J'ai hésité à poster ce demi-chapitre mais l'idée de finir 2015 sur une update de LCI me plaisait trop pour y renoncer. Voici donc une courte moitié de chapitre pour fêter 2016 qui, espérons-le, sera meilleure que 2015.
Merci à tous de continuer à suivre cette fiction, vous n'imaginez pas à quel point ça me fait plaisir. On est quasiment à la fin et lire des commentaires de la part de lecteurs qui étaient là depuis le début est extrêmement gratifiant. De même, je suis toujours ravie quand une lectrice rattrape les 160 000 mots (mon Dieu, rendez-vous compte, 160 000 mots !) et laisse un petit mot pour dire qu'elle a passé un bon moment. Merci à tous et à toutes, vous me motivez énormément !
Réponses aux reviews :
- lisou : merci pour ton commentaire ! J'avoue, c'est l'un de mes chapitres préférés de toute la fiction (avec le chapitre 12 qui est mon chouchou). Les prochains chapitres vont se centrer sur l'aspect un peu négligé de cette fiction, à savoir (ironiquement) la romance. Bon, pas ce chapitre-là mais les suivants, c'est promis. Bises et bonne année à toi !
Quoiqu'en dise la rumeur, Nara Shikaku n'était pas dépressif. Il était même relativement heureux – autant qu'un homme possédant l'un des plus hauts niveaux d'accréditation d'un Village Caché puisse l'être. Certes, il n'arborerait jamais le sourire le sourire rayonnant de Gai, Lee et Bruce, ceux qu'on nommait derrière leur dos la Trinité Infernale de Konoha, mais cela ne faisait pas de lui un client pour psychiatres désœuvrés.
Shikaku n'avait jamais été quelqu'un de démonstratif. Il était un homme simple, au fond, qui se satisfaisait de peu : un clan prospère, une famille qu'il aimait, un village à servir, il ne lui en fallait pas plus. Les Nara n'étaient pas portés vers les ambitions grandioses.
(Sinon, songeait-il parfois, leur clan serait éteint ou dirigerait un empire.)
Le destin, se disait-il parfois, avait joué d'ironie en faisant d'eux des shinobi. Comment des individus portés vers la paresse et le calme s'étaient-ils retrouvés à mener une vie aussi intense que celle de ninja ? Shikaku se posait honnêtement la question. Pourquoi son grand-père avait-il rejoint le grand projet de Senju Hashirama ?
Ce devait être cette damnée loyauté. Les Akimichi étaient venus, alors les Yamanaka et les Nara avaient suivis.
Trois générations plus tard, ils en étaient là. Deux clans fêtant discrètement le retour inespéré de leurs héritiers alors que le troisième s'abîmait dans le deuil. Akimichi Miren avait plongé dans le désespoir et les siens avaient suivi. Qui aurait pu la blâmer ? Elle avait perdu son mari et son fils unique dans la même semaine. Le clan Akimichi pleurait à la fois ses membres disparus, son chef et son héritier. C'était un lourd fardeau, même pour eux dont la mort était le métier.
Pire encore, les Akimichi semblaient tout faire pour ne pas penser à l'avenir. Le Daimyô est mort, vive le Daimyô, avait murmuré Ino entre ses larmes quand Shikaku était passé la voir, et effectivement, un nouveau chef aurait pu sortir les siens de leur stupeur hébétée… Mais leur nouvelle dirigeante, la sœur cadette de Chôza, n'était toujours pas revenue du front. Shikaku craignait qu'elle ne soit pas psychologiquement prête à assumer sa charge alors qu'elle aussi, comme eux tous, pleurait ses morts.
Lui-même, malgré sa longue familiarité avec les Akimichi, hésitait à intervenir. Son propre fils était sain et sauf, après tout…
Parfois, Shikaku se réveillait en sursaut au milieu de la nuit, certain que tout cela n'était qu'un rêve – que Shikamaru était mort, que la Princesse Tsunade ne leur avait pas offert la fin de cette foutue guerre, que Haruno Sakura n'avait pas sorti son enfant des bras du Shinigami. Il s'asseyait, les traits tirés, et tremblait en silence en regardant par la fenêtre Konoha qui dormait. Invariablement, Yoshino s'éveillait à son tour et le prenait dans ses bras.
- Il est vivant, murmurait-elle en lui caressant les cheveux. Shikamaru est vivant, Ino est vivante, Chôji est mort en héros, nous avons gagné la guerre… Il est vivant, Shikamaru est vivant, notre clan a perdu si peu de membres, nous sommes des miraculés…
Et elle continuait à parler, sa voix ensommeillée transformant les mots en une litanie aux accents religieux. Il est vivant, notre fils est vivant, notre enfant bien-aimé a survécu…
Alors seulement, Shikaku pouvait se rendormir.
Les Akimichi n'avaient pas cette option. Eux avaient perdu leur chef et son héritier dans la même semaine. Même les Nara et les Yamanaka n'osaient faire plus que présenter leurs sincères condoléances face à l'évidente détresse de leurs plus fidèles alliés.
Shikaku n'était pas naïf. Il savait que les effets des guerres persistaient bien après la fin des conflits. La Quatrième Grande Guerre avait été aussi dévastatrice que la Troisième, presque autant que la Deuxième : combien d'années faudrait-il pour s'en remettre ? Et quand ce serait fait, à quel point le village aurait-il changé ?
Si intelligent soit-il, Shikaku n'avait pas la réponse à toutes ces questions.
Je verrai bien, se dit-il en avalant une gorgée d'eau.
Il écarta résolument le problème Akimichi et décida de se concentrer sur quelque chose qu'il pouvait résoudre, pour changer : les manigances de la plus haute instance du village, Tsunade elle-même. La dernière en date était agenouillée de l'autre côté de la table basse, ses yeux de jade le fixant avec attention.
Haruno Sakura était revenue à Konoha deux heures plus tôt et avait immédiatement requis un entretien. Elle avait posé ses affaires, s'était douchée, puis s'était dirigée vers la Tour, une lettre de son maître à la main.
Shikaku l'avait amenée dans la pièce la plus sécurisée du bâtiment. N'étant pas stupide, il avait deviné avant même d'ouvrir la lettre que son contenu serait sensible. Tout ce qui touchait à Haruno Sakura était sensible, ces dernières années...
Il avait eu raison, songea-t-il en laissant son regard courir sur la lettre, à présent ouverte devant lui.
- Pour résumer, dit-il placidement, Hokage-sama veut que tu me remplaces en tant qu'auxiliaire administratif jusqu'à son retour. Elle veut aussi que tu sois connue dans le village comme Hokage par intérim.
- Ce sont ses ordres.
- Même si le titre de Hokage par intérim n'existe pas et n'a jamais existé dans aucun des Cinq Villages.
Sakura ne répondit rien. Shikaku l'observa, droite et fière, alors que lui-même avait posé sa tête sur ses mains jointes pour se reposer la nuque. Trop d'heures assis, pas assez allongé – il faudrait qu'il passe à l'hôpital pour gérer son torticolis naissant.
La raison de cette manœuvre était évidente. Le stratagème n'était pas particulièrement fin ; ce n'était pas son but.
Il y aurait les habitants les plus stupides, ceux qui ne verraient que ce qu'on leur montrait : un visage jeune derrière le bureau de la Hokage. Ceux qui s'habitueraient à être dirigés par un membre de la nouvelle génération sans chercher plus loin.
Et il y aurait les plus intelligents, ceux qui se rappelleraient que Haruno Sakura était l'amie la plus proche d'Uzumaki Naruto, ceux qui comprendraient que leur Hokage préparait le chemin pour son successeur. Shikaku s'autorisa une pensée mesquine pour les Hyûga. Quand le clan au Byakugan réaliserait que le règne de Naruto allait bientôt commencer, ce serait la panique sur leur domaine. Naruto n'avait jamais caché son désir d'interdire le sceau d'asservissement…
Oui, il y aurait deux camps. Ceux qui, quand Naruto accomplirait son rêve d'enfant, diraient qu'ils l'avaient vu venir, et ceux qui, pour ne pas avoir l'air idiot, répéteraient la même chose et ajouteraient même qu'ils l'avaient toujours su, comment aurait-on pu ne pas s'en rendre compte, c'est l'évidence même !
Il y avait un conte là-dessus, loin à l'Ouest dans les forêts du Pays de la Terre, sur un Daimyô dont tout le monde prétendait voir les habits invisibles…
Shikaku plissa ses yeux sombres. La manœuvre lui plaisait, oui. Elle adoucirait la passation de pouvoir. Il était en revanche plus sceptique quant à l'une des principaux concernés. Sakura n'était pas à l'aise avec son rôle dans cette mascarade et du point de vue de Shikaku, elle le cachait aussi bien qu'un gamin qui venait de piquer le kunai de sa mère pour s'entraîner avec. Oh, elle n'était pas une mauvaise négociatrice ! Loin de là, même ; elle aurait pu jouer au poker contre un membre de la section T&I et gagner. Mais il était le chef des Nara et Sakura aurait besoin de quinze ans d'expérience en plus si elle espérait le berner.
Dans le secret de son esprit, Shikaku se demanda si Tsunade savait ce qu'elle faisait. Naruto était un peu jeune mais avec de bons conseillers, il pouvait devenir un grand Hokage ; après tout, le gamin avait ça dans le sang. Envoyer Sakura pour assurer la transition le laissait… dubitatif. Il suffisait de la regarder, là, maintenant : elle était forte, elle était intelligente, elle avait de la personnalité, mais elle doutait. Il lui manquait le charisme écrasant des Kage. Son masque d'assurance n'était que ça, un masque, et elle devait l'enfiler consciemment à chaque fois qu'elle se retrouvait en position d'autorité. Shikaku ne savait pas d'où venait cette insécurité chronique – kunoichi médiocre dans une équipe de génies lors de ses années Genin, origines modestes dans une classe d'héritiers de clans, travail dans l'ombre pour lequel elle ne recevrait jamais de félicitations ? – mais il était certain d'une chose : Haruno Sakura n'avait pas l'envergure nécessaire pour représenter Konoha. Il l'aiderait pour la partie administrative, bien sûr, mais ce n'était pas là-dessus qu'elle aurait eu besoin de conseils.
Shikaku était certain que Sakura n'avait été choisie pour ce poste absurde – Hokage par intérim – que parce que Tsunade lui portait une confiance absolue. Si lui-même avait dû choisir quelqu'un, il aurait pris Konohamaru ou Inuzuka Hana.
Mais on ne pouvait bouger que les pièces qui se trouvaient sur le plateau.
- Plus des trois quarts de nos forces se trouvent hors du village, commença-t-il à expliquer. Tous les étudiants de l'Académie dont le contrôle a été jugé suffisant ont reçu les bases d'une formation médicale et assistent le corps hospitalier. Les Genins ont été affectés aux patrouilles et à la gestion administrative…
Sakura toqua à la porte. Un court, un long, deux courts.
- Entre, lui répondit-on.
La porte grinça en se refermant et la kunoichi contint une grimace. Encore un signe de la mauvaise santé du village. En temps normal, les gonds étaient toujours huilés – faire du bruit en passant d'une pièce à l'autre rendait les shinobi nerveux. Il y avait juste tellement de choses à faire dernièrement que des détails comme celui-là étaient… laissés de côté.
Shizune-sempai avait raison : on trouverait toujours du temps pour s'occuper de ce qui comptait vraiment. Mais les détails ? Voilà ce qu'un bon shinobi devait observer pour analyser un lieu.
Sakura n'était pas sûre de vouloir analyser son propre village.
- Tu as réussi à t'enfuir ? demanda Shikamaru depuis son lit immaculé.
Un dossier reposait sur la commode à côté de lui. Sakura le saisit et le parcourut, vérifiant rapidement qu'il était complété.
- J'arrive pas à croire que tu fasses travailler les blessés, soupira-t-il à côté d'elle.
- On manque de main-d'œuvre. Si tu ne peux pas bouger, il faut bien que tu fasses quelque chose.
Elle regretta immédiatement son ton cassant. C'était Shikamaru, évidemment qu'il allait se plaindre de recevoir du travail en plus !
Sakura n'était rentrée que depuis cinq jours et déjà, elle sentait le poids de sa charge peser sur ses épaules.
- Pardon, dit-elle plus calmement. Je suis tendue en ce moment.
Shikamaru hocha la tête pour indiquer qu'il acceptait ses excuses.
Sakura alla s'installer à la fenêtre. Shikamaru avait eu une chambre individuelle qui donnait sur la façade centrale de l'hôpital. De là où elle se tenait, elle pouvait voir des toits colorés s'étendre jusqu'au mur d'enceinte. C'était une belle vision, propre à redonner du cœur à n'importe quel ninja découragé par ses blessures – ce qui expliquait que ces chambres soient réservées aux shinobi.
Sakura se détourna. Le spectacle qui l'avait rassurée des mois plus tôt, alors qu'elle partait pour une réunion secrète dans les tréfonds de Konoha, lui donnait à présent envie de fermer les rideaux et de retourner se coucher. Cette vue du village, elle la contemplait à chaque fois qu'elle entrait dans le bureau du Hokage. Peu à peu, inconsciemment, elle en venait à l'associer à une charge dont elle n'avait jamais voulu.
Hokage… C'était le rêve de Naruto, pas le sien. Sakura n'était qu'un imposteur – un pont sur lequel Naruto marcherait pour atteindre le manteau qu'il convoitait depuis toujours.
Tout le monde voulait la voir, tout le monde voulait lui parler, les étudiants de l'Académie venaient lui présenter leurs requêtes avec de grands yeux brillants, et elle voulait les aider mais il lui fallait d'abord s'occuper des quelques clients qui prenaient la peine de venir jusqu'au village… Des clients dont le support financier, aujourd'hui plus que jamais, était indispensable à Konoha, et qui, parfaitement conscients de ce fait, présentaient des exigences déraisonnables qu'elle ne savait pas refuser sans les offenser gravement…
Je n'en peux plus.
Mais il n'était pas encore temps de songer à l'après. Elle avait un village à représenter, des médics affolés à ramener dans le droit chemin, des amitiés à reconstruire.
Etonnamment, parmi le tourbillon qu'était devenue sa vie, ce dernier point était peut-être le plus dur de tous.
- Shikamaru… Tu penses que je devrais aller voir Ino ?
Un silence suivit pendant que le Jounin considérait sa question.
- Est-ce que les rumeurs sur Uchiha Itachi et toi sont vraies ?
Sakura faillit dire Je ne vois pas le rapport, puis se ravisa. Shikamaru ne posait jamais de questions au hasard.
- Oui, admit-elle.
- Alors ne vas pas voir Ino.
- A cause de… de Chôji ?
Elle regretta immédiatement sa question. Kami, Sakura, est-ce que tu ne peux pas faire preuve de tact ?! Chôji n'était pas que l'amant maudit d'Ino, il était aussi le meilleur ami de Shikamaru !
- Oui, répondit simplement celui-ci.
Sakura baissa la tête. Idiote, idiote, idiote ! Elle était trop fatiguée – depuis ce matin, elle ne faisait qu'enchaîner les bourdes. J'ai envie de disparaître dans un trou de souris…
Quelle Hokage par intérim elle faisait !
Après ça, la visite ne se prolongea guère. Si elle avait été parfaitement reposée, Sakura aurait vu qu'elle se faisait du souci pour rien – Shikamaru la connaissait depuis des années, il était habitué à ses gaffes. Mais elle n'était pas reposée ; elle avait l'impression de ne pas avoir dormi une seule nuit complète depuis le début de la guerre.
Elle roula le dossier et le plaça dans une poche de sa veste d'uniforme. Il lui faudrait penser à remercier Nara Yoshino. Faire travailler les quelques trente shinobi qui se remettaient d'un épuisement de chakra avait été une idée brillante. Les fonctionnaires de la Tour Administrative avaient été ravis de se décharger d'une part de leur fardeau sur des ninjas cloués au lit, Sakura avait été ravie de ne plus avoir à subir leurs plaintes journalières, les patients eux-mêmes avaient déclaré qu'ils étaient heureux d'être utiles.
Sauf Shikamaru, bien sûr.
Hélas, cette main-d'œuvre inespérée ne suffisait pas. Sakura dut s'empêcher de grogner en songeant à la paperasse qui l'attendrait quand elle retournerait dans le bureau du Hokage. Comment Naruto pouvait-il vouloir ce travail ? Même avec l'aide de Shikaku, elle avait l'impression de nager dans des sables mouvants. Si elle avait su, elle n'aurait pas été si sévère envers sa Shishou quand Tsunade s'enfuyait pour aller boire dans un coin.
Elle salua Shikamaru et sortit par la fenêtre. L'effort physique lui ferait du bien.
Encore une demi-heure avant que ses assistants ne commencent à la chercher… Machinalement, Sakura se dirigea vers le mémorial.
Elle y venait souvent, dernièrement, comme si l'habitude du sensei s'était transmise à l'élève. Mais contrairement à Kakashi qui n'honorait qu'Obito, Sakura priait pour tous les ninjas tombés au front : tous ceux qu'elle avait connus, soignés, et même pour ceux dont les noms n'évoquaient qu'un vague souvenir qui s'évanouissait un peu plus chaque jour, comme un souffle embué que le vent disperse.
Elle priait pour ceux qui n'avaient personne qui priait pour eux.
Comme Kakashi-sensei. Cela avait une réalisation inconfortable, quand Sakura s'était rendu compte, à force de croiser ses compatriotes au mémorial et de discuter des êtres chers qu'ils avaient perdus, qu'aucun n'était là pour Hatake Kakashi.
- Il n'avait plus de famille, Sakura-sama, avait expliqué un Chûnin qu'elle n'avait jamais vu ailleurs que derrière son masque d'ANBU. Pas même un ou deux cousins civils, quelques bâtards ici ou là, rien. S'il était mort pendant l'invasion du Kyûbi, on aurait peut-être fait un truc, nous autres ses collègues…
Les ANBU, avait traduit Sakura.
- … Mais il est parti dans une autre unité, il s'est un peu coupé de tout le monde, vous voyez ? Que des missions solo, ce genre de choses. Si vous voulez mon avis, il était pas mécontent de s'en aller.
Sakura s'était rappelé de la dernière bataille. Elle était bloquée dans la dimension du Kamui à attendre Obito qui ne venait pas, car le nukenin avait compris que sa technique secrète n'était plus sûre. Pire : il avait compris qui l'avait percée à jour. Il s'était précipité sur Kakashi, déterminé à tuer le seul autre être vivant capable d'utiliser le Kamui, le seul point faibe de son Mangekyô, et Kakashi n'avait pas fui face à cet adversaire bien trop puissant pour lui.
A partir de là, les témoignages des témoins s'arrêtaient. Sakura ne pouvait qu'extrapoler. Pourquoi Kakashi était-il resté sur place ?
Parce qu'il devait me sortir du Kamui. Obito était tellement plus fort... Même Kakashi-sensei serait sans doute mort s'il avait tenté de fuir.
Alors il n'avait pas fui. Au lieu de consacrer le peu de temps qui lui restait à se défendre, il l'avait employé afin de la ramener dans leur dimension… Et il s'était ainsi laissé à découvert, proie aisée pour un Obito sans pitié ni remords.
Kakashi s'était sacrifié… pour elle.
- Il est mort en héros, avait répondu Sakura. C'est lui qui nous a permis de neutraliser Madara.
- Ne sont-ils pas tous morts en héros ? avait répliqué le Chûnin en désignant d'un vaste geste les tombes tout autour d'eux.
La jeune femme n'avait rien trouvé à répondre. C'est différent, avait-elle voulu dire. Kakashi-sensei a été essentiel. Mais n'était-ce pas horrible, d'évaluer ainsi la valeur des morts et de dire que l'une en particulier valait plus que les autres ?
Quand les combattants seront tous revenus, s'était-elle dit alors qu'une fine pluie commençait à tomber. La rumeur se répandra, les gens viendront prier pour lui.
Le Chûnin était parti, ses mots persistant même après son départ : il était pas mécontent de s'en aller . Sakura s'était retrouvée là, seule dans le froid de Décembre, à penser avec culpabilité à toutes les fois où elle aurait pu tendre une main à son ancien professeur et où elle n'en avait rien fait. La rancune de n'avoir été pour lui que la petite civile au milieu de deux génies, l'incompréhension quand il n'avait pas pris de ses nouvelles pendant son entraînement avec Tsunade, et enfin la colère quand il n'était réapparu que pour leur refaire passer le test des clochettes, à Naruto et elle – parce qu'il fallait que Naruto soit là, bien sûr, Sakura toute seule ne méritait pas l'honneur de sa présence !... Cette rancœur avait été une pierre de plus sur le mur qui les séparait.
A présent, il n'y avait plus que le regret.
- Je vous ai amené des fleurs, Sensei. J'ai pensé que vous deviez en avoir assez des chrysanthèmes, alors… ce sont des coquelicots. Isui-san m'a dit que dans les clans samurai, on porte un coquelicot pour honorer un proche tombé au combat. Vous vous souvenez d'Isui-san ? Yamanaka Isui, la mère d'Ino. Elle est revenue avant-hier de la Terre, elle faisait partie de la délégation du Feu. Il paraît que la situation est tendue là-bas, il y a eu b… beaucoup de morts et les survivants sont… sont…
Sakura se tut. Sa gorge la brûlait.
Est-ce qu'elle pourrait jamais se souvenir de ce qu'elle avait fait sans sentir la culpabilité l'étrangler ? Savoir qu'elle avait eu raison, qu'elle avait contribué à sauver Konoha, ne suffisait pas à éradiquer la douleur primale qui lui tordait les entrailles à chaque qu'elle y pensait.
- Je vais vous laisser, soupira-t-elle en posant les fleurs sur la tombe. A plus tard, Kakashi-sensei.
Ses assistants allaient se mettre à sa recherche. Les reconstructions étaient toujours des périodes d'intense activité – elle ne pouvait pas faire comme Tsunade-shishou, se cacher quelque part et passer l'après-midi en tête-à-tête avec une bouteille de saké. Ces fantaisies-là étaient bonnes pour les temps de paix où, aussi loin qu'on regarde, en avant ou en arrière, on ne voyait nulle part l'ombre de la guerre.
Reviens vite, Naruto. Je suis fatiguée.
Quand elle franchit le seuil du bureau du Hokage, trois personnes étaient déjà à l'intérieur, prêtes à l'informer des problèmes survenus durant sa courte pause. Sakura mit en place son masque d'assurance et contint un bâillement.
Reviens, Naruto. Je n'en peux plus de ces responsabilités.
Dans ce village que pourtant elle aimait tant, Sakura se sentait prisonnière. Elle voulait partir. Pour une fois, elle voulait n'être ni la Jounin de la Feuille, ni la médic de génie, ni même l'apprentie de la Cinquième Hokage. Elle voulait partir là où ces titres ne voudraient plus rien dire, avec la seule personne qui ne verrait en elle qu'une femme et une kunoichi.
Une égale.
Itachi.
Dans le prochain chapitre : Itachi, Itachi, Itachi !
Merci d'être encore là et bonne année 2016 à tous ^^
