malefoy apparut à son esprit.
- Attends… Tu veux dire que Malefoy épouserait une fille qui a du sang Potter dans les veines ?
Blaise approuva d'un hochement de tête. Hermione eut une moue compatissante. Etait-il au courant, au moins ?
- A ce propos…, reprit-elle plus sérieusement. Je devrais m'excuser auprès de Daphné.
Son regard s'assombrit et le visage de Blaise se ferma complètement à l'évocation de ce nom-là.
- N'en fais rien, dit-il d'un ton sec. Ce n'est pas à toi d'interférer.
Hermione se tourna vers lui, éberluée.
- Mais…
- C'est à Drago de faire la démarche, coupa-t-il d'un ton catégorique. Pas à toi.
- Pourtant, quand je t'ai parlé en son nom, tu n'as pas mal réagi.
- Je savais déjà que tu n'étais pas Drago, souligna-t-il d'un air sévère.
Un silence suivit ses propos et Hermione dut concéder qu'il avait raison.
- Pourquoi vous n'avez pas simplement dit à vos parents que tu préférais Astoria et qu'il était amoureux de Daphné ? soupira-t-elle.
- Ce n'est pas si simple…, répondit Blaise, las.
Il marqua un temps.
- Et puis, poursuivit-il brusquement, Drago n'a jamais été amoureux de Daphné.
Hermione se redressa abasourdie et fixa sans comprendre son interlocuteur.
- Ah ?! s'exclama-t-elle. Parce qu'un garçon qui dit le contraire de ce qu'il pense, c'est anodin ? Et tu le crois ?
Blaise n'osait rien dire : fronçant les sourcils, il attendait la suite avec appréhension.
- Malefoy aimait Daphné, décréta plus calmement Hermione. Et elle aussi. Et si vous aviez communiqué, rien de tout ça ne serait arrivé ! Vous savez ? La com-mu-ni-ca-tion !
Malgré elle, le fait d'avouer ça lui pinça le cœur. Sans qu'elle ne sut explicitement pourquoi. Mais Blaise était bien loin de le remarquer : il était à des années-lumière, bien loin. Il était même retourné en arrière. Drago amoureux de Daphné ? Impossible. Il l'avait toujours nié. « Ne jamais écouter ses sentiments, les tuer avant de les formuler. Car un sentiment formulé est un sentiment concret et difficile à éradiquer ». Règle numéro trois du code d'éthique des Sang-Pur. Il soupira : avait-il été assez aveugle pour se faire berner de la sorte ? Il secoua la tête. C'était du passé. On ne revit pas le passé. C'est fait, c'est fini. Il coula un regard noir vers le jeune blond qui le fixait sans ciller.
- Tu parles trop, Granger.
- Et vous, pas assez !
Ils se toisèrent sans complaisance, puis Blaise émit un rire discret. Décidément, cette Granger était bien surprenante.
Le week-end suivant, il avait été convenu que pendant le cours supplémentaire de transplanage à Pré-au-Lard, Hermione s'activerait dans la Salle sur Demande pour faire avancer les travaux.
Drago se joignit donc à Ron et au reste des élèves de sixième année qui auraient dix-sept ans suffisamment tôt pour passer l'examen fixé quinze jours plus tard. Pour l'occasion, cette journée de printemps était particulièrement belle, avec un ciel bleu comme ils n'en avaient pas vu depuis longtemps. Un bon présage qui tira un sourire satisfait à Drago. Sourire qui se dissipa bien vite quand il vit Harry lui faire part de ses projets concernant la matinée.
- Je vais tenter un nouvel assaut au septième étage…
- Tu ferais mieux d'aller directement dans le bureau de Slughorn pour essayer d'obtenir son souvenir, lui conseilla-t-il, dans le hall d'entrée, dans une moue réprobatrice.
- J'ai déjà essayé ! répliqua Harry avec colère, ce qui était parfaitement vrai.
Il n'était pas possible de nier qu'en effet, Harry avait essayé toute cette semaine d'entrer en contact avec Slughorn, et qu'un mur aurait été plus coopératif. Cependant Dumbledore lui avait demandé de surveiller Potter, non ? Et il se faisait une joie (pour la première fois de sa vie) d'obéir aux ordres du directeur. Surtout quand ça devait protéger leur secret.
- Il refuse de me parler, Hermione ! Il sait que je cherche à me trouver seul avec lui et il fait tout pour que ça n'arrive pas !
- Eh bien, il faut insister, non ? répliqua Drago avec un sourire supérieur.
La file des élèves, peu nombreux, qui attendaient de sortir avança de quelques pas et Harry resta silencieux, de peur d'être entendu par Rusard, occupé comme à son habitude à passer tout le monde au Capteur de Dissimulation. Il souhaita bonne chance à Ron et à Drago, bien que l'exaspération transpirait dans son regard, et tourna les talons.
Drago le suivit des yeux disparaître dans les escaliers et soupira avec désespoir. Ron posa une main compatissante sur son épaule.
- Il ne découvrira rien. C'est impossible, non ? La Salle sur Demande ne s'ouvre que si on sait ce qui se passe à l'intérieur.
Drago le toisa d'un regard peu convaincu.
- J'espère que tu as raison…, dit-il simplement d'un air maussade.
Finalement, la journée ne s'annonçait pas terrible du tout. Ils prirent le chemin de Pré-au-Lard et Drago suivit en traînant les pieds un groupe de Serdaigle en sixième année qui piaillait d'impatience. A ses côtés, Ron humait l'air frais dans une attitude ravie.
- C'est une journée parfaite pour transplaner, se réjouit le rouquin, malgré l'air peu rassuré qui trahissait son malaise.
Drago jeta un regard vers le ciel.
- Oui, ça fait longtemps qu'on n'a pas eu de ciel bleu, convint-il, pour la forme.
- J'espère juste que je n'aurais pas envie d'aller aux toilettes comme la dernière fois en plein transplanage. J'ai perdu toute ma concentration, avoua-t-il en prenant un air qui se voulait détaché.
Drago leva les yeux au ciel. C'est fou comme le stress de Weasley pouvait être insupportable. Comment faisaient-ils, Potter et Granger, pour le supporter toute la journée ? Ah oui. Ils étaient pires.
- Tiens, ça me fait penser que Mimi nous a raconté quelque chose d'assez surprenant…, continuait Ron. Savais-tu qu'elle consolait un garçon qui pleurait souvent dans les toilettes du sixième ?
La brunette s'arrêta net dans sa marche et planta son regard ahuri dans celui naïf du Gryffondor.
- Comment ça ? Qui t'a raconté ça ? s'écria-t-elle.
D'autres élèves qui étaient derrière eux (certainement des Poufsouffle) s'indignèrent avec mauvaise humeur en les dépassant. Mais Drago continuait de fixer Ron, éberlué.
- Mh… Comment c'était déjà ? Ah oui : il est sensible. Les gens le maltraitent et il se sent seul et il n'a personne à qui parler et il n'a pas peur de montrer ses sentiments et de pleurer !, fit Ron dans une parfaite imitation de la voix de Mimi Geignarde.
Drago pâlit.
- Granger… Elle va m'entendre…
Ils se firent dépasser à nouveau par un groupe d'élèves et la brunette referma rapidement la bouche, en croisant le regard de Blaise Zabini en compagnie de Daphné Greengrass et Pansy Parkinson. Mais ils ne s'attardèrent pas. Daphné n'avait même pas fait attention à elle. Elle essaya de recouvrer son souffle.
- Et d'ailleurs…, reprit Drago en fronçant les sourcils et en se tournant vers Ron. Comment ça se fait que tu ne m'aies pas prévenu que Potter filait Granger ? Pourquoi tu ne m'as rien dit pour les elfes ? reprocha-t-il à voix basse.
Ron lui offrit un regard entendu.
- Et après, t'aurais fait quoi ? argua-t-il, narquois.
- J'aurais pu prendre mes dispositions avec…
Le rouquin s'esclaffa en levant les yeux au ciel.
- Tu me prends pour un bleu ? Que crois-tu ? J'ai pris aussi des dispositions. Ils n'ont rien dit, non ? Je suis allé voir Dobby en douce pour lui demander de ne pas s'épancher sur le fait que vous vous voyiez.
Drago écarquilla les yeux devant un Ron très content de lui.
- Quant à Kreattur, poursuivit ce dernier avec une moue un peu dégoûtée, il ne ferait rien qui puisse entacher l'image du cher fils de sa chère maîtresse de substitution adorée.
La brunette cligna des yeux, peu certaine de comprendre.
- Kreattur…
- … était l'elfe de maison des Black, acheva Ron. Avant de devenir celui d'Harry.
Drago tomba des nues.
- Potter a un… elfe ?
Ironie du sort. Le petit crétin qui lui avait fait perdre son elfe en deuxième année de Poudlard avait maintenant un elfe de maison à sa disposition. Il secoua la tête.
- Bon, on dirait qu'ils m'ont écouté, affirma Ron avec un ton très satisfait de lui-même.
Drago soupira, mais ne répondit rien. Discuter avec Ron avait la faculté assez extraordinaire de l'épuiser. Et puis, bon, ils étaient également arrivés.
- Albus Dumbledore ! J'exige des explications !
Tonks se trouvait dans l'encadrement de la porte, en haut des marches d'escalier qui menait au bureau du directeur, et paraissait vraisemblablement énervée. Dumbledore réprima une violente envie de l'envoyer balader, et la convia à s'asseoir, ce qu'elle fit avec raideur.
- Que me vaut l'honneur, chère Nymphadora ?
Ils se défièrent du regard, puis Tonks articula lentement :
- Vous m'avez promis des explications, Albus. Je réclame mon dû.
Dumbledore soupira imperceptiblement en se renfonçant dans son fauteuil. Il joignit les mains devant sa barbe et la scruta à travers ses lunettes en demi-lune.
- Mais certainement. Que voulez-vous savoir ? demanda-t-il d'un ton courtois.
- Pourquoi ne faîtes-vous rien ? s'indigna Tonks en fronçant les sourcils. Une de vos élèves a été transférée à Ste Mangouste, maintenant j'apprends que le plus jeune des Weasley a été empoisonné… Vous me prenez pour une imbécile ? Je vois bien ce qu'il en est ! Et vous ne faîtes rien ! Strictement rien ! Vous attendez qu'un élève meure vraiment pour bouger le petit doigt ? Ce Malefoy est bien trop lâche pour oser vous tuer en face !
Le directeur attendit que la tornade Tonks finisse pour se redresser.
- Oui, je le sais, déclara-t-il d'un ton calme. Tout comme il est trop risqué de le convoquer et d'en parler avec lui. Car si on apprend que je suis au courant, alors c'est sur lui que retombera la colère de Voldemort. Et ça, je n'en veux clairement pas. Et vous le savez, Nymphadora, appuya-t-il en la toisant d'un regard entendu.
- Mais enfin, Albus ! s'exclama l'Auror en se relevant comme si elle avait été électrocutée.
- Si vous voulez vraiment vous sentir utile et surveiller les actions du jeune Malefoy, coupa Dumbledore, pourquoi ne pas constater par vous-même ses avancements au septième étage ?
Elle afficha une moue déconcertée.
- Il passe un temps fou là-bas, et je doute qu'il y fasse ses devoirs de potions, sous-entendit-il avec un sourire amusé. Et si vous trouvez quelque chose d'intéressant, n'hésitez pas à venir me revoir. Mais n'en parlez à personne, je ne suis pas là, officiellement.
Furieuse d'être malmenée de la sorte, Tonks sortit du bureau de Dumbledore à grands pas, sous l'œil goguenard de ce dernier.
- T'es passablement mauvais, Weasley, susurra Drago entre ses dents pour ne pas être entendu que de lui.
Le rouquin le fusilla du regard.
- Je n'ai pas enfreint tous les règlements à apprendre à transplaner avant l'âge légal, moi, marmonna-t-il.
Drago leva les yeux au ciel. Ils étaient en pleine place de Pré-au-Lard, chacun à un mètre cinquante de leurs voisins et devaient essayer de transplaner à des endroits désignés par le professeur Tycross. Divers sorciers étaient là, notamment Dawlish et Fiertalon, certainement pour assurer la protection des élèves.
- Sot, murmura la brunette. Veux-tu que je te donne des conseils ?
Ron émit une interjection de mépris, alors qu'il pivotait à nouveau sans succès.
- De ta part ? cracha-t-il. Certainement pas, merci bien. Je me retrouverai coupé en deux et à l'autre bout du pays en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.
La colère monta au nez de Drago qui se vexa et abandonna la partie. Juste quelques minutes.
- J'ai appris à Granger à transplaner, s'indigna-t-il en chuchotant. En une seule nuit. Crois-tu que je sois un si mauvais professeur ?
Ron sembla hésiter.
- Voyons Malefoy, dit-il en essayant de garder une contenance, ce n'est pas une question de savoir-faire. C'est une question de volonté. Tu penses vraiment que je vais croire une seule seconde à ta bonne volonté ?
- Ça dépend si tu veux passer ton permis ou non le 21 Avril, argua Drago qui sourit de toutes ses dents.
Ah. Merlin. Il avait touché un point sensible. Ron se renfrogna.
- D'accord.
Drago eut une moue jubilatoire.
- Je vous accorde cinq minutes de pause, déclara Tycross en descendant de l'estrade sur laquelle il se trouvait et se mit à passer entre les rangées d'élèves. Drago se tourna vers Ron en le jaugeant du regard.
- Ce n'est pas compliqué : il suffit que tu…
Au bout de longues minutes d'explication, le cours reprit et Ron fronça les sourcils, se concentrant comme jamais.
- Bien, le prochain endroit ciblé est la taverne de Madame Rosmerta, décréta Tycross.
Drago recentra son esprit sur sa destination et atterrit au pied du pub. Il jeta un regard au rouquin qui avait bel et bien disparu… mais qui réapparut devant la boutique d'à côté, chez Scribenpenne. Un léger sourire de satisfaction passa brièvement sur ses lèvres.
- J'y suis arrivé ! s'esclaffa Ron, atterré.
- Presque, rectifia Drago.
- J'ai quand même transplané ! rit le rouquin en n'en croyant pas ses yeux.
Il était passablement étourdi et son humeur gagna cinquante points au-dessus du niveau de la mer.
- Bah tu vois, ce n'est pas si compliqué que ça, dit simplement la brunette en réajustant sa robe de sorcier.
Ron approuva, encore tout éberlué.
- Excellent, Miss Granger ! Vous êtes brillante et en plus vous parvenez à aider vos camarades ! Permettez-moi de vous offrir une Bièraubeurre après la séance ? s'exclama Tycross en battant des mains et en s'avançant vers eux, son teint blafard encore plus pâle pour l'occasion.
Drago acquiesça, flatté. Le transplanage dura encore une heure et demie, quand Tycross décida d'arrêter l'entraînement.
- Parfait, parfait ! fit-il en battant des mains. La plupart d'entre vous ont réussi à effectuer de merveilleux transplanages. Ce sera suffisant pour l'examen du 21 avril. En attendant, je vous propose tous une minute de réconfort aux Trois-Balais.
- Ah, quelle belle journée ! s'exclama Ron en prenant place à une table dans le pub.
Drago pouffa mais ne releva pas. La joie du rouquin était contagieuse. Finalement, passer du temps avec Weasley n'était pas si désagréable que ça.
- Ah, Rosmerta ! Merci, fit-il en recevant la pinte de Bièraubeurre qu'elle lui tendait. Au fait, vous savez la différence entre une harpie, un guérisseur et un Mimbulus Mimbletonia ?
Mais Rosmerta ne lui jeta pas un regard et retourna à son comptoir, s'occuper de servir d'autres clients. Il faut dire que le pub était plein à craquer. Drago scruta tout de même le regard de la tenancière. A priori, le sortilège faisait encore effet sur elle. Il se détendit et coula un œil en direction de Ron qui semblait bouder explicitement. Il eut une moue de pitié.
- Alors, c'est quoi cette différence ? s'enquit-il en toussotant pour lui faire reprendre ses esprits.
Ron émergea de ses pensées.
- Hein ? Oh, ce n'est rien. De toute façon, elle n'est pas drôle.
Drago ricana de l'attitude vexée de son comparse et sirota une gorgée de Bièraubeurre en jetant un regard aux alentours. Dans un coin, Blaise Zabini et Daphné Greengrass étaient en grande discussion avec Pansy.
- Ah, la voilà ! s'exclama Tycross en prenant les mains de la brunette.
Drago lui sourit avec convenance, sans savoir de quoi il retournait.
- Vous êtes la personne qui a réussi à transplaner le plus rapidement possible, chère amie ! Vous savez que vous avez beaucoup de potentiel ? Que songez-vous faire par la suite ?
- Euh…, fit Drago déconcerté.
Il n'allait pas lui avouer qu'il savait transplaner depuis l'âge de onze ans et que son professeur n'était autre que son parrain ? Mais il n'eut pas à répondre : le ventre de Ron le fit à sa place.
- Oh, excusez-nous, professeur ! Je crois qu'il est temps pour nous de rentrer, rit Drago, amusé devant l'expression cramoisie de Ron qui regardait avec effarement son estomac.
- Evidemment, j'espère vous revoir rapidement à l'examen ! pria Tycross d'un ton ravi.
Ils prirent congé de l'employé du ministère et ils marchèrent d'un pas rapide vers Poudlard.
Dans la Salle sur Demande, Hermione se figea sur place : Goyle venait de pousser un cri de terreur suraigu qui lui glaça le sang et le fracas de la balance qu'il devait tenir entre les mains résonna longuement dans le couloir. Elle fronça les sourcils, arrêtant tout sortilège et se rapprocha un peu plus de la porte. Elle se raidit un peu plus en entendant Harry éclater de rire. S'il parvenait à rentrer…
Elle secoua la tête pour se détacher de ses pensées et retourna à son Armoire. Mais au bout d'une demi-heure, elle fut de nouveau interrompue et soupira d'exaspération.
- Aïe !
Hermione leva les yeux au ciel : il était encore là ?! Elle s'approcha à nouveau de l'entrée, plaqua son oreille contre le mur et put nettement entendre Harry sautiller sur place, psalmodiant des chapelets d'injures. Ah. A l'évidence, il devait s'être cogné quelque part.
- Harry ?
Hermione retint sa respiration : était-ce Tonks qui venait de parler ? Elle fronça les sourcils : que faisait-elle là ? Elle accentua sa concentration. Un grand boum ! lui confirma qu'Harry venait de tomber lamentablement par terre. Elle entendit les pas de quelqu'un d'autre se rapprocher : certainement l'Auror.
- Qu'est-ce que vous faites là ? demanda Harry.
- Je suis venue voir Dumbledore, répondit Tonks.
Elle s'approcha d'Harry qui massait douloureusement son pied. Que faisait-il là ? Dumbledore lui avait demandé de faire un tour au septième et elle avait machinalement grimpé les étages. Mais pourquoi Harry était là ?
- Son bureau n'est pas là, lui dit-il. Il est de l'autre côté du château, derrière la gargouille…
- Je sais, coupa-t-elle.
Merlin. Dumbledore lui avait stipulé qu'il n'était pas censé être là.
- Mais il n'y a personne. Il a encore dû s'absenter, reprit-elle brusquement.
Elle scruta le visage de l'adolescent qui reposa doucement son pied au sol.
- Ah bon ? s'étonna Harry. Au fait, vous ne savez pas où il va, quand il n'est pas là ?
- Non.
Elle aurait voulu lui dire que Dumbledore ne lui livrait rien, qu'au contraire, elle devait jouer des pieds et des mains pour avoir une information maigre et inconséquente, mais Harry n'était certainement pas le préposé à qui se confier.
- Pourquoi vouliez-vous le voir ? demanda le Gryffondor.
Tonks détourna le regard, cherchant une excuse valable : après tout, il ne fallait en aucune façon donner des soupçons à Harry.
- Rien de particulier, répondit-elle qui tripotait la manche de sa robe d'un geste apparemment inconscient. Je pensais qu'il savait peut-être ce qui se passait… J'ai entendu des rumeurs… Des gens ont été blessés…
C'était en partie vrai, la rumeur étant que Dumbledore allait se faire tuer, et que Malefoy avait blessé deux élèves de Poudlard, conséquences des dommages collatéraux.
- Oui, je sais, ils en parlent dans les journaux, dit Harry. Ce petit garçon qui a essayé de tuer ses…
- La Gazette est souvent en retard sur l'actualité, l'interrompit Tonks qui ne semblait pas l'écouter.
C'était fou comme la conversation avec Harry, alors qu'elle ne savait pas ce qu'il faisait dans ce couloir, la demande de Dumbledore de surveiller ce qui se tramait dans ce même couloir et le lien qui le rejoignait avec Malefoy pouvaient lui donner mal au crâne et la mettre ainsi mal à l'aise. Elle n'aimait pas mentir. Elle n'avait jamais aimé ça.
- Tu n'as pas reçu de lettres de membres de l'Ordre, ces temps-ci ? demanda soudain Tonks, brusquement, pour changer de sujet.
- Plus personne ne m'écrit, répondit Harry, depuis que Sirius…
Mauvais choix. L'évocation de son cousin lui mit les larmes aux yeux. Par Merlin !
- Je suis désolé, murmura Harry maladroitement. Je voulais dire… moi aussi, il me manque…
- Quoi ? demanda Tonks, le visage sans expression, comme si elle ne l'avait pas entendu. Bon, eh bien… à un de ces jours, Harry.
Elle tourna brusquement les talons et repartit dans le couloir. Au moins, il ne découvrirait pas les raisons de sa venue à Poudlard. Elle soupira, se dirigeant vers le bureau de Dumbledore.
- Qu'est-ce qui se trame au septième étage ? J'ai croisé Harry dans le couloir, dévoila-t-elle en toisant le directeur.
Dumbledore soupira mais ne répondit rien. Alors comme il l'avait soupçonné, Harry ne cherchait aucun moyen de trouver le souvenir de Slughorn mais essayait en vain de voir ce que manigançait le Serpentard. Et cette révélation sur l'identité réelle de Drago Malefoy…
- Que pensez-vous des échanges de corps, Nymphadora ? demanda soudain le vieil homme.
- De… des quoi ? balbutia Tonks, ahurie.
Elle cligna des yeux, interloquée.
- Des échanges d'âme et de corps, reprit Albus calmement, en la scrutant derrière ses lunettes en demi-lune.
- Ce… C'est de la vieille magie, bredouilla l'Auror, gênée d'être ainsi exposée.
Il y eut un petit silence, puis Dumbledore interrogea :
- Comment brise-t-on ce sortilège ?
Tonks ferma les yeux, se remémorant ses anciens cours de sortilèges.
- Comme on l'a placé, récita-t-elle. Généralement, l'échange de corps n'est pas anodin. Il faut faire une action concrète pour que l'ordre normal des choses se rétablisse.
Dumbledore resta silencieux quelques secondes, puis hocha la tête.
- Merci, Nymphadora. J'aurais certainement besoin de vous, pour les prochains mois.
Tonks ouvrit la bouche, mais l'entretien semblait terminé. Resté seul, le directeur lissa sa longue barbe blanche : donc, comme il l'avait supposé, il devait mourir. Dans tous les cas. Il caressa sa main carbonisée et eut un sourire triste.
- Espérons juste que si je ne meurs pas de la main d'un des deux, le sort se rompe quand même, hein, Fumseck ? dit-il d'une voix douce.
En guise de réponse, le phénix roucoula gaiement d'une voix fluette.
Dans la Grande Salle, Ron et Drago s'attablèrent à la table des Gryffondor. Ils étaient déjà au milieu de leur déjeuner quand Harry les rejoignit.
- J'y suis arrivé… enfin presque ! annonça Ron d'un ton enthousiaste dès qu'il vit Harry. Je devais transplaner devant le salon de thé de Madame Pieddodu et je suis allé un peu trop loin, j'ai fini près de chez Scribenpenne, mais au moins, j'ai bougé !
- Bravo, dit Harry. Et toi, Hermione ?
- Oh, elle a été parfaite, bien sûr, répondit Ron avant que la brunette ait eu le temps d'ouvrir la bouche. Parfaite délibération, divination et déréliction ou je ne sais quoi… Après, on est allés boire un petit verre aux Trois Balais et tu aurais dû entendre ce que Tycross disait d'elle. Ça m'étonnerait qu'il ne la demande pas bientôt en mariage…
Drago ignora le sarcasme déguisé du rouquin et porta son entière attention sur Harry.
- Et toi, alors ? interrogea-t-il. Tu as passé tout ce temps-là à t'occuper de la Salle sur Demande ?
Il faillit continuer son discours moralisateur, mais Harry le coupa net dans son élan.
- Ouais. Et devine sur qui je suis tombé, là-haut ? Sur Tonks !
- Tonks ? répétèrent Ron et Drago d'une même voix surprise.
Ils échangèrent un regard. Tonks qui passait au septième ? Ils froncèrent les sourcils.
- Oui, reprit Harry, elle a dit qu'elle venait voir Dumbledore…
Il leur rapporta la conversation qu'il venait d'avoir avec elle. Ils restèrent un moment silencieux. Drago se sentit soucieux.
- Si vous voulez mon avis, déclara Ron en se raclant la gorge, elle devient un peu dingue. Ses nerfs craquent depuis ce qui s'est passé au ministère.
Même s'il voulait détendre l'atmosphère en endormant les soupçons d'Harry sur les potentielles raisons de la présence de Tonks, Drago ne put cacher son trouble.
- C'est un peu bizarre, remarqua la brunette qui, pour une raison qui échappa à Harry, paraissait soudain très inquiète. Elle est censée garder l'école, pourquoi abandonne-t-elle soudain son poste pour venir voir Dumbledore alors qu'il n'est même pas là ?
- J'ai pensé à quelque chose, risqua Harry. Vous ne croyez pas qu'elle aurait pu être… disons… amoureuse de Sirius ?
Drago le regarda avec de grands yeux. Alors là, il n'aurait jamais pensé que Potter pouvait faire des conclusions aussi alambiquées. Mais dans un sens, ça l'arrangeait.
- Qu'est-ce qui peut bien te faire penser ça ?
- Je ne sais pas, répondit Harry en haussant les épaules, mais elle pleurait presque quand j'ai prononcé son nom… et puis son Patronus est devenu une grande forme à quatre pattes… alors je me demandais si ce n'était pas… vous comprenez… lui.
Il y eut un silence, durant lequel on n'entendit que les raclements de fourchette dans l'assiette de Ron.
- Possible, dit lentement Drago. Mais je ne vois toujours pas pourquoi elle débarquerait tout d'un coup au château pour aller voir Dumbledore, en admettant que ce soit la raison de sa présence…
- On en revient à ce que je disais, commenta Ron, occupé à enfourner de la purée de pommes de terre, elle est devenue un peu cinglée. Ses nerfs lâchent. C'est ça, les femmes, ajouta-t-il à l'adresse d'Harry, sur le ton de la sagesse. Elles se laissent facilement dominer par leurs émotions.
- Pourtant, répliqua Drago en sortant de sa rêverie, je ne pense pas qu'on puisse trouver une seule femme qui bouderait pendant une demi-heure parce que Madame Rosmerta n'a pas ri à son histoire drôle sur la harpie, le guérisseur et le Mimbulus Mimbletonia.
Ron se renfrogna.
- Viens vite, intima la voix de Drago Malefoy dans le gallion magique.
La brunette s'empressa de quitter la salle commune des Gryffondor et s'approcha en silence du mur de pierre. Elle passa trois fois devant et une porte se matérialisa.
- J'ai réussi ! s'exclama Hermione en sautillant sur place.
Drago fronça les sourcils.
- Attends… Qu'as-tu réussi ?
- J'ai fait disparaître un des hiboux pris à la volière. Et ça a marché ! sourit Hermione.
La brunette digéra ses paroles et un sourire soulagé se dessina sur ses lèvres.
- Vraiment ?
Puis, son visage se rembrunit.
- Tu n'as donc pas l'intention de fuir ? articula-t-elle lentement.
Le jeune blond ouvrit la bouche, puis la referma. Son regard s'assombrit et il détourna la tête.
- Je n'ai pas encore pris ma décision. Mais dans tous les cas, pour que rien ne paraisse, nous devons continuer de faire comme si nous menions la mission jusqu'au bout.
Drago hocha la tête, acceptant. Il était vrai que c'était beaucoup plus sûr et beaucoup plus raisonnable de poursuivre la réparation de l'Armoire. Il se rendit compte qu'Hermione le regardait avec un drôle d'air et fronça les sourcils.
- Quoi ?
- Je pense que l'heure est venue de faire un test… humain, annonça-t-elle avec un air coupable.
Il déglutit.
- Je pense le faire, déclara Hermione.
Drago sursauta comme si on venait de lui jeter de l'huile bouillante sur la peau.
- Certainement pas ! Tu ne peux pas risquer ta peau ! s'insurgea-t-il avec verve.
Il marqua un temps puis se résigna.
- Je le ferais.
Hermione émit un rire dénué d'humour.
- Et quand ils verront débarquer une Sang-de-Bourbe, tu crois qu'ils vont te laisser repartir bien gentiment ? argua-t-elle avec ironie.
Drago se mordit les lèvres et croisa les bras, boudeur. Mais Granger avait raison.
- Alors quoi ?
- Alors…, hésita Hermione. il faut trouver autre chose.
Un long silence s'établit entre eux. Si ni l'un ni l'autre ne pouvait faire le test, alors… Le visage de la brunette s'illumina.
- J'ai trouvé, Granger ! Nous allons utiliser un autre élève de Poudlard. Il en regorge de partout !
- Tu n'y penses pas ?
- Allons, nous prendrons un Sang-Pur, après tout, rien ne pourra lui arriver, tu ne penses pas ?
Hermione le regarda avec appréhension. Un nouvel élève ? Combien d'élèves impliqueront-ils dans leur plan avant que celui-ci ne fonctionne ? Elle secoua la tête.
- Non. Catégoriquement non. Je refuse.
Drago haussa un sourcil : on verra bien, se dit-il avec un sourire en coin.
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Kumi
