Chapitre 29 : La sentence tombe.

Harry jeta un regard du coin de l'œil à Ginny mais son visage fermé ne parvint pas à l'attendrir. La salle commune était bondée mais silencieuse et il savait que de nombreux élèves l'observaient discrètement. Il referma son livre de métamorphose d'un coup sec et soupira en s'enfonçant dans sa chaise. Hermione, assise à côté de lui, ne dit rien et continua sa rédaction sur les propriétés d'un ingrédient de potion auquel il ne voulait même pas songer. Le silence était trop lourd pour le supporter.

-Vous voulez des détails ? demanda-t-il tout haut et un mouvement parcourut la salle.

Il savait que la plupart des Gryffondor sauraient qu'il parlait de sa rupture avec Ginny. De toute façon, tout le monde en discutait derrière leurs dos, il en avait bien conscience.

-Harry… reprocha Hermione.

Ginny se leva brusquement en renversant sa chaise et monta l'escalier sans un mot.

-Et voilà ! bougonna Hermione.

Ron haussa les épaules.

-Ca va lui passer, murmura-t-il. Il ne peut pas en être autrement, de toute manière.

-Vous êtes sûrs que vous ne voulez pas qu'on vous raconte ? grogna Harry en visant spécialement Parvati Patil et Lavande Brown qui ne cessaient de chuchoter à son sujet depuis le début de la soirée. Parce qu'au lieu d'essayer de récolter des informations en pensant être discrets, je peux vous expliquer ce qui s'est passé, hein ! Ca va plus vite, pas vrai ?

Il poussa un juron et monta à son tour dans son dortoir. Ron se leva précipitamment et suivit ses pas. Harry préféra jouer l'indifférence et lui claqua la porte au nez avant de s'allonger sur son lit, la tête dans l'oreiller pour ne plus rien voir d'autre.

-Harry, il faut que je te parle, dit Ron. Ouvre-moi !

N'obtenant pas de réponse, Ron entra quand même dans la chambre et vint s'asseoir sur le lit à côté de son ami. Pendant un instant il resta là à ne rien dire, respectant son silence, mais n'y pouvant plus, il reprit timidement la parole.

-Euh… Il ne faut pas que tu penses que Ginny a voulu faire ce qu'elle a fait, Harry.

Celui-ci ne bougea pas d'un pouce.

-Parce qu'en fait, elle voulait te rendre jalouse pour voir si tu tenais à elle et…

Il tapota l'épaule de son ami pour vérifier qu'il ne dormait pas.

-Eh ho ? Tu m'écoutes ?

-Pourquoi est-ce que tu te mets à défendre ta sœur alors qu'hier encore tu affirmais que ce qu'elle avait fait était nul ? demanda Harry d'une voix étouffée.

-Parce qu'en vérité, c'est moi qui lui ai dit d'essayer de te rendre jaloux. Enfin je veux dire, tu flirtais un peu avec Ginger alors je me suis dit que si elle flirtait avec quelqu'un d'autre, vous seriez quittes…

Harry se releva très lentement et lui jeta un regard noir.

-Alors c'est toi qui es à l'origine de tout ça ?

Ron baissa les yeux et tout son visage s'empourpra.

-Oui. Mais je ne lui ai jamais dit d'aller jusqu'à sortir avec Davies !

-Ok. Alors si je comprends bien tu lui dit de passer du bon temps avec un garçon parce que je faisais pareil avec Ginger, c'est ça ? Sauf que je ne passais pas du bon temps avec Ginger. C'est bête, hein ?

-Allez, avoue qu'elle ne te laisse pas indifférent ! s'exclama Ron. Tout le monde a remarqué votre petit manège ! Même Malefoy est venu voir Ginny, l'autre jour, pour le lui faire remarquer. Il était écroulé de rire !

-Et bien tant mieux pour lui ! s'énerva Harry. Moi je n'ai rien à me reprocher ! Toi et ta sœur vous n'aviez qu'à réfléchir avant à ce que vous alliez faire ! Comment as-tu pu lui proposer une chose pareille !

-Mais elle n'en pouvait plus ! Tu comprends, ça ? Elle revenait un soir sur deux les larmes aux yeux, et il n'y a pas très longtemps elle t'a vu enlacer Ginger ! Tu n'imagines même pas ce qu'elle a pu ressentir à ce moment !

-Bien sûr que si, je l'imagine, étant donné qu'elle m'a fait exactement le même coup ! Seulement, moi j'enlaçais Ginger pour la réconforter ! Lundi, elle se fera juger par des membres du Ministère ! Ouvre les yeux ! Elle est dans le pétrin ! Elle aussi elle pleurait, et elle aussi elle a le droit d'être réconfortée !

Ron haussa les sourcils.

-Quoi ? D'accord, elle est dans le pétrin ; mais apparemment tu la réconfortes plus facilement que Ginny !

Hermione fit soudain irruption dans la pièce, l'air furieux.

-Si vous pouviez parler moins fort, ça serait bien, car tout le monde vous écoute, en bas ! Harry, calme-toi un peu !

-Me calmer ? répéta Harry, hors de lui. Tu veux que je me calme ? COMMENT JE FAIS POUR ME CALMER QUAND MON MEILLEUR AMI VIENT M'ANNONCER QUE C'EST LUI QUI A PROPOSE A GINNY DE SORTIR AVEC DAVIES ?

-Je ne lui ai pas proposé de sortir avec lui ! Juste de te rendre jaloux en faisant semblant !

-Je n'y vois pas grande différence ! marmonna Harry.

-Bien sûr que si, ça fait une grande différence ! bougonna Hermione. Tu rends Ginny jalouse, c'est normal que Ginny te rende jalouse, non ?

-Moi je ne crois pas, dit Neville en entrant à son tour dans la pièce. Si Harry dit qu'il n'y a rien entre lui et Ginger Fitgeralds, c'est Ginny qui doit lui faire confiance…

-Sur ce point là il a raison, Ron, assura Hermione. Toi et ta sœur vous avez un don pour être jaloux !

-Si tu fais allusion à Vicky, avoue qu'il y a largement de quoi douter !

-Victor est mon correspondant ! grogna Hermione.

-On en a déjà discuté, et tu sais très bien qu'il veut être plus qu'un simple correspondant ! rétorqua Ron avec mauvaise humeur.

-Mais qu'est-ce qu'on en a à faire que Victor Krum soit amoureux d'Hermione ! C'est de Ginny qu'on parlait ! cria Harry.

-Le sujet est clos, à propos de ma sœur, dit Ron. Tu fréquentes Ginger elle fréquente Davies. Elle l'a embrassé, pas toi, qu'est-ce que tu veux que je te dise de plus ? Tu n'as qu'à aller voir Fitgeralds et te venger, c'est tout !

-Je ne crois pas que ce soit une bonne solution, déclara Parvati Patil en rentrant, accompagnée de Lavande Brown.

Harry crut qu' il deviendrait fou. A la fois parce qu'il était choqué par les paroles de son meilleur ami et parce qu'il en avait assez qu'on circule dans son dortoir comme sur une autoroute, il bouscula le tas et descendit l'escalier à vive allure.

Ron voulait qu'il aille voir Ginger ? Et bien il irait voir Ginger. Il n'avait rien d'autre à faire, de toute façon. Et puis il avait des choses urgentes à lui dire. Des choses importantes qui ne pouvaient attendre, sinon il serait trop tard…

Seulement, Ashley avait retrouvé son apparence normal et avait repris les cours, si bien qu'il eut du mal à la trouver seule. Elle passait désormais la plupart de son temps libre avec sa sœur et semblait l'avoir complètement oublié, ce qui ne fit qu'accentuer son mécontentement. Il avait l'impression de voir tous ses amis lui tourner plus ou moins le dos en même temps. Ron se mettait à défendre sa sœur, Hermione se fichait de savoir ce qu'il ressentait…

Il dut sacrifier son cours de défense contre les forces du mal pour trouver Ginger seule dans les toilettes de Mimi Geignarde. Par chance, celle-ci s'était absentée un moment pour il ne savait quelle raison et il put donc attendre calmement que Ginger daigne à sortir pour aller ou non en cours. Estimant que la rejoindre directement dans les toilettes aurait été incorrect, surtout après ce qu'on lui reprochait, il s'adossa contre le mur et réfléchit à comment il lui exposerait les choses mais avant même qu'il n'ait eut le temps de vraiment y songer, elle apparut et sursauta en le voyant.

-Harry ! Qu'est-ce que tu fais là ? Tu ne vas pas en cours ?

Harry sourit et lui posa la même question.

-Oh, moi c'est différent, McClaggan s'en fiche que je sois là ou pas, répondit-elle.

-Et bien pour une fois il va devoir faire son cours sans moi ! dit Harry. J'ai beaucoup de choses à te dire.

Ginger afficha une expression de surprise qui se transforma rapidement en de la crainte.

-Ce n'est pas au sujet d'Ashley, j'espère ?

Harry haussa les épaules.

-Si.

-Ce sont tes blessures ? Elles te font encore mal ? Montre !

Harry siffla de dénégation et lui intima de se calmer.

-Je n'ai plus rien, tout va bien pour moi. C'est pour toi que je m'inquiète.

-Tout ne va pas bien pour toi, fit remarquer Ginger. Tu as rompu avec Ginny et tes amis te font la tête, n'est-ce pas ?

-Je m'en fiche. Ce qui te menace est beaucoup plus important que ce genre de choses.

-Je ne crois pas que tu t'en fiches, Harry, murmura Ginger.

Non, bien sûr qu'il ne s'en fichait pas. Au contraire, il aurait aimé que tout redevienne comme avant. Que Ron et Hermione ne se comportent pas comme deux étrangers, que Ginny ne se soit pas conduite comme une idiote… Mais c'était comme ça et il devait faire avec.

-Ecoute Ginger, dit-il, fait attention à ta sœur. Elle est dangereuse.

Ginger lui adressa un regard surpris.

-Ash ? Dangereuse ? Tu plaisantes ! Elle était dangereuse, mais plus maintenant !

-Je t'en supplie, fais très attention !

-Je ne comprends pas ce que tu veux dire, Harry ! s'exclama Ginger. Ashley est redevenue normale ! Elle n'a plus le moindre soupçon de violence !

-Elle veut te tuer, assura Harry.

Le silence qui s'ensuivit furent presque irréel. Ginger cligna des yeux béatement et pouffa de rire.

-Attends, tu délires, là !

-Je m'étais attendu à cette réaction, mais il faut que tu me croies.

-Tu veux que je te croie alors que tu me dit qu'Ashley, ma sœur avec qui j'ai fait le pacte de ne jamais me séparer, veut me tuer ?

Harry soupira et évita son regard. Evidemment elle ne le croirait pas. Il ne pouvait pas lui en vouloir, après tout. C'était de sa sœur chérie qu'il s'agissait. Et pourtant, elle était bel et bien en danger. Il fallait qu'il trouve les bons arguments pour la convaincre. Mais Ginger était tellement imprévisible…

-Je sais que ça peut paraître fou, mais c'est la vérité, affirma-t-il avec une pointe de désespoir. Mais pour le moment tu m'as toujours fait confiance, alors je t'en prie, crois-moi une dernière fois…

Ginger fit non de la tête.

-Je ne peux pas le croire, un point c'est tout. Ashley n'est pas une tueuse. C'est ma sœur.

-Elle a dévoré Marietta Edgecombe, rappela Harry.

-Mais cette époque est terminée ! Le processus est achevé, elle est désormais aussi saine d'esprit que toi ou moi, sauf une fois par mois où elle se transforme en bête ! Ce n'est pas un motif de folie, ça !

-Tu ne me croiras pas, n'est-ce pas ? demanda Harry d'une voix rauque.

-Non. Pas sur une telle chose. Tu as une preuve de ce que tu avances ?

-Pas la moindre, avoua Harry. Je n'en ai pas cherché. Elle me l'a dit l'autre soir, quand nous étions seuls dans la Cabane Hurlante, et je pensais que je n'en aurais pas eu besoin, que tu m'aurais fait confiance sans ça. J'avais tort, apparemment.

-Oui tu avais tort, Harry. Sans preuve je ne te ferai pas confiance.

-Ginny ne m'a pas fait confiance, tu sais… murmura Harry. Regarde où ça nous a menés…

Ginger réfléchit un instant et Harry crut qu'elle cèderait enfin, mais rapidement son impression se dissipa car elle baissa les yeux et se mit à rougir.

-Sauf que tu aimais Ginny… dit-elle d'une petite voix.

-Parce que je ne t'aime pas, peut-être ?

Ces mots avaient franchi ses lèvres sans même qu'il ne s'en rende compte mais il ne chercha pas à se rattraper. C'était vrai, de toute façon, il aimait beaucoup Ginger. Et puis il n'avait plus rien à perdre, désormais. Tout ce qu'il voulait, c'était la convaincre qu'Ashley avait l'intention de la tuer. Après ça, si le seul moyen consistait à jouer avec ses sentiments, il le ferait sans hésiter…

-Tu ne m'aimes pas comme tu aimes Ginny, en tout cas, chuchota Ginger.

-Je n'aime plus Ginny…

-Ne me mens pas, s'il te plait… Je sais que malgré les apparences, tu es tout retourné par ta rupture. Il y a des fois où la carapace qu'on croit s'être créée n'est pas suffisante…

-Et il y a des fois où les jolies filles devraient faire confiance à leur ami, même si ce qu'il leur dit n'est pas forcément ce qu'on a envie d'entendre…

Ginger sourit.

-Ca ne résout pas la question. Tu tentes d'oublier Ginny mais tu n'y parviens pas.

-Je peux te promettre qu'après le coup qu'elle m'a fait, je vais vite me remettre… Mais toi, une fois que ta sœur t'aura tuée, tu ne t'en remettras jamais car il sera trop tard… On ne meure qu'une fois, tu sais !

Ginger soupira.

-J'aimerais te faire confiance, mais cette fois je ne peux pas. Jamais Ashley ne me tuera. Elle serait incapable de vivre seule sans moi. C'est d'ailleurs notre pacte.

-Si elle se suicide après, votre pacte sera respecté. Et c'est ce qu'elle a l'intention de faire, crois-moi.

-Tu devrais aller en cours, dit brusquement Ginger pour se défiler.

Harry savait que tout remuait dans sa tête mais qu'elle ne voulait pas l'avouer.

-Pas avant que tu m'aies promis de faire très attention, assura-t-il.

-Tu ne lâcheras donc pas le morceau ?

Harry fit non de la tête et sourit tandis Ginger pesta et réfléchit un instant.

-J'avoue que j'ai du mal à te voir en temps que semeur de trouble, dit-elle finalement.

-C'est normal car ce n'est pas du tout mon intention. Tu m'imagines capable de faire ça ?

-Non.

-Alors pourquoi ne me crois-tu pas ? Regarde Ginny : elle ne m'a pas cru et elle le regrette ! Ne fais pas la même erreur qu'elle…

-Ne recommence pas avec Ginny ! Ce n'est pas un bon exemple ! Je t'ai déjà dit que tes sentiments sont très différents pour elle et pour moi !

-Tu le penses vraiment ? demanda Harry en sachant très bien qu'il allait enchaîner avec un gros mensonge. Pas moi…

-Ne sois pas ridicule ! Tiens, la voilà, d'ailleurs !

Harry tourna brusquement la tête et s'aperçut qu'en effet, Ginny venait vers eux, le son de ses pas se répercutant dans tout le couloir. Un désir de vengeance s'empara de lui tandis qu'il songea au baiser échangé avec Davies. En une fraction de seconde à peine, il se décida. Le cœur battant très vite, il plaqua Ginger contre le mur le plus proche et posa ses mains sur ses hanches fines. Là, il se laissa aller lentement vers elle et ferma les yeux quand leurs lèvres ne furent plus qu'à quelques centimètres l'une de l'autre. Ses pensées s'embrouillèrent et il ne sut plus trop où il se trouvait. Il eut juste le temps d'entendre le petit cri étouffé de Ginny avant que sa bouche ne se pose sur celle de Ginger et que ses oreilles ne perçoivent plus rien. Avec la satisfaction d'avoir atteint son but, il l'embrassa sans gêne et se vit même entrain de penser que c'était un agréable moment. Il oublia Ginny et resta longtemps dans les bras de Ginger qui ne semblait pas plus envieuse que lui de mettre un terme à cet instant. Mais trop vite à son goût, il la sentit s'éloigner et il rouvrit les yeux soudainement, retrouvant le son tout autour de lui. Ginny s'était jetée sur Ginger et était extrêmement rouge, mais il n'aurait su dire si c'était de colère ou de chagrin car des larmes coulaient le long de ses joues.

-Tu es trop lâche ! sanglota-t-elle à son adresse. Tu es bien, toi, avec tes grands discours ! En fait tu sortais avec elle depuis le début, c'est ça ?

Avec une force qu'Harry ne lui connaissait pas, elle envoya Ginger au sol et l'immobilisa pour la frapper violemment.

-Arrête, Ginny ! cria Harry.

Mais elle n'en fit rien, même si Ginger se débattit furieusement.

-Tu n'es qu'un chien galeux, un fils de chacal, un…

-Je t'interdis de dire ça ! gronda Harry en l'empoignant par les épaules pour la tenir tranquille.

Ginny le gifla farouchement pour se dégager de son emprise et il se mit à saigner du nez.

-Tu t'es bien foutu de moi, pas vrai ? Vas-y, je t'en mets plein la face mais en cachette moi je fais pareil et je m'éclate avec n'importe qui ! Elle est bien, ton amie !

-Ce n'est pas ce que tu crois ! se défendit Harry. Arrête !

Ginny tentait désormais d'étrangler Ginger qui avait cessé de se débattre et se contentait de la regarder droit dans les yeux, sachant bien qu'elle ne pourrait rien faire de plus devant cette énergie causée par le désespoir.

-Non, bien sûr, tu ne sortais pas avec elle ! Et dire que je me sentais coupable de t'avoir fait du mal !

Le teint de Ginger commençait à virer au rouge et Harry se mit à paniquer. Ginny était tellement en colère qu'elle semblait avoir perdu toute notion de prudence. Sans se soucier du goût amer provenant du sang qui lui coulait sur les lèvres, il tenta vainement de la calmer mais elle était devenue complètement incontrôlable. Elle frappa encore et encore Ginger qui supportait les coups sans broncher et qui concentrait désormais tous ses efforts sur sa respiration, mais elle vira rapidement au violacé.

-Ginny, arrête ! cria Harry en essayant de la retenir. Arrête, bon sang!

-Je vais la tuer cette vieille bouse de dragon !

-Miss Weasley !

Comme une lueur d'espoir dans cette situation, le professeur McClaggan accourut, légèrement essoufflé, et par sa simple voix autoritaire parvint à faire lâcher prise Ginny. Le teint si rouge qu'elle aurait pu faire de concurrence à Ginger, elle jeta un regard envenimé à sa rivale et se releva. Elle passa une main dans ses cheveux ébouriffés et Harry constata que Ginger, qui se remettait elle-aussi debout, lui en avait arraché quelques poignées.

-Suivez-moi, tous les trois ! ordonna McClaggan. Dans mon bureau !

Harry obéit sans un mot mais nota que Ginny et Ginger semblaient aussi peu désireuses l'une que l'autre de rester dans la même pièce. Il n'aurait su dire qui il défendrait, si jamais il devait prendre partie. Sûrement Ginger, mais il avait quand même passé cinq années en très bons termes avec Ginny…

Une feuille d'aconit brûlait déjà comme de l'encens quand il poussa la porte du bureau de McClaggan. Celui-ci s'était absenté quelques instants pour libérer le reste de la classe mais aucun d'eux trois ne songea à fuir. Leur punition serait déjà assez pénible sans qu'ils en rajoutent une couche.

Harry fit apparaître deux autres fauteuils dans lesquels les filles s'assirent tout en évitant de se regarder. La décoration dut leur paraître un bon prétexte à cela car elles posèrent leurs yeux sur un plant d'aconit chacune et ne les bougèrent plus jusqu'à l'arrivée du professeur. Cependant, les bouffées de fumée qui se dégageaient de la feuille qui se consumait étaient tellement asphyxiantes qu'Harry se demanda comment elles faisaient pour rester immobiles de la sorte alors que lui-même devait faire de grands efforts pour respirer. Sa vue se brouillait momentanément mais il se força à rester concentré sur les gestes de McClaggan qui lui non-plus ne semblait pas indisposé par les volutes de sa plante ni pressé d'ouvrir une fenêtre..

-Bien, dit-il en s'asseyant derrière son bureau. Une dispute, voyez-vous ça !

Il sourit sans joie et écarta une volute du fumée qui se dirigeait tout droit vers ses narines.

-Je veux une explication claire, nette et précise, déclara-t-il. Vous ne sortirez pas d'ici avant de m'avoir tout raconté. Et je le saurais, si vous me mentez.

Harry se tourna vers Ginny et Ginger mais elles ne se regardèrent même pas. Il savait qu'elles ne diraient rien, s'estimant toutes les deux innocentes. Lui-même trouvait qu'il n'avait pas grand-chose à faire ici : c'était elles qui s'étaient battues, pas lui ! Il avait juste embrassé Ginger, ce n'était pas interdit, si ?

-Alors ? questionna McClaggan en levant ses sourcils broussailleux.

Pour éviter de croiser son regard, Harry dénicha un insecte sur la vitre et le suivit des yeux en feignant de ne pas l'entendre. Elles finiraient bien par s'expliquer, de toute manière… Et si ça tournait mal, il interviendrait.

-J'attends, lança le professeur. J'ai tout mon temps.

Il saisit sa pipe et y fourra deux feuilles d'aconit qu'il enflamma puis respira une profonde bouffée de sa préparation. Ses yeux rougirent visiblement et il toussa un peu mais il recommença. Harry, qui avait finalement trouvé que le frelon n'était pas assez passionnant pour qu'il le fixe pendant des heures, le vit faire la grimace à chaque aspiration et eut un haut-le-cœur à la vue des vaisseaux sanguins qui apparaissaient de plus en plus visiblement dans ses yeux. Plus il fumait, plus ils étaient exorbités.

-Vous êtes un prof qui se drogue ? demanda Ginger avec mauvaise humeur.

-Ca vous gêne tant que ça ? dit sèchement McClaggan. Parlez et vous serez relâchée, dans ce cas !

-C'est de l'aconit ! répliqua vivement Ginger. Une plante toxique. Vous êtes un toxicomane ?

-Chacun ses défauts, répondit simplement le professeur. Vous êtes convoquée par le Ministère de la Magie, moi je fume de l'herbe. Personne n'est parfait.

-Par le Ministère ? répéta Ginny en pouffant de rire.

-Toi, tu te la fermes ! gronda Ginger. J'aime ma sœur, tu aimes tromper Harry. Personne n'est parfait, après tout !

Elle adressa à McClaggan un sourire hypocrite mais le professeur ne broncha pas. Il se contenta de rajouter une feuille d'aconit dans sa pipe.

-Je vous rappelle que j'attends toujours, dit-il en se frottant les yeux. Harry, avez-vous quelque chose à ajouter à ça ? Apparemment, vous avez été trompé, serait-ce une éventuelle raison de cette dispute ?

-Je ne crois pas que ma vie privée vous concerne, rétorqua Harry.

-Pourtant vous êtes allé chercher loin dans la mienne, l'autre jour, lança McClaggan.

Harry ne put répondre et profita de cette occasion pour se taire.

-Alors… murmura McClaggan d'une voix songeuse. Nous allons faire des hypothèses… J'ai toujours été doué pour les énigmes.

-Sauf que là vous êtes complètement défoncé, rétorqua Ginger avec insolence.

-Pas encore assez pour tolérer de telles paroles, Miss Fitgeralds. Dix points en moins pour Serpentard.

La jeune fille pesta et donna un coup de poing dans l'épaule de Ginny qui s'était mise à siffler de satisfaction.

-Ah ah ! s'exclama McClaggan. Vous n'allez pas recommencer tout de même ?

-Si vous me laissez trop longtemps à côté d'une telle bouse, il y a des risques, professeur, rétorqua Ginny.

-Ce qui revient à ce que j'ai dit tout à l'heure : plus vite pour parlerez, plus vite vous serez relâchées ! s'exclama McClaggan Je n'attends que ça, moi !

-Et bien vous pouvez attendre longtemps, alors ! bougonna Ginger et pour une fois Ginny fut d'accord avec elle.

-Très bien. Dans ce cas je vais faire une petite sieste si ça ne vous dérange pas. Le sommeil est une chose qui peut parfois nous permettre d'en découvrir d'autres, si vous voyez ce que je veux dire, Harry.

Harry acquiesça et le vit s'enfoncer dans son siège en fermant les yeux. Sa respiration devint bientôt régulière…

-Tu crois qu'il dort, Harry ? demanda Ginger à voix basse.

Harry, qui s'était mis à observer attentivement au sol une fiole brisée en de nombreux morceaux de verre, haussa les épaules. Un liquide blanchâtre s'était répandu tout autour et il constata que certaines feuilles d'aconit, dont celle qui servait d'encens, en étaient recouvertes.

-Qu'il dorme ou pas, ça ne change pas grand-chose, de toute façon, répondit-il. On est quand même enfermé ici jusqu'à ce que vous décidiez de parler, parce que moi je ne dirai rien.

-Bien sûr que si, ça change beaucoup de choses ! s'exclama Ginger. S'il dort, je peux retourner dans ma salle commune !

-Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, soupira Ginny. Tu as déjà assez d'ennuis comme ça.

Ginger et Harry se tournèrent vers elle et la regardèrent avec stupéfaction.

-Depuis quand est-ce que tu t'intéresses à mes ennuis ?

-Je veux juste te dire que ça rajoutera de l'huile sur le feu, c'est tout ! bougonna Ginny.

-Non, ça ne rajoutera pas d'huile sur le feu, Ginny, car c'est de ta faute ! Moi je n'ai rien fait, j'étais juste entrain de passer un très bon moment avec Harry ! Et il va falloir que tu t'y fasses, ma belle !

-Et bien justement, je m'en fiche que vous vous soyez ensemble, dit Ginny.

-Tu t'en fiches ?

Ginger éclata d'un rire qui manqua de réveiller McClaggan. Celui-ci bougea sur son siège et se mit à ronfler, confirmant par la même occasion qu'il dormait bel et bien. Mais il fut désormais pris d'un sommeil assez agité.

-Alors pourquoi est-ce que tu as voulu m'étrangler, tout à l'heure ? demanda-t-elle avec agressivité.

-C'est le choc, c'est tout ! répondit Ginny, agacée. Je n'ai pas supporté de vous voir ensemble, mais qu'est-ce que je peux y faire ? J'espère seulement que tu ne regretteras pas ton choix, Harry.

-Pourquoi le regretterai-je ? questionna Harry d'une voix moins sèche qu'il l'aurait voulue.

-J'ai bien réfléchit et je viens de comprendre qu'en fait ce n'est pas si gênant que ça que vous soyez ensemble.

-Tiens donc ! s'exclama Ginger. Ca sent le coup tordu, moi je te dis !

-Et pourquoi est-ce que tout d'un coup ce n'est plus gênant ? demanda Harry.

-Parce que je me suis rendue compte que les décisions entraînées par un mauvais sentiment, comme la rancune par exemple, s'avèrent souvent être de mauvaises décisions.

Harry eut un hoquet de surprise.

-Alors tu es entrain de me dire que je suis avec Ginger uniquement pour me venger de toi ? questionna-t-il en haussa les sourcils.

Ginny hocha la tête.

-Tu délires complètement, ma pauvre ! s'écria Harry. Si je suis avec elle, c'est parce que j'en ai envie ! Le monde ne tourne pas autour de toi, tu sais !

Il savait que ce n'était pas tout à fait vrai, mais il refusait d'avouer une telle chose. D'accord, il l'avait embrassée après avoir vu Ginny, cédant par la même occasion à son désir de vengeance, mais que penserait Ginger si elle apprenait qu'il l'avait embrassé sous le simple effet d'une pulsion rancunière ? Et puis, ce baiser était loin de lui avoir déplu ! Alors pourquoi tout compliquer quand il pouvait faire simple ? Il se mettait avec Ginger, passait d'agréables moments avec elle et se vengeait de Ginny. De cette manière, il faisait d'une pierre non pas deux mais trois coups et en ramassaient tous les bénéfices.

Ginny haussa les épaules, peu convaincue par sa réponse.

-Prouve-le, dans ce cas.

Harry lui jeta un regard de défi et n'hésita pas une seule seconde. S'efforçant d'oublier qu'il était dans le bureau d'un professeur qui haïssait Ginger, il s'approcha tout doucement d'elle et vit bien qu'elle avait la même intention que lui. Alors, sans autre préambule, tous deux s'enlacèrent puis s'embrassèrent devant Ginny, s'exhibant pour lui montrer que rien n'était prémédité.

-Satisfaite ? demanda Harry à la fois amusé par l'expression boudeuse de Ginny et relaxé après un tel baiser.

-Faites ce que vous voulez, bougonna-t-elle, visiblement déçue. Moi je m'en vais.

Sans plus attendre, elle se leva brusquement de sa chaise et, adoptant l'idée de Ginger, profita du sommeil de McClaggan pour quitter la pièce discrètement. La Serpentard la regarda partir avec envie et s'enfonça dans son siège.

-Vas-y, lui intima Harry. Tu en meures d'envie… Je lui expliquerai.

Ginger sourit en se redressant et observa McClaggan du coin de l'œil.

-Tu es vraiment un amour ! s'exclama-t-elle vivement.

Elle se leva presque aussi rapidement que Ginny et, après lui avoir posé un baiser furtif sur les lèvres, s'en alla gaiement. Harry, lui, resta là et se cala bien confortablement dans son siège pour attendre que le professeur se réveille. Il se sentait un peu secoué par la tournure des évènements. Ginny avait quand même failli tuer Ginger par amour pour lui ; il en était flatté, c'était indéniable. Mais voilà : il y avait Ginger, maintenant, et il sentait qu'il irait loin avec elle. C'était une sorte d'intuition, une prédiction qu'il ne parvenait pas ignorer. Et dire qu'au début de l'année, il la prenait pour une véritable folle…

Un sourire aux lèvres, il ferma les yeux et s'accorda un repos que seul le réveil de McClaggan parviendrait à déranger.

La soirée arrivait déjà quand Harry perçut très, très loin de lui une sorte de cri qui le tira de sa sieste. Avec un temps infini pour parvenir jusqu'à ses oreilles, la voix de McClaggan retentit encore et il ouvrit doucement les yeux, la bouche pâteuse. Il se trouvait toujours dans le même bureau, dans le même siège et avec la même personne, mais McClaggan semblait avoir renoncé à reprendre sa pipe car ses yeux avaient fini par dégonfler et son visage était de nouveau redevenu normal, à la seule différence près qu'il paraissait très inquiet et agité.

D'un geste mou, Harry essuya en rougissant de honte le filet de salive qui avait dû couler de sa bouche ouverte pendant qu'il dormait et se redressa sur sa chaise, faisant face à son professeur.

-Et bien, on peut dire que vous avez le sommeil lourd ! gronda McClaggan. Ca fait dix minutes que je tente de vous réveiller en vous appelant ! Encore quelques secondes et je vous aurai renversé un seau d'eau froide sur la tête !

Harry afficha une expression désolée et l'interrogea du regard.

-Où sont les deux autres ? demanda McClaggan.

-Euh… Parties, répondit Harry après un temps d'hésitation. Ginny ne se sentait pas très bien alors Ginger a décidé de l'accompagner jusqu'à l'infirmerie.

-Alors qu'elles se sont tapées dessus ? s'exclama McClaggan. Voilà qui est étrange…

Harry fit la grimace et réfléchit à toute allure à quelle excuse il pourrait inventer pour leur sauver la mise.

-Elles voulaient s'expliquer, dit-il en priant pour que le professeur se laisserait abuser par ses paroles.

-Il y a d'autres moments pour s'expliquer que quand on est malade, bougonna McClaggan, mais si elles y tiennent… Je ne peux pas leur en vouloir, après tout ! Je m'endors, elles fuient, c'est une réaction tout à fait normale… J'imagine que c'est ce qu'elles ont fait, n'est-ce pas ?

Harry acquiesça, soulagé qu'il le prenne bien.

-C'était au sujet de quoi, cette dispute, tout à l'heure ? Une jalousie ? Elles vous convoitent toutes les deux, c'est ça ?

Harry se sentit rougir tandis qu'il hochait la tête. McClaggan sourit.

-Au point de s'entretuer pour vous, c'est que vous leur plaisez vraiment ! dit-il joyeusement. Laissez-moi deviner : Miss Fitgeralds est jalouse que vous sortiez avec Miss Weasley, pas vrai ?

Harry se sentait gêné de parler de ses relations amoureuses avec son propre professeur mais ramena la vérité et McClaggan fit la grimace en entendant toute l'histoire.

-Ah oui, c'est vrai !C'est un choix assez spéciale qu'a fait Miss Weasley, commenta-t-il.

-Ils sont tous un peu spéciaux, en ce moment, bougonna Harry. Je ne sais même pas pourquoi…

-Qui ça, ils ? demanda McClaggan en fronçant les sourcils. Miss Granger, Mr Weasley et sa sœur ?

Harry acquiesça et fronça les sourcils devant l'expression perplexe du professeur, qui avait retenu son souffle. Son visage s'était nettement assombri.

-Il y a un problème ? demanda-t-il timidement.

McClaggan saisit sa pipe et la ralluma mais ne la porta pas jusqu'à sa bouche. Il la tourna dans tous les sens entre ses mains comme si c'était la première fois qu'il la voyait et examina attentivement la fumée qu'elle dégageait.

-C'est simplement votre pipe ! dit Harry, de plus en plus intrigué par ce comportement.

McClaggan claqua la langue contre ses dents en signe d'impatience et lui jeta un regard noir, puis jeta un coup d'œil aux morceaux de verre répandus partout sur le sol.

-C'est à vous ? demanda-t-il.

Harry fit non de la tête et vit son professeur se lever et s'accroupir pour contempler de plus près le liquide qui avait coulé à terre. Il posa les doigts dedans et en sonda la texture apparemment visqueuse sans cesser de réfléchir. Il marmonna entre ses dents et huma l'odeur du liquide mais ne dit rien.

-Ce n'est pas non-plus à une des deux filles ? questionna le professeur.

Harry répondit par la négative.

-Personne n'est venu pendant mon sommeil ? demanda encore McClaggan. Vous n'avez pas entendu de bruit bizarre pendant le vôtre ?

-Non ! s'exclama Harry, irrité. Pourquoi ces questions ? Qu'est-ce qui se passe ?

L'insecte qu'il avait déjà repéré précédemment se posa dans la flaque.

-La potion doit être sucrée, pour qu'une guêpe soit attirée par elle, déclara McClaggan en se redressant.

-Je crois plutôt que c'est un frelon, dit Harry.

-C'est pareil ! bougonna McClaggan. La potion est sucrée quand même…

Il se rassit derrière son bureau et enfouit son visage dans ses mains pour réfléchir.

-Vous êtes vraiment certain qu'il s'agit d'une potion ? demanda Harry. Enfin je veux dire, à tous les coups ce n'était qu'une fiole contenant une boisson ou quelque chose dans ce genre qui est tombée d'une poche et…

-Ou contenant une potion à effets peu recommandables, coupa McClaggan, qu'on a voulu verser je ne sais où mais dont le possesseur a été dérangé dans sa tâche et n'a eu d'autre choix que de toute laisser tomber par terre pour s'enfuir au plus vite…

McClaggan se leva et alla enfin ouvrir la fenêtre pour respirer une grande bouffée d'air. Le frelon s'envola et la pièce resta un instant silencieuse.

-Vos amis, ils sont bizarres comment ? questionna le professeur.

Harry haussa les épaules.

-Ils font des choses qui ne leur ressemblent pas, expliqua-t-il. Même Hermione semble avoir perdu son esprit critique et sa lucidité...

McClaggan soupira.

-Alors c'est vrai… murmura-t-il plus pour lui-même en revenant vers son bureau. Première fois que je doute d'une vision…

Il empoigna sa pipe et retira les cendres d'aconit qui continuaient de fumer légèrement. Il en prit une pincée et la laissa tomber en hochant la tête.

-Expliquez-moi, professeur ! s'exclama Harry. Que se passe-t-il ?

McClaggan se dirigea vers un des pots dans lesquels poussaient des plants d'aconit et passa le doigt sur certaines feuilles qui avaient été couvertes du liquide blanchâtre, le même qui était répandu au sol. Mais Harry constata que la couche était beaucoup moins épaisse, comme si la plante en avait absorbé une partie.

-Je crois que vos amis redeviendront normaux dans peu de temps, assura McClaggan. Ils ne se feront plus avoir de la même manière, désormais. J'y veillerai, croyez-moi !

-Je ne comprends toujours pas ! s'écria Harry.

-Je vous avais dit que fumer de l'aconit pouvait s'avérer utile, Harry. J'ai fait un rêve plus qu'intéressant, tout à l'heure… Mais si ça ne vous ennuie pas, j'aimerais que vous me laissiez seul. J'ai beaucoup de travail et il faut encore que je réfléchisse à tout cela…

Harry essaya encore de lui tirer quelques renseignements mais ne parvint à rien. Déçu, il sortit du bureau et regagna directement la Grande Salle où le dîner était donné. Il s'assit à côté de Ron et Hermione qui ne dirent rien, trop occupés à se tenir la tête comme s'ils étaient pris un horrible mal de crâne. Hermione lui sourit timidement de la même manière qu'elle l'aurait fait si elle avait oublié tout ce qui s'était passé le matin, et d'ailleurs Harry constata tout au long du repas que ses deux amis semblaient avoir oublié tout ce qui était arrivé depuis la veille. Songeant que c'était vraiment très étrange et que McClaggan savait sûrement quelque chose, il leva les yeux et se retrouva nez à nez avec le professeur Rogue qui se tenait debout entre les tables de Gryffondor et de Serdaigle.

-Bonsoir, Potter ! salua-t-il d'une voix mielleuse qui lui fit tout de suite comprendre que quelque chose de peu réjouissant pour lui allait arriver. Je viens de la part du directeur, ce soir ! Voyez comme il s'investie beaucoup pour vous !

Il eut un rictus plutôt désagréable avant de continuer d'une voix plus sèche :

-Il m'a contraint de vous garder à mes cours. Je veux voir mardi matin dans les cachots avec tout le travail nécessaire. J'entends par là tout le travail donné à vos camarades depuis que nous nous sommes quittés sur une note bien amicale.

Harry afficha une expression choquée et voulut protester, mais Rogue l'en empêcha.

-Ne me décevez pas, Potter. C'est là votre dernière chance.

Sans un mot de plus, il retourna s'asseoir à la table des professeurs sans un regard et Harry resta un long moment tourné vers lui à lui lancer des éclairs avec ses yeux, imaginant mille et une façons de le torturer pour se venger. Et en plus, il devait s'entretenir avec Verpey et les autres le lendemain !

-Je t'aurais bien donné mes copies, dit Hermione d'une voix désolée, mais il les a gardées… Je me souviens un peu des propriétés des feuilles de hêtre, d'acacias et de bonzaï, mais j'ai dû oublier une partie de celles des griffes de lion, de poils de lama et de poussière de mort… Je suis vraiment désolée ! Et rien que d'y réfléchir, j'ai l'impression que ma tête va exploser ! J'ignore ce qui nous arrive, à Ron et moi !

-Moi aussi, je l'ignore… soupira Harry et il préféra monter directement dans la tour de Gryffondor pour aller chercher de quoi écrire.

La bibliothèque serait vide, à l'heure qu'il était… Mais avant d'entamer ses recherches sur les nombreuses propriétés de tous les ingrédients cités par Hermione, il commença la lecture d'un gros volume rassemblant la composition et les effets de nombreuses potions. Texture blanchâtre, visqueuse, mélange sucré… Peu lui importait, si Rogue lui interdisait définitivement d'assister à ses cours : ses amis étaient peut-être en danger si quelqu'un les manipulait à sa guise, et il ne laisserait jamais faire ça. Tant pis s'il devait passer la nuit à rechercher en vain un symptôme qui pourrait correspondre au leur. Il voulait leur venir en aide. Et il le ferait. Verpey n'aurait pas besoin de son témoignage, après tout, et Ginger se débrouillerait toute seule. Au pire des cas, il demanderait un autre entretien pour porter son témoignage. Là, McClaggan avait suscité en lui un doute qu'il ne parviendrait à apaiser qu'une fois qu'on lui aurait donné une explication satisfaisante… Après tout, Sirius l'avait dit clairement le soir d'Halloween : il ne fallait pas se fier aux apparences…Les amis n'étaient pas toujours ceux que l'on croyait être… Et si Ron et Hermione n'étaient pas les vrais ? A cette pensée qui le fit frissonner, il tourna la page et se plongea dans une lecture qui lui prit une bonne partie de la nuit.

Rogue avait donné tant de travail à ses élèves durant ces derniers jours qu'Harry n'eut d'autre choix que de rester dans la salle commune à travailler plutôt que d'assister à l'interrogatoire de Ginger. Contrairement à la veille, il s'en voulait de ne pas pouvoir aller la défendre, mais il n'était pas certain d'avoir vraiment envie de participer à une autre audience. Celle de Queudver lui était restée trop longtemps en mémoire.

A son grand soulagement, Ron et Hermione étaient redevenus normaux hormis le fait qu'à la place des souvenirs de la veille, un grand trou noir subsistait dans leur tête. En revanche, il n'avait rien trouvé à la bibliothèque qui puisse l'aider. Le sommeil avait dû l'emporter trop vite, sans doute… Mais il travaillait sa potion à un tel rythme effréné qu'il s'était juré de trouver le temps ce soir-là pour continuer ses recherches. Il y avait bien quelque chose quelque part !

Néanmoins, une anxiété tenace l'envahit en même temps que le soleil descendait vers l'Ouest, quand il songea à Ginger, qui se défendait seule contre trois membres du Ministère dont un Ministre. Bientôt, sa tension fut telle qu'il ne put plus écrire droit et il décida de monter dans sa chambre pour se détendre un peu. Mais ses pensées désagréables lui revinrent en tête et achevèrent de lui saper le moral. Finalement, renonçant à toute étude dans n'importe quel sujet, il saisit son balai et sortit par la fenêtre de sa chambre. Comme souvent, la sensation éprouvée quand il voletait sur son Eclair deFeu lui ramena un peu d'énergie et l'air frais de la soirée lui rafraîchit à la fois le visage et les idées tandis qu'il descendit jusqu'au terrain de Quidditch, mais les Serpentard l'occupaient déjà, aussi décida-t-il de survoler le lac dans toute sa longueur. Le soleil orangée se reflétait joliment sur les douces vaguelettes produites par le vent léger qui soufflait à ses oreilles. Il descendit légèrement et trempa sa main dans l'eau claire et fraîche. Il faudrait qu'il emmène Ginger par ici, un de ces jours… Ce serait romantique… Tous les deux devant l'immense étendue d'eau qui scintillait des couleurs du ciel… De toute façon, elle connaissait déjà bien la Forêt Interdite… Mais que se passerait-il si jamais elle était condamnée à plus qu'un simple exil ? Si par exemple on la condamnait à une ou deux années de prison ? C'était possible, non ? Il était peut-être encore temps d'accourir dans le bureau de Dumbledore pour la défendre… Cela ferait peut-être déplacé. A vrai dire, il valait mieux qu'il reste là et qu'il n'y aille pas du tout… Il espérait que Ginger ne lui voudrait pas…

Les minutes passèrent après les minutes, les heures après les heures, et bientôt le soleil ne fut plus qu'une lueur rouge à l'horizon. Il désespéra d'obtenir des nouvelles de sa petite-amie. Elle n'était encore dans le bureau, si ?

Comme une réponse à sa question, il passa devant une chouette effraie qui le suivit pendant un bon moment avant qu'il ne comprenne que le message qu'elle tenait à la patte lui était adressé. Les doigts tremblants, il la déplia en prenant soin de ne pas la laisser tomber dans l'eau puis soupira d'aise.

Ca y est, ils m'ont enfin lâchée. Imagine un peu le stress pour moi ! Verpey est vraiment quelqu'un de bien. Les deux autres andouilles du Ministère voulaient m'interdire le séjour en terre anglaise, mais il a réussi à négocier un peu. Du coup, j'ai deux possibilités : soit je ne remets plus jamais les pieds au Royaume-Uni, soit je paye une amende de vingt mille galions avant cent quarante jours. D'accord, ce sont deux possibilités assez dures et la somme est énorme, mais je me débrouillerai. Ca me laisse pas mal de temps pour la dénicher, de toute façon ! Ashley est d'accord de m'aider à trouver tout cet argent. Nous avons déjà notre petite idée de comment nous allons nous y prendre. Finalement, ce n'est pas si grave que ça, dans le fond. Tu imagines : j'ai failli être exilée ! J'ai vraiment cru que j'allais y rester ! Surtout que personne n'est venu me défendre… Pas même Ash… Tu comprends, la pleine lune approche, et elle n'a pas voulu prendre de risque. Elle a raison, après tout ! Je ne t'en veux pas si tu n'es pas venu. Je sais que tu as énormément de travail : Malefoy crie à qui veut l'entendre que c'est scandaleux que Rogue t'ait repris à ses cours !

Bon, bah je crois que c'est tout ce que je voulais te dire… Ah si, j'oubliais ! Rendez-vous ce soir à minuit au terrain de Quidditch, ça te va ? C'est juste que j'ai envie de profiter un peu du garçon qui a su me faire craquer !

Je t'embrasse en espérant que tu pourras venir ce soir.

Ginger

Harry fut tellement soulagé qu'il lâcha la lettre dans le vent, un sentiment euphorique l'envahissant à chaque seconde. Il regarda le message tourbillonner dans les airs et se laissa tomber de son balai tellement la joie était grande. Il se rattrapa d'une main au moment où ses pieds pénétraient dans l'eau un peu trop froide. Avec une lenteur qu'il ne nota même pas, tout son corps finit par être plongé dans le lac. Peu lui importait : Ginger était libre ! Elle avait échappé à l'exil et à la prison ! Certes, elle avait une forte amende à payer, mais il pourrait l'aider lui-aussi ! Son coffre de Gringott's conservait une belle quantité d'or, après tout !

Il parvint à se redresser et remonta sur son balai, trempé jusqu'aux os, puis fila en direction de la tour de Gryffondor. Ron avait fermé la fenêtre mais vint lui ouvrir dès qu'il l'aperçut dans cet état.

-Qu'est-ce qui t'es arrivé ! s'exclama-t-il. Tu es tombé dans le lac ?

Harry répondit par un grand sourire. Il sentait que la nuit serait bien agitée…


salut tout le monde! alors, ça vous a plu? alors, les reviews:
Miss Black, ça y est, dans ce chapitre Harry prévient Ginger mais elle ne le croit pas... c'est sa ptite Ash après tout! tant pis pour elle! moi je sais ce qui va malheureusement se passer par la suite... pas vous!
Oulala! J'imagine bien la rencontre entre Ginger, Ashley et toi, Rebbecca Black! il doit y avoir des étincelles dans l'air, si on vous met toutes les trois! entre ginger qui est plutôt grande gueule (comment elle parle à McClaggan!), ashley qui est à moitié folle et toi avec ton petit côté serpentard qui ressort, ça doit remuer! lol!
Tu sais, Lord Sinuae, moi aussi j'ai bien aimé la dispute du chapitre précédent. Ca me faisait marrer de faire que tout le monde s'engueule, et tout ça! D'ailleurs au départ je l'avait faite dans un registre très familier et c'était marant à écrire mais finalement je me suis dit qu'il valait mieux que je reste dans le style du reste de l'histoire et donc utiliser des mots un peu moins familiers. Le résultat, vous l'avez lu!
Lily-Black, c'est sûr qu'il y avait du pétage de plomb dans l'air, dans le dernier chapitre! tout le monde s'engueule, Ginger et Ronse battent, Ashley perd la boule! mais dans ce chapitre il y en a encore un peu: après Ginger, voici Ginny! Pas mal non-plus dans le genre "je m'énerve et ça se voit"! Et pourtant quand Harry embrasse Ginger pour la première fois, il ne le fait pas vraiment par amour. Il aura beau dire tout ce qu'il voudra, s'il l'a fait c'était uniquement pour montrer à Ginny que lui aussi pouvait se passer d'elle et sortir avec quelqu'un d'autre. Bon, après c'est sûr qu'il a trouvé ça pas mal alors on remet ça, et puis finalement il sort complètement avec elle! enfin dans ce chapitre ça se voit pas trop, mais dans le prochain un peu plus quand même...
Et puis finalement elle s'en sort bien, de son audience... ou du moins c'est ce qu'elle pense! parce que moi je sais qu'en fin de compte, tout ne va pas si bien que ça... affaire à suivre, donc!
Cédric et Maelstrom, voilà le début du Harry/Ginger que vous attendiez tant. J'avais pas envie de faire quelque chose de romantique alors je l'ai fait plutôt différemment, comme je l'explique plus haut...
Et pour finir, Zabou qui lit mes chapitres avant d'aller à la gym... C'est ça, non? et bah j'ai commencé à lire ton premier chapitre, mais j'ai pas encore fini. Je laisserai une review quand ça sera fait! (en même temps je te fais un peu de pub, même si t'en as pas vraiment besoin vu que tu as déjà plus de 200 reviews. c'est bien ça? ralala si je pouvais en avoir un tel nombre! lol)

bon ba voilà je vais vous laissez à votre lecture... je vous avertis que le prochain chapitre, le dernier avertissement du Prince, marquera le tout début de l'action finale... Donc pas encore les révélations et tout ça, mais ça approche...
allez sur ce je vous laisse! je pense que je poseterai dimanche soir, comme d'habitude... enfin on verra bien!

bizz